« Jeux du sort »

Disclaimer: Tous les personnages, l'univers, appartient à J.K Rowling, seule l'intrigue m'appartient. Je ne me fais pas d'argent en faisant cette fanfiction. (dommage... ça ferait un job plus qu'agréable x)

Paring : Harry/Tom Jedusor.

Genre : Romance (hum...en ôtant les fleurs bleues et pâquerettes)/Peur/Suspense

Rated : M, présence de violence psychologique et physique ainsi que de relations sexuelles plus ou moins décrites et suggérées.

Summery : A la fin de la guerre, Voldemort a gagné, l'horreur et la terreur règnent dans le monde sorcier. Harry décide d'entreprendre un voyage qui est leur dernier espoir … revenir dans le passé afin de tuer Voldemort. Prit au piège dans un étrange et troublant jeu d'ombre et de lumière, qui sera vainqueur et à quel prix ? Il est si facile de se laisser prendre à son propre jeu …

Rappel des dates :

18 mai 1998: bataille de Poudlard,

29 août 1999: Mort de Ron,

6 novembre 1999: voyage temporel (voir chapitre 1),

1926: année de naissance de Tom J,

Année 1943: septième année d'étude de Tom Jedusor. (J'en rajouterais d'autres au fur et à mesure...)

(Petit) Résumé des chapitres précédent: La guerre dans le monde sorcier s'est soldée par la victoire de Voldemort. Harry et Hermione décident de retourner dans le passé, en 1926, afin de le tuer nourrisson. Seulement, c'est Harry seul qui se retrouve devant l'orphelinat et il se rend rapidement compte qu'il n'est pas en 1926, mais en 1943, lors de la dernière année d'études de Tom Jedusor. Toujours déterminé à le tuer, il s'infiltre à Poudlard et tente de l'assassiner. Sa tentative de meurtre échoue, il rencontre un inquiétant personnage dans la Réserve, vole quelques livres et finit par écrire une lettre au directeur de Poudlard, Armando Dippet …

Note : Bonjour à ceux qui suivent (il y en a encore ?), je m'excuse de ce retard … pour être honnête, je comptais poster pendant les vacances mais... la première partie des vacances je n'ai rien foutu, genre méga-hibernation. Et donc la deuxième... travail toute la journée. Héhé. Intelligent, n'est-ce pas ? Puis, à présent je suis malade... En tout cas, après des difficultés, voici le chapitre 6 ! Merci infiniment pour vos reviews, mises en favoris, en alerte et de votre patience ! :-)


Jeu de dupes

"A tromper autrui, l'on risque de se duper soi-même" (de Pierre Turgeon)

Harry ne haïssait pas la société. Du moins, il ne l'avait pas toujours fait. Au contraire, auparavant, il lui ouvrait innocemment ses bras d'enfant et se délectait de sa compagnie, douce, qui lui réchauffait le cœur et l'âme tout entière. Mais il avait appris à se méfier, esquivant chaque coup de couteau, chassant de son esprit les mots et réputations cruels que lui avait attribué le ministère, gravés parfois à même sa peau. Il avait appris à ses dépens à retourner les sorts et maléfices hargneux, à essuyer les trahisons. Dans le sang, dans l'amour et la mort, il avait endurci son cœur. Il aurait aimé dire que tout ça ne l'atteignait plus. Il aurait adoré pouvoir en rire, ou même en sourire. Il aurait aimé pouvoir encore relever les coins de ses lèvres honnêtement et connaître un de ces jours d'été ensoleillé où nul problème ne peut troubler l'esprit, tel qu'il soit. Il aurait aimé pouvoir murmurer ou même oser penser que la Guerre ne laisserait derrière elle qu'une fumée noirâtre qui disparaîtrait peu à peu des méandres des esprits et des cœurs des hommes. Mais la guerre battait son plein, violente, destructrice, sans que nul ne puisse l'arrêter dans la course, tel un ouragan ravageur. Le cœur d'Harry battait au rythme de la haine, de la misère, de la peur, éveillant à chaque fois son impuissance et son désespoir.

Non, se reprit Harry, tout va changer. Enfin.

Il se frotta instinctivement la main qui lui avait semblé piquer. Cicatrices. Tout laissait une marque, des stigmates plus ou moins douloureux, enfouis mais pourtant à vifs à jamais. Comme des animaux vicieux, habitant sa chair et son sang, immobiles et prêts à frapper au moindre faux pas, se nourrissant et absorbant les rares joies qui illuminaient désormais son existence, les cicatrices que lui laissait sa vie étaient immortelles et cruelles.

Alors oui, Harry avait détesté la société après l'avoir aimé puis, avec la guerre, oubliée. Dans le chaos, la société n'existait plus. Ou du moins, il n'avait pas vraiment cherché à la fréquenter. La Nouvelle société. Vêtue de Doloris et de robes trop noires. Mais à présent qu'il était , entouré de ses gens plus ou moins innocents et naïfs, jeunes, tous si différents mais qui avaient dans les yeux la passion pour la vie qui brillait et se reflétait, qui jusques dans leurs robes traditionnelles d'écoles rappelaient à Harry ce qu'était l'enfance, la vraie, celle qu'il aurait pu avoir, qu'il aurait avoir, loin de la terreur, il se souvenait. Enfin. En premier lieu, il se souvint de pourquoi il l'avait détestée.

Tout d'abord... Le bruit. Il agressait Harry, attaquait la moindre surface de son épiderme, esquintait ses oreilles et résonnait dans sa tête dans un fracas insupportable, un épouvantable tintamarre, pour finir par se faufiler mesquinement dans tous les pores de sa peau. Il en tremblait presque. Il voulut dé-serrer le col de sa robe noire mais ne put esquisser aucun geste. Ses doigts tremblotaient légèrement et étaient étonnamment, étant donné le feu intérieur qui brûlait continuellement en Harry, gelés.

Puis, être le centre de l'attention. C'était peut-être ça, le pire. Il les regarda plus attentivement. L'étonnement qui s'inscrivait dans les visages quand ils le voyait. L'incompréhension sans peur. Les murmures. Les doigts qui se pointent sur lui plus ou moins discrètement.

Tout d'un coup, il croisa le regard d'une fille avec de lourdes nattes -qui en avait plongé une dans son potage- qui lui rappela aussitôt Hannah Habbot et une douce chaleur, ombre de celle qu'il ressentait heureux, empli sa poitrine. Il eut soudain l'impression de retrouver dans chaque grain de beauté, chaque couleur de cheveux, de peau, dans la forme d'un nez, dans des expressions, un peu de ses amis, camarades, connaissances ou même ennemis. Il se détendit considérablement et se sentit plus léger. Il n'était pas seul. Où qu'il soit, ses souvenirs seraient avec lui. Il regarda d'un air béat les étudiants, cherchant la moindre parcelle de ressemblance qui pourrait lui prodiguer un peu de cette délicieuse ombre de bonheur.

-Impressionnant, non ?

Harry s'extirpa involontairement et brusquement de l'état dans lequel il était plongé. Il planta ses yeux dans ceux de l'homme qui lui avait parlé, et qui avait pris pour de l'admiration sa quête de reconnaissance. Il hocha la tête brièvement -en le maudissant au passage- et l'homme reprit, consultant rapidement sa montre sorcière,

-Il est temps. Prêt ?

Sa cage thoracique se vida brusquement et sa gorge se serra, si bien qu'il ne put respirer durant un instant. Il y était. Il regarda autour de lui et tenta de s'imprégner de tous les éléments de la Grande Salle pour se détendre. L'homme posa maladroitement une main qui se voulait rassurante sur son épaule.

-Jeune homme ? L'appela-t-il.

Une appellation si conformiste et si peu chaleureuse. Le « mon garçon » ou « mon ami » de Dumbledore, si tendre et protecteur, lui manquait. Le vieil homme en lui-même lui manquait cruellement. Harry leva les yeux vers la table des professeurs et le trouva, plus jeune, en train de discuter avec son voisin. Des souvenirs lui apparurent aussitôt et une puissante vague de nostalgie lui enserra le cœur, à tel point qu'il sentit ses yeux picoter de larmes qu'il ne devait pas laisser couler. Il regarda à nouveau Dumbledore et se réduit au calme. Ce n'était pas l'homme qu'il avait connu et avec qui il avait eu cette relation si particulière. Pas encore. Il essaya de penser à ce qu'il dirait s'il était à la place de l'homme qui enserrait son épaule et se sentit un peu mieux. La poigne sur son épaule se resserra. Harry essaya alors de sourire et souffla, son cœur battant à tout rompre,

-Oui... oui, je crois.

~OoO~

Quatre jours auparavant,

-Ancestral.

Aussitôt, la gargouille s'écarta et le mur se fendit en deux, révélant des escaliers en colimaçon. À peine avait-il posé ses deux pieds dessus que Harry se sentait déjà porté par les marches de pierre -elles fonctionnaient comme un escalator. Il entendit anxieusement les pans du mur se refermer derrière lui. Il pouvait entendre le sang battre contre sa tempe et ses mains, posées sur la rampe de l'escalier, étaient moites. Et les marches l'amenaient vers son but si lentement...

Au débouché des escaliers, l'air devint soudainement plus lourd. Une goutte de sueur coula derrière l'oreille du brun. Harry inspira. Expira. Six fois. Puis, plus calme, il reporta son regard sur la porte en chêne poli qui se dressait, imposante, devant lui. Il la connaissait par cœur pour y avoir été convié à de nombreuses reprises et pourtant le même sentiment de fébrilité l'envahissait quand il lui faisait face. Il toqua d'une main qu'il voulait assurée. Plus moyen de reculer maintenant. Il avait trop à perdre. Il se composa un masque facial qu'il souhaitait le plus parfait possible et entendit une voix s'élever,

-Entrez.

Son destin était scellé. Il sourit du mieux qu'il put et poussa la porte.

Maintenant, à moi de jouer.

Sitôt entré, il évalua rapidement le lieu. Le bureau était différent de ce qu'il avait connu, même si peu de choses étaient changées: de lourds rideaux bordeaux étaient accrochés au mur et semi-tirés, les objets farfelus de Dumbledore étaient inexistants et le bureau était décoré selon le style de l'époque. C'était l'ambiance en elle-même qui différait. Il y régnait un sentiment macabre donné par la semi-obscurité et démodé, désuet. Ça sentait la poussière et une vague fragrance de thé flottait dans l'air. Il chercha du regard instinctivement le portrait de son ancien mentor avant de se flageller mentalement: il fallait qu'il apprendre mieux à se contrôler, ou bien ses tics finiront par le trahir. Le directeur de l'époque, Armando Dippet, identique aux souvenirs de Jedusor, était assis et l'étudiait du regard. Harry avait soigné son apparence, renonçant à se coiffer, mais impeccable de propreté et vêtu d'un costume simple mais élégant. Il continua de sourire et s'approcha.

-Bonjour, le salua le vieil homme, vous devez être Mr. Evans, c'est exact ?

Harry hocha la tête en guise d'acquisement, et lui retourna la politesse, ayant la désagréable impression d'agir comme l'aurait fait Jedusor,

-Enchanté. C'est un honneur de pouvoir enfin vous rencontrer, monsieur Dippet.

-Merci, dit le directeur en souriant plus sincèrement -si manipulable, ne put s'empêcher de songer Harry. Asseyez-vous, je vous en prie.

Harry s'exécuta et examina le directeur plus en détails. Il n'avait vraiment pas changé depuis les souvenirs de Jedusor, quand celui-ci avait accusé Hagrid d'avoir ouvert la Chambre des Secrets. Toujours chauve et frêle, ses épaules étaient recouvertes d'une cape noire simple, rehaussée par une écharpe de laine rouge foncée. Il était victime d'un tic étrange, nerveux, qui l'affectait au niveau de l'œil gauche qui s'agitait sans cesse. Il ressemblait à un vieil arbre décharné. Monsieur Dippet lui rendit son regard inquisiteur et plongea ses yeux dans les siens. Rapidement, Harry vérifia ses barrières d'occlumentie, et sentit un esprit expérimenté mais faible et vieux, effleurer le sien.[1] Même si Harry n'était pas expert pour se protéger mentalement -malgré les efforts d'Hermione-, il avait fini par acquérir une bien meilleure maitrise de l'occlumentie que lors de son apprentissage avec Rogue. Il introduit le directeur dans son esprit mais lui laissa seulement voir une couche superficielle où il se concentra pour uniquement penser à l'architecture du bureau. Monsieur Dippet s'en contenta. Si aisé.

Puis le directeur rompit le contact mental et fouilla un peu dans sa pile de papiers posés sur le majestueux bureau et en sortit une lettre. La sienne.

-Alors... hum... commença-t-il d'une voix trainante en la parcourant des yeux rapidement, vous venez du West Country, c'est bien ça ?

-En effet, de Godric's Hollow plus exactement.

Les yeux de Dippet s'illuminèrent,

-Je m'y suis déjà rendu lors d'une occasion, c'est charmant, ajouta-t-il en hochant la tête. Un lieu de prestige, quand on sait que Godric Gryffondor en personne y est né, n'est-ce pas ? Enfin, pour vous ce lieu maintenant doit vous sembler bien triste... avec ce qui vous est arrivé, vos parents... hum... vous... vous disiez que vous …

Harry préféra l'interrompre, un peu vexé qu'il ait si peu retenu le contenu de la vie du Mrs Evans, qu'il était censé incarner. Il s'était donné du mal pour rédiger la missive, et le directeur la tenait négligemment dans ses mains. C'est donc avec un sourire quelque peu crispé qu'il continua,

-Je prenais des cours particuliers avant la mort de mes parents, il y a six mois de ça.

Ça pouvait passer. En effet, des cours particuliers se faisaient à l'époque, surtout dans les familles de renom, même si la pratique s'était perdue avec le temps.

-Toutes mes condoléances. Perdre ses parents, surtout à votre jeune âge est tragique. Puis savoir comment … ?

-Un malheureux accident, déclara simplement Harry en espérant qu'il n'aurait pas à se justifier davantage.

Après tout, sa petite histoire serait aisée à vérifier. Mais il ne s'inquiétait pas vraiment. Après tout, même si Monsieur Dippet lui semblait quelque peu simplet, dans les années 40, les personnes connaissaient le tact. En effet, le directeur n'insista pas,

-Vous m'en voyez désolé, jeune homme. Donc vous disiez que vous preniez auparavant des cours à domicile ?

-C'est exact, acquiesça Harry en se détendant, la partie difficile était passée facilement. Mes parents voulaient me garder auprès d'eux et m'envoyer dans un internat leur étaient douloureux. Mais à leur décès, n'ayant plus aucune famille, j'ai souhaité, après quelques mois difficiles, de me reprendre en main. Je ne voulais pas continuer à vivre seul dans la maison de mes défunts parents et donc je me suis renseigné à propos du fonctionnement de votre école, ce qui ne fut pas aisé, ajouta-t-il avec un sourire rassurant. J'ai remarqué qu'il me manquait une année de cours, c'est-à-dire la dernière. Donc, comme je vous l'écrivais, j'espérais qu'en dépit de mon arrivée en cours d'année, vous accepteriez de … de m'accueillir dans ce majestueux château, et de m'aider à achever mes études.

Son cœur battait trop vite. Trop fort. Armando Dippet reposa sa lettre dans le tas ornant son bureau. Après quelques secondes qui parurent interminables à Harry, il annonça enfin sa décision,

-Monsieur Evans, suite à votre lettre j'avais longuement réfléchi et décidé de vous demander un entretien. Mais à présent, je …

~OoO~

-Je vous demande à tous d'accueillir Harry Evans, déclara à l'école réunie Armando Dippet en incitant d'un signe de main Harry à s'approcher.

Des applaudissements polis retentirent lorsque le sorcier à lunettes se plaça à côté du directeur. Sorcier qui se sentit un peu mal à l'aise. Il avait toujours détesté ça. Au moins, cette fois, il savait pourquoi est-ce-qu'il était appelé. Il chercha du regard son ennemi dans la foule et le trouva assis à la table des serpentards, en une apparente parfaite santé. Tom Jedusor le regardait distraitement avec un sourire que Harry savait faux. En croisant ses yeux noirs, il fut pris d'un frisson qui se répercuta dans sa colonne vertébrale jusqu'à ses orteils. Puis Armando Dippet reprit la parole,

-Ce jeune homme va étudier à Poudlard en dernière année. Je compte sur vous pour l'accueillir chaleureusement et lui enseigner les rudiments des règles de vie de l'école ainsi que de lui prodiguer les cours qu'il a manqué jusques là.

Le directeur coula un regard au concerné, semblant l'interroger. Harry comprit qu'il voulait qu'il dise quelques mots. Il savait que cela faisait parti de son rôle. Il n'avait pas à avoir peur, il avait fait de grands discours durant les guerres et avait fini par s'y faire. Il n'était pas entouré de gens terrifiés et méfiants, qui lui confieraient peut-être leurs vies, ou bien qui le trahiraient. Le bruit autour de lui était joyeux, festif, non empreint de cris. Il s'avança vers l'estrade et sourit aimablement avant de prendre la parole,

-Bonjour. Je m'appelle Harry Evans, j'ai 19 ans et je viens de Godric's Hollow. À cause de certains évènements récents, j'ai dû partir. J'espère que tout se passera bien entre nous et à vrai dire... (il passa sa main dans ses cheveux) je suis un peu perdu pour le moment -quelques rires retentirent- Merci de votre attention.

Quelques applaudissements, plus chaleureux. Quelques mots de Dippet, plus chaleureux. Quelques sourires, plus chaleureux. Mais Harry ne les entendait pas, ne les voyaient pas. Lui voulait se noyer dans la froideur des yeux de Jedusor. Celui-ci détourna pudiquement la tête. Harry serra les poings.

Évidemment. A quoi est-ce que tu t'attendais ? A ce qu'il s'exclame: Tiens, voilà celui a tenté de me tuer l'autre jour, c'est mon ennemi juré !

Il ne le connaissait pas. Du moins... par encore. Harry s'efforça de ne pas recommencer à sourire de cette façon. Il était Harry Evans, le gentil, tendre, loyal et innocent Harry.

Pas un meurtrier.

Pas un menteur.

Et il ne connaissait pas Tom Jedusor.

-Bon, s'exclama Dippet d'un ton enjoué, nous allons tout de suite commencer à l'initier à nos pratiques avec notre plus vieille coutume... le choixpeau !

~OoO~

Le dortoir n'avait pas vraiment changé, en fait. Harry ne s'y sentait pas bien. Un poids dans sa poitrine, dérangeant. Son lit était confortable, ce qui l'avait étonné, et plus intime, avec une pudeur due à l'époque. Il posa sa valise sur le sol verni. Voir le chemin de traverse sans les boutiques qu'il connaissait l'avait perturbé plus qu'il ne l'aurait imaginé si bien qu'il s'était perdu. Il avait dû demander de l'aide à une jeune sorcière qui avait rougi et bégayé avant de lui montrer une mauvaise direction. Misère. Il n'avait pas pensé que les mœurs étaient si différentes. Du travail l'attendait. Il se plongea dans une contemplation du planché jusqu'à que ses yeux se ferment. Après tout, il avait fini par prendre l'habitude de dormir la journée et aujourd'hui il n'en avait pas eu l'occasion...

-Evans ?

Il les rouvrit brusquement. La voix était douce. Désagréablement familière. Il releva la tête. Pinça les lèvres pour les empêcher de trembler. Évidemment. Comme si j'avais droit au moindre repos.

~OoO~

Les élèves s'impatientaient à présent, Harry aussi. L'odeur du banquet emplissait la pièce. Les ventres grondaient. Et le bon vieux choixpeau reposait devant Harry, un sourire moqueur gravé dans le cuir.

-Tout ce que tu as à faire Harry, lui expliquait Dippet en lui rappelant désagréablement Lockart, la seule chose, c'est mettre le chapeau sur ta tête. Tu comprends ?

Par Melin, il n'était pas attardé. Harry hocha la tête contenant sa colère et se rendit compte de son erreur, Dippet continuait de parler. Le brun avait également remarqué qu'il était passé au tutoiement après qu'il ait parlé, donc qu'il pouvait sans doute se permettre un peu de familiarité. Coupant net à son discours, il dit avec un sourire,

-Monsieur, j'ai compris. Je m'assois et mets le chapeau sur ma tête, c'est bien ça ?

Si le directeur parut un instant déconcerté, il finit par hocher la tête avec enthousiasme et l'encouragea en mettant sa main sur son dos,

-Oui, tu verras c'est aisé. Tu n'as vraiment pas de quoi t'en faire, alors décompresse. Peut-être que tu ressentiras une sensation étrange, moi-même quand j'étais jeune, je...

Harry préféra prendre le choixpeau d'une main vive que de s'énerver davantage. Il trouvait que le directeur prenait un peu trop ses aises. Puis, sans s'occuper des autres commentaires de Dippet, il l'enfonça sur sa tête. La dernière chose qu'il vit avant que ses yeux soient recouverts fut les yeux pétillants de Dumbledore. Il était bien le seul à s'amuser.

~OoO~

-J'ai pensé que tu aurais besoin des cours du début d'année, déclara son interlocuteur en lui tendant une pile de documents, alors je te les ai copiés …

Un sourire candide.

-Si tu as besoin d'aide, n'hésite pas à venir me voir...

Un accueil chaleureux.

-Je suis à ton entière disposition.

Mais des yeux de glace.

Harry s'efforça de sourire et prit précautionneusement les cours. Il y jeta un bref coup d'œil. L'écriture penchée était régulière et nette, sans la moindre trace de bavure. Et sans aucun doute, le cours était complet.

-Merci, souffla-t-il, je compte sur toi.

Un sourire forcé. Deux, en fait.

-Tu peux.

L'étudiant tournant les talons, Harry recommença à respirer normalement, il ne s'était pas aperçu qu'il se retenait. Son ennemi était imprévisible, et doué, si doué au jeu de dupes. Bien plus que lui ne le serait jamais. Harry le savait et ne cherchait pas à se voiler la face. Seulement, lui avait l'avantage de l'anonymat. De plus, il pouvait affirmer sans doutes qu'il était la personne de cette époque connaissant le mieux Jedusor, peut-être même mieux que Voldemort lui-même. S'il jouait correctement, et surtout rapidement, tout ça ne serait plus qu'un lointain souvenir. Il regarda dehors. La nuit n'allait pas tarder à tomber. Il sortit un pyjama neuf de sa valise et une brosse à dents. Comme un homme... normal. Cette pensée le troubla et une douce chaleur s'installa dans sa poitrine.

Il vit d'un œil plus serein son dortoir. Un dortoir aux couleurs vertes et argents, qui se mêlaient sur chaque mur, chaque teinture. Un dortoir abritant des adolescents macabres, manipulateurs, effrayés, lâches, pour certains meurtriers. Désormais sa nouvelle maison. Le choixpeau n'avait pas mis longtemps à faire son choix. Harry avait tant redouté cette étape, tellement craint le pouvoir de ce chapeau magique capable de lire dans son esprit. Il avait eu si peur de voir sa véritable identité se faire découvrir...

Mais ça n'avait pas été la peine de s'en faire. En effet, à peine le choixpeau eut frôlé sa tête qu'il hurlait déjà le nom de sa nouvelle maison.

Serpentard.

Finalement il n'avait pas pu y échapper, quoiqu'il ait pu quémander lors de sa première année à Poudlard. Et au fond de lui, Harry se demandait s'il devait au final s'inquiéter de la rapidité du choixpeau pour le cerner. Avait-il tant changé qu'il s'était métamorphosé sans même s'en rendre compte en l'ennemi qu'il abhorrait ?

Cette nuit, il rêva de Jedusor et de ses yeux sombres, qui semblaient le fouiller jusqu'à l'âme...

Qui était Harry Potter en fin de compte ?

~Fin du chapitre~


[1] Il n'est nul part fait mention que Armando Dippet soit un legilimens, il est plutôt décrit comme quelque peu incapable et pas bien malin (saviez-vous d'ailleurs que son nom vient de « dip », soit de l'argot américain signifiant idiot ou inepte ?) mais je me suis dit que tout de même c'était le directeur de Poudlard...

Avec l'espoir que ce chapitre a comblé vos attentes et de vous retrouver au prochain, portez-vous bien !