Disclamer : L'univers Harry Potter et tout ce qui s'y rapporte ne m'appartient pas, je ne touche pas un centime pour jouer avec les personnages de notre lady JKR.
Pairing : HP/LV futur, RL/SB pour le moment. Yaoi (relations entre hommes, si ça vous choque, il est encore temps de passer votre chemin !)
Rating : M, pour plus de marge de manœuvre.
Résumé : Harry s'est réveillé un matin avec une furieuse envie de changer de faction, Voldemort dans un accès de bonté lui ouvre les portes de son manoir. Là, Harry découvre que le voile n'a pas tué Sirius et le retrouve accompagné de Remus. Seulement, tous ces changements de caractère sont le résultat d'un tour de magie, au sens propre. Au matin du troisième jour, les effets se sont estompés, tout le monde est revenu à la raison et a repris son rôle de gentil/méchant, ne reste plus qu'à faire face aux conséquences...
Reviews : Merci beaucoup à celles/ceux qui ont pris la peine de reviewer, voici la suite, avec quelques réponses de plus et encore d'autres questions ! Quelques nouvelles de Voldemort dans ce chapitre aussi !
Adenoide : D'après les événements du tome 7, il semblerait qu'il faille prouver sa valeur à la baguette et en devenir le maître, mais on voit à plusieurs reprises des sorciers utiliser d'autres baguettes que la leur, donc il ne doit pas y avoir de restriction à la base. Je suis partie du principe qu'un sorcier de onze ans ne sait pas maîtriser sa magie donc doit trouver une baguette qui « l'accepte » comme ce n'est pas le cas pour Harry, ici, il s'agit plutôt de lui en trouver une qui soit compatible avec ses capacités.
A.n'onyme : Inclure Silk dans l'histoire pourquoi pas, j'ai pas mal de rôles secondaires prévus, je devrais pouvoir faire quelque chose, c'est une idée qui me plaît ! Pour Draco, on en saura plus quand Harry et lui se reverront. :)
Un grand merci à Dryame pour la correction,
Bonne lecture !
Chapitre 5 : Spirited Away
Harry se laissa tomber sur les coussins en ronchonnant. Il ne parvenait pas à garder son esprit entièrement fermé malgré ses efforts, chaque fois qu'il se sentait attaqué, son premier réflexe était d'agresser en retour. Or il devait rester passif et conserver l'écran de brume autour de ses pensées, le pauvre Sirius venait encore de se prendre un sortilège d'expulsion et se relevait en massant son dos douloureux.
« Et si on passait à autre chose ? » Une lueur d'espoir traversa les yeux de l'adolescent alors que son parrain sortait un livre de la bibliothèque.
Harry dut plisser les yeux pour voir le titre, Métamorphose par l'esprit, il fronça les sourcils d'un air interrogatif. « Ce livre, jeune homme, est la bible qui nous a permis, à ton père et moi, d'atteindre la première étape de la transformation animagus. » Sirius avait pris un ton révérencieux et caressait la reliure du grimoire. Harry ouvrit la bouche sous le coup de la surprise et bondit sur ses pieds pour examiner l'ouvrage de plus près. Sirius laissa échapper un jappement moqueur et l'éleva hors de sa portée. « Allons un peu de patience ! »
Il alla s'asseoir sur le canapé et invita l'adolescent à faire de même. « Il faut que tu saches que c'est un acte de magie très avancé et qui peut être dangereux. Bien sûr, ça demande une puissance magique importante, mais pas seulement, une fois le processus engagé, il n'y aura pas de retour en arrière possible, si tu abandonnes en cours de route, c'est l'animal qui prendra le contrôle de ton esprit. Crois-moi, ce n'est pas très beau à voir. Maîtriser la métamorphose demande du temps, de la discipline et de la rigueur, nous avons mis plus d'un an à y parvenir par exemple, d'autres sorciers n'y arriveront jamais. Dans ce cas-là, il existe une potion qui coupe le lien entre le sorcier et l'animal, mais il y a de fortes chances pour que ça laisse des séquelles… Le danger vient du fait que pour se métamorphoser, il faut comprendre la forme et le mode de pensée que l'on emprunte. C'est pour ça qu'on choisit naturellement un animal proche de sa personnalité, mais il ne faut pas se laisser dominer au risque de perdre définitivement son humanité. » Sirius frissonna.
« La transformation animagus est placée dans la catégorie métamorphose, mais elle est très étroitement liée à la magie de l'esprit, il va falloir que tu apprennes à méditer pour communiquer avec l'animal et il faudra ensuite que tu le fasses régulièrement au cours de ton apprentissage. Ce livre, comme je te le disais, concerne la première étape, la recherche de l'animal, il contient des formules rituelles qui aident à entrer en contact avec son moi intérieur. L'objectif est de mieux te comprendre, d'appréhender tes propres forces et faiblesses et de les accepter pour ensuite atteindre la résidence de l'animal. Cette partie là est une véritable transe, tu auras l'impression de te retrouver dans un espace naturel, soit une forêt, une montagne ou autre, selon l'animal… Une fois que tu y seras, ne t'attends pas à trouver tout de suite, il te faudra sûrement plusieurs séances. L'incantation fonctionne comme une clé, une fois que tu auras atteint la transe une première fois, tu n'en auras plus besoin, heureusement d'ailleurs parce que sinon il faudrait quelqu'un pour te la réciter en boucle pendant des heures… Des questions ? »
Harry amorça un mouvement de dénégation avant de se raviser : « Comment-est ce que je saurai si ça ne se passe pas bien ? » Sirius grimaça. « S'il y a un rejet, tu le sentiras passer, l'animal attaquera ton esprit ou ton corps selon la phase de transformation et s'il prend le dessus sur toi, ça par contre, c'est ton entourage qui s'en rendra compte en premier. » Il se passa la main derrière la nuque d'un air gêné. « J'ai…hum… un peu négligé mes méditations pendant une période. J'ai passé presque deux jours à aboyer à chaque fois que je parlais, sans le savoir. Heureusement, c'est James qui s'en est aperçu le premier et on a fait croire que j'avais une extinction de voix. Lui, s'est retrouvé avec des sabots pendant la phase de transformation partielle parce qu'il voulait aller trop vite… On a dû rembourrer ses chaussures pendant une semaine pour que ça ne s'entende pas quand il marchait… Mais je suis sûr que tout se passera sans problème pour toi ! Après tout je suis là pour t'éviter de reproduire nos erreurs ! »
Harry ne savait pas trop s'il devait se fier au sourire confiant de son parrain, mais il se prêta tout de même au jeu, retournant vers le centre de la pièce pour s'allonger sur les coussins. Sirius s'étala sur le canapé de façon à être plus proche de lui et ouvrit le livre sur ses genoux, comme s'il s'apprêtait à lui lire une histoire. Un sourire rêveur flotta sur les lèvres de l'adolescent et il ferma les yeux. L'incantation était en latin et il ne saisit pas clairement ce qu'elle disait si ce n'était les mots tels qu'animus, l'âme ou transveho, accompagner au-delà. Il perdit rapidement le fil et laissa son esprit vagabonder sur les récents événements et ceux plus anciens.
Le sommeil menaçait de l'emporter quand il sentit un changement s'opérer dans sa conscience. Il lui sembla soudain être allongé dans l'herbe et sentir le vent agiter ses cheveux, mû par une intuition, il garda les yeux fermés et étudia son environnement avec ses autres sens. L'odeur d'humus et le bruit des feuilles laissaient penser qu'il se trouvait dans une forêt, une clairière peut-être, vu qu'il ne sentait que de l'herbe sous son corps. Il faisait bon mais pas chaud, comme un début d'été anglais. Harry n'entendait pas de bruits d'animaux, pas même d'oiseaux et il se sentit légèrement inquiet. Et s'il n'y avait pas d'animal du tout ? Il se mordit les lèvres et attendit, essayant de se recentrer sur ses souvenirs.
Il parvenait tout juste à méditer à nouveau quand un craquement léger le fit sursauter, quelque chose approchait. Il essaya de deviner à quel genre de bête il avait affaire, pas un oiseau puisqu'elle marchait à terre et d'un poids suffisant pour casser les branches sur son passage. Une odeur fauve l'envahit et il sentit son pouls s'accélérer, bientôt, il pourrait sentir le souffle de l'animal, il était proche, il le savait. Brusquement quelque chose passa au dessus de lui dans un sifflement d'air. Harry ouvrit les yeux sous le coup de la surprise et l'espace d'une seconde, il vit un mélange de fourrure blanche et d'écailles noires rouler dans l'herbe avec des grognements de rage, avant de se retrouver à nouveau dans le salon de Remus.
Harry se redressa en position assise et passa la main dans ses cheveux, qu'est ce que c'était que ça ? Il sursauta au son d'un livre qui se refermait et releva les yeux vers ceux interrogateurs de Sirius. « Il y avait deux animaux. » Harry prit le temps de chercher ses mots. « Quelque chose de blanc, un prédateur, je crois, il grondait et un reptile noir, ils se sont jetés l'un sur l'autre… » Un air de détresse se peignit sur son visage. « Je ne veux pas me transformer en serpent ! » L'adulte vint s'accroupir à côté de lui pour lui murmurer des paroles rassurantes, mais un pli de contrariété barrait son front. Il regretta de ne pas avoir d'autre animagus encore en vie parmi ses amis, il n'avait jamais entendu parler d'un conflit entre deux formes, c'était déjà bien assez difficile comme ça d'en apprivoiser une. Il doutait que l'emblème des serpentards corresponde réellement au caractère de son filleul, il en parlerait à Remus, une recherche dans la bibliothèque des Black s'imposait.
« Ne te fais pas de soucis avec ça, on va trouver une explication. » Il regarda l'heure puis adressa un sourire malicieux à l'adolescent. « Qu'est-ce que tu dirais de manger des crêpes ? » Harry haussa un sourcil, si ses souvenirs étaient bons, les talents culinaires du maraudeur frôlaient la catastrophe. « A une condition, on les fait à deux, à la moldu. » Peut-être parviendrait-il à limiter les dégâts. Ils passèrent donc l'heure suivante à chahuter dans la cuisine, mettant autant de farine à côté que dans le plat, repêcher des coquilles d'œuf rebelles et se battre pour la possession du fouet « Laisse moi faire, t'en mets partout ! » ou éponger les éclaboussures de lait dans la bonne humeur.
Harry terminait de nettoyer les dégâts quand le sortilège d'alarme se déclencha, indiquant que quelqu'un venait de transplaner à la limite des barrières magiques. Quelques instants plus tard, on frappait à la porte, l'adolescent jeta un coup d'œil à Sirius qui haussa les épaules, les autres alertes ne s'étaient pas déclenchées. Harry alla ouvrir, l'animagus sous forme canine sur les talons. La première réflexion qu'il se fit en découvrant leur visiteur fut que si un lion avait pu prendre forme humaine, il lui aurait certainement ressemblé. L'homme possédait une crinière fauve, des sourcils broussailleux et une carrure massive et athlétique, il regarda Sirius d'un air méfiant et se présenta en tendant la main à Harry. « Enchanté de vous rencontrer Mr Potter, je suis Rufus Scrimgeour, premier ministre de la magie. » L'adolescent contint sa surprise et l'invita à entrer.
« Le directeur Dumbledore m'a informé que vous aviez besoin d'une baguette de remplacement, j'ai jugé opportun de vous la remettre en mains propres. » Il sortit une boite rectangulaire de la poche intérieure de son manteau. Une robe de bataille doublée de fourrure, nota Harry distraitement, le ministre semblait suivre la même règle de vie que Maugrey Fol-Œil, vigilance constante. Il le remercia et proposa à l'homme de prendre le thé, par courtoisie. Il refusa, prétextant un emploi du temps très chargé mais ses yeux vifs le jaugèrent longuement, sans qu'il fasse mine de partir. Harry se retint de se trémousser, mal à l'aise.
« Pourrais-je savoir comment vous avez perdu votre baguette Monsieur Potter ? » Il lui resservit la même fable qu'à Dumbledore, tachant de garder ses défenses mentales actives au cas où. « Ah… Oui, sale histoire que cette perturbation magique, sale histoire… Surtout en ces temps déjà troublés. » Il secoua sa crinière léonine et se décida à prendre le chemin de la sortie. Une fois sur le palier, il s'arrêta et se retourna vers l'adolescent. « Le monde sorcier a les yeux tournés vers vous Harry Potter, j'espère pouvoir vous compter parmi nos alliés dans cette guerre. » Il lui répondit avec une froideur contenue. « Nous verrons en temps voulu Monsieur le Premier Ministre, je suis encore élève à Poudlard. », « Oui, bien sûr… » Il parut sur le point d'ajouter quelque chose mais se ravisa et salua Harry d'un geste vif.
« Les politiciens… » Sirius lui jeta un coup d'œil entendu auquel il répondit en grimaçant, pas étonnant que Dumbledore ait été réticent à contacter le ministère, il ne devait pas aimer qu'on essaie de lui voler son golden boy… Harry soupira avant de tourner son regard vers la boîte. Il s'installa sur une chaise de la cuisine et l'ouvrit délicatement. La baguette se trouvait dans un écrin de soie violette, Harry se saisit de la note qui l'accompagnait : Bois d'if, 27,5cm, crin de sombral, de l'atelier Gregorovitch.
L'adolescent regarda l'ouvrage d'un air dubitatif, un crin de sombral ? Il tendit tout de même la main et fit courir ses doigts sur la surface boisée. L'if était tiède et agréable au toucher, il retint son souffle et la souleva. Ses yeux se fermèrent alors qu'une vague de magie le traversait. Il la sentit affluer et refluer de la baguette, comme si elles faisaient connaissance l'une avec l'autre, lui laissant une impression étrange. Une part de lui voulait jeter l'objet dans un mouvement d'humeur capricieuse, ce n'était pas SA baguette, mais il y avait aussi un sentiment de confort froid. Une sorte de plaisir amer, teinté de nostalgie. Il se perdit dans le tourbillon de sensations contradictoires, quelque chose lui disait qu'utiliser cette baguette était mal, mais il la voulait, elle l'appelait. Cet état d'esprit, Harry l'avait déjà ressentit, mais il ne parvenait pas à se rappeler à quelle occasion.
« Et si on mangeait ? Tu joueras avec ta baguette autant que tu voudras après. » Sirius le sortit de ses pensées en haussant les sourcils d'un air suggestif. Les joues de l'adolescent se colorèrent légèrement au sous-entendu, pourtant ses yeux restèrent fixés dans le vague alors qu'il glissait l'instrument dans sa poche. Il dut faire un effort pour sourire aux blagues potaches de son parrain alors qu'ils mangeaient.
Ils profitèrent ensuite du fait qu'Harry était à nouveau armé pour travailler les sortilèges et passèrent l'après-midi à revoir ce qu'il avait appris à Poudlard. Ces révisions permirent à l'adolescent de s'accoutumer à sa nouvelle baguette. Dumbledore avait raison, elle répondait à ses attentes aussi bien que la première, même si elle semblait demander un peu plus de volonté pour être maniée. Elle ne rechignait pas à exécuter les sorts comme celle de Ron avait pu le faire quand il avait dû la changer en troisième année, mais elle semblait plus brutale.
Il devait exécuter des mouvements de poignet délicats sous peine d'obtenir un peu plus que le résultat prévu, comme d'envoyer Sirius à l'autre bout de la pièce avec ses expelliarmus au lieu de juste le désarmer. Harry se sentait revenu quelques années en arrière, quand, à douze ans, il avait appris le sort et n'était pas capable de maîtriser sa force. S'il avait pu discipliner sa magie rebelle à l'époque, il y parviendrait une nouvelle fois et en temps de guerre un peu de puissance brute supplémentaire ne faisait pas de mal. L'enthousiasme chaleureux de son ancienne arme lui manquait tout de même, celle-ci paraissait plus ambitieuse… plus serpentarde, si on pouvait appliquer ce genre de qualificatif à une baguette. Harry se demanda si cette différence venait de l'ingrédient utilisé pour le cœur. Il pensa à Voldemort et sa propre plume de phénix. Probablement pas.
Le reste de la journée passa à la vitesse de l'éclair et c'est un Harry épuisé qui rejoignit sa chambre bien après le coucher de soleil. Même la soirée avait comporté une forme d'enseignement, Remus lui racontait des anecdotes sur différentes situations dans lesquelles il s'était retrouvé et interrogeait l'adolescent sur les sorts à employer dans de tels cas, faisant appel à sa mémoire et son imagination. Il étouffa un bâillement et ouvrit la fenêtre de sa chambre. L'air frais lui arracha un frisson, la température restait bien en dessous des normales saisonnières et la brume masquait les étoiles. Les détraqueurs. Comme si la simple nouvelle de Son retour ne suffisait pas à miner le moral des sorciers.
Que faisait Voldemort en ce moment même ? Harry rêvait de lui toutes les nuits maintenant, mais ses visions ne lui apprenaient pas grand-chose sur les plans de l'ennemi. Le mage noir semblait maussade et n'accordait que peu d'intérêt à ses réunions, son ennui faisait presque sourire le survivant. Il avait une façon très humaine de l'exprimer, il levait les yeux au ciel, soupirait et semblait parfois chercher l'heure du regard sur une montre invisible. Harry n'était pas fâché que sa fureur se soit calmée, sa cicatrice l'avait fait souffrir près de vingt-quatre heures consécutives quand Voldemort s'était rendu compte de sa fuite. Il grogna. Cette douleur-ci ne semblait pas avoir de contre-sort et n'était pas l'œuvre de Dumbledore... Cependant cette langueur commençait à l'irriter, il partageait sa fatigue et son attention la journée en pâtissait.
Il referma lentement la fenêtre, le seul événement de la nuit dernière avait été le retour triomphal de Bellatrix, elle avait trouvé Karkaroff et se faisait une joie de raconter les détails de sa mort à son maître adoré. Son air choqué et déçu valait tout l'or du monde quand Voldemort l'avait coupée et chassée d'un geste vague, pour toute félicitation, elle avait eu droit à un « C'est bien. » Bien fait pour elle, la « favorite » auto-proclamée du Lord. Harry grimaça, ce qu'il pouvait la détester. Il regrettait de ne pas avoir été capable de la tuer au département des mystères. Sa main se figea sur la poignée. Il savait à quoi correspondait ce qu'il avait ressenti en saisissant sa nouvelle baguette. Il s'agissait de la même envie impure qui l'avait envahi en jetant le doloris.
Il se sentit soudain nauséeux et tâcha de se ressaisir. Ça n'avait rien à voir. On ne pouvait pas comparer un objet à un sort de magie noire impardonnable, il n'existait pas de baguette foncièrement mauvaise. Quand bien-même, ce n'était pas la baguette qui faisait le sorcier, il n'allait pas se laisser influencer et se tourner vers les arts sombres juste à cause de ça. Il se secoua, il y avait sans doute une explication logique qui n'avait rien à voir. Encore des recherches à faire, il ignorait tant de choses... Harry alla se coucher, la fatigue l'empêchait de réfléchir.
A peine eut-il fermé les yeux qu'il les rouvrit sur une porte en bois sombre. Il eut le temps de reconnaître l'entrée de la salle de réunion du manoir serpentard avant que Voldemort ne la fasse claquer contre le mur d'un mouvement sec du poignet. Apparemment l'humeur du mage n'était pas au beau fixe cette nuit. Il traversa la moitié de la salle d'un pas vif et pivota sur ses talons dans un tournoiement de robes pour toiser ses mangemorts. Alors seulement Harry remarqua qu'il tenait un parchemin dans sa main droite. Il regretta de ne pouvoir baisser les yeux pour voir ce qui était écrit dessus, il partageait le corps de Voldemort, comme à l'accoutumée. Il n'avait plus eu de vision d'un point de vue extérieur depuis que l'homme avait retrouvé son enveloppe charnelle. Un détail qui aurait dû lui mettre la puce à l'oreille sur ses rêves trafiqués du département des mystères d'ailleurs.
Il se concentra sur la scène qui se déroulait sous ses yeux. Le mage noir n'avait pas convoqué tous ses serviteurs, ils n'étaient qu'une dizaine. Harry fronça les sourcils mentalement, d'ordinaire, il les aurait amené dans la petite salle de réunion, prévoyait-il d'en appeler d'autres après ou avait-il raté le début de l'assemblée ? Cette dernière option semblait la plus probable compte tenu de l'heure, mais Voldemort ne quittait jamais la salle lui-même pour aller chercher quelque chose, il envoyait Queudver ou un autre de ses larbins. D'ailleurs, où était-il celui-là ? Harry ne l'avait pas vu non plus la nuit dernière, il devait être parti fureter quelque part. A priori, il avait aussi raté les explications puisque les mangemorts se décalèrent sans un mot quand Voldemort leva sa baguette. « Apparaît. » prononça-t-il en fourchelangue, dévoilant un pentacle à ses pieds. Encore un mot de passe recherché…
Harry examina rapidement le dessin, il semblait être tracé avec un terreau noir cette fois et le seigneur des ténèbres se tenait à l'intérieur, entre deux pointes. Cette partie comportait deux lignes au lieu d'une, comme une protection supplémentaire. S'il avait pu, l'adolescent aurait soupiré, il fallait qu'il se renseigne sur ces rituels, pour ce qu'il en savait, il pouvait assister à l'ouverture de l'enfer et ne s'apercevoir de rien. Il espérait tout de même que ce n'était pas dans les objectifs de Voldemort. Il releva les yeux, enfin son hôte le fit pour lui et observa les mangemorts se placer sur la bordure du cercle, sans y pénétrer, un à chaque pointe et un entre chacune d'elles. Leurs capuches rabattues masquaient leurs identités, étaient-ils puissants ? A quoi servait leur présence ?
Quand tous furent immobiles et que le silence retomba sur la salle, Voldemort déroula le parchemin, offrant à Harry un bref aperçu de ce qui y était écrit et dont il ne comprit pas un mot. L'alphabet était latin mais la langue semblait être espagnole, il n'en était pas sûr. Il s'attendait à ce que le mage le lise à voix haute mais il leva sa baguette et l'enflamma, ce fut seulement quand les flammes lui léchèrent la main qu'il commença à réciter. L'incantation arracha un frisson mental à Harry bien qu'il ne sache pas ce dont elle parlait. Ses yeux, ceux de Voldemort, étaient fixés sur le feu, il ne ressentait aucune brûlure et quelque chose lui disait que le Lord non plus. Son manque de connaissance sur ce qui se déroulait frustrait le gryffondor. A la périphérie de son champ de vision, il distinguait toujours les mangemorts figés, leurs bras croisés, à quoi servaient-ils ?
L'air se chargeait de magie, Harry pouvait le sentir aux frissons qui parcouraient l'épiderme de son hôte mais il ne distinguait aucun autre effet visible. Il sentait aussi l'excitation l'envahir, quoi qu'il soit en train de se passer, l'adolescent soupçonnait qu'il s'agissait de ce que Voldemort attendait ces derniers jours. Quelque chose de suffisamment important pour qu'il patiente et mette de côté ses autres projets. Suffisamment important pour qu'il ne le mentionne dans aucune de ses réunions. En tout cas pas dans celles auxquelles Harry avait assisté.
Enfin, une masse noire se forma au centre du pentagramme, elle ressemblait à une énorme larve de goudron et se tordait sur elle-même. Son corps se tassa sur lui-même et deux sortes de bras munis de mains crochues s'en détachèrent. Elle paraissait lutter contre le sortilège et Harry sentit Voldemort se tendre sous la concentration. Il observa la scène avec un mélange de fascination et de dégoût. La créature essayait de détruire son propre corps, ses griffes plongeaient dans le reste de sa masse et la déchirait, mais elle se reformait aussitôt et la transformation se poursuivait.
Une gueule aux crocs noirs luisant se forma bientôt et elle poussa un hurlement désespéré. Sa voix résonnait comme l'écho glacé d'un autre monde. Les griffes se portèrent à sa gorge d'un geste vain alors que l'invocation touchait à sa fin. Des pattes arrière la fixèrent au sol et stoppèrent ses mouvements convulsifs, elle se ramassa sur elle-même et fit face à Voldemort, tournant sa colère vers lui. Il y avait quelque chose de félin dans sa posture, mais les yeux qui s'ouvrirent quand le mage noir se tut brillaient d'une intelligence aiguë. Son regard harponna le sien et Harry eut l'impression qu'elle le voyait lui, derrière les pupilles de Voldemort. Il se réveilla en sursaut.
Il se dégagea brutalement de ses draps emmêlés et courut dans la salle de bain pour vomir. Ses mains se crispaient spasmodiquement sur la faïence et son corps était agité de tremblements violents. Ses poumons le brûlaient. Qu'est-ce que c'était que cette chose ? Que comptait en faire le seigneur des ténèbres ? Elle n'avait pas l'air heureuse d'être là en tout cas. Si Harry n'avait pas connu la prophétie, il aurait croisé les doigts pour qu'elle dévore le mage noir. Peut-être était-ce pour ça qu'il avait besoin des mangemorts… Non, il aurait utilisé des moldus si ça avait été le cas. Il passa une main dans ses cheveux trempés de sueur et se traîna péniblement jusqu'au lavabo. Le miroir lui renvoya un reflet livide aux yeux cernés et agrandis par l'effroi. Il était presque sûr que la créature l'avait vu.
Harry retourna dans la chambre et se saisit du livre sur les animagus que Sirius lui avait prêté le matin-même. Les mots dansaient devant ses yeux sans qu'il ne les comprenne vraiment, ses pensées revenaient vers le monstre. Les battements de son cœur se calmaient peu à peu, il se força à garder la tête froide. La chose n'avait pas l'air foncièrement mauvaise, réalisa-t-il, ce qui l'avait rendu malade était le rituel en lui-même, la souffrance de la bête. Le sentiment d'assister à un acte contre-nature. A quel genre de jeu jouait le Seigneur des Ténèbres ? Vaincre la mort une fois ne lui avait-il pas suffi ? Le regard jaune de la créature continuait de le hanter. Quand le soleil se leva, il n'était toujours pas parvenu à se rendormir.
Le vendredi arriva finalement sans qu'Harry en sache plus sur son rêve. La nuit suivante, il n'avait vu qu'un compte-rendu de réunion barbant durant lequel Voldemort n'avait pas fait allusion une seule fois au rituel. Le survivant n'avait parlé à personne de ce qu'il avait vu, faute d'informations réelles sur le sujet et sa cicatrice s'était tenue tranquille également. Quoi qu'il se soit passé après son réveil, cela avait dû se dérouler selon les plans du mage noir et il ignorait s'il devait s'en inquiéter. La gazette ne mentionnait pas d'attaque non plus. Si Sirius et Remus remarquèrent son trouble, ils ne firent pas de commentaire et l'entraînement se poursuivit. Harry était soulagé que la légilimencie ait été mise de côté au profit des sorts de protection. Il n'était pas sûr de savoir pourquoi il tenait réellement à garder le secret, mais l'idée d'évoquer la créature le mettait mal à l'aise. Comme si cela revenait à violer une promesse. Il se trouva ridicule et se promit de faire des recherches dès que possible. Il allait en passer du temps à la bibliothèque à la rentrée...
Penser à la bibliothèque lui rappela qu'il devait voir Hermione le soir même chez les Weasley, retrouver ses amis le distrairait sûrement. Le moment de partir arriva rapidement et il sentit un pincement au cœur en quittant Sirius. Harry se morigéna, il le reverrait dans quelques jours, Dumbledore avait dit qu'il pourrait revenir chez Remus pour le reste des vacances. Il se demanda si ses meilleurs amis le prendraient mal, après tout, ils ignoraient que son parrain était toujours en vie. Il haussa les épaules. Ils ne s'étaient même pas donnés la peine de lui envoyer de leurs nouvelles…
Merci d'avoir lu ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !
