6.

Vu son état d'hologramme, ne pouvait rien saisir, ce fut du regard que Nami indiqua la tasse de thé brûlant à Kei qui le plaça entre les mains d'un Alphang silencieux depuis que Barok s'était posé sur l'un des ponts d'envol de l'Arcadia.

- Pratiquement tuer chaque visiteur se présentant pour réclamer son aide. Ils fous à lier, ces Irdeps ! se récria la blonde lieutenante.

- Malheureusement, et ils n'y peuvent rien, mais dans leur isolement, leur esprit a régressé. Ils en sont revenus à des instincts primaires, sans que cela soit péjoratif, fit doucement Nami. Ils voulaient stopper le visiteur, pour lui parler, sauf qu'ils avaient vraiment oublié que s'ils tuaient ledit visiteur, ils n'obtiendraient. Ce qui est arrivé à mon pauvre Yama.

Kei sourit.

- Ça fait plaisir de te voir, de te connaître, Nami. Nous avons eu si peu de temps avec Syra… Elle était merveilleuse.

- Je sais.

- Mais toi, présente, vivante, même sous forme d'hologramme. Entre deux délires sous la fièvre, Alphang a avoué que ce dragon rouge dopait le générateur initial dans la serre, permettant de te projeter ici, de participer à ta manière à notre plus étrange des voyages.

- Cela doit vous sembler bizarre, remarqua l'hologramme. Je me trompe ?

- Oui et non, avoua Kei. Cela fait longtemps que nous avons appris à accepter le plus inconcevable ! Surtout quand c'est agréable ! Bienvenue à bord, Nami, bien qu'il semble que tu hantes les rêves d'Alphie depuis un moment.

- Alphang m'a prié de le rejoindre. Je ne sais si je peux aider. Mais l'âme de Syra hante toujours ces lieux. Et l'homme qu'elle a aimé y repose. Je pourrai le voir.

- Mon père n'est pas un spectacle ! jeta soudain Alphang, ayant bu la moitié de son thé aux herbes apaisantes et aux bienfaits de guérison. Mon père et à Syra et à moi. Je conçois que tu espères voir celui qui a aimé ma mère… Mais, je dis : non ! Mon père est précieux. C'est tout ce qui me reste… Par contre, je te remercie infiniment de faire partie de notre voyage comme l'a dit Kei. Tous peuvent te voir, t'entendre, les forces de Barok sont vraiment incroyables, je ne pouvais les soupçonner ! Et cet allié le plus incongru nous aide, lui aussi, à sa façon… Je n'y comprends plus rien, tout m'échappe…

Alphang tendit sa tasse vide.

- Encore du thé, par pitié, encore du miel s'il en reste à bord, ma gorge et mes poumons réclament de la douceur…

- Tu vas guérir, assura Kei. Doc Zéro est formel. Et tu as reçu nombre de vaccins, tu seras protégé.

- Vaccins ? Faudra que je demande à Toshiro… Mais je me sens bien, c'est tout ce qui importe. Merci, mes amies. Mais nous approchons désormais de Nibel et c'est à Mimee que je dois parler, si ma gorge ne s'étrangle pas trop… J'y vais. Kei, tu peux quand même demander à Beebop de me servir de béquille ?

- Je suis à ta porte ! fit le petit robot rouge et blanc en roulant vers le jeune homme. Je suis à ton service.

- Non, aucun serviteur à ce bord, gronda Alphang. Tu es un membre d'équipage. Tu es donc un ami ! Je peux compter sur toi, Beebop

- Je t'aiderai toujours, ami, fit Beebop. Un robot, il peut avoir un ami ?

- Moi, je t'ai, toi !

Et Beebop se dandina de plaisir sur ses chenilles.

Alphang s'étira.

- Je me sens vraiment mieux !

- Oui, les infections sont maîtrisées, fit Doc Zéro en finissant de faire boire une potion à son jeune patient.

- Merci.

- C'est mon rôle. Même si je n'ai pu sauver le plus précieux de ce bord… Je m'en excuse.

- Tu ne pouvais rien… Et Ezra a bien tout tenté pour me faire tomber, bien après nos entrevues… Mais je dois attendre, pour tout… Et si seulement je pouvais tout régler maintenant, au lieu d'attendre que nous soyons en vue de Nibel, et si ce qui m'attend est aussi pénible que sur Jorff… Je ne survivrai pas deux fois…


Alphang passa les mains sur son visage.

- Je délire, je raconte à nouveau n'importe quoi, et dans le désordre. Je dois juste patienter, que les événements se déroulent. Je suis fatigué, tellement…

Rassemblant la couette autour de lui, Alphang chercha chaleur et fraîcheur tout autant, avant de sombrer dans un profond sommeil.

Hologrammes, Nami et Barok veillaient sur les rêves d'Alphang.

- Il sera prêt, le jour venu.

- Je ne sais pas… Il est si jeune, vulnérable, et il a déjà tant enduré…

- Il a l'âme de son père en lui.

- Ma petite sœur a fait le plus magnifique des cadeaux aux univers !

- Alphie sera un dieu !

- Non, juste humain, c'est sa seule ambition.

Et les deux créatures disparurent.