Chapitre VI

8 heures. Les demoiselles sont réveillées par leur femme de chambre respective.
- Bonjour Anna.
- Bonjour Milady.
Mary se redresse dans son lit, la regardant ouvrir les rideaux. Elle se lève et Anna l'aide à s'habiller pour aller petit-déjeuner.
De son côté, Sybil fut réveillée par Gwen ou plutôt d'elle-même En effet, la façon dont agit sa femme de chambre la préoccupe : elle prépare quelque chose. Ҫa se voit dans ces gestes, rapides et un peu maladroits.
- Gwen, qu'avez-vous depuis hier ?
- Rien du tout, Milady.
- J'ai l'impression que vous travaillez sur quelque chose, quelque chose qui prend une grande partie de votre esprit. Si c'est pour …
- C'est … le poste de secrétaire qui me stresse.
Gwen se rendit compte qu'elle lui avait coupé la parole, mais Sybil n'a pas l'air horripilée, au contraire, elle trouve sa femme de chambre encore plus louche, mais elle veut découvrir son « secret ». Elle n'a pas le temps d'ouvrir la bouche qu'elle reprend :
- Sinon, Milady, Tom est très bizarre je trouve.
- Comment cela ?
Son ton était nerveux, un peu comme quand elle a parlé de Lady Sybil à Branson. Elle pouvait maintenant agir comme elle le souhaitait : ils s'aimaient. Pour être sûre, elle n'hésite pas à mentir :
- Il me parle souvent de votre sœur Mary.
Aucune réponse Sybil semblait déçue au fond d'elle-même. Lorsque Gwen a prononcé le nom « Mary », elle remarqua le regard de la demoiselle s'assombrir.
- Merci Gwen.
Sybil arrive elle aussi dans la salle à manger quelques minutes après ses deux sœurs.
- Bonjour.
- Bonjour ma chérie.
Elle ne peut s'empêcher de lancer des regards noirs à son aînée. Même si ce n'est pas complètement de sa faute, Tom parle d'elle. Une forte jalousie se présente dans l'âme de la cadette. Edith le remarque bien.
- Tout va bien Sybil ?
- Oui, pourquoi ça n'irait pas ?
Sa réponse était froide. Personne ne parla d'avantage : quand une fille est ainsi, mieux vaut se taire !
Gwen regardait par l'embrasure de la porte, discrètement. Elle avait mis la jalousie dans l'esprit de sa maîtresse, elle devait maintenant espérer que Sybil se fasse plus remarquer de Tom.
- Gwen ?
Elle se retourna, Mrs Hugues la regardait, interloquée.
- Que faites-vous à espionner leur repas ?
- Ri-Rien du tout, Mrs Hugues…
- Dans ces cas-là, allez chercher du travail là où il en faut : Anna a déjà commencé les chambres.
Gwen s'éloigna et se hâta dans une des chambres pour aider Anna.
À la fin du repas, Sybil se sentait mal : elle qui voulait parler à quelqu'un ne le put pas. C'était comme si le monde entier était contre elle. Tout le monde lui en voulait alors qu'elle n'avait rien fait… Elle sortit, marchant sur les chemins autour de la demeure, levant parfois les yeux. Le ciel était blanchi par les nuages. D'ailleurs, pourquoi ressentait-elle cela ? Pourquoi était-elle jalouse ? Aimerait-elle cet homme ?
- Milady ? Puis-je vous aider ?
Cette voix…elle la connaissait …elle hantait ses pensées…
- Tom ? euh… Branson ?
Elle ne voulait pas se retourner. Elle ne voulait pas parce qu'elle lui en voulait et qu'elle sentait cette rougeur sur ses joues.
- Que voulez-vous ?
Le ton montait.
- Comment ça ? Si je suis venu vous voir c'est parce que je vous voyez seule et l'air triste. Je voulais m'assurer si tout allait bien.
Il se permettait de dire ça, elle était retournée et il pouvait donc rougir sans crainte d'être pris. Or, elle se retourna et put voir la couleur de ses joues.
- Euh… Vous… Tout va bien vous aussi ?
- Oui… Je… J'ai un peu chaud avec ma veste.
- Ah… Donc… Pour répondre à votre question. Vous… Enfin… Je… Ce n'est pas important.
- Très bien. En tout cas, Milady, si je puis faire quoi que ce soit pour vous, faites-le-moi savoir.
Il s'éloigna, toujours aussi droit, mais pas nonchalamment.
Elle, elle restait là, plantée sur le chemin, le regardant s'éloigner. Si seulement elle pouvait en savoir plus sur lui. Il faudrait qu'elle observe ses réactions lorsqu'il est ou parle avec Mary, elle pourrait ainsi sans doute se sentir mieux…ou plus mal.
- J'ai trouvé !
Tandis qu'elle était dans le hall des domestiques, Gwen cria ces mots.
- Qu'avez-vous donc trouvé ?
C'est Anna qui, dans toute sa simplicité, lui posa cette question.
- Quelque chose pour aider quelqu'un…une amie.
On n'insista pas. Gwen se rendit dans le garage.
- Tom ? Vous avez une minute.
- Justement !
Que signifiait cette exclamation ?
- Qu'y a-t-il ?
- J'ai rencontré Lady Sybil. Elle se sentait mal et elle me lançait un regard…étrange. Que lui avez-vous dit ?
Il s'était approché un peu plus d'elle, prêt à l'attraper si elle partait sans lui avoir dit quoi et pourquoi.
- Je n'ai pas révélé votre secret.
- Que lui avez-vous dit ?
Il s'impatientait.
- Que vous parliez souvent de Mary. C'était pour voir sa réaction.
- Et ? Elle me hait maintenant que …
- Non ! Cela prouve qu'elle vous aime ! Maintenant que j'en ai la preuve, je vais vous demander de faire quelque chose. Il vous faudra de l'audace.
- J'en ai et pour elle, je ferai n'importe quoi !
- Bien. Alors écoutez-moi…
Elle expliqua son « plan ». Lui, suivait à la lettre tout ce qu'elle disait : elle ne devait pas être idiote pour devenir secrétaire.
- Et donc voilà.
- Je comprends, j'agirais comme vous me l'avez dit.
- Mais n'oubliez pas d'y mettre un peu du vôtre.
Elle s'éloigna, le sourire accroché sur les lèvres : elle est sûre que son plan ne faillira pas. Du moins, pour la première partie, restait la seconde, plus complexe, mais avec un peu, juste un peu de chance, tout ira bien.
- Gwen, que faisiez-vous avec Branson ?
C'était Thomas qui l'avait interpellée.
- Moi ?
- Il me semble qu'il n'y a qu'une seule « Gwen » ici.
- Euh…nous parlions.
- J'imagine, mais vous savez que vous n'avez pas le droit.
- Et alors ? Si c'est pour le bien des gens !
Carson et Mrs Hugues rentrèrent dans la pièce.
- Vous deux, si vous le voulez bien, nous avons du travail pour vous !
- Oui, Mr Carson et Mrs Hugues.
Ils se séparèrent et Gwen pria pour que ses supérieurs n'aient pas écouté ce dont ils parlaient, elle serait dans de beaux draps sinon !