Francis avait été puni par Marcello.
En fait, Marcello tirait toutes les ficelles de la politique de Feliciano. Francis en était intimement persuadé. Toutes les idées tordues provenaient de ce type manipulateur et opportuniste. Francis était très en colère contre son ami Marcello qui avait décidé de lui coller en permanence l'un de ses futurs départements de Vénétie et de le dispenser de l'honorable présence de la nation italienne.
Venise ordonne et tout le monde vénitien s'exécute et s'organise sans poser de questions.
« Tu sais… Elle a beaucoup subi les décisions de ses dirigeants… »
La raison de cette séparation délicate ?
Sa langue fourrée délicieusement dans la bouche de Feliciano.
Oui. Exquise sensation. Ils avaient été surpris en plein échange passionné par la ville de Venise.
« … et bon, elle ne pouvait pas faire autrement… »
Qui dit ville de Venise dit chantage politique. Enfin, là, comme il s'agissait d'un proche de Marcello, le chantage tournait en menace personnelle sur ses bijoux de famille. Marcello avait murmuré qu'il en aurait informé Angleterre si sa nation n'en aurait pas été mise en danger.
Tout ce charivari pour un baiser aurait amusé Arthur… s'il était joignable, ce fourbe.
« … et ça n'a pas arrangé les choses… »
L'ire de Francis n'était pas dirigée uniquement vers Marcello. Il s'en voulait également à lui-même d'avoir embrassé Feliciano sur un coup de tête.
Pourquoi n'arrivait-il pas à se contenir ?
C'était Feli… L'enfant qui courrait dans les champs avec un sourire rayonnant, les bras chargés de fleurs, son innocence aurait fait chavirer tous les anges de la création. Tous ses souvenirs de Feliciano enfant lui ordonnaient de le soustraire à la cruauté du monde. Francis avait toujours nourri un sentiment protecteur envers lui, totalement différent de ce qu'il lui inspirait aujourd'hui.
Maintenant, le jeune homme se révélait naturellement et inconsciemment séduisant.
« … il y a de la jalousie quelque part… mais bon, ce n'est pas le sujet… »
Il avait suffi de peu.
La discussion animée sur la politique l'avait charmé tout autant que l'enthousiasme de Feliciano. Ses grands gestes et ses rires apportaient la bonne humeur, même en pleine discussion sur un sujet sensible. L'Italien n'avait pas l'intention de laisser l'Empereur français tout décider à sa place. De toute manière, l'Empereur serait trop loin dans ses campagnes militaires pour surveiller ce qui se passait en Italie. Mais Francis serait là. Feliciano avait souri, puis avait rétorqué. Il intéressait Francis tant que ça ou alors en avait-il assez des champs de bataille et préférait-il la douceur de l'Italie.
Francis avait préféré la douceur des lèvres de l'Italie.
« … et badaboum, ça a éclaté… »
Comment résister à ce sourire ? À sa proximité ? À ses gestes ambigus ? À sa gentillesse ? À la chaleur de son aura ? À son charme ? Comment lui résister ?
Il en était arrivé là dans ses réflexions.
Pendant ce temps, Grazia lui avait commenté le comportement d'Illario et de Flora par rapport au passé sanglant de leurs villes. Et elle continuait de le faire.
Oui. Il se fichait impérialement de ce que lui racontait l'Italienne, même s'il aurait dû s'y intéresser.
« … c'était très déstabilisant… »
Flora allait débarquer d'un jour à l'autre à Venise pour que Feliciano et lui puissent apaiser les tensions entre Illario, elle et le reste de l'Italie. Il aurait l'occasion de revoir Feli à cette occasion. À moins qu'il n'arrive à feinter Marcello entre temps… Il y a toujours un moyen de réaliser ses aspirations...
Heureusement, son cerveau enregistrait le moindre détail de ce que lui racontait Grazia pour y revenir après. (Sang, traumatisme, massacre, guerre des clans, maladie, manipulation politique, jalousie, histoire de famille.) Il avait beaucoup pratiqué cette méthode méditative avec certaines de ses régions. Ile-de-France se révélait utile en fin de compte ! Il ne devrait pas avoir de mauvaises pensées pour sa région/département/capitale qui se tapait tout son travail en ce moment même avec Picardie.
« Il y avait des dissensions internes… C'est connu… ce qui a conduit à des bains de sang... »
Pauvre Picardie ! La région qui abritait son cœur était un amour, mais ne s'entendait pas forcément avec sa tête plus complexe qu'elle. Ce devait être pas mal le bordel entre eux, vu comment il se sentait par rapport à Feliciano. Il valait mieux ne pas penser aux catastrophes en son propre pays.
Concrètement…
« Mais tu sais, la peste en Italie, ça en a rajouté une couche dans la liste des horreurs… »
… Beuh… La peste… Et la guerre de Cent Ans… bah… Même si ça avait affaibli l'autre enfoiré…
« … Je crois que Flora a peur du sang et de la maladie… ça la rend fragile… »
Francis eut un haut-le-cœur.
Bon, concrètement… Il ne devrait pas approcher Feliciano comme ça.
« Ils s'aiment, hein, tous les deux… Je veux dire Flora et Illario… Sinon, ça ne tiendrait pas le coup… Et pourtant, Illario était très attaché à Marcello… »
Parce que, concrètement, il était toujours en couple avec Arthur. Et puis, ce n'était pas prévu au programme de la campagne d'Italie de tromper son mec. Ah, non ! De baisouiller à droite et à gauche, oui. D'avoir des histoires sans lendemain, oui.
Ils formaient un couple dit libre !
Francis était persuadé qu'Arthur se prenait du bon temps de son côté. Il n'y verrait aucun inconvénient d'ailleurs, s'il pouvait compter régulièrement sur la présence d'Arthur ces temps-ci. Une boule de rage se forma dans le ventre de Francis. Arthur lui manquait atrocement. Encore plus maintenant.
Avec Feliciano, leur flirt prenait une drôle de tournure. Il avait l'impression de tromper Arthur rien qu'en l'embrassant. Il n'avait jamais eu cette sensation alarmante…
« … Marcello dit qu'on peut avoir deux histoires d'amour dans sa vie…
- Quoi », s'étrangla Francis ?
Grazia se mit à rire franchement.
« Tu verrais ta tête ! Je savais que les Français étaient du genre fidèle et romantique, en tout cas ceux du Sud, mais je ne le pensais pas de toi.
- Et pourquoi ?
- On sait tous ce qu'il s'est passé au manoir autrichien.
- Même Feliciano ?
- Surtout Feliciano. Ton copain albinos ne s'est pas gêné pour en parler. »
Pourquoi avait-il un meilleur ami incapable de se la fermer sur ses exploits sexuels ?
Francis comprenait maintenant mieux la lueur « espèce de pervers » dans les yeux de Feliciano. Voyons, le bon côté des choses ! Il était grillé pour une histoire avec Feliciano, parce que, Bon Dieu, Arthur et lui avaient couché avec Gilbert et Roderich. Oui. En même temps. Une coucherie à quatre. Il y a un autre mot pour ça, mais il ne préférait pas y penser.
Connaissant Gilbert, il n'avait pas lésiné sur les détails, ce grand bavard awesome.
Bref, il était mal barré avec Feliciano et tant mieux !
« Ne t'inquiète pas Francis. Feliciano en a vu d'autres avec Marcello. Venise a parfois tendance à donner des détails glauques sans citer personne. Marcello extériorise.
- Il extériorise souvent ?
- Oh ! Aurais-tu de quoi t'inquiéter ? Tu es venu ici avec Arthur ?
- C'est arrivé. C'était purement diplomatique.
- Bien sûr. »
Grazzia ne le croyait pas. Ils n'invitaient pas toujours du monde dans leur lit. De plus, Arthur et lui ne tomberaient jamais dans un piège aussi grotesque que les plaisirs de Venise.
Oui… Embrasser Feliciano à Venise se révélait être une erreur qui lui coûterait cher.
S'il avait été là avec Arthur, ce ne serait jamais arrivé. Il détestait Arthur en ce moment même. De tout son être. Il ne l'avait plus vu depuis une dizaine d'années. Son « Fais ce que tu veux » ne cessait de lui revenir en mémoire et le torturait. Est-ce qu'Arthur faisait ce qu'il voulait de son côté ? Ce ne serait pas étonnant, vu comment il coupait les ponts.
Francis doutait vraiment pour la première fois de sa vie de ce qui le reliait à Arthur. Oui, ils étaient un couple libre, ils faisaient ce qu'ils voulaient, mais ne plus se voir pendant dix ans sortait de leurs engagements l'un envers l'autre.
« Dis-moi ! Je suis curieuse. Comment votre couple fonctionne-t-il ?
- Je ne sais pas moi-même. Les mêmes intérêts en matière de sexe, peut-être, répondit dans le vide Francis.
- C'est certain que vous les avez, quand vous invitez une troisième et une quatrième personne dans votre lit. Et je suis sûre que vous pouvez augmenter le score… »
Francis rit face à cette perspicacité. Il en avait vécu des choses en dehors des sentiers battus.
« On tient la forme tous les deux, dit-il en lui faisant un clin d'œil. Je ne vous savais pas si puritaine.
- Je ne comprends pas ce besoin dans votre couple. Vous devriez vous suffire. Il y a forcément un problème sous-jacent. Pardon, je ne devrais pas m'en mêler.
- Non, vous ne devriez pas… »
Son ton s'était fait menaçant. En dehors du fait actuel qu'Arthur naviguait joyeusement en Asie, leur couple avait toujours dû affronter une dissension interne assez importante. Francis n'ignorait pas cette faille dans sa relation avec Arthur. Il suffisait d'en toucher les bords pour l'élargir franchement. La faille de toutes les nations rivales, comme Arthur aimait l'appeler. Il fallait quand même rajouter le terme « ennemi mortel » pour compléter le tableau. Son couple conserverait la saveur d'un cocktail explosif jusqu'à la fin des temps.
Le fait de se lâcher entre eux sexuellement parlant avait aidé en certains temps difficiles. Ça ne désamorçait pas les conflits entre les Hommes, mais pacifiait leur relation complexe.
Coucher à droite à gauche provoquait forcément de la jalousie chez l'un et chez l'autre, mais au moins ils se retrouvaient avec beaucoup moins de frustrations accumulées.
Ils disaient tous les deux que c'était nécessaire à leur fonctionnement. Avec l'éternité devant eux, ils ne devaient pas se lasser.
Francis envisageait pour la première fois ces excuses comme mauvaises et malsaines. Il se souvint même avec dégoût d'avoir été le premier à coucher avec quelqu'un d'autre en l'absence d'Arthur. Sacrée dispute. Ils étaient jeunes, impétueux et surtout ils n'avaient pas mis les choses à plat. À cette époque, Francis ne pensait pas Arthur sérieux dans leur relation. Arthur l'avait toujours été… Jusqu'à maintenant…
« Donnez-moi un autre sujet pour discuter… Je meurs de ne pas pouvoir vous poser des questions… »
Francis rit à la boutade et se décida à satisfaire un peu sa curiosité.
« Chaque couple a sa propre mécanique. Il suffit que ça fonctionne et l'amour survit des siècles. »
Francis avait l'impression de se rassurer. Grazia fronça les sourcils, ce qui le mit mal à l'aise. Qu'est-ce qu'il avait dit de travers ?
« Qu'est-ce qu'il y a ?
- J'ai le droit de m'en mêler, alors…
- Autorisation accordée pour moins d'une minute.
- Quand même, employer le verbe survivre pour l'amour, c'est un peu étrange.
- C'est ainsi entre moi et Arthur. Il y a beaucoup trop de contraintes à notre amour pour utiliser un autre mot.
- Je n'ai pas la même conception de l'amour que vous. Ce doit être vivant, pas sur le point de mourir chaque seconde.
- On chérit cet amour d'autant plus. »
L'Italienne hocha la tête, méditant ses paroles, puis rétorqua :
« Il n'empêche que je n'aimerai pas tromper mon compagnon à tirelarigot.
- Il le sait et l'accepte.
- Je ne suis pas certaine qu'une personne aussi jalouse qu'Arthur Kirkland accepte vraiment vos coucheries.
- Je suis le mieux placé pour le savoir, répliqua Francis. On se "trompe" depuis le début. Temps écoulé, Grazia. »
Elle fit une mine dégoûtée.
Ce n'était pas la première à lui dire qu'Arthur devait détester la liberté dans leur couple. Arthur laissait faire et en profitait aussi, alors où était le problème ?
Francis se dit qu'il devrait plus cogiter pour assouvir ses pulsions avec Feliciano et rompre aussitôt avec lui.
Seulement, ce genre de coup bas ne se faisait pas à une nation. Et surtout, il y avait une grande probabilité que Feliciano soit toujours vierge. Il ne désirait pas le confronter à ce genre de cruauté sentimentale.
Francis se dégoûtait de lui-même. Il ne pouvait pas se comporter volontairement comme un salaud avec lui. Il appréciait trop Feliciano pour être une ordure, mais avait peur que ses mauvais côtés resurgissent à cause de son instabilité émotionnelle.
Finalement, Marcello faisait bien de l'isoler dans son coin.
Il devrait parler à un ami de ses problèmes. Seulement, Antonio et Gilbert lui faisaient vraiment la gueule à cause des conquêtes de Napoléon Ier. Il n'était pas question de parler de ses états d'âme à des Vénitiens friands de détails croustillants sur sa vie privée pour le faire chanter. Autant se tirer une balle, directe.
Pas à Marcello, pas à Feliciano.
Et surtout pas à Lovino. D'ailleurs, il n'avait pas trop de nouvelles de l'Italie du Sud qu'il conquérait un jour ou l'autre. Il était amusant Lovino, quand il essayait de négocier la paix. Franchement, se faire insulter et prier de rester tranquille, le tout enrobé de formules de politesse et de mièvreries politiques pour entretenir de bonnes relations diplomatiques, avait failli le faire s'étrangler de rire. Comme disait Antonio, Lovino restait encore beaucoup trop mignon pour le bien de sa nation. C'était l'excuse d'Antonio pour ne pas lâcher son contrôle sur Lovino. Au moins était-elle valable !
Et lui, lâcherait-il un jour le contrôle sur Feliciano et sur les autres nations conquises de force par Napoléon Ier ? Est-ce qu'un jour l'Angleterre pliera devant ses forces armées ? Francis en doutait. L'armée française s'était toujours révélée plus forte à terre qu'en mer, contrairement à l'armée anglaise. Bon point, pour une île, on ne pouvait pas y accoster facilement. Mauvais point pour elle, elle se faisait repousser vers la mer par la France à chaque tentative.
D'ailleurs, Angleterre se faisait désirer. Évidemment, ils étaient en guerre et se battaient régulièrement, mais pour l'instant la France conservait l'avantage.
Il sourit, fier de lui.
En entendant un bruit de pas décidé dans la cour, Francis leva les yeux vers Marcello qui avançait vers lui.
« J'ai à te parler, le français. »
Grazzia fit une mimique qui voulait tout dire concernant son matricule. Il allait se faire engueuler.
Francis suivit Marcello jusqu'à son bureau, en conservant autant que possible sa dignité. Il était la France, il allait recadrer cette ville qui se prenait encore pour une nation.
La pièce comportait des pièces d'art particulièrement somptueuses, notamment le tableau Le Grand Canal, Venise de Pietro Belluti. La peinture récente semble avoir été peinte la veille et, par ses couleurs claires, donnait un coup de soleil à la pièce à la toilette bleu sombre.
Marcello poussa un gros soupir avant de parler.
« Je ne peux pas t'empêcher de voir Feliciano, puisque tu dois tout mettre au point avec lui.
- Je savais que la raison te reviendrait. »
La satisfaction l'envahit. Il adorait sa position de supériorité par rapport à Venise. On ne pouvait pas arrêter la France en marche.
« Feliciano a insisté. Il pardonne ton égarement. Par contre, ça ne doit plus arriver.
- Bien sûr.
- Francis, je n'y crois pas à ton "bien sûr". Je me suis renseigné sur Arthur et toi. Je sais très bien que vous êtes du genre à ne pas vous embarrasser des sentiments et du bien-être de vos amants occasionnels. Vous faites juste le minimum. Tout ce qui vous intéresse dans ces cas-là, c'est de la bonne baise…
- Ce n'est pas nouveau. J'imagine que tu as fait la leçon à Feliciano. Il doit déjà le savoir.
- Feliciano est jeune et naïf. Tu en profites.
- Il n'a pas qu'à être aussi séduisant. »
Marcello renifla de mépris, devant son attitude défensive.
« C'est ça. Rejette toute la faute sur lui. Aux dernières nouvelles, tu as toujours initié vos baisers. »
Les Italiens se révélaient trop bavards pour leur propre bien. Francis se sentait acculé. Il devait faire attention à tout ce qu'il dirait. Marcello ferait tout pour lui faire avouer son attirance peu commune pour Feliciano.
« Je vois que tu profites toi aussi de ta situation.
- À quoi tu joues ? Francis, en tant que ville de Venise, je sais différencier les intérêts des gens comme toi. Te connaissant, toi et tes capacités à embarquer n'importe qui dans ton lit, Feliciano serait déjà passé entre tes griffes. Il n'a aucune expérience de ce genre de choses. Tu peux le manipuler comme tu veux.
- Je ne suis pas comme ça, tenta Francis, désarçonné par l'échec de sa première réplique.
- Dis celui qui a couché avec son meilleur ami et son compagnon en même temps. Tu ne fais pas dans la dentelle, Francis. À part quand il s'agit d'Arthur… »
Francis détestait que Marcello le mette face à ses contradictions et ses problèmes. Venise avait toujours possédé un certain culot qui lui avait sauvé les fesses jusqu'ici.
« Feliciano est quelqu'un de farouche. Ça prend du temps. C'est d'ailleurs très divertissant.
- Je ne trouverai pas tout ceci divertissant, quand j'aurai des canons anglais pointés sur ma ville et une nation anglaise prête à m'effacer à tout jamais de la carte. »
Le point de vue de Marcello se tenait quelque part. On ne pouvait pas lui reprocher son sens de la survie. Il est vrai qu'il ne fallait pas mécontenter Arthur à la légère, mais celui-ci n'était pas assez fou pour se battre en Italie loin de son île, sans avoir au moins conquiert l'Espagne. L'Anglais n'était pas une menace directe pour Venise. Par contre, Arthur avait d'autres moyens pour réduire ses adversaires à néant que la force brute.
« Pourquoi Arthur serait-il jaloux de Feliciano ?
- Je ne sais pas moi, la façon que tu as de regarder ma nation, peut-être. Je ne suis pas dupe, Francis. Ton compagnon ne le sera pas.
- S'il était seulement là pour le voir… »
Il n'aurait jamais dû dire ça. Francis soupira fortement et alla se servir une rasade de vin, sans la permission de Marcello. Maintenant, il ne pouvait plus reculer.
« Depuis quand ?
- Arthur ne supporte pas Napoléon Bonaparte depuis qu'il a pris le pouvoir en France. »
Marcello émit un sifflement appréciateur, se moquant de lui.
« Ça en fait des années…
- Trop d'années, rajouta Francis.
- Dispute ?
- Même pas. Je ne sais pas où j'en suis.
- N'embarque pas Feliciano dans ton incertitude, je t'en prie.
- Et pourquoi ?
- Le manque d'affection te monte à la tête. Et tu la recherches dans la première personne qui te l'offre innocemment. Contente-toi de ce que Feliciano veut bien te donner. Et va voir ailleurs pour assouvir tes besoins physiques. »
Francis n'aimait pas se faire insulter, même quand on y mettait les formes.
« Tu penses vraiment que je suis aussi bas.
- Désespéré. Nuance. »
Bon… Avouons la défaite. Marcello avait su l'analyser en quelques jours. Il faisait honneur à sa réputation, autant être franc avec lui.
« J'apprécie beaucoup Feliciano. Je te jure que j'essaie vraiment d'éviter ce qu'il se passe entre nous. C'est une nation. Je ne suis pas idiot au point de vouloir compromettre nos relations futures pour une bête histoire d'attirance.
- Je suis content de te l'entendre dire. J'espère que tu vas te tenir en sa présence. Autre chose. Je vous servirai de chaperon. Vu que je suis la future région de la Vénétie et que je contrôle une grande partie du territoire de l'Italie actuelle, je me sens vraiment intéressé par toutes vos discussions.
- Je suis d'accord avec ton analyse de la situation. Tu sais vraiment tirer avantage de la situation, vieux renard.
- Ravi d'avoir discuté avec toi. Je te revois ne serait-ce que draguer Feliciano et je déballe des choses sur toi. »
Marcello allait jusqu'à menacer sa réputation. Heureusement, Francis n'était pas né de la dernière pluie pour masquer ses frasques.
« Je ne crains pas les ragots que tu pourrais dégoter sur moi.
- Même s'ils parviennent aux oreilles de ton gouvernement…
- La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe. J'ai bien travaillé le terrain, avant de venir ici. Je me doutais que tu serais gênant dans la conduite de ma politique. Sois flatté, cher adversaire ! »
La France ne se laisserait jamais abattre pour des histoires de coucherie inventées (ou non) par Venise. Ah, non ! Il avait bien fait comprendre à toute sa classe politique qu'il ne fallait pas accorder de crédit aux rumeurs infondées.
« Choix très judicieux. Seulement, beaucoup de Français se sont arrêtés à Venise ces derniers temps. Je suis capable de beaucoup de choses avec toutes les informations que je possède…
- J'ai toujours dit à mes troupes de ne pas s'attarder chez toi.
- Beaucoup d'hommes font cette erreur dramatique dans leur vie. Le plus drôle, c'est quand ils en redemandent.
- Feliciano a beaucoup de chance de te compter parmi ses amis.
- Voyons, Francis. Tu me connais mal. Je sers mes intérêts avant tout. Et une Italie unie vaut mieux qu'une Venise seule face aux vastes Empires actuels. Une dernière chose. Feliciano approuve tout ce que je fais. »
Marcello ne serait pas cette vipère de Venise sans ses coups de poignard verbaux dans le dos et ses manœuvres judicieuses.
Il serait difficile de l'évincer des proches conseillers de Feliciano, s'il se comportait comme une ombre pour sa nation.
Francis sourit faussement à Marcello. Il allait étoffer son dossier sur la relation passée entre Marcello et Illario. Etrangement, il serait fin prêt le jour où Florence, une femme au comportement jaloux et possessif, leur rendrait une petite visite.
Et ça l'occuperait assez pour se détourner du sourire de Feliciano.
On m'a demandé des précisions concernant les relations entre les villes de Vénétie. C'est assez compliqué. L'Italie du Nord a été très longtemps divisée pour une question de succession impériale du Saint Empire Romain Germanique. En gros, il y avait trois factions :
- les pro-Pape, dynastie Welf et d'Anjou : les guelfes
- les pro-Hohenstaufen : les gibelins.
- la République de Venise : elle encourageait ses petits camarades à se taper dessus pour grappiller petit à petit des territoires.
En Vénétie, il y a eu des guerres entre les trois factions. Certaines villes ont été sous influence des trois factions dans leur histoire, ce qui explique le côté sanglant et rancune de nombreuses villes de Vénétie dans le chapitre précédent.
Pour ce qui concerne Florence, la dispute guelfe et gibelin a pris une tournure interne très violente.
Voilà, pour un schéma rapide des joyeusetés en Italie.
C'est ce que je suis arrivée à trouver, je ne suis pas experte en ce qui concerne l'Italie du Nord et son histoire. Je pensais ne pas m'y attarder. Je ne pense pas être dans la justesse au niveau des enchaînements des évènements, non plus.
J'espère que l'histoire vous plaît, parce que vu sa fréquentation et le nombre de reviews, j'ai d'énormes doutes. Je me demande si cet arc sur la politique interne de l'Italie est judicieuse même et si je n'aurais pas du rester focalisé sur les deux personnages principaux.
