Ladybird, ladybird,
fly away home,
Your house is on fire
Your children shall burn!
Coccinelle, coccinelle,
vole jusqu'à ta maison,
Ton logis est en feu
Tes enfants brulerons
Hotch se gara près de la nouvelle scène de crime, seul dans le véhicule, à l'exception de Hal qui se tenait sur le siège passager et peinait à rester calme. Ils s'autorisèrent un moment, puis se dirigèrent vers la foule grouillante d'agents et d'urgentistes, à coté de laquelle des dæmons divers étaient agglutinés, les yeux écarquillés et le ventre à terre.
L'affaire, auparavant « simplement » affreuse, était devenue une de celles qui les hanteraient pendant très longtemps. Il l'avait su en percevant le ton bouleversé de Rossi, même par téléphone.
Ledit appareil vibra dans sa poche et Hotch le sortit. Il savait déjà de qui il s'agissait avant de faire glisser son doigt en travers de l'écran tactile pour répondre à l'appel.
- Garcia. L'as-tu trouvée ?
- Oui.
Sa réponse était faite d'une voix basse, douloureuse. Dépourvue de son excitation et de sa bonne humeur habituelle.
- Aucun « Asling » ne collait, mais j'ai cherché des « Mayboralin » et il y en a cinq aux Etats-Unis. Un d'eux est une femelle, trois sont adultes et stabilisés, et… un appartient à une « Amber Wyant ». Disparue depuis 2007, enregistrée quand elle avait deux ans par sa mère, qui est décédée en 2005. Elle est allée vivre chez son oncle, qui a depuis été accusée de toutes sortes de truc bien moches, jusqu'à ce qu'elle fugue en 2007 après avoir tenté de s'ôter la vie. Ou vous savez… elle n'a pas fugué. Parce qu'elle est là. Elle est là et ils pourraient l'avoir enlevée et oh mon dieu, Hotch, si c'est le cas ils l'ont gardée captive pendant trois ans. Comment ça a pu arriver ? Comment c'est possible que personne ne l'ait su ?
Il ferma les yeux.
- Parfois, certaines personnes passent entre les mailles. Nous allons la trouver, Garcia. Nous allons les trouver, elle et JJ.
- Mais quand vous la trouverez… elle n'a nulle part où aller.
Un reniflement étouffé lui parvint alors qu'elle tentait de cacher ses larmes, et Hotch sentit son cœur se serrer.
- Absolument nulle part où aller.
- Nous la trouverons, put-il simplement dire.
Quand elle raccrocha en affirmant silencieusement qu'elle allait continuer de chercher les autres enfants, il eut la sensation de ne pas avoir été à la hauteur.
Le claquement de la portière résonna quand il la ferma derrière lui. Il résonna, en dépit des deux bonnes douzaines de personnes présentes, car personne ne faisait le moindre bruit.
Un silence presque surnaturel enveloppait la foule tandis que Hotch levait le ruban délimitant la scène de crime afin que Hal puisse passer en dessous, avant d'entrer à son tour. Personne ne le regarda, personne ne parla. Les radios crépitaient et Hotch pouvait entendre un moteur en surchauffe geindre légèrement mais, dans cette atmosphère d'horreur pure, les sons semblaient assourdis et distants.
Une fois de l'autre coté de la foule d'humains et de dæmons, il s'arrêta. Hal s'immobilisa, les oreilles baissées, tandis que les gens formaient presque inconsciemment un large cercle autour d'elle.
Il pouvait voir Morgan à l'entrée du tunnel, le visage prudemment inexpressif, Naemaria à coté de lui.
Il pouvait voir Rossi assis dans une voiture de patrouille, la portière ouverte, le regard tourné à l'opposé de l'entrée des égouts, et une forme orange vive recroquevillée sur ses genoux. De minuscules pieds nus et sales sortaient de la couverture dans laquelle il avait enveloppé l'enfant.
Mais il lui semblait impossible de concentrer son attention sur l'un ou sur l'autre alors qu'il voyait le long cortège de housses mortuaires fermées. Le plastique épais cachait difficilement à quel point ils étaient vides, trois fois trop grands pour leur terrible contenu.
Le monde tournait autour de lui tandis qu'il longeait sans flancher cette longue procession jusqu'à l'endroit où se tenait Morgan, l'expression figée, le regard s'attardant sur chaque brancard comme pour mémoriser chacun d'eux et l'ajouter à une liste invisible. Un des ambulanciers trébucha avec un bruit ressemblant à un sanglot, et il l'aida d'une main à se stabiliser. Quelqu'un d'autre murmurait au sujet de l'odeur, la voix faible et confuse, comme pour se raccrocher au seul élément qu'il se sentait capable de comprendre dans la situation présente. Une autre voix se faisait cependant entendre, aboyant des ordres.
- Combien ? demanda Hotch à Morgan.
Celui-ci ne répondit pas. Il ne fit qu'inspirer profondément, avant de se redresser :
- Je vais descendre celui qui a fait ça, dit-il lentement. C'est un homme mort.
Hotch ne se sentait absolument pas prêt à le reprendre sur cette annonce pour l'instant, car il était horriblement conscient qu'il ne répondrait pas un « tu feras ton travail » comme il le devrait, mais quelque chose qui se rapprocherait davantage de « pas si je le lui mets la main dessus avant toi ». Au lieu de cela, il hocha simplement la tête et toucha le coude de Morgan en geste de réconfort, le seul auquel il arrivait à songer, puis se détourna pour aller voir l'Agent vétéran.
- Ne bouge pas la portière, dit Dave d'une voix sourde quand Hotch s'arrêta près de lui.
Le Chef d'Unité regarda à l'intérieur avec précaution. De grands yeux le fixèrent en retour depuis la couverture étroitement drapée autour du petit corps. Les mains incrustées de saleté de la fillette avaient laissé des traces sombres sur la cravate et la chemise de Rossi aux endroits où elles avaient agrippées le tissu. Il faisait en sorte qu'elle ne puisse pas voir les corps.
- Trois sont en vie. Ils s'attendent à ce qu'un seul arrive vivant à l'hôpital, et c'est en étant très optimiste.
- Combien de morts ? demanda Hotch à voix basse, et la fillette ne sourcilla même pas.
Rossi leva les yeux vers lui et Hotch pu voir la fureur que Morgan s'efforçait de cacher clairement exposée sur les traits expressifs de son ami.
- Douze morts, siffla-t-il.
Un autre sifflement lui fit écho depuis le siège arrière, où Eris était blottie avec son aile drapée autour du dæmon de l'enfant dans un geste protecteur.
- Pour l'instant, Aaron. Ils n'ont pas terminé d'explorer les tunnels. Cela fait combien de temps que ça dure ?
Bien trop longtemps.
C'était déjà trop tard avant même qu'ils aient mis un pied hors de l'avion.
Son téléphone sonna à nouveau et il tressaillit presque quand le son perça l'atmosphère silencieuse.
Appel entrant du Northside Hospital.
Reid.
- Hotchner.
Il vit le regard de Rossi se tourna brutalement vers lui, craignant le pire.
- Agent Hotchner ? Votre agent est réveillé.
-o-o-o-
Aureilo resta avachi dans la cage grillagée alors que l'unsub la portait hors de la salle. Avec l'angle dans laquelle sa tête se trouvait, la dernière chose qu'il vit de Jennifer fut l'éclat de ses yeux qui le fixaient alors que la lourde porte se refermait entre eux. De Kailo, par bonheur, aucun signe.
Il repoussa toutes pensées concernant le danger qu'il courait au fond de son esprit et se concentra sur l'examen des couloirs par lesquels ils passaient, sans que ses observations soient trop évidentes. La dernière chose dont ils avaient besoin, c'était que l'unsub réalise qu'ils n'étaient pas Intercisés.
Ou, en tout cas, qu'il n'était pas Intercisé. JJ en revanche… JJ pouvait peut-être tourner la situation à son avantage. Il aurait voulu pouvoir lui parler, rien que pour un instant, et formuler un plan. Il fallait simplement qu'il réfléchisse.
Il ne pouvait pas penser à la lame qui était tombée entre eux dans un claquement et à la peur paralysante qu'elle avait causée. Cela faisait trop mal.
Cela ressemblait bien trop à la sensation d'être à nouveau seul.
Il frissonna involontairement. Le dæmon léporidé tourna vers lui ses yeux ternes et vides, puis détourna immédiatement le regard. Cela ne l'inquiétait pas.
Il savait comment se faire passer pour une moitié d'âme.
S'il cherchait à atteindre Spencer, il ne sentait que le vide. Voilà qui était beaucoup plus inquiétant. Le moment où la botte de l'unsub s'était enfoncée dans son flanc… bon sang, Spencer. Il devait avoir été blessé sans même en connaître la cause. Il pourrait même toujours être souffrant, toujours ressentir les dommages faits à Aureilo.
Y a-t-il des dommages ?
Aureilo ferma les yeux et fit rapidement le bilan de chaque partie de son corps. C'était impossible à dire sans pouvoir bouger, mais il sentait une douleur lancinante dans son ventre qui était de mauvais augure et, s'il se tendait, il pouvait sentir la douleur se répandre autour de cette zone. Rien d'handicapant, cela dit. Il pouvait faire avec.
Il devait faire avec. L'avenir de Jennifer dépendait de sa capacité à y parvenir.
Néanmoins il devrait pouvoir dire où Reid se trouvait, ou au moins en avoir une bonne idée, et rien. Rien qu'un vide glacé douloureusement familier, et il n'eut pas à simuler les tremblements qui secouèrent son corps quand l'unsub ouvrit une lourde porte d'acier qui racla fortement contre le sol de pierre, puis descendit une volée d'escalier en brique pour arriver dans une cave froide et humide qui puait la poudre, la cendre et les produits chimiques.
Il y avait un bruit semblable à un murmure, comme si une brise tournait sans fin dans la pièce, et quand ils quittèrent l'escalier pour entrer dans la grande pièce carrée, Aureilo jeta un regard autour de lui pour essayer de repérer une sortie.
Il vit une fenêtre, haute et fermée par des barreaux.
Il vit une porte épaisse dans un des murs et reconnut aussitôt de quoi il s'agissait. Un four. A ce qu'il pouvait voir, très utilisé.
Il vit un grand établi couvert d'un amas d'outils et d'instrument qu'il ne pouvait reconnaître sans regarder de plus près et, derrière, une étagère où s'alignaient des bocaux et des bocaux de produits chimiques de couleurs étranges et de poudres blanche.
Et il vit le dernier mur. Un mur constitué de rangées de cages au maillage très fin, et occupées.
Plus ou moins.
Il n'avait pas besoin de cacher l'horreur ou la peur qui le submergèrent et lui tordirent les entrailles d'agonie alors qu'il réalisait la nature de ce qu'il voyait. Le murmure devint un gémissement de peur, et ce n'est que quand les yeux vides à l'intérieur des cages se tournèrent vers lui avec avidité qu'il comprit que c'était lui qui faisait ce son.
Des dæmons.
Pâles, fantomatiques, avec des yeux vides et inexpressifs. Ils se murmuraient à eux-mêmes ou se blottissaient dans un coin de leurs cages, et ceux qui parlaient ne faisaient qu'appeler leur humain d'une voix plaintive.
- Erica, Erica, je suis perdu, je suis perdu. Il fait noir.
- Je déteste ça. Je veux maman. Je veux Giala. Je veux rentrer chez moi.
- On ne peut pas rentrer chez nous. Il n'y a pas de chez nous, il n'y a en a plus, ça a disparu comme nous. Chez nous n'existe pas, ça n'existe plus, ça n'existe pas plus que nous.
- Ca fait mal, ça fait mal, arrêtez, ça fait mal.
L'unsub ouvrit une cage, inclina celle dans laquelle Aureilo se tenait en tremblant, et le fit tomber en un tas pantelant sur le sol grillagé. Sous lui, un beagle à mi-croissance sursauta et gémit. A sa droite, une silhouette indistincte ne cessait de passer d'une forme à l'autre, chacune aussi tordue que la précédente.
A sa gauche, un rat était étendu sur le sol, son ventre bougeant à peine et sa bouche entrouverte.
Aureilo lutta pour se redresser et se pressa contre le fond de la cage.
- Dans ta purification repose son ascension, murmura l'unsub en fermant la cage. Par le feu, je te rappelle dans l'abysse d'où tu es sorti, bête.
Puis il partit, et le bruit de ses pas résonna dans les escaliers, suivit par le grincement de la porte en acier qui se refermait. Piégeant Aureilo à l'intérieur.
Mais pas seul.
- Nous souffrons, nous souffrons, geignit le beagle en levant vers lui ses yeux fous. Il va tous nous brûler. Exactement comme les autres.
- Il y en avait encore plus avant, répondit un chœur de voix.
Aureilo regarda les cages vides. Puis le four. Les briques autour de la porte couverte de suie scintillaient d'une couleur dorée.
Il se leva et se secoua pour faire taire la douleur.
Non, cela n'arriverait plus.
-o-o-o-
- Petit cœur, dit Morgan en gardant une voix basse en dépit de la rage qui le parcourait. Dis-moi que c'est une bonne nouvelle.
Le regard de Rossi se tourna rapidement vers le siège du conducteur, les jointures blanches sur le volant directionnel. Il avait tendu avec reluctance Ally aux services sociaux, après leur avoir donné son numéro et leur avoir fermement ordonné d « 'être joignable, ou sinon… »
- Mon parfait adonis en chocolat, j'ai mieux qu'une bonne nouvelle. J'ai ce dont on a besoin pour démêler toute cette affaire et tout ce qu'il nous faut c'est un petit outil particulier que j'aime appeler « le cerveau du plus adorable des agents qui soit ».
Garcia faisait de gros efforts pour se maîtriser mais il pouvait entendre une sorte de jubilation dans sa voix, laquelle signifiait que, bordel, ils arrivaient enfin quelque part.
Malgré les horreurs que cette journée avait apportées, sa bouche se tordit en ce qui ressemblait presque à un sourire.
- Reid est réveillé, tu veux l'appeler et emprunter son cerveau ? lui demanda Morgan en repoussant cette petite voix qui murmurait « mais va-t-il bien ? »
Une longue pause.
- J'ai déjà essayé, répondit-elle avec précaution. Il… il ne répond pas. Et Emily non plus. Et Hotch est toujours avec le shérif dans ces atroces tunnels.
Merde.
- D'accord, dis-moi ce que tu as, dit-il en mettant le haut-parleur.
Il sentit Eris et Naemaria se pencher vers lui depuis la banquette arrière, dans leur impatience d'entendre la suite.
- Alors, les résultats du labo pour les vêtements des enfants sont là et waouh, on a un sacré lot de produits chimiques. Chlorate de potassium, carbonate de strontium, perchlorate de potassium, le tout en assez bonne quantité. Ils sont tous utilisés pour des explosifs, ce qui n'est pas une si bonne nouvelle, et tous assez faciles d'accès. Mais bien sûr, si vous en achetez il y a des traces, et je vais les renifler comme un limier après son os. Et, étrangement, il y a aussi du curcuma. On ne l'utilise pas dans les explosifs, alors peut-être que nos sales types aiment bien terminer une journée épuisante passée à avoir été monstrueux en cuisinant. Eurk.
- Génial, marmonna Rossi. Ce type joue avec les explosifs. Fantastique. Juste ce dont nous avions besoin. Très bien, Garcia, bon travail. On va à l'hôpital pour en parler avec Reid, histoire d'avoir son avis sur la question.
- Attendez, ce n'est pas tout ce que Tupelo et moi avons déterré. On a des noms. Pas assez, loin de là, mais… pour certains de ces enfants, ceux des rues, on a des noms.
Rossi tourna brusquement la tête, avant de revenir à la route.
- Donne, demanda-t-il. Je veux connaître leurs noms. Ils ne seront pas oubliés de nouveau… pas par moi.
- Ni moi, confirma Naemaria à voix basse.
-o-o-o-
- Où est Aureilo ? demanda JJ dès que l'homme revint dans la pièce, sans le lièvre.
- Tu es libérée de lui, répondit-il après avoir passé un long moment à l'étudier. Je t'ai libérée.
JJ se figea. Et se mit à réfléchir, rapidement, impossiblement rapidement, à ses options.
Intercisée. Il pensait qu'elle était Intercisée.
Mais il pensait aussi qu'elle était… différente.
- Oui, fit-elle par dire lentement. C'est vrai. Merci. Merci infiniment. Et les enfants. Je sais qu'il y a des enfants ici, prêts à être libérés, je peux… le sentir. Pouvez-vous me mener à eux ?
Ses yeux s'éclairèrent. Il avait sincèrement l'air… heureux.
- Bien sûr, répondit-il, rayonnant.
Il s'accroupit pour défaire les liens autour de ses pieds et de ses mains puis l'aida à se lever, en ignorant son exclamation de douleur quand ses membres endoloris protestèrent face au mouvement soudain.
- Tu es parfaite. Je savais que tu serais parfaite. Viens voir ce que j'ai fait !
Il agrippa sa main d'une paume chaude et moite, et elle s'efforça de ne pas se dégager.
Kailo frissonna contre elle, mais elle ne laissa pas l'homme voir sa peur.
L'avenir des enfants dépendait de sa capacité à cacher sa peur.
-o-o-o-
Reid ne se trouvait pas dans sa chambre. Morgan poussa un juron et disparut, probablement pour trouver une infirmière ou un médecin, tandis que Rossi se mit à faire les cent pas d'un air pensif et en jetant des regards autour de lui. Le moniteur cardiaque restait vierge, les câblages négligemment jetés au sol. Les couvertures étaient jetées au pied du lit, en désordre, visiblement repoussées par quelqu'un qui avait vraiment hâte d'en sortir. Quand il passa la main sur les draps, ils étaient froids. Vides depuis un bon moment, donc.
Contrairement à Morgan, cela ne l'inquiétait pas. Au contraire, il eut un sourire.
- Le gamin est déjà de retour sur l'enquête, commenta Eris en descendant maladroitement son bras pour sautiller sur le lit. Son sac est toujours là, Dave. Les dossiers de l'affaire, ses notes. Regarde.
Rossi prit le dossier qu'elle avait tiré du sac et qu'elle trainait vers lui, et l'ouvrit. Des notes de l'interrogatoire que Reid dirigeait avant qu'Aureilo soit blessé. Des pages d'informations sur un programme appelé Outreach, les marges couvertes d'une écriture désordonnée et à peine lisible. Une carte pliée, couvertes elle aussi d'inscriptions. Des informations sur les parents, sur les enfants disparus.
Un élément sortait du lot, avec des notes bleu vif et certaines parties entourées d'un trait épais. « Contacter Garcia – ils étaient à l'école de Kyle », était écrit en travers de la brochure, une flèche reliant la note avec un titre en italique qui proclamait « Outreach, gros succès dans les écoles, le nouveau programme démarre avec un BANG ! ».
- Mmh, fit doucement Rossi en ouvrant la brochure pour tomber sur une autre note écrite en gros.
« Essai ? » était inscrit en travers d'une photographie montrant d'écoliers rassemblés en un grand cercle, les yeux levés avec de grands sourires face au spectacle au-dessus d'eux.
- Des feux d'artifices ? questionna Eris en plissant les yeux vers le papier brillant. Des feux d'artifices en plein jour ?
- Des explosifs, murmura Rossi, tandis qu'un frisson parcourait brusquement son dos. Reid, espèce de fantastique petit saligaud, tu as quasiment résolue cette affaire ! On tient ces enfoirés, Eris, on les tient !
Elle hulula tristement, et ouvrit les ailes pour s'élancer après lui alors qu'il tournait les talons et se dépêchait de sortir de la chambre, le dossier serré dans la main.
Il savait où Reid se trouvait.
Il était temps de mettre fin à tout ça.
-o-o-o-
Emily suivit Reid alors que celui-ci marchait à grands pas déterminés dans le couloir, puis tournait pour entrer sans hésiter dans la pièce où étaient les enfants Intercisés. Malgré sa confiance déterminé, il tressaillait tous les deux pas et elle pouvait le voir se replier légèrement sur lui-même, comme s'il voulait inconsciemment protéger son ventre.
- Reid, appela-t-elle, dévorée par l'inquiétude. Attends…
Elle était revenu avec le café qu'elle était allée chercher pour le retrouver en train de triturer le moniteur cardiaque, le visage sombre et l'expression fermement résolue. Il avait à peine prononcé un mot, demandant simplement des nouvelles de JJ, d'Aureilo, puis où se trouvaient les enfants, avant de partir sans même prendre le temps de mettre ses chaussures.
S'ils ne l'avaient pas laissé approcher des enfants, cependant, c'était pour une bonne raison. Le souvenir du traumatisme pouvait…
Elle arrêta ici le fil de ses pensées et se secoua. Reid faisait son travail. Il était plus résistant qu'ils l'imaginaient souvent.
Il se tourna vers elle, le regard acéré, sans aucune trace du vide qu'elle associait habituellement à l'absence d'Aureilo. Elle acquiesça :
- D'accord, c'est toi qui mène, dit-elle en lui suivant à l'intérieur.
Elle resta dans la salle d'observation et le suivit des yeux à travers la fenêtre tandis qu'il entrait puis flanchait en posant les yeux sur les enfants. Sergio sauta dans ses bras et jeta un œil.
- Il tient quelque chose, commenta prudemment le chat. Je reconnais cette expression. Aureilo fait le même genre de petit mouvement de tête quand il est en plein réflexion.
Il y avait un bouton à proximité qui allumait le micro afin qu'elle puisse entendre ce qui se disait dans la pièce. Elle le pressa avec précaution, l'oreille attentive et impatiente. La voix qui parvint fut claire.
- Bonjour. Je m'appelle Spencer. Est-ce que je peux te demander quelque chose ?
Le garçon, toujours blottit sur sa chaise, un oreiller serré contre lui, ne leva même pas les yeux. Les fillettes dormaient, les visages calmes, immobiles, et horriblement pâles.
Elles ne se réveilleraient probablement pas, et une part d'Emily pensait que, peut-être, il s'agissait là d'une bénédiction.
L'autre part se détestait d'avoir une telle pensée.
- Ils ont pris mon dæmon, murmura l'enfant en levant légèrement les yeux pour fixer Reid. Pourquoi ils l'ont prise ?
Les mêmes questions que lorsque Hotch lui avait parlé. Cela n'allait pas les mener bien loin… mais si quelqu'un pouvait amener le petit garçon à parler, c'était Reid.
- Je ne sais pas. Mais je vais trouver. Est-ce que tu peux me dire quelque chose ? S'il te plaît ? Pour m'aider à trouver pourquoi ?
Silence.
Reid s'accroupit, posa ses mains sur l'oreiller, et le cœur d'Emily se serra quand le jeune garçon baissa une de ses mains pour attraper la paume de Reid, la tourner et l'examiner avec une curiosité vide.
- Ton dæmon est parti aussi, dit soudain l'enfant en levant les yeux.
Sergio se mit à trembler dans les bras d'Emily.
- Je peux le sentir. Est-ce qu'ils l'ont prise aussi ?
- Oui, confirma Reid avec pragmatisme, et l'enfant frissonna.
Même de là où elle se tenait, Emily pouvait le voir essayer de cacher les larmes dans ses yeux.
- Comment ont-ils pris ton dæmon ? questionna Reid. Il faut que je sache, s'il te plaît, comment est-ce qu'ils t'ont attrapé ?
- Non, fit le garçon d'une voix devenue entêtée. Je ne sais pas. Ils ont brûlé ma Asling. Il m'a fait regarder. Et après on est revenu pour servir de leçon.
- Il vous a ramené après avoir brûlé vos dæmons ? Pour effrayer les autres, ceux qui sont comme toi ? Les enfants qui vivent dans les rues ?
- Non. Ce n'est pas lui.
La porte s'ouvrit derrière Emily, et Rossi entra, la chemise froissée et sale, et Morgan juste derrière lui. Les yeux de Morgan s'écarquillèrent d'horreur à la vue des enfants, son regard fixé sur les fillettes silencieuses. Rossi regarda Reid, et eut l'air triomphant.
- Quelqu'un d'autre alors ? Une autre personne ? Ils étaient deux, n'est-ce pas ? L'homme qui a brûlé Asling, et l'homme qui vous a ramené ?
- Et la fille. Ils ne nous laissent pas la voir avant d'être attrapé. Ils nous font peur et après ils nous envoient à elle et elle dit qu'on va aller bien, mais à la place elle nous emmène pour être brûlés. Comme Asling et Widget.
- Est-ce que tu peux me dire ce dont tu te rappelles sur le moment où Asling a été… brulée. Je suis désolé, je sais que c'est difficile. Je sais que ça fait mal. Mais il y a d'autres enfants qui ont besoin de notre aide. Tu peux les aider.
- Non…
- Est-ce que c'est une bonne idée ? demanda Morgan qui s'était avancé jusqu'à être à coté d'elle. Cet enfant est traumatisé.
- Cet enfant est la clef, corrigea Rossi en abaissant Eris jusqu'au bras d'une chaise, tout en triturant le dossier dans ses mains. Deux unsubs… on aurait dû le savoir.
- C'est plus facile de maitriser plusieurs enfants avec plusieurs mains, acquiesça Morgan.
- Non.
La voix d'Emily était calme, et elle en tirait fierté.
- Deux unsubs, peut-être, mais seulement un des deux attrape les enfants, continua-t-elle. L'autre les Intercise et brûle leurs dæmons. Alors, qui qu'elle soit, la personne qui les attrape doit avoir une sorte de moyen de contrôler ces enfants.
- La peur, dit Rossi en tendant la brochure. Pour les enfants des rues, en tout cas. Pour ceux qui sont trop concentrés sur la survie pour trouver le moindre attrait à de jolies lumières et étincelles.
Morgan regarda le papier alors qu'elle le prenait et le dépliait avec précaution, et le lut en diagonale.
- Et pour les enfants en ville ? demanda-t-il.
- Est-ce que tu te souviens de ce que ça sentait ? Dans la pièce où était ton dæmon.
- Mauvais. J'avais mal au nez. Comme…
- Comme des feux d'artifice ? De la poudre ?
Emily fixa la brochure.
- Oh merde, dit-elle en comprenant.
« Le programme Outreach est heureux de vous présenter un nouveau spectacle pour améliorer la prise de conscience sur les enfants à risque : des feux d'artifices de jour ! Les enfants adorent ces présentations excitantes rendues accessibles par le généreux Jeremy Harper, fils de l'estimée et très regrettée…
- Appelez Hotch, dit Reid en refermant la porte derrière lui. Nous avons un nom.
- Tu es largement devancé gamin, répondit Rossi d'un petit air suffisant en montrant son téléphone. Il est en route pour le commissariat et veut qu'on soit prêt à partir dès que Garcia aura trouvé une adresse.
- Tu vas bien ? demanda Emily alors que Reid passait devant elle pour suivre dehors Rossi et un Morgan à l'air inquiet. Est-ce qu'Aureilo est blessé ? Tu as l'air pâle.
- Je vais bien, affirma Reid d'une voix ferme, les yeux brillants étrangement. Aureilo est… effrayé. Effrayé et enthousiaste. Je pense. C'est confus, comme s'il y avait quelque chose entre nous qui le bloquait. Mais je le ressens de plus en plus clairement, comme si… comme s'il se rapprochait.
- Comment s'est possible ? s'exclama Sergio avec surprise. Ne devrait-il pas s'éloigner ? Je veux dire, ce type ne va pas rester dans le coin avec un agent fédéral dans son coffre.
- Je pense…
Reid marqua une pause et afficha un sourire. Un véritable sourire, à la fois de surprise et de fierté. Je pense qu'Aureilo pourrait avoir fait quelque chose de fantastique.
Elle ne devrait pas être surprise. Pas vraiment.
Elle ne s'attendait pas à autre chose venant de cet homme, ou de son dæmon.
