Titre : Cible Verrouillée !
Source : Gundam Wing AC.
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf le Dr Noura Faraki et quelques gardes.
Pairing : 1x2, 3x4
Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, Trowa Barton, Quatre Raberba Winner, Rashid Kurama, Sally Po.
Résumé : Un Chasseur qui ne rate jamais sa cible (Heero), un Appât/Proie devenu Chasseur, bien décidé à faire payer celui qui s'en est pris à Quatre (non, pas Trowa, on remonte plus haut !), une attirance bien difficile à gérer... la nuit est loin d'être finie ! Seconde partie, toutes les réponses... ou presque.
Notes : Bonjour à tous. Finalement, j'ai repris la seconde partie en laissant tout le reste de côté, parce que je me suis rendue compte qu'elles allaient difficilement l'une sans l'autre. Je m'excuse pour ceux qui ont lu la première partie et sont restées sur leur faim quelques heures oiu plus (une certaine hache est passée à un cheveu de ma tête XD) et je remercie celles qui m'ont déjà posté de gentilles reviews. Bonne lecture à tous.
Dédicace : Je dédie cette fic à ma très chère Claire.
A tous je vous souhaite une bonne lecture !
Trame :
Chapitre Un : L'approche du Chasseur
Chapitre Deux : Cible verrouillée
Chapitre Trois : L'étreinte mortelle du Chasseur
Chapitre Quatre : l'agonie de la Proie
Chapitre Cinq : l'Eveil d'un chasseur
Chapitre Six : l'Eveil d'un chasseur (2).
Epilogue.
Chapitre Six : l'éveil d'un Chasseur (2).
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Un peu plus tôt, Palais des Raberba Winner,
Appartements de Quatre R. Winner.
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- Ils vont bien, ils ont réussi la mission. El-Nasri est mort et ses appartements sont en feu, il ne restera plus rien de son corps. Personne d'autre n'a péri, Duo y a veillé. Ils nous donneront les détails demain.
Quatre ferme les yeux et se mord la lèvre.
- Je suis heureux que la... mission soit une réussite. Mais j'aurais tant aimé que les choses se passent autrement, qu'on en arrive pas là.
- Ils ne t'ont pas laissé le choix.
- Je sais. Perdre son corps, pour un musulman, est une véritable tragédie. Si ça avait été quelqu'un d'autre, ou qu'il y avait eu d'autres hommes sacrifiés, je crois que je ne réagirais pas aussi bien, par rapport à cet incendie.
- El-Nasri n'était pas musulman ?
- C'est... C'était un faux converti, il a fait fortune dans le pétrole et non dans les mines, comme ma famille, et a fait semblant de se convertir à l'islam pour mieux s'imposer. Il ne croit... ne croyait en rien d'autre qu'en l'argent, qu'il dépensait dans l'opium et d'autres drogues, le plus souvent. Hamfsa et lui se sont bien trouvés, ils avaient cette même soif d'argent et de plaisir extrême.
- Je vois. C'est ce qui les a motivés à faire appel aux mercenaires pour te tuer ?
- Certainement. Hamfsa est en vie, et il m'est inconcevable de projeter de la tuer. La mort de son mari fait d'elle l'héritière de tous ses biens, et même s'il ne valent pas la fortune de ma famille, c'est conséquent. Je dois tout de même m'assurer qu'elle ne cherchera plus à s'en prendre à moi et pour cela, je dois connaître ses motivations exactes. Ce qui ne sera possible qu'à partir de demain. Une journée difficile s'annonce, Trowa, nous devrions essayer de dormir, maintenant que nous sommes rassurés sur le sort d'Heero et de Duo.
- Je suis d'accord avec toi.
Quatre se soulève sur un coude pour pouvoir embrasser cet homme qui est devenu si vite si important dans sa vie.
Un baiser doux, tendre comme une caresse, comme une promesse.
Ils se réinstallent ensuite plus confortablement l'un contre l'autre.
- Quatre, murmure Trowa, le nez dans ses mèches dorés, ai-je tort d'espérer qu'on puisse rester ensemble, tous les deux ?
- Est-ce que tu cherches du travail ?
Trowa sourit.
- Uniquement à ton service.
- Tu es sûr de toi ?
- Je t'aime.
Quatre se mord la lèvre et frissonne de bonheur.
Trowa ne lui a pas seulement dit avec des mots, mais aussi avec son coeur, il l'a ressenti au plus profond du sien.
Il se blottit plus fort contre lui et lève le visage pour pouvoir voir, dans ses yeux, le reflet de ses propres sentiments qui brillent dans les siens.
- Je t'aime aussi, Trowa. Nous parlerons à Rashid, dès que la meilleure occasion se présentera. Mais il faudra tout lui dire, si on veut avoir une chance.
- D'accord.
Trowa dépose un dernier baiser sur ses lèvres, et Quatre niche son visage dans son cou, prêt à s'endormir.
Ce qui ne tarde pas, ni pour l'un, ni pour l'autre.
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Dans la caravane d'Heero et de Trowa.
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Heero regarde distraitement le doigt de Duo, avec lequel il retrace les contours du tatouage tribal ornant son bras, et qui couvre largement la surface de peau entre l'épaule et le coude.
Lui-même caresse son épaule nue et glisse parfois ses doigts dans ses mèches de cheveux, beaucoup moins emmèlées qu'il ne l'aurait cru, après toutes leurs activités nocturnes, en extérieur comme en intérieur...
Ce n'est qu'une des choses parmi tant d'autres qui surprennent Heero, depuis sa première rencontre avec Duo, sous le chapiteau.
- Qui es-tu réellement, Duo ?
- Je suis celui que tu as connu et chassé comme une proie, durant ces trois jours, répond-il sans interrompre ses caresses. Mais je suis aussi une sorte d'agent privé, entièrement dévolu à la protection et à la sécurité de Quatre.
- C'est Raberba Sénior qui a fait de toi celui que tu es ?
- Indirectement. Mon mentor, le Professeur G. est un de ses "alliés de l'ombre", comme je les appelle, parce qu'il préfère qu'on ne sache pas le lien qu'il a avec ce genre d'homme. Même s'il n'est pas directement lié au Pr. G. En fait, c'est l'Instructeur H., l'ingénieur attitré de la famille Raberba Winner, qui les a mis en relation.
- Tu prends tes ordres du Pr G., alors.
- Oui, il m'envoie en mission chaque fois que la vie ou les intérêts de Quatre semblent ou sont réellement menacés par un complot ou autre. C'est ce qui m'étonne d'ailleurs, par rapport à ce contrat, je n'ai reçu aucune instruction. Le Pr G. aurait dû soupçonner quelque chose, surtout que ça reste dans la famille.
- Le Professeur G. et le Docteur J. se connaissent et collaborent depuis de nombreuses années, Duo. Et le Dr J. est l'un des hommes qui dirigent la section de mercenaires à laquelle Trowa et moi appartenont.
- Je croyais que les mercenaires étaient indépendants, je ne m'imaginais pas ça comme une organisation, remarque Duo, tout en continuant de caresser son tatouage.
Le dessin qu'il forme lui apparaît presque comme un signe de reconnaissance ou d'appartenance, comme dans les anciennes tribus primitives, à la lumière de ce que vient de lui apprendre Heero sur les mercenaires.
- Nous sommes libres d'accepter ou de refuser un contrat, mais avant de nous être proposé, il est soumis à l'aprobation du Dr J. Mais il nous arrive de décider par nous-même, comme cette nuit.
- Le fait que le Dr J. et le Pr G. se connaissent peut expliquer que le Pr. G. n'ait pas eu vent de ce contrat, tu crois ?
- Ca ne m'étonnerait pas que J. ait réussi à le tromper.
- L'a-t-il seulement trompé, voilà la vraie question...
- Que veux-tu dire ?
- Le Pr. G. n'est pas lié à Quatre, il s'en fout sûrement qu'il reste ou non en vie, d'un point de vue perso. Je pense qu'il va là où il trouve le plus son intérêt, c'est un opportuniste. S'il tirait plus avantage à faire la sourde oreille, il aurait très bien pu ne rien me dire et laisser Quatre se faire tuer. Raberba Senior sait qu'il n'est pas infaillible, il ne remettrait pas forcément la responsabilité sur lui, même s'il cherchera un bouc émissaire.
- Tu n'as pas confiance en ton mentor, Duo ?
- Concernant cette partie-là de ma vie et de ma personne, je n'ai confiance qu'en moi-même.
- Ca ne fait que confirmer ce que je pense déjà : tu es un excellent agent, Duo. Et tu ferais un excellent mercenaire.
- Au cas où tu ne l'aurais pas encore compris, je déteste tuer.
- Pas besoin d'aimer pour le faire, bien au contraire.
Duo redresse la tête pour pouvoir le regarder dans les yeux.
- Pourquoi tu fais ce "job", Heero ?
- Je suis né avec la guerre, elle m'a rendu orphelin. Me battre est la seule chose que je sache faire.
- Faux. Pour quelqu'un qui prétend avoir toujours raison, tu dis pas mal de conneries, en peu de temps.
- C'est pas des conneries, Duo, réplique-t-il en attrapant la main de Duo qui a commencé à glisser dangereusement le long de son corps, pour la ramener au niveau de son torse. Le sexe est aussi un combat qui met en présence un chasseur et une proie. Et, qui, ensemble, visent la même cible.
- C'est une façon bien singulière de voir les choses. Tu ramènes tout à la guerre et au combat, c'est d'un triste.
- J'ai été entraîné dès mon plus jeune âge, c'est ma vie.
- Le meurtre, c'est ta vie ? demande-il en posant sa tête sur son épaule, sa main redevenue sage se refermant sur sa croix en argent ouvragé. Ne dis pas de choses aussi horribles, Heero...
- C'est pourtant la vérité.
- Tu en parles si froidement, ça ne te fais rien ?
- Non.
Duo se redresse sur un coude.
- Tu vas me dire que tu ne t'occupes que des pourris qui ont réussi à passer entre les mailles du filet, c'est ça ?
- C'était l'agent 05, le Justicier, pas moi.
- L'agent 05... Wufei Chang, peut-être ?
- Hn. Je sais que tu es au courant, il t'a prêté certains éléments de ton équipement.
- Je ne connaissais pas son nom de code, ni son surnom. Déjà que si Trowa ne l'avait pas prévenu de mon passage, en pleine nuit, il m'aurait certainement coupé la natte avec son sabre qui n'a rien d'un accessoire...
Duo est heureux de voir un sourire tendrement moqueur se dessiner sur les lèvres d'Heero.
Ca le rend plus humain, et c'est ce dont Duo a besoin, en cet instant dont il profite au maximum, pas certain qu'il puisse durer ni se reproduire, un jour.
- Wufei se prenait pour le bras de la Justice, explique Heero en passant de nouveau sa main dans les longues mèches soyeuses de Duo. Et parfois pas, il se prenait pour Nataku, un ancien Dieu chinois. Mais contrairement à lui, je ne me suis jamais senti investi d'une mission divine. Je ne sais rien des victimes, lorsque j'accepte un contrat.
- Alors tu pourrais tuer une personne tout à fait honorable ? demande Duo, la gorge serrée, en se redressant, peut-être pour mettre un peu plus de distance avec lui, inconsciemment. C'est horrible...
- Je ne sais rien de mes cibles, mais je n'ignore rien des clients. En refusant de travailler avec n'importe qui, tu évites ce genre de problème et de cas de conscience.
Duo sourit et se rallonge contre lui, son bras autour de sa taille et sa joue contre son épaule.
- Y a de l'espoir, alors, t'es pas totalement pourri.
Heero baisse les yeux vers lui, même s'il ne voit pas grand chose d'autre que son adorable petit nez légèrement retroussé.
Mais à cet instant, il est trop surpris par ses mots et son attitude pour l'admirer.
- De l'espoir ?
- Oui, Heero, on va sûrement pouvoir faire quelque chose de toi ! Mais en verra demain, même si j'adore discuter avec toi, je suis quand même fatigué. Et j'aime m'endormir sur une note d'espoir. Alors bonne fin de nuit, conclut-il, avant de l'embrasser dans le cou.
Heero ne répond rien.
Duo n'attend pas de réponse, de toute façon, et il ne tarde pas à s'endormir, laissant enfin sa fatigue avoir raison de ses dernières forces ; Heero l'a épuisé aussi bine physiquement que moralement...
Heero, quant à lui, est troublé.
Les mots de Duo résonnent longtemps dans sa tête, le privant du sommeil réparateur auquel il aspirait.
De l'espoir ?
Pour lui ?
Oh ! non.
Il ne laissera plus personne lui donner cette illusion.
Surtout pas quelqu'un d'aussi dangereux que Duo.
Il repousse le drap fin et laisse glisser son regard sur le corps nu de Duo, parfait à ses yeux, encore plus du fait qu'il porte ses marques sur sa peau dont il a tellement aimé parcourir et dévorer chaque centimètre...
Puis il se décide à s'arracher à cette contemplation et se lève du lit pour gagner la chambre de Trowa, très discrètement.
Allongé sur le dos, les yeux rivés au plafond, il tente de ne plus songer à l'homme qui occupe son lit.
Il semble qu'il l'ait marqué à l'intérieur comme lui-même l'a marqué, à l'extérieur.
Et aussi sûrement à l'intérieur, également, sinon il ne serait pas resté avec lui.
Ca, il ne peut l'accepter.
Mais il doit reconnaître que sa force, aussi bien mentale que physique, son ardeur au combat, sa détermination à accomplir sa mission en faisant le moins de victimes possible, son entière dévotion à son ami Quatre, loin d'être aveugle et au contraire parfaitement assumée et maîtrisée, et encore bien d'autres choses qu'il n'a fait qu'entrapercevoir, l'ont réellement impressionné.
Et pour impressionner Heero Yuy autant que l'Agent 01, il faut se lever tôt et ne pas compter les heures...
Et pour l'exécution d'El-Nasri, il lui a tout simplement offert un spectacle des plus captivants.
Heero seul aurait agi autrement, il lui aurait porté un coup rapide et se serait éclipsé, ne le laissant même pas réaliser ce qui se passait.
Mais Duo a prévu les choses différemment et Heero a préféré le laisser faire, parce qu'il le savait plus concerné que lui par cette affaire.
Il s'est posté non loin de la porte, prêt à agir à la moindre intrusion.
Aussi vif que l'éclair, Duo a surgi comme un diable de sa boîte devant El-Nasri, avachi sur son lit, qui en a laissé tomber sa pipe à opium.
Avant de pouvoir réaliser qu'il n'avait pas une vision devant lui, Duo lui a assené un coup précis et puissant à la gorge, lui écrasant ainsi les nerfs pour paralyser ses cordes vocales et l'empêcher de donner l'alerte.
Il a pris encore quelques minutes pour lui expliquer pourquoi il devait mourir, et lui demander s'il avait un dernier message à livrer, en lui présentant froidement de quoi écrire.
Une attitude qui a eu le don de partiellement sortir l'homme des brumes opaques de l'opium.
Et aussi de légèrement irrité Heero, balançant entre admiration pour les valeurs défendues par Duo et exaspération à le voir attacher tant d'importance à des choses que lui ne juge pas vraiment indispensable.
Ceci fait, Duo lui a ensuite demandé de se lever pour affronter la mort en face, ce qu'il a eu bien du mal à faire.
Et ce qui lui a valu un commentaire acerbe et écoeuré de Duo, qui lui a fait remarquer qu'il allait mourir comme il avait vécu, en lâche.
Et qui a provoqué chez El-Nasri un dernier sursaut d'orgueil, lui donnant la force de se dresser face à son juge et bourreau.
Heero, que tout ceci ennuyait toujours un peu, a fini par se féliciter de sa patience, lorsque Duo s'est enfin décidé à frapper El-Nasri, visant ses points vitaux, ceci en une danse complexe digne du ballet fatal de la Faucheuse.
Lui qui ne croit en rien a eu l'impression de voir uen divinité, un ancien dieu ou esprit de la Mort dans toute sa splendeur passée, tels ceux auxquels on continue de croire qu'ils hantent le désert aride et abandonné.
Sa natte a virevoltée autour de lui et lorsqu'elle est sagement retombée sur son épaule, El-Nasri était mort, à ses pieds.
Duo a fermé les yeux quelques secondes, puis les a rouvert et a balayé la pièce de son regard violet presque pourpre, à cet instant, passant sur Heero sans s'arrêter.
Celui-ci l'a rejoint et ensemble, ils ont mis en scène l'accident auquel tout le monde ne peut que conclure, à la découverte du corps.
Enfin plutôt ce qui reste du corps ; ils ont bien veillé à renverser la lampe à pétrole et allumer le feu sur le lit où ils ont étendu le corps déjà sans vie du traître.
Et après avoir allumé quelques autres foyers aux autres endroits stratégiques de la pièce, ils se sont éclipsés, ombres furtives disparaissant dans la nuit de pleine lune, fuyant sa lumière après avoir jugé et exécuté seuls une sentence.
Non, Heero n'a jamais cru en rien.
La croix en argent ouvragé qu'il porte, oeuvre d'un peuple présent bien avant que la croix ne devienne un symbole religieux si fort, est un cadeau de Trowa, qui n'a de sens et de valeur que parce que c'est lui qui lui a offert.
Pourtant, cette nuit, et peut-être bien avant, il a été touché en plein coeur par une flèche à la pointe enduite de miel, ce qui l'a empêché de la sentir avant qu'elle ne l'atteigne si profondément qu'il est désormais trop tard pour lui : il ne peut plus réagir.
- Trowa te manque déjà ?
Tiré de ses pensées par l'archer en question, Heero tourne son regard vers la porte ; Duo est appuyé contre elle, le drap autour de son corps - les nuits sont fraîches, dans cette région désertique.
- Je devais réfléchir.
- Et t'y arrives pas à côté de moi ? Je suis trop tentant, c'est ça ? ajoute-t-il en le rejoignant sur le lit.
- Qui t'a permis ?
- Parce que t'as attendu une invit', toi, avant de débarquer dans ma vie et dans mon lit ? réplique-t-il en le renversant sous lui, confiant. On dirait que tu t'es fait prendre à ton propre piège, Heero.
- Tu crois ça ?
- Je le sens. Tu peux plus te passer de moi. Si j'étais pas venu, tu aurais fini par me rejoindre.
- On ne le saura jamais.
- Moi, je le sais. Et au fond, tu le sais aussi, ajoute-t-il en promenant ses lèvres dans son cou.
- T'avais pas décidé de me tuer ?
- Pas si je peux l'éviter. De toute façon, ça peut attendre. Je veux profiter encore un peu de l'emprise que j'ai sur toi, sait-on jamais ce qu'il pourrait en sortir.
Heero attrape son visage entre ses mains et le force à le relever vers le sien.
Les cheveux de Duo se déploient totalement autour d'eux, les isolant complètement derrière un rideau de soie.
- Je peux me passer de toi, Duo.
- Prouve-le et repousse-moi, alors, le provoque Duo, avant d'effleurer ses lèvres des siennes, sans le quitter des yeux.
- Pourquoi ? Je tiens aussi à profiter de ma récompense. Tu te souviens que tu es le prix convenu pour que j'abatte El-Nasri ?
- Sauf que c'est moi qui l'aie abattu.
- Parce que je t'ai laissé faire, mais peu importe. On était en équipe et de ce fait, la réussite de l'un est la réussite des deux. Alors je profite de ma récompense, et lorsque viendra le moment de reprendre notre route, chacun de son côté, je te donnerai la preuve que je peux me passer de toi. Mais pour l'instant...
- Hey, qu'est-ce que tu fais ? proteste Duo.
Heero l'a renversé pour se libérer, a quitté le lit, puis l'a soulevé, tout cet enchaînement de mouvements effectués avec une rapidité n'ayant pas laissé le temps à Duo de réagir.
Et il l'emporte à présent hors de la chambre.
- Je n'ai pas pour habitude de coucher dans le lit des autres, sauf celui de mon amant, explique Heero, alors qu'ils atteignent sa propre chambre.
- Tu sais, je doute que Trowa revienne, vue la force de ce qui l'unit à Quatre, déjà.
- On est pas dans un conte des mille et une nuits, réplique Heero en le lâchant sans ménagement sur le lit.
- Outch ! Bordel, tu pouvais pas être plus délicat, je suis pas un sac de pommes de terre !
- Je te le répète, Duo, on est pas dans un conte pour enfants ; même si tu fais une bien jolie princesse et que j'ai un beau cheval blanc, je ne suis pas le Prince Charmant que t'espères et que tu guettes, du sommet de ta tour. Arrête d'attendre et de rêver que je te considère comme un bien précieux, redescends du septième ciel où je t'ai envoyé.
Plus que blessé par les paroles d'Heero, même s'il n'en montre rien, Duo le repousse, alors qu'il s'aprêtait à se rallonger sur lui, et se redresse, avant de rassembler ses affaires.
- Tu sais quoi, t'as raison, on a assez joué, on a assez fait semblant de croire que c'était possible. J'en ai marre, je rentre. Tiens, le soleil se lève, constate-t-il en jetant un oeil par la fenêtre aux rideaux entrouverts. C'est parfait, je vais pouvoir retourner au Palais.
- Tu vas les déranger, c'est pas sympa, observe Heero en s'appuyant contre le mur, les bras croisés et un sourire moqueur aux lèvres.
- J'irai dormir un peu pour récupérer, avant. T'en fais pas, moi, je sais ce que c'est, le respect. D'ailleurs, avant que je n'oublie, je te remercie pour ton hospitalité.
- Pourquoi tu prends les choses comme ça ?
Duo boutonne sa chemise en lui rendant son regard.
- Les fringues que je portais par-dessus les miens m'ont été prêtées par Wufei, comme tu l'as deviné, tu seras gentil de les lui rendre, si c'est pas trop te demander.
Heero se détache du mur et s'approche de lui jusqu'à le frôler.
- Je t'ai posé une question, Duo, lui dit-il en immobilisant ses mains qui étaient en train de fermer le dernier bouton de sa chemise. Qu'est-ce qui te prends, tout d'un coup, pourquoi tu réagis comme ça ?
- Parce que nos routes se sépareront bientôt, Heero, et j'ai assez donné pour le bout de chemin qu'on a fait ensemble, répond-il en le regardant droit dans les yeux.
- On a encore de la route, Duo. On a aucune assurance que c'est terminé. Abattre El-Nasri ne garantit pas que Trowa et Quatre n'ont plus rien à craindre, il reste des points à vérifier. Ils nous attendent au Palais pour cette raison, principalement.
Duo se détache et détourne le regard.
- Si dans cinq minutes, t'es pas prêt, 01, je pars devant.
- Moi qui voulais profiter encore un peu de mon prix, se désole-t-il en frôlant ses lèvres des siennes, taquin.
Mais Duo n'est vraiment pas d'humeur...
- T'as assez joué avec moi, Heero, réplique-t-il d'une voix glaciale, sans bouger d'un millimètre.
Heero se redresse, les sourcils froncés.
- Parce que t'as pas pris ton pied, peut-être ? demande-t-il tout aussi froidement.
- Il reste quatre minutes, lui dit-il en guise de réponse, ses yeux de nouveaux ancrés dans les siens. Tic, tac...
Ils se défient du regard quelques secondes, puis Heero se détourne et s'habille rapidement, alors que Duo en profite pour attacher ses cheveux en queue basse sur sa nuque.
Sans un mot de plus, ils prennent la direction du Palais des Raberba Winner, dans la pâle lumière du soleil qui se lève.
La nouvelle de l'incendie a déjà gagné les quartiers les plus populaires, les travailleurs se levant à l'aube, parfois même avant le soleil, pour commencer leur journée de dur labeur.
Ils entendent donc par-ci, par-là, les propos des quelques personnes déjà dans les rues, mais ne s'arrêtent pas, et décident même d'éviter les axes principaux.
Par un accord tacite, Heero suit Duo, puisqu'il connaît évidemment beaucoup mieux la ville que lui, et surtout ses raccourcis et ses passages discrets.
Mais lorsque Duo s'engage dans un passage, puis se ravise, Heero l'arrête en lui prenant le bras, l'interrogeant du regard, un seul sourcil levé.
- Si tu n'avais pas été là, j'aurais emprunté ce passage, lui explique-t-il, le Palais est juste derrière. Mais c'est risqué pour toi.
Heero ressert sa prise sur son bras, alors que Duo allait repartir.
Le jeune homme soupire ; comme si Heero pouvait se contenter d'une explication aussi simple...
- Ne me sous-estime pas et expose-moi le danger potentiel.
- Il n'a rien de potentiel. Cet endroit est plein d'aspics. Il fait encore frais, ils seront plus nombreux au heures les plus chaudes, mais il y en a quand même beaucoup.
- Tu veux me faire faire demi-tour à cause de serpents ? Tu te fous de moi ?
- Ce ne sont pas de simples serpents, Heero. Ce qu'on appelle aspic, ici, ce sont les cobras égyptiens. Tu sais, c'est l'un de leurs ancêtres dont s'est servie la Reine Cléopâtre pour mourir, ça te dis quelque chose non ? Vue ta tête, oui. Sache que j'ai été mordu, moi aussi, et j'y ai survécu, alors je suis immunisé, je ne crains rien. Mais seulement une personne sur mille en réchappe, chaque année, en moyenne.
- Quand as-tu été mordu ?
- Il y a un peu plus de deux ans.
- Alors cette année, ce sera moi, le miraculé, décide Heero en s'enfonçant déjà dans le passage.
- Bloody fucking hell ! jure Duo avant de le rattraper. T'es inconscient ou suicidaire ?
- Juste pressé, répond-il, tous ses sens en alerte. La ferme, maintenant, et passe devant, puisque tu connais la route.
Duo soupire mais passe devant, de toute façon, il n'a pas vraiment le choix, et mieux vaut éviter d'aggraver la situation pour Heero, en le laissant marcher là où il ne faut pas.
Il accélère un peu pour sortir rapidement de là ; il sent les serpents autour d'eux, même si c'est loin de grouiller comme en pleine journée.
Il faut dire que le passage est étroit, il leur suffit de tendre les bras pour toucher les murs, et tant mieux, parfois, car ils ont besoin d'un appui pour enjamber certains amas qui barrent le passage.
Duo ne peut pas s'empêcher d'être inquiet pour Heero, même s'il l'a vu à l'oeuvre et connaît ses capacités.
Mais il en ignore encore tellement sur lui, bien qu'il ait acquis la certitude qu'il n'est pas comme les autres, que ses capacités dépassent de loin ce qu'il n'a pu qu'imaginer, se basant sur sa propre expérience dans le camp du Pr. G .
Alors qu'il voit avec soulagement la fin du passage devant lui, Duo sent la main d'Heero sur son épaule.
Il se retourne juste au moment où il la retire - ainsi que le serpent qui s'y était posé -
Ca aurait pu n'être rien ; malgré les idées reçues, un serpent n'attaque un humain que pour se défendre.
Mais la légère crispation de la mâchoire d'Heero tire la sonnette d'alarme, chez Duo.
Il attrape son poignet et le tire brusquement hors du passage, jusqu'à la ruelle heureusement déserte ; il se saisit ensuite de sa main où deux petits points commencent à rosir et suinter.
Il referme violemment ses dents autour et aspire le venin de toute la force de ses poumons, avant de le recracher, une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce qu'Heero le repousse.
- Ca va, c'est bon, arrête ça.
Duo redresse la tête, un peu surpris, mais surtout inquiet.
- Tu te sens bien, vraiment ?
- Je t'ai dit que ça allait et que t'avais pas à me sous-estimer.
La colère commence à balayer l'inquiétude de Duo.
- Et moi je t'avais dit que j'étais immunisé, je ne craignais rien, tu aurais dû le laisser sur mon épaule !
- Il me gâchait la vue.
Cette réponse laisse Duo quelques secondes sans voix, tout comme l'expression très sérieuse d'Heero, si ce n'est la lueur habituelle de provocation qui brille dans ses yeux.
- T'es stupide, Heero !
- Pressé, je te l'ai dit, réplique-t-il en l'écartant pour s'avancer vers le Palais qui se dresse devant eux.
- Attends ! le retient-il par le bras. T'es sûr que ça va ? J'ai pas retiré tout le venin et je me sens un peu vaseux, alors que je suis protégé. Tu dois sûrement te sentir mal. T'as pas à le cacher, Heero, tu sais, j'ai déjà perdu quelqu'un qui comptait pour moi, alors j eme pardonnerai pas si tu...
- J'ai l'air d'aller mal ? le coupe-t-il calmement. .
Duo le regarde et fronce les sourcils.
Il doit bien reconnaître que n'importe quelle autre personne serait par terre, à cet instant.
- T'es pas humain, c'est pas possible autrement.
- Baka...
- Hey, attends, l'arrête-t-il une nouvelle fois, alors qu'Heero le dépasse pour reprendre son chemin. Tu t'es cru où, sérieux ? Après, c'est moi qui me crois dans un conte ? Tu penses qu'il te suffit d'arriver devant les portes du Palais et de dire "Sésame, ouvre-toi" pour pouvoir passer ? Reste derrière moi. Mais avant d'y aller, t'es vraiment sûr que...
Heero plisse les yeux et Duo comprend le message, alors il n'insiste pas plus.
Ils font rapidement le tour pour arriver devant les Grandes Portes de l'enceinte du Palais.
Avec les événements de la nuit, Duo n'est pas surpris de voir que la sécurité a été renforcée, et de ce fait, c'est Rashid qui garde la première entrée, ce qui est une excellente chose, en soi.
- Bonjour, Rashid !
- Monsieur Duo, bonjour. Dans d'autres circonstances, j'aurais pu m'étonner de vous voir si matinal. Mais aujourd'hui, au contraire, même, je m'attendais à vous voir plus tôt.
- J'étais avec mon ami Heero, c'est le cavalier du cirque, vous l'avez sûrement reconnu.
- Effectivement.
- Il s'est passé beaucoup de choses, cette nuit, Rashid.
- Des choses dont nous pourrons parler plus tard, oui. Il n'y a pas que les murs qui ont des oreilles, dans cette ville, Mr Duo, les pierres et les feuilles des arbres semblent également aimer porter les paroles, quitte à les déformer, chemin faisant.
- Vous avez bien raison, Rashid.
- Mais ce n'est pas le plus important. Vous savez combien ma confiance en vous est grande, Mr Duo, vous auriez dû me demander directement, je vous aurais ouvert les portes. Il est évident que votre ami ne va pas bien du tout.
Duo se retourne précipitamment, inquiet, et surtout juste à temps pour recevoir Heero dans ses bras.
- Shit ! Heero !
Il vacille sous son poids, mais est soutenu par Rashid.
- Laissez-moi faire, Mr Duo, lui dit le grand garde du corps, en soulevant sans effort un Heero inconscient dans ses bras. Ahmed, appelle l'équipe A en renfort pour me remplacer, ajoute-t-il à l'attention du second garde, avant de passer les portes pour gagner les jardins, Duo, inquiet, sur ses talons. Karim, continue-t-il en arrivant à la seconde porte, qui permet d'entrer à l'intérieur du Palais, cette fois, fais chercher le Docteur Faraki et escortes-là jusqu'aux appartements secondaires de l'aile Nord. Mr Duo, que lui est-il arrivé ? reprend-il enfin en continuant sa route.
- On a emprunté le passage des serpents pour arriver plus rapidement et il s'est fait mordre par un aspic qui s'était posé sur mon épaule, et qu'il a tenu à retirer, alors que je luis avais dit que je ne risquais rien et que...
- Mr Duo, calmez-vous.
- Je suis désolé Rashid, j'ai aspiré tout le venin que j'ai pu, j'en ressens les effets, déjà.
- Nous allons nous occuper de vous. Pouvez-vous marcher, ou voulez-vous attendre ici que...
- Je viens avec vous, ça ira.
- Bien.
Ils marchent un moment en silence.
D'une autre personne, Rashid aurait vraiment douté ; la morsure d'un aspic a des effets très rapides, or, il n'a pas remarqué de suite que le jeune homme qu'il porte, allait mal.
Il reconnaît tous les symptômes et la morsure qui gonfle à sa main, et même les traces des dents de Duo, qui confirment ses dires, si besoin est.
Duo ne ment jamais, il en a souvent fait la démonstration, se débrouillant pour cacher ou arranger la vérité, quand il ne pouvait faire autrement.
C'est quelqu'un de si intègre et honnête qu'il ne viendrait jamais à l'idée à Rashid de le mettre en cause.
Beaucoup de choses sont étranges, mais il sait qu'il aura des explications, tôt ou tard, et plutôt tôt que tard, d'ailleurs.
C'est seulement à ce prix qu'il peut assurer aussi efficacement la sécurité de Maître Quatre.
- Rashid...
- Si tu n'as rien de mieux à dire que le silence, alors tais-toi, dit le vieux proverbe.
- Les vieilles choses ont toujours beaucoup à nous apprendre.
Rashid jette un coup d'oeil à Duo, mais ne répond rien.
Duo sort son portable.
- J'envois un message à Quatre pour qu'ils nous rejoignent dès leur réveil.
- Maître Quatre n'a pas eu beaucoup de repos, cette nuit.
Duo termine son message et range son téléphone.
- Rashid, vous m'en voulez ? Je suis certain que vous n'ignorez rien ou presque de ce qui s'est passé, depuis hier soir...
Rashid entre dans les appartements et va directement dans la chambre, pour déposer Heero sur les draps frais du grand lit à baldaquin.
- Mr Duo, je crois que notre priorité est d'agir afin que nous ayons le moins de regrets possibles, par la suite. Quand la situation sera stabilisée, nous prendrons tous nos responsabilités. Vous, Maître Quatre, moi, ces jeunes gens, nos ennemis, tous. Mais pour l'heure, cet homme, auquel vous semblez particulièrement tenir, a besoin de vous et de soins. Si vous vous en sentez la force...
- Dites-moi, je tiendrai le coup...
- Bien, alors mettez-le à l'aise, je vais donner des ordres pour qu'on nous apporte de la glace, sa fièvre s'intensifie.
- D'accord. Rashid... Merci.
- Les remerciements aussi peuvent attendrent, Mr Duo.
Il sort, et Duo commence à déshabiller Heero ; il ne pensait pas qu'il aurait à le faire dans une telle situation...
Heero n'a pas repris connaissance, et il est brûlant de fièvre.
Alors Duo le laisse en boxer, sans le couvrir, malgré les frissons qui le parcourent.
Il va dans la salle de bain chercher de l'eau et un gant, et revient éponger son front et son corps en sueur, tout en écoutant ses délires en japonais, en russe, en arabe, en anglais, en français...
Et il se demande confusément combien de langues Heero connaît et parle.
Lui-même en connaît et en comprend pas mal, leur village est un véritable carrefour des civilisations, alors il a appris, à force de traîner dans les rues.
Ce qui lui permet de comprendre qu'Heero répète dans plusieurs langues une seule et même phrase : "je ne dirai rien".
Le coeur serré, Duo se demande quelles épreuves il a dû subir et traverser, dont il garde la trace, vue les différentes cicatrices qu'il porte.
Duo se sent faible, la fièvre le gagne aussi, mais il lutte pour tenir au moins jusqu'à l'arrivée du médecin, jusqu'à ce que quelqu'un d'autre puisse passer le gant sur Heero, pour le rassurer d'une présence.
Il se souvient que lorsqu'il avait lui-même été mordu, alors qu'il se sentait partir, il avait senti la présence de Quatre, près de lui.
Il n'était pas seul, Solo aussi était présent.
Solo, son premier amour, son premier amant, celui qu'il avait considéré comme son âme soeur, mais qui n'avait pas survécu à cet accident.
Solo avait aspiré le venin, comme lui l'a fait pour Heero.
Ils avaient sombré ensemble, mais seul Duo est remonté à la surface.
Duo ne veut plus avoir à pleurer personne, dans l'absolu et dans ce cas précis, il ne veut pas devoir perdre quelqu'un de cette façon-là.
Il ne veut pas perdre Heero, quel que soit le nombre de vies qu'il a lui-même pris.
Le retour de Rashid, en même temps que l'arrivée du médecin, le tire des brumes de ses souvenirs qui tendent à prendre le pas sur la réalité et le rendent confus.
La porte à peine refermée se rouvre sur Quatre et Trowa, venus dès que Quatre a lu le message de Duo.
Duo se sent de plus en plus vaseux, il entend à peine la voix de son meilleur ami qui l'éloigne d'Heero, à qui il continue de s'accrocher. .
- ... fait venir Sally, elle ne va plus tarder. Elle connaît très bien les poisons et surtout, elle connaît Heero.
- Angel...
- Ca va aller, mon Duo, il va s'en sortir. Tu dois t'allonger et te reposer, en attendant que la fièvre diminue, tu connais cet état.
- Je me sens bizarre... murmure Duo d'une voix pâteuse.
- Je sais, mon grand. Ne t'inquiète pas, ça va passer, le rassure Quatre en l'aidant à s'allonger sur le deuxième lit de la chambre.
- I'm exhausted...
- C'est tout à fait normal, le poison t'affaiblit considérablement, même s'il n'est plus mortel, pour toi, et que tu n'en as pas avalé beaucoup, d'après ce que tu as dit à Rashid.
- Je ne veux pas... qu'Heero meure... comme ça...
- Il est très résistant, il a de grandes chances de s'en sortir.
- C'est à moi... de le tuer... Dis à Trowa... de rester près de lui... et de le lui dire...
- D'accord, mon Duo. Maintenant, arrête de lutter et laisse-toi emporter par le sommeil. Quand tu te réveilleras, tout ira mieux.
- Really ?
- I promise.
- I believe... in you, my Little Angel...
- Je sais, mon Duo, et ne t'en fais pas, je reste près de toi. Dors, à présent.
Quatre dépose un baiser sur son front, puis se lève pour jeter la seringue dans le bac à aiguilles, avant de revenir près de lui pour le débarrasser de ses vêtements et le mettre à l'aise.
- Il n'a même pas senti quand je l'ai piqué... Noura tu es sûre que...
- Ne t'en fais pas, je te promets qu'il ne risque rien, le rassure la jeune médecin en se redressant. Dans deux heures, il sera sur pieds, comme la dernière fois. Par contre, pour ce jeune homme, je ne sais pas ce que je peux faire de plus. Je lui ai administré le contre poison, mais d'après ce que Rashid m'a dit, il n'a pas réagi comme on pourrait s'y attendre, jusque là, alors je ne peux pas interpréter sa réaction à l'injection.
- Heero a quelques particularités physiologiques, explique Trowa. Sa résistance dépasse celle des autres hommes. Le médecin qui le suit depuis des années est en route.
- Dans ce cas, je vais vous laisser, je ne peux rien faire de plus. N'hésitez pas à m'appeler, cependant.
- Merci, Noura, lui dit Quatre.
- Je vais vous raccompagner, Dr Faraki. Maître Quatre, je vais attendre le médecin de Mr Heero directement à l'entrée du Palais.
- D'accord, merci, Rashid.
Restés seuls après le départ du médecin et du chef de la sécurité, Trowa et Quatre trouvent naturellement le réconfort dont ils ont besoin dans les bras l'un de l'autre, pour une rapide et tendre étreinte.
Le réveil blotti l'un contre l'autre était parfait, la découverte du message de Duo le fut beaucoup moins.
- Je n'ai jamais vu Heero ainsi. Il a été soumis à la mithridatisation (1) pour un nombre incalculable de poisons, de toxines, de venins, ce dès son plus jeune âge. Je n'aurais jamais pensé qu'il pourrait être atteint, un jour.
- Attendons Sally, elle est la seule capable de nous rassurer ou de confirmer nos craintes.
Trowa lui caresse la joue avec tendresse.
- Tu t'inquiètes aussi beaucoup pour Duo.
- Lorsqu'il a été mordu, il y a deux ans, j'ai cru que j'allais le perdre. Nous avons perdu Solo, qui était alors son compagnon. Il a tenté de le sauver et il y a laissé sa vie, alors qu'il n'avait pas directement été piqué. Il a fait ce que Duo a fait avec Heero, il a tenté d'aspirer le plus de venin possible.
- Duo aurait certainement fait pareil pour lui.
- C'est une certitude. Pour Solo, pour moi, pour Heero et même pour toi, Trowa. Même s'il t'en veut, il aurait tenté de te sauver, sachant combien tu m'est précieux. Rares sont ceux qui survivent à ce poison. Le contre poison n'est pas réellement efficace, il ne marche que dans un infime pourcentage de cas et seulement s'il est administré dans l'heure suivant la contamination du sang. Mais étrangement, ceux qui y survivent ne sont plus jamais inquiétés. En cas de nouvelle morsure, ils ont une forte fièvre pendant deux à cinq heures, et ensuite, c'est oublié. Il n'ont aucune séquelle supplémentaire.
- C'est assez exceptionnel, oui. Tu n'as vraiment pas à t'en faire pour Duo, dans ce cas.
- Non, mais je déteste le voir ainsi.
- Je comprends.
Quatre se serre un peu plus contre lui, puis s'écarte.
- Ils reviennent, explique-t-il devant le regard interrogateur de Trowa.
Et effectivement, après quelques coups rapides, la porte s'ouvre sur Sally, mais aussi sur Wufei, venu prendre des nouvelles de ses amis, introduits tous les deux par Rashid.
Ils embrassent rapidement Trowa et saluent Quatre, Wufei ayant présenté sa femme la veille, après le spectacle.
Sally ne perd pas de temps, elle s'avance au chevet d'Heero pour commencer à s'occuper de lui.
Après une bonne dizaine de minutes et quelques prises de sang, elle se redresse et se tourne vers Quatre.
- Je vais déposer ces échantillons au laboratoire. Mr Raberba Winner, si vous pouviez passer un petit coup de téléphone pour souligner le caractère urgent de ces analyses, ce serait vraiment un grand geste.
- Bien sûr. Que pensez-vous de son état ?
- Sally, tu peux parler librement, lui dit Trowa en la voyant chercher son regard, un peu hésitante, même si très discrète.
- Ce poison n'a pas fait partie du traitement par mithridatisation qu'Heero a subi. Il m'en a averti, c'est le cas de trois poisons, précisément. Il n'y avait vraiment aucune garantie que son organisme s'accoutume, le risque était trop important qu'il y succombe. Le Docteur J. n'a pas voulu le prendre, il ne voulait pas perdre un soldat aussi parfait, même si cela aurait confirmer son excellent travail de modification du métabolisme humain.
- Mais c'est horrible... ne peut s'empêcher de remarquer Quatre, avant de se tourner vers Trowa. Toi aussi, tu...
Trowa secoue la tête.
- Je ne sais rien de ma vie avant mon arrivée dans le camp de mercenaires, mais les examens pratiqués ont confirmé que je n'ai subi aucune modification, ni d'opérations lourdes.
- Tout ce que Trowa est capable de faire est absolument naturel ! assure Sally. Même si parfois, j'avoue, je n'aurais pas été surprise de te voir déployer des ailes, sous le chapiteau !
- Wufei se serait empressé de me les couper d'un seul coup de sabre, pour éviter que tu ne les admires trop longtemps.
- La justesse de tes analyses t'a sauvé la vie de nombreuses fois, Barton, répond Wufei avec un sourire complice. Mais je ne lève pas mon sabre sur un ancien compagnon d'arme sans une bonne excuse.
- Et je n'en suis pas une, peut-être ? proteste Sally.
- Ah, tu vas pas commencer !
- Ne crois pas t'en tirer comme ça, Wufei du clan du Dragon tu as de la chance que nous soyons pressés. Messieurs, nous allons vous laisser, je vais aller déposer ça au laboratoire, et je reviens le plus vite possible.
- Sally, honnêtement, tu penses qu'il va s'en sortir ?
La jeune médecin regarde longuement Heero.
- D'un point de vue strictement médical, je ne peu le certifier. Mais le connaissant, je n'en doute pas. Aies confiance, Trowa. Bien, je... Mais... c'est Duo ! s'étonne-t-elle en rejoignant Duo, que le rideau du lit à baldaquin d'Heero lui avait dissimulé, jusque là. Il a aussi été mordu ?
- Oui, il y a deux ans, il ne risque plus rien, lui répond Quatre. Aujourd'hui, il a aspiré le venin de la morsure d'Heero.
La jeune femme sourit, rassurée.
- Alors il lui a probablement sauvé la vie. Vous devriez les allonger côte à côté, ça augmentera les chances de guérison d'Heero. Wufei chéri, tu viens avec moi où tu restes ici ?
- Je n'ai rien à faire ici, ils sont tous deux entre de bonnes mains.
- Parfait, alors allons-y. A plus tard.
Ils se saluent tous, puis le couple sort.
Rashid entre presque immédiatement.
- Maître Quatre, je vais raccompagner Mr et Mme Chang. Ensuite, si vous en êtes d'accord, je souhaiterai que nous parlions.
- Bien sûr, Rashid. Revenez dès que possible et nous irons dans mon bureau.
- Bien, Maître Quatre, merci à vous.
Le grand garde du corps incline le buste et sort.
Quatre va chercher Duo et le porte sans grands efforts jusqu'au lit où est étendu Heero, à côté de qui il l'allonge ; la fièvre étant toujours présente, il ne les couvre pas.
Trowa et lui s'installent ensuite à leur chevet, un peu plus confiants.
Ils sourient lorsque la main de Duo, qui a sûrement senti la présence d'Heero, tout proche, glisse vers la sienne pour se poser et se refermer dessus.
Et leurs sourires s'élargit en voyant celle d'Heero l'entourer, en réponse.
Peu après, on frappe à la porte et un jeune employé dépose un plateau de petit déjeuner sur la table, répondant aux ordres de Rashid, qui ne laisse jamais rien au hasard.
Mais malgré le contenu alléchant du plateau, l'un comme l'autre ne se sentent pas capable d'avaler plus qu'un café et un jus d'orange.
Quatre profite tout de même de cette petite pause pour appeler et faire pression sur le laboratoire.
Ce rapide repas terminé, ils se réinstallent, appuyés l'un contre l'autre, bien décidés à veiller leurs amis jusqu'à leurs réveils. .
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Notes :
(source : wikipédia)
(1) La mithridatisation consiste à ingérer des doses croissantes d'un produit toxique afin d'acquérir une insensibilité ou une résistance vis-à-vis de celui-ci.
Le mot a pour origine le roi Mithridate VI qui, craignant pour sa vie, voulut acquérir une connaissance parfaite des poisons et de leurs antidotes afin de s'en préserver. Selon la légende, il serait parvenu à s'immuniser en absorbant de petites doses de poison. Ceci entrainerai la synthèse d'IgG qui prennent la place des IgE et n'entraîneraient pas de réaction inflammatoire contrairement aux IgE.ééééréf. nécessaire Ce principe est différent de ce qui se passe pour la vaccination, l'organisme réagit en formant des anticorps. Battu par Pompée, il aurait voulu se donner la mort en s'empoisonnant, mais ne put mourir qu'en se faisant tuer par un mercenaire.
Notes de l'auteure :
Merci d'avoir lu cette seconde partie et désolée pour le découpage sauvage et frustrant.
Le dernier chapitre épilogue est quasiment tapé, alors vous l'aurez sûrement dans la semaine.
Bon dimanche et bonne semaine à tous.
Lysa
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