Chapitre 6
Harry rentra rapidement au château. Midi sonna lorsqu'il pénétra dans le hall de l'école. Tous les élèves convergeaient vers la Grande Salle. D'instinct, il su que Drago serait avec les autres Serpentard. Il y entra donc, bousculant quelques premières années au passage. La silhouette de Drago flottait au-dessus de la table vert et argent. Il discutait tranquillement avec le Baron Sanglant.
« -Malefoy, faut qu'on parle.
-Oh, Harry ! Bien rentré de ton excursion ? Tu as drôlement manqué aux enfants, tu sais ?
-Et à toi ? Je t'ai manqué ? » questionna Harry, énervé.
« -Doucement le lionceau, commence d'abord par m'expliquer ce qu'il ne va pas avant de t'énerver comme ça...
-Tiens voilà ce qu'il me prend. » déclara le brun en tendant le journal qu'il avait trouvé plutôt. « Pourquoi tu ne m'as rien dit ? »
Le fantôme de Drago sembla blêmir alors qu'il s'avançait rapidement vers Harry pour lui faire baisser d'un ton.
« -Où tu as trouvé ça ?
-Dans la forêt, ils voulaient que je le trouve et le lise. Alors ?
-Alors quoi ? Ça fait trois jours qu'on a commencé à faire ami-ami... dois-je te rappeler qui a rejeté l'autre en premier ? Et puis entre temps, tu as faillit me tuer, tu es sortit avec deux nanas et il y a eu la guerre. Ah ! Et puis, soit dit en passant, je risque de finir ma vie comme fantôme... tu veux que je te dise quoi ? Que j'aurais été prêt à tout quitter pour toi ? Malheureusement, c'est légèrement trop tard ! »
Le silence s'installa à la table des Serpentard. D'un geste brusque, Drago fit disparaître le journal. Harry bafouilla, honteux face à la froideur du fantôme.
« -Je... Désolé... Mais pourquoi tu... Tu n'as jamais rien dit.
-Et quoi ? Tu me regardais et me parlais seulement pour m'insulter. Maintenant, je pense qu'on peut clore définitivement le sujet. Tu es bienheureux, tout est bien qui finit bien pour toi.
-Non, Drago. Tout ne finit pas bien pour moi. Tu crois que je suis vraiment heureux ? Non, je suis vide. Mon but c'était de combattre Voldemort. Maintenant, je sais plus ce que je dois faire... Je ne sais plus où j'en suis. Je me sens seul maintenant... »
Harry baissa les yeux, le vide qu'il ressentait s'accentuait à chacune de ses paroles. Drago prit alors conscience de la violence de ses mots. Il se gratta nerveusement le bras en s'avançant vers le brun. Il s'arrêta qu'à quelques centimètres du Griffondor.
« -Tu n'es pas seul, Harry. Il y a des gens qui ont toujours été là pour toi... tu crois que Dobby serait venu de son propre chef pour t'aider ? Et même si les « têtes rousses » refusent que tu t'intéresses à nous, n'y a-t-il pas d'autres lionceaux sur qui tu peux compter ?
-Tu parles, tu leur as tous fait du mal à un moment où un autre.
-Londubat ? Granger ? Neville me connaît, on s'est retrouvé une fois à la même conférence de botanique. Mère m'a forcé à m'asseoir près de lui. Conséquence : trois heures à parler d'une passion commune. Lui et toi, vous connaissez mon vrai visage.
-Je ne savais pas...
-T'inquiètes, je lui ai juste fait comprendre que ce qu'il s'était passé à cette conférence ne devait jamais quitter sa bouche... Pour ce qui est de Granger... C'est difficile à le dire devant tout le monde mais elle est brillante comme sorcière. Elle ira sûrement très loin. A serpentard, nous savons reconnaître la valeur des gens. Elle est née-moldue mais elle vaut mieux que certains traîtres à leur sang. Si elle veut venir avec toi, nous l'accueillerons comme il se doit.
-Dis tu cela pour me faire plaisir. » souffla Harry.
« -Tu le crois ? Je suis pourtant sincère. »
Tout en disant cela, Drago se retourna vers la table des Griffondor. Hermione Granger y était assise, située à plusieurs mètres du reste de sa promotion. Après quelques pas, le fantôme de Drago arriva à sa hauteur. Harry vit le blond se pencher vers sa meilleure amie et échanger quelques mots avec lui. Hermione hocha plusieurs fois la tête puis attrapa le manuel qu'elle avait apporté avec elle. Stupéfait, Harry la vit contourner la table rouge et or puis s'avancer rapidement vers celle des Serpentard.
« -Malefoy m'a dit qu'il souhaitait que je me joigne à vous.
-Harry doutait de mon éducation irréprochable et de mes sentiments sincères envers lui. Je n'allais pas laisser une jeune fille déjeuner seule ?
-Il t'a vraiment proposé de... ?
-Oh, il m'a aussi dit qu'il était désolé de son comportement et qu'il souhaitait se racheter une conduite...
-On ne peut rien refuser à un mourant. » s'amusa Drago face à la surprise de Harry, qui ne sut quoi dire pendant plusieurs minutes. « Tu doutes encore de moi, Harry ?
-Je t'avoue que non... désolé de m'être emporté... Tu montes de plus en plus haut dans mon estime, tu sais ?
-Mon but est de monter si haut que tu ne pourras plus te passer de moi. Je finirais bien par décrocher la lune... »
Harry sourit puis s'assit à côté de sa meilleure amie alors que Drago se remit en hauteur pour observer avec le Baron Sanglant la Grande Salle. Ses yeux translucides se posèrent un instant sur les deux têtes rousses attablées à la table des griffondor. Tous deux fulminaient face à sa petite victoire. Fier de lui, Drago articula silencieusement un simple phrase que Ginny Weasley comprit, il lui avait déjà dit ces quelques mots : « c'est mon tour ». Oui, elle venait de perdre son emprise sur Harry et Drago allait bien en profiter.
Le repas se passa très bien. Hermione s'intégra très vite au groupe de Serpentard, à la plus grande surprise d'Harry. Elle discuta musique avec Gemma, comparant les groupes moldus et sorciers. Elle expliqua aussi à une petite bande de première année comment s'organiser correctement pour les devoirs.
À la fin du repas, Harry et Drago allèrent à l'infirmerie, prendre des nouvelles de l'avancée des recherches sur l'état du blond. Pomfresh les accueillit dans la pièce où elle avait placé le corps du serpentard.
« -Bonjour, les garçons. Comment allez-vous ?
-Comme un fantôme, m'dame. » plaisanta Drago avant de se faire réprimander par Harry.
« -On est venu voir comment ça allait.
-Oh ! Je dirais : tranquille. Les médicomages de Saint-Mangouste ont emmené les derniers blessés ce matin. Nous allons enfin pouvoir franchement nous penchez sur votre cas, Drago.
-On peut faire quelques choses ? » questionna Harry.
« -Malheureusement, vous n'êtes pas infirmier, Harry... Mais si Drago le veut bien, tu peux lui faire sa toilette quotidienne.
-Sa quoi ?
-Vous voulez dire qu'il va me...
-Oui, Drago : vous lavez. Je n'ai pas envie d'avoir un adolescent inconscient sentant le fennec dans mon infirmerie. Harry, prenez la bassine là-bas, remplissez la d'eau tiède. Vous trouverez dans mes placards du fond du linge de toilette.
-Oui, madame. »
Harry obéit à l'infirmière et alla chercher ce qu'elle lui avait indiqué, sous les yeux horrifiés de Drago. Le fantôme le suivit jusqu'au lit où son corps était étendu avant de lui demander s'il allait vraiment faire ce qu'il pensait. Harry eut alors un petit rire face à la panique du blond.
« -Tu vas pas faire ta chochote...
-Je suis pudique, Potter.
-Faut bien te laver.
-Ouais mais non, pas comme ça... pas toi... pas avec tes mains...
-Tu préfères que Pompom demande à Hagrid de le faire ?
-Non... mais tu comprends que c'est un peu embarrassant. »
Harry soupira... et dire que le blond lui avait déclaré sa flamme quelques instants plus tôt. Mais il fallait le faire alors il le ferait. Cette logique était un peu trop griffondorienne mais réaliste. Harry n'arriva même pas à imaginer Drago puant le chacal rien qu'une seule seconde. Monsieur était bien trop coquet.
Doucement, Harry plongea un gant blanc dans l'eau à peine chaude puis le fit glisser sur les jambes nues du blond. Pomfresh ne lui avait laissé qu'un caleçon sur la peau. Tout en lavant Drago, Harry se mit à remarquer que cette soudaine « intimité » avec le serpentard ne le gênait pas. Après tout, relativisa t-il, il avait l'habitude de voir ses camarades se doucher après les matchs de Quidditch. Mais là, c'était différent quand même. Ce n'était pas un de ses amis, c'était Drago, un garçon qui l'aimait. Finissant le torse blanc du blond, Harry fit glisser son gant sur le bras gauche de Drago. Il passa une première fois sur la Marque des Ténèbres terne puis se tourna légèrement vers Drago, qui l'observait en silence.
« -Ça t'a fait mal ?
-Comme si sa baguette c'était transformée en fer rouge.
-Mais, tu le voulais pas, n'est-pas ?
-J'en sais rien, Harry. J'ai baigné dans cet univers depuis ma naissance, j'étais programmé à devenir le parfait héritier du bras droit de ce monstre.
-C'est un peu comme chez les moldus, les parents racistes font des enfants racistes.
-Peut-être mais... mon cœur... je ne suis pas fier de ce que j'ai fait. Avant, plus jeune, j'étais fier de cette idée. Mais j'ai vu des choses horribles et puis je t'aime tant que... j'espérais que tu m'arrêtes, que tu m'éloignes de cette cruauté.
-Je suis désolé, Drago, tellement désolé. » souffla Harry en passant son gant humide sur le visage inerte du blond. « On trouvera une solution, je te le jure. »
Harry ravala une larme qui menaçait de s'enfuir de ses yeux puis se pencha vers le front de Drago, qu'il embrassa tendrement. Le fantôme sourit, ce petit geste de tendresse lui faisait apercevoir une lueur d'espoir.
Le soir venu, les Serpentards proposèrent à Hermione de venir les rejoindre à leur dortoir. Elle avait fait une très grande impression à tout le monde et ce fut avec plaisir qu'elle passa la soirée dans leur salle commune. Vers dix heures du soir, Harry alla se coucher. Peu de temps, après, Drago s'excusa puis disparut à travers le mur. Il monta dans la chambre où le brun s'était installé. La seule source de lumière dans la pièce était une petite bougie que Drago éteignit d'un geste de la main. Ce qui était bien quand on était fantôme, c'était qu'on y voyait aussi clair le jour que la nuit. Et Drago apercevait très bien le corps du Griffondor allongé dans le lit à baldaquin.
Le brun dormait déjà à poings fermés. Drago s'avança lentement puis se mit à flotter au-dessus du corps inerte d'Harry. Le blond ne souhaitait qu'une chose, pouvoir sceller ses lèvres fines à celles qu'il fixait avec désir, elles qui avaient l'air si suaves. Et alors qu'il contemplait le visage d'Harry, Drago se sentit soudainement tiré vers l'avant. Il voulut crier mais tout devint noir autour de lui. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il se trouvait dans un petit village anglais, en face d'une maison coquette.
Le sang-pur regarda autour de lui, un couple marchant sur le trottoir d'en face le salua. Ne comprenant pas ce qu'il s'était passé, Drago se retourna pour faire face au bâtiment. En regardant la boite aux lettres de couleur verte, il vit de fines lettres argentées ressemblant beaucoup à sa propre écriture.
« -Godric's Hollow... »
