Je suis libre *.* Libre de regarder des séries, libre de glander toute la journée sur mon ordi et de faire une overdose d'écriture *.* Profitez-en, ça ne durera pas. Je vais essayer de rattraper les trois épisodes que j'ai de retard + faire le 512/513 (probablement en un seul chapitre) assez rapidement. On dirait pas, mais quand vous ne savez pas faire un partiel, ça booste votre imagination et vous avez plein de feuilles de brouillon à votre disposition, si c'est pas merveilleux ! Bon, par contre, la publication va probablement laisser à désirer, mais sachez que j'écris (cela vaut également pour tes reviews, Viavia ) je vais essayer de m'y mettre.
Avec ces épisodes, on va un peu changer du POV interne de Merlin-centré-sur-son-nombril pour aller un peu chez les autres : Arthur, Gaius, Morgana, et Mordred himself. Je crois que je le maîtrise vraiment parfaitement maintenant, du moins j'ai l'orgueil de le penser. N'hésitez pas à me dire ce que vous en aurez pensé.
(je lui ai pardonné aussi son écart avec Kara, donc nous sommes toujours marié, donc il est toujours à moi et personne n'a le droit de me le piquer :3)
Terminé à l'instant, donc une seule relecture, signalez les fôtes aucazou.
Episode 509
...
Arthur faisait confiance à Mordred. Un peu trop confiance à Mordred. Mais le roi aimait le jeune garçon, et il l'acceptait auprès de lui comme n'importe lequel de ses chevaliers. Bien sûr, Merlin passait son temps à jouer les oiseaux de mauvais augure, mais Arthur connaissait trop bien son serviteur pour comprendre que ce n'était que le pessimisme habituel de Merlin. Il était toujours en train de voir le mal partout, tout le temps. Arthur savait qu'il est l'antithèse de Merlin de ce point de vue là. Il voulait faire confiance, au point de se faire souffrir lorsqu'il voyait la cruauté en face. Il s'aveuglait, il en avait conscience, il voulait croire qu'il y avait du bon chez n'importe qui. Y compris chez Morgana. Y compris chez ma femme, qui essayait présentement de l'assassiner dès qu'elle le voyait.
Mais il n'avait pas les talents de comédien de Merlin. Depuis que son servant lui avait fait ouvrir les yeux sur le masque de la reine, il essayait de participer à la grande pièce de théâtre dont Camelot était la scène, sans beaucoup de réussite. Comment rester impassible face au visage aimé de celle qui veut vous tuer ? Arthur aimait Guenièvre de tout son cœur, mais il souffrait de voir le simulacre de sa femme, perdu sous la haine insufflée par Morgana.
Alors se retrouver avec ses chevaliers, dans les caves du château lui donnait une impression de clame et de tranquillité. Il maitrisait ce qui se passait, il avait le contrôle. Vu combien sa vie partait en l'air avec la trahison de son épouse, ça lui faisait du bien.
Il avait hésité à réunir Mordred et Leon pour cette mission de la plus haute importance. Leon était tout à fait indiqué bien sûr, valeureux chevalier, preux combattant, loyal ami de la première heure. La jeunesse de Mordred était source d'un plus grand scepticisme. Ce n'était pas ses aptitudes ou sa confiance en lui qui faisait hésiter Arthur. C'était le comportement du jeune chevalier.
– Puis-je vous demander pourquoi nous changeons de route Mon Seigneur ? Ce n'est pas le chemin le plus court.
Arthur se retint d'affirmer que ce n'était les affaires de Mordred. Leon venait d'agréer sans mot dire. Mais Mordred demandait, posait des questions, s'insinuait dans la gestion du royaume et s'infiltrait dans sa vie privée. Arthur aimait Mordred mais il le trouvait parfois trop présent. Les chevaliers n'avaient normalement pas le droit de parole dans ce type de décision. Le roi n'avait pas à justifier son choix. Mais les pupilles de Mordred, braquées sur lui et le sondant le poussèrent à motiver sa décision.
– Je ne peux pas vous le dire. Je vous demande juste de me faire confiance.
Il n'ajouta pas : ce que vous devriez faire parce que je suis roi, chevalier, votre leader et votre ami et que la confiance mutuelle est la base de notre Ordre, mais il le pensait. Il n'aurait pas dû avoir à se justifier devant Mordred.
Sous le regard inquisiteur du jeune homme, il fit brûler le parchemin à la flamme de la bougie qui brillait entre eux. Arthur croisa le regard fasciné de Mordred. Fasciné par la morsure du feu qui dévorait le papier, fasciné par la preuve de la confiance que venait de lui témoigner le roi qui se consumait, fasciné par la mission ? Arthur n'aimait mieux pas le savoir.
...
– Sire ? Tout va bien ?
Arthur se retourna, surpris. Il n'avait pas senti Mordred approcher. D'habitude, le bruit des froissements des capes de chevaliers dans l'air, et le léger tintinnabulement de leurs cottes de maille renseignaient Arthur de l'arrivée de l'un deux. Les serviteurs marchaient généralement plus lourdement car ils étaient souvent chargés. Les nobles et les Dames de la Cour, c'était le bruit caractéristique des lourdes et riches étoffes balayant le sol qui le renseignait. Enfin, les gardes, c'était à leur pas à la fois régulier en rythme, lorsqu'ils allaient par deux qu'Arthur les reconnaissait sans les voir. Si on tenait compte du fait qu'Arthur savait aussi quand sa femme approchait rien qu'à l'odeur de son parfum, il apparaissait rapidement que surprendre le roi de Camelot était difficile.
Sauf qu'il existait une personne qu'Arthur n'arrivait jamais à deviner qu'elle s'approchait. Merlin. Et pourtant, Arthur passait ses journées en sa compagnie. A la longue, on aurait pu croire qu'il s'habituerait à la présence de Merlin, et la ressentirait même quand le jeune homme était muet –autant dire que ça ne risquait pas d'arriver souvent– mais ce n'était pas le cas. Quand Merlin voulait être discret, il savait l'être. Et Mordred venait de faire exactement la même chose. Se glisser dans son dos sans un bruit. Toute l'amitié qu'éprouvait Arthur pour le jeune homme ne suffisait pas à masquer sa tension quand il s'approchait ainsi, toute la gravité du monde inscrite au fond des yeux. Mais pour une fois, ce ne fut pas ses inquiétudes latentes qui empêchèrent Arthur de se confier à son chevalier. Le secret était trop lourd à porter, et il s'en voulait déjà que Merlin soit impliqué là-dedans. Même s'il n'avouerait jamais qu'il était soulagé d'avoir l'appui inébranlable de Merlin durant ces heures noires.
– S'il y a quelque chose que je peux faire…
L'insistance de Mordred devenait gênante. Etre surpris à observer Merlin qui rentait au château n'était déjà pas glorieux en soit, mais avouer que sa femme voulait le tuer pour lui prendre son trône est bien pire. Il n'écoutait déjà plus Mordred, ou faisait semblant pour que le jeune homme s'en aille.
– Pardon ? dit-il, les yeux dans le vague.
– Je veux juste que vous sachiez que je suis à votre service, répondit Mordred, en levant le menton d'un air fier.
Mordred était le plus dévoué de ses chevaliers. Ou semblait l'être.
– Je n'ai jamais douté de cela Mordred.
Et le jeune chevalier comprit enfin qu'il était congédié, et se retira.
...
– Oh Gaius, Merlin.
Merlin et Gaius s'immobilisèrent, surpris et rétifs. Croiser Gwaine n'était pas un problème en soi. Lorsqu'il se promenait dans les couloirs avec Mordred devenait tout de suite beaucoup plus problématique.
– And une brouette de linge, ajouta Mordred, ironique.
Mais Gaius perçut le ton suspicieux du jeune homme. Le vieil homme n'avait pas toutes les hésitations de son protégé à l'égard de Mordred. Il n'était pas aussi réticent à lui faire confiance. Bien sûr, le passé de Mordred faisait de lui un coupable idéal pour tous les ennuis qui pouvaient survenir au château. Mais le fait même que tous les ennuis de ces derniers mois, depuis l'arrivée de Mordred au château, n'avaient eu aucun lien avec le jeune homme renforçait la conviction de Gaius que son cœur était peut être bon. En croisant Mordred au détour de son couloir, il commença à comprendre un peu mieux la méfiance de Merlin. Merlin avait toujours été incapable d'expliquer à Gaius pourquoi il était si méfiant, sur quels faits il se basait – outre l'enfance du druide. Trop d'eau avait coulé sous les ponts depuis, et le gosse dans sa cape émeraude n'était pas la même personne que le chevalier aguerri et en apparence loyal. Mais Gaius découvrit soudainement pourquoi Merlin ne donnait pas de base objective à son pressentiment. Ce n'était pas des faits, c'était une ambiance. Une aura qui se dégageait du jeune homme et que même Gaius pouvait ressentir.
En face de lui, Mordred le suspicieux, et derrière lui Merlin, tendu comme un arc comme à chaque fois qu'il voyait Mordred. Tout cela n'allait pas arranger leurs affaires.
– Ou peut-être de se charger des vêtements, renchérit Mordred sur le même ton que précédemment à la suite de Gwaine.
Et il approcha sa main. Merlin eut un réflexe physique. Il recula la brouette. Gaius eut un réflexe intellectuel. Il broda une histoire de contagion et de maladie, de fièvre et de mort, qui devait avoir l'air à peu près convaincante au vu des mines dégoûtées des deux chevaliers. Gaius se félicita intérieurement. Mordred avait peut être eu l'air méfiant, mais il venait de croire à son baratin. Sa joie fut de courte durée. Lorsque Gwaine le rappela et qu'il s'enfonça un peu plus dans mon mensonge, Gaius constata l'air scrutateur de Mordred qui ne les quittait pas des yeux. Une fois n'est pas coutume, Merlin n'adressait pas au druide des regards haineux et glacials, aussi Gaius préféra taire à son protégé le regard mauvais de Mordred. Il avait déjà bien assez de source d'inquiétude comme ça.
...
Merlin avait un mauvais pressentiment. Il n'arrivait pas à dire de quoi il s'agissait exactement, mais ça le poursuivait depuis qu'ils avaient quitté Camelot. Et vu la vitesse avec laquelle ils avaient chevauché, ce qui les suivait, quoi que c'était, était été tenace. Merlin n'aimait pas ça. Et il aimait encore moins avoir cette sensation confuse qu'il connaissait ce pressentiment, mais ne pas savoir l'interpréter.
– Attendez. Nous sommes observés, dit-il tout de même à Arthur au cas où.
Mais comme d'habitude, Arthur ne fit pas grand cas de son avertissement.
– Encore une de tes intuitions bizarres hein ?
Merlin hocha légèrement la tête. Etonnamment, il n'y eut pas de réflexion ironique en guise de réponse qui franchit les lèvres du roi. Juste un «Ok » accompagné d'un regard grave. Merlin en oublia presque son mauvais pressentiment. Arthur apprenait.
...
Arthur avait la sensation que la situation était légèrement désespérée. Son serviteur était évanoui, probablement salement cogné à la tête, et c'était de sa faute puisque c'était probablement le poids de tout ce que portait Merlin qui l'avait fait chuté. Lui même avait agi sans réfléchir, se jetant dans la fosse pour tenter d'y secourir Merlin, et n'y gagnant qu'un roulé-boulé, des égratignures superficielles, et un bras coincé sous un rocher. Sa femme, elle, dormait toujours en haut du gouffre, délicatement couchée dans l'herbe. Dans l'ordre des scénarios catastrophes, Arthur envisageait la mort de Merlin ; la mort de sa femme, dévorée par dieu sait quel animal carnassier alors qu'elle était sans défense ; la perte de son bras ; ou bien le réveil de Gwen, qui les abandonnerait sans pitié, toujours sous l'influence du sort…
Ce qui était d'autant plus frustrant, c'était de pouvoir toucher Merlin du bout de sa botte. Il était là, si près, vulnérable, et Arthur ne pouvait rien pour le sauver, le protéger. Après quelques essais infructueux pour se libérer qui lui arrachèrent des cris de douleur, il prit donc la résolue décision de sacrifier son bras, et de le trancher afin de se libérer de l'étau de pierre. Ce n'était que son bras gauche après tout. Il était droitier. Son bras gauche contre la vie de Merlin. C'était un prix qu'il était largement capable de payer.
– ARTHUR ! hurla quelqu'un qui n'était pas Merlin lors qu'il saisissait son épée.
Surpris, il leva les yeux pour découvrir le visage réjoui de Mordred, une corde à la main. De soulagement, il laissa retomber son épée et sa tête. Sauvés. Son premier réflexe fut de demander après Guenièvre, qui risquait de se réveiller à tout moment :
– Vérifie comment va Guenièvre !
– Je l'ai déjà fait Sire, elle dort profondément !
De soulagement, Arthur expira plusieurs fois bruyamment. Jamais il n'avait été aussi content qu'un de ses chevaliers désobéisse à ses ordres. Bien sûr, s'il était honnête avec lui-même, il admettait sans peine qu'il aurait aimé que ça soit n'importe qui d'autre que Mordred. Y compris Sir Tobias, qu'il appréciait vraiment très peu. Mais c'était Mordred, et ses yeux inquisiteurs à qui il allait devoir expliquer le but de leur voyage, et s'humilier en révélant que sa femme tentait de le tuer. Il se morigéna. C'était un sauveur et c'était tout ce dont ils avaient besoin en cet instant.
..
Ils établirent un campement pour la nuit, réveillèrent Merlin et couvrirent Gwen. Alors seulement, à la lueur du feu, Arthur consentit à révéler à Mordred ce qu'ils fabriquaient seul avec son serviteur et la reine endormie dans ces terres perdues. Le fait que Mordred n'avait rien demandé, se contentant d'obéir aux ordres et d'être efficace –dont choses dont Merlin était dépourvu– avait conforté Arthur dans son opinion du jeune homme. Il était loyal, digne de confiance, capable de porter avec eux cet énorme secret et ne jamais rien dire.
– Ça paraît impossible, déclara Mordred lorsqu'il eut fini son histoire. La reine a la plus douce des natures.
– Ça n'a jamais été elle, trancha Arthur d'une voix dure. Seulement Morgana. Je suis désolé de ne pas m'être confié à toi…
Merlin retourna brusquement ses yeux vers eux à l'entente de ces mots. Arthur n'avait eu aucune raison de se confier à Mordred, et il n'en avait pas plus de se justifier maintenant. Merlin fixa Mordred. Entre confiance et méfiance à l'égard de Mordred, il hésitait toujours. Bien que l'acte héroïque du jour inscrivait des points dans la balance côté « faire confiance ».
– C'est mieux que vous ne l'ayez pas fait. Si je n'avais pas eu moi-même des soupçons, je ne vous aurais jamais cru.
Merlin se tendit un peu plus. Y'aurait-il un jour où Mordred cesserait de donner des réponses aussi parfaites ? Aussi pleines de loyauté, d'humilité, d'amitié et de gentillesse ? C'en devenait vraiment agaçant parce que ça diminuait les raisons que Merlin avait de le détester. Et Merlin voulait continuer de le haïr, car c'était beaucoup plus simple que de reconnaître qu'ils pourraient être amis.
– Merlin agissait bizarrement, ajouta Mordred.
Ce qui eut pour effet de faire se planter les pupilles de Merlin droit dans celles de Mordred. Définitivement pas amis. Pas quand Mordred se moquait ainsi de lui devant Arthur.
– C'est si inhabituel, renchérit Arthur, moqueur.
– Et la route des impôts avait changé, ajouta Mordred, choisissant de ne pas renchérir sur la pique du roi.
– Bien sûr, acquiesça Arthur.
Comme s'il était parfaitement normal de partir en secret à la suite du roi parce qu'un valet maladroit se comportait étrangement, et parce qu'on avait donné un nouvel itinéraire au chevalier. Comme si ces deux éléments pouvaient justifier à eux seuls le comportement de Mordred. Comme si n'importe quel chevalier aurait pu faire de même. Merlin savait que ce n'était pas le cas. La perception des évènements de Mordred était plus affinée chez lui que chez n'importe qui d'autre. Ce qui effrayait Merlin d'autant plus, puisqu'il craignait que le druide ressente la peur que Merlin avait de lui, et qu'il tentait de maîtriser.
– Tu avais ta drôle de sensation, lança Arthur à Merlin.
Ce dernier se retourna vers Arthur, surpris. Le roi avait raison. Merlin ne l'avait pas réalisé jusqu'alors, mais ce n'était pas son pressentiment habituel. C'était la magie de Mordred qu'il ressentait à distance. Comment avait-il pu être aussi stupide pour ne pas la reconnaître !
– Mon seigneur ? interrogea Mordred de son habituel ton soumis et dévoué.
Il ne comprenait rien à la réflexion d'Arthur et ce n'était certainement pas Merlin qui allait lui expliquer. Il se contentait de s'enfermer dans son mutisme rageur, refusant d'ouvrir la bouche sous peine de laisser s'exprimer sa colère à l'égard de Mordred. Même Arthur comprit inconsciemment qu'il ne fallait pas donner des explications au chevalier, aussi le roi enchaîna.
– Je suis content de ce que tu as fait Mordred. Sans toi, je crains que j'aurais perdu mon bras au final.
Dégoûté par les félicitations écœurantes adressés à Mordred, et furieux de cette immixtion entre lui et Arthur, encore, Merlin réagit et ouvrit enfin la bouche.
– J'aurais fini par me réveiller…
– Merlin, si je devais compter sur ta ponctualité… J'aurais perdu à la fois mes bras et mes jambes.
Mordred laissa échapper un éclat de rire amusé, ce qui renforça le dégoût et l'agacement de Merlin. Que les chevaliers se moquent de lui c'était une chose. Il savait bien qu'à la fin, ils en riraient tous ensemble. Que Mordred se moque de lui sonnait beaucoup plus désagréablement à ses oreilles. Il détourna les yeux, refusant de voir le sourire heureux du jeune druide.
– C'est bon de t'avoir avec nous, reprit Arthur. Trois valent toujours mieux que deux, n'est-ce pas vrai Merlin ?
Merlin se retourna vers Arthur, toujours surpris de le voir aussi inconscient du mal-être de son serviteur quand Mordred était dans les parages.
– Bien sûr, répondit Merlin, sur un ton si doucement ironique qu'Arthur ne le perçut pas.
Et il détourna de nouveau les yeux, sentant le regard de Mordred peser sur lui. Incapable d'en supporter davantage, il prit parti de se lever pour s'occuper de Gwen, excuse rêvée pour échapper à l'ambiance pesante du feu de bois.
– C'est l'heure, annonça-t-il en se redressant.
– Je vais le faire, réagit aussitôt Arthur en se levant à son tour.
N'ayant pas le choix, Merlin lui tendit le flacon en lui rappelant la dose prescrite, en se rassit près du feu, refusant sciemment de croiser le regard de Mordred, qui avait la décence de baisser les yeux. Merlin savait que son comportement n'était pas rationnel. Il était furieux après quelqu'un qui lui avait sauvé la vie. Mordred avait tenu trois vies dans ses mains aujourd'hui : celles de Merlin, d'Arthur, et de Guenièvre. Il avait eu Camelot à portée de mains, et son anéantissement ne lui aurait demandé aucun effort. Juste de les regarder et d'apprécier le spectacle de leur lente agonie. Il n'en avait pourtant tien fait. Au contraire, il les avait sortis de ce mauvais pas.
A part la jalousie, l'égoïsme et la méfiance habituelle de Merlin, il n'y avait plus grand-chose que s'opposait à leur amitié. Mordred prouvait sa loyauté tant et plus.
Merlin regarda Mordred contourner le feu et s'accroupir devant lui. Arthur était trop proche pour qu'ils puissent discuter à cœur ouvert, aussi Merlin eut le réflexe de jeter un coup d'œil rapide vers son roi pour vérifier qu'il ne pouvait rien entendre de la conversation. Il avait tellement peur que Mordred livre son secret. Ce n'était pas ainsi qu'Arthur devait l'apprendre.
– Tu ne me fais pas confiance n'est-ce pas Merlin ? demanda Mordred.
Merlin soupira en détournant les yeux. Le problème était plus complexe que cela.
– Je pense que tu es… un bon chevalier, finit par répondre Merlin en baissant les yeux.
C'était ce qu'il pouvait dire de plus sincère pour le moment
– Mais pas un de ceux à qui on peut faire confiance, compléta Mordred.
Merlin releva la tête vers lui, croisa son regard glacial et son visage grave, sur lequel le feu faisait danser les ombres, dessinant un clair-obscur qui le rendait plus effrayant encore.
– Ça va, reprit Mordred d'une voix plus douce. Je sais que tu as à cœur les meilleurs intérêts du roi.
Inconsciemment, les yeux de Merlin se posèrent sur le dos d'Arthur, qui s'activait toujours auprès de Guenièvre.
– J'aimerais seulement que tu croies que moi aussi.
Merlin se concentra de nouveau sur Mordred, le cœur douloureux. Les traits et la voix de Mordred transpiraient la sincérité, et Merlin voulait le croire. Mais sa méfiance existait toujours. Et les paroles prophétiques revenaient dans sa mémoire sans cesse.
– Un jour, je vous prouverai ma loyauté, à toi et au roi, poursuivit Mordred. Et j'espère que nous pourrions être amis, conclut-il.
– Je n'en espère pas plus, répondit Merlin avec sincérité.
Il ne demandait que cela. Faire confiance à Mordred, avoir un allié sorcier, se confier sur ses dons et sa magie à quelqu'un qui le comprendrait… Mais il ne parvenait pas à franchir la première étape de ce chemin idyllique. Merlin détourna finalement les yeux, fixant les yeux et signifiant que la conversation était close. Mordred rendit les armes et se releva pour se réinstaller à sa place.
...
Le lendemain, ils s'approchaient du lac où ils devaient conduire Gwen. Arthur marchait en tête, portant sa femme au creux de ses bras. Mordred et Merlin suivaient tranquillement derrière, Merlin toujours aussi chargé. Son chargement diminuait peu à peu, au fur et à mesure qu'ils consommaient la nourriture, mais il lui restait à porter tout ce qui concernait le voyage retour, et ça restait bien assez lourd.
– Quelle est la signification de ces bannières ? lui demanda Mordred à voix basse.
Quand il n'avait pas son ton de voix sérieux, Mordred était agréable à vivre. Il n'était qu'un jeune chevalier un peu naïf. La tension qui se créait généralement entre les deux épaules de Merlin en présence de Mordred, et qui crispaient ses muscles et ses gestes n'avait pas sa place aujourd'hui. Peut être un début de pas vers le chemin de leur confiance mutuelle. Pour autant, Merlin fut surpris de la question de Mordred. Le fait que son ton était réellement curieux, et hors de portée d'Arthur le convainquirent que la question était sincère, et pas une manipulation quelconque pour le discréditer aux yeux d'Arthur.
– Ce sont des marques du chemin des pèlerins, répondit-il. Ce sont des sites sacrés pour ceux qui suivent les rites de l'Ancienne Religion.
– Comment connais-tu ce genre de choses ? demanda Arthur devant eux.
Merlin échangea un bref regard avec Mordred. « Parce que JE suis les rites de l'Ancienne Religion, et suit l'incarnation de l'une des plus puissantes magies » ne semblait pas être une réponse indiquée.
– Gaius me les a apprises.
Ni mensonge, ni vraiment vérité.
...
Ils poursuivirent leur route tranquillement quand le dragon blanc fondit sur eux, et abattit son souffle brûlant. Choqué, Merlin ne parvint pas à réagir pendant un instant, scrutant frénétiquement le chemin pour tenter de déceler Morgana, qui ne devait pas être bien loin. Le cri lancé derrière lui le poussa finalement à réagir, tandis qu'il rageait contre la situation. Arthur à proximité d'un dragon, d'accord, c'était assez supportable. Le roi ne voyait jamais rien de toute manière. Mais Mordred ? Mordred à proximité de Morgana ? Mordred parfaitement capable de ressentir sa puissance de dragonnier. C'était très, très mauvais. Mordred était druide, et à ce titre, il n'avait pas le pouvoir de parler aux dragons comme le faisait Merlin. Mais le jeune homme avait une sensibilité très exacerbée de la magie, et être dragonnier était une forme de magie.
Parler à Aithusa devant Mordred, c'était lui offrir un nouveau secret de Merlin à protéger, lui donner une carte supplémentaire pour le faire chanter à propos d'Arthur. Tandis qu'il se précipitait dans l'abri où Arthur et Mordred s'étaient réfugiés, Merlin tenta d'ignorer la voix vicieuse dans sa tête qui lui murmurait que toutes les cartes de ses secrets qu'il avait bien involontairement confié à Mordred, ce dernier les protégeait consciencieusement au lieu de s'en servir pour le manipuler. Il refusait de se laisser aller à faire confiance à Mordred. Et pourtant, il n'y avait plus grand-chose qui le retenait.
Alors qu'il se débarrassait de tout son barda et tentait de convaincre désespérément Arthur de lui permettre d'aller distraire la vête, tandis que le roi avancerait, les mots de Mordred furent plus durs à entendre encore.
– Allez mettre Gwen en sécurité Sire. Nous vous couvrirons et vous rejoindrons dans les gorges, proposa Mordred.
Il éloignait ainsi Arthur afin que Merlin et Mordred puissent lutter à armes à peu près égales avec le dragon et Morgana, magie contre magie. Il protège ton secret, répéta la voix désagréable dans l'esprit de Merlin. Ce dernier refusa pour autant d'y céder. Que Mordred connaisse sa magie était une chose, qu'il voit ses talents de Dragonlord était totalement impensable. Non seulement ça donnerait de l'ascendant à Mordred sur Merlin, mais en plus, Mordred risquait de craindre les pouvoirs de Merlin. Et un Mordred effrayé par les pouvoirs de son double risquait de le conduire sur de mauvais chemins, droit dans les bras de Morgana par exemple. Arthur obtempéra à la proposition de Mordred et les quitta. Merlin n'hésita plus.
– Reste ici, ordonna-t-il au jeune homme. Je vais distraire la créature.
– Merlin, tu ne peux pas !
La poigne de Mordred était ferme, et son visage était vraiment inquiet pour lui. Merlin avait envie de céder à l'aide que lui apportait Mordred, mais Aithusa est son problème à lui, et il ne devait personne laisser s'en charger.
– Je sais ce que je fais, Mordred ! lui répondit-il brutalement en le repoussant et en s'extirpant de leur sommaire cachette.
Mordred ne lui suivit pas. Soit il avait compris l'importance de tout cela et faisait confiance à Merlin, soit il était trop effrayé. Au fond de lui, Merlin savait que c'était la première solution. Mordred n'était pas un lâche, et à l'inverse de Merlin, il lui accordait sa confiance. Il chassa ses pensées de son esprit et se focalisa sur Aithusa pour lui ordonner de partir.
Ceci fait, il revint vers Mordred, qui n'avait pas bougé.
– Que s'est-il passé ? demanda aussitôt le jeune chevalier.
Sa question était légitime, et Merlin ne savait pas ce qu'il avait entendu alors il préféra se taire, ramassant leur affaires précipitamment.
– Merlin ! insista Mordred.
– Viens, lança Merlin sans le regarder.
– Le dragon ? reprit Mordred.
– On doit bouger ! fut tout ce que consentit à dire Merlin.
Et comme il partit à toute vitesse, Mordred n'eut d'autre choix que de le suivre sans un mot. Ils n'eurent pas le temps d'aller bien loin. Merlin sentit l'onde de magie qui arriva vers eux, mais n'eut pas le temps de réagir avant qu'elle ne les balaye et les envois à terre. Présence de Morgana confirmée, pensa-t-il. Et une montagne d'ennuis en perspective, considérant le premier face à face de Mordred avec la jeune femme depuis qu'il lui avait planté –littéralement et métaphoriquement– un poignard dans le dos.
Heureusement pour lui, la chute fut amortie par tous les sacs qu'il portait, et il ne s'évanouit pas. Clignant des paupières, il aperçut les yeux clos de Mordred, gisant dans la poussière. Bien que sa conscience lui ordonna de faire demi-tour, il se redressa et s'en alla sans un regard en arrière. Morgana ne l'arrêta pas. Il n'était qu'un pion pour elle, il le savait. Mordred en revanche, était une prise de choix. Un appât pour lui donner une chance de survie. Et tant pis pour le ton courroucé d'Arthur quand il le rejoignit finalement.
...
Mordred sentit une main douce caresser son visage, main qu'il n'avait pas ressenti depuis des années. Il força ses paupières à s'ouvrir brusquement et laissa son cerveau enregistrer toutes les informations nécessaires sans bouger. Morgana le tenait à sa merci et un seul mouvement serait synonyme d'une grande souffrance. Morgana aimait protéger ce qui était sien en y mettant toutes ses forces, et elle se battait pour ce en quoi elle croyait. Un jour, Mordred avait été l'être à protéger de Morgana. Elle n'avait encore aucune conscience de ses immenses pouvoirs et il l'avait pourtant vu se démener pour rester fidèle à ses convictions, pour le protéger lui. Il avait perdu cette Morgana là au profit d'une haine et d'une colère sans fond.
– Pourquoi ne me tues-tu pas ? demanda-t-il bravement.
Les chevaliers d'Arthur ne connaissaient pas la peur de la mort. Lui plus que les autres. La mort avait été une compagne de route pendant ses nombreuses années d'errance à travers les cinq royaumes, et si elle devait venir le cueillir maintenant, il l'accueillerait tranquillement. Il protégerait son roi.
– Ma bataille n'est pas contre toi, Mordred, répondit Morgana d'une voix dont le ton doux rappelait la pupille déterminée qu'elle avait été. Comment le pourrais-je ? Nous sommes semblables.
Les mots furent ceux de trop. Semblables. Mordred refusait de penser qu'il pouvait devenir comme elle. Il avait peur de ce reflet qu'elle lui offrait. Il se releva et recula, au risque de se prendre un sort. Il voulait mettre de la distance entre elle et lui.
– Jamais, cracha-t-il.
– Tu portes très bien l'uniforme, mais nous savons tous deux très bien les mensonges que cela cache, reprit Morgana, le confrontant.
Inconsciemment, Mordred baissa les yeux vers sa tenue.
Morgana ne comprenait pas. Comment l'enfant qui avait vu mourir son père de la main d'Uther pouvait-il désormais servir le fils ? La lignée des Pendragon devait périr. Mordred les avait haï autant qu'elle, du moins le croyait-elle. Que cherchait-il désormais à gagner en servant la maison royale ? Pourquoi enterrer sa magie et ses pouvoirs, son art et sa nature au plus profond de soi pour le remplacer par une épée ? Pourquoi accepter d'être le pantin d'Arthur lorsqu'on portait en soi la plus puissance des armes ? Pourquoi un sorcier acceptait-il d'aider le roi de Camelot ? Bien sûr, Emrys aidait Arthur, mais Morgana n'avait aucune idée de qui il était. En revanche, elle connaissait Mordred, son histoire, ses aspirations, ses pouvoirs. Il ne pouvait pas désirer réellement être au service d'Arthur.
– Tu crois vraiment qu'Arthur te tolérerait pendant une minute s'il savait la vérité ? poursuivit-elle, bien décidée à appuyer là où le jeune homme avait des faiblesses. L'un de ses chevaliers, un sorcier ?
Les mêmes mots que Merlin avait eus à son encontre lors de son adoubement. Mordred eut mal. Merlin comme Morgana ne connaissait plus le mot confiance. Ils se battaient l'un contre l'autre, et Arthur ne semblait plus qu'être un dommage collatéral dans la bataille des deux magiciens. Même si Morgana n'avait pas conscience de qui était son ennemi, et même si Arthur était l'excuse de Merlin.
Mais Mordred redressa la tête. Merlin lui avait déjà dit ces mots une fois. Mais il en avait prononcé d'autres également. Des mots qu'il avait appris à croire aussi foncièrement qu'il croyait Merlin, des mots qu'il allait réutiliser.
– Un jour il saura, annonça-t-il magistralement. Un jour nous serons acceptés.
– Ta naïveté serait charmante si ce n'était pas aussi dangereux. Où est Emrys ?
Morgana ne dérogeait jamais de son but. Elle était focalisée sur cet homme mystère qu'elle craignait tellement. Même sa colère contre Arthur ou contre Mordred n'existait plus quand elle pensait à Emrys. Le vieux protecteur silencieux d'Arthur, le dernier rempart avant qu'elle puisse s'emparer de son trône. Et elle était sûre que la clef pour obtenir Emrys se tenait devant elle.
– Emrys ? reprit Mordred sur le ton de la question, comme ignorant.
Protéger le roi était la mission sacrée d'un chevalier, Mordred le savait. Protéger les secrets de Merlin permettait la protection du roi. Même si Merlin se battait contre lui et refusait de lui faire confiance, même si la lueur du doute brillait toujours dans les yeux de Merlin, jamais Mordred ne trahirait l'un des siens, jamais il ne trahirait son plus proche miroir.
– Tu prétends ne pas savoir de qui je parle ? cracha Morgana, légèrement déstabilisé.
Jusqu'à maintenant, elle n'avait vu en Mordred que l'enfant qu'elle protégeait, mais la personne qui se tenait devant lui était un homme. Elle ne l'avait pas réalisé jusqu'alors.
– C'est un nom dont j'ai seulement entendu parler, mentit Mordred avec conviction.
– Il n'est pas ici ? Avec toi ? trembla Morgana.
Sa voix n'était plus aussi tranchante que d'habitude. Elle se laissait consumer par la terreur que lui inspirait le nom, et par la frayeur que lui faisait Mordred, qui s'imposait de plus en plus à elle avec son calme et sa puissance. Mordred abattit l'une de ses meilleures cartes.
– S'il était là, ne crois-tu pas qu'on sentirait la présence d'un si grand magicien ?
Mordred savait parfaitement ce qu'il faisait. Quand il était petit, lui avait senti les deux immenses puissances qui résidaient au château. La première, celle de Morgana, était diffuse, faible, encore latente. L'autre, celle d'Emrys, était apaisante et gigantesque. Sans même en avoir conscience, Merlin drainait dans son sillage toutes les ondes magiques qui passaient à proximité, y compris celle de la propre magie de Mordred. Le jeune garçon avait toujours su quand il croisait un magicien. Cela lui semblait aussi naturel que respirer. Mais jamais Morgana n'avait rien deviné concernant l'idiot personnel d'Arthur. Elle venait même de le laisser s'enfuir sans aucune conscience de son erreur !
La manipulation fonctionna très bien sur Morgana. Elle se souvenait que sa sœur lui avait dit que les plus grands d'entre eux pouvait ressentir leurs semblables, et elle n'en avait jamais été capable. Alors que de toute évidence, Mordred le pouvait lui. Morgana prit peur. Peur de Mordred, peur qu'il soit plus puissant qu'elle. Peur d'avoir eu une faille dans son enseignement. Peur de ne jamais parvenir à battre Emrys. Il y avait trop d'incertitude si Mordred restait fidèle à Arthur. Elle avait besoin du jeune druide à ses côtés. Elle tenta de se reprendre, et comme souvent, ce fut sa colère qui s'empara d'elle.
– Donc tu ne m'es plus d'aucune utilité, décréta-t-elle.
Mais de nouveau, Mordred prouva qu'il savait comment jouer. Il avait aimé la douceur de Morgana, comme celle d'une mère. Il savait où appuyer pour toucher les points sensibles de la jeune femme. Manipuler ses sentiments était mal, il le savait, mais déstabiliser Morgana servait Arthur. Et il était chevalier.
– Tu tuerais l'un des tiens ? cria-t-il. Je ne suis pas assez fort pour te vaincre Morgana, mais sache ceci…
Mordred avait conscience que sa puissance brute était inférieure à celle de Morgana. Sans doute pas de beaucoup, mais tout de même. Sans compter qu'il y a avait des mois, des années qu'il réprimait sa magie au fond de lui, n'osant pas s'en servir, bridant ses propres dons pour vivre normalement. C'était d'autant plus vrai depuis qu'il était chevalier. S'il laissait exploser sa magie, il pouvait faire du dégât, il le savait. Mais il craignait de ne pas se contrôler. Et comme Merlin l'avait dit, Arthur n'était pas prêt à cette révélation, donc il valait mieux éviter l'affrontement de sorcellerie si proche du roi.
– ...Une haine telle que la tienne ne pourra jamais triompher.
Cette fois, c'était ses mots à lui qu'il prononçait, pas un de ceux qu'il empruntait à Merlin. L'amour qui nous lie est plus puissant que le pouvoir que nous exerçons. Il y croyait viscéralement. Et Morgana devrait le comprendre ou périr. Ou simplement être mise hors d'état de nuire.
– J'espère qu'un jour tu retrouveras l'amour et la compassion qui emplissait ton cœur auparavant.
Au fond de lui, le petit garçon aimait encore « sa » Morgana. Et dans les yeux de la magicienne, il vit que les mots la bouleversaient, mais n'étaient pas encore assez puissant pour la faire revenir.
Puis il laissa la magie s'emparer de lui un bref instant et une myriade d'étincelles explosèrent dans ses veines tandis que sa magie se libérait au bout de sa main, envoyant Morgana à terre. Lentement, il se calma et laissa retomber son bras. Puis il se détourna et partit, sans un regard en arrière. Il faisait son devoir.
...
Arthur patientait impatiemment, ce qui nécessitait une maîtrise particulière dans l'art d'attendre sans attendre. Il ne trouvait pas spécialement clair le comportement de Merlin de ces derniers jours, mais il était trop préoccupé par le sort de sa femme pour s'en inquiéter plus que ça. Il contemplait le visage de Gwen, adouci par le sommeil et se répétait mentalement que tout se passerait bien quand un bruit caractéristique lui fit relever la tête. Le tintement d'une cotte de maille en mouvement. Avec joie, son jeune chevalier émergea dans son champ de vision, et Arthur se précipita vers lui. A grand peine, il se retint de le serrer dans ses bras, et se contenter du bras tendu de Mordred. Il avait un peu trop souvent l'impression de perdre le jeune homme. La perte d'Elyan avait déjà été assez terrible pour qu'il refuse qu'un autre de ses chevaliers le quitte.
– Mordred ! J'ai cru que nous t'avions perdu !
– Moi aussi, reconnut Mordred.
– Comment as-tu échappé à Morgana ?
– Même elle n'est pas à la hauteur face à un chevalier de la table ronde, se vanta Mordred, devant l'impossibilité de dire de la vérité, et commençant à ressentir la difficulté de tous les mensonges que devait porter Merlin.
Mais Arthur n'était pas aussi facilement dupe, et Mordred n'était pas Merlin, dont Arthur gobait les mensonges comme il enfournait son déjeuner chaque matin.
– Sérieusement, Mordred ?
Par chance, la conversation s'interrompit ici, par l'arrivée de la sorcière.
Merlin, transformé en veille femme, modifia sa voix et s'adressa à Arthur. Le rôle ne lui allait guère, et le jouer devant Mordred le rendait plus mal à l'aise. Les intenses yeux bleus du jeune chevalier ne le quittèrent pas. Physiquement, de tout son costume, Merlin avait conscience que ses yeux étaient les plus susceptibles de le trahir, car ils ne changeaient pas avec les années. Mais son physique n'avait aucune importance pour Mordred. C'était sa magie qui allait le trahir, surtout vu qu'il devrait l'utiliser. Ce déguisement, ce nouveau mensonge à Arthur sous les yeux de Mordred, c'était une nouvelle carte qu'il remettait au jeune druide en lui demandant de veiller dessus et de le protéger. C'était une nouvelle étape dans leur étrange relation d'absence de confiance mais de secrets placés entre eux.
De son côté, Mordred doutait de l'apparition qu'il avait sous les yeux. Son cœur et sa magie lui dictait qu'il s'agissait de Merlin, mais sa raison réfutait l'hypothèse. Le rôle était trop absurde. Jamais Merlin ne s'abaisserait à cela, fusse pour Arthur.
Inconsciemment, il s'entendit prononcer une question qu'il ne fallait pas.
– Mon Seigneur, où est Merlin ?
Aussitôt, le regard fixe de la sorcière braquée sur lui et la déferlante de magie douloureuse dans ses veines le renseignèrent.
Merlin se glaça en entendant les mots de Mordred. Il ne pouvait pas faire plus dangereux pour lui et pour son secret ! Il savait qu'il n'aurait jamais dû lui faire confiance ! En quelques malheureux mots, Mordred pouvait pousser Arthur à la réflexion, et Merlin au bûcher ! N'avait-il aucune conscience de l'enjeu de cette rencontre ! A toute vitesse, le cerveau de Merlin réfléchit et établit une hypothèse bancale, mais qui tiendrait la route. Arthur était trop inquiet pour sa femme pour penser réellement à lui.
Comme prévu, Arthur s'en contenta et fort heureusement, Mordred resta muet. Puis Merlin se plongea dans son rôle et oublia jusqu'à la présence du druide, tandis qu'il rappelait au roi les risques de ce qu'ils allaient entreprendre. Il était important qu'Arthur les ait bien à l'esprit.
Sa puissance explosa quand il prononça le sort, maîtrisant avec peine sa couverture dans le même temps. Si Mordred avait encore quelques doutes concernant l'identité de la sorcière, ils furent balayés en même temps que l'implantation maléfique de Morgana dans le cœur de Gwen. Aucune autre magie n'était comparable à celle de Merlin.
...
Sur le chemin du retour, Merlin chevauchait en silence, fatigué par l'exploit accompli et par le bonheur de voir Gwen enlacer avec amour son mari. Mais ce fut Mordred, à ses côtés, qui entama la conversation. Sa voix était dénuée d'ironie. Il était sincère, gentil, comme souvent. Et comme souvent, la part encore méfiante de son être fit se tendre Merlin, et être sur ses gardes. Et comme souvent, l'autre partie de lui-même souffrait d'aussi peu accorder sa confiance au druide.
– Arthur est un homme chanceux.
Refusant de voir dans cette phrase plus que la relation d'Arthur avec Gwen, Merlin acquiesça distraitement.
– Pas seulement d'avoir Gwen. De t'avoir toi aussi.
Merlin ne s'attendait pas aux félicitations de Mordred. C'était la première fois qu'il faisait de la magie devant lui. Et il se serait plus attendu à quelque chose dans le genre d'un chantage : N'oublie pas que je sais et je peux te dénoncer, par exemple. Et comme Merlin refusait de parler sérieusement de tout cela avec Mordred, il joua l'idiot.
– Il trouverait quelqu'un pour faire ses corvées assez rapidement.
Mais Mordred n'était pas dupe, et refusait de laisser Merlin s'esquiver de la conversation.
– Je ne qualifierais pas ça de corvée. C'était ta magie là-bas n'est-ce pas ?
Mordred en était persuadé, c'était juste un moyen de le faire dire à Merlin. Mais Merlin ne le perçut que comme un moyen de l'obliger à formuler ces non-dits entre eux, et une assurance un peu plus forte de pouvoir le menacer en cas de besoin. Ils savaient tous deux ce que l'autre était bien sûr, mais le mot 'magie' venait d'être employé pour la première fois à propos d'eux-mêmes. Merlin craignait les conséquences d'une telle information détenue par Mordred. Mais le jeune garçon ne laissa pas le temps à Merlin de nier ou de confirmer.
– N'aies aucune crainte. Je ne divulguerai pas ton secret. Je t'admire. Ça ne doit pas être si facile d'en faire autant pour une si petite récompense.
Mordred était sincère. Il voulait connaître les motivations les plus profondes de Merlin pour les partager.
– Je ne suis pas à la recherche d'une récompense, le contredit immédiatement Merlin.
– De la reconnaissance alors.
– Mes amis sont sains et saufs, c'est tout ce que je demande, lui apprit Merlin.
Existait-il vraiment quelqu'un d'aussi désintéressé que le serviteur d'Arthur ? Et comment Merlin pouvait être aussi sur la défensive alors que Mordred essayait tant et plus de le convaincre de sa loyauté ? Le scepticisme de Merlin à son égard le blessait. Il essaya de lui prouver une fois de plus ce qu'il ressentait.
– Vois-tu Merlin, nous avons quelque chose en commun après tout. Le futur de Camelot.
Merlin ne répondit rien. Il n'y avait rien à répondre tant qu'il n'avait pas statué sur l'allégeance de Mordred.
...
Ouf, plus que quatre épisodes ! Sachant qu'un épi comme celui-ci, riche, mais pas avec Mordred présent dans la première moitié, me prend environ cinq ou six heures (regarder l'épi, écrire, comprendre l'anglais, le traduire…) j'suis pas rendue !
Reviews ?
(j'aime beaucoup cet épi, même si en terme de MerThur c'est assez mort, je trouve que y'en a dans ma fic, très inconsciemment ^^)
