Chapitre 5

Début novembre arriva. Avec lui, un vent froid et de la pluie. Mme Pomfresh débuta sa saison de Pimentine. La température glaciale du château semblait aux yeux des professeurs en accord avec l'ambiance du château. Les décrets se succédaient presque sans arrêt. Après celui interdisant les réunions d'élèves sans l'accord de la Grande Inquisitrice, un autre sur la bienséance interdisait aux élèves toute tenue légèrement débraillée. Les grincements de dents avaient accueilli ce dernier. Les élèves s'étaient vite résignés à obtempérer, pour éviter une retenue avec le concierge, lequel n'avait jamais arboré un sourire aussi large. Les professeurs continuaient à être inspectés. Après les professeurs McGonagall et Rogue, l'épreuve de l'inspection était tombée sur le professeur Sinistra. Cette dernière était un matin dans la Grande Salle, le regard noir, le visage fermé. Elle tendit un parchemin rose au professeur Flitwick qui le lut.

« Je suis inspectée ! Moi ! Comment ose-t-elle? Elle...

L'enchanteur lui serra doucement la main. Un regard lui rendit un pâle sourire. Ombrage arriva, une expression de conquérant sur le visage. Les élèves la suivirent des yeux, une expression mauvaise sur le leur.

_ Bonjour chers collègues ! Fit-elle un sourire flasque sur son visage.

Un murmure indicible monta de la table. La plupart des professeurs quittèrent la table, sans un regard pour elle.

_ Albus n'est pas là ? Demanda la Grande Inquisitrice à la directrice-adjointe.

_ Je dirais que non, répliqua cette dernière d'un ton ironique. A moins qu'il ne soit invisible, ce dont je doute fort.

_ Et où est-il aujourd'hui ?

_ Je ne vois pas en quoi cela vous regarde.

_ Ne me parlez pas sur ce ton!

_ Je vous parle sur le ton qui me plait ! Peu importe que vous soyez aux basques de Fudge ou pas !

_ Vous osez ! Vous !

_ Oui, moi ! Tout simple professeur que je sois, j'ose ! »

Minerva se leva et quitta la Grande Salle sous le regard appréciateur des professeurs ayant suivi l'échange. La Grande Inquisitrice pinça les lèvres mais ne dit rien.

« Il faudrait commencer à les commercialiser. C'est tout bénef' pour nous. On va faire enrager l'autre crapaud et on se met de l'argent de côté. Il ne reste plus grand chose des milles gallions d'Harry.

_ Mais George, on ne peut pas! Regarde, les effets secondaires sont non négligeables. Les miens m'ont fait un mal de chien! Les seuls qui peuvent être commercialisé sont nos Crèmes Canaris.

_ Je suis d'accord avec Fred, fit Rémyl. Mais j'ai un moyen de faire regretter à Ombrage de se mêler des affaires de l'école.

_ Lequel, vas-y dis, fit George, un grand sourire sur les lèvres. On te suit à cent pour cent!

_ Il faut que nous sachions si nos Crèmes Canaris sont commercialisable ou non

_ Mais on le sait !

_ Oui, mais pas la version améliorée. Nous pourrions donc l'essayer sur quelqu'un… Et je pense qu'en cas de problèmes, l'un des professeurs sera capable d'annuler cette magie. Alors, ça vous tente ?

_ Quelle question ! Tu es brillant ! »

Il faisait nuit noire quand Dumbledore revint à Poudlard. Las, il pensa retrouver son lit quand un mot d'un des Membres de l'Ordre du Phénix apparut sur son bureau. Signé de Mrs Weasley. Il lut attentivement le message et sourit. Décidemment ce gamin l'étonnera toujours. Une association de Défense contre Les Forces du Mal ! Sous le nez du ministère en plus ! Dangereux mais terriblement courageux de sa part. Il risquait sa scolarité en faisant cela, son renvoi était assuré, si Ombrage le découvrait.

« Inconscient ! Tu es inconscient jeune homme ! Soupira-t-il.

Il devrait surveiller ça. Molly le lui demandait instamment. Mais comment faire ? Elle lui demandait d'interdire ces réunions. Mais il ne pouvait le faire sans que Ombrage le sache… il approuvait le projet, mais le danger était là. Il devait faire quelque chose. Tout comme avec son amant, il devait agir… Mais comment ? Et que faire ? Que dire ? Comment le voir sans qu'elle s'en doute ! Il le fallait ! Mais avec elle…

Perdus dans ses pensées, il tomba doucement dans les bras de Morphée, oubliant pour un temps son rôle, ses inquiétudes, ses doutes...

Quelques jours plus tard, pendant le souper. Un grand cri retentit, faisant sursauter élèves et professeurs. Tous se tournèrent vers la source du cri qui, une fois n'est pas coutume, s'avéra être la table des professeurs. Professeurs qui contemplaient incrédules le canari jaune installé à la place occupée par la Grande Inquisitrice. Les rires d'abord discrets enflèrent et la Grande Salle résonna d'un grand éclat de rire. Les enseignants semblaient partagés entre l'exemple de leurs élèves et l'inquiétude de la réaction de la Grande Inquisitrice. Les yeux de Dumbledore brillaient d'un éclat malicieux. Le professeur Flitwick affichait un très large sourire, tout comme sa complice de toujours, le professeur Chourave, et le professeur Sinistra. Les yeux du professeur McGonagall survolèrent la salle pour se poser la table occupée par sa maison. Les Gryffondor riaient aux éclats. Les autres maisons n'étaient d'ailleurs pas en reste, il suffisait de regarder les visages hilares. Le seul qui ne semblait pas toucher par l'incident était le professeur Rogue, toujours plongé dans sa tasse de thé. Le canari pépiait en ayant l'air de ne pas se rendre compte de la métamorphose. Le directeur le prit dans sa paume et fit signe aux professeurs de Métamorphose, de Potions et d'Enchantements de le suivre.

« C'était génial ! s'exclama George avec une grande tape dans le dos de Rémyl. Bravo !

_ Génial Rémyl ! approuva Fred. J'en ris encore. Mais ils n'ont rien vu, pas vrai ?

_ Tout à fait d'accord, fit le troisième larron. Ça n'aurait pas été drôle sinon.

_ Mais comment as-tu fait ? lui demanda George. Tu étais dans la Grande Salle, quand ça s'est passé.

_ J'ai soudoyé un elfe de Maison. Mais, ce n'est pas fini, venez, la journée promet d'être amusante ! »

Les trois complices quittèrent leur couloir désert et regagnèrent la Grande Salle. Les rires retentissaient toujours. Les conversations tournaient toutes autour de l'événement. Même les Serpentard en parlaient.

« Lequel des trois ? demanda le directeur à ses trois professeurs.

_ Mais aucun, répliqua Minerva. Aucun de nous n'a fait cela. J'avoue y avoir pensé, mais je ne l'ai pas fait. Je ne suis pas stupide. Et puis, si je l'avais fait, ce n'est pas en canari que je l'aurais transformé… C'est encore trop beau pour elle !

_ Ma baguette ne cesse de me démanger depuis qu'elle est là, mais ce n'est pas moi, fit le professeur Flitwick. Je sais pertinemment que le moindre problème peut vous valoir un aller simple vers une retraite anticipée.

_ Je n'aurais pas utilisé ce moyen, Albus, fit froidement Severus.

Le directeur soupira. Bien sûr, aucun des trois n'aurait fait une chose pareille. Cela ne pouvait être qu'un élève…

_ Nous devons lui redonner son aspect naturel, fit-il. Minerva, pouvez-vous…

_ Sans problème.

Un coup de baguette et le canari devint un crapaud. Rogue eut un sourire sardonique Dumbledore fronça les sourcils.

_ Minerva !

_ Je n'y suis pour rien ! Encore que votre phrase était ambiguë. Le voilà son aspect naturel !

Le directeur la fusilla du regard.

_ Faites-le, vous !

Le directeur sortit sa baguette, mais rien n'y fit. Peu importe le sortilège, le canari se métamorphosait en crapaud et inversement, le crapaud redevenait un canari. L'enchanteur tenta un essai, mais fit également choux blanc. Le sourire de Rogue s'élargit, le regard de Dumbledore se durcit. Qui avait pu faire ça ?

_ Qui ? leur demanda-t-il.

_ Aucun de nous, fit Flitwick. Nous vous l'avons déjà dit !

_ Pas vous ! Je parlais des élèves ! C'est forcément un élève.

_ Je l'ignore mais c'est un coup de génie, fit Minerva, malgré le regard noir que Dumbledore lui lança. Faire ça n'est pas à la portée de n'importe qui !

Rogue et Flitwick échangèrent un regard d'intelligence. A la demande, ou plutôt sur ordre du directeur, Rogue partit dans ses cachots pour tenter de trouver un antidote.

_ C'est dommage, la couleur jaune lui va très bien, lança-t-il, ironique.

_ Plus que bien ! renchérit le professeur Flitwick. Ça la rend presque humaine !

_ Je vous en prie ! lança le pauvre directeur. Severus, dès que vous aurez du temps libre, ajouta-t-il en montrant le volatile qui picorait la main du directeur. Trouvez-moi un antidote à ça ! »

Il fut annoncé aux élèves que les professeurs Ombrage souffrait d'une affection l'empêcha de faire cours. Mais, le bouche à oreille fonctionnant toujours plus vite que les hiboux, bientôt, même les élèves absents savait ce qu'était cette fameuse « infection ». Jamais journée ne fut plus joyeuse depuis la rentrée. Les professeurs (Rogue excepté, mais on ne change pas les habitudes) se sentaient particulièrement joyeux. Seul Rusard semblait triste et malheureux de la mésaventure de sa chère Ombrage. Pour passer cette tristesse, il renforça ses patrouilles dans le château, cherchant à coincer les élèves en faute. Mais les professeurs veillaient. Et contestaient dès que la faute était minime telle qu'une chemise dépassant du pantalon ou un élève riant. Les jumeaux Weasley et Rémyl, souriaient de toutes leurs dents. Et il y avait de quoi ! Il y avait fort à parier qu'ils resteraient dans les annales de Poudlard. Le soir-même, les professeurs retrouvèrent Rémyl dans les appartements de la directrice-adjointe. Ils parlèrent tout naturellement de la métamorphose d'Ombrage. Fort de la promesse des cinq professeurs de ne pas punir les coupables, Rémyl leur avoua être l'auteur de cette farce.

« Pourquoi vous punir ? fit le professeur Chourave. Je vous félicite moi ! Et d'ailleurs, dès que possible je donnerai des points aux Weasley !

_ Pour ma part, je leur donnerais volontiers une récompense pour service rendu à l'Ecole ! fit Minerva, un large sourire.

_ C'est de la belle magie, fit Flitwick. Ce sont les jumeaux qui ont fait ça ou vous les avez aidé ?

_ Ils ont conçu, et nous avons amélioré. L'autre version était moins drôle… Au passage, professeur Rogue, tenez, ajouta Rémyl, tendant un pastille verte au Maître des potions. L'antidote. »