Louange : oui je tiens un bon rythme :). Bon, je ne sais pas si je serai capable de le garder tel quel bien longtemps, mais on va tenter. Bienvenue parmi les quelques lectrices Feorn, en espérant que la suite te donne envie de continuer à suivre :).
Une sortie
Cela faisait déjà près d'une bonne heure qu'il se tournait et se retournait dans son lit… Le sommeil ne venait pas, il n'y avait rien à faire. Pourtant, il se sentait parfois tellement fatigué, las… Comment cela se faisait-il, qu'il ne tombe pas comme une masse le soir ? Parce que la fatigue n'avait rien de physique, sans doute… Hyde se décida à se lever, réprimant un frisson en sortant du lit, comme il faisait plus froid en dehors… Il descendit chercher un verre d'eau qu'il but lentement, alors qu'il n'avait même pas tellement soif. Mais que faire d'autre à cette heure, quand le sommeil se refuse à vous ? Il alla à la fenêtre, mais il faisait noir dehors et les éclairages devaient avoir un pépin : ils ne fonctionnaient pas cette nuit. Il valait mieux faire attention, dans ces rues aux trottoirs réduits, sans éclairage… C'était un coup à se faire renverser sans prévenir, ça… Et s'il sortait, tiens ? Ses idées morbides l'agacèrent au plus haut point. Il sentait bien que le courage de reprendre les choses où il les avait laissées s'amenuisait d'heures en heures. Demain, il serait encore plus résigné à vivre cette vie. Tout cela était d'un ennui… mortel, si l'on pouvait s'exprimer ainsi.
Sur la table de la cuisine, il y avait encore une enveloppe ouverte sur laquelle son regard tomba. Elle contenait une lettre… Non, un bout de papier plus exactement, noirci de quelques courtes lignes, preuves d'un 'intérêt' réduit à sa plus simple expression. Et un chèque. Plus quelques billets. Un sourire ironique le prit : c'était sympa, de penser à lui ! Vraiment sympa… Avec cet argent, sûr qu'il serait tranquille pour le mois. Et avec les quelques billets en plus, il avait même de l'argent de poche. Quelle belle vie… Mais si elle savait combien il avait envie de brûler cet argent, de le faire disparaitre tant il était l'incarnation de sa désinvolture… Elle agissait ainsi pour être tranquille, pour avoir sa conscience pour elle… Mais au fond, qu'il l'utilise ou non, quelle différence cela faisait ? Aucune différence. Qu'il fasse cela plutôt que ceci importait peu. Qu'il vive ou périsse aussi, d'ailleurs. Il n'y a rien de plus triste, surtout à cet âge, que de se dire que personne ne nous pleurera, si la vie nous quitte.
Il ferma les yeux et se retrouva pour un moment dans l'infirmerie, tel qu'il l'avait été le midi. Cette jeune femme penchée vers lui, armée d'un coton, le soignant délicatement… Et l'autre à côté, qui observait les opérations mi-attentif, mi-rieur… qui s'était exclamé après coup, que c'était bien sa grande sœur la meilleure ! Elle avait eu un sourire attendri, comme si elle était habituée à ce que son frère lui fasse des éloges. Dans le comportement de Tetsu, qui était si exubérant, difficile de discerner le vrai du faux. Hyde l'avait compris aujourd'hui. Pourtant, s'il y avait bien une chose qu'il sentait vraie… C'était le fait que Tetsu aimait profondément sa sœur. Il la regardait avec un mélange d'affection et d'admiration qui ne pouvait laisser le doute là-dessus. Et elle, bien qu'elle lui reprochait souvent des petites choses –et des grandes, sans doute-, elle le regardait avec indulgence, somme si au fond, elle s'amusait de ses frasques.
C'était après, alors qu'ils quittaient l'infirmerie après que Hyde ait été soigné, qu'il s'était encore une fois étonné du comportement de Tetsu. Sa sœur l'avait en effet rattrapé en lui demandant de faire attention au nouvel élève –comme s'il n'était pas dans la pièce avec eux !-… Et puis en fronçant les sourcils comme pour se faire un air sévère, elle avait ensuite murmuré :
Et ce soir, tu rentres. Takiko-chan est là, donc il serait bon que tu te tiennes à carreau.
Je serai sage comme une image, sifflota-t-il avec insolence.
Je ne plaisante pas, Tetsu… Tu dors à la maison.
Allez, comme si ça m'arrivait souvent de…
Trop souvent déjà, le coupa-t-elle. Et quand Takiko est à la maison, je préfère te savoir avec nous. C'est tout de même mieux.
T'inquiète pas ! A plus tard !
Bye bye ! lança-t-elle avant de se tourner vers Hyde. Au revoir, Hideto-kun.
Au revoir…
Hyde s'assit à la table de la cuisine, se repassant la scène en boucle dans sa tête, agacé par le fait de ne pas trouver ce qui clochait et par le fait d'y penser simplement. Enfin 'ce qui clochait', il l'avait bien vu car tout de même, la chose n'était pas banale : c'était ce « ce soir, tu rentres » suivi d'un « tu dors à la maison ». Hyde en avait été quelque peu choqué. Non pas qu'il soit particulièrement prude ni rien… Au contraire : la bonne morale, moins il la voyait, mieux il se portait à la limite… Simplement… A cet âge, Tetsu découchait donc « trop souvent », selon les dires de sa sœur ? Mais pour faire quoi ? Mouais… Que peut bien faire un garçon de cet âge, populaire et pas trop mal fichu ? 'Pas trop mal…'. Hyde se trouva bizarre, d'avoir pensé cela, même si c'était vrai. En fait… Le problème venait surtout du fait que peu importe combien Tetsu paraissait déluré… Cela avait surtout l'air bon enfant. Il ne l'imaginait pas en rebelle, en adolescent difficile à gérer et qui découche… En fait si l'on allait par là, il n'imaginait Tetsu dans aucune situation, si simple soit-elle, pour être franc. Ne comprenant pas ce qu'il faisait encore là à y penser, il se leva, mit le verre vide dans l'évier, colla l'enveloppe dans un tiroir et il remonta se coucher. Demain, ce serait le deuxième jour. De quoi serait-il fait ?
Il serait fait d'un peu de calme, pour commencer. En effet, Hyde arriva pile à l'heure et il constata que son voisin n'était pas arrivé. Et il fut absent toute cette première heure, ce qui –Hyde le nota- ne sembla pas spécialement étonner quelques uns de ses camarades. Peut-être avait-il quelque 'mission' à effectuer, vu son rôle ? Peu importe. Toujours est-il que la différence se faisait bien sentir, quand il était absent. Et pas seulement parce que Hyde, n'ayant du coup pas de stylo, ne prit rien en notes. Pas de chuchotements incessants sur sa droite, ni de main agrippant sa manche pour attirer son attention… A droite, juste un camarade de classe à la rangée encore d'à côté, qui semblait se foutre royalement du cours. Quel calme, quelle paix ! Hyde l'apprécia à sa juste valeur. A la seconde heure, toujours rien. Alors en plus de découcher, ce type séchait ? Il s'était trompé sur son compte alors, en le prenant pour un type bien brave… Mais après tout, ce n'était pas ses oignons. Cette heure là fut longue, par contre… Calme plat dans la classe, le professeur semblant assez sévère. Son cours n'était pas le pire que Hyde ait vu en soi, mais l'ennui était presque palpable… Il crut que cette heure en dura trois !
Et à la pause, alors que la plupart des élèves était sortie dans le couloir, son voisin daigna enfin arriver, la mine réjouie. Il posa un sac plastique sur son bureau et s'en alla saluer quelques camarades, papotant gaiement avec eux. Hyde se réveilla un peu, les deux premières heures l'ayant un peu anesthésié. Il regarda quelques mètres plus loin, ce type curieux jouer les moulins à paroles avec trois autres garçons, toujours flanqué de son éternel sourire. Il ne lui avait même pas dit bonjour, tiens. En même temps, Hyde n'attendait pas après lui, tout de même, soyons sérieux ! En grognant, il croisa ses bras à plat sur sa table et nicha sa tête dessus, se disant que sa matinée était bien partie pour lui coller la migraine ou le faire mourir d'ennui.
Salut !
Hyde sursauta lorsqu'une main s'appuya en claquant sur sa table, près de sa tête. Il faillit dégommer le grand malade qui l'avait enfin dérangé –en manquant de lui écraser la tête au passage-, mais il tomba –forcément- nez à nez avec Tetsu. C'était comme cela qu'il saluait, lui ? Ca lui ressemblait assez, en fin de compte… Tetsu regarda la table sur laquelle Hyde était étalé, semblant chercher quelque chose :
Tu n'as pas pris de notes ce matin ?
Nan.
Ben sur qui je vais reprendre les cours moi, alors ?
Je suis sûr qu'il y a plein de monde que ça ne dérangerait pas, articula Hyde, se disant que quand même, Tetsu n'était pas tributaire de sa personne, non ?
Ben oui mais je voulais toi, bouda Tetsu en soupirant.
Tu t'en passeras, lâcha-t-il, ignorant la remarque.
Alors tu me racontes en gros, ce que vous avez fait ?
Pour un type qui sèche, ça t'intéresse ?
Qui te dit que j'ai séché ? J'aurais pu avoir un accident ou un quelconque problème ! rétorqua Tetsu.
C'est le cas ? demanda Hyde, mal à l'aise tout à coup.
Non non, j'ai séché, affirma Tetsu en riant.
Ca recommence… marmonna-t-il, dépité.
Je ne suis pas rancunier tiens, moi j'ai ce qu'il te faut !
Tetsu prit le sac plastique avec lequel il était venu, et il le posa sur la table de Hyde, obligeant ce dernier à se redresser. Il lui lança un regard interrogateur auquel Tetsu répondit par un mouvement de tête, l'incitant à regarder à l'intérieur. Il contenait quelques cahiers et classeurs, tous de couleur orange –cela contrastait avec le noir ou le bleu marine, qui était normalement la couleur utilisée par les élèves-. Hyde en sortit un, se demandant de quoi il s'agissait, et puis il lui posa la question :
C'est quoi ?
Les cours de cette année. Si tu veux voir où on en est, ce qu'on a vu et comment on l'a vu…
Euh…
Non ça ne me dérange pas, non j'en ai pas besoin pour l'instant et oui tu peux les garder aussi longtemps qu'il te plaira, anticipa Tetsu avec un grand sourire.
Sur ce, alors que leurs camarades commençaient à revenir dans la classe, Tetsu s'assit à sa place et il commença à déballer ses affaires tranquillement. Hyde resta bêtement avec le sac devant lui, un cahier encore dans la main… A le regarder comme s'il attendait qu'il lui parle. Encore ? Encore cette générosité gratuite dont il ne savait que penser… et dont il aurait bien aimé penser qu'il n'avait que faire. Ceci aurait été la vérité s'il avait été capable de lui redonner ses cours en lui disant qu'il n'en avait rien à faire. Mais il n'en fut pas capable. Pas parce qu'il n'en avait rien à faire de rattraper son retard ou pas… Mais parce qu'il pouvait le blesser. Même s'il semblait n'être touché par rien, la logique commandait les choses ainsi : quelqu'un agit par gentillesse, et quand il se fait copieusement remballer sans prévenir, cela le blesse. La plupart des gens fonctionneraient ainsi. Et Hyde ne se voyait pas, là tout de suite, lui redonner tout cela accompagné d'une réplique cinglante. Il soupira, agacé par sa propre faiblesse : il se ramollissait, s'il n'arrivait même plus à se débarrasser d'un gêneur. Il mit cela sur le compte de sa lassitude envers tout, qui le rendait fainéant au possible.
Pourquoi tu fais ça ? demanda-t-il, un peu rudement.
Ben je suppose que tu t'es bien gardé de demander…
Non, je veux dire… Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu me parles ? insista-t-il en plantant son regard dans le sien.
C'est si surprenant, qu'on te parle ? demanda Tetsu, étonné.
Qu'on insiste, oui…
Ahhh ton but est de me faire lâcher prise ? Oublie oublie, ne perds pas ton temps, s'exclama-t-il en riant.
Qu'est-ce que tu as à y gagner ? se renfrogna Hyde.
Aucune idée. C'est plus amusant de le découvrir.
Je ne te suis pas…
En parlant de me suivre : après les cours tout à l'heure… Je t'emmènerai quelque part.
Hein ? Mais j'ai aucune envie d'aller quelque part avec toi ! s'écria Hyde.
Mais si mais si.
Et d'abord où tu étais ce matin ?
Hyde se mordit la lèvre, autant de stupéfaction que de colère contenue, envers lui-même. Ca n'allait pas. Mais alors pas du tout ! Il était totalement et définitivement bien incapable d'expliquer pour quelle obscure raison il avait posé cette question. D'une, ça n'avait aucun rapport avec ce qu'ils étaient en train de dire. De deux, cela ne le concernait en rien. Et de trois… Pourquoi diable était-ce sorti comme cela, en ces termes… Au lieu de s'énerver contre lui-même et sa stupidité, il se trouva presque penaud, se disant que là, Tetsu aurait raison s'il l'envoyait bouler. Mais au contraire, passée la surprise, le délégué parut enchanté et presque victorieux :
Ca t'intéresse ?
Non, balbutia Hyde, je ne sais pas pourquoi j'ai…
La vie est ennuyeuse non ? le coupa-t-il pensivement. C'est ce que tu penses.
Et ? le défia-t-il.
Et si on ne veut pas se flinguer, il faut qu'elle soit amusante, répondit Tetsu très simplement.
C'est ta philosophie, ironisa-t-il.
Ma façon de faire, rectifia Tetsu. J'aime bien jouer. Ca passe le temps.
'Jouer' ?
On pourrait jouer… fit-il en se penchant vers lui. Par exemple… Tu veux me suivre en fait, mais ta fierté t'en empêche. Premier défi : tu peux la mettre de côté et assumer le fait que tu es curieux de savoir où je veux t'emmener ?
Je m'en fiche.
Pas-du-tout ! s'amusa-t-il, comprenant qu'il allait gagner.
Admettons que je t'accompagne…
Oui !
J'ai dit admettons ! aboya Hyde, qui se demandait dans quoi il mettait les pieds. Après ça… Est-ce que tu cesseras de me parler ?
Tu as peur de ça ? s'amusa Tetsu en croisant les bras sur son torse.
Si je voulais un psy, je saurai où en trouver.
Quelle importance puisque je suis là, et gratuitement en plus ! C'est pas beau ça ?! s'écria-t-il, au point que tout le monde se retourna pour le regarder comme s'il avait perdu la tête.
Tu ne te reposes jamais ? murmura Hyde, se sentant très las.
Après les maths, puisqu'on termine par ça… Tu verras. Je me repose. Et n'espère pas t'enfuir dès la fin des cours, je t'ai à l'œil.
