La nuit était tombée, apportant enfin un peu de fraîcheur. Peeta et moi étions accoudés à la fenêtre ouverte du salon, regardant un Haymitch aviné traverser les pelouses pour rentrer chez lui à la lumière de la lune et éclatant de rire à chaque fois qu'il posait le pied dans un trou et trébuchait.

Le dîner avait été agréable et j'avais pris plaisir à manger pour la première fois depuis longtemps. La soupe de poisson de Sae et le pain frais de Peeta étaient excellents… et c'était simplement bon de se retrouver avec Peeta et Haymitch.

- Est-ce qu'il discute avec l'arrosoir ?

Nous réprimâmes un petit rire. Haymitch semblait en grande conversation avec mon arrosoir. Il le tenait à hauteur de son visage et lui parlait en tenant un doigt en l'air.

- Ça serait vraiment drôle si ce n'était pas si triste, souffla Peeta.

- Je n'aurai pas dû laisser Sae lui servir du vin…

Peeta haussa les épaules. Nous savions tous les deux que si Haymitch ne s'était pas soûlé au cours du repas, il l'aura fait plus tard. Ce n'était qu'une question de temps.

- C'est sa manière de gérer la situation, j' y a des jours où je n'ai pas l'impression d'avoir de meilleure solution. Heureusement, j'ai été dégoûtée de l'alcool.

- Certes, répondit Peeta en souriant.

Il se remémorait probablement ma seule et unique gueule de bois après l'annonce de l'Expiation.

- Je me demande vraiment comment tu fais pour t'en sortir si bien…

- J'ai été aidé, il y a eu des gens pour me soutenir… et d'autres qui m'ont donné envie de me lever le matin et de me battre pour eux, parce que je pense… enfin… j'espère avoir encore des choses à vivre avec eux…

- Haymitch n'a pas eu tant de chance…

- Non, pas que je saches… Mais toi, oui…

J'haussai les épaules. J'avais parfois l'impression d'avoir tout perdu et d'être si seule.

- Delly… Delly fait partie de ces personnes pour qui tu te bats…

Ça avait été compliqué mais j'avais enfin réussi à mettre cette conversation sur la table.

- Elle m'a apporté plus de soutien et d'aide que quiconque. Je lui dois beaucoup mais…

Peeta s'interrompit car Sae venait de pénétrer dans le salon. Je faillis lui hurler de sortir immédiatement mais l'occasion de tirer la question au clair avec Peeta était déjà passée. Elle fronça les sourcils de nous trouver tous les deux dans le noir, penchés à la fenêtre… La situation avait l'air un peu trop romantique à son goût.

- Katniss, ma journée est finie, je rentre chez moi… Peeta, il est certainement temps que tu fasses de même, ajouta-t-elle avec un regard perçant envers le jeune homme.

Je faillis éclater de rire. Nous avions presque été mariés ! Peeta avait annoncé sur une chaîne nationale de télévision qu'il m'avait mise enceinte ! Et Sae s'inquiétait de me laisser seule avec lui ? La preuve que cette vieille bourrique était loin d'être dupe…

- Assurément, répondit Peeta en se redressant droit comme un i.

Il fit mine de partir mais je le retins par la manche.

- Peeta va s'en aller, assurai-je. Bonne nuit, Sae.

Elle haussa les épaules et disparu derrière la porte.

- Elle est un peu vieux jeu, ce n'est rien…

- Vieux jeu ? C'est bien pire que ça ! Même ta mère ne m'as jamais envoyé un tel regard…

- Oh, je t'assure que ce n'est rien. Je crois bien m'être fait adresser quelques regards bien pires par ta mère à l'époque où nous étions soi-disant fiancés…

- Il faut dire qu'elle t'adorait, répondit-il sarcastique.

Malgré la pénombre, je vis que son expression était devenue triste. Je posai ma main sur son avant-bras.

- Excuse-moi, Peeta. Je ne voulais pas te peiner… C'était maladroit…

Il posa sa main par-dessus la mienne.

- Ce n'est rien… C'est juste que… ma relation avec ma mère a toujours été… catastrophique…

- Je n'imaginais pas que c'était si dramatique…

- Ca n'a plus beaucoup d'importance aujourd'hui…

- Raconte-moi !

- On s'est quitté fâché, nous avons eu des mots le matin de la moisson… J'ai cru que je pourrais arranger les choses lors de la dernière entrevue accordée à la famille des tributs mais il n'y en a pas eu… Je ne sais même pas si elle serait venue, en fait… Ensuite, je n'ai jamais trouvé la force de lui écrire et puis… Il était trop tard.

J'imaginais mal Peeta dire quelque chose de méchant ou de grossier à sa mère. Mais au cours des années écoulées, j'avais également constaté que madame Melark n'était pas un modèle de douceur et de tendresse, qu'elle pouvait se montrer dure voire violente et que, même adulte, Peeta avait souvent été brimé par elle.

- Qu'as-tu dit de si grave ?demandai-je d'une petite voix.

Peeta hésita et posa ses mains serrées en poings sur l'appui de fenêtre. Les jointures de ses doigts blanchirent dans la clarté lunaire.

- Ce n'était pas moi qui ai… Enfin si, j'ai dit des choses graves mais uniquement parce qu'elle t'avait…

- Critiquée ?

- Insultée, plutôt. Elle était piètre en relations humaines, mais elle a toujours su flairer les choses, les sentiments… Un peu comme un petit chien hargneux débusque le gibier… Depuis tout gosse, je me sentais mis à nu devant elle, comme si elle lisait dans mes pensées. Je ne parvenais jamais à lui mentir, elle flairait mes émotions comme un fauve la viande fraîche.

Il eut un petit rire désincarné. Dieu savait que Peeta était bon menteur.

- Ce matin-là, elle a compris ce que je m'apprêtais à faire, que j'étais prêt à me sacrifier pour que tu restes en vie et que si je n'étais pas tiré au sort, je me porterais volontaire. Elle l'a su directement à mon expression lorsque je suis rentré dans la cuisine. Elle m'a traité d'idiot, de crétin. Elle m'a dit que nous n'en reviendrons pas ensemble et que je n'avais rien à y gagner, que je devais t'oublier. Quelques objets m'ont volé à la tête. Et finalement, tout ce qu'elle répétait c'était « pas pour cette fille, pas pour cette fille ». Le problème n'était pas tant que je meure, mais que je meure pour toi, une racaille, une fille de la Veine.

Il soupira avant de reprendre :

- Elle a terminé en disant « Tu n'as jamais été qu'une source de déception et je préfère te voir mort plutôt qu'en train de pleurer cette catin », fin de citation. Et là, j'ai vidé mon sac. J'ai répondu que je n'attendais pas d'elle qu'elle comprenne que je t'aimais car elle n'avait jamais été capable d'amour, pas même envers mon père ou nous, ses propres enfants. Je suis parti, sans même claquer la porte tellement j'étais hagard de ma propre audace. Aujourd'hui, je sais que j'aurais dû immédiatement retourner lui présenter mes excuses.

- Je suis désolée…

C'était vrai, je me sentais terriblement coupable.

- Ne le sois pas. Je ne le suis pas, c'est bien ça le problème. Je pense encore sincèrement ce que je lui ai dit. Des excuses n'auraient servi qu'à apaiser ma conscience.

C'est là que je le vis pour la première fois. Le Peeta des mauvais jours et des mauvais moments, ce garçon à l'expression profondément triste et aux épaules basses. Celui qui malgré les apparences ne s'en tirait pas si bien. Sa détresse me pris ou dépourvu, car là ou lui savait si bien consoler et apporter du réconfort, je ne savais avoir que des gestes gourds et maladroits. Presque mécaniquement, je passai mon bras autour de sa taille et je me serrai contre lui. J'avais conscience d'être rigide comme une planche de bois car cela faisait des siècles que je ne m'étais pas retrouvée dans ses bras. Cette habitude que j'avais perdue revint vite pourtant lorsqu'il passa ses bras autour de moi pour m'attirer plus à lui. Je me coulais contre lui et mon corps retrouva ses marques contre le sien. Il me serrait presque à m'en rompre les os mais cela ne me dérangeait pas. J'en avais même besoin. J'approchai ma bouche de son oreille pour murmurer :

- Le problème Peeta, c'est que tu n'es que bonté, gentillesse, générosité et douceur… et que ta mère n'a jamais bien compris ces choses-là…

Il enfouit son visage dans mon cou et je sentis son sourire contre ma peau.

- Mon père disait la même chose…

Le mouvement de ses lèvres contre la peau fine de ma gorge me tordit l'estomac, mais pas d'une mauvaise manière.

- Ne me laisse pas seule cette nuit…

Les mots étaient sortis tout seul de ma bouche. Je n'en revenais pas d'avoir réussi à formuler cette demande mais je ne voulais pas le quitter. J'avais besoin de lui.

- D'accord… Mais Sae ?

- Au Diable Sae ! Allons chez toi, comme ça tu ne risqueras pas de la croiser demain matin… Elle pensera que je suis partie chasser.

- D'accord, répéta-t-il sans me lâcher pour autant.

Au bout d'un petit moment, nous nous séparâmes l'un de l'autre. Je laissai la maison sans même prendre la peine de verrouiller les portes et Peeta m'entraîna chez lui, dans sa chambre.

Sur le court trajet, un changement notable c'était produit. L'air semblait plus lourd et ma respiration plus difficile. Mes mains ne cessaient de chercher Peeta et les siennes semblaient partout sur moi. Tous les prétextes semblaient bons pour nous toucher, nous caresser… pas d'une manière érotique mais comme pour combler le manque que nous avions eu l'un de l'autre pendant des mois.

Une fois dans la pénombre de sa chambre, je m'écartais de lui mais il me ramena aussitôt dans ses bras.

- Reste auprès de moi…

- Toujours, répondis-je en passant mon t-shirt par-dessus ma tête.

Nous nous déshabillâmes à quelques centimètres à peine l'un de l'autre. Nos bras, nos jambes, nos hanches et nos joues se frôlaient. Mon cœur s'emballaient à chaque fois qu'un contact entre nos peaux se produisaient. J'avais terriblement envie de plus. Un baiser à pleine bouche, peut-être même plus que ça… Néanmoins, je n'aurai jamais osé faire le premier pas.

Une fois en sous-vêtement, je réalisais que je n'avais rien emporté avec moi pour passer la nuit. J'attrapai un t-shirt de Peeta qui trainait au sol et je dégrafais mon soutien-gorge. J'allais passer le vêtement quand Peeta me le prit des mains. Surprise, je plaquai un bras contre mes seins.

- Qu'est-ce que tu…

Il me posa un baiser sur la joue avant de murmurer :

- Je voudrais te sentir contre moi…

- Mais…

Je fis un geste vers le t-shirt mais il le garda hors de ma portée.

- Vraiment tout contre moi… Peau à peau…

Était-ce le vin qu'il avait bu au dîner qui le rendait si audacieux ? J'en restais chamboulée. Cette demande me faisait ressentir des choses dans mon corps que je n'avais que très peu expérimentées… Cela me fit peur, et malgré l'envie, je me dégonflai.

- Je suis vraiment fatiguée…

- Je ne te demande rien d'autre que d'être contre toi…

Je déglutis difficilement et hochai la tête, incapable de lui dire non. Il laissa tomber le t-shirt sur le plancher. Je filais me cacher sous les draps et lorsqu'il me rejoint, je ne sus comment me positionner. D'habitude, il s'allongeait sur le dos, je venais me coller contre son côté, la tête sur son épaule et il enroulait son bras autour de moi mais cela impliquait que mes seins allaient être directement en contact avec sa peau…

Il s'allongea sur le dos… Apparemment, nous n'allions pas changer nos habitudes… Je me glissai contre lui, prenant soin de garder un bras contre ma poitrine. Mais lorsqu'il m'entoura de son bras et qu'il m'attira plus à lui, je fus obligée de glisser ce bras qui me protégeait sur le côté. Mes deux seins embrassèrent littéralement la peau de son torse. Je ressentis la chaleur de son corps partout sur les globes et les mamelons durcis. J'étouffai un petit gémissement et il me sembla qu'il en fit de même, mais j'étais trop confuse pour réellement m'en apercevoir. Je crois que je ressentis pour la première fois ce qu'on appelait communément de l'excitation.

J'aurai voulu qu'il me touche, qu'il m'embrasse, mais il n'en fit rien. Nous nous contentâmes de rester allongés l'un contre l'autre à demi-nus. Sentir sa peau contre la mienne, contre les endroits les plus intimes de mon corps me donna une sensation de retrouvailles et de communion comme je n'en avais jamais connue mais c'était là tout ce que je souhaitais, le retrouver.

Cela se reproduisit la nuit d'après, et encore la nuit suivante, et toutes nuits qui suivirent. Nous nous déshabillions et nous nous glissions presque nus dans son lit. Il n'y avait pas de baisers, tout au plus une caresse malencontreuse comme lorsque j'avais effleuré le renflement de son sexe en changeant de position ou que sa main s'était perdue sur un de mes seins au cours de la nuit. Je faisais l'apprentissage du désir sexuel comme j'avais fait presque tous mes apprentissages en amour, au creux des bras de Peeta. Le désirer voulait-il dire que je l'aimais ? Je n'en savais fichtrement rien. Et lui m'aimait-il toujours ?

Avant que je ne puisse prendre la résolution de tirer les choses au clair, le train du soir avait déposé Delly Cartwright et sa sœur sur le quai de la gare, brisant par la même occasion notre routine nocturne.

A suivre…

Coucou, j'espère que ce chapitre vous a plu et que je ne suis pas « OUT OF CHARACTER », je ne suis pas sûre d'avoir collé au plus près des personnages… J'avais prédit l'arrivée de Delly mais ce sera véritablement développé dans le chapitre suivant. Je vais essayer d'accélérer le rythme de publication pour ne pas vous laisser en plan durant un mois et demi car c'est bientôt la saison des camps et toute ma vie est mise entre parenthèses à cette occasion. Je suis désolée pour les fautes que j'ai laissées dans le dernier chapitre, je ne me suis pas relue correctement, pour un prof c'est inadmissible, mais je dois dire que la relecture n'a jamais été mon fort et que je perçois mes coquilles toujours trop tard. Donnez-moi votre avis ! Merci