Je viens de réaliser que le chapitre 5 totalise en tout et pour tout une phrase de dialogue. Et quelle phrase ! "Quelle est la fréquence des rondes autour de Konoha ?" (à imaginer avec la voix d'un Itachi fatigué).

Celui-ci, en revanche, est correctement pourvu en dialogue et en flashback. Il s'agit aussi du dernier chapitre de ce premier arc, que j'appelle dans mes brouillons "L'arc de l'ignorance". Je vous dirai bien le titre de l'arc suivant, mais ce serait spoiler.

Par conséquent, chers lecteurs, assurez-vous que vous avez un peu de temps devant vous, allez chercher une tasse de thé/café/boisson non alcoolisée, et en avant pour 8,000 mots du Choix d'Itachi !


Trois éclairs sombres traversèrent le chemin. Rapides comme le vent, ils ne laissèrent derrière eux qu'un léger nuage de poussière et une vague odeur de sueur.

La meneuse de la formation se décala vers la droite.

« Montons, ordonna-t-elle à ses camarades. Moins de risques d'être repérés. »

Les deux autres hochèrent la tête et bondirent sur les branches au-dessus d'eux. Le chemin s'éloignait dans leurs dos ; le couvert des feuilles les dissimulait. Tous trois portaient la tenue traditionnelle des ninjas de Konoha, leurs vestes vertes rembourrées par les armes dissimulées en masse sous le tissu. Malgré l'ombre des arbres, celle qui les dirigeait portait des lunettes teintées sur son visage pâle ; elle analysait régulièrement le paysage des yeux, modifiant parfois sa direction sans prévenir. Ses compagnons la suivaient sans un mot. Le plus âgé portait la boucle d'oreille du trio Ino-Shika-Cho ; sa longue queue-de-cheval blonde fouettait ses reines alors qu'il se déplaçait souplement. Quant au plus jeune, il était d'une beauté lumineuse. Ses cheveux blonds, ses yeux bleus et la vigueur de ses enjambées rayonnaient de santé ; et pourtant, un air décidé assombrissait son visage adolescent.

L'uniforme avait l'air déplacé sur Naruto. Sans l'orage criard qui l'accompagnait partout, l'adolescent semblait perdu, comme si on avait pris l'original pour le remplacer par une vulgaire copie – ce n'était pas Uzumaki Naruto qui allait se plier aux règles vestimentaires !
« Et voilà pourquoi, soupirait Tsunade avec fatalisme à son successeur, on ne devrait jamais t'envoyer en mission de repérage. »

Mais même le shinobi le plus imprévisible de Konoha savait se ranger à la raison. Quand Tsunade l'avait convoqué pour une « mission de récupération », Naruto avait ressorti d'on ne savait quel tiroir la tenue réglementaire et avait rejoint la Tour vêtu de vert et noir. (En voyant le beau garçon habillé sérieusement, un air taciturne plaqué sur le visage, Shizune avait failli se joindre au soupir collectif des secrétaires. Pourquoi, se demandaient les femmes, n'ai-je pas mis la griffe sur ce joli morceau quand j'étais encore à l'Académie ?)

Tsunade n'avait pas perdu de temps. Dès que les deux autres membres de l'équipe étaient arrivés, elle avait confirmé ce qu'ils savaient : son apprentie n'était toujours pas revenue d'une mission à haut risque. Elle avait deux semaines de retard et le processus de récupération venait d'être déclenché. Shizune avait lancé sa fameuse illusion auditive pour les protéger des oreilles indiscrètes, et Tsunade était entrée dans les détails de la mission de Sakura.

Quand elle avait parlé de Sasuke, Naruto s'était récrié. Son teme ne pouvait être tombé aussi bas ! Un massacre, c'était juste…

Silence, lui avait intimé le regard froid de Tsunade. La Hokage avait à cœur de ménager les sentiments de son successeur ; c'était après tout cette confiance sans bornes et cette bonté intrinsèque qui faisaient de Naruto un homme susceptible de changer le monde. Mais son apprentie avait disparu en chassant un déserteur psychopathe et elle n'était pas d'humeur à faire des entrechats. Sasuke, avait-elle articulé froidement, venait très probablement de signer son billet d'entrée dans une unité psychiatrique sérieuse, en commettant le massacre Heshiboka – à moins qu'il ne soit effectivement responsable de l'enlèvement de Sakura, auquel cas il faudrait qu'ils rediscutent sérieusement de ce classement de l'Uchiha comme « à épargner si possible » dans les fichiers des chasseurs de nukenins. Naruto avait compris la menace : le spectre du « à éliminer » flottait sur la tête de son ami d'enfance.

Mais comment protester, alors que la vie de Sakura-chan était peut-être en jeu ?

Il avait écouté silencieusement le reste de l'exposé, ses dents grinçant alors que Tsunade accumulait les preuves. En tant que ninja, il comprenait que c'était soit un piège très bien fait pour forcer Konoha à se retourner contre l'Uchiha, soit, purement et simplement, le signe que son meilleur ami venait de virer complètement cinglé. Il se demanda ce qui était le pire : que Sasuke soit allé aussi loin, ou qu'un mystérieux ennemi ait quatre ou cinq coups d'avance sur un village caché ?

La réponse était évidente, bien sûr. Le pire, avait fermement pensé Naruto, était que Sakura-chan avait disparu.

Le blond avait commencé à préparer ses affaires il y a trois jours en priant pour que Baa-chan le laisse participer à la mission de récupération. Il avait ressenti un soulagement étrange quand le message de convocation lui était parvenu.

Le cadeau d'anniversaire de Sakura-chan trônait sur sa table à manger. Naruto avait passé des heures à chercher une bonne idée, et encore plus à l'emballer ; quand il avait eu fini, des restes de papier rose bonbon trônaient dans sa corbeille. Mais le cadeau en valait la peine : il étincelait dans la lumière du jour, enrubanné de vert et or, et le blond avait même demandé à Tsunade comment faire pour que le ruban s'enroule joliment au-dessus.

Quand Sakura n'était pas revenue pour son anniversaire, il avait mis le cadeau dans un placard en attendant.

Après une semaine de retard, il l'avait fixé longuement et posé bien en évidence sur la table.

Et il s'était juré, dans le bureau de la Hokage, alors que Yamanaka Inoichi acceptait son statut de chef de mission, de l'offrir à Sakura-chan avant la fin du mois.

L'équipe avait quitté le village dans l'heure. Ils avaient couru sans discontinuer pendant des heures, suivant le chemin que Sakura avait dû prendre à l'aller. Le plan était simple : ils reproduiraient exactement le trajet de la kunoichi jusqu'à une cinquantaine de kilomètres avant la frontière de l'Herbe ; alors, ils se montreraient plus prudents et éviteraient les villages et la route. Inutile de révéler leur présence aux ravisseurs de Haruno Sakura.

Aburame Shuma – une lointaine cousine de Shino, avait compris Naruto – avait pris la tête de la formation, à la demande d'Inoichi. Ses insectes ne serviraient à rien tant qu'ils n'auraient pas une zone de recherche délimitée, mais elle pourrait servir de leurre si l'ennemi les attaquait : Inoichi lui-même, le véritable chef de mission, se tenait à sa droite et aurait le temps de réagir pendant que Shuma essuierait l'attaque.

Naruto était resté frappé par ce froid réalisme. Il connaissait vaguement le père d'Ino, chef du clan Yamanaka, mais il n'avait jamais vu cet aspect sombre de lui. Même durant leurs missions en commun, l'homme avait accompagné son efficacité d'un souci de ses compagnons qui le rendait très populaire à Konoha.
Quand le Yamanaka et l'Aburame avaient commencé à discuter des meilleures manières de contrer un Sharingan et à comparer les insectes Aburame et les capacités de ninja sensoriel d'Inoichi, il avait brusquement compris. La femme avait trente ans au moins, l'homme quarante : face à un adversaire doté du Sharingan et enlevant la troisième médic du village, ils se replongeaient dans les réflexes de la Deuxième Grande Guerre et de l'Invasion du Kyûbi. Le blond avait frissonné. Sasuke était-il devenu si puissant ?

Il fallait croire que oui. Jusqu'où le brun était-il prêt à aller pour un peu plus de pouvoir ? Quelle était la force exacte d'Uchiha Itachi, pour que son ancien ami sacrifie tant de choses pour l'égaler ?
Et surtout, surtout, pourquoi avoir tué ce clan de l'Herbe qui ne l'avait jamais menacé ?

Trop de questions. Naruto aurait bien voulu avoir un Nara ou Shizune-chan sous la main pour démêler tout ce bazar. Lui n'était pas très bon en politique.

Shuma et Inoichi s'en fichaient, eux, de ce qui pouvait arriver à Sasuke. Ils étaient tous les deux liés d'une manière ou d'une autre à la génération de Naruto ; ils avaient vu des enfants qu'ils aimaient revenir gravement blessés de la poursuite de Sasuke. Si l'Uchiha se mettait en travers de leur chemin, ils engageraient le combat sans états d'âme.

Et lui ? s'était demandé Naruto à de multiples reprises au cours de leur course. S'il se retrouvait face au Teme et que Sakura-chan était derrière, que ferait-il ? Essaierait-il de raisonner Sasuke, de savoir pourquoi ce clan insignifiant avait disparu dans un massacre sanglant, ou cèderait-il à la colère et à l'ombre du Kyûbi qui se débattait dans sa cage ?...
Naruto avait secoué la tête. Si ça arrivait, il sauverait Sasuke-teme et Sakura-chan. Il était Uzumaki Naruto, le futur Hokage de Konoha, après tout !

Il avait continué à courir sans un mot.

Inoichi, à sa droite, gardait les yeux dans le vague ; ses gestes étaient mécaniques, plus réflexes que processus conscient. Naruto admirait son expérience : l'homme courait tout en cherchant autour d'eux les restes d'un chakra récent. Il réclamait fréquemment des arrêts pour vérifier ce qu'il avait perçu. Les premières fois, le cœur de Naruto avait bondi, puis il avait compris qu'Inoichi se montrait simplement méticuleux, et avait cessé de chercher des ennemis du regard à chaque fois que le trio faisait halte. De toute façon, s'il y avait eu d'autres shinobi dans les environs, Inoichi les aurait sentis – il n'était pas l'un des ninjas sensoriels les plus éminents de Konoha pour rien. Tsunade avait voulu d'excellents éléments dans l'équipe qui secourrait son apprentie, quitte à débaucher un chef de clan sans prévenir, et Naruto la soutenait farouchement. Inoichi lui-même n'avait pas protesté ; il avait parlé de Sakura comme de « votre apprentie » et « la sous-directrice », et Naruto s'était souvenu que Sakura était effectivement sous-directrice de l'unité des medic-nins, et qu'elle avait soigné Ino quand celle-ci avait eu un bras déchiqueté durant une mission. D'après Tsunade, c'était un exploit médical. Le temps que la blonde revienne à Konoha, son bras aurait été perdu. Après ça, Ino avait continué à taquiner Sakura comme d'habitude, mais Naruto avait été surpris en voyant Inoichi saluer respectueusement sa meilleure amie quand il la croisait.

Peut-être que Baa-chan l'avait choisi pour ça, d'ailleurs : Inoichi était sûrement l'un des plus grands fans de Sakura (après lui-même, bien sûr, et Sai, et peut-être aussi Hinata, et est-ce que Kakashi-sensei comptait comme un fan ou un irrécupérable pervers ?...).

Quant à Inoichi lui-même, il n'avait rien remarqué d'intéressant durant le trajet jusqu'à l'Herbe. Conformément au plan, ils avaient commencé à éviter la route plusieurs dizaines de kilomètres avant la frontière, et Shuma avait décidé de déployer ses insectes à chaque fois qu'Inoichi les faisait arrêter. Mieux valait trop de précautions que pas assez, avait-elle déclaré quand les kikai s'étaient répandus dans la forêt environnante, et l'homme avait approuvé. Une fois n'est pas coutume, Naruto s'était tu pour regarder ses aînés agir. Visiblement, les deux n'avaient pas l'habitude de travailler ensemble, sinon Shuma n'aurait pas pris la peine d'expliquer pourquoi elle sortait ses insectes ; et pourtant ils fonctionnaient comme une mécanique bien huilée, en Konoha-nins aguerris. Lui-même n'avait pas de place dans le processus de recherche : il serait utile pour sortir Sakura du pétrin dans lequel elle s'était mise et, si un combat s'engageait, pour assurer leur sécurité. A dix-huit ans, Naruto savait qu'il pouvait affronter ses deux compagnons et les battre sans véritable difficulté. Aussi gardait-il le silence et imaginait-il ce qu'il pourrait faire quand ils trouveraient Sakura.

Et ils en étaient là ; la frontière de l'Herbe était dans leur dos, le vert de la forêt les entourait à nouveau. Quand Inoichi ordonna une énième halte, Naruto se retourna : le petit chemin qu'ils avaient traversé quelques instants auparavant avait disparu à leur vue, avalé par les arbres feuillus.

« Il y a quelque chose, déclara soudain Inoichi. »

Il s'accroupit et posa une main sur le sol. Ses longs cheveux blonds balayaient l'herbe tendre de ce début de printemps.

« Dôton, conclut-il. Cela pourrait être le chakra de Haruno-san. Il y en a d'autres aussi, mais je ne peux pas les identifier. Suiton, et quelque chose qui doit être du genjutsu.
- Il y a une espèce de requin dans l'équipe de Sasuke, se souvint Naruto. C'est peut-être lui, le Suiton. Et pour le genjutsu, ça doit être le Teme.
- Nous ne sommes pas sûrs, intervint Shuma. Naruto-kun, tu es le plus proche de Haruno-san, tu connais son chakra. Peux-tu vérifier ?
- Ben, je veux bien, mais je ne suis un ninja sens… »

Naruto s'arrêta. En fait si, il était un ninja sensoriel – à temps partiel. Inoichi lui avait dit de ne pas utiliser le Senjutsu tout le long du chemin (« En cas de combat, le combattant principal doit être disponible ») mais pour vérifier leur piste la plus consistante, c'était faisable.

Inoichi et Shuma reculèrent de plusieurs pas quand le blond se concentra.

Naruto glissa dans la peau du crapaud en lui avec la facilité de l'habitude. Il sentait la forêt comme un gigantesque organisme, une matrice qui l'accueillait avec indifférence durant son séjour. Il était les arbres, les feuilles veinées de sève, les insectes qui fourmillaient sous terre, il était le cœur vert de la forêt. Le vent dans ses branches l'enivrait ; la vie qui courait autour de lui le chatouillait délicieusement, et quelque part, un crapaud croassa.

Non, pensa-t-il en sentant ses pieds s'allonger. Il n'était ni un crapaud, ni la forêt. Il était Naruto, et il avait besoin de savoir si Sakura avait été là. Pop, fit Fukasaku en apparaissant sur son épaule gauche. Pop, fit Shima en écho depuis son épaule droite.

« Naruto-chan, sourit la grand-mère crapaud. C'est rare que tu nous appelles quand il n'y a pas de combat.

- Tu as l'air soucieux, approuva Fukasaku. Quelque chose s'est passé ?
- Sakura a disparu ! lança tout de go Naruto.

Le vieux sage fronça ses interminables sourcils.

- Sakura ? Ton amie aux cheveux roses ? Eh bien, c'est ennuyeux.
- Ben, un peu, oui, approuva Naruto en se frottant l'arrière de la tête. Papi Ermite, il faudrait que…
- Ne t'inquiète pas, Naruto-chan ! l'interrompit Shima. Retrouve la trace de ton amie, Papa et moi allons nous occuper de l'énergie.
- Merci ! »

Inoichi et Shuma fixaient les deux crapauds ; l'homme avait entendu parler des Sages du mont Myôboku et les étudiait avec curiosité. Quant à l'Aburame, elle avait reculé de deux pas supplémentaires, peu désireuse de savoir si les crapauds sacrés aussi mangeaient des insectes. Son kikai bourdonnait nerveusement.

Naruto, lui, était perdu dans son monde. Malgré l'urgence de la situation, il ne pouvait s'empêcher de savourer la trace du chakra de Sakura. Le Senjutsu lui offrait un don différent de celui des ninjas sensoriels ; quand il passait en mode Ermite, Naruto ne reconnaissait pas le chakra comme une odeur, quelque chose d'extérieur qu'il parvenait à identifier : non, il accueillait le monde en lui. Il devenait la mère de toute Vie, la louve protégeant ses petits et la biche les câlinant, et dans cet océan d'énergie, il y avait le chakra à la fois léger et puissant de sa Sakura-chan.

Elle était si douce, Sakura-chan – et elle ne le savait même pas. Il y avait de la force dans son aura, acquise à force d'entraînement, mais aussi ce goût réconfortant des médics que même la triste Shizune possédait. Par-dessus tout, il y avait l'amour des siens et le sens de l'effort : quand il percevait son chakra, Naruto sentait les larmes et le sang versés par sa meilleure amie pour sortir de sa chrysalide et s'épanouir enfin. C'était un sentiment qui surpassait tous les autres et le prenait à la gorge, comme si les pleurs amers lui coulaient le long du gosier.
Il lui avait pourtant dit qu'elle était parfaite comme elle était, que sa force et son talent de médecin la rendaient encore plus géniale, mais Sakura l'avait remerciée et n'avait pas changé. Naruto avait compris qu'il n'était pas celui qui pourrait la convaincre qu'elle était déjà une femme et kunoichi accomplie. Il avait cru pendant longtemps que ce serait Sasuke ; s'il ramenait le Teme au village, celui-ci devrait forcément voir à quel point Sakura-chan avait changé, et il l'aimerait, et Sakura-chan comprendrait à quel point elle était merveilleuse… non ?

Et voilà qu'il cherchait la piste de Sakura pour la sortir des griffes de Sasuke. Mais si ce n'était pas le Teme, qui pourrait aider Sakura ?

« Naruto-chan ? »

Naruto releva la tête pour voir quatre paires d'yeux fixées sur lui. Il s'était laissé emporter par ses réflexions.

« Je sauverai Sakura-chan ! décida-t-il.
- Oui, Naruto-chan, approuva patiemment Fukasaku. Inoichi-chan nous l'a expliqué.
- Est-ce que tu as retrouvé la piste de ton amie, petit ?
- Oui. Elle va vers le Nord-Est, mais les autres chakra sont puissants.

De l'eau à s'en noyer dedans, une sensation d'illusion qui vous donnait le tournis et un troisième chakra tellement étrange et malsain qu'il n'avait même pas poussé plus avant – dans quoi cet imbécile de Sasuke s'était donc embarqué ?...

- Si tu as ta piste, tu n'as plus besoin de nous, dit Shima.
- On ne peut pas rester un peu avec le garçon ?
- Ah non ! Ce soir, je compte faire mon ragoût de mouches violettes, et il va falloir que tu trimes pour m'en ramener suffisamment !
- Pardon ? Pourquoi ce serait à moi de ramener les mouches de ton ragoût… »

Deux pouf ! se firent entendre alors que les crapauds disparaissaient.

Naruto relâcha l'énergie naturelle et sentit ses yeux reprendre forme humaine. Restés seuls entre les arbres, les trois shinobi se regardèrent.

« Naruto, décris ce que tu as perçu, ordonna Inoichi.

Naruto obéit patiemment. Quand il eut fini, le Jounin l'observa quelques secondes.

- Tu dis que tu as ressenti un genjutsu, remarqua-t-il enfin.
- Oui. Quelque chose de très puissant, ajouta le jinchuriki, qui s'étendait encore plus loin que ce que je ressentais.
- Et Uchiha Sasuke ?

Naruto le fixa sans comprendre. Quoi, Sasuke ?

- Tu as bien ressenti le chakra de Haruno-san, n'est-ce pas ?
- Bien sûr ! Je reconnaîtrais Sakura-chan n'importe où !
- As-tu ressenti celui d'Uchiha Sasuke ?

… Non. Maintenant qu'Inoichi le faisait remarquer, il n'avait pas perçu la présence de Sasuke. Mais en même temps…

- Ça fait des mois que j'ai pas vu le Teme, argumenta-t-il. Alors que je vois Sakura-chan quasiment tout le temps !

Inoichi ne sembla pas convaincu. Un air soucieux prit place sur son visage dur, ses yeux pâles scrutant les alentours comme pour lire dans les esprits des arbres. Un rayon de soleil étincela sur sa boucle d'oreille.

- Asuma était un ami à moi, commença-t-il lentement. C'était aussi le mentor d'Ino, et elle a mis du temps à se remettre de sa mort. Il lui a fallu presque deux ans pour accepter de retourner sur les lieux de son décès.

Il soupira brièvement, le poids des ans soudain évident sur ses épaules carrées. Il était shinobi, Jounin et chef de clan ; il était père, époux et chef de clan. De lourdes responsabilités pour un homme seul, surtout en ces temps où la paix n'était qu'apparente. Dans le conflit qui s'approchait, une médic aussi talentueuse que Haruno Sakura ne pouvait être perdue. Il reprit :

- Quand nous sommes arrivés là où l'équipe de ma fille a combattu Hidan de l'Akatsuki, le chakra d'Asuma imprégnait les lieux. En tant qu'ami, je connaissais sa signature, et il n'y avait aucun moyen de la confondre. Tu dis qu'Uchiha Sasuke est ton ami d'enfance, et Hokage-sama dit que le Senjutsu ouvre les portes d'une sensibilité supérieure à celle de tous les ninjas sensoriels qu'elle a rencontrés. Toi qui connais tes propres capacités, dis-moi : te paraît-il crédible qu'Uchiha Sasuke soit venu ici sans que tu le reconnaisses ?

Pendant un instant, seuls les bruits de la forêt rompirent le silence qui s'était installé. Naruto pensait, les yeux perdus dans le vague ; appuyée contre un tronc, Shuma laissait des kikai sortir de ses manches et y rentrer en flots continus.

- Je… je pourrais pas dire, conclut finalement Naruto. Mais c'est vrai que c'est bizarre. Il n'y avait vraiment… vraiment pas de Sasuke, pas comme je m'en souviens. Mais l'illusion sentait le feu et si Sasuke a tellement changé…
- Parle-moi du chakra Suiton. Celui que je sens est très puissant – tellement, en fait, qu'il surpasse tous les autres.
- Oui, pour moi aussi. Je ne savais pas que le type qui accompagnait le Teme était devenu aussi puissant !
- Et le troisième chakra ?

Naruto frissonna.

- Vous l'avez ressenti aussi. Il est… bizarre. Suiton. Mais malsain. J'espère que ce type n'a pas posé ses mains sur Sakura-chan.

Inoichi ferma les yeux.

- Oui, malsain. Je ne vois que le troisième membre de l'équipe Uchiha pour produire un tel chakra. La question de leur sensorielle demeure, cependant – si elle n'a pas pris part à la capture, elle peut être n'importe où. Quant à l'utilisateur de Suiton, il collectionnait les Epées, il me semble. S'il en a trouvé une seconde, cela pourrait expliquer l'augmentation de son chakra…
- J'ai une autre hypothèse, intervint Aburame Shuma.

Les deux hommes tournèrent la tête vers elle. Les kikai bourdonnaient dans sa courte chevelure noire.

- Il y a une autre équipe connue de Konoha comportant un Uchiha spécialiste des illusions et du feu, et un utilisateur de Suiton doté d'un chakra inhumain.

Un silence suivit sa déclaration.

- J'ai pensé à cette hypothèse, admit Inoichi, mais elle paraît bien moins probable que celle d'Uchiha Sasuke. Es-tu sûre de tes conclusions ?
- Oui, dit simplement l'Aburame.
- Et le troisième chakra ?
- Vous l'avez dit vous-même, Yamanaka-sama. Hoshigaki Kisame possède une Epée. D'après les registres, ces armes sont conscientes. Tout concorde.
- Je ne comprends pas, protesta Naruto. Un autre Uchiha ? Vous voulez dire Itachi et Kisame, ceux qui veulent me capturer ?

Les deux autres échangèrent un regard en réalisant ce que Naruto venait de remarquer. Ils agirent par instinct : les bourdonnements du kikai s'intensifièrent, Inoichi étendit sa perception avec plus d'acuité et Naruto se retrouva sans trop savoir comment comme un civil protégé par une escorte.

- Je sais qu'ils veulent me capturer ! protesta-t-il. Mais s'ils essaient ici, vous ne réussirez pas à me protéger, alors arrêtez !
- C'est un fait, admit Shuma avec réticence. Excuse-nous, Naruto.
- C'est pas grave. Mais pourquoi ils auraient kidnappé Sakura-chan ?
- Pour servir d'appât, jugea sèchement Inoichi. Pour nous amener dans une situation où tu ne serais pas en mesure de faire appel au pouvoir du démon.
- Nous avions déduit qu'ils capturaient les Bijûs dans un ordre spécifique. Le Hachibi est toujours en possession de la Terre.
- Nous ne le savons pas avec certitude, remarqua Inoichi.

Il ferma une nouvelle fois les yeux. Quand il les rouvrit, un éclat différent brillait dans ses pupilles ; Shuma sentit que la situation allait devenir passablement délicate.

- En tant que chef d'équipe, j'ai pris ma décision : nous rentrons à Konoha.
- Quoi ?!

Naruto le regardait avec des yeux ronds.

- Sakura-chan a été enlevée. En-le-vée ! martela-t-il. Par l'Akatsuki ! On ne va pas rentrer à Konoha et la laisser comme ça !
- Peux-tu combattre Uchiha Itachi et Hoshigaki Kisame avec notre seul soutien, Naruto ?
- Pour sauver Sakura-chan, oui ! s'entêta le jinchuriki.
- Et s'ils prennent Haruno-san en otage ? suggéra Shuma.
- Alors je les battrai en sauvant Sakura-chan !
- Parierais-tu la vie de ton amie sur ta capacité à les battre à temps ? Non, ne réponds pas tout de suite. Réfléchis, Naruto. Seras-tu assez rapide pour vaincre l'un d'eux avant que l'autre ne tue Haruno Sakura ?

Pendant un instant, le blond sembla perdu.

- Mais… vous m'aideriez, non ?
- Oui. Mais la valeur de mon aide serait faible, face à de tels adversaires – et, avec tout le respect que je vous dois, Yamanaka-sama, vous pourriez distraire l'un d'eux et peut-être vous enfuir en vie, pas le tuer.

Inoichi hocha sèchement la tête.

- Mais il faut qu'on sauve Sakura-chan ! C'est pour ça que Baa-chan nous a envoyés…
- Hokage-sama nous a ordonné de retrouver la trace de son apprentie et de l'aider à échapper à Uchiha Sasuke. Nous n'avions pas prévu de nous retrouver face à des membres de l'Akatsuki.

Naruto refusait de renoncer.

- On avait bien un plan pour sauver Sakura-chan, non ? Pourquoi il faudrait en changer ?
- Parce qu'Uchiha Sasuke et son équipe sont des nukenins sans réseaux, expliqua Shuma. Ils ne bénéficient pas d'appuis, ni de bases disséminées internationalement, et leurs mesures de sécurité ne peuvent par conséquent pas être optimales. On ne peut en dire autant de l'Akatsuki. »

Le jinchuriki gardait les poings serrés, sa veste verte montant et s'abaissant au rythme de ses inspirations. Deux ans auparavant, il aurait balayé ces arguments comme des fétus de paille – sauf que deux ans auparavant, il n'était pas le successeur désigné de Baa-chan. Il ne connaissait pas la politique ou les stratégies de guerre ; Shizune-chan ne l'avait pas forcé à s'asseoir autour d'une table et à calculer la meilleure manière de mener une bataille. Indice : ce n'était pas la manière qui permettait de sauver tout le monde. C'était celle qui vous faisait sacrifier volontairement des pièces de bas niveau pour protéger le plateau.

Il devait sauver Sakura-chan…

Mais en fonçant dans la gueule du loup, est-ce qu'il ne la condamnait pas à mort ?

Peut-être, mais il ne pouvait pas reculer ! Il était Uzumaki Naruto et il ne revenait pas sur sa parole – c'était sa voie du ninja !

Oui, mais sa parole, c'était la promesse de ramener Sakura. Pas de la ramener tout de suite.

Mais s'il commençait à reculer devant l'Akatsuki dès que ceux qu'il aimait étaient enlevés, qu'allait-il faire quand le vrai combat commencerait ? Est-ce qu'il allait repartir demander de l'aide et les laisser faire du mal à ses précieuses personnes ? Peut-être que ces ordures torturaient Sakura-chan à l'instant même !

« Et s'ils font du mal à Sakura-chan, hein ? ajouta-t-il en direction des deux autres. On ne peut pas repartir et la laisser souffrir !
- On le doit, répliqua Shuma.
- Non ! Ce n'est pas mon nindô !
- Naruto.

Quelque chose dans le ton d'Inoichi arrêta Naruto. Le souffle court, comme une bête acculée, il se tourna vers l'homme qui venait de parler.

- Haruno-san est une Jounin de Konohagakure. J'ignore ce que tu ressens vis-à-vis d'elle, mais ton attitude est un manque de respect envers elle et ses capacités.
- Du respect ? s'étouffa Naruto. C'est du respect de la laisser kidnapper par Itachi ?
- C'est de l'irrespect de tout risquer sur une tentative désespérée, simplement parce que tu ne la crois pas capable de survivre trois jours de plus.
- Nous ne prévoyons pas de renoncer, Naruto-kun, ajouta Shuma. Mais il faut allouer à cette mission des effectifs adaptés à l'objectif. C'est le moyen le plus sûr de sauver Haruno Sakura.
- Et pour ma part, j'ai la plus haute considération pour les capacités de la sous-directrice des médic-nins. Voilà précisément pourquoi je lui ferai confiance pour supporter son emprisonnement jusqu'à ce que nous soyons en mesure de la libérer.

Ce fut Shuma qui porta le coup fatal, de la voix monocorde des Aburame :

- Et toi, Naruto-kun ? Crois-tu en Haruno-san ?

Naruto baissa la tête.

- Oui, marmonna-t-il faiblement.

Parce que c'était vrai, il savait que Sakura-chan était forte. C'était juste que l'imaginer aux mains de ce monstre d'Itachi lui donnait la chair de poule et l'envie de prendre un des arbres autour d'eux pour frapper sur le frère de Sasuke.

S'il y avait une chose qu'on pouvait dire d'Uzumaki Naruto, cependant, c'était qu'il ne se laissait jamais abattre. Il ne pouvait pas courir sauver son amie ? D'accord. Bon, ça lui hérissait les nerfs, mais d'accord. Mieux valait rentrer à Konoha.
Par contre, il était hors de question de traîner en route.

Avant que les deux autres n'aient pu réagir, il se mordit le pouce et barbouilla de sang un parchemin sorti de sa poche.

- Invocation ! dit-il.

Et Shuma recula rapidement quand un crapaud de la taille d'un bosquet déracina un arbre en apparaissant.

- Yo, patron ! s'exclama le batracien. Besoin de moi pour une mission ? Tuer les méchants, sauver la princesse ?
- Ben, pas cette fois-ci, en fait. Gamakichi, tu pourrais te souvenir de cet endroit ?

Le crapaud regarda autour de lui.

- C'est de la forêt, patron. Juste de la forêt. J'ai rien contre, note bien, mais c'est pas trop ma catégorie. La peau orange, tout ça – enfin, je me fonds pas très bien dans le décor.

Nous l'avions constaté, sembla penser Inoichi.

- Oui, mais c'est pour Sakura-chan.
- Quoi, la rosette aux limaces ? Bon, pas de problème, je l'aime bien. Il faut que je me rappelle du coin, alors ?
- Tu serais un chef, Gamakichi ! approuva Naruto.
- Comme tu l'dis, patron ! Bon, ça y est, je m'en rappellerai. Si t'as besoin de revenir ici, tu m'invoques – tu pourras juste penser à m'amener du tabac, la prochaine fois ? Je suis bientôt à court et j'ai pas trop envie d'emprunter celui de Papa.
- Aucun problème, mon vieux !

Et Shuma retint une envie très peu Aburame de se pincer quand le crapaud géant et le shinobi se tapèrent dans la main (ou dans la palme pour le batracien) avant que l'animal ne disparaisse. Elle ne manqua pas de remarquer que les chaussures de Naruto s'étaient légèrement enfoncées dans le sol meuble sous la force du choc.

Ce fut Inoichi qui posa la question qu'elle n'osait formuler :

- Pourquoi ne pas nous avoir laissé appeler nos invocations ? Elles sont moins…

Il désigna d'un geste les traces de palme dans le sol et l'arbre arraché.

- … voyantes.

Naruto eut la décence de paraître gêné.

- Gamakichi est super sympa, je vous assure !
- J'ai pu le constater.
- Non, mais sérieusement, il est doué. Il pourra revenir ici depuis n'importe quel endroit. Et puis même si vous aviez appelé vos invocations, vous n'êtes pas sûrs que Baa-chan vous renverra sur cette mission une fois qu'elle saura que c'est l'Akatsuki, non ?
- Tu n'en es pas sûr non plus que Hokage-sama t'autorisera à revenir.

Le regard de Naruto se durcit.

- Si. Je sais ce que vous allez dire, ajouta-t-il alors que Shuma s'apprêtait à parler. Mais je ne peux pas reculer dès que l'Akatsuki entre en jeu. A quoi ça me servirait de me défendre contre eux si ça veut dire que je laisse tous les gens que j'aime se faire enlever ?

C'était une observation remarquablement sensée, et Inoichi ne protesta pas plus longtemps (même si, à son avis, leur futur Hokage aurait quand même pu invoquer un crapaud un peu plus petit). Sur un signe de tête, les trois shinobi reprirent leur formation initiale et repartirent – vers Konoha.

Naruto imposa dès le départ un rythme soutenu. Dans son uniforme noir et vert, il avait l'air inhabituellement sobre, et son air renfrogné n'arrangeait rien. Il sautait de branche en branche sans grâce particulière mais avec la rapidité de l'habitude, trop préoccupé pour remarquer qu'il avait adopté une vitesse particulièrement élevée. C'était une preuve de l'obstination légendaire des Jounins, qu'Aburame Shuma se cale sur son allure sans une seule protestation.

Quant à Inoichi, malgré son froid rationalisme, aucune allure n'aurait pu être assez rapide pour lui.

Il avait connu Haruno Sakura très jeune : Ino l'avait décrite comme une « autre fille toute timide, et elle a un grand front mais elle ose pas le montrer, alors je vais peut-être lui offrir un ruban rouge, parce qu'elle a les cheveux roses… » et à partir de là, Inoichi avait cessé d'écouter.
Ce n'était que quelques jours plus tard que le sujet de Sakura était revenu sur la table : à son retour de mission, sa femme lui avait raconté avec amusement l'excitation d'Ino quand l'autre fillette avait accepté son cadeau. « Notre fille sera une bonne personne », avait conclu sa chère et tendre. Inoichi avait approuvé. Le lendemain, il avait offert à Ino de jolis kunais neufs et avait passé deux heures à perfectionner son lancer.

Quand Ino avait amené son amie à la maison pour jouer, il n'en avait pas pensé grand-chose. La petite était une civile rêvant du monde des ninjas ; ce n'était pas une espèce rare, dans un village caché, et bien peu réussissaient effectivement le test. Sans le soutien d'un clan ou de parents ninjas, ils n'avaient pas cette expérience acquise dès leur plus jeune âge qui se révélait décisive pour devenir Genin.

Puis le temps avait passé : les rivalités amoureuses d'Ino et de Sakura au sujet de l'héritier Uchiha l'avaient désolé plus qu'autre chose (il n'avait pas rappelé à Ino qu'en tant qu'héritière des Yamanaka, il était hors de question qu'elle devienne Uchiha un jour : et pourquoi pas Hyûga, pendant qu'on y était ?). Mais si sa fille pouvait nourrir une saine rivalité, il ne s'y opposerait pas, aussi futile soit le sujet. Tout bon ninja devait avoir l'esprit de compétition, aussi un peu d'émulation permettrait à sa fille de développer son potentiel. Elle n'était pas kunoichi la plus prometteuse de sa génération pour rien !

Quand les choses avaient-elles changé ? Quand l'Uchiha avait fui ? Peut-être. Ce jour-là, il avait vu ceux qu'il considérait comme ses neveux, Chôji et Shikamaru, ramenés sur des brancards entre la vie et la mort. Il avait essuyé les larmes de sa fille, sa précieuse enfant au cœur brisé par la trahison. Ce n'était pas ainsi qu'il aurait voulu lui apprendre le goût amer de la vie.

Haruno Sakura avait été oubliée dans la tourmente des événements qui s'en étaient suivis : le jeune Uzumaki était parti chercher la Sannin Tsunade, Hatake Kakashi avait médité ses erreurs et lui-même, à la demande d'Ino, l'avait entraînée sans relâche en attendant que Chôji et Shikamaru se rétablissent. Les parents civils de Sakura avaient-ils compris ce que la jeune fille subissait ? Les liens d'une équipe étaient sacrés, disait-on, mais l'équipe Sept n'avait été qu'une plaisanterie cruelle pour son membre le plus faible. Non, le père et la mère de la kunoichi n'avaient probablement vu là que la fin d'une amourette de jeunesse mêlée à une dispute entre amis, au lieu du profond traumatisme que cela avait dû être. La Genin avait été – aucun mot n'était plus juste – abandonnée par ceux qui auraient dû la soutenir.

Ce n'était que quelques années plus tard qu'il avait pu réévaluer son opinion de Sakura. Il avait appris qu'elle était devenue l'apprentie de la Hokage, l'avait vue pratiquer des opérations mineures sur certains de ses subordonnés ; durant les interminables babillages d'Ino, il avait retrouvé suffisamment de fois le nom de Sakura pour comprendre que les deux adolescentes avaient renoué leur amitié.

Quand la jeune femme avait été affectée à son équipe pour une mission routinière aux frontières, il avait pu apprécier son professionnalisme. Elle était venue le chercher d'elle-même pour demander l'autorisation d'assister à un interrogatoire ; sa Shishou pensait qu'en tant qu'apprentie, elle devait connaître tous les postes-clés du village. Inoichi avait noté la confiance que Tsunade-sama plaçait dans son élève, pour lui offrir autant d'informations sensibles. Et si la kunoichi se montrait un peu trop sérieuse et désireuse de faire ses preuves, qu'y pouvait-il ? Il n'était pas tenu de soigner l'insécurité de ses compagnons d'armes.

D'autant plus que ces sentiments négatifs semblaient avoir des effets bénéfiques sur elle. Inoichi en était venu à la voir comme une Chûnin, puis Jounin fiable et sérieuse. Après la tragique Invasion de Pain, il avait bien dû admettre qu'il avait devant lui la digne héritière de Tsunade-sama – plus complète que Shizune-san, plus douée que sa propre enfant (de la part d'un père, c'était là un grand compliment). Une guerrière, assurément. Ce qu'elle avait dû subir émotionnellement pour évoluer ainsi ? Inoichi ne voulait pas le savoir.

C'était pourtant la médic qui avait gagné son éternel respect et, par-là, la loyauté du clan Yamanaka.
Haruno Sakura était douée ; mais elle devait subir la comparaison avec Uchiha Sasuke – dont le talent était aussi indéniable que la traîtrise – et Uzumaki Naruto. Qu'avait-elle qui lui permettait de briller vraiment ? En quoi était-elle plus qu'une réplique plus jeune de Tsunade, la lignée en moins ? Elle ne possédait ni le sang des Senju, ni l'expérience de cinquante années.

Alors qu'était-elle ?

Il aurait dû le savoir. Mais il tirait une grande partie de ses informations des prisonniers qu'il interrogeait, et les missions que Sakura effectuait, avait-il compris, ne laissait pas de prisonniers. Les medic-nins faisaient du matériel de premier choix pour les assassinats.
Quant à ses exploits de l'hôpital, eh bien, c'était formidable, mais ça restait du travail de civil – voilà comment les médecins étaient vus. Si quelqu'un se spécialisait dans le travail hospitalier, c'était un civil, point. Les medic-nins partant en mission étaient des shinobi avec un talent pour guérir quelques blessures clés pendant qu'on retournait à Konoha. On était l'un ou l'autre : shinobi ou médecin. Pour un shinobi, la médecine ninja était une capacité secondaire utile, mais limitée.

Mais Tsunade, mais Shizune ? Ces deux-là étaient des génies dans leur domaine. Ce n'était pas comparable et s'attendre à voir un troisième spécimen émerger n'était qu'illusion.

Eh bien non, finalement.

Inoichi l'avait compris à la manière dure. Il avait interrogé un Jounin de la Roche particulièrement hargneux, ce jour-là. Quand il était rentré chez lui, c'était avec l'espoir de pouvoir se détendre devant un bon livre. Le crabe qui était apparu dans un nuage de fumée blanche l'avait forcé à revoir ses plans.
Inoichi frissonna en se souvenant de ce moment. Il le classait aisément comme l'un des pires de sa vie, après les Invasions de Konoha et la Seconde Guerre.
Après avoir entendu l'animal, il s'était résigné à ne plus jamais voir sa fille combattre comme avant : « Yamanaka Ino a été grièvement blessée au bras droit. L'arme était empoisonnée. La médic Haruno Sakura fait ce qu'elle peut ». Tels étaient les termes précis du message comme il s'en rappelait des mois après. Il se souvenait aussi, pris de panique, d'avoir calculé le lieu où sa précieuse enfant devait être, les contacts que le clan Yamanaka pouvait invoquer dans la région, tout cela pour déduire qu'il ne pourrait jamais envoyer d'aide à temps. Tsunade-sama, qui l'avait convoqué dans l'heure, avait confirmé : le crabe qu'elle avait reçu lui avait fourni des informations médicales détaillées qui laissaient peu d'espoir. Avec un hôpital, du temps et des réserves de chakra suffisantes ? Elle aurait pu mettre Ino en stase, identifier le poison, le neutraliser et soigner la plaie. En terrain ennemi, alors que l'équipe avait déjà risqué sa sécurité en envoyant un animal messager ? Il faudrait un miracle.

Inoichi avait attendu, attendu. Une semaine. Deux. Sa femme avait fondu en larmes en plein milieu de la boutique, entre les jonquilles et les azalées.

Quand Ino avait passé les portes de Konoha, pâle mais avec deux bras sains, il avait cru à un genjutsu. Tsunade avait longuement parlé avec son apprentie, là, sous la tour de garde du village.

Le soir même, à table, Ino avait fait vomir sa mère en détaillant la plaie qu'elle avait reçue et les longs jours à errer de grotte en cachette, alors que Sakura consacrait toute son énergie à la guérir et qu'elle-même tentait de rester consciente.
Le lendemain, Inoichi avait usé de son pouvoir de chef de clan pour convoquer Sakura et l'avait personnellement félicitée.

Voilà la dette que le clan Yamanaka avait contractée envers Haruno Sakura ; voilà le motif de son respect et de sa confiance envers la medic-nin. Inoichi faisait partie des rares personnes absolument convaincues que l'élève dépasserait le maître et qu'un jour, Sakura révolutionnerait la médecine ninja. Peu importe que la jeune femme elle-même n'en soit pas encore totalement persuadée : cela arriverait. Même s'il leur fallait pour cela l'extraire des griffes d'Uchiha Itachi.

Il serra les dents et continua de les diriger vers Konoha, Naruto sur ses talons.

Ils avaient couru moins d'une heure quand Inoichi s'arrêta brusquement. Shuma l'imita immédiatement, en sueur ; quant à Naruto, il faillit rentrer la tête la première dans son chef de mission et ne put se maîtriser qu'à un cheveu du désastre. Son souffle déplaça les fins cheveux blonds sur la nuque d'Inoichi. Rouge de gêne, il bafouilla une excuse puis sauta sur une autre branche.

Le Jounin ne lui avait pas accordé un regard.

« Haruno-san, murmura-t-il. Elle est passée par ici.
- Quoi ?
- Il y a quelques minutes à peine. Elle est ici.
- Mais c'est pas possible ! Elle était avec l'Akatsuki !
- Yamanaka-sama, si Sakura-san est là, où sont Uchiha et Hoshigaki ? intervint Shuma.

Inoichi ferma les yeux, une main sur le tronc de l'arbre qui le portait.

- Je ne sens aucune trace d'eux.

Il scruta les alentours, puis se tourna vers ses compagnons.

- Shuma, surveille nos arrières avec les kikai. Naruto, reste quelques pas derrière moi – c'est sûrement un piège. Si nous arrivons en vue de Haruno-san, ne cherche pas à me dépasser. Compris ?
- Oui !
- Elle est partie Est-Est-Sud – vers Konoha. Allons-y.

Et la chasse commença.

Naruto y croyait à peine. Il s'adaptait vite, mais ça ? Sakura était là ? Inoichi avait raison, ça puait le piège à plein nez, et pourtant les trois shinobi ne pouvaient pas passer leur chemin. Où était l'Akatsuki ? Le grand requin bleu avait un chakra trop énorme pour être masqué, mais Uchiha Itachi se cachait peut-être dans les environs…

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire plein de crocs. Si Uchiha Itachi était effectivement là, il n'y aurait aucune raison de ne pas le combattre. L'ordure regretterait d'avoir mis les mains sur sa Sakura-chan.

Inoichi sautait de branche en branche à toute allure. Ses pieds frappaient l'écorce si vite qu'il laissait des éclairs bleus de chakra. Les feuilles qui fouettaient sa silhouette avaient à peine le temps de revenir à leur place que Naruto leur tombait dessus dans une charge généralement fatale ; Shuma n'avait qu'à s'engager dans la large trouée faite par les deux hommes, des insectes sortant en masse de sa veste verte.

« La piste se rapproche, lança Inoichi à Naruto. Elle doit être à moins de deux cents mètres.
- Reçu ! »

Les troncs devenaient flous face à la vitesse de leur course, leurs visages étrangement similaires dans leurs expressions décidées.

Ce fut un instinct animal qui avertit le jinchuriki.

« Attention ! hurla-t-il en bondissant, une seconde avant qu'un parchemin hâtivement dissimulé explose sous ses pieds. »

La fumée envahit la zone. Les acouphènes résonnèrent pendant quelques secondes aux oreilles de Naruto comme la sonnerie de l'hôpital de Konoha.

« Inoichi-san !
- Je suis là ! lui répondit une voix étouffée. Haruno-san continue de se diriger dans la même direction, suis-moi ! »

La fumée commençait à retomber ; Naruto courut à la verticale sur les troncs jusqu'à ce qu'il émerge enfin à l'air libre. Guidé par le chakra de Sakura, Inoichi avait déjà repris la poursuite.

« Est-ce qu'elle sait que c'est nous ? lui demanda Naruto en revenant à sa hauteur.
- Sans doute pas, reconnut Inoichi. On en saura plus une fois qu'on l'aura en vue. Si c'est un piège, elle nous fera signe. »

Le jeune Jounin hocha la tête. Il ne ressentait pas de fatigue notable, mais son compagnon plus âgé avait l'air passablement entamé. Il ne faisait pourtant pas mine de ralentir.

« Elle court moins vite que nous, révéla-t-il en écartant une mèche blonde qui s'était échappée de sa queue-de-cheval. Si elle imagine que l'Akatsuki est revenue la chercher, elle risque de placer d'autres pièges pour nous retarder.
- Pas de problème ! On va la rattraper, vous allez voir ! »

C'était une prédiction à court terme. Ils évitèrent encore deux explosifs avant qu'Inoichi ne ralentisse.

« Elle est ici. Sakura-san ! lança-t-il en direction de la clairière à leurs pieds.
- Sakura-chan ! répéta Naruto. »

Rien ne leur répondit. Naruto jeta un coup d'œil vers l'autre homme ; celui-ci lui confirma d'un geste que la jeune femme n'avait pas bougé.

« Bon, marmonna le blond. Sakura-chan, son nom commence par S et il t'a offert un dessin d'un arbre avec les feuilles qui tombaient ! A l'hôpital, tu détestes l'infirmière Kagome parce qu'elle préfère rentrer chez elle à l'heure que s'occuper des patients ! Tu ranges tes livres médicaux par hauteur et tu as tout un étage de romans d'am…
- Stop ! lui répliqua une voix fatiguée. »

Et, sous les yeux profondément soulagés des deux shinobi, Sakura émergea de sous un buisson.

Elle avait l'air épuisée, constata Inoichi. Les racines roses de ses cheveux atteignaient presque deux centimètres ; ses vêtements de vagabonde flottaient sur son corps amaigri ; des menottes métalliques entouraient ses poignets. Mais le sourire qui la gagna quand Naruto vint la prendre dans ses bras faisait oublier ses cernes violets et les larmes séchant sur ses joues.

« Naruto, murmura-t-elle d'une voix étranglée. Naruto, je suis tellement contente de te voir.
- Moi aussi, Sakura-chan, l'assura le blond, le nez enfoui dans la chevelure de son amie. »

Inoichi sentit Shuma atterrir à ses côtés.

L'étreinte dura plusieurs secondes. Sakura ne se sépara de son frère de cœur avec regret ; mais quand elle se tourna vers le chef de mission, ce fut avec un éclat décidé dans ses prunelles vertes.

« Inoichi-san. Vous êtes responsable de l'équipe, n'est-ce pas ?
- Effectivement. Aburame Shuma-san me seconde.

L'apprentie de Tsunade fit un signe de tête en direction de l'autre femme. Puis, se tenant fermement à l'épaule de son meilleur ami, elle ancra ses yeux pâles dans ceux du Jounin.

- Je me suis échappée d'une captivité orchestrée par Uchiha Itachi. Les circonstances de mon évasion sont suspectes. Je vous demande de me ramener inconsciente à Konoha et de me mettre en quarantaine jusqu'à ce que nous ayons la preuve que je ne présente aucun danger.
- Mais… Sakura-chan ! protesta Naruto. Tu n'es pas une traîtresse !
- Avec Uchiha Itachi, on ne peut pas prendre trop de précautions, Naruto. Crois-moi, j'en sais quelque chose.

Quand son ventre gronda, une grimace douloureuse déforma ses traits.

- Itachi voulait des informations, reprit-elle péniblement. La situation de Naruto, les tours de garde autour du village. Il a pu m'inoculer un genjutsu qui lui permettrait de voir par mes yeux ou… je ne sais pas.

Ses épaules s'affaissèrent légèrement. Naruto la portait presque.

- S'il vous plaît, ramenez-moi à Konoha. Je dois parler à Shishou le plus vite possible, acheva-t-elle d'une voix éteinte.
- Bien sûr. Naruto, tu te chargeras de transporter Sakura-san. Shuma ?
- Sakura-san, si vous voulez bien ? demanda la femme en s'avançant.

La médic releva ses cheveux pour lui présenter sa nuque. Un coup sec, et Naruto se retrouva avec un corps inconscient dans les bras.

- J'aimerais vraiment savoir ce qui s'est passé, admit le jinchuriki en chargeant son amie sur l'épaule.
- Nous le voudrions tous. »


Le prochain chapitre devrait arriver avant la fin des vacances. Merci de continuer à lire et si vous avez un peu de temps, n'hésitez pas à commenter : c'est très motivant !