Chapitre 5 : Un génie reste un génie

Quand Sakura et Kakashi entrèrent dans la salle de réunion, Tsunade eut un sourire victorieux et posa un regard fier sur son ancienne élève. Contre toute attente, elle soutenait son poids par des béquilles et avait laissé son fauteuil roulant dans un coin. Shizune, à ses côtés, semblait un peu inquiète mais se gardait bien de faire le moindre commentaire. A leurs côtés, Temari était assise à la table centrale, les traits fatigués, mais le regard vif, écoutant patiemment les décisions prises.

– Ah, Sakura, je suis contente que tu aies changé d'avis, dit Tsunade. Je te présente ta nouvelle équipe.

A ces mots, elle désigna l'autre bout de la table. En face d'elle, trois ninjas se levèrent et Sakura n'eut aucun mal à les reconnaître. Leur présence lui arracha même un sourire joyeux.

– Ravi de te revoir, Sakura de mon cœur ! s'exclama un jeune homme aux yeux ronds comme des billes.

– Lee, tiens-toi donc tranquille ! le sermonna la fille du groupe. Contente que tu sois là, Sakura !

– Je pense que l'équipe pourra être performante, acheva un homme aux yeux blancs.

Sakura sentit des larmes perler à ses yeux mais, pour une fois, elle était heureuse. Neji Hyûga, Rock Lee et Tenten représentaient une équipe où le mot cohésion prenait tout son sens. Ils étaient amis sans se le dire et, surtout, elle appréciait chacun d'eux. Elle se sentait soulagée de les revoir vivants.

– Bien, maintenant que tout le monde est là, je vous en prie, asseyez-vous, ordonna Tsunade. Nous allons pouvoir commencer à préparer un plan.

Sur un signe de Kakashi, Sakura alla rejoindre sa nouvelle équipe. Lee l'accueillit à bras ouverts, mais il n'était pas le seul à être heureux de la revoir. Même Neji souriait et ses coéquipiers savaient combien cela était rare. Cependant, le ton grave de Tsunade leur fit reprendre tout leur sérieux :

– Comme vous le savez, commença Tsunade, la plupart des villages ninjas ont été rayés de la carte. Les seuls encore debout sont Oto et Ame, mais ils ont perdu beaucoup d'importance ces dernières années et on peut supposer que Kyûbi a décidé de d'abord s'attaquer aux plus grands pour finir par les plus faibles. Au fait, Temari, peux-tu nous dire comment se débrouille Suna ?

– Nous avons trouvé une autre cachette, répondit-elle, mais les pertes sont considérables. Même si nous arrivons à remonter la pente après la mort de Kyûbi, nous ne ferons sans doute plus partie des cinq grandes nations.

– De toute façon, nous resterons alliés, même si nous avons changé de Hokage, Kakashi est totalement pour.

Sakura jeta un coup d'œil à son ancien professeur et remarqua alors qu'il parlait très peu. Tsunade dirigeait tout avec une main de fer, comme au temps où elle était elle-même Hokage et, manifestement, cela ne le gênait pas le moins du monde. Il semblait même plutôt satisfait de pouvoir déléguer une partie de son pouvoir à celle qui l'avait précédé.

– Bien, quoiqu'il en soit, votre mission consiste à trouver le point faible de Kyûbi et de le mettre hors d'était de nuire, enchaîna Tsunade. C'est capital pour la survie des ninjas, gardez bien cela en tête. Nous avons appris récemment que les derniers membres d'Akatsuki sont morts en tentant de le capturer.

A ces mots, Sakura se souvint de sa brève entrevue avec Sasuke. Il avait mentionné la mort de son frère avant de préciser que Kyûbi l'avait tué. Apparemment, il n'avait pas menti.

– Oui, je comprends bien, répondit Neji, chef d'équipe pour cette mission. La seule chose qui me gêne réellement c'est que toutes les équipes qui ont essayé de l'observer jusqu'ici sont soit rentrées sans avoir pu le suivre suffisamment longtemps, soit elles ont disparu. Je ne pense pas qu'il serait judicieux d'approcher Kyûbi pour trouver son point faible, nous pourrions mourir trop facilement et, alors, il faudrait tout recommencer.

– C'est ce que je pense aussi, approuva Tsunade. C'est pourquoi, avant de partir, vous allez devoir trouver ce point faible avec les éléments que vous possédez.

Les quatre ninjas de l'équipe sentirent avec amertume la mission se compliquer, alors qu'elle n'avait même pas commencé.

– Je pense que, dans ce cas, il nous faudrait l'aide de quelqu'un qui a de l'imagination, proposa Neji. Quelqu'un qui sait réfléchir et chercher des tactiques, des stratégies. Qu'est-ce que vous en dites, Maître Tsunade ?

– Je pense que c'est une bonne idée, répondit-elle alors que ses yeux devenaient pensifs.

Sakura se décida alors à intervenir :

– Maître, vous avez bien dit, il y a quelques jours, que Shikamaru était réveillé ?

Cette question jeta une vague d'exclamations dans la salle. Apparemment, seuls Shizune, Tsunade et Kakashi étaient au courant.

– C'est exact, Sakura, répondit Tsunade, mais je crains qu'on ne puisse toujours pas compter sur lui.

– Comment cela ? demanda-t-elle.

Tsunade sembla hésiter à répondre. Son visage indiquait qu'elle allait annoncer quelque chose de grave.

– J'ai le regret de vous dire que Shikamaru Nara a complètement perdu la mémoire.

Un froid passa dans la salle alors que les yeux de Shizune se baissaient vers la table. Temari sembla effrayée par cette nouvelle et Sakura pensa, à la vue de sa figure, qu'elle était complètement bouleversée.

– Il a tout oublié ? insista Neji.

– Tout, répéta Tsunade. Son nom, son origine, ses amis, tout. Plus grave encore, il a oublié comment malaxer son chakra. S'il ne retrouve pas la mémoire, il faudra reprendre sa formation depuis le début.

– Comment est-ce possible ? demanda Sakura.

– Il a été frappé par Kyûbi et son cerveau a été sérieusement touché au niveau de la mémoire. Nous l'avons retrouvé deux jours après le désastre et il était dans le coma jusqu'à il y a trois jours.

Sakura croisa à nouveau le regard de Temari. Elle, qui d'ordinaire paraissait si forte, semblait sur le point de rendre son petit-déjeuner. Son teint avait pris une pâleur effrayante.

– Perte de mémoire ou non, Shikamaru a deux cents points de QI, fit remarquer Neji. Si sa mémoire a été touchée, on peut espérer qu'il a gardé son intelligence.

– Oh, pour ça, il est certain qu'il a gardé son intelligence, assura Tsunade. Les infirmiers s'activent à lui réapprendre ce qu'il a oublié comme la lecture et le calcul. En trois jours, il a rattrapé plusieurs années d'apprentissage.

– Dans ce cas, je propose que nous allions le voir et que nous lui exposions le problème Kyûbi. Peut-être qu'il aura une solution.

Tsunade parut hésiter sur la décision à prendre. Il était vrai que Shikamaru faisait toujours preuve de sa surprenante et impressionnante capacité à raisonner, mais elle le considérait encore comme étant fragile d'esprit. Il avait été dur de lui apprendre qu'il avait perdu la mémoire et elle craignait un choc psychologique. Cependant, ils ne pouvaient plus se permettre d'attendre.

– Très bien, allons le voir, décida-t-elle en se levant.

A ces mots, les autres personnes présentes dans la salle l'imitèrent et ils commencèrent à sortir. Shizune voulut accourir vers son ancien maître pour l'aider, mais celle-ci la repoussa.

– Comment veux-tu que je réapprenne à marcher si tu m'assistes tout le temps ? s'énerva-t-elle.

– Mais, Maître, vous devez éviter de vous fatiguer !

– Me fatiguer ? Et puis quoi encore ? Shizune, je te remercie de t'inquiéter pour moi, mais j'ai cinquante-six ans et je suis capable de me débrouiller toute seule !

Sakura, qui assistait à l'échange en attendant que Tsunade sorte, ne put s'empêcher de sourire. Décidément, leur ancienne Hokage n'avait rien perdu de son caractère et elle aurait été sûrement apte à assumer son rôle si elle n'avait pas perdu toute possibilité de malaxer son chakra.

Finalement, le groupe se dirigea vers l'infirmerie. Tsunade les mena jusqu'au fond, à la dixième chambre. Elle poussa la porte et entra la première. Quand Sakura vit Shikamaru, sa première impression fut qu'il n'avait pas changé. Il affichait toujours cet air désabusé et ennuyé qui le caractérisait si bien et possédait encore cette petite étincelle au fond de ses yeux bruns qui rappelait à quel point il était intelligent. Elle remarqua seulement après qu'il s'était assis sur son lit et tenait une carte entre les mains.

– Bonjour Shikamaru, le salua Tsunade. Comment te sens-tu aujourd'hui ?

Shikamaru bâilla, leva les yeux jusqu'à elle et répondit :

– Ça peut aller.

– Tu réapprends la géographie ?

– Oui, une infirmière m'a dit que ça pourrait m'être utile, mais, tous ces noms de pays et de villes, c'est d'un chiant !

Il s'enfonça davantage dans son lit, replia la carte et sembla enfin remarquer le monde qui accompagnait Tsunade :

– Hum… excusez-moi, Maître Tsunade, mais qui sont ces gens ?

Sakura se sentit bizarre. Il était étrange de voir Shikamaru Nara qu'elle connaissait depuis l'Académie les observer comme s'il les rencontrait pour la première fois. Tsunade se chargea de faire les présentations :

– Voici Kakashi Hatake, notre Hokage actuel. Cette jeune femme est Sakura, vous vous connaissez depuis un certain temps, je crois. Sinon, voici Neji Hyûga, Tenten et Rock Lee qui forment l'équipe 9. Je crois savoir que vous étiez amis. Tu me suis ?

Shikamaru acquiesça en regardant fixement chacune des personnes. Puis Tsunade acheva :

– Et voici Temari du Désert, l'ambassadrice de Suna.

– Ah, il me sembla avoir vu ce nom sur la carte, fit remarquer Shikamaru.

– Oui, enfin la carte n'est plus d'actualité car elle date de la période avant l'apparition de Kyûbi.

– Qui est Kyûbi ?

– C'est justement ça qui nous amène ici.

Tandis que Tsunade s'asseyait sur une chaise, Sakura risqua un coup d'œil vers Temari. Elle était toujours aussi pâle et fixait Shikamaru comme si elle regrettait quelque chose. Sakura n'avait jamais vu un air aussi triste sur son visage de battante et se demanda si elle n'avait pas, malgré leurs disputes fréquentes, éprouvé au moins une grande amitié pour lui.

– Shikamaru, nous avons un problème que nous aimerions t'exposer, expliqua Tsunade. Est-ce qu'on t'a parlé des neufs démons ?

– Oui, vaguement. Kyûbi est l'un d'eux, c'est ça ?

– Exactement. Il y a maintenant plus de dix-huit ans, Kyûbi a attaqué notre village et menacé de le détruire, mais le Hokage de l'époque a donné sa vie pour l'arrêter. En faisant cela, il l'a enfermé dans le corps d'un nouveau-né, Naruto. Malheureusement, il y a un peu plus de deux mois, Kyûbi a réussi à prendre possession du corps de Naruto et, maintenant, il détruit un à un tous les villages ninjas. Nous cherchons un moyen de l'arrêter et, pour cela, nous avons besoin de connaître son point faible.

Shikamaru acquiesça avec gravité, comprenant que son aide était capitale pour tous. Il ferma alors quelques instants les yeux avant de demander :

– Il n'est pas possible d'utiliser la technique de la dernière fois ?

– Non, hélas, plus personne ne la connaît, soupira Tsunade.

– Bon, et quels sont les points forts de ce démon ?

– Oh, il en a beaucoup mais disons que son chakra est quasiment infini. Il en possède suffisamment pour courir des jours sans être fatigué. Il est également très intelligent, vif et rapide. Il est dangereux de l'approcher.

– Alors les attaques à distance sembleraient préférables.

– Oui, enfin il les arrête, il est très rapide.

– Et il n'y a pas un élément qui lui déplairait ?

– Nous avons testé, effectivement, mais il ne semble pas en craindre un en particulier. En plus, je ne suis pas sûre que rivaliser au Ninjutsu avec lui soit une bonne idée.

Shikamaru fit une moue déçue et commença à se gratter la tête.

– Vous n'avez pas essayé de lui tendre une embuscade ? Une avalanche ou quelque chose du genre.

– Ça a été mon premier réflexe, avoua Tsunade, mais il s'en est sorti, sans doute grâce à sa taille.

Shikamaru acquiesça à nouveau et ferma les yeux en joignant ses doigts. Sakura reconnut immédiatement la position qu'il utilisait pour réfléchir. Apparemment, elle lui venait naturellement. Personne n'osa prononcer un mot, de peur de déranger le génie dans sa réflexion. Tous attendaient la solution qu'il allait trouver.

Soudain, Shikamaru rouvrit les yeux, un petit sourire au coin des lèvres. Il fixa Tsunade avant de déclarer :

– Je ne sais pas si c'est pour me mettre à l'épreuve, mais vous venez de me présenter un problème sans solution !

Ces mots jetèrent un vent de panique sur la salle. Si Shikamaru ne trouvait pas de solution, qui le pourrait ? Tenten, Lee et Sakura s'échangèrent des regards inquiets tandis que Temari portait la main à sa bouche pour étouffer sa surprise. Même Neji semblait troublé par la nouvelle.

– Ne dis pas de bêtises, Shikamaru ! pesta Tsunade pour tenter de rassurer tout le monde. Il y a toujours une solution !

– Je suis désolé, s'excusa faussement Shikamaru, mais ce démon n'a été battu qu'une fois avec une technique qui est tombée dans l'oubli ! Aujourd'hui, il a retrouvé toutes ses capacités d'autrefois et vous n'avez plus de remède.

– Oh non, il n'a pas retrouvé ses capacités d'autrefois, affirma Tsunade. Je dirais qu'elles ont décuplé ! Je crois qu'il se sert également de l'énergie de Naruto lui-même pour augmenter sa force.

– Et vous voulez trouver un moyen de le battre ? demanda Shikamaru en riant tristement.

Tsunade soupira. Il était évident que, vu sous cet angle, leur cause était bel et bien perdue. Sakura baissa la tête en se disant que, volonté du feu ou pas, Kyûbi était de toute façon plus fort qu'eux. Leur village allait finir écrasé, comme tous les autres.

– Je crois qu'en fait vous n'avez pas tourné le problème dans le bon sens.

Ces paroles de Shikamaru redonnèrent un semblant d'espoir dans la salle. Même Sakura se demanda ce qu'il avait en tête.

– Ce n'est pas à vous de battre Kyûbi, c'est à Naruto de le faire.

– Quoi ? s'exclama Tsunade. Mais enfin, Shikamaru…

– Eh oui, le démon est plus fort, mais on n'a pas de force sans faiblesse, poursuivit le Nara. Sa force est d'être plus puissant que la dernière fois grâce à l'humain qui est en lui et, paradoxalement, sa faiblesse est d'avoir cet humain. Comment était Naruto ?

– Oh, c'était le genre de garçon qui n'abandonnait jamais, répondit Tsunade d'un air nostalgique. Il était toujours le premier parti et débordait d'énergie. Il avait un don aussi pour s'attirer la sympathie et la reconnaissance des gens. Il est toujours resté fidèle à ses amis et au village, quoiqu'il arrive.

– Alors, c'est parfait ! Il y a encore du Naruto en Kyûbi et il va vous falloir l'aider à le réveiller pour combattre le démon qui est en lui. Vous comprenez ?

Tsunade acquiesça. Expliquée ainsi, l'idée de Shikamaru devenait intéressante.

– Que suggères-tu pour l'aider ?

– Si ses amis avaient autant d'importance pour lui que vous l'avez dit, alors je suggère que ses amis les plus proches aillent voir Kyûbi et l'appellent. Le fait de les voir et les entendre le fera sans doute réagir.

A ces mots, les regards se tournèrent imperceptiblement vers Sakura. Celle-ci se sentit alors au centre de l'attention. Il était vrai qu'elle avait été la coéquipière de Naruto et qu'il avait souvent répété qu'il voulait sortir avec elle. Cependant, elle commença à secouer la tête.

– Non, moi seule je ne pourrai pas y arriver. Ce que a dit Shikamaru est vrai, Naruto réagit quand un de ses amis l'appelle, mais Kyûbi reprend trop vite le dessus. Il faudra quelqu'un en plus de moi pour l'aider.

Elle croisa alors le regard de Shikamaru et lui adressa un maigre sourire pour le remercier.

– Je parle de quelqu'un qui comptait énormément pour Naruto, continua-t-elle. Quelqu'un dont l'absence l'a réellement rendu malheureux et qu'il a cherché à retrouver durant toute sa vie.

Tsunade leva la tête en comprenant où Sakura voulait en venir. Elle sourit tristement à son élève avant de répondre :

– Malheureusement, Sakura, nous ne savons pas où se trouve Sasuke.

– Vous, non, mais, moi, j'ai ma petite idée là-dessus, affirma-t-elle.

– Comment cela ?

– Je l'ai rencontré il y a environ deux semaines. Il m'a dit qu'il irait sans doute vers Oto.

– Tu es sûre que ce n'est pas un piège ? demanda Neji.

– Non, parce que, à ce moment-là, j'étais serveuse et je ne représentais en aucun cas une menace pour lui. D'ailleurs, je ne pense pas en avoir été une un jour !

Tsunade paraissait hésitante. Les poings serrés sur ses béquilles laissaient comprendre qu'elle en voulait toujours à Sasuke d'avoir contribué au déséquilibre de Naruto. Cependant, Sakura insista :

– Maître, nous connaissons la position du village d'Oto. Il serait judicieux d'aller y jeter au moins un coup d'œil. Naruto s'est toujours juré de ramener Sasuke, alors je pense sincèrement que sa venue peut l'aider.

– Je suis d'accord, intervint subitement Kakashi. Ramener Sasuke va être utile. Neji, voici mes ordres : vous allez vous rendre à Oto, convaincre Sasuke de vous accompagner et ensuite retrouver Kyûbi. Pendant ce temps, je préparerai une équipe pour le repérer et le suivre à distance. Je veux également que vous partiez avec un système radio. Ainsi, je pourrai vous informer de la position de Kyûbi dès que vous en aurez besoin et vous pourrez me prévenir en cas de problème grave.

Neji acquiesça et salua le Hokage. Tsunade poussa un soupir, l'air de dire « puisque le nouvel Hokage l'a décidé ». Shikamaru, lui, observait l'échange d'un œil intrigué. Soudain, la porte de la chambre s'ouvrit. Un ninja entra et s'adressa directement à Kakashi :

– Maître Hokage, l'équipe d'Anko est de retour et ils ont ramené un réfugié avec eux ! Ils vous attendent dans votre bureau !

Kakashi parut étonné et hocha la tête. Puis il sortit de la pièce, rapidement suivi des autres, curieux de savoir qui avait bien pu être retrouvé. Temari, elle, n'eut pas le cœur à leur emboîter le pas. Elle songeait à Kankurô, gravement blessé par la dernière attaque et à Gaara qui était en soin intensifs depuis la seconde attaque de Kyûbi. Elle ne l'avait pas révélé, mais son village n'avait plus de Kazekage capable de les diriger. Aussi, elle espérait sincèrement que le plan de Konoha fonctionne car la prochaine attaque du démon pourrait bien être la dernière.

– On se connaissait bien ? demanda une voix dans son dos.

Elle se retourna en sursaut et remarqua que Shikamaru la fixait avec un sourire en coin.

– Un peu, répondit-elle. Pourquoi tu souris comme ça ?

Shikamaru baissa la tête d'un air amusé avant d'expliquer :

– Il y a pas mal de choses qui m'ennuient ici, tu sais. Pourtant, quand je te vois, j'ai l'impression que la vie est un peu moins chiante.

Temari, gênée par cette parole sincère, se détourna pour masquer sa surprise. Il semblait que la perte de mémoire de Shikamaru lui avait délié la langue. En tout cas, elle se sentait heureuse. Mémoire ou pas, elle ne le laissait pas complètement indifférent.

Devant le bureau de Kakashi, l'équipe Gai, en compagnie de Sakura, attendait de découvrir le nouveau venu. Ils avaient à peine eu le temps d'entrevoir les visages d'Anko, de Gai et d'Iruka que la porte s'était refermée.

Appuyé contre le mur de la galerie, Neji regardait passer les habitants de Beru sans y prêter réellement attention. Tout à coup, il remarqua une jeune femme qui le fixait d'un air hésitant. Finalement, il lui accorda un sourire pour la rassurer et lui fit signe d'approcher.

– Ça va, Hinata ? demanda-t-il. Tu as l'air pâle.

– Grand-père est venu me voir aujourd'hui, répondit-elle.

Neji hocha la tête. A côtés, ses coéquipiers, Sakura y compris, suivaient la conversation d'un air intrigué. Qu'est-ce que le grand-père de Neji et de Hinata pouvait avoir de si effrayant pour que l'héritière des Hyûga soit aussi blême ?

– Et alors ? insista Neji.

– Il me demande de reprendre la direction du clan au plus vite, bredouilla-t-elle.

Ces mots rappelèrent brusquement à Sakura que Hinata avait perdu son père lors de la destruction de Konoha. Elle eut une pensée pour ses propres parents. Elle n'avait aucune nouvelle d'eux et, manifestement, ils n'étaient pas à Beru.

– Mais je ne peux pas Neji, poursuivit Hinata au bord des larmes. Je ne suis pas assez forte. Tu sais, je fais des efforts, j'essaye, mais il n'y a rien à faire !

Puis elle baissa la tête, honteuse de s'être laissée emportée, avant d'ajouter :

– Tout serait plus simple si tu étais mon grand frère.

Neji fixa durant quelques secondes sa cousine. Sakura essaya de deviner ce qu'il pensait, mais rien ne transparaissait sur son visage.

– Ne dis pas n'importe quoi, Hinata, lâcha-t-il finalement. Tu es parfaitement capable de prendre la direction de notre clan !

Hinata releva subitement les yeux vers son cousin.

– Comment le sais-tu ? demanda-t-elle.

– Je le sais parce que ton père comptait sur toi et que tu as bien des qualités au-delà de la force. Tu es calme, patiente, tu sais écouter les autres et tu es prête à faire beaucoup d'efforts. Alors, maintenant, tu vas reprendre confiance en toi et tu vas arrêter de te faire marcher sur les pieds par Grand-père ! Tu es quelqu'un d'intelligent et je compte sur toi pour prendre les décisions que tu jugeras bonnes, d'accord ?

Son ton était devenu autoritaire, mais il eut pour effet d'impressionner Hinata. Elle demeura perplexe quelques instants avant d'hocher la tête en signe d'assentiment. C'est alors que la porte du bureau de Kakashi s'ouvrit, laissant passer le Maître Hokage.

– Ah, Hinata, tu tombes bien, déclara-t-il en la voyant. Tu vas pouvoir annoncer à Shino que vous reformez l'équipe dix !

A ces mots, il laissa passer un jeune homme, la tête recouverte par une capuche de fourrure noire. Ses joues, marquées de deux triangles rouges, soutenaient des yeux bruns, perçants et un nez fin marquait le milieu de son visage. Hinata s'élança vers lui, les larmes aux yeux et le cœur battant.

– Kiba ! s'écria-t-elle.

Kiba Inuzuka, surpris et heureux à la fois, ouvrit ses bras pour l'accueillir. Hinata se mit alors à pleurer réellement, trop soulagée pour ne pas réagir autrement.

– Ça fait tellement longtemps qu'on te cherche, balbutia-t-elle d'une voix encore embuée par les larmes de joies. J'avais tellement peur que tu sois mort ou que tu disparaisses comme Naruto !

Kiba, attendri par l'accueil que lui faisait sa coéquipière, resserra son étreinte. Il avait deviné qu'elle avait sans aucun doute énormément souffert de la transformation de Naruto. Pourtant, Sakura pouvait lire une tristesse supplémentaire sur son visage. Il y avait autre chose qui le rendait triste.

– Kiba, où… où est Akamaru ? demanda brusquement Hinata.

Kiba baissa la tête pour cacher les larmes qui lui venaient. Hinata regretta aussitôt sa question.

– Mort, annonça-t-il d'un ton lugubre. Mort en me protégeant de Kyûbi. Je suis le plus horrible des maîtres.

A ces mots, les yeux blancs de Hinata retrouvèrent leur peur et leur tristesse. Elle s'était faite à l'idée d'avoir perdu son père, elle avait réussi à accepter qu'elle pouvait perdre des proches d'un instant à l'autre, mais elle ne s'était jamais attendue à ce que Akamaru, le chien qui les accompagnait toujours, la mascotte de leur équipe, puisse mourir ainsi.

Kiba, lui, paraissait complètement effondré. Sakura devina qu'il se faisait violence pour ne pas pleurer en public. Il était ninja avant tout et devait masquer ses sentiments. Kakashi prit un air affligé à son tour. Le peu d'espoir qu'ils tentaient de se recréer s'effritait bien trop facilement. Voilà que la mort d'Akamaru venait de plonger le couloir entier dans un silence morbide. Le Hokage lisait aisément dans les yeux de ses ninjas : la peur, la fatigue et le manque d'espoir y apparaissaient de plus en plus.

– Kiba, nous verrons peut-être l'adoption d'un nouveau chien pour toi quand tout sera revenu dans l'ordre, annonça-t-il. Hinata, j'aimerais que tu l'emmènes dans la chambre de Shino, il a besoin de se reposer.

Puis il se tourna vers Sakura, Tenten, Neji et Lee, qui semblaient toujours plongés dans le désarroi de cette affreuse nouvelle. Kakashi soupira et décida de les sortir de leur transe pour les ramener à l'ordre :

– Equipe Gai, vous intégrez désormais Sakura Haruno. Je vous veux tous les quatre en bas dans une demi-heure, compris ?

– Oui, Maître Hokage ! répondirent en cœur les quatre ninjas.

– Bien, alors dépêchez-vous de vous préparer ! Anko, appela-t-il en voyant la ninja sortir du bureau avec ses deux coéquipiers, va me chercher l'équipe 11, ainsi que Temari. Je les veux dans trois quarts d'heure dans mon bureau. Hinata, tu nous rejoindras avec Kiba.

La Hyûga acquiesça et s'éloigna en essayant de réconforter son coéquipier beaucoup plus touché moralement que physiquement, malgré quelques bandages le long de son corps. Anko partit vers le fond de la ville tandis que Gai et Iruka Umino s'éloignaient de leur côté. Sakura jeta un coup d'œil curieux à l'ancien tuteur de Naruto. Elle savait que ce dernier le considérait comme son père et Iruka devait énormément souffrir de la situation. Elle était même certaine qu'il en voulait à Kakashi.

Les membres de l'équipe Gai s'éloignèrent rapidement pour aller préparer leurs affaires. Sakura remarqua alors que son ancien professeur venait de rentrer dans son bureau et le suivit de près.

– Kakashi-sensei ? appela-t-elle en faisant quelques pas dans la pièce.

– Oui, Sakura ?

– Est-ce qu'il y en a qui vous en veulent pour ce qui est arrivé à Naruto ?

Kakashi fronça les sourcils, trouvant la question étrange, avant de répondre :

– Pas vraiment. Je dirais que le seul à avoir réellement rejeté la faute sur moi est Iruka. Mais comment pourrais-je lui en vouloir ? Naruto était comme un fils pour lui.

– Mais, lui, il n'a pas tout abandonné, soupira-t-elle.

– Tu culpabilises à présent ?

– Un peu.

Kakashi fixa d'un œil intrigué son élève avant de s'asseoir derrière son bureau et de commencer à ranger quelques dossiers.

– Alors considère que tu vas te racheter, suggéra-t-il.

Sakura parut peu convaincue. Kakashi soupira, cherchant ce qu'il pourrait lui dire de plus.

– J'ai aussi un peu peur pour cette mission, avoua-t-elle. Je… Je ne sais pas si j'aurai le courage de tuer Naruto et je ne sais pas non plus si je pourrai garder le peu d'espoir que vous m'avez donné jusqu'à la fin.

Kakashi fixa son élève, sentant qu'elle était encore fragile psychologiquement. Evidemment, elle n'était toujours pas remise du choc et il allait lui falloir encore un peu de temps. Cependant, il ne pouvait pas la laisser partir sans lui rappeler ce qu'il lui avait appris. Il posa les bras sur son bureau et sembla chercher ses mots. Finalement, quand il fut sûr de ce qu'il allait dire, il commença :

– Sakura, tu sais, Konoha, ce n'est pas juste un village avec ses maisons, son école et son administration. Non, c'est une population toute entière. Ce sont des gens qui vivent ensemble, au sein d'une même communauté, et qui ont la volonté de rester unis. Et, aujourd'hui, les habitants de notre village ont beau être éparpillés, je suis sûr qu'ils veulent tous se retrouver. Alors, maintenant que tu sais ça, ce n'est pas le moment de te montrer défaitiste ! Tu es une ninja de Konoha et tu as une mission à remplir, au nom de ce village, de cette communauté, peu importe tes états d'âmes !

Sakura acquiesça en sentant que Kakashi avait pris un ton plus ferme. Finalement, elle déclara :

– En fait, vous n'êtes pas un mauvais professeur. Vous êtes un bon professeur dont les élèves ont vécu de mauvaises choses.

Kakashi la dévisagea étrangement et, après quelques secondes, la remercia d'un signe de tête avant d'ajouter :

– Tu ferais mieux d'aller te préparer, tu n'as plus que vingt-cinq minutes.

Comprenant que la conversation était close, Sakura salua Kakashi et sortit du bureau. Elle se dirigea vers sa chambre où elle croisa Ino qui s'apprêtait à sortir.

– Je m'en vais, prévint Sakura.

– Quoi ? Ne me dis pas que tu veux rompre ta promesse ? s'exclama Ino en s'apprêtant à la retenir de force s'il le fallait.

– Bien sûr que non, la rassura Sakura avec un sourire. Je pars en mission avec Neji, Tenten et Lee.

Ino entrouvrit la bouche comme si elle ne croyait pas ce qu'elle venait d'entendre.

– Tu vas en mission ? répéta-t-elle.

– Oui, confirma Sakura en vérifiant les affaires que contenait son sac à dos. A propos, tu n'aurais pas quelques kunais à me prêter ? J'ai bien peur de ne plus en avoir.

– Tiens, prends-les tous, répondit Ino en ouvrant le tiroir où elle rangeait ses armes. J'en rachèterai.

– Merci, Ino.

Ino regarda son amie préparer son armement de ninja : des kunais, des shurikens et quelques parchemins explosifs. Une fois prête, Sakura se retourna vers sa meilleure amie, le souffle court à cause de l'émotion.

– Je dois aller en bas, dit-elle simplement.

– Tu veux que je t'accompagne ? proposa Ino.

– Non, ça ira. Au fait, tu ne t'apprêtais à aller quelque part avant que je n'arrive ?

– Si, Shizune est venue me voir pour me dire que Shikamaru était réveillé, alors je vais y aller avec Chôji.

Elle baissa les yeux un instant avant de demander :

– Sakura, c'est vrai qu'il a perdu la mémoire ?

Sakura hocha tristement la tête.

– Par contre, il n'a rien perdu de ses facultés intellectuelles, ajouta-t-elle. Ni de sa paresse, d'ailleurs.

Ino sourit, comme si ces paroles avaient été un lot de consolation. Finalement, les deux filles sortirent de la chambre et se serrèrent mutuellement.

– Bonne chance, Sakura, lui souffla Ino.

Sakura bredouilla un « merci » avant d'essuyer les larmes qui menaçaient de déborder. Elle avait la sensation qu'elle s'embarquait dans la mission de sa vie. Elle allait retrouver Sasuke, tuer Kyûbi et ainsi donner un nouvel envol au village de Konoha. Sauf si elle mourrait avant, évidemment.


Note de l'auteur : 1er janvier oblige, bonne année à tous ! Et puis bonne santé aussi, ne tombez pas trop malades ^^.

Bon, j'espère que ce chapitre vous aura plu. Vous avez enfin le droit à une apparition de Shikamaru (qui, pour le coup, quand même un sacré rôle) et de Kiba. Je suis un peu triste pour Akamaru, mais il s'en remettra (c'est un personnage, hein ! Une autre fic et il sera vivant). Comme vous pouvez le constater, une seconde confrontation avec Sasuke va s'imposer. Que va-t-il donc se passer ? Bah faudra attendre la suite qui, d'ailleurs, ne devrait pas trop tarder !