Chapitre 5 : Redresse-toi !

Ils se reposent, maintenant. Les deux amis se prélassent sur cette fontaine au bord large, sur lequel ils se sont allongés. Ils regardent le ciel qui est devenu d'un rouge flamboyant. Lea ne peut s'empêcher d'être submergé. Ouais...c'est si beau qu'il a les yeux grands ouverts, ne voulant pas en perdre une miette.

Regarder le couchant en mangeant des glaces : ils le font souvent, avec Isa...même si aujourd'hui, ils sont perdus dans leurs pensées, d'habitude, ces instants sont ponctués d'éclats de rire. Enfin...ce n'est pas vraiment le moment de rire et Isa est toujours un peu mélancolique. C'est normal...mais Lea sait que la situation évoluera. Oui, il en a la conviction, il en est persuadé. Ce ciel flamboyant ne peut pas être un mauvais présage...

-Prince ! Prince !

Lea voudrait se redresser, mais une épaisse masse vient de sauter sur son ventre. Le souffle coupé, il se redresse en se massant l'estomac, et la fillette de tout à l'heure se tient sur ses genoux, souriante et radieuse. Même Isa a daigné relever le menton, vaguement étonné.

-Encore cette demie portion, rigole-t-il en reportant son attention sur le ciel.

La fille lui pince la langue et c'est au tour de Lea de rire.

-Qu'est-ce que tu fais là? Tu as perdu ta grand-mère?

-Non, non, sourit la petite fille en pointant du doigt sa mamie qui parle avec une femme, un peu plus loin. Elle m'a autorisée à venir te voir ! J'ai appris quelque chose et je suis sûr que ça va t'impressionner ! Déclare-t-elle avec fierté.

Lea est amusé, parce que généralement, c'est lui qui éduque cette petite, et le contraire ne s'est jamais produit. Alors il penche sa tête sur le côté, interrogatif.

-Si je connais déjà ce que tu vas me dire, tu auras un gage, déclare-t-il avec malice.

-Tu sais pourquoi le ciel est rouge quand le soleil se couche?

Lea s'est déjà préparé à se moquer de la fillette. Mais maintenant, il est pris au dépourvu. Il doit fermer la bouche et dévisage l'enfant avec surprise. Isa pouffe de rire dans son coin, ravi de voir qu'une gamine de quatre – non, cinq ans - a fermé le caquet de son meilleur ami un peu trop vantard.

-Non, murmure-t-il, perplexe, n'en revenant pas de sa réponse.

-Parce que de toutes les couleurs, le rouge est celle qui va le plus loin !

Lea dévisage l'enfant, incroyablement frustré. Non, en effet, il l'ignorait...Bon, ba, maintenant, il a l'air d'un parfait abruti, et l'enfant le remarque bien. Elle a un sourire satisfait sur les lèvres et elle est assise, le dos bien droit, le menton en avant, toute fière.

-Il est un peu trop tard pour les devinettes, tu sais, fait amicalement Lea qui s'assoit normalement, avec la petite poupée sur ses genoux.

C'est le seul moyen qu'il a trouvé pour détourner la conversation. Et ça marche ! La petite est trop dissipée pour s'en rendre compte.

-Je ne suis pas venue pour jouer, affirme-t-elle avec un air très adulte. En fait, je voulais te demander...

Isa regarde la scène avec un certain intérêt, toujours allongé sur le bord de la fontaine. C'est avec surprise que Lea voit du rouge s'étaler sur les joues de la petite fille qui ouvre grands ses yeux candides.

-Est-ce que tu veux bien te marier avec moi? Enfin plus tard, hein...pas maintenant.

Isa explose de rire, mais la petite fille ne l'écoute pas. Elle regarde Lea avec toute l'innocence de l'univers au fond de ses prunelles bleutées. Le jeune homme se relève alors, et la porte afin qu'elle tienne debout sur le bord de la fontaine. Lui se relève, et ainsi, ils font la même taille. Le rire d'Isa ne se calme pas, et on peut avoir l'impression que Lea va faire la morale à la petite fille. Mais il n'en est rien : Lea fait de nouveau une révérence très élégante tout en déclarant :

-Mais bien sûr ! Un Prince aussi important que moi se doit d'avoir à ses côtés une Princesse aussi pure que toi...!

La petite fille crie de joie et lui saute au coup. Lea rigole. Il sait très bien que quand cette enfant pensera au mariage, lui sera loin, très loin, sans doute devenu aventurier de l'espace ou quelque chose comme ça. Mais que peut-il faire? C'est dans sa nature d'assurer le spectacle...

En réalité, il ignore tout du destin de cette enfant. Il ignore que c'est réellement une princesse, et qu'elle a réellement le coeur pur. Et il ignore aussi à quel point il sera loin de ce qu'il est aujourd'hui, quand elle grandira...

-Kairi ! Kairi !

C'est sa grand-mère qui l'appelle. Aussitôt, la petite tornade acajou saute sur ses pieds et lance un sourire rayonnant à Lea. Ce dernier lui répond par un clin d'oeil et l'enfant court rejoindre sa grand-mère.

-Je suis un briseur de coeur, et bien malgré moi, s'exclame Lea qui met ses poings sur ses hanches, toujours debout.

-Carrément, répond Isa qui regarde toujours le ciel. C'est ça, être un séducteur invétéré...

Lea, lui, regarde cette fillette si attendrissante qui plonge dans les bras de sa mamie. Elles repartent ensemble, mais elles ne sont pas très loin, et Lea peut entendre ce qu'elles se disent. Alors il écoute, à moitié plongé dans ses pensées.

-Tu vas finir ton dessin, en rentrant à la maison, ma chérie? Demanda la vieille femme avec amour.

-Non, je vais le jeter, répond l'enfant avec une moue capricieuse.

-Pourquoi? Il était très joli ! Renchérit la vieille femme avec un sourire.

Lea aussi sourit devant l'étalage d'innocence qui se fait devant lui.

-Non ! Crie la petite fille qui se montre assez capricieuse. Je n'arrive jamais à dessiner le visage du garçon que je vois dans mes rêves et ça m'énerve !

-Allons, ma chérie, rit la vieille femme avec bienveillance, ce n'est pas une raison pour le jeter ! Quand tu as un obstacle devant toi, essaie toujours de le franchir !

-Mais j'ai essayé ! pleurniche l'enfant.

-Et alors? Si le moyen que tu as utilisé ne marche pas, essaies-en un autre ! Rien n'est immuable dans l'existence, et...

Elles sont trop loin à présent. Mais Lea s'en fiche ! Toujours les poings sur les hanches, ses yeux se sont écarquillés. Il a une idée ! Et il a un plan...

-Isa ! Isa, redresse-toi !

-Qu'est-ce que t'as, petit pyromane? Rigole son ami sans lui obéir. Tu pètes le feu?

-Arrêtes avec tes blagues bidons et redresse-toi ! J'ai une idée...

Isa comprend la gravité de la situation. Interpellé, il se redresse enfin, et son ami s'assoit à côté de lui, en tailleur.

-Ecoute, nous, ce qu'on veut, c'est devenir apprenti d'Ansem, pour accéder à ses connaissances, et trouver le moyen de partir d'ici.

-Ouais, acquiesce l'autre avec un air concentré.

-Mais il y a d'autres moyens d'accéder à ses connaissances !

-Lui demander la permission? Ironise Isa.

Lea lève les yeux au ciel.

-Non, tu sais très bien que jamais il n'acceptera. Il considère cette ville comme la ville-providence.

Isa, soudain, saisit où son ami veut en venir. Oui, il ont très souvent les mêmes idées au même moment : et puis, ils se connaissent depuis tellement longtemps maintenant, que les mots sont souvent inutiles entre eux.

-On s'est déjà introduits dans la Forteresse, murmure-t-il, dépité.

-Et alors? Sourit son ami.

-Et alors ça n'a rien donné ! Affirme Isa.

-Tu sais qu'on est capables de rentrer dans ce Château tous les soirs, pour recueillir les informations dont on a besoin.

-On va se faire attraper, marmonne Isa.

Cependant un fin sourire commence à s'étirer sur son visage. Lea rigole. Il connaît bien cette expression sur son ami : ça veut dire qu'il commence à adhérer à son plan.

-On est fous, constate-t-il avec une certaine vérité.

-Je préfère dire qu'on a peur de rien, rétorque Lea.

Il aurait aimé que Xehanort puisse l'écouter à ce moment-là juste pour le plaisir de l'énerver.

-On connaît les plans de la Forteresse par coeur, finit de convaincre Lea. On peut s'organiser notre petite virée cette nuit.

-On a vraiment un problème ! Rigole Isa.

Lea comprend par là qu'il est d'accord pour se lancer dans l'aventure. Un nouveau regard suffit pour qu'il sache qu'il a raison. Alors, ils commencent à mettre au point un nouveau projet infaillible qu'ils baptisent « Claymore », comme le système de défense de la ville. Et dès le moment où ils envisagent leur entrée, ils l'ignorent, mais ils scellent par la même occasion leurs destins...