Entre la vie et la mort
Chapitre 6
Son diner terminé, Léonard se leva de table, salua ses collègues et partit se coucher. Comme la veille, il s'endormit sitôt la tête posée sur l'oreiller.
Ne voulant surtout pas déclencher la colère du médecin en le réveillant, Spock remit la discussion qu'il espérait tant au lendemain. Il faisait encore jour et chaud à la surface de Faradrina. Spock mit sa robe de méditation et sortit rejoindre ses compatriotes. Torgan et ses fils discutaient des écrits Fabriniens dont la traduction avançait trop lentement au goût du patriarche.
A bonne distance, Svagak et Solan parlaient à bas bruit. Spock ne cherchait pas à les espionner, mais de par l'expression de Solan, plus enclin à laisser ses émotions s'exprimer, il comprit que les deux vulcains étaient en désaccord. Spock choisit de ne pas s'en mêler. Il lui était déjà difficile de régler sa dispute avec Léonard, il était inutile de se mêler des affaires des autres.
Le demi-vulcain opta donc pour un lieu à l'écart des six autres scientifiques. Il s'installa sur l'un des pics rocheux surplombant la vallée et commença sa méditation.
Les lumières dans la grotte étaient éteintes depuis longtemps quand Spock revint pour se coucher. Il se changea sans bruit et se glissa dans le lit qui était le sien, à une courte distance de celui de Léonard.
Mais une heure plus tard, le demi-vulcain ne dormait toujours pas. Le froissement des draps et les mouvements de Léonard le perturbaient. Qu'avait donc le médecin à bouger autant ? Etait-il en proie à un cauchemar ? Si tel était le cas, Spock ne devait-il pas y mettre un terme en le réveillant ? Entrevoyant enfin une opportunité de lui parler, Spock se leva et secoua très légèrement l'épaule du médecin qui s'assit d'un bond dans son lit. Malgré la semi-obscurité, Spock percevait la détresse de ce dernier. Son regard allant de la droite vers la gauche, le souffle rapide, la sueur coulant de son front, tous ces indices ne laissaient aucun doute à Spock. Léonard, bel et bien réveillé d'un cauchemar, avait peur et était désorienté.
Spock posa un doigt sur ses lèvres et une main sur l'épaule du médecin avant de lui indiquer la sortie.
Tous deux parcoururent environ deux cent mètres avant de s'asseoir sur un rocher. L'endroit était faiblement éclairé par deux lunes jumelles posées sur la ligne d'horizon. A cette heure de la nuit et sous cet éclairage surprenant, l'étendue désertique de Faradrina était d'une couleur rose pâle. Cette couleur semblait apaiser le Docteur McCoy qui prit une grande inspiration avant de prononcer ces mots : « L'endroit est magnifique. »
« En effet, Docteur. »
Un silence de quelques minutes suivit ce premier échange. Spock ne savait par où commencer.
« Docteur, vous vous sentez bien ? »
« Oui, Spock. Ce n'était qu'un cauchemar. »
« Voulez-vous en parler ? » proposa Spock.
« Non, c'est inutile. Et puis d'ailleurs, vous n'y connaissez rien. Les Vulcains ne font pas de cauchemar, c'est bien ce que vous m'avez dit un jour, n'est-ce pas ? Laissez donc l'interprétation des rêves aux humains, Spock. » Termina Léonard, d'une voix sombre mêlée de sarcasmes.
Spock décida de ne pas laisser passer l'occasion de s'expliquer.
« Pour ma part, étant à demi-humain, il m'est arrivé d'en avoir, du moins lorsque j'étais enfant… Léonard, j'ai parlé à Jim avant notre départ. Il m'a rapporté qu'une de mes actions vous avait blessé. Malheureusement, il ignorait laquelle. Je souhaiterai aujourd'hui la connaître afin de comprendre cette montée de ressentiment à mon égard. J'ai parfaitement conscience que nos disputes ces trois dernières semaines ont augmentée de 35.326 %. Ce qui n'était alors que d'amicaux débats animés ont récemment dégénérés en querelles…dont la conséquence est notre exil, sur Faradrina. »
« Nos débats amicaux…C'est comme cela que vous les appelez ? » Gloussa Léonard.
Voir aussi soudainement apparaître un sourire sur le visage de Léonard détendit Spock qui ajouta : « Si des excuses sont nécessaires au rétablissement d'une paix durable entre nous, je suis disposé à vous les donner, mais il me faut d'abord connaître certaines informations, Docteur. »
Cette fois, Léonard s'était mis à rire.
« Spock, vous êtes bien le fils d'un diplomate ! Très bien, » dit-il dans un murmure, « Je vais vous dire ce qui m'a blessé. Vous souvenez vous de notre promenade sur le pont d'embarquement de la station de Pyrasus IV…L'Entreprise y a fait une brève escale, le mois dernier.»
Spock n'eut pas à chercher bien loin dans sa mémoire, il se souvenait de cette journée parfaitement. Léonard et lui-même avaient gentiment été invités à sortir du bureau de la vice-amiral Trenengen qui souhaitait s'entretenir avec Jim en privé, appelez ça un tête à tête ou un diner aux chandelles, comme vous vous voulez. De ce fait, Léonard et lui s'étaient offert une longue ballade sur le pont d'embarquement avant de retourner à bord de l'Entreprise.
« Nous marchions tranquillement quand une délégation de vulcains nous a approché. Une femme d'un certain âge accompagnée de cinq vulcains, dont trois d'entre eux au moins devaient être ses gardes du corps. Vous vous êtes arrêté et vous êtes agenouillé devant elle… » Léonard avait interrompu son récit, son regard porté au loin s'était de nouveau assombri, constata Spock qui crut bon de poursuivre à sa place…
« Il s'agissait de T'Yallane. Elle est la matriarche du deuxième plus puissant clan de Vulcain. Elle est ce que T'Pau est pour le mien…Il est normal que je me sois incliné devant elle. »
« Oui… » Reprit Léonard. « Vous en aviez fait de même, face à T'Pau lors de votre pseudo-mariage…Je l'ai parfaitement entendu décliner votre identité. T'Yallane vous connaissait ainsi que votre père…Mais à l'énoncé du nom de votre mère, suivi de ces deux mots : une humaine, son timbre de voix s'est durci. »
Un silence pesant venait de tomber sur Faradrina.
« En effet, elle a cité le nom de ma mère et a rappelé son origine humaine. » Murmura Spock, soudain mal à l'aise.
« Et par conséquent la vôtre. Vous avez baissé les yeux et vos épaules se sont affaissées comme si une chape de plomb venait de s'y poser…et j'ajoute que vous n'avez rien dit…Comprenez-vous Spock ? Vous n'avez rien dit…Vous auriez pu relever la tête et lui répondre fièrement : oui, ma mère est humaine et je suis à moitié humain ! Ceux-là ont leurs qualités…etc…Mais vous n'avez rien dit. Que pensez-vous réellement de nous, Spock ? Avez-vous honte à ce point de vos origines humaines ?... Puis un appel à retenti à travers la promenade, les passagers du vol en direction de Vulcain étaient invités à rejoindre leur pont d'embarquement. Elle vous a adressé quelques mots en Vulcain avec dédain et ils sont partis. »
Spock soupira, ce souvenir était visiblement un souvenir douloureux. Il comprenait maintenant la réaction de Léonard.
« Vous rendez-vous compte, Spock, qu'en seulement deux mots, elle a exprimé tout le mépris qu'elle ressentait à l'égard des humains…Ces deux mots sonnaient comme une insulte ! Elle aurait tout aussi bien pu vous cracher dessus que cela aurait été pareil ! …Une humaine !...Mais votre silence en a dit encore plus ! Votre silence et votre attitude m'ont fait réaliser à quel point être appelé un humain était pour vous une insulte. Mais alors, comprenez-vous ce que j'ai pu ressentir à cet instant, moi qui me trouvais à vos côtés et qui suis 100% humain ? Je me suis senti insulté et humilié … Une merde dans laquelle il ne faut surtout pas marcher…»S'emporta Léonard.
« Vous avez raison de m'en vouloir, Léonard. Je suis désolé pour mon attitude et pour mon silence. J'aurai dû réagir comme vous venez de le dire…J'aurai dû redresser la tête et défendre les humains mais je ne l'ai pas fait. Je ne m'attends pas à ce que vous compreniez ma réaction. Laissez-moi seulement vous dire que toute mon enfance … »
« Non, Spock ! Vous ne me devez aucune explication. J'ai été stupide de réagir ainsi. Je me suis emporté contre vous mais c'est contre cette femme que j'aurai du m'emporter. Elle était là devant moi et je n'ai rien dit …Je l'ai laissé nous insulter, car j'ai bien compris au ton de sa voix que les mots qu'elle a prononcé ensuite n'étaient pas des mots doux à entendre… Je m'excuse, ce n'était pas votre rôle de défendre la race humaine. Vous n'êtes pas notre ambassadeur…même si vous avez toutes les qualités pour en devenir un bon. »
Léonard s'était tût, retrouvant un semblant de calme. Ce brutal changement d'attitude déconcerta Spock…Les humains, et celui-ci en particulier, ne sont-ils pas difficiles à cerner ?
« Encore toutes mes excuses pour mon attitude, Léonard. Pour répondre à votre question, j'ai la plus haute estime pour les humains…mais être à moitié humain et à moitié vulcain est plus compliqué qu'être seulement l'un ou l'autre. »
« Je n'en doute pas…Et maintenant ? Pouvons-nous considérer que nous avons enterré la hache de guerre ? » Demanda le médecin, dont le visage laissait voir son immense fatigue.
« Assurément, Docteur. »
Tous deux reprirent le chemin de la grotte, se promettant de se retrouver ici tous les soirs pour un petit débriefing sur le vécu de cette mission, histoire de consolider leur paix et leur amitié retrouvées.
A suivre…
