Bonjour, nouveau chapitre: Hélie, Connor et Achilles sont désormais les seuls habitants de Davenport.
J'ai introduit dans ce chapitre des mots mohawk (traduit à côté).
Enjoy!
Chapitre VI
Hélie et Connor était tous les deux assis en tailleur sur un lit. L'un écrivant des adresses sur des enveloppes, l'autre les remplissant d'une lettre au seau des Assassins.
Achilles leur avait confié cette tâche : envoyer au plus grand nombre d'Assassins la missive de faire courir de fausses informations sur Hélie. Celle-ci ne savait qu'en penser. Elle devait être protégée, elle le savait. Les Templiers savaient depuis désormais deux ans que l'élu se trouvait en Amérique et qu'en réalité, c'était une élue. Peu importe de qui ils avaient reçu ces informations, elles étaient justes et ils n'avaient pas attendus avant d'envahir tous les quartiers des Assassins. Plus de dix bases d'Assassins avaient été détruites et l'étau se resserrait autour de la jeune femme.
Hélie avait grandi. Elle atteindrait la vingtaine cette année là.
Son corps avait changé. Elle n'avait pas beaucoup grandit, elle restait assez petite pour son âge mais elle utilisait cet attribut comme un atout. En revanche, ses formes, ses courbes et sa poitrine la contraignaient. Elle s'enroulait la poitrine dans des bandes de tissus pour qu'elle ne la gêne pas. Certains jours elle se sentait mal intérieurement. Elle ne savait comment l'expliquer. Parfois, elle se levait avec une joie de vivre incompréhensible, d'autres fois, c'était avec un malheur sans raison qu'elle commençait ses journées. Difficile de parler de ses problèmes à Achilles, ou Connor. Elle ne voulait pas les déranger avec ses soucis de « fille ». Elle se rendait compte à présent à quel point il était important d'avoir des parents à ses côtés…
Être une femme ne la dérangea pas, mais si elle avait eu le choix, elle aurait voulu être un homme. Cela aurait sans doute apporté moins de soucis, moins de questions, moins de malheur.
Elle rêvait parfois qu'elle se retrouvait dans un champ de blé, avec un garçon. Il n'était pas toujours le même, mais à chaque fois le rêve était semblable : il lui souriait et s'avançait un peu plus dans le champ, en se retournant de temps à autre pour lui adresser un sourire…
Hélie s'entrainait dur, avec Connor, à devenir de jeunes guerriers, silencieux comme des ombres et agiles comme des chats. Ils savaient désormais manier les armes, le tomahawk, l'épée, l'arc ou le fusil. Achilles avait rempli son devoir de mentor.
-Et donc, parmi toute ces destinations ? Laquelle prendras-tu vraiment ?
Hélie regarda son ami qui remplissait les enveloppes. Les lettres demandaient aux Assassins de faire courir la rumeur qu'Hélie avait quitté l'Amérique pour l'Angleterre, l'Inde, l'Espagne ou même le Japon. Chaque lettre annonçait une destination différente.
-Je me rends en France, répondit Hélie, j'irais rejoindre un mentor prénommé Pierre Bellec. Je serais plus en sécurité là-bas. Enfin, normalement.
-Tu penses que les Templiers te retrouveront ?
-J'ai croisé beaucoup de Templiers, Connor, j'en ai même tué. Tout ce qu'ils ont vu, c'est une fille armée d'une épée qui leur transperçait le cœur. Rien ne me différencie des autres Assassins…
Hélie regarda son poignet. Oui, elle avait fini par rejoindre le rang des Assassins, elle avait même la lame secrète, comme son compagnon Connor. Mais sa tenue n'était pas aussi expérimentée que celle de son frère d'arme, et bien qu'elle possédait le statu de mentor, elle refusait d'en changer.
-A la Tea Time, l'an dernier, te rappelles-tu de ce que tu m'as dit ? lui demanda Connor.
-Oui, j'ai dit que je le tuerais.
-Oui, mais je me suis toujours demandé lequel de tous ces Templiers t'inspirait autant de haine.
-Son nom est Charles Lee, il est le bras droit de mon père.
Était-ce un effet de son imagination, ou Connor avait légèrement tressaillit à l'évocation du Grand Maître des Templiers ?
-Et pourquoi lui ? se risqua le jeune homme.
-Il était là lorsque ma mère a été tuée. Je le soupçonne de faire partit de ceux qui mettent le feu à mon village depuis tant d'année.
Hélie ressentit alors une grande tristesse en se rendant compte que cela faisait plus de dix ans qu'elle n'était pas retournée sur ses terres natales. Quelle abjection…
-Je croyais que la vengeance était un cercle vicieux auquel tu ne voulais pas te mêler. lança Connor avec sarcasme.
Hélie le regarda avec un sourire :
-Je ne cherche pas la vengeance, Connor, j'ai fait le deuil de ma mère depuis longtemps et même si elle me manque toujours, je n'irais pas retourner tous les quartiers des Templiers pour le retrouver. Simplement, je lui déconseille de croiser un jour ma route, car je ne serais pas clémente…
Ils recommencèrent leur besogne, Hélie souriait en se voyant ainsi projetée dans ces pays lointain : Chine, Russie, Nouvelle Zélande… Après tout, pourquoi pas. Malgré son appréhension à quitter les siens, elle éprouvait néanmoins une envie de voyager dans tous ces pays. Dans moins d'une semaine, elle serait sur un navire, direction Paris…
-Hélie.
La jeune femme s'arrêta et revint sur ses pas, devant le bureau d'Achilles.
-Viens, s'il te plait.
Elle s'exécuta et s'assit en face de lui.
-Avez-vous fini ?
-Oui, Connor est parti remettre les lettres à un porteur. Les Assassins devraient les recevoir dans quelques jours je pense, cela dépend de la destination.
-Bien… Et toi Hélie, comment vas-tu ?
Hélie réfléchie. Comment allait-elle vraiment ? Elle était un peu perdue, serte. Toute cette agitation, ces décisions. Elle détestait être au centre de l'attention, mais elle l'était depuis le début…
-Je vais bien, Achilles. répondit-elle. Partir ne me fais pas peur, si c'est ta question… Je suis grande désormais.
Tous deux se sourire.
-Dans ce cas… Je ne m'inquiète pas. Mais écoute moi Hélie, tu ne reviendras pas de sitôt, peut-être même que tu ne reviendras jamais. Alors, prend bien le temps de faire tes adieux. Surtout auprès de ton peuple…
Hélie hocha la tête, l'air de nouveaux sérieux. Achilles avait raison.
Hélie rabaissa sa capuche pour laisser son visage visible. Les hauts arbres l'entouraient, ceux les mêmes auxquels elle grimpait étant petite. Les chansons de son peuple se répercutaient dans la forêt et elle se rappela à quel point tous cela lui avait manqué.
Lorsqu'elle pénétra dans l'enceinte du village, le silence se fit autour d'elle. Les enfants s'arrêtèrent de jouer, les hommes qui s'apprêtaient à partir à la chasse se figèrent. Hélie regarda ses visages qui la fixaient avec un mélange de crainte et d'étonnement. Elle se sentit honteuse de les avoir ainsi quitté et de n'être jamais venue les revoir. Elle brisa le silence et cria à tous ses gens.
-Khwe. (Bonjour)
-Tánon'ónhka ní:se' ? (Qui es-tu ?) demanda, soupçonneux, un chasseur.
-Hélie !
Tout le monde se retourna. Hélie, du haut de sa monture, voyait au loin qui avait parlé. Elle descendit de cheval, toute émue, et s'approcha de la matriarche.
-Oiá:ner…
-Cela fait si longtemps, dit la vieille femme avec un accent, mais tes origines se voient toujours !
Elles se serrèrent dans leur bras, Hélie ne cessait pas de sourire.
-Je ne cherche pas à les cacher Oiá:ner. J'en suis même très fière...
Elle regarda son village et s'adressa à tout le monde :
-Je suis désolé d'être ainsi partie, et de ne jamais être revenue vous voir. Ce fut égoïste de ma part.
La matriarche hocha la tête et invita la jeune femme à la suivre. Hélie sentait tous les regards fixés sur elle, la honte rougit ses joues et elle préféra baisser la tête. Pourquoi n'était-elle jamais revenue ? Était-ce le souvenir de sa mère qui l'avait empêchée de rentrer ? Pourtant, elle disait avoir fait son deuil.
Les mohawks vivaient dans de longues maisons pouvant accueillir plusieurs familles à la fois. Un feu brûlait au milieu, des herbes séchaient sur les côtés. Les maisons étaient décorées avec des tapis tissés et des attrapes-rêves en plumes. La matriarche invita Hélie à s'asseoir auprès du feu, sans dire un mot. Elle lui tournait le dos et fouillait quelque chose au sol.
-Kaniehtí:io, ta défunte mère, m'a fait promettre de ne te remettre ceci que lorsque tu reviendrais de tes années t'apprentissage.
Elle se retourna, une boite à la main. Hélie la regarda avec méfiance et intérêt à la fois. Oiá:ner la lui déposa devant elle et l'ouvrit.
Hélie fit la grimace.
-Un fragment d'Eden. cracha-t-elle avec dégoût.
-Oui Hélie.
-Depuis combien de temps est-il ici ?
-Depuis ta naissance, c'est Junon qui l'a amené lorsque tu es née. Ta mère m'a demandé de la caché jusqu'à aujourd'hui… Junon l'a apporté car c'est plus qu'un fragment d'Eden, c'est une clef.
L'objet brillait d'une lumière étrange, qui se déplaçait le long des lignes qui la façonnaient.
-Il est te ton devoir de la cacher désormais, Hélie.
La jeune femme approcha ses mains de la boite. La pomme s'éclaira de plus en plus et émit un bruit étrange. Un bourdonnement emplit la pièce, un bruit étrange, malveillant et inquiétant. Hélie se résigna à la toucher et referma la boite d'un coup.
La lumière s'éteignit, le bruit cessa.
La jeune femme se leva d'un coup, prenant la boite avec elle. Elle semblait à la fois pressée, perdue et angoissée. Son souffle était court, comme si elle venait de courir. Elle s'apprêta à sortir, bégayant des excuses à la matriarche.
-Pardonne moi Oiá:ner, mais je dois partir… d'ici quelques semaines, j'aurais quitté ces terres pour Paris. Comprend mes frères d'armes, je dois être mise en sécurité. Je n'ai jamais voulu cela et mère non plus d'ailleurs…
Elle essaya de reprendre son souffle.
-Je te remercie d'avoir exécuté les dernières volontés de ma mère en gardant cette boite. Niá:wen (merci).
Hélie tourna les talons mais la matriarche l'arrêta d'une main, sa voix calme apaisa Hélie :
-Je sais mon enfant. Les esprits t'ont confiés d'une lourde tâche… Mais ton esprit est fort et sage, tu sauras accomplir ta destinée. Mais ne la prend pas trop à cœur, vis ta vie et soit heureuse.
Hélie hocha la tête, Oiá:ner était de bons conseils. Elle la salua et partit.
-Que les esprits te guident dans ton périple, Hélie. Ó:nen (adieu).
Hélie reprit sa monture et partit en saluant son peuple, quelques enfants l'accompagnèrent en courant à côté de son cheval, avant d'être rappelé par leurs parents.
Quelque chose n'allait pas. Elle avait la gorge serrée et une étrange brume brouillait son esprit. La boite dans ses mains moites, elle quittait son village comme le jour où elle avait fait son choix.
Mais cette fois-ci, c'était différent. Elle n'irait pas au domaine, pas tout de suite. Elle devait aller à un autre lieu avant...
