Disclaimer: Nope, les personnages ne sont toujours pas à moi. Quel dommages...
Notes de l'auteur: Méchante Valence! Méchante Valence! *attrape sa lampe de bureau et se frappe la tête avec* Je sais que vous avez eu à attendre épouvanteblement longtemps pour ce chapitre. D'abord mon bêta-reader est parti en voyage, après je suis partie en voyage, ensuite mon pc a complètement planté...Mais bon, l'important, c'est que vous puissiez finalement lire la suite, non? Non? Bon, je vais aller me coincé les oreilles dans le four, dans ce cas.
Dédicace: Ce chapitre vous est dédié à vous tous, mes si patients et si précieux lecteurs. Je vous remercie de continuer à me lire, même si je suis une méchante auteur escargot.
Sirius n'eût pas le temps de passer la bonne de nuit de sommeil réparatrice sur laquelle il comptait pour lui faire oublier les dernières heures. En effet, il lui sembla qu'il venait à peine de se glisser sous les draps tâchés mais frais lorsqu'il sentit un poids lui tomber sur le dos. Quelque-chose ? Non, plutôt quelqu'un. Sa première impression fut que le quelqu'un en question devait être Severus, ce qui, étrangement, ne le dérangea pas vraiment.
Mais il ne mit pas longtemps à réaliser qu'à moins que ce dernier ne se soit fait faire une permanente et une augmentation mammaire, la personne avachie contre lui ne pouvait être Severus.
La jeune femme – parce que c'était soit ça, soit un travesti et que Sirius préféra penser qu'il s'agissait plutôt de la première option - s'agita mollement en semblant réaliser sa présence et s'écarta légèrement de lui, assise à ses côtés sur le matelas. Penchant la tête, elle remonta une de ses bretelles.
- Salut toi. On se connaît?
- Euh…Non.
- Oh, je suis soulagée. Tu es très mignon, mais je ne fais pas dans le détournement de mineur, mon chou. Allez, dégages de mon lit, maintenant. Je m'appelle Natalie, en passant.
- Sirius, répondit-il en se demandant où diable il allait bien pouvoir aller finir sa nuit.
Il se décida finalement à aller prendre un verre d'eau dans la cuisine. L'appartement baignait dans l'obscurité la plus totale. Seuls quelques bruits perçaient le sil...
- Bonjour Black.
Le cœur de Sirius manqua un battement. Il se retourna vers la source du bruit, et fut incapable de distinguer quoi que se soit, mis à part la lueur rouge d'une cigarette allumée.
- Severus? C'est toi?
- Non Black, c'est la voix de ta conscience... Bien sûr que c'est moi.
- Tu m'as fait peur, je ne croyais pas que tu étais là, dit Sirius en s'asseyant sur la chaise voisine de celle de Severus.
Il resta un instant silencieux, le regard fixé sur le jeune homme à côté de lui. Puis un détail le frappa soudain à travers sa fatigue.
- Tu fumes, toi?
- Ouais, je fume, répondit l'autre d'un ton agressif. Ça te pose problème?
- Non, non, s'empressa de répondre Sirius. C'est juste que…Bien, c'est pas très bon pour la santé, les cigarettes moldues.
- Et alors? rétorqua-t-il. En quoi est-ce que ça te regarde? Tu n'es pas mon père...
- En effet.
C'était la réplique la plus spirituelle que son cerveau mal réveillé avait bien voulu lui fournir. Il y eût un moment de silence... moment coupé par un bruit d'eau qui coulait. Apparemment, quelqu'un était en train de prendre une douche. Severus acheva sa cigarette et l'éteignit dans un cendrier décoratif en forme de coquillage qui trainait sur la table.
- On ne pourrait pas allumer une lampe, ou quelque chose comme ça? Je ne vois rien.
- Et réveiller la moitié de la baraque par la même occasion? Brillante idée, Black. On se ferait des tas d'amis, j'en suis sûr.
- Ok, ça suffit! cria Sirius, qui se reprit et se mit à chuchoter à toute vitesse entre ses dents. J'en ai assez de tes insultes, et de tes sarcasmes et ton attitude de merde. C'est pas ma faute si ton père est un enfoiré et si ta mère se pose en victime, alors arrête de passer tes nerfs sur moi!
Il se tut, attendant la réplique cinglante qui ne manquerait pas de venir. Mais, constatant que Severus était soudain plongé dans la contemplation d'une salière – À moitié vide, à moitié pleine ? Telle est la question... – il réalisa que son attente était vaine.
- Écoute, je ne voulais pas dire ça... C'est juste que j'ai l'impression que tu passes toute ta frustration sur moi, et c'est très désagréable, tu comprends? Et puis, on ne peut pas dire que tu fais preuve de bonne volonté, quoi.
Dans la salle de bain, la douche s'arrêta. Severus, lui, demeurait silencieux.
- Mais dit quelque chose, bon dieu!
- Tu as sans doute raison, Black.
- Et puis, j'en ai vraiment marre de ta foutue ironie, et…Quoi? J'ai raison?
- Oui, répondit Severus, toujours abimé dans la contemplation de la salière. Ce n'est pas ta faute si j'ai une famille de cinglés, si ma mère joue les martyres et si mon père est un fils de pute. Je ne devrais pas passer mes nerfs sur toi. Excuse-moi.
- Non, non, tu n'as pas à t'excuser, répliqua Sirius, qui se sentait soudainement très mal à l'aise. Je n'aurais pas du te dire ça, c'était stupide. Et puis, tu viens peut être d'une famille de cinglés, mais moi aussi. Ma famille est très différente de la tienne, d'accord, mais elle ne vaut pas mieux.
- Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais les familles malheureuses le sont chacune a leur façon.
- Oui, en effet. C'est bien trouvé.
- Ce n'est pas de moi, c'est de Tolstoï.
- Tolstoï? C'est qui lui? Un copain d'Agatha?
- Laisse tomber.
Dehors, le ciel commençait à pâlir et Sirius arrivait maintenant à distinguer les contours des objets de l'appartement. Severus s'était allumé une autre cigarette et en tirait de longues émanations de produits chimiques divers, le regard dans le vide. La porte de la salle de bain s'ouvrit et Agatha, qui portait, cette fois aussi, son immonde uniforme de polyester rose en sortit.
- Coucou les garçons. Vous êtes déjà debout? Eh, mais qu'est ce que tu fais?!
Elle venait de réaliser que Severus fumait, s'était lancée vers lui et lui avait arraché sa cigarette de la bouche.
- Non, non, non! Si tu veux t'intoxiquer, c'est ton droit et c'est vrai je suis mal placée pour te juger, mais je veux pas que ce soit avec mes clopes. Je passe mes journées à changer des draps crasseux pour payer ces cigarettes, alors tu ne les fumes pas, compris?
- Oui, compris. Je... Je suis désolé Agatha.
Severus avait effectivement l'air désolé. En fait, il semblait au bord des larmes.
- Je n'aurais pas du faire ça. Excuse-moi.
- Eh, oh, on se calme. Tu as fumé une... Enfin, deux de mes cigarettes. C'est pas comme si t'avais étranglé ma grand-mère avec un bas de nylon jusqu'à ce que mort s'en suive...
Elle prit place sur une des immondes chaises de plastique mauve et leur sourit.
- Bon, vous avez une idée du temps que vous allez passer ici?
- Pas trop longtemps, répondit précipitamment Severus. Je ne voudrais pas vous déranger...
- Oh, arrête-moi ton mélodrame, Severus. Vous pouvez rester aussi longtemps que vous le voulez. De toute façon, cette piaule grouille de monde. Ce n'est pas deux personne de plus ou de moins qui vont changer quoi que ce soit. On trouvera bien un endroit ou vous mettre, tous les deux.
Puis, elle se tourna vers Sirius et déclara d'un ton quelque peu narquois :
- Ça doit te changer de ton manoir de luxe, hein, mon grand?
- Un peu, répondit Sirius, faussement charmeur. Mais il n'y a pas d'aussi jolies filles dans mon manoir, alors c'est un changement agréable.
Agatha éclata de rire.
- Il est toujours comme ça? demanda-t-elle à Severus, qui hocha la tête à l'affirmative en souriant vaguement. Bon, il faut que je vous laisse, reprit-elle, j'ai des chambres d'hôtel à nettoyer. Je crois qu'il y a de la bouffe quelque part dans le frigo ou dans les armoires. Vous pouvez manger quelque chose si vous voulez. À ce soir, les garçons.
Et la jeune fille sortit de l'appartement dans un tourbillon de polyester rose et de cheveux ébouriffés. Sirius, qui commençait à avoir faim, entra dans la petite cuisine, et se mit en quête de quelque chose de comestible. Un rapide coup d'œil dans le réfrigérateur lui permit de trouver du café, du lait et des œufs (ainsi que suffisamment d'alcool pour tenir un siège).
Il observa les aliments d'un air perplexe : il savait qu'il était possible de faire un repas convenable avec ces ingrédients, mais il n'avait aucune idée de la marche à suivre pour y arriver. Un coup d'œil au four électrique augmenta sa perplexité. À quoi diable pouvait servir tout ces boutons? Il cassa maladroitement un œuf dans un bol, puis hésita. Quelle était la prochaine étape?
- Black, qu'est-ce que tu fais?
- Je cuisine. Ça ce voit, non?
- Tu cuisines? Que Dieu nous protège si tu te mets en tête de toucher au four !
- Haha. Très drôle.
Severus était maintenant debout derrière lui et ses cheveux lui chatouillèrent la nuque. Il sentit un étrange frisson le parcourir, frisson qu'il était incapable de s'expliquer.
- Allez, tasse toi de là si tu veux manger aujourd'hui, dit Severus en lui arrachant les œufs des mains.
Il n'en était visiblement pas à sa première expérience culinaire car, quelques minutes plus tard, la cuisine entière était plongée dans la bonne odeur des œufs brouillés et du pain grillé.
- Wow, murmura Sirius, impressionné. Où tu as appris à cuisiner comme ça?
- Eh bien, répondit Severus, avant que j'entre à Poudlard, il y a eu un moment où ma mère avait deux emplois. Elle n'était presque jamais à la maison, et tu te doutes sûrement que mon père n'est pas du genre à concocter de bons petits plats, alors… J'ai appris à me débrouiller. Seigneur, Black, ne me regarde pas comme ça!
- Et comment est-ce que je te regarde, selon toi?
- Tes yeux bleus sont emplis d'une horrible compassion dégoulinante de guimauve. C'est à en vomir. Ne me regarde plus jamais comme ça, avec toute cette… pitié. Compris?
- Compris. Et ne va pas t'imaginer que j'ai pitié de toi, parce que c'est faux.
- Si tu le dis, rétorqua Severus en éteignant le rond du poêle. Bon, c'est prêt. Je veux bien te faire à manger, mais je n'ai pas l'intention de te servir. Prend ce que tu veux.
En tendant la main pour prendre une assiette, Sirius croisa le regard de Snape et suspendit son geste, incapable de s'en détacher. Il n'avait jamais remarqué à quel point Severus avait des yeux magnifiques. Son regard était si profond, si brillants…Il aurait pu rester des heures dans cette position, une assiette à la main à fixer ses yeux, mais Padraig entra dans la cuisine tel un chat de gouttières attiré par les poubelles d'un restaurant fraichement remplies, ce qui brisa quelque peu l'ambiance.
- Oh, de la bouffe cuisinée! Chouette! déclara joyeusement Padraig, en se servant une généreuse platée d'œuf. C'est vous qui avez fait ça?
- Oui, enfin, moi, répondit Severus.
- Chouette, répéta t-il. Euh… Excuse-moi, mais tu t'appelle comment, déjà? Rufus?
- Severus.
- Ah, oui, Severus, bien sûr.
Padraig avait l'allure vaguement mondaine d'un homme qui fait mine de reconnaître quelqu'un dans un cocktail, allure quelque peu diminuée par le fait qu'il ne portait qu'un vieux boxer usé et environ cinq kilos de dreads.
- Et toi, poursuivi Padraig, apparemment parti sur sa lancée mondaine, c'est Cirrus, quelque chose comme ça, non?
- En fait, c'est Sirius.
- Ah, bon, répondit-il, trop occupé à avaler ses œufs pour élaborer sur la question.
Il remarqua qu'une cafetière pleine trônait sur le comptoir et se servit une tasse de café avec un soupir de contentement.
- Bon, et bien, c'était très bien de déjeuner avec vous, mais il faut que j'aille travailler.
- Travailler? demanda Sirius. Qu'est-ce que tu fais, comme travail?
- Moi? Eh bien, mon travail est de m'étendre sur mon hamac et de m'assurer que personne ne se tire avec le mobilier. Comme un gardien de sécurité si tu veux. Ou un chien. En tout cas, avec la bande de dégénérés immoraux qui squattent ici, c'est un travail à plein temps, crois-en ma parole.
Et sur ce dernier trait, il quitta la cuisine, laissant un Sirius mort de rire derrière lui. Lorsque ce dernier se retourna, il vit Severus, qui semblait occupé à vider de leurs contenus les masses d'assiettes, de bols et d'autres couverts qui embarrassaient le comptoir.
Black, curieux de voir ce que Snape avait en tête, s'installa sur une chaise et l'observa. Lorsqu'il eût finalement terminé de vider les restes de nourriture dans la poubelle, il se mit en quête d'une chose indéterminée, chose qui s'avéra être du savon à vaisselle. À ce moment, Sirius, trop éberlué, ne put s'empêcher de demander :
- Sev? Qu'est-ce que tu es en train de faire ?
- Je croyais que c'était évident. Je nettoie la vaisselle.
- Euh…pourquoi?
Sirius était en droit de se poser la question. En effet, personne ne paraissait se soucier de laver la vaisselle, ni même de conserver la pièce au dessus du seuil de l'insalubrité. Severus, qui était occupé à tenter de nettoyer un plat qui paraissait avoir été abandonné là depuis un certain temps (disons depuis l'administration Kennedy) se tourna brusquement vers Sirius en entendant sa question pourtant bien innocente.
- Pourquoi? Pourquoi? Black, est-ce que tu as vue l'état de cette pièce? C'est dégoûtant! C'est répugnant! J'ai peine à croire que des êtres humains habitent ici! Et puis, ça va me calmer. D'habitude, quand je suis nerveux, je fais des potions ou je lis, mais je n'ai malheureusement pas pensé à emmener ma bibliothèque avec moi, et, aussi ouverts d'esprits soient-ils, je crois que les amis d'Agatha se poseraient de sérieuses questions si je me mettais à couper des queues de salamandres et à les jeter dans un chaudron bouillant au beau milieu de leur cuisine. D'autres questions?
- Sev? Est-ce que tu réalises que tu te conduis d'une façon très…bizarre?
- Bizarre? répéta-t-il à voix basse et tremblante d'hystérie. Parce que tu trouves que le reste de ma vie est normal, peut être?
Black, qui avait la curieuse impression de manipuler de la nitroglycérine (impression d'autant plus curieuse qu'il ignorait ce qu'était de la nitroglycérine) ne répondit rien.
Pendant les heures qui suivirent, Sirius observa Snape remettre la cuisine dans un état de propreté tel qu'on aurait pu y pratiquer des interventions chirurgicales sans craindre les microbes. Il finit malgré tout par se lasser d'observer sans rien faire, et s'avança vers Severus d'un pas mesuré.
- Tu veux que je t'aide?
- Non! Je n'ai pas besoin de ton aide, Black.
Et il demanda agressivement :
- Et je peux savoir pourquoi tu te conduis comme ça avec moi?
- Et comment est-ce que je me conduis, selon toi? rétorqua Sirius, médusé.
- Tu es gentil avec moi! On est des ennemis, tu n'es pas supposé être gentil avec moi!
- Mais, Sev...
- Ne m'appelles plus comme ça!
- Bon, alors écoute. Je te rappelle qu'on a fait une trêve et…
- Non, non, non, le coupa Severus. Il y a une différence entre faire une trêve et devenir amis. Et nous ne sommes pas des amis. Alors pourquoi tu es aussi gentil avec moi?
- Là, j'en ai assez! explosa Black. Tu n'es pas content quand je suis gentil avec toi, tu n'es pas content quand je suis chiant avec toi… Mais tu veux quoi, à la fin? Hein? Qu'est-ce que tu veux, merde?
- Qu'est-ce que je veux? hurla presque Snape. Ce que je veux, c'est être comme tout le monde. Ce que je veux, c'est avoir une famille qui n'a pas l'air sortie d'un roman de gare. Et ce que je veux, c'est pouvoir aller à l'école sans me faire constamment harceler. Tu comprends, Black? Ce que je veux, c'est une vie normale!
- Et moi, je veux une nouvelle paire de souliers, mais je ne le cri pas à la face du monde.
Natalie, qui était sortie de la chambre entre temps et qui les observaient depuis un moment, avait décidé d'ajouter son grain de sel à la conversation. Elle ne devait jamais l'apprendre, mais ce jour-là, elle empêcha sans doute un double homicide.
- C'est vrai, quoi, dit-elle en se grattant le dos. C'est pas en criant que tu vas avoir une vie plus normale. Ou peut être que oui, je n'ai aucune idée de ce qu'est ta vie. Ou de qui tu es, en fait. Mais bon, bonne journée.
Et la jeune femme les laissa tout les deux plantés dans la cuisine, cuisine que Severus quitta quelques instants pour aller se réfugier dans la chambre avec Sirius sur les talons. Arrivé là, Severus s'assit maladroitement sur le matelas, vite rejoint par Sirius.
- Écoute, je suis conscient que je me conduis comme un espèce de cinglé hystérique en ce moment, mais je… Quand je pense à ma mère… Je suis en train de craquer, totalement.
Sirius resta silencieux un instant. Il n'avait jamais été doué pour consoler ou réconforter les gens. Ça avait toujours été le boulot de Remus. Mais il doutait que Severus accepte de rester assis le temps qu'il écrive un hiboux à Remus, qu'il l'envoie et qu'il reçoivent la réponse. Il se jeta donc à l'eau et prit la parole.
- Tu sais, Severus, quand je dis que je viens d'une famille de cinglés, je ne plaisante pas. Et j'ai beau faire des blagues sur ma famille et dire que je m'en fou, quand ma mère m'a mis à la porte, ça m'a fait mal. Vraiment mal. Alors, je sais ce que c'est que de craquer. Je peux comprendre.
Le pire, c'est qu'il ne mentait pas. Il arrivait réellement à comprendre, et il trouvait un peu bizarre de si bien comprendre une personne qu'il avait haï pensant des années. Les deux garçons restèrent un long moment assis l'un contre l'autre, sans prononcer un seul mot. Le silence, qui commençait à devenir pesant, fut finalement brisé par une exclamation de stupeur venant de la cuisine.
Quelqu'un venait apparemment de découvrir la toute nouvelle propreté de la pièce, et manifestait bruyamment sa surprise, ce qui fit éclater de rire les deux garçons et détendit considérablement l'atmosphère.
- Bon, je vais aller prendre une douche, murmura Snape. Je crois que la salle de bain est assez près pour que tu restes ici sans avoir de problème.
- D'accord. À tout à l'heure.
Et Severus partit le laissant seul et étrangement confus.
Vers cinq heures, une agréable odeur de curry se répandit dans l'appartement. Apparemment, Agatha était passée au restaurant indien avant de rentrer. En entrant, elle jeta un coup d'œil à la cuisine, ne parut rien remarquer d'inhabituel, posa les sacs en papier remplis de nourriture sur la table et commença à en retirer les paquets avant d'en laisser retomber un dans son sac, les yeux écarquillés, et de pousser un étrange glapissement étranglé.
- Oh mon dieu! La cuisine est propre! Qu'est-ce qui s'est passé?
- Rien, répondit Snape d'un ton apaisant, semblable à celui qu'on prend pour parler à un animal effrayé. J'ai juste fait le ménage.
- Le ménage? Pourquoi? Oh, et puis laisse tomber. Je ne veux même pas le savoir. Prend un samossa.
Pendant plusieurs minutes, ils restèrent tout les trois sans parler, trop occupés à manger. Même Padraig avait daigné descendre de son hamac pour avaler quelque chose. Puis Agatha reprit la parole
- En tout cas, c'est une bonne chose que l'appart soit un peu plus propre. Surtout pour demain…
- Demain? Qu'est-ce qu'il y a, demain? demanda Sirius, curieux.
- C'est l'anniversaire de Padraig, répondit-elle joyeusement en se tournant vers le principal intéressé qui se figea, une main tenant un pakora portée à sa bouche pleine et grande ouverte. Vingt-cinq ans, Paddy, tu approches dangereusement de la trentaine. Il va bien falloir que tu te décides à faire quelque chose de ta vie!
Et, ignorant la suggestion que lui fuit Padraig d'aller se faire foutre, elle poursuivit :
- On fait une fête, demain soir. Bien sûr, vous êtes invités.
- Je ne sais pas, hésita Severus. C'est très gentil, mais tu sais que je ne suis pas très social, et que j'ai horreur de ce genre de soirée. Je devrais peut être rentrer chez mes parents…
- Et rater l'occasion de revoir Lucy?
Sirius étouffa un soupir. La conversation venait une fois de plus de prendre un tour incompréhensible pour lui. Qui diable était Lucy? Et pourquoi la seule mention de son nom suffisait-elle à faire sourire Severus de cette façon?
- Lucy? Mais je croyais qu'elle était retournée en Irlande! s'étonna Severus.
- Non. Enfin, oui, elle y était retournée, mais elle est revenue. Elle vit chez une amie, je crois. Je me doutais bien que tu voudrais la revoir.
- Euh… Qui est Lucy? demanda Sirius, de plus en plus perplexe.
- Tu lui expliqueras plus tard, le coupa Agatha. Pour l'instant, on va aller récupérer vos trucs chez les parents de Severus.
- Mais... Pourquoi ? s'enquit Black que cette seule idée angoissait.
- Parce que vous ferez pas long feu avec juste ce que vous aviez sur le dos hier et aujourd'hui et un peu de dentifrice, si vous comptez rester. Allez, venez. Il faut que je passe la voiture à des amis, tout à l'heure, alors on n'a pas beaucoup de temps.
Quelques minutes plus tard, la Westfalia se stationnait devant l'immeuble des parents Snape.
- Bon, allez-y les garçons. Je vous attends ici. Tu dis bonjour à ta mère pour moi, hein?
En entrant, Sirius jeta un regard plein d'espoir à l'ascenseur, qui bien sûr, était toujours hors-service. Ils montèrent rapidement et entrèrent tout aussi rapidement dans l'appartement, où Eileen semblait les attendre. Elle leva la main, comme pour gifler Severus mais retint finalement son geste et cria plutôt :
- Mais où étais-tu? J'étais morte d'inquiétude! Où est-ce que tu étais? !
- J'étais chez Agatha, maman. Et je vais rester là pour le reste de l'été.
- Quoi? Non! Non, il n'en est pas question. Tu reste ici!
- Black, tu veux bien aller chercher nos affaires, s'il te plaît? demanda Severus.
Puis, il se retourna vers sa mère et poursuivit :
- Maman, c'est la seule chose à faire et tu le sais. Il…
Sirius qui avait décidé de faire preuve de discrétion pour une fois dans sa vie, mis un frein à son irrésistible curiosité et se rendit dans la chambre où il rassembla toutes leurs possessions. Lorsqu'il ressortit de la pièce, Severus s'était assis sur le divan, à côté de sa mère et lui parlait d'une voix douce mais très claire, impossible à ne pas entendre.
- Laisse-le. Maman, tu peux vivre sans lui. Vivre mieux. Je t'aiderais. Mais laisse-le!
Eileen mit quelques secondes à répondre, et quand elle le fit, ce fut d'une voix étranglée et pleine de larmes.
- Non. Je ne peux pas. Je ne laisserais jamais ton père. Chez les Prince, on ne divorce pas. Je ne peux pas. Tu comprends Severus? Je ne peux pas.
Il y eût un long moment de silence. Sirius eût une pensée pour Agatha qui attendait toujours dans la voiture mais il se tut, jugeant plutôt indélicat de brusquer Severus. De toute façon, ce dernier se levait déjà.
- Alors, je ne peux plus rien faire. Je suis désolé, maman. Vraiment.
- Allez, va rejoindre Agatha, murmura la femme en essuyant les larmes qui coulaient sur ses joues.
Puis, comme si elle se rappelait de quelque chose, elle attrapa sa baguette, qui était caché dans son sac à main. Elle lança un sort à mi-voix, puis déclara :
- Voilà, vous n'aurez pas à descendre vos bagages dans l'escalier.
- Merci maman. Je vais venir te rendre visite, tu sais.
- Je sais, je sais. Et maintenant, vas-y, avant qu'Agatha en ait assez d'attendre et décide de partir.
Sirius, qui commençait à comprendre la psychologie des Prince réalisa que Mme Snape ne voulait sans doute pas qu'ils la virent pleurer. Severus parut sur le point de dire quelque chose, mais il renonça finalement, étreignit maladroitement sa mère, qui fut secouée d'un sanglot silencieux, et sortit, précédé de Sirius.
Dans la rue, Agatha, appuyée sur sa Westfalia, fumait une cigarette en soupirant.
- Ah, vous voilà. Ça n'a presque pas été long, hein. Et pouvez-vous me dire ce qui vous à pris de faire apparaître vos trucs comme ça? J'ai failli faire une crise cardiaque! Allez, montez.
Une fois qu'elle fut installée derrière le volant, elle tendit un billet de dix livres à Severus.
- Tiens. Pour le ménage. Et je te préviens, si tu commence à dire que tu ne peux pas accepter et toutes ces conneries, j'arrête la voiture et tu rentres à pieds. Compris?
- Compris. Merci.
Sirius fut excessivement gêné, lorsque, quelques heures plus tard, il fut l'heure d'aller au lit. Agatha et Padraig leur avait permis de bénéficier d'un minimum d'intimité en séparant la pièce qu'ils partageait avec trois autres personnes à l'aide d'un système de draps accrochés au plafond qui défiait l'imagination, mais l'espace qui leur était alloué était si petit qu'un seul matelas y entrait.
Par conséquent, Sirius se retrouvait à devoir dormir avec Snape. Le jour d'avant ils avaient dormis ensemble, mais Sirius était si fatigué qu'il s'était pratiquement endormi en posant la tête sur l'oreiller.
Mais cette fois-ci, il passa un long moment étendu dans le noir, à côté d'un Severus qui faisait semblant de dormir, comme à chaque fois qu'il ne voulait pas avoir à discuter. Il tenta d'analyser ce qu'il éprouvait à être ainsi couché à côté du Serpentard. Du dégoût, de la répulsion? Après un moment, il fut bien forcé de s'avouer que ce n'était aucun de ces sentiments.
Il passa une mauvaise nuit, la tête emplie de questionnements. Le lendemain, lorsqu'il s'éveilla, il avait le nez dans les cheveux de Snape. Ils avaient apparemment adopté cette position en dormant. Il se dégagea précipitamment, mais il eût néanmoins le temps de respirer le parfum de cannelle qui se dégageait des cheveux noirs de Severus. Au moins, ce dernier, toujours endormi, n'avait pas réalisé dans quel étrange position ils avaient dormi.
- Black, je peux savoir ce que ton nez faisait dans mes cheveux?
Eh merde.
- Rien, rien du tout. Le matelas est trop petit pour deux personnes, c'est tout. Je n'ai rien fait.
- Très bien. Calme-toi, je voulais juste savoir pourquoi tu envahissais mon espace personnel. Tu n'as pas à être autant sur la défensive.
- Je ne suis pas sur la défensive! s'exclama Sirius, soudainement très sur la défensive.
- Bon, très bien. Je veux une tasse de café. Tu viens?
Lorsqu'ils sortirent de la chambre, ils tombèrent sur Agatha, occupée à souffler des ballons.
- Ah, les garçons, vous tombez bien, s'exclama-t-elle en leur tendant une poignée de ballons colorés. Vous allez m'aider à gonfler ça, hein?
Les garçons échangèrent un regard, puis prirent le parti d'obéir. Severus se servit d'abord une tasse de café - le thé restant, d'une manière incompréhensible pour un logement anglais, introuvable - puis commença à souffler dans un ballon violet.
- Violet, hein? demanda Agatha avec un petit sourire en coin. C'était la couleur préférée de Lucy, ça, non?
- Oui, répondit Severus en souriant un peu, lui aussi. C'était sa couleur préférée. À l'époque, en tout cas.
- Bon, qui est Lucy? demanda Sirius, las de ne rien comprendre.
- Une amie d'enfance, expliqua Severus. Je la connais depuis que j'ai quatre ans, et je suis allé à l'école avec elle jusqu'à ce que j'en aie dix. Après, elle est en partie vivre en Irlande, et je suis allé à Poudlard, mais on est toujours restés en contact.
- Ce que Severus oublie de te dire, ajouta Agatha, c'est qu'ils sont sortis ensemble pendant presque deux ans.
- Voyons Agatha! protesta Severus. On avait huit ans! Ça ne compte pas.
- Ça, c'est ce que tu dis, rétorqua-t-elle. C'est quand même ton premier amour. Ça compte, ça.
- Bon, bon, d'accord, admis Severus. Si tu le dis.
Sirius ne dit rien. Il se contenta de penser que, vraiment, il avait toujours détesté le violet.
Vers sept heures, l'appartement tout entier avait été décoré (même si ma chaque ballon violet avait mystérieusement disparu), la table était encombrée de nourriture et d'alcool (plus d'alcool que de nourriture, en fait), de la musique jouait et les invités commençaient à arriver.
Severus en connaissait une partie, mais Sirius nota, non sans une certaine jubilation, qu'il préférait rester avec lui plutôt que d'aller voir ses vieilles connaissances.
- Eh, Sev, regarde! De la bière moldue! Tu en veux une?
- Oui, merc… Lucy!
Le jeune Serpentard se détourna brusquement de lui pour se précipiter vers… Vers une des plus belles jeunes filles que Sirius ati jamais vue. Cette créature de rêve étreignit Severus dans une étreinte qui sembla suspecte, très suspecte à Sirius. Ce sale Serpentard n'était-il pas supposé avoir horreur des contacts physiques?
Tout en avalant quelques gorgées de bière, il observa à la dérobé la jeune femme assise à côté de Severus. Elle était vraiment belle. Sa jupe en jean laissait voir ses longues jambes fuselées, son visage avait un petit air de famille avec celui de Marylin Monroe, et ce bellâtre de Lucius Malfoy aurait tué pour le shampoing qu'elle utilisait.
Il la haïssait. Il ne savait pas pourquoi, mais il la haïssait. Sirius acheva sa bière et décida d'aller en chercher une autre. Dans sa tête, une petite voix qui, étrangement, parlait exactement comme Remus, lui fit remarquer que boire autant, et surtout aussi vite, n'était pas nécessairement une bonne idée. Bien entendu, il l'ignora. Il n'écoutait presque jamais les conseils du vrai Remus, alors il n'allait tout de même pas écouter une voix désincarné qui parlait comme lui!
Trois heures plus tard, il ne pouvait que bénir sa génétique qui lui permettait de si bien tenir l'alcool et qui faisait qu'il n'était qu'un peu grisé. L'appartement était littéralement rempli de gens, et l'air se chargeait peu à peu de fumée. Mais Sirius n'en avait cure, il était beaucoup trop occupé à espionner Severus. Depuis trois heures, il discutait joyeusement avec la jeune fille. Le crétin.
Soudainement, il réalisa qu'une deuxième femme avait rejoint Severus. Une autre femme. Encore plus belle que la première. Sirius fut presque heureux que les choses aient pris un tour apocalyptique. Au moins, ça conférait un certain prestige à l'évènement. Le jeune homme réalisa que Severus lui faisait signe de venir le voir. Sans doute pour lui demander de garder sa bière pendant qu'il aller s'amuser avec les deux filles dans la chambre d'Agatha.
- Qu'est-ce que vous voulez? demanda t-il, assez peu galamment en songeant en son for intérieur que Snape pouvait bien se mettre sa bière dans une partie peu fréquentable de son anatomie..
- Bonjour Black. Ravi de voir que tu as fait connaissance avec la famille Guinness, ironisa Severus. Les filles, je me demande bien pourquoi, avaient envie de te rencontrer. Donc, les filles, je vous présente Sirius Black.
- Je suis Lucy Glaister, une amie de Severus, minauda la blondasse de sa gueule beurrée de rouge à lèvre en découvrant bien toutes ses belles dents blanches.
- Et moi, poursuivit la seconde fille, je suis Clover. Je suis la copine de Lucy.
Sirius eût l'impression qu'on allumait une petite lampe à l'intérieur de sa tête.
- Sa copine? Vous…Vous êtes lesbiennes?
- Oui, répondit Clover avec un petit sourire. Ça te dérange?
- Non, non, non. Bien sûr que non.
- Black, intervint Severus, elles ne sont pas intéressées à faire l'amour à trois avec toi. Je tiens à le préciser avant que tu ajoutes quoi que ce soit d'autre.
- Il faut toujours que tu me prêtes de mauvaises intentions! protesta-t-il.
Il avait beau garder son ton frustré, l'atmosphère lui semblait bien moins lourde. Il demanda même aux deux jeunes filles qui observaient la scène en riant si elles avaient soif et alla finalement chercher à boire pour tous les quatre en se disant, que, finalement, le violet était une fort jolie couleur.
Quatre heures passèrent, et Sirius, tout résistant à l'alcool qu'il fut, commençait à ressentir les effets de ses excès. Le passage de la bière au rhum jamaïcain en étant sûrement en grande partie responsable. L'air de l'appartement était tellement chargé de fumée de marijuana qu'il suffisait de renifler un bon coup pour avoir la tête qui tournait.
Lucy et Clover vinrent le saluer avant de partir. Il se promit de les revoir : elles étaient vraiment charmantes, et il ne se souvenait pas pourquoi il avait tant haï Lucy. Il s'assit dos contre un mur et se mit à réfléchir. Pourquoi avait-il ressenti une telle animosité à l'égard de la jeune femme? Il ressentit soudainement un grand vertige, qui n'était pas dû à l'alcool ou aux émanations de drogue, mais bien à la panique.
De la jalousie? C'était impossible, il ne pouvait pas avoir été jaloux d'elle! Ça n'avait pas de sens! La musique changea, passant d'une musique moldue qu'il ne connaissait pas à un disque de Bob Marley, que même un sorcier comme lui ne pouvait pas méconnaître. Il chercha Severus des yeux, puis abandonna. Il avait besoin d'air frais. De beaucoup d'air frais. Il se dirigea donc vers le balcon et sortit.
- Bonjour Black.
- Severus? Mais qu'est-ce que tu fais ici?
- La même chose que toi, je suppose. Je prends un peu d'air.
- En fumant une cigarette?
Severus se contenta d'acquiescer vaguement, sans répondre. Et soudainement, Sirius décida qu'il en avait plus qu'assez de réfléchir.
- Sirius, qu'est-ce que tu…
Snape ne put terminer sa phrase, car, pendant qu'il parlait, Sirius avait fait la chose la plus insensée et la moins préméditée de toute sa vie : il avait collé ses lèvres contre celles de Severus. Et pendant que quelqu'un à l'intérieur remettait le 45 tours de Bob Marley au début ils restèrent debout sur le balcon, à partager leur premier baiser.
Et puis? Ça valait la peine d'attendre, ou pas? Une petite review pour me le dire? (Seigneur que je suis subtile dans la réclamation de commentaires! Je m'impressionne moi-même!)
