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Chapitre V

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- Aller quoi, Sasuke, qu'est-ce qu'il t'arrive tout à coup ?

Je me battais pour ne pas faire volteface. Comment se permettait-il de me demander ce qu'il clochait ? Comment osait-il ? Comment ne pouvait-il pas savoir ? Et il brayait à côté de moi, faisant des gestes flous, battant l'air il devenait surtout agaçant plus qu'autre chose.

Je soupirais. En effet, cela faisait quelques jours que je l'ignorais totalement et sans honte, beaucoup plus que d'habitude où je lui répondais de temps à autres. Il attrapa mon bras et me tira à fin de me tourner complètement vers lui. Légèrement plus petit que moi, il leva les yeux vers les miens qui le toisaient de haut. Il me chuchota clairement avec une sorte de menace étrange dans la voix, comme s'il n'y croyait pas lui-même qui n'avait pas lieu d'être.

- Sasuke, arrête tes conneries, merde. Fais un effort.

Il m'intimait la fin doucement, presque abattu, prêt à abandonner. Je fronçais les sourcils, ne pouvait-il pas se décider ? Un coup je voulais être ton ami, un autre coup j'en avais assez ? Je portais ma main à mon visage et frotta énergiquement mes yeux de mon pousse et index, lui soufflant en même temps, de manière étouffée :

- Naruto, tu me fais chier.

Son regard se voilà de surprise, choqué et il lâcha mon bras. Je constatais alors qu'il l'avait gardé en une poigne ferme. Je fis un pas en arrière, puis deux… enfin libre. Il baissa la tête.

Ouais, ça me fera du bien de ne plus trainer avec lui. Du peu de temps que j'avais passé en sa compagnie, il n'avait fait que me mettre ses stupides idées, parsemées de rêves enfantins dans la tête. Je soufflais un grand coup tout en me retournant. Je sortis de l'établissement et la rue ne m'avait jamais parue aussi grande et vide. Je secouais la tête et rendrais chez moi comme cela aurait dû être chaque soir, seul.

XXX

Tandis que je passais le pas de ma porte d'entrée, je ne savais pas tout à fait ce qui n'allait pas. Je grattais énergiquement mon crâne, chassant ses mauvaises pensées. Ce ne pouvait définitivement pas être Naruto celui-ci n'avait le chemin avec moi que depuis quelques jours et encore, il me laissait à quelques rues de la mienne, n'habitant pas tout à fait au même endroit que moi. Je n'avais pas trouvé cela important de lui demander son adresse. Non, ce ne pouvait être cela, c'était indéniablement autre chose. Je passais ma main sur mon visage mais rien n'y fit. Ça me démangeait de l'intérieure, c'était si désagréable et frustrant. Enragé contre moi-même de ne pas trouver de réponse valable, je décidais que prendre une douche ce soir n'en serait pas une de trop.

Je traversais mon long couloir sombre et entrais dans ma chambre et entrepris de me déshabiller rapidement.

Solitude…

Je me rendais alors à la salle de pas, ne cherchant aucunement à cacher ma nudité, personne étant là pour me surprendre, vivant seul et l'appréciant même. Seul ici confortable, bien installé dans un milieu familier. J'étais seul et ça me plaisait.

Vraiment ?

XXX

Je fumais derrière la bâtisse de physique-chimie, adossé paresseusement à son mur, appréciant ce moment intime avec-même les nuages gris du début de Novembre menaçant de se déverser moi. Je n'aurais pu le faire correctement en la présence de l'autre imbécile.

Je sursautais légèrement lorsque je sentis un autre corps s'installer près de moi. Comment ne l'avais-je pas entendu ? N'était-il pas d'habitude plus bruyant ?

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Je me mordis la lèvre, j'aurais dû l'ignorer. Cependant, la question était justifiée : cela faisait bien un moment qu'il ne me parlait plus et c'était mieux ainsi, n'est-ce pas ? Oui, ça l'était. Alors, que faisait-il encore là ?

- Je suis avec toi, ça's voit pas ?, déclara-t-il simplement, comme si c'était une évidence.

Quel con, il ne pouvait voir la seconde question muette que je posais derrière la première ? Ne pouvait-il pas lire entre les lignes ce crétin ? Il tendit alors la main, insinuant ainsi qu'il voulait ma cigarette. Je la lui donnai et il tira dessus. La réaction ne se fit attendre. Il toussa, me la redonnant, se couvrant de l'autre main la bouche.

- Tu devrais arrêter cette merde, ça te tuera !

Et il se remit à tousser, les yeux rouges. J'eus un sourire en coin. Ce n'était peut-être pas moi qui crèverais en premier de nous deux. Je repris une bouffée de nicotine, posant mes lèvres là où avait été les siennes quelques secondes plutôt.

Finalement, bien que je ne l'admettrais dans doute pas entièrement au grand public, j'étais content qu'il n'ait pas abandonné. Bien sûr, c'était parce que moi, Sasuke Uchiha, je lui manquais. Jamais il n'aurait fait cela pour mon propre plaisir, sachant pertinemment que je n'en avais aucun à l'avoir près de moi, non. Ce qui me plaisait ici, c'était que parfois, il fallait l'avouer, c'était mieux que la solitude.

Il faut tout de même préciser que si cela n'aurait pas été Naruto qui se serait placé près de moi, j'aurais trouvé cela fort désagréable et aurais sans doute réagis autrement et de façon bien plus violente et froide. Seulement, Naruto apportait une odeur de familiarité dans l'air, une odeur de souvenir, de sureté mais quelque part agréable et de plus, Uchiha ou pas, je lui devais bien ça, n'est-ce pas ? Il en allait de mon honneur après tout, non ? Voilà, j'étais forcé d'accepter sa présence. Oui, c'était exactement ça. Forcé car lui, il avait dû accepter la mienne lorsque nous étions enfant. Je ne faisais que repayer ma dette et s'en était fini. Ce n'était en aucun moi qui la souhaitait. Ce pourquoi, jusqu'à ce que je retrouve mon frère, je pouvais bien essayer d'apprécier l'obligation de mon devoir, non ?

Mais qu'est-ce qu'il m'énervait son sourire, quand même…

XXX

Je détournais les yeux. Naruto était actuellement avec Haruno, la fille qui avait des cheveux roses. Elle ne m'inspirait aucunement confiance. J'ignorais le malaise que cela me procurais, comment quelque part, ça atteignait ma fierté. Naruto s'intéressait trop aux autres. Enfin, Naruto m'importait peu. Seul ce qu'il portait avec lui, ce qu'il m'apportait était à considérer longuement.

J'avais la certitude que lorsque viendra le moment où mon frère fera son apparition, quitter Naruto ne sera en aucun un problème. Après tout, ce n'était qu'un semblant d'ami.

Sakura, avec un sourire, lui tendit un petit paquet emballé de papier rose. A croire que tout était rose chez elle, même sa robe. Naruto avait l'air gêné et le prit entre ses mains, le rouge aux joues. Je fronçais les sourcils. A quelques mètres de moi, j'essayais de comprendre leur conversation. En aucun cas le sentiment de jalousie rentrait en compte, ni même la curiosité.

- Je sais que un… passé. Je sais que… aimes pas… Octobre mais… anniversaire, tout de même !, finit-elle en criant.

Ça n'avait pas de sens, ni de logique. Naruto la remercia, une vieille grimace aux lèvres. Qu'est-ce que je pouvais le haïr lorsqu'il mettait un joli masque de joie sur le visage. Et puis, qu'est-ce que c'était, cette histoire d'anniversaire ?

Je soupirais. Oh et puis après tout, qu'est-ce qu'en j'avais à faire ?

XXX

Mine de rien, l'épisode précédent fut vite oublié. Il n'en parlait pas avec Haruno et je ne lui demandais rien à ce propos. Le cadeau n'avait comme jamais existé. Lui ne semblait pas attendre que je le fasse. Tout était… bien.

Le seul problème était son sourire qui parfois m'oppressait. Peut-être était-ce pour cela que je restais avec lui, même lorsqu'il ne forçait pas sa présence sur moi. C'était simplement parce que la solution à l'énigme, je ne la connaissais pas. Pourquoi souriait-il alors que tout allait mal ? C'était ça, oui. Je ne savais pas alors je souhaitais tout bêtement savoir. C'était aussi simplement que cela.

Le blond s'assit à côté de moi, haletant, visiblement fatigué par le cours de sport que l'on venait de subir cette matinée mais aussi par le petit jogging qu'il avait dû faire pour me rejoindre en plus. On venait de finir nos dix tours et il était à présent l'heure du déjeuner. Nous nous étions auparavant tout de même changés. C'était étrange. Habituellement, il ne me rejoignait pas tout de suite mais restait en compagnie de Sakura car je ne mangeais pas à cette heure-ci. Toujours était-il que lui non plus n'avait pas son repas cette fois si. Cependant, je ne trouvais pas tout à fait l'utilité de lui poser la question à fin de savoir pourquoi. Qu'il soit là ou pas revenait au même : je ne parlais pas et pour une fois, lui non plus.

- Ah… soupira-t-il.

Avais-je pensé trop vite ? Je le craignais, oui… Il écarta les jambes de manière très élégante et renversa la tête en arrière, respirant à plein poumons, s'étant enfin calmé. Qu'est-ce qu'il me faisait là ? Je lui portais alors mon regard mais il ne le vit pas. Quel crétin. Je daignais le garder et c'était ainsi qu'il le recevait. Je me levais, irrité. Il m'arrêtait dans mon élan, relevant la tête vers moi. Il me sourit doucement.

- Tu as vu ?

Je plissais le front. De quoi me parlait-il cette fois si ? Ne pouvait-il simplement pas se taire ?

En soupirant, je me rassis, légèrement intrigué. Il ne continua pas sa phrase et je devins rapidement frustré de ne pas connaître la suite. Passablement énervé, je lâchais :

- Quoi ?

Il ne disait toujours rien, gardant une dizaine de secondes le silence, me souriant simplement mais surtout bêtement.

- Qu'est-ce que je dois voir ?, demandais-je une nouvelle fois, me pinçant les lèvres pour l'avoir fait.

- C'est beau.

Ça n'avait été qu'un murmure et de sa bouche, cela semblait comme une évidence. De quoi parlait-il clairement ? Que voulait-il dire ? Je n'en savais trop rien. Qu'est-ce qui était beau d'abord ? Cette cours aux murs grisâtres, au sol sablé de blanc, clairsemé de ci et de là de quelques taches vertes ? L'arbre au-dessus de nous commençait même à perdre ses feuilles.

Je soupirais.

- De quoi, merde, Naruto ?

Sans que je ne puisse l'en empêcher, le ton de ma voix avait été agressif. Il rit, ne me prenant pas au sérieux. Que pouvait-il y avoir de drôle ? J'allais laisser tomber, allant une nouvelle fois pour me lever lorsqu'il m'arrêta une fois de plus, déclarant d'un ton posé et tout humour ayant disparu.

- Le monde.

J'inclinais la tête et intelligemment s'échappa :

- Hein ?

C'était brillant de ma part. Je me mordis la joue. J'étais tellement déboussolé que c'était sorti tout seul. De quoi me parlait-il encore ? Combien de fois encore j'allais me poser cette question en sa présence et par sa faute ? Ce n'était pas possible de sortir autant de connerie à la minute, si ? Il bondit d'un seul coup, se retrouvant debout et devant moi. Je l'imitais plus calmement et humainement, le bousculant au passage (s'étant planté devant moi, ce boulet) pour le défier du regard. Je devais montrer que j'étais toujours en contrôle de la situation, même si je ne la suivais pas complètement.

Son sourire ne se ternit pas pour autant, habitué et, comme s'il avait compris la question muette que je lui posais il pointa de son doigt le mur d'en face.

- Euh…

Il rit avant de faire un tour sur lui-même, les bras écartés et de me répéter :

- Le monde Sasuke. Le monde. La vie. Regarde autour de toi, Sasuke. Regarde.

Je l'observais incrédule, dans l'ombre de l'arbre tandis que je ne savais comment, Naruto avait réussi à s'approprier ce qui était sans doute le seul rayon de lumière dans la cours en ce mois de Novembre. Il… brillait ?

Secouant la tête, je l'arrêtais, agacé. Quelque chose devait faire qu'il était aussi content. Je plongeais mes yeux dans les siens. Il perdit son sourire et je sursautais. Je savais que Naruto avec les yeux bleus mais je n'avais pas remarqué à quel point ils étaient… magnifiques ? On aurait dit qu'ils possédaient à eux seuls tous les bleus possibles de la terre. Je détournais la tête, soudainement gêné à ma pensé et il me sourire avant de sa baisser. Il se redressa peu de temps après et me tendit une fleur.

Toutes formes d'embarras passées, je le regardais comme le dernier des imbéciles et détaillais la fleur comme la chose la plus étrange au monde. Je me demandais surtout pourquoi il me la donnait.

- Tiens, prends par exemple cette violette.

- Oui, et ?

- Elle n'est pas magnifique. En plus, fin Novembre, tu ne trouves pas ça génial ? C'est pour toi.

Qu'y avait-il de génial là-dedans ? Je soupirais seulement, découragé de dire quelque chose, en la regardant de nouveau. J'ouvris la bouche, perplexe et méfiant. Comment cette chose aussi banale pouvait l'intéresser à ce point ? Se jouait-il de moi ? Inconsciemment, elle s'était déjà confortablement installée entre mes doigts et je soufflais presque automatiquement et machinalement à Naruto, me surprenant moi-même :

- Elle n'est pas à toi !

Ce fut à son tour de ne pas comprendre mais peu m'importait. Je me détournais de lui et la redisposais au sol, près du tronc et de ses racines, là où se trouvait un zeste d'herbe. Lorsqu'il me vit la mettre par terre, bien que je savais qu'elle allait sans doute se faner et mourir, il rit comme un gamin heureux dans mon dos et me sourit de toutes ses dents quand je lui fis de nouveau face.

J'eus un petit sourire. Quel crétin ce blond.

Je ne savais pas si c'était la conversation que l'on venait d'avoir mais, lorsque je reposais mes yeux sur les siens, je remarquais quelque chose que je pensais ne jamais voir en lui. Du moins, certainement pas après ce qu'il lui était arrivé dans sa jeunesse. Par je ne sais quel miracle, ils brillaient, incandescents comme tout à l'heure. Pourtant, il n'y avait aucun signe, aucune trace d'un quelconque apparent dans le ciel, bien caché derrière les nuages. Il n'y avait aucune lumière susceptible de s'y refléter vraiment. Et pourtant, les yeux de Naruto semblaient… vivants. Oui, Naruto respirait la vie. C'était ça, la vie. Elle rayonnait hors de lui.

Noir. Il faisait si noir là où j'étais…


A suivre...


Samedi 13.11.10 : J'allais mettre une autre partie à ce chapitre mais je trouvais que la touche sombre sur la fin était plutôt bien. Ça donnait une "bonne" atmosphère.

Ca vous plaît toujours?

Chouchou-chan.