J'ai un petit nombre de choses à vous dire avant de commencer :

- Je serai absente du 14 au 16, aussi j'ignore si je pourrais updated quelque que chose avant la fin de la semaine prochaine. Comme j'aborde un nouvel aspect de l'intrigue qui a son importance, je préfère y aller en douceur et faire de bons chapitres bien ficelés plutôt que de me précipiter et de tout bâcler.

- En effet la dernière partie de ce chapitre aborde un autre registre (macabre, très macabre). Ceux qui connaissaient l'ancienne version ne seront pas étonnés, quoique j'ai quand même beaucoup étoffé les descriptions. Pour les autres, j'avoue que je suis un peu anxieuse ; est-ce que ça ne va pas sembler trop éloigné du reste de ma fic ? Est-ce que vous vous laisserez porter par tout ça ou bien est-ce que vous demeurerez en retrait, un peu sceptique ? Dans tous les cas je tiens à préciser que ce côté très glauque de mon intrigue ne durera pas sur toute ma fic (si je respecte mes prévisions ça devrait loger en cinq chapitres).

- J'ai déjà des idées pour une prochaine fic : un Remus/OC vaguement lié à cette fic-ci (d'ailleurs le nom du OC en question a déjà été dévoilé dans un chapitre précédent). Et si après ça j'ai encore de la motivation, je me verrais bien écrire un Charlie Weasley/OC en direct live de Roumanie (oui, je sais, c'est pas commun et c'est pas forcément le truc qui va attirer beaucoup de reviewers mais je sais pas… les dresseurs de dragons ça me rend toute chose…)

- Ce chapitre est ENCORE plus long que le précédent. Et j'ai réussi à y décrire une odeur, youplaboum ! (l'odorat est le sens qui me pose le plus de problème par écrit)

Bon sur ce j'arrête de monologuer et je vous laisse lire :)


Chapitre 5 : Le Cercle

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Quelques notes sifflées dans les cachots. Une musique guillerette et minimale.

Severus gardait toujours sur lui une réserve de potions pour contrer les sorts imbéciles de la bande à Potter, et mon visage reprenait peu à peu sa forme originelle. Par mesure de sécurité et pour masquer les marques rouges et les quelques pustules persévérantes, je gardais tout de même les cheveux détachés.

Mais ce n'était pas là la raison de ma bonne humeur, non.

Les gazouillis factices d'un oiseau emplissaient les couloirs que je traversais, devançant mes pas avec allégresse, se faisant tantôt moineau paisible, tantôt fauvette fringante ou timide alouette ; je chantais ainsi l'ironie de la situation et l'amusement sans borne que j'en tirais.

Moi, Kassidy Andersen, sang-pur, Serpentard… marchant d'un pas serein, un mercredi matin, vers mon cours… d'étude des moldus.

J'avais comme une envie de danser, de tournoyer sur la pointe des pieds, de m'étouffer de rire.

Pourquoi cette option ? En fait pour tout un tas de raisons sans lien avec le professeur Madley et le contenu de ses cours : pour surprendre et agacer Black, pour narguer ma mère – peu m'importait les coups de ceintures qui avaient récompensé mon affront – et pour m'afficher en tant que pro-moldus devant toute ma maison. Oui, c'était puéril, téméraire à l'excès ; un acte à la hauteur d'un Gryffondor.

Et un acte qu'on avait tenté de me faire regretter ; œillades méprisantes, menaces, même un colis explosif avaient été utilisés dans ce but. J'avais essuyé le courroux des Serpentard en papillonnant des yeux, en me façonnant un masque souriant qui les avaient horripilés au point qu'ils avaient fini par lâcher l'affaire. Depuis, ils faisaient mine d'ignorer où je disparaissais le mercredi matin et le jeudi après-midi, mais je ne me privais pas de m'extasier à haute voix durant les repas de cet « outil moldu révolutionnaire » en parlant tantôt du fer à repasser, tantôt de la tondeuse à gazon. Il n'était pas rare non plus qu'on me croise devant le rayon littérature moldu à la bibliothèque ou, entre deux cours, une œuvre de Racine à la main – en langue originale, s'il-vous-plait !

Je me souviendrais toujours de la convocation dans le bureau de Dumbledore, le lendemain du jour où j'avais fait mon choix. Il m'avait invité à m'asseoir face à lui, en me détaillant avec circonspection derrière ses lunettes en demi-lune. « Il doit y avoir une erreur, Kassidy, avait-il dit en se frottant la barbe. Je vois sur ce document que tu as fait une croix dans la ligne correspondant à l'option étude des moldus. »

Il s'attendait visiblement à ce que je m'insurge, à ce que je lui rétorque que ses formulaires étaient scandaleusement mal fichus, qu'évidement il y avait méprise car jamais, au grand jamais, je ne désirerais approfondir ma connaissance des mœurs absurdes de ces êtres inférieurs. Au lieu de ça, je lui avais souri crânement :

« Et bien ? Les Serpentard n'y sont pas admis ? »

Manifestement, ma réponse avait dû lui plaire car il avait semblé ne pas remarquer avec quelle effronterie je m'étais adressée à lui.

« Es-tu bien sûr de vouloir suivre cette option ? Tu sais que cela pourrait avoir de fâcheuses répercussions dans ta vie de tous les jours à Poudlard ?

– Ce que je sais, professeur, c'est que rien ni personne ne m'empêchera de suivre une matière si c'est là ce que je désire. Je n'ai aucun problème avec les moldus et les sorciers qu'on qualifie dans mon entourage de « sang-de-bourbe ». Je n'ai pas peur de ce qui pourrait m'arriver. Ce dont j'ai peur, monsieur, c'est de me retrouver un jour à agir selon le bon plaisir d'un autre. » J'avais chipé un bonbon au citron. « Le Choixpeau m'a envoyée à Serpentard, la maison de l'ambition. Et mon ambition est de faire ce qui me plait, quitte à vivre dans la haine de mes camarades. »

Ses yeux bleus pétillaient. Et bizarrement je m'étais sentie grandie en constatant que le directeur approuvait ma façon de penser.

« Dans ce cas, je pense que le professeur Madley sera ravi de t'accueillir dans sa classe. » Au moment où je me levais, il avait ajouté : « Félicitations, tu dois être la première Serpentard depuis le début du siècle à suivre cette option.

– Et j'espère bien demeurer la seule pour la fin de ce siècle également. Avec un peu de chance, comme ça, mon nom figurera dans une prochaine édition de l'Histoire de Poudlard. »

Il avait secoué la tête doucement comme s'il réprouvait ce désir futile de notoriété. Mais son sourire chaleureux semblait dire : « Je sais qui tu es, Kassidy, et la renommée n'est pas ce que tu recherches. »

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Dans son cadre, Callixte le Crapuleux réalisa un geste obscène à mon passage en maugréant de sa voix d'ivrogne : « Ah ! Ces Serpentard, toutes les mêmes… » Il avait à peine achevé sa phrase que son verre de rhum lui échappait des mains et s'écrasait sur le parquet vermoulu de son tableau, éclaboussant ses chausses, son pourpoint de brocard d'or et le matou replet qui lui tenait compagnie et qui poussa un miaulement suraigu d'indignation avant de déguerpir vers une peinture plus tranquille. « Reviens, chaton ! sanglota Callixte en titubant à sa poursuite. » Je ricanai ; ça lui apprendrait à dire du mal de mon auguste maison !

A deux pas de là, Black se tenait appuyé contre le mur et faisait nonchalamment tourner sa baguette entre ses doigts ; paume vers le ciel, un petit tour entre l'index et le majeur, un second entre le majeur et l'annulaire, un dernier entre l'annulaire et l'auriculaire, puis la main pivotait et la baguette repartait en sens inverse. De temps à autre, il intercalait des variantes indescriptibles et pas une seule fois le bâton ne lui échappa. Il m'arracha à la contemplation hypnotique des pirouettes et autres virevoltes de sa baguette en déclarant :

« Je connais bien le tempérament vicieux des Serpentard, mais j'avoue que le tien dépasse toute imagination. Poursuivre ce cours pour mieux connaître sa proie et être plus à même de tourmenter des petits moldus, si ça ce n'est pas du pur sadisme, alors qu'est-ce que c'est ?

– Tu es stupide, Black. »

Il railla : « Où est passé ton sens de la réplique, serpent ? Ton cerveau est si plein d'images de torture que tu en perds ton vocabulaire ? »

Ses iris étincelaient comme l'argent d'un bijou, mais c'était une flamme presque… malveillante qui s'y mouvait. Il me vint à l'esprit qu'il y avait là-dedans assez d'orgueil, assez de cruauté pour l'admettre sur-le-champ à Serpentard. J'aurais pu lui en faire la remarque – il l'aurait très mal pris sans aucun doute – mais à dire vrai, rien qu'en imaginant qu'il puisse être parmi les miens mon estomac se soulevait de dégoût ; l'insulter n'était pas un motif suffisant pour dénigrer ma famille d'adoption.

« La seule personne que je voudrais torturer, c'est toi, Black. »

Il exultait : « Parce que je suis un traître à mon sang ?

– Parce que t'es con. »

J'aurais pu tenter de lui expliquer. Qui j'étais. J'aurais pu lui dire, mon regard rivé dans le sien, que son idée des Serpentard était erronée ou, en tout cas, que j'étais à mille lieues de ressembler au portrait qu'il s'en faisait. J'aurais pu lui raconter mon enfance ; ma mère que j'entrapercevais à peine à l'heure du déjeuner et qui me laissait entre les mains des nurses et des précepteurs ; j'aurais pu lui avouer que c'était cette absence maternelle qui m'avait sauvé des préjugés car, grâce à elle, personne n'avait eu l'opportunité de me les enseigner jusqu'à la lobotomie.

Mais cela aurait signifié abandonner ma carapace. Quelle importance s'il insultait la fille raciste que j'étais supposée être ? Je ne l'étais pas, ça ne devait donc pas me toucher ; ça m'effleurait à peine, ça m'agaçait parfois. Mais je n'étais pas meurtrie. En théorie.

« Il paraît qu'on va parler du micronde… je suis sûr que ça va te donner plein de brillantes idées… »

Il n'arrêtait donc jamais ?

« Micro-ondes, Black, Micro-ondes. »

Je détachai les syllabes avec la patience d'une mère qui instruirait un gosse affichant un retard mental particulièrement sévère.

« Oh ! Excuse-moi, Andersen, si je n'ai pas ta motivation pour ce qui est de cette option.

– Tu m'ennuies.

– Pourquoi ? Tu n'assumes pas ton idéologie douteuse ? »

Je soupirai intérieurement.

« Ce n'est pas mon idéologie.

– Ah ! Donc tu n'assumes pas ; c'est bien ce que je disais ! »

Un rictus mesquin étirait ses lèvres en creusant une fossette dans sa joue gauche. Sa chevelure sombre, qui tombait devant ses yeux en plongeant une partie de son visage dans la pénombre, réveilla un vieil écho en moi qui me laissa une seconde perplexe. Et une image floue s'agita au tréfonds de mon âme ; la sœur de Narcissa, Bellatrix, avait ce charme hautain, ce maintien aristocratique et ce même jeu d'ombres sur ses traits lorsqu'elle inclinait ainsi le menton. Oui, la ressemblance était saisissante.

Mais il passa une main sur son front, les doigts écartés pour mieux appréhender les mèches inopportunes qui dérangeaient sa vision et, les rejetant en arrière, en secouant un peu la tête à la manière d'un chien qui s'ébroue au sortir de l'eau, il brisa l'illusion.

A nouveau, il était le Black que je rêvais de blesser, de mutiler, d'égorger. A nouveau, j'avais envie de me jeter sur lui, tel un chat en colère. De feuler, d'écorcher, de mordre sa chair perfide. De lui faire ravaler ses propos à coups de griffes.

« Tu ne me connais pas.

– Tu veux rire ! Je te connais trop bien, Andersen. Je sais quand tu luttes pour ne pas céder à la colère, je sais ce qui t'énerve, je sais ce que tu es.

– Ce que je suis ? Tiens donc ! Et que suis-je, d'après toi ?

– Une fillette effarouchée qui veut jouer à la grande dame ; elle croit qu'elle vaut quelque chose, la pauvre petite, mais en réalité toute seule elle n'est rien. Elle suit Servilus comme un toutou, lui fait les yeux doux pour ne pas le perdre, et elle a l'assurance d'être protégée quoiqu'il arrive. » Il se rapprocha de moi et, faussement aimable, il tapota mon épaule : « Immonde profiteuse ! » Il était assez près pour que je discerne son parfum, une flagrance coûteuse à n'en pas douter ; d'abord, une note estival presqu'imperceptible, quelque chose comme un assortiment d'agrumes chatouilla timidement mes narines, et puis, bien plus forte, une odeur musquée, animale, chaude, mêlée à la propre senteur de sa peau qui, lorsqu'il recula, laissa dans son sillage un vague arôme boisé, un souvenir de forêt dense et tempérée si familier qu'il me sembla – rien qu'en respirant ce savant mélange de molécules – connaître Black intimement, savoir de lui des secrets jamais exprimés, et toute étourdie par ce parfum enivrant que je jugeais juste assez démodé pour souligner encore davantage chez lui cet aspect noble et ancien qu'on associait au nom de sa famille, je le laissai proférer des insultes impitoyables. Je lui permis de m'atteindre, parce que ces effluves combinées étaient venues à bout de mon armure, m'avaient laissée extatique, sans défense au milieu d'une atmosphère exquise et quasi-sensuelle. « Pauvre Andersen, comme tout bon Serpentard qui se respecte elle se perd dans les méandres ténébreux de la Magie Noire. Et son papa lui a choisi un gentil mari au sang irréprochable pour qu'elle ponde une engeance aussi infecte et méprisable qu'elle. »

Le temps d'un battement de cils, je m'effondrai sous les traits ennemis, perdant le souffle, abandonnant tout esprit de combattivité. Il y avait du faux, des affabulations et des inexactitudes dans ses paroles. Mais pas seulement. Et ce pas seulement suffit à m'ébranler, car il permit aux pointes acérées de la vérité de se ficher dans mon être rendu vulnérable.

« Alors, tu ne dis plus rien ?

– Qu'est-ce que tu veux que je te réponde ? murmurai-je. Je pourrais bien te contredire que tu ne me croirais pas de toute façon. Tu me penses intolérante, fermée d'esprit, mais en réalité… c'est toi qui l'est, intolérant et fermé d'esprit. Et con aussi, mais ça je crois te l'avoir déjà dit. »

Le professeur Madley surgit à l'angle du couloir, escorté d'un groupe d'élèves restreint, et le cours débuta bientôt tandis que je ruminais la vision peu glorieuse qu'un Gryffondor avait de ma personne et qu'un peu honteuse je tâchais de me rappeler ce parfum brut et étrangement familier qui sentait Black et qui, j'en étais convaincue, lui allait mieux qu'il n'aurait été à n'importe qui d'autre.

C'était rageant. Il était peut-être d'une connerie affligeante, mais on ne pouvait pas dire qu'il manquait de goût. Et reconnaître une qualité à cet imbécile m'exaspérait plus encore que de l'entendre dire des horreurs sur mon compte.

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Je griffonnais des mots clefs, des formules, la tête ailleurs. Je comptais sur Severus pour me passer ses notes ; il excellait en défense contre les forces du mal et se faisait toujours une joie de me réexpliquer les cours. Il aimait la magie des duels, les maléfices d'attaques autant que les sorts de protection, et c'était pour cette raison qu'il vouait un véritable culte à cette matière. Je savais que chaque sort qu'il apprenait dans cette classe, il le confrontait mentalement à un sortilège noir – est-ce que ce serait suffisant pour repousser cette attaque ? si j'étais l'assaillant comment contrerais-je cette parade ? Et puis on parlait des vampires, des loups-garous, et son esprit voguait sur un océan de questions ayant pour seul thème commun la notion de puissance. Parfois, il m'arrivait de penser qu'il aurait pu vendre son âme à un Détraqueur si cela lui aurait assuré l'invincibilité.

A l'heure actuelle, Narcissa et Magdalena devait se perdre dans des calculs sans queue ni tête ; ah ! l'arithmancie…

Afin de pouvoir entamer l'année prochaine une formation d'Architecte-Mage, Lena s'était vue obligée de garder cette option. Elle avait conservé six autres matières, dont l'histoire de la magie qui constituait un cours non-obligatoire pour son cursus. Parmi les Serpentard de septième année, c'était elle qui avait l'emploi du temps le plus chargé – comme quoi on pouvait à la fois être une séductrice invétérée et une véritable bûcheuse !

Quant à Narcissa, elle n'avait pas d'ambition professionnelle particulière. Nous n'en avions jamais discuté mais je savais qu'un avenir de femme au foyer ne la rebutait pas outre-mesure. Elle envisageait sinon de suivre des études de droit magique.

Severus et moi, c'était différent ; nous n'avions qu'un seul objectif : le pouvoir. Toujours la même rengaine, la même obsession, le même désir bouillant dans nos veines. Peu nous importait l'argent ou l'influence – nous étions au delà de ces considérations – ce qui faisait battre notre cœur, c'était la sensation grisante de puissance. C'était le crépitement insaisissable d'une baguette qui s'apprêtait à libérer de l'énergie magique. C'était ce sentiment de maîtrise sur le monde que nous fournissait les sorts ou les potions. Nous étions des monomaniaques, des drogués de magie. C'était là-dessus, invariablement, que se portait nos désirs et nos efforts.

« Black a prétendu que notre amitié était une espèce de mensonge. Que je te charmais pour que tu surveilles mes arrières. »

Severus m'adressa un sourire en coin : « C'est le cas ?

– Je ne crois pas, non.

– Alors pourquoi tu te laisses perturber par ses âneries ? »

Toujours le mot juste…

« Je ne sais pas. Peut-être que parfois je profite du fait qu'on soit ami.

– Celui qui te dira que l'amitié est altruiste, gratuite et dénuée de profits est un grand naïf. Je t'ai fait cadeau de ma protection pour que tu en uses à ton gré. Tu n'as aucune culpabilité à avoir. »

Je le questionnai, à mi-voix : « Et toi ? Qu'est-ce que tu y gagnes ?

– Moi ? » Il replaça une mèche trop longue derrière son oreille. « Moi j'y gagne ton affection. Et ça, ça justifie tout le reste. »

Je mordillai ma lèvre inférieure pour contenir une taquinerie ; Severus versait rarement dans le sentimentalisme, alors pour une fois qu'il me disait un mot gentil mieux valait que je réprime mon goût pour la dérision.

J'ouvris le coffret de pierre qui me tenait lieu de cœur, j'y glissai son sourire, la douceur de sa voix, son regard franc et le mot « affection », tendre entre ses lèvres, aérien et déjà effacé, déjà évanoui et reconverti en souvenir ; j'y glissai cet instant et rabattis sèchement le couvercle par dessus, pour me défaire de ce trop plein d'émotions, pour redevenir Andersen l'Ainée ; et je tournai la clef dans la serrure de fer forgé et la lançai très loin, comme si je m'en débarrassais, mais laissant une marque au sol à l'endroit où elle reposerait afin de revenir la chercher un soir de grande mélancolie.

Les sentiments ne seyaient aux Serpentard que dans l'intimité, que dans le secret, derrière les rideaux tirés d'un baldaquin, lorsque personne ne pouvait plus admirer les sourires ou les larmes qui les accompagnaient.

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« Mon frère dit qu'elle a pris sa défense.

– En même temps, elle fait pitié. Tu as vu comme elle est maigre ?

– Oui, et puis les cernes qu'elle se trimballe ! Je crois même qu'elle a des rides ! »

La première voix reprit, irritée, cassante :

« La pitié, c'est bon pour les Gryffondor ! » Il y avait dans son ton des intonations princières et orgueilleuses de petite fille qui surestime sa place en ce monde. « Kanda. Livia. Vous ne comprenez pas qu'il s'agit d'une opportunité ? Si on se montre forte et implacable maintenant alors dans six ans, c'est nous qui serons à la tête de Serpentard. Il faut qu'on frappe un grand coup. Il faut qu'on venge mon frère.

– Tu veux… tu veux qu'on s'attaque à Andersen ?

– Kanda, tu es stupide ou quoi ? Dois-je te rappeler que tu n'arrives même pas à lancer un Wingardium Leviosa correctement ? On ne ferait pas le poids ! » Il y eut un rire, un rire de poupée cruelle, un rire de gamine déséquilibrée qui m'arracha un frisson : « Non, mes amies, non. McNair est dans notre dortoir. C'est à elle qu'on va s'en prendre. J'ai eu une idée intéressante en feuilletant un livre de défense contre les forces du mal l'autre jour… Venez, je vais vous montrer. »

Alors Aricie River attrapa ses deux acolytes par la main et commença à leur chuchoter son plan, tout en les entraînant vers la bibliothèque.

Au bruit des pas qui s'éloignaient, je m'appuyai contre l'armure et me redressai. C'était une chance que je me sois accroupie précisément à cet endroit pour enlever ce caillou de ma chaussure, assez proche pour surprendre leur conversation, mais dissimulée par le heaume et les plaques de métal.

Il faudrait que je prévienne Bellona. Ne fais confiance à personne, fillette.

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Le Cercle des Initiés existait vraisemblablement depuis des siècles, peut-être même depuis la fondation de l'école. Composé de Serpentard – bien qu'il y ait eu quelques très rares exceptions dans l'Histoire – il comprenait des élèves de la cinquième à la dernière année.

Severus, que notre maison évitait généralement en dehors de ces réunions, en était le dirigeant actuel. Il constituait une exception puisqu'il y avait été admis au début de sa troisième année, et ceci après un « incident » qui avait provoqué une cécité passagère chez l'un de nos anciens camarades. En ce temps, il ne pratiquait pas la magie noire ; le sort de Tenebrae qu'il avait découvert par hasard dans un ouvrage de la bibliothèque lui était venu tout naturellement face à l'agression de son aîné.

Si beaucoup parvenaient à acquérir un niveau correct à force d'entraînement, j'avais la certitude que Severus, lui, avait véritablement ça dans les veines. Nous avions tous deux conscience de la jalousie omniprésente parmi nos camarades ; cependant la crainte qu'ils éprouvaient à son égard paraissait plus forte que leur convoitise et ils se tenaient tranquilles. Nous restions malgré tout sur nos gardes, sait-on jamais que River ou un autre de nos camarades se mette en tête de fomenter une « mutinerie » et de lui ravir, vite fait bien fait, son statut de Maître des Initiés.

Me concernant, j'avais rejoins le Cercle quelques mois avant la fin de ma sixième année. J'avais surpris Severus en pleine pratique du sortilège de Parca sur des souris ; horrifiée je les avais vu se débattre et couiner, terrifiées, prisonnières d'une contrée invisible, d'une région de supplices éternels. J'avais exigé des explications et il m'avait avoué son appartenance au groupe d'Initiés. Quelle n'avait pas été ma surprise ! Moi qui avais toujours supposé qu'il s'agissait d'une légende… Je l'avais ensuite harcelé jusqu'à ce qu'il m'emmène à une de ces rencontres secrètes.

Et j'étais devenue son bras-droit depuis sa nomination en fin de sixième année, bien qu'il soit d'une puissance nettement supérieure à la mienne.

Nous nous retrouvions d'ordinaire dans une salle demi-cylindrique – la cloison comportant l'entrée et son mur opposé se rejoignaient au dessus de nos têtes pour former une voûte, il n'y avait donc pas de plafond à proprement parler. Il s'agissait d'une vaste cellule allongée, meublée avec ce que nous avions pu récupérer ça et là. Chaises branlantes et tables antédiluviennes ; tapis mité et sofa éventré ; il y avait aussi une lanterne murale, en forme de gros diamant, avec une armature de cuivre jaune et des parois de verre colorées – indigo, bordeaux, émeraude – qui était une œuvre réalisée par un Initié de la toute première génération (du moins le prétendait-on).

C'était le symbole du Cercle. Certains Serpentard soutenaient que les poèmes du barde Anthelme, dit l'Infortuné, faisaient implicitement référence à son expérience de la Magie Noire à Poudlard car il mentionnait à plusieurs reprise cette « Lanterne qui point ne brille quand le Mal se retire » (et effectivement, elle ne s'allumait que lorsque l'on tombait dans l'illégalité) avant de se lancer dans d'interminables descriptions d'un château bizarrement ressemblant à notre bonne vieille école de sorcellerie.

Derrière le canapé se trouvait encore les vestiges d'une lourde chaîne assortie d'une paire de menottes rouillées ; il suffisait d'ajouter à cela la trappe pratiquée dans la voûte et on devinait assez aisément quelle avait été l'utilité première de ce lieu. Les tâches brunes maculant le sol à divers emplacements témoignaient du fait que la torture ou la pratique de sortilèges d'attaques dataient de bien avant l'émergence des sorts de nettoyage.

L'endroit flairait l'interdit, le vice et la mort ; et je m'y sentais à mon aise, ce soir plus que jamais en franchissant les portes en silence, comme le voulait la coutume. C'était la règle : seul le Maître s'exprimait, à moins qu'il ne nous invitât expressément à prendre la parole – ce qui en toute franchise arrivait rarement à Severus.

« Bienvenue, dit-il et nous formâmes le cercle. Aujourd'hui, nous allons étudier le sortilège de Parca. »

Je me redressai brusquement. Il croisa mon regard et je surpris dans le sien une lueur d'amusement presque enfantine, et une certaine tendresse aussi. Exaltée, enfiévrée, je le dévisageais avec des étoiles plein les yeux et le cœur battant la chamade.

« Mais pour comprendre cette incantation, il faut la vivre, avait-il ajouté d'un ton sans réplique. »

La peur palpable des Initiés présents fit gronder la bête au fond de moi, ce monstre hideux épris de Magie Noire qui parasitait mes entrailles. Soudain je les méprisai tous. Parce qu'ils vivaient pour la recherche du plaisir et l'évitement de la douleur, sans comprendre que c'était dans la souffrance que résidait toute la beauté surnaturelle de l'Obscure Magie. Comment pouvaient-ils se prétendre Initiés alors que subir un sortilège noir les emplissaient d'une terreur sans nom ? Comment pouvaient-ils se présenter devant le Cercle alors qu'ils ne saisissaient pas le sens de ce que nous réalisions à chacune de ces réunions ?

Severus parut lire en moi car il m'adressa un imperceptible sourire de dérision et d'un signe de tête m'encouragea à parler.

« Imbéciles ! » J'observai tour à tour Danae, blême et tremblante, River qui fixait le sol d'un air embarrassé, Regulus avec sa manie de faire craquer les articulations de ses poignets lorsqu'il était nerveux… « Cassez-vous si vous ne vous en sentez pas capables ! On n'a pas besoin d'un troupeau de larves ici. Il a été dit qu'aucun d'entre nous ne profitera de ce sortilège avant de l'avoir enduré alors, oui, levez-vous ! Spinelli, je te vois qui frissonne, allez, ne nous fait pas perdre notre temps : va-t-en. » Et comme elle hésitait : « Dégage ! Hors d'ici ! »

Elle se redressa d'un bond et s'en fut, presque en courant, accompagnée de Danae.

M'inclinant devant la petite assemblée, je conclus d'une voix vibrant de colère mal contenue : « Ainsi il a été dit, ainsi il sera fait. »

La phrase rituelle fut répétée par tous. Suite à cela une très grande majorité du Cercle se leva du tapis poussiéreux et quitta la réunion. Nous n'étions plus que six. Severus, Narcissa, Magdalena, Avery, Rosier et moi-même.

Une fois les déserteurs partis, Severus prononça ces mots : « Ce n'est pas d'un sortilège anodin. Il ne laisse pas de cicatrices, pas de brûlures, aucune douleur physique en fait, mais il n'en est pas moins dévastateur à mon sens. Et pourtant je le considère comme un sort d'initiation, une expérience à vivre pour être un sorcier accompli. Il s'agit d'affronter la peur, la souffrance, la Mort tout en étant assuré de ne pas y succomber réellement. Je ne sais pas quel usage vous comptez en faire par la suite et, franchement, je m'en fiche. Mais je ne vous permettrai pas d'en faire usage avant que vous ne sachiez vraiment de quoi il en retourne. »

Il posa ses iris sombres sur moi.

« Je suis prête, affirmai-je, confiante. »

J'oubliai la cellule, l'étoffe rêche sous moi, le mobilier dépareillé. J'oubliai la froideur émanant de Magdalena et toute dirigée contre Avery. J'oubliai la ride soucieuse entre les sourcils de Narcissa, le coup d'œil admiratif qu'échangèrent Rosier et Junior face à ma détermination, et la Lanterne sur le point de s'éveiller. Mon univers se limitait à Severus qui, crispant les mâchoires, brandit sa baguette vers moi, effectua un mouvement complexe et articula distinctement :

« Parcavenit. »

Aussitôt je sombrai dans l'autre monde, celui de cette entité qui se faisait appeler Parca.

Où que se portât mon regard, il n'y avait que du noir. Et le parfum amer du désespoir, comme une brise légère dans l'air, comme la présence invisible d'un Détraqueur famélique. Mais pas uniquement ; je percevais la peur, non pas à l'intérieur – je n'avais pas peur, pas encore – mais bien tout autour de moi. L'éther gémissait à mon oreille et je sentais son souffle paniqué dans ma chevelure nattée, rapide et haché dans une parfaite imitation de la respiration humaine. Je me retournai, m'attendant presque à tomber nez-à-nez avec un de mes camarades ; mais j'étais seule dans l'obscurité.

Soumise au vent apeuré, ma robe de sorcière claquait contre mes cuisses et laissait par intermittence sa caresse froide parcourir mon échine.

J'entendis la pluie.

Une première goutte tomba sur la paume que je tendais ouverte vers le plafond – à moins que ce ne fût le ciel ? Une autre glissa dans mon cou et s'infiltra sous mes vêtements. Une troisième éclaboussa mes chaussures. Et ce fut le déluge.

Quelque chose semblait… faux.

C'était poisseux. Voilà ! C'était plus dense, plus compact, plus visqueux. Et cette odeur…

Du sang !

Brusquement ce fut une évidence : ce qui ruisselait sur mes joues, ce qui collait mes cheveux sur mon front, ce ne pouvait être que des litres et des litres de sang se déversant depuis ce firmament dénué d'étoiles sur le sol opaque. Dégoûtée à l'idée de finir recouverte d'une pellicule ensanglantée, je formai avec mes mains un dérisoire abri au dessus de ma tête. Et les larmes sanguines roulaient sur mes phalanges, léchaient peu à peu les saillies de mes poignets et rampaient sur toute la longueur de mes avant-bras, en imbibant l'intérieur de mes manches. C'était une vaine tentative, de tout manière, car déjà d'autres assaillaient mon visage, s'insinuant entre mes doigts entrelacés. La plus perfide de toutes parcourut même l'arrête de mon nez et, après une brève chute dans le vide, se faufila entre mes lèvres entrouvertes. Le goût métallique submergea mes papilles. Oubliant que chaque parcelle de mon corps se trouvait inondée, j'essuyai ma bouche et ma langue avec le dos de ma main, pour en effacer l'arôme malsain mais – évidemment ! – je ne parvins qu'à en renforcer l'intensité.

Comment éviter un liquide ? Comment échapper à cette pluie lugubre ?

Avant même de sortir ma baguette, j'eus la certitude qu'ici, elle ne me serait guère plus salutaire qu'un morceau de bois mort entre mes doigts. Et en effet, j'eus beau rivaliser d'inventivité, aucun des sorts que je prononçai n'eut le moindre effet. Mon « Lumos ! » n'engendra pas la plus petite lueur qui soit, dans ces ténèbres oppressantes.

En tendant l'oreille, je percevais, au-delà du souffle venteux, des cris lointains et déchirants d'hommes, de femmes et de créatures torturées, des murmures indistincts et un rire proche, beaucoup trop proche.

Les secondes paraissaient s'égrener au ralentit dans cette sinistre réalité. J'aurais pu être là depuis des heures, des jours, des semaines quand subitement il y eut un flash, un point éblouissant qui enfla dans toutes les directions, sans toutefois émettre le moindre son, et qui se propagea à une vitesse folle. La vague de lumière me frappa de plein fouet et je vacillai.

La pluie cessa.

La vue du fluide vital qui sinuait entre les galets cimentés, tel le delta d'un fleuve de grenats, glaça mes veines, tout comme l'aspect ensanglanté de ma robe. Je relevai donc la tête, sans penser que peut-être ce qui se présenterait face à moi constituerait un tableau bien plus atroce que celui que je cherchais alors à occulter.

Le visage de la Mort m'apparut, squelette monstrueux où pendaient encore des lambeaux de chair putréfiée. Je hurlai, sous l'emprise d'un effroi que je n'avais encore jamais éprouvé, et je n'entendis pas mon cri. Je criai de plus belle, paralysée par cette vision macabre et terrifiée du brusque silence que je ne parvenais pas à rompre, même en m'arrachant la gorge.

« Viens, dit-elle en faisant claquer ses mâchoires osseuses. Tu ne leur manqueras pas. » Ses phalanges diaboliques se refermèrent sur mon épaule, et sa poigne était telle qu'elle sembla se broyer sous sa prise. Je voulus gémir de douleur et appeler à l'aide mais je demeurais aphone. « Viens, je t'offre la paix, je t'offre le tombeau. »

Sa proximité porta jusqu'à mes narines des relents de mort et de viande en décomposition, écrasant mes poumons suffoqués et encourageant mon estomac à rendre sur-le-champ la bile acide qui l'emplissait. Sur la charpente du corps trépassé grouillaient, prospères et bienheureux, vers et insectes répugnants, et ici et là se craquelaient les œufs translucides de quelques mille-pattes ou cloportes voraces.

Les orbites vides de son crâne me vrillaient d'un regard indescriptible ; le regard de la chose la plus terrible, la plus monstrueuse, la plus cruelle ayant jamais existé. Ce devait être elle… Parca. Dire que je tremblais aurait été un euphémisme : je tenais à peine debout sur mes jambes flageolantes et mes bras repliés, la piètre protection de mes mains resserrées autour mon ventre, étaient agités de soubresauts incontrôlables.

Perdant toute raison, cédant définitivement à la panique à laquelle mes membres s'étaient déjà livrés, je me débattis. « Lâchez-moi ! » Cette fois-ci, mes paroles étaient audibles.

Je lui tournai le dos et courus. Il fallait fuir loin d'ici.

Fuir !

Fuir !

Fuir…

Des flammes rougeoyantes, hautes de plusieurs mètres, surgirent devant moi, mettant un terme à mon projet d'évasion. Les rumeurs que j'avais distinguées un peu plus tôt s'élevèrent à nouveau mais, leur intensité allant en s'amplifiant, ce fut bientôt un véritable tumulte qui submergea la vaste salle sans fenêtre. Dans cette cacophonie insupportable, j'entendis Mère, Père, une voix qui devait être celle d'Hans Andersen, mes nourrices oubliées, le professeur Flitwick, Narcissa et Magdalena, et des centaines d'autres personnes que j'avais rencontrées au cours de ma courte vie. Elles disaient toutes « Suis-la ! ». Une autre parla et elles se turent :

« Je ne t'aime pas, Kassidy. ».

C'était celle de Severus.

« Aide-moi, Severus, je t'en prie !

– Je ne veux pas de toi. Disparais de ma vue ! Meurs ! »

Je gémissais : « Severus… »

Sur ma figure, gouttelettes salées et gouttelettes âcres se mêlaient ; larmes et sang.

Pourquoi tenais-je tant à cette vie ? Pourquoi vouloir lutter ? Pourquoi m'entêtais-je dans cette peur et cette souffrance, à demi asphyxiée par la chaleur se dégageant des murailles ardentes qui m'emprisonnaient ? Ce serait si facile d'abandonner, de me soumettre à la volonté du squelette, de le suivre dans la mort presque paisible qu'il semblait me proposer. Ce n'était qu'une illusion, un univers fictif, je ne mourrais pas vraiment de toute façon.

A quelques pas de là, Parca hocha la tête. « Tu vois, murmura-t-elle en approchant, c'est simple. » Elle m'entoura de ses bras décharnés. « Terriblement simple. »

Peut-être était-ce le double sens de l'adverbe qui m'extirpa de ma douce torpeur ou bien le fait que la voix sépulcrale avait pris des accents reconnaissables – le timbre bas et un peu rauque de Mère. Quoiqu'il en soit, je m'extirpai violemment de son étreinte osseuse et bondis en arrière. Fébrile, j'essuyai mes épaules pour les débarrasser d'une petite population d'asticots qui s'y tortillaient à la recherche d'une prise.

La Mort avança, je reculai.

La chaleur dans mon dos croissait à chaque pas et soudain je reconnus dans l'air une désagréable odeur de calcination. Je compris avec horreur que c'était ma natte qui prenait feu. Je pivotai vers le brasier. Il léchait, languide, le bas de ma robe et son haleine brûlante effleurait mes joues avec une tendresse trompeuse. Aveuglée par l'éclat des remparts incandescents, je titubai.

Elle me rattrapa, m'étreignit pour la seconde fois, ses doigts ivoirins lacérant mes hanches. Sa cage thoracique se pressait contre mes omoplates comme si elle désirait fusionner nos deux corps et, synchrones, les insectes franchirent la passerelle qu'elle leur procurait afin d'envahir leur nouvelle proie, cet Eden inconnu que je constituais et qui pour eux était synonyme d'une abondance de chair fraiche à malmener. Parallèlement, les flammes gagnaient du terrain : le jupon en partie consumé, elles s'attaquaient désormais à mes jambes dénudées tandis que sur le sol empourpré, les cendres de ma chevelure dorée s'amassaient avant d'être balayée par une bourrasque.

J'avais mal au dos, là où les côtes de Parca égratignaient le tissu et ma peau sous-jacente. Et aux reins que ses mains infernales écorchaient sans vergogne pour me maintenir immobile. Ainsi qu'à la nuque et aux mollets, dévorée que j'étais par le feu insatiable, et c'était sans parler de mes bras découverts, griffés, mordus, rongés par les escouades de diptères et de coléoptères, crissants et bourdonnants, qui se souciaient comme d'une guigne que je sois encore en vie.

« Suis-la ! » Je tentai de me dégager de l'embrassade démoniaque. « Suis-la ! répétait le vacarme. » Et je protestais de plus en plus faiblement : « Non ! Non, je ne veux pas ! Non !

– Ne résiste pas !

– Accepte.

– Ce sera doux, disait la voix de Narcissa.

– Laisse-toi faire, ajoutait celle de Lena dans un rire d'ange. Tu verras, tu ne le regretteras pas. »

Bien qu'étant persuadée de faire le mauvais choix, je m'apprêtais à capituler – j'avais trop mal, trop peur, c'était plus que je ne pouvais en supporter – lorsqu'une silhouette apparut de l'autre côté du mur de flammes. Ses cheveux noirs, mi-longs, voletaient doucement au gré du vent.

« Severus ? murmurai-je, fébrile en plissant les paupières.

– Tout va bien. »

Un éclat pur, blanc et salvateur, effaça tout : l'avatar de la Mort, les pierres recouvertes de sang vermeil, le feu qui caressait sans discontinuer les toits élevés de cet autre monde. Et je me retrouvai stupidement affalée sur le tapis usé du cachot. Sur les traits du Maître des Initiés, je reconnus un sentiment proche de la stupeur :

« Tu… tu es en est sortie ? Comment ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Les lèvres étroitement closes, le corps encore tout tremblant de cette horrible expérience, je songeais à la voix.

Tout va bien.

Pourquoi Sirius Black était-il apparu en ce territoire cauchemardesque ?

Pourquoi m'avait-il sauvé ?

D'un geste je ramenai ma natte en arrière, en m'étonnant de ne pas découvrir sous mes doigts les reliefs d'une tignasse raccourcie par sa combustion toute récente. Mais c'était ailleurs, qu'elle avait brûlé, me rappelais-je, dans l'autre monde.

« Kassy ? Est-ce que ça va ? »

Je m'aidai du mur le plus proche pour retrouver mon équilibre.

« Tu devrais te reposer, lança aimablement Narcissa. »

Poussant vers moi un petit tabouret à trois pieds, Magdalena renchérit : « Oui, assied-toi. »

Une rage démesurée s'empara de mon être, m'enveloppa, ensevelit l'amitié que je leur portais : « Mais lâchez-moi ! Lâchez-moi à la fin ! » Et je quittai la salle en trombe.

x

Tout va bien.

Pourquoi est-ce que cette phrase demeurait imprimée au fer rouge dans mon crâne ? Pourquoi à chacun de mes pas, je l'entendais tournoyer, répétée à l'infinie par un écho pervers ?

Tout va bien. Tout va bien.

Et surtout pourquoi Black ?


(Ca y est : maintenant j'attends votre verdict et je suis toute stressée xD)

Vous en faites pas si vous avez pas tout compris, les prochains chapitres expliqueront pas mal de choses concernant Parca.