Deuxième jour
Je me précipite jusqu'au porche de la maison pour ne pas finir trempée et entre à l'intérieur où je trouve mon parrain dans le salon.
- Où étais-tu passé, me demanda-t-il. Quand je me suis réveillé tu étais déjà parti. Jacob aussi, d'ailleurs.
- Je suis allée voir Lee, l'informais-je. Et je crois avoir vu Jake avec Embry et leurs amis.
- Et toi, tu ne veux pas te faire de nouveaux amis, me taquina-t-il.
- Pourquoi faire, répliquais-je. J'ai déjà tout ce dont j'ai besoin. Quelques amis, une famille et par-dessus tout, ils m'adorent. Que demander de plus ?
- Tu ne changeras jamais, rigola le vieil Indien. Tu peux aller me prendre les cartons qui sont dans le garage, s'il te plaît.
Je prends mon imperméable accroché au porte-manteau et sors sous la pluie qui tombait désormais averse, puis je contourne rapidement la maison et m'abrite sous le garage. En fouillant un peu partout, je me cogne la tête contre le plateau de la camionnette. Je porte ma main à mon front, je saigne. Quelle bêtise ! Je continue tout de même de chercher les cartons et finis par les trouver dans un coin au fond du garage. Je les mets sous mon bras, puis retourne à l'intérieur.
- Qu'est-ce qui t'es arrivé, s'affola Billy.
- Ce n'est rien, tentais-je de le rassurer en lui donnant mon butin. C'est moins grave que ça en a l'air, je vais juste désinfecter.
J'entre dans la salle de bain et cherche les compresses parmi les médicaments de Billy.
- Il faut tout chercher dans cette maison, marmonnais-je. Rien n'est à sa place.
J'entends la porte d'entrée s'ouvrir, la voix de Jacob s'éleva à travers la porte. Je m'arrête en pleine action et ouvre doucement la porte en l'entendant hausser le ton.
- Elle ne reviendra pas Jacob, souffla Billy.
- Si, hurla son fils. Elle reviendra parce qu'elle m'aime, elle me l'a dit.
Je sors de la salle de bain et comprenant son désarroi, je murmure :
- Je suis désolée, Jake.
Il me regarde avec colère et tristesse, puis s'enfuit en courant. Je le suis avec un peu de mal et le vois entrer dans la forêt, je m'inquiète aussitôt. J'accélère le pas en criant son prénom, mais rien.
J'avais perdu sa trace, je m'arrête alors un moment et regarde autour de moi. Je ne reconnaissais rien, je ne voyais plus les sentiers que j'utilise habituellement. Je m'étais sans doute trop éloigné, plus que Jacob en tout cas.
Le pauvre, son coeur était brisé. Bien sûr qu'un jour il ne souffrira plus autant, mais personne ne savait quand, il l'aimait tellement. Malgré que je me sois perdue, je ne paniquais pas. Mais au lieu de revenir sur mes pas, je continue de m'enfoncer dans les bois. Plus j'avançais, plus je me sentais comme un lapin pris au piège, les sens en alerte.
Un mouvement sur ma droite me fait tourner la tête et je tombe face à un ange. Bien qu'il ait un sourire avenant, je prends peur à cause de ses yeux rouges et trébuche sur une racine - me cognant de nouveau la tête au passage. Je ne le perds des yeux qu'une seconde qu'il est déjà à mes côtés. Il me tend la main, je l'accepte en me sentant bête d'avoir eu peur. Cependant, il ne me lâche pas et me mord soudainement à l'épaule. Je ressens directement une brulure terrible et hurle de douleur.
Je me réveille haletante et couverte de sueur. Je prends un moment pour comprendre que ce n'était que le même souvenir qui hantait mes rêves continuellement, à un détail près. Habituellement je ne suis que spectatrice, là c'était comme un voyage dans le temps où j'aurais été projeté 10 ans en arrière. Il y avait dans ce rêve des détails que j'avais même oubliés, comme la tristesse qu'ont décelée dans la voix de Jacob et son regard transperçant - ce regard d'enfant qui refuse l'idée que sa défunte mère ne reviendrait jamais. C'était tellement réel, tellement précis, que j'en avais des vertiges.
Je jette un œil par terre et découvre le matelas vide. Je prends mon téléphone pour voir l'heure : Trois heures du matin, il est trop tôt pour que Jacob ne soit plus là. Je sors quand même de la chambre et inspecte la maison, pas de Jacob en vue. J'entre dans la cuisine et me sers un verre de lait en observant les arbres s'agiter par la fenêtre. Je me redresse tout à coup en voyant Jacob et Leah entrait dans la forêt. Je reste un moment stoïque, essayant d'analyser ce que j'ai vu, en vain. Que pouvaient-ils bien faire dans les bois à cette heure-ci ? ça ne me regarde pas de toute façon !
Je lave mon verre et remets la bouteille dans le frigo, puis je m'assois à table, vraiment tenter de suivre mes amis. Finalement, la raison l'emporte - grâce au souvenir encore bien présent dans ma mémoire et à l'absence de lune -, je décide de ne pas m'aventurer dans la sombre forêt et retourne me coucher.
Je m'étire en faisant attention de ne pas tomber, j'avais réussi à dormir quelques heures de plus. J'ouvre doucement les yeux et sors du lit tout aussi lentement.
En gagnant la salle de bains, je grogne un "bonjour" à Billy déjà attablé. Je me rafraichis le plus vite possible et sors le rejoindre. Il me tend une tasse de café et je marmonne un "merci"
- Tu n'as jamais été du matin, rigola-t-il.
Je secouais légèrement la tête en grimaçant ce qui le fit rigoler de nouveau. J'inspecte la pièce de l'oeil pour voir si je n'avais pas raté Jacob, son père suit mon regard et ajoute :
- Jacob est parti il y a une heure.
Je ne relève pas et me contente seulement de hocher la tête, je n'allais pas dénoncer Jacob. Je ne sais même pas si je dois lui dire que je l'ai vu en compagnie de Leah de bonne heure. Je vais y réfléchir.
- Je crois que je l'ai entendu, rajoutais-je quand même. Mais je ne suis pas sûr.
Le reste du petit déjeuner se passe en silence.
La matinée se déroula paisiblement avec mon parrain. Il m'informait qu'il allait passer l'après-midi avec le vieux Quil et Sue, mais il fut interrompu par des coups à la porte. Je me lève et vais ouvrir.
- Comment vas-tu, me salua Embry.
- Bien, répondis-je en le laissant entrer. Tu es en retard.
- Ha ha ! Moi aussi je vais bien, merci. Bonjour Billy, Sue vous attend dehors.
- Merci fiston, amusez-vous bien. Meïka, m'interpella Billy, pas de bêtise.
Je le regarde partir, outrée.
- Tu veux quoi, criais-je à Embry depuis la cuisine.
Assis sur le canapé, celui-ci réfléchit une seconde.
- Un jus d'orange, tenta le brun.
Je pars m'asseoir à ses côtés et lui donne son verre. Il me remercie et je lui souris en lui proposant le sachet de chips que je venais d'ouvrir.
- Alors, reprit-il, c'est quoi ton programme aujourd'hui.
- Je n'ai encore rien prévu.
- Tu viendras avec moi alors.
- Où, demandais-je - étonnée mais curieuse.
- Tu verras le moment venu. Tu poses trop question petite.
Il vient vraiment de m'appeler petite . Dieu, mais qu'il est drôle, dis donc !
- Hey, s'offusqua-t-il après que je lui ai donné une claque à l'arrière du crâne. Tu oses !
- Bien sûr, j'ose, crevette, le narguais à mon tour.
Il n'apprécie cependant pas le surnom dont je l'affuble et m'arrache l'oreiller des bras.
- Regarde un peu ce que la crevette sait faire.
Il me frappe alors en pleine face avec le cousin, sous le choc je crie. Puis je me remets de ma surprise et saute sur mon assaillant et lui administre le même traitement. Au bout d'une heure de combat - aussi bien d'oreillers que de chatouille -, je capitule et m'affale sur Embry qui c'est lui-même affaler sur le canapé, tous les deux essoufflés - surtout moi. Il passe son bras autour de mes épaules et rigole :
- C'est moi qui ai gagné.
- Parce que je t'ai laissé gagner, comme je l'ai toujours fait.
On rigole à l'unisson, il était vrai que lorsqu'on était plus jeune je laissais toujours Embry gagnait et ceux sous les plaintes de Leah. Aussi loin que remonte ma mémoire, je l'avais toujours couvée et avais toujours été très tactile avec lui, il faut croire que ça n'avait pas beaucoup changé.
L'heure suivante il me raconta les bêtises que Jacob avait omis de me raconter et qui m'ont énormément fait rire.
- Bon, s'exclama-t-il après un silence apaisant. C'est l'heure, on y va.
Après cinq minutes de marche, je reconnais enfin le chemin.
- On va chez Emily, demandais-je quand même pour en être certaine.
- Oui, acquiesça-t-il. Elle voulait absolument que tu passes la voir. Elle te trouve adorable.
J'accueillis cette dernière phrase avec un sourire angélique.
- Elle ne te connaît pas assez, se crut-il obliger de rajouter.
Je le pousse et cours en direction de chez Emily en criant :
- Tu n'es qu'une petite crevette jalouse.
Embry me poursuit et j'accélère pour qu'il ne me rattrape pas. De loin, j'aperçois une silhouette sur le sentier qui mène vers la maison et sans réfléchir, je m'agrippe à elle pour faire rempart contre mon ami déjà trop loin maintenant.
Passer le moment de surprise - qui ne dura qu'une seconde -, la personne enroula ses bras autour de ma taille et la stupidité de mon geste m'ébahit.
- Dis donc, murmura une voix grave. On dirait que tu adores les bras de ton héros.
Je lève les yeux et rougi automatiquement en reconnaissant Paul.
- Peut-être que c'est toi qui aimes prendre mon corps dans tes bras, répliquais-je en me ressaisissant.
- C'est une option, admit-il malicieusement.
On tourne la tête au même moment en entendant les pas précipités d'Embry.
- Protège-moi des assauts d'Embry si tu es vraiment mon héros, rigolais-je.
Alors que je ne m'y attends pas, il me souleva du sol et sans laissait le temps à Embry de nous rattraper, m'emmène chez Sam et Emily .
Ces derniers étaient assis à table avec un autre couple - Jared et Kim si j'en crois ma mémoire -, tandis que Seth, Brady et un autre jeune quileute squatter le canapé. Ils tournèrent la tête, surpris par cette entrée. Je sors précipitamment des bras de mon "sauveur", gênée.
- Quoi, s'exclama Paul. Je suis son Héros.
Avant que je ne puisse protester, Embry arrive et essaye de m'attraper. Je contourne rapidement Paul et lui tire la langue - très puéril !
- Je t'attraperais, me mit en garde la jeune crevette.
Je rigole devant ses menaces insignifiantes, Emily sourit en se rapprochant et me prends dans ses bras.
- Je suis heureuse que tu sois venue.
Je l'accompagne jusqu'à la cuisine en saluant au passage les jeunes assis devant la télé.
- Tu connais déjà Jared, reprit Emily. Voici sa fiancée, Kim et celui avec Seth et Brady, c'est Collin.
Je souris à chacun et leur fais un signe de la main.
- Enchantée, ajoutais-je totalement à l'aise - ce qui m'étonna.
- Assieds-toi ! Tu veux un café, me demanda Emily en s'activant.
- Oui, merci.
J'observe tranquillement la maison et note tous les détails que je n'avais pas encore remarqués, comme le charmeur de vent à l'extérieur, l'image montrant une Indienne et un loup accroché sur le mur en face de la télé, ou encore la petite bibliothèque de livres anciens. C'était typiquement indien, mais également très beau.
- Alors, ton article avance, demanda Embry à Kim .
- Je disais justement que je n'avais pas d'inspiration, se désola-t-elle.
- Tu dois faire quoi exactement, intervient Paul la bouche pleine.
C'était la question qui me brulait les lèvres, mais je n'osai pas la poser.
- C'est un article pour le journal de l'école où je dois prendre la défense de la poésie, répondit-elle. Mais le problème c'est que je ne sais pas comment l'aborder.
- Tu vas trouver, l'encouragea son fiancé. Tu es intelligente.
Mon cerveau s'éveilla, j'adore la poésie. D'ailleurs j'avais déjà écrit un article similaire avec Jamie pour l'école, je décide alors d'intervenir :
- Tu peux peut-être commencer par invoquer les raisons pour lesquelles les gens ne s'intéressent plus à la poésie. Pour partir ensuite sur ses qualités et finir avec un poème célèbre qui les regroupent.
Embry et Paul me regardèrent, les yeux écarquiller de surprise. Je me redresse, regrettant soudain ma spontanéité, mais elle fut récompensée par le sourire et les yeux illuminés de Kim.
- Ce n'est pas bête, s'exclama-t-elle. Je pourrais y intégrer un poème de Milton ou de Blake.
Elle se perd dans ses réflexions, puis saute de sa chaise et se précipite vers son sac pour en sortir un bloc-notes et un stylo. Elle revient en sautillant et me souris :
- Merci beaucoup. Il me manquait seulement ce déclic, maintenant je fourmille d'idées grâce à toi.
- Euh... De rien, ravie de t'avoir aidée.
Elle continuait d'écrire pendant quelques minutes, jusqu'à ce que son compagnon se sente délaissé et l'interrompt pour un baiser des plus chastes. Embry, dégouté, alla rejoindre les jeunes sur le canapé et Paul se rapprocha.
- C'est bizarre. Tu as pu l'aider, commença Paul, pourtant tu n'es pas parti à l'école.
J'hésitais entre l'envoyer bouler ou l'incendiais, mais il ne semblait pas se moquait de moi. Alors, je décide de l'expliquer calmement.
- J'ai fait l'école à la maison avec Sarah.
- Ça ne t'a pas posé un problème de sociabilité.
- Non, perdis-je patience. De plus, je suis allée dans un lycée public où je m'y suis faite beaucoup d'amis.
- Quoi, s'écria Embry depuis le salon. C'est vrai ?
- Oui, lui répondis-je. Pourquoi ça t'étonne ?
- Parce que tu n'as jamais été sociable, rigola-t-il.
Je fais attention que les deux couples présents ne me voient pas - par soucis de politesse - et lui sert un doigt d'honneur en bonne et due forme, qui fut reçu par une exclamation choquée de sa part et de ricanement de la part de Paul et des jeunes à ses côtés.
- Tu joues une partie, me demanda Seth.
Il allume la manette et me la tend avec espoir.
- Ça dépend, répondis-je. Tu joues à quoi ?
- Choisi, me sourit-il. Il y a des jeux de guerre, des jeux de...
- Eh, intervient Paul. C'est une fille.
Je regarde, outrée, le macho à côté de moi. Il se prend pour qui ! J'aime tous les jeux, j'en ai joué souvent avec Jamie. Ce n'est pas que pour les garçons. Je prends la manette et lance un regard condescendant à Paul.
- Mets un jeu de guerre, dis-je à Seth. J'adore ces jeux-là.
Je joue déjà depuis un long moment sous les encouragements de Seth et des exclamations de ses amis.
- Tu es plutôt douée, avoua Paul dans mon dos.
- Tu veux dire pour une fille ?! Oui, je suis assez douée, fanfaronnais-je.
- Oui, pour une fille, minauda-t-il avec un sourire en coin en s'asseyant près de moi.
Il jubilait intérieurement et sans savoir pourquoi, je lui fais un clin d'œil. Oh ! Je vais finir par perdre la tête à force de le regarder. Par chance mon téléphone vibra, sauver par le gong !
- Tiens Seth, dis-je en lui donnant la manette. Continues pour moi.
Je regarde l'écran d'accueil et vois un message d'Alice. Je me lève et sors à l'extérieur en mimant un "je reviens" à Emily pour lui téléphoner. Une sonnerie, deux sonneries, trois sonneries et toujours pas d'Alice au bout du fil. J'essaye encore et tombe de nouveau sur sa messagerie. Je réponds alors à son SMS où elle m'annonçait fièrement qu'elle avait refait ma garde-robe, son problème, comment allait-elle me remettre cette nouvelle valise.
Message :
À : Alice.
Salut !
J'aurais aimé t'avoir au téléphone, mais tu sembles occupé. Demain je vais à Forks avec Billy (Je pense que tu l'avais déjà vu), tu pourras me donner la valise. Enfin si tu es libre.
Je vous embrasse tous !
J'essaye une dernière fois de l'appeler et abandonne définitivement après un nouvel échec.
- Un après-midi à la plage ça te tente, me demanda Emily dès qu'elle me vit.
- Tu es obligé de dire oui, rajouta Sam.
- Alors, je n'ai pas le choix, rigolais-je. Mais, ce sera avec plaisir.
- Je vais aller me prendre une serviette chez moi, brailla Paul. Ils ont tous pris.
Je réfléchis, je devrais moi aussi me prendre une serviette et un maillot de bain, j'avais envie de paresser dans l'eau même si celle-ci devait être gelée. Je dirais que j'ai un bon métabolisme - ce qui n'était pas un mensonge en soi.
- Moi aussi je vais aller me prendre une serviette chez Billy. Par la même occasion je pourrais me changer.
- D'accord ! Vous nous rejoindrez à la plage, acquiesça Emily en nous englobant - Paul et moi - d'un geste de la main.
- Ha ! Tu es chargé de babysitting, ricana Embry.
Je rigole ironiquement et parle en même temps que Paul :
Paul : "Je saurais géré"
Moi : "J'ai déjà fait du babysitting"
Je le regarde dans les yeux alors qu'il me fait un haussement de sourcils.
- C'est à moi qu'Embry parlait, lui assurais-je.
- Non, non ! C'est à moi qu'il s'adressait, me contredit-il.
J'essaye de le contredire à mon tour, mais à chaque fois que j'ouvre la bouche, il m'interrompt par de ridicules onomatopées. J'allais l'insulter - mon mauvais caractère prenant le dessus -, quand Emily nous interrompt.
- Cesse de faire l'enfant Paul. Dépêches-toi plutôt.
Je souris à Emily et sort de la maison en murmurant un "Hé, hé !" de victoire à Paul. Il me rejoint rapidement à l'extérieur et grogne :
- Ne crois pas que tu vas gagner aussi facilement la prochaine fois.
- Tu peux continuer, le tentais-je en commençant à avancer. On est seul là.
- C'est donc ça ! Si tu voulais être seul avec moi, il fallait le dire, me taquina le bel homme.
- Je m'en souviendrai la prochaine fois, Monsieur...
Je réfléchis, je crois que personne n'a mentionné son nom de Famille.
- Monsieur Paul, continuait pour ne pas laisser ma phrase sans fin.
À défaut de son nom, son prénom peut bien faire l'affaire. Non ?! Il s'arrête soudain, se tourne vers moi et me tend la main pour me saluer.
- Bonjour ! Je me présente Paul Lahote.
- Meïka Migina Tahi, me présentais-je à mon tour. Enchantée !
On rigole et continue notre marche.
- Je peux te poser une question, demandais-je à Paul en ouvrant la porte.
- Bien sûr.
- Tu veux boire quelque chose, lui dis-je.
Il m'accompagna à la cuisine et rigola légèrement.
- Ce n'est pas la vraie question, bredouillais-je quand je comprends la raison de son hilarité. C'est pour être poli.
- Non c'est bon, merci. Vas-y pose ta vraie question.
- L'autre jour à l'hôpital, commençais-je en entrant dans la chambre pour me changer, tu m'as donné un petit nom.
- Pijiw, confirma-t-il.
- C'est ça. Ça provient de quelle langue ?
- C'est de l'Amérindien.
- Oui, acquiesçais-je en balayant sa réponse d'un geste de la main qu'il ne voyait pas. Mais, de quel dialecte ?
- C'est un secret, chuchota l'Indien derrière la porte. Je te le dirais peut-être un jour.
Je sors de la chambre et tombe nez à nez avec Paul qui était adossé à l'encadrement de la porte.
- Tu peux prendre deux serviettes dans la salle de bains, s'il te plaît. Comme ça on ne sera pas obligé de passer par chez toi, proposais-je en m'éloignant.
- Ça me va. En passant ta robe est superbe.
Il accompagne sa remarque d'un clin d'œil et par vers la salle de bain. Je rougis furieusement, je ne sais pas où me mettre, pourtant ce n'est pas la première fois que quelqu'un me fait des compliments.
- Merci ! Euh... Donc, dis-moi au moins ce que ça veut dire, réclamais-je en revenant sur notre sujet principal.
- Ça veut dire Lynx.
- Lynx, répétais-je - perplexe.
- Oui, parce que tu m'as fait penser à un lynx à la façon dont tu as attaqué la standardiste.
Il me tend une des serviettes et rigole, je lui souris :
- Elle l'avait cherché. Et toi, tu devrais faire attention à ce que je ne sorte pas les griffes, lui susurrais-je à l'oreille.
Il me regarde dans les yeux avec malice, puis s'éloigne soudain de moi et avec un "les autres doivent nous attendre" sort rapidement à l'extérieur.
- J'arrive, lui criais-je en retournant dans la chambre pour y prendre mon téléphone.
Je passe mes mains sur mon visage et soupire. Dieu, qu'est-ce qui me prend ! Je reste un instant derrière la porte et entends Paul qui murmure :
- Il ne faut pas que je pense à ça, mais qu'est-ce qu'elle est belle !
Je souris à son monologue qui fit gonfler mes chevilles. Je ne suis même pas sûr de pouvoir passer par la porte tant mon ego me semble surdimensionné. Je réussis finalement à sortir et part en compagnie du séduisant quileute, direction la plage.
- Alors, comme ça tu as eu droit à la Leah grincheuse, se marra Paul après dix minutes de marche silencieuse.
- Oui, acquiesçais-je après réflexion. Elle me reproche d'être parti, ou plutôt de ne pas être revenu.
- Mais ce n'est pas de ta faute, non .
- Bien sûr que non, répondis-je avec un peu trop de ferveur. Je n'avais rien demandé à l'époque, je n'ai rien voulu. J'étais bien moi et puis, ça m'est tombé dessus.
- Et tu regrettes, me demanda-t-il en se rapprochant.
Sa main frôlait la mienne à chaque mouvement. Aussi bizarre que ça puisse paraître, ce contact me fit un bien fou et je le soupçonnais d'avoir un don de magnétiseur. Je réfléchis à ma réponse, je ne peux pas en dire trop. Je pèse le pour et le contre et choisis finalement la sincérité.
- Je l'ai regretté pendant un long moment. J'ai trouvé ça injuste de me séparer de mes amis, de mon parrain, de mon cousin et mes cousines. Bref, de ma famille. Je n'avais qu'eux dans la vie et en partant je perdais tout. Je ne voulais pas partir, mais rendre la situation plus difficile ne servait à rien, alors je n'ai rien dit.
Plus je parlais et plus l'émotion me gagnait, ce qui rendait ma voix chevrotante. Paul entrelaça nos doigts et me caressa le dos de la main en guise de réconfort, je lui souris :
- Mais, maintenant je ne le regrette plus. J'ai rencontré une nouvelle famille, ma famille. J'ai découvert mes origines et même si tout n'a pas été toujours rose, ça m'a beaucoup apporté. Maintenant je me sais aimée, alors qu'avant je me croyais abandonné. Ne pas se sentir seul, c'est l'essentiel.
- Oui, c'est l'essentiel, renchérit-il. Et je sais ce que ça fait de se sentir seul.
- C'est vrai, demandais-je dans l'espoir qu'il développe.
- Je te raconterais une autre fois. Nous sommes attendus, dit-il avec un signe de tête vers la plage que l'on voyait un peu plus à chaque pas.
Je comprends qu'il ne veut pas parler devant ces frères, mais je lui fais confiance et espère qu'il tiendra parole.
- Je vais finir par vous appeler Monsieur Mystère, ajoutais-je quand même d'un ton qui se veut aguicheur.
- On dit que les hommes mystérieux ont plus de charme, assura-t-il avec un rire dans la voix.
- Alors, vous êtes un jeune homme vraiment très mystérieux, Monsieur LAHOTE.
Il rigole en se mordant les lèvres et je glousse en détournant les yeux comme une collégienne. Dieu, j'ai honte de moi-même ! Comment peut-on passer aussi vite de farouche à gêner ! Je cherche nos amis des yeux, la plage n'est occupée que de trois groupes, très éloignés les uns des autres.
- Tiens, Leah est déjà là, fit Paul en repérant notre groupe.
Je me dirige vers eux avec Paul et je retire ma main de la sienne en voyant le regard intrigué d'Embry et le froncement de sourcil de Jacob.
- Vous en avez mis du temps, nous accusa ce dernier.
- N'importe quoi, m'insurgeais-je. On a fait le plus vite possible.
- Mouais, capitula-t-il pas vraiment convaincu cependant.
Je me précipite pour aider Emily, afin d'échapper à leurs yeux inquisiteur.
- Alors, comment ça va aujourd'hui, me demanda Leah en s'asseyant lourdement dans le sable.
Le groupe s'était maintenant divisé en plusieurs parties, Emily et Kim préparaient les sandwiches ; Sam, Embry, Paul et Jacob avaient disparu je ne sais où ; Quil s'amusait avec sa petite soeur Claire ; et enfin, Jared, Seth, Brady et Collin jouaient au ballon un peu plus loin.
Je laisse le silence se prolonger puis, hautaine, je réponds :
- Ça va.
- Je voulais m'excuser pour hier soir, trouve-t-elle enfin le courage de dire. Tu dois m'en vouloir.
- Pas du tout, repris-je. C'est toi qui m'en veux. Tu es rancunière, mais on peut régler le problème tout de suite, même si je n'ai pas de gant de boxe.
À cette dernière phrase, Seth leva la tête et regarda - inquiet - sa soeur. Au bout d'une seconde, n'y tenant plus, je rigole suivi de Leah devant l'expression perplexe de son frère. Nous avions l'habitude de parler comme ça, lorsque nous avions un problème. Ce n'était que des paroles en l'air qui ne nous vexaient ni l'une, ni l'autre.
- Il a vraiment paniqué ton frère, me moquais-je.
- Relaxe Seth, le nargua la grincheuse. On ne va pas se sautait à la gorge.
Il se détourna en rougissant et reprit son jeu.
Un "splash" au pied de la falaise m'arrête dans mon hilarité. C'est à ce moment que je remarque les silhouettes à son sommet. Embry sort de l'eau, suivi de Paul.
- Vous avez sauté de là-haut, m'écriais-je.
Ils rigolèrent et acquiescèrent visiblement très fière d'eux. Les inconscients !
- Mais c'est dangereux, continuais-je en regardant les pics rocheux au loin.
- Pas pour nous, se vanta Paul, mais pour toi c'est évident.
- Moi je ne risquerais rien, répliquais-je - touchée ! D'ailleurs j'ai déjà sauté d'une falaise de cette envergure.
- Comment ça tu l'as déjà fait, s'effara Embry.
- Tu es folle, renchérit Paul.
Je me sens comme une enfant qui aurait fait une bêtise, puis me souviens que je n'avais rien fait de mal et que je ne suis plus une enfant. Un autre "splash" plus tard et Jacob sort à son tour de l'eau.
- Qu'est-ce que vous avez, demanda-t-il.
- Rien ! Meïka nous raconte seulement comment elle saute des falaises quand elle s'ennuie, ironisa Leah.
Il réagit exactement de la même façon que ses amis. Ils commençaient à m'exaspérer à faire une montagne pour un saut de falaise.
- Fait gaffe gamin, mis-je en garde Jacob qui n'arrêtait pas de grognait. N'oublies pas que je suis plus vieille que toi et que je t'ai torché les fesses quand tu étais petit.
Sam, qui avait fermé le bal des sauts, se rapproche de notre petit groupe.
- Pas besoin de rire, rajoutais-je à Embry qui se moquait de mon cousin. Je t'ai torché les fesses aussi.
Il cesse aussitôt de rire et rejoint ses frères sur mon irresponsabilité.
- Laissez-la tranquille, ordonna Sam. Elle sait ce qu'elle fait. Je suis sûr qu'il n'y avait aucun danger lorsqu'elle sautait, n'est-ce pas .
Je m'étonne de voir qu'il est au courant du mécontentement de ses camarades, mais accepte avec plaisir la perche qu'il me tend.
- Bien évidemment, mentis-je sans aucun scrupule.
Tout était dangereux si je n'avais pas la concentration nécessaire. Et cette concentration je ne l'avais pas toujours.
Mes amis se détendent légèrement et Seth accourt vers nous, suivi de Brady et de Collin.
- Tu as sauté de quelles falaises, s'enquit-il.
Dieu, ces quileutes ont l'oreille très fine !
- Je sautais le plus souvent des falaises du lac Brompton et du lac Meech.
- Tu habitais au Canada, avança Paul.
- Euh... Oui.
- Mais hier soir tu 'as dit que tu habitais au Brésil, contesta Jacob.
- À moi, intervient Embry, elle m'a parlé du Minnesota.
- J'en connais une qui mythone, m'accusa Quil.
- Mais pas du tout, bredouillais-je. J'ai beaucoup voyagé, c'est tout. J'ai visité beaucoup de villes et de pays.
Leurs yeux s'éclairent de curiosité et ils commencent à me poser des questions. Seth était le plus actif et me relançait le plus souvent dans mes histoires, il voulait tout savoir.
Je me sentais bien et je remarquais que j'avais plus rigolé ces derniers jours que ces cinq dernières année.
