Bon, alors me revoilà... Je vous ai manqué??

Alors d'abord, quelques petites choses importantes : Premièrement, merci mille fois à Gwendolen66 dont le "roman" m'a empêché de balancer cette fic à la poubelle... (mode reconnaissance éternelle ON). Ensuite, Yume, tu es trop chou, je sais vraiment pas ce que je deviendrais sans toi, sachez que c'est grâce à elle que ce chapitre ressemble à peu près à quelque chose...

Enfin, bien évidemment, un énorme merci et mille bisous à toutes les personnes qui m'ont laissé une review, vous êtes trop gentils, je vous aimeuh!!! (ça y est, elle craque...)

Chapitre 6

Fixant les bourrasques qui continuaient à souffler au centre de l'ovale scintillant, le ninja, la princesse et le jeune archéologue virent le paysage changer pour laisser apparaître un minuscule village semblable à ceux où ils s'étaient arrêtés au cours de leur voyage vers la capitale, constitué de quelques maisons frileusement recroquevillées autour d'une petite place centrée par une grande sculpture de glace qui représentait un inconnu sur un socle de pierres blanches rongées de vieillesse.

Au centre de la place, un enfant courait. Petit, emmitouflé dans des fourrures presque aussi blanches que la neige, quelques mèches blondes s'échappant de sa capuche, il se précipitait de toute la vitesse que ses petites jambes lui permettaient vers une des maisons, un grand sourire radieux aux lèvres, tenant dans ses petites mains gantées un objet invisible fermement serré contre lui, ses grands yeux bleus étincelant de joie.

Il atteignit une des maisons, sur le seuil de laquelle se tenait une silhouette blanche, immobile, le regardant arriver sur elle. Sans un mot, qui de toute manière aurait été balayé par le souffle du vent, la silhouette ouvrit la porte de bois massif et s'effaça pour laisser l'enfant entrer avant de pénétrer à sa suite à l'intérieur de la demeure. L'enfant stoppa sa course aussitôt entré et se retourna vers l'autre personne, abaissant d'une main la capuche qui lui recouvrait la tête, gardant l'autre serrée contre lui. Levant les yeux vers la femme qui se débarrassait à son tour des épaisses fourrures qui l'enveloppaient, il lui sourit, de ce sourire étincelant que les jeunes enfants, ne connaissant pas encore l'inévitable usage de l'hypocrisie, réservent à ceux qu'ils aiment. Vêtue d'une longue robe blanche bordée de fourrure bleu sombre, ses longs cheveux blonds retenus en arrière de sa tête par un ruban du même bleu avant de cascader jusqu'à ses reins, la femme s'agenouilla pour mettre ses yeux à la hauteur de ceux du petit garçon qui continuait à sourire, et sourit à son tour.

« Regarde, maman… C'est pour toi… »

Sans se départir de son sourire, la femme baissa les yeux, son regard quittant le visage rayonnant de son fils pour se poser sur le trésor qu'il avait jusqu'ici précieusement gardé serré contre lui. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement en se posant sur les couleurs vives de la fleur que l'enfant lui tendait, un sourire triomphant aux lèvres.

« C'est pour toi. Elle est belle, non ? C'est pour ton anniversaire… Enfin, je sais que c'est pas maintenant, c'est dans… heu… onze jours, enfin je crois que ça fait onze jours, c'est papa qui me l'a dit hier, mais en fait si c'était hier alors ça fait pas onze jours, hein, aujourd'hui ça doit faire dix jours, non ? Mais comme je l'ai trouvée aujourd'hui, alors je te l'ai ramenée, parce que dans onze jours… non, dans dix jours, ben elle sera fanée, et elle sera plus aussi belle, alors c'est en avance, mais c'est pas grave, hein ? Je veux dire, peut être que j'en trouverai une autre, mais c'est pas sûr, alors… »

Toujours souriante, la femme leva une main et posa un doigt fin sur les lèvres de l'enfant pour interrompre le flux de paroles.

« Elle est très belle, Fye. Vraiment très jolie. Je te remercie… »

Se penchant un peu plus, elle pris l'enfant dans ses bras pour le serrer contre elle, prenant un soin tout particulier à ne pas écraser la fleur entre eux. Caressant tendrement les mèches bondes de son fils, si identiques aux siennes qu'elles se mêlaient à ne plus pouvoir les distinguer, elle sentit sans le voir le sourire heureux de l'enfant qui referma ses petits bras autour de son cou.

Le sourire du roi de Seles s'élargit devant l'expression des trois prisonniers. Ils semblaient presque hypnotisés par l'image qui leur était projetée, leurs yeux fixés sur la mère et l'enfant serrés l'un contre l'autre, vision d'un passé pas si lointain mais néanmoins depuis longtemps révolu.

« Il est mignon, non ? Tellement innocent. Comme tous les enfants à cet âge, d'ailleurs. Mais certains ont ce petit quelque chose en plus qui les rend particulièrement irrésistibles aux yeux des adultes… »

Aucun ne répondit. Nul besoin de réponse, par ailleurs. L'effet recherché avait manifestement été atteint, et Ashura pouvait lire dans leurs yeux la multitude de pensées que la vue de l'enfant avait déclenchées chez eux. La petite princesse, blottie contre l'archéologue, avait légèrement desserré sa prise sur sa main, un peu penchée en avant, comme pour mieux détailler les traits de l'enfant. Shaolan, lui, avait également un peu relâché sa pression autour des épaules de Sakura, et semblait partagé entre la fascination suscitée par le spectacle qui s'offrait à lui et un intérêt plus prosaïque pour la technique utilisée par le roi. En vérité, le seul à être resté aussi tendu était Kurogane, qui lui n'avait pas relâché d'un millimètre son étreinte autour du corps étendu de Fye, les sourcils froncés au-dessus de yeux voilés par l'inquiétude et une colère grandissante.

La lourde porte du cachot grinça soudain, les tirant de leur contemplation muette. Deux gardes solidement armés firent leur apparition, s'approchant du roi pour lui murmurer un message à l'oreille. L'expression d'Ashura se durcit, et il fit brusquement volte face, manquant de peu de heurter les gardes qui firent un bond en arrière pour éviter la collision. Se dirigeant vers la porte, le roi, avant de sortir, se tourna légèrement vers les prisonniers.

« Malheureusement, je dois vous quitter pour le moment. Mais je vais revenir, et en attendant, je vous laisse en bonne compagnie… »

Et il sortit, suivi des deux gardes, laissant derrière lui les trois captifs face à cette vision du passé qu'il avait déployée devant leurs yeux, dans laquelle une femme serrait contre son cœur un enfant qui, en grandissant, deviendrait la quatrième personne toujours inconsciente étendue sur le sol de pierre de leur prison.

Quasi instinctivement, Kurogane resserra encore son étreinte autour du corps frêle du magicien étendu contre lui, comme s'il voulait protéger l'adulte à défaut de pouvoir protéger l'enfant. Il savait que le petit ange qu'il voyait sourire joyeusement allait à un moment ou à un autre grandir et devenir le Fye qu'il connaissait, mais il avait malgré tout un peu de mal à réaliser qu'il ne s'agissait que d'une seule et même personne. L'enfant était rieur, malicieux, taquin, tout comme l'adulte qu'il était devenu, mais pourtant il y avait une chose qui les séparait, une chose qui aurait presque pu faire croire qu'il s'agissait de deux personnes différentes. Le sourire. Radicalement différent. Incomparable. Et la question était : comment une sourire aussi franc, aussi évidemment heureux, avait pu finir par devenir juste un mensonge de plus ?

Le silence régnait dans la maison endormie. Dans un coin de la pièce principale séparé du reste par un rideau légèrement transparent, l'enfant blotti sous ses couvertures souriait dans son sommeil, ses mèches blondes éparpillées sur l'oreiller. La porte s'ouvrit et parmi les flocons de neige tourbillonnant entra un homme. Grand et robuste sans l'être trop, ses cheveux bruns couverts d'une couche de flocons blancs qui lui donnait un étrange air poivre et sel… Il pénétra dans la maison et ferma doucement la porte derrière lui, faisant taire les rugissements du vent qui se déchaînait à l'extérieur. Toujours planté dans l'entrée, il posa le grand sac qu'il portait sur son épaule et passa la main dans ses cheveux pour en faire tomber la neige. Il s'apprêtait à faire de même avec celle qui couvrait ses épaules quand une main fine et délicate s'en chargea à sa place, doucement, en silence. Il suspendit son geste un instant avant d'attraper la main en question pour la serrer entre les siennes. Puis il se retourna pour faire face à sa propriétaire qui le regardait en souriant, ses yeux bleus pétillant d'un bonheur paisible. Toujours sans rien dire, il porta la main de son épouse à ses lèvres et y déposa un baiser, avant de la lâcher pour entourer de ses bras la fine taille de la jeune femme et la serrer contre lui.

Celle-ci posa doucement ses mains sur ses épaules et pressa son front contre le sien. Ils restèrent un long moment ainsi, avant qu'un léger murmure ne les fasse détourner la tête vers le coin de la pièce où l'enfant dormait. Toujours sans faire de bruit, l'homme s'approcha du lit et, écartant le rideau, contempla le petit garçon roulé en boule qui marmonnait dans son sommeil. Posant une large main sur le front pâle de l'enfant, le père sourit avec tendresse avant de se tourner vers la mère qui l'avait suivi.

« Plus le temps passe et plus il te ressemble… Tant mieux, d'ailleurs… Il a tes yeux et tes cheveux blonds…

- Mais il a hérité de ton sourire. » La jeune femme posa sa main sur le bras de son époux, ses traits délicats irradiant la douceur la plus absolue. Ses yeux se posèrent à leur tour sur le visage de son fils, et son sourire s'agrandit.

« Regarde ce qu'il m'a ramené aujourd'hui. C'est pour mon anniversaire. Elle est magnifique, n'est-ce pas ? »

Les yeux de l'homme se posèrent alors sur la fleur colorée qui trônait seule dans un vase translucide à la tête du lit. Ses sourcils se froncèrent imperceptiblement avant de se détendre presque immédiatement. Sans répondre, il regarda alternativement la fleur, puis l'enfant, puis à nouveau la fleur. Il se leva, prenant la main de sa femme pour la ramener près de la table.

« Elle est très belle, en effet. Où l'a-t-il trouvée ?

- Je l'ignore. Il me l'a ramenée tout à l'heure, et il avait l'air si content de lui que je ne lui ai pas demandé. Pourquoi ?

- Une fleur, en plein hiver ? C'est… étrange, non ? »

Voyant l'expression perplexe de la femme, l'homme n'insista pas et lui sourit, déposant un baiser léger sur son front.

« Aucune importance. Raconte-moi plutôt ce que j'ai raté depuis que je suis parti. »

« Kurogane-san ? » La petite voix de Sakura tira brutalement le ninja de la contemplation de la scène qui défilait devant leurs yeux. Depuis qu'Ashura était sorti, aucun des trois prisonniers n'avait détaché les yeux du mur qui leur faisait face, où se dévoilait un passé qu'ils n'avaient pas vraiment demandé à connaître. Kurogane se tourna vers la petite princesse qui le regardait avec des yeux agrandis d'inquiétude mêlée d'indécision.

« Non. » Une réponse claire et nette à une question qui n'avait même pas besoin d'être posée. Non, ils ne devraient pas. Ils n'avaient pas le droit de regarder ça, aucun d'entre eux. Il avait voulu savoir, certes, il avait même été jusqu'à tenter de forcer le magicien à lui parler, mais se taire, il s'en rendait bien compte, était le droit absolu du magicien en question. S'il ne voulait pas dire quoi que ce soit au sujet de son passé à ses compagnons, il en avait le droit, et il était de leur devoir à eux de respecter ce choix. Et Ashura, mille fois maudit soit-il, n'avait en aucun cas le droit de passer outre la volonté de Fye. Et Kurogane se sentait encore plus coupable de son incapacité à s'empêcher de garder les yeux rivés sur cette fresque animée que le roi avait créée pour eux. Vrai, il voulait savoir, mais il aurait surtout voulu que Fye lui dise. Savoir de cette manière était d'abord un incroyable manque de respect envers le magicien, et surtout une façon de rentrer dans le jeu malsain du roi, ce qui agaçait particulièrement le ninja. Mais malgré lui, bien que sachant qu'il ne devait pas, bien que sachant également qu'il allait le regretter et qu'à un moment ou à un autre il aurait à en répondre devant Fye, il ne put empêcher ses yeux de se poser à nouveau sur ce mur fatal qu'il commençait bizarrement à haïr, où le jour se levait.

« Papa ! »

L'enfant traversa la pièce comme une flèche pour se jeter dans les bras de l'homme qui le souleva de terre comme s'il s'agissait d'une plume. Serrant son fils dans ses bras, il sourit en voyant la moue boudeuse du petit garçon qui venait de comprendre que son père était rentré de voyage la veille au soir et qu'on ne l'avait pas réveillé. Frottant le bout de son nez contre le sien, il vit la moue disparaître pour laisser place à un immense sourire rayonnant.

L'homme souleva l'enfant et l'assit sur la table au centre de la pièce, avant de s'asseoir à son tour sur le banc pour amener son visage à la hauteur du sien. Il passa doucement ses doigts dans les mèches blondes, ses yeux noirs plongés dans les joyaux bleus qui lui faisaient face, et sourit en réponse au sourire lumineux qui éclairait le visage légèrement interrogateur de l'enfant.

« Dis-moi un peu, petit bonhomme, qu'est-ce que tu as fait de beau en mon absence ?

- Ben… pas grand-chose, parce qu'il neigeait très très fort et maman a dit qu'il faisait trop froid pour sortir… Moi je trouvais pas, mais elle a quand même pas voulu que je sorte, et je suis resté à l'intérieur, c'était super ennuyeux, en fait, mais il neigeait moins fort hier, alors elle a dit que je pouvais aller dehors finalement…

- Tu sais ce que je t'ai dit sur le sujet, hein ? Quand je ne suis pas là, tu dois faire exactement ce que dit ta mère.

- Je sais, je sais… » L'homme sourit à nouveau en voyant la moue boudeuse réapparaître. Son fils avait beau n'avoir que bientôt cinq ans, il était déjà particulièrement difficile de le faire tenir tranquille, à croire que cet enfant était incapable de rester sagement assis quelque part sans bouger.

« Bon, et hier tu es sorti, alors ? Ta maman m'a montré ce que tu lui avait ramené pour son anniversaire…

- Elle est belle, hein ??

- Oui, elle est très belle, mais je voudrais que tu me dises où tu l'as eue, exactement. Où l'as-tu trouvée ?

- Ben dans la forêt… Enfin j'y suis pas allé, tu sais, enfin pas vraiment, juste dans l'entrée, je voyais encore la maison, c'est pas comme si j'étais vraiment entré dans la forêt, pas vrai ? Parce que tu as dit que je devais pas y aller, alors j'y suis pas allé… »

Re-sourire. Bien sûr qu'il était allé dans cette forêt. Il ne pouvait pas non plus s'en empêcher. A croire que cette amas d'arbres biscornus et tout rabougris l'attirait comme un aimant. Mais ça n'était pas ça qui intéressait son père.

« Fye. Où as-tu trouvé cette fleur ? » Surpris par le ton grave de son père, l'enfant le fixa un moment, déconcerté, avant de répondre.

« Heu… sur un arbre… En fait, j'ai trébuché, et je me suis rattrapé à une branche qui était juste à ma hauteur, et quand j'ai regardé elle était juste à côté de ma main. Elle était jolie, et je me suis dit qu'elle plairait à maman… J'aurais pas dû ? »

Le cœur soudain serré, le père dévisagea son fils, sans répondre. Au prix d'un effort immense, il lui sourit, secoua la tête, et lui fit signe qu'il pouvait partir. Aussitôt, l'enfant sauta au bas de la table et s'enroula dans son manteau avant de sortir de la maison. Une fois la porte refermée sur le petit, l'homme posa lourdement ses coudes sur la table et laissa tomber sa tête sur ses mains.

Une fleur en plein hiver qui pousse sur un arbre mort… Tous les arbres de cette forêt n'avaient pas porté de feuilles depuis des années, et encore moins de fleurs. Ses yeux se posèrent sur le violet profond des pétales, contrastant avec le vert vif de la tige. Cette fleur… Un cauchemar… ce n'était sûrement qu'un cauchemar. La magie était interdite aux basses classes à Seles, seule l'élite avait le droit de la pratiquer, et encore… Mais cette fleur…Il n'y avait pas trente-six explications, et tous les habitants de Seles sans exception connaissaient la légende du magicien qui faisait pousser les plantes parmi la neige. Peut être n'était-ce qu'une légende, mais force était d'admettre que cette fleur dans son vase n'aurait en toute logique pas dû s'y trouver. Fye ne s'en était probablement même pas rendu compte, et il n'avait aucune raison de mentir. Il avait fait pousser cette fleur pour l'anniversaire de sa mère, et cela n'avait qu'une seule et unique signification…

« Magicien… »

« Non… pas mon fils… non… »

L'homme se leva d'un bond et se tourna pour faire face à la mère de l'enfant qui se tenait dans l'embrasure de la porte, livide, les mains serrées sur son cœur, sur le point de s'effondrer. Elle n'avait entendu qu'un mot, un simple mot, mais cela lui était amplement suffisant. En trois pas il fut près d'elle et la prit dans ses bras, la serrant contre lui pour l'empêcher de tomber autant que pour se raccrocher lui-même à quelque chose.

« Ne crains rien… On va lui dire… lui expliquer… qu'il ne doit en parler à personne… et ne jamais refaire ça… Nous ne dirons rien… Et personne ne saura… Personne ne saura… »

Soudés dans une étreinte presque désespérée, les deux parents se jurèrent de protéger leur fils, de garder un silence absolu sur ses étranges capacités, et que personne, jamais, ne saurait que leur enfant était un magicien… Jamais.

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Etre un magicien n'était pourtant pas un crime… Chez lui, au Japon, les gens dotés de pouvoirs magiques étaient très appréciés, bien que rares. En règle générale, il s'agissait des prêtresses, douces princesses chargées de dresser des kekkais pour protéger les différentes régions du pays, et à qui jamais, au grand jamais, personne ne songerait à faire du mal. Mais depuis que l'une de ces princesses l'avait envoyé contre son gré dans ce voyage qui semblait sans fin, Kurogane avait traversé assez de mondes, rencontrés suffisamment de peuples différents pour savoir que tous n'avaient ni la même vision des choses en général, ni la même conception de ce qui était bien ou ce qui était mal. De ce fait, il pouvait parfaitement concevoir, réflexion faite, que quelque part il existe un monde où la magie était prohibée. Mais de là à ce que des parents craignent à ce point que quelqu'un découvre que leur enfant possède des pouvoirs magiques… Il s'agissait certainement d'une antique peur ancestrale qui, remaniée par des siècles de légendes déformées, avait conduit à cette crainte irraisonnée de la magie. Mais même sachant cela, il ne put s'empêcher d'avoir le cœur serré en voyant les deux parents tenter de toutes leurs forces de protéger le secret de leur fils. Surtout qu'à défaut de connaître la suite de l'histoire, il en connaissait la fin.

« Je suis désolé… Je l'ai pas fait exprès, je te jure, mais je sais pas ce qui s'est passé, c'est parti tout seul, c'est pas de ma faute, je suis désolé…

- Fye… Tais-toi une minute, tu veux bien ? » L'homme soupira d'un air las.

Combien de temps encore ? Combien de temps allaient-ils pouvoir dissimuler les exploits de leur fils, exploits de plus en plus remarquables, dans tous les sens du terme ? Car Fye avait depuis longtemps dépassé le stade des fleurs qui poussent sur les arbres morts. Certaines choses restaient explicables, encore que difficilement… Les oiseaux se posant le plus naturellement du monde sur son épaule par un gâteau sec rapidement fourré dans sa main, les étranges arabesques lumineuses qui jaillissaient de ses doigts par une illusion d'optique due à la neige d'une blancheur étincelante qui recouvrait le sol, mais les choses qui changeaient de couleur, quand ce n'était pas carrément de forme, les pierres qui devenaient du sable, la neige qui prenait feu… Les arbres qui poussaient au milieu de la maison… Ses deux parents n'avaient plus d'imagination… Il était de plus en plus difficile de trouver des excuses plausibles… Mais ils ne pouvaient pas pour autant l'enfermer dans la maison… Ni cesser d'essayer de le préserver.

« Fye… Tu dois faire un effort… Je sais que tu ne le fais pas exprès mais tu dois absolument essayer… Je t'en prie, Fye… » Le ton presque suppliant de l'homme rendit le regard de son fils plus égaré encore, alors que le père posait ses deux mains sur les frêles épaules de l'enfant. « Ecoute, ça ne peut vraiment plus durer ainsi. Tu sais ce qu'ils feront s'ils découvrent que tu fais de la magie, n'est-ce pas ?

- Mais… je veux dire, je ne sais même pas comment ça ce fait que toutes ces choses bizarres arrivent autour de moi… Tu es sûr que c'est de la magie ? Tu crois vraiment que c'est moi qui fais ça ? Parce que moi je sais pas comment je fais, alors si c'était moi, je le saurais, non ? et toi et maman ne faites pas de magie, alors comment ça se fait que moi j'en fasse ?

- Ce n'est pas le genre de choses qui est écrite dans tes gènes, Fye. Ça arrive, c'est tout, et quand ça arrive, et bien il faut faire de son mieux pour que cela cesse. Tu comprends pourquoi, je te l'ai déjà expliqué. Tu sais pourquoi il faut absolument que personne ne soit au courant ?

- Oui. L'enfant baissa la tête, ce que son père lui avait expliqué jetant une ombre sur ses traits doux. Je ne dois montrer à personne que je sais faire des choses bizarres, parce que nous ne sommes pas des nobles, et qu'il n'y a que les nobles qui ont le droit de faire de la magie. Et si quelqu'un l'apprend, ils viendront me chercher et m'enfermeront dans la montagne et je ne pourrais jamais revenir chez nous, et… et… je veux pas y aller… Je veux rester avec toi et maman… »

L'homme souleva doucement le menton de son fils et plongea ses yeux dans ceux remplis de larmes du petit garçon. Voyant qu'elles débordaient, se répandant sur ses joues, il sentit son cœur se remplir de colère contre les êtres ignobles qui un beau jour avaient décrété que son enfant était un danger, et serra son fils contre lui, dans cette étreinte passionnée que les parents de tous mondes réservent à ceux qu'ils ont si peur de perdre.

L'image sur le mur vacilla, tremblante, parcourue de décharges lumineuses, d'interférences qui la traversaient de part en part. Surpris, les trois spectateurs forcés froncèrent les sourcils à l'unisson, alors que l'image devenait de plus en plus floue pour ne plus être qu'un brouillard presque aveuglant, avant de redevenir plus nette et de se stabiliser quelque peu. Mais elle restait étrangement différente, comme si un curieux voile la recouvrait, tissé par la peur, la colère, la rancœur qui donnaient l'impression de suinter des quelques éclairs de lumière qui la traversaient encore de temps à autre.

Au centre du village, un groupe de personnes étaient rassemblées près de la sculpture de glace. Du brouhaha qui s'élevait du groupe, on devinait de l'excitation mêlée de colère et de peur. Un cri s'éleva du milieu de la petite foule, un cri d'enfant, effrayé, appelant à l'aide.

« Papaaaaa !! »

Le grand homme brun se fraya un chemin parmi les gens attroupés et atteignit son fils, qu'un robuste villageois tenait fermement par le bras.

« Lâche-le, tu veux ? » Quelques mots qui ne sonnaient ni comme un ordre, ni comme une requête, mais plutôt comme un avertissement. Qui manifestement fut reçu comme il se devait, car l'enfant, soudain libéré, se précipita vers son père qui le souleva de terre pour lui offrir l'abri de ses bras.

« Ca va ? Tu n'as rien ?

- Non… Papa, j'ai peur… Pardon, je voulais pas…

- Fye… Qu'est-ce que tu as fait ?

- De la magie, voilà ce qu'il a fait !! Ton fils fait de la magie !! Tu le savais ?

- Fye ne sait pas faire de magie. D'où vous vient une idée pareille ? C'est ridicule…

- Ridicule, hein ? Et ça, c'est quoi ?»

Le cercle s'écarta, dévoilant un spectacle dont l'homme se serait volontiers passé, et qui le laissa un instant sans voix. Le pied de la statue, jusque là dissimulé par les villageois rassemblés, était en feu. Mais pas un feu ordinaire, cependant. Parce que les flammes ne faisaient pas fondre la glace dans laquelle la statue était sculptée. Parce qu'elles brûlaient à même la neige. Et aussi à cause de leur curieuse couleur bleue, fort jolie au demeurant, mais particulièrement inhabituelle, en tous cas pour des flammes. Et ça, c'était signé Fye. Pourquoi, comment, mystère. Mais ce n'était pas la première fois que le père voyait ce genre de feu, et nier sa nature magique, en plus d'être totalement inutile, serait faire preuve d'une mauvaise foi flagrante. Atterré, il baissa les yeux vers son fils qui cachait son visage dans son cou, et se prépara à affronter ce qui promettait d'être un des pires moments de son existence. Mais celui qui venait de lâcher Fye ne lui laissa pas le temps d'ouvrir la bouche.

« Ca ne servira à rien. Nous avons déjà appelé les Gardiens. Ils ne vont pas tarder. Ton gamin est mignon, très mignon, même, mis il est une menace pour notre village. Nous n'avions pas le choix. Désolé. »

Les Gardiens. Responsables du maintien de l'ordre dans les provinces éloignées de la capitale. Juges absolus, ils avaient tous les droits, et ceux qui tentaient de s'opposer à eux finissaient toujours, d'une manière ou d'une autre, par le regretter. Et ils allaient venir. Pour son fils… Le sort pour ceux qui enfreignaient la loi était le même pour tout le monde, quel que soit le crime, quel que soit l'âge. Et enfermer définitivement un enfant de cinq ans dans une prison sombre au cœur d'une montagne ne les empêchait probablement pas de dormir la nuit.

« Papa… je suis désolé… je le ferai plus, c'est promis… s'il te plaît, ne les laisse pas m'emmener… s'il te plaît… »

Le père baissa à nouveau les yeux, détaillant le petit visage de son fils qui levait vers lui de grands yeux effrayés, suppliants. Les Gardiens… S'opposer à eux était folie. C'était la mort assurée pour eux, pour les parents coupables, peut-être aussi pour les autres villageois, complices ou pas. Sentant son indécision, l'autre villageois fit un pas en avant, suivi de deux autres, et attrapa le bras de l'enfant pour qu'il descende des bras de son père.

Ce qui se passa à ce moment fut bien trop rapide pour être entièrement compréhensible pour les trois étrangers qui observaient la scène à des années de là. Ils eurent juste le temps de voir l'enfant sursauter comme si la main de l'homme l'avait brûlé, avant qu'une violente lumière ne balaye l'image, illuminant d'un seul coup leur cachot exigu, les obligeant à fermer les yeux pour les protéger de la clarté aveuglante qui venait de se déverser sur eux. Quand ils les rouvrirent, il leur fallut un instant pour réaliser la portée de ce qu'ils voyaient. Quatre corps étaient étendus sur le sol glacé, inertes, dont trois gardaient les yeux grands ouverts sur une expression de pure terreur. Autour, la foule se relevait, les bras encore au-dessus des têtes dans un réflexe universel de protection quand la fuite est impossible. Et au centre, l'enfant se tenait, immobile, tremblant comme une feuille, le regard rivé non pas sur les trois villageois étendus dans la neige, mais sur le quatrième corps, sur le visage sans vie et aux yeux fixant l'au-delà avec une étrange expression d'incompréhension de son père.

Un long cri horrifié s'éleva, retentissant dans l'air gelé. Les habitants du village restaient sans rien dire, encore sous le choc, fixant les quatre morts, et personne ne sembla réagir quand la mère de l'enfant traversa leurs rangs en courant avant de se jeter sur le corps de son époux. Elle s'agrippa à ses vêtements, le secoua comme pour le faire réagir, puis enfin releva la tête, les joues striées de larmes, fixant d'un air hagard son fils qui la regardait, figé, horrifié, sans comprendre.

« Monstre… »

L'enfant resta à la fixer sans réagir, les yeux rivés dans les siens, la bouche entrouverte. Soudain, même le froid ne parvint plus à colorer ses joues, envahies par une pâleur mortelle. Puis il recula, d'abord un pas hésitant, presque instinctif, et un autre, et un autre encore, s'éloignant pour échapper au regard accusateur de sa mère. Il ne tenta même pas des excuses, ni une explication, ni une supplique. Reculant toujours, il heurta soudain les villageois attroupés et toujours silencieux, et se retourna en sursautant violemment, brutalement ramené à la réalité par ce contact. Terrifié par les regards que ses amis et voisins de la veille lui lançaient, il fit demi-tour et partit en courant, traversant comme une flèche les rangs des habitants, glissant entre eux sans ralentir, et s'éloigna en direction de l'orée de la forêt qui bordait le village.

Kurogane fronça un peu plus les sourcils, déjà pourtant extrêmement proches l'un de l'autre. Quiconque connaissait un tant soit peu le ninja aurait eu la bonne idée de s'en éloigner, ou tout du moins d'écarter la source de son mécontentement et prier pour que cela fonctionne. Mais ses compagnons de captivité ne prêtaient guère attention à la physionomie du ninja, occupés eux aussi à froncer les sourcils, tentant de comprendre ce qu'ils venaient d'apprendre. Mais ils n'eurent guère le temps d'approfondir la question. Sur le mur en face d'eux, l'enfant qui courait toujours venait de voir apparaître devant lui trois hautes silhouettes blanches qui lui barraient la route. Serrant les dents, ils ne purent que regarder les arrivants rattraper l'enfant et le soulever de terre, rendant toute fuite impossible. Puis ils s'évaporèrent au milieu de la neige, emportés par leur propre magie vers une destination inconnue.

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Une montagne. Haute et pointue, son sommet acéré transperce le ciel chargé de sombres nuages qui semblent s'écarter, répugnant à son contact. Difficile de dire quelle est sa hauteur, mais le simple fait de la regarder donne le vertige. Et provoque une inexplicable sensation de malaise, d'oppression, comme une main invisible qui s'empare de votre cœur et le serre entre ses doigts glacials, pas assez fort pour étouffer, mais suffisamment pour accélérer les battements, pour assombrir l'humeur, pour accentuer le froid qui se dégage des bourrasques de neige qui balayent les flancs de la montagne. Elle est entièrement noire, ses pentes sont raides, nul chemin ne semble mener à son sommet, si tant est que quelqu'un soit assez fou pour tenter l'expérience. Mais ce n'est pas tant l'aspect extérieur de cette montagne qui est digne d'intérêt, aussi menaçant qu'il soit. Mais plutôt l'intérieur. Creusé au cœur même de la roche, un réseau de galeries, de longs couloirs parsemés çà et là de lourdes portes bardées de métal. Et derrière une de ces portes, recroquevillé sur lui-même, les bras entourant ses genoux, le front posé sur ces dernières, un tout jeune enfant verse des larmes amères.

On aura beau dire, il est difficile de trouver, et ce quel que soit le monde dans lequel on se trouve, chose plus triste qu'un enfant qui pleure. Attention, encore faut-il distinguer celui qui le fait par caprice, pour obtenir satisfaction. Il y a également l'enfant qui vient de tomber, qui s'est fait un peu mal et qui pleure, plus sous le choc et la surprise que parce qu'il a vraiment mal. Mais l'enfant blond qui pleure derrière cette porte barricadée ne vient pas de s'écorcher le genou. Tremblant, il cache son visage entre ses bras, et se mord la lèvre pour tenter de retenir les plaintes qui s'échappent de sa gorge. En effet, parfois, il y a quelque part un enfant qui souffre, vraiment, profondément, autant dans sa chair que dans son âme. Et dont toutes les larmes ne parviennent pas à apaiser la peine. Cet enfant est un de ceux-là.

Son petit corps mince grelotte sous le froid glacial qui règne dans son cachot. Accroupi dans un coin, il ne bouge pas, seules ses épaules tremblent un peu plus fort que le reste, témoignant des sanglots qui les secouent. Ses mains raidies par le froid sont couvertes d'écorchures, résultats de longues heures passées à frapper la porte qui le retient prisonnier dans l'espoir de quelqu'un de l'autre côté. Mais personne ne répond. Personne n'est là pour entendre les suppliques d'un enfant maudit et rejeté pour être né différent, possédant un pouvoir qu'il ne contrôle pas. Et sous le poids de la solitude, du désespoir et de la culpabilité, il a fini par abandonner, et s'est assis dans un coin pour prier que la mort veuille bien le prendre, veuille bien le délivrer. Une mort qui finira bien par venir, mais qui se fait attendre. Et désormais, seul le bruit du vent qui s'engouffre entre les barreaux de la fenêtre se fait entendre, entrecoupé parfois d'une légère plainte quasi inaudible. « Je veux mourir… »

La porte s'ouvre en grinçant. Mais l'enfant n'ose pas relever la tête, il ne veut pas voir qu'elle est restée fermée, qu'il n'a fait que rêver qu'elle s'est enfin ouverte. Parce que si elle s'est ouverte, cela signifie que quelqu'un est venu, et il a cessé d'espérer. Alors il ne bouge pas, gardant le front posé sur ses genoux repliés.

Mais des pas résonnent entre les murs humides, des pas qui s'approchent de lui. Alors il lève les yeux, presque par réflexe, s'aperçoit que le rêve qu'il est en train de faire est saisissant de réalisme. Son regard bleu accroche un regard vert, et sans vraiment le vouloir, il se met à détailler le visage de l'homme qui s'est accroupi devant lui, depuis ses longs cheveux bruns à sa main qui se tend vers lui, paume ouverte, en passant par l'étrange diadème formé de cinq gemmes bleues qui orne son front, et par son sourire, bienveillant, chaleureux, rassurant, et pas haineux ou méfiant, comme il s'y attendait. Et une voix douce…

« Je suis venu te chercher… Parce que le monde ne se limite pas seulement à cet endroit. »

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Bon, à l'origine, y'avait une mise en page qui rendait les choses un peu plus claires, mais bon... Le site veut pas... TT

C'est un chapitre pas très long, dont je suis pas des masses satisfaite (pour changer), mais difficile de s'en passer, alors voilà... Il est pas passionnant, mais promis, je vais faire des efforts pour que le suivant arrive assez vite...

Voilà, alors pour me dire ce que ça vous inspire, c'est le petit bouton bleu juste en dessous...