Renaissance II

Chapitre VI

Sur Atlantis...

- J'espère que vos informateurs ne font pas erreur cette fois-ci colonel! dit Richard Woolsey d'un ton contrarié en ne levant même pas ses yeux du document étalé devant lui sur le bureau de la petite salle de réunion.

- Nous avons déjà déployé deux bataillons sur MZV-440 et LX3-028, continua-t-il...et cela pour ne trouver dans le premier cas qu'une planète à moitié inondée dont les habitants sont partis depuis longtemps...et dans l'autre, une civilisation complètement paisible et inoffensive qui a eu la peur de sa vie en voyant débarquer vos marines, munis d'armes qu'ils n'avaient jamais vu de leur vivant!

John Sheppard poussa un soupir irrité et ses poings se crispèrent à ses côtés sous la table. Il lança un regard cherchant l'aide emphatique de ses compagnons de table, avant de ramasser toute la patience qui lui restait pour répliquer à son supérieur. Mais Rodney McKay et Ronon Dex ne purent que lui retourner le même regard irrité et malgré le clignement d'yeux patient du Major Lorne et le sourire encourageant et apaisant de Teyla, Sheppard ne put enlever le sarcasme dans sa voix lorsqu'il rétorqua:

-Écoutez Richard...nous avons à décortiquer la moindre vérité des fantasmes et des qu'en dira-t-on de toutes les rumeurs et informations que nous envoient nos alliés de Pégase...c'est en toute bonne foi que nous avons cru que les deux dernières positions étaient les bonnes, soit celles où se cachaient Kolya et ses hommes. Croyez-moi, je connais la moindre ligne des rapports de nos deux dernières missions...j'en suis tout aussi peu fier et contrarié que vous!

– Des échecs complets! souligna Woolsey, rajoutant de l'huile sur le feu.

Les jointures des mains du colonel blanchirent à force de se serrer spasmodiquement.

-Oui, j'en conviens! dit Sheppard. Mais cette fois-ci il s'agit de deux habitants d'un monde de la constellation d'Orth revenus d'un voyage commercial...ils ont signalé immédiatement à nos alliés Kaonassiens qu'un groupe d'individus suspects habitaient depuis quelques temps la montagne, sous le prétexte d'y cultiver la terre et d'y élever du bétail. Ces deux marchands jurent que ce coin de montagne est une terre sacrée et lorsqu'ils ont demandé aux habitants de Sarrovik pourquoi ils avaient alloué ces terres interdites à de complets étrangers...personne n'a voulu vraiment leur répondre. Ils soupçonnent qu'on leur a caché la vérité!

- Monsieur...nous avions lancé la rumeur que des rebelles genii se cachaient à quelque part, préparant un coup d'état pour détrôner le nouveau leader, dit Lorne en prenant la suite. Ceci comme vous nous l'avez demandé lors de chacune de nos missions d'espionnage partout dans Pégase. D'habitude, personne ne mord à l'hameçon ou ne semble penser que c'est le cas chez eux. Mais cette fois-ci, lorsque les marchands ont demandé aux gens de Sarrovik s'ils croyaient ces étrangers être des renégats genii se cachant pour se dérober à nos recherches, il paraît que la tête qu'ils ont fait les a trahis! Ils ont mordu à l'hameçon et pas à peu près. Les marchands prétendent que même s'ils ont refusé de confirmer ou d'infirmer l'information, cette fois-ci ce sont bel et bien des hommes de Kolya qui vivent dans ces montagnes!

Richard Woolsey les fit tous languir alors que son visage pensif pesait le pour et le contre.

La bouche de Rodney McKay s'ouvrit pour laisser échapper une réplique bien sentie de son cru mais Sheppard abattit son bras sur la main qui allait se lever et accompagner le commentaire acerbe.

Patience était toujours ce qui était gagnant avec l'ex-bureaucrate de l'IOA, se dit à nouveau John Sheppard. Il fallait laisser Woolsey ruminer et en venir à la même conclusion qu'eux! Bien sûr qu'il ne pourrait laisser tomber cette information plus que valable qui leur permettrait de mettre enfin la main sur Kolya puis de le remettre entre celles de Ladon Radim.

– Soit! laissa finalement tomber l'agaçant petit homme en brassant devant lui les papiers sans autre raison que de paraître plus sûr de lui. Je veux bien permettre une mission de reconnaissance d'abord et...

- WOOLSEY!

Tout le monde s'était retourné vers Sheppard qui avait abattu son poing sur la table, perdant définitivement la bataille dans la maîtrise de son irritation croissante contre le directeur de la cité.

-Je vous demande pardon? dit Woolsey, son visage rouge et indigné niant le calme de sa voix basse et contenue.

C'est bien sûr Teyla Emmagan qui étira le bras pour le poser sur celui de John Sheppard qui s'était à demi dressé, prêt à argumenter de tout son coeur et avec toute sa rage, comme lorsqu'il se lançait dans un combat sur le terrain.

-Monsieur Woolsey. Ce que le colonel veut suggérer, commença la voix ferme et contrôlée de l'athosienne, c'est qu'il ne faut pas attendre pour lancer une vraie mission! Les informations sont assez sûres pour ne pas avoir à recourir à une reconnaissance inutile et puis...vous ne voudriez certainement pas que la faction de Todd mette la main sur ce criminel avant nous, n'est-ce-pas?

John se rassit lentement en faisant un demi-sourire à Teyla.

-Comment...? Les wraith sont déjà au courant que ces supposés rebelles se seraient cachés sur Sarrovik? dit Woolsey d'une voix contrariée.

- Oh ne faites donc pas l'innocent, fit un McKay pas plus subtil pour deux sous. Comme si vous n'aviez pas lu le rapport sur Sarrovik au complet, de la première à la dernière page et de A à Z!

- Rodney! dirent à la fois Sheppard et Teyla. Cette dernière continua:

-Des darts ont été vus dans le coin et spécifiquement dans les confins de la constellation de Orth, monsieur Woolsey. Et bien que personne ne puisse confirmer que ce sont bel et bien ceux de l'alliance de Todd, on nous rapporte qu'à peu près pas de cueillettes d'humains n'y ont eu lieu...ce n'est pas dans l'habitude des wraith d'agir ainsi. Pourquoi d'autre alors, si ce n'est que pour ne recueillir que de l'information?

-Elle a raison, continua Ronon. Lorsque j'entraînais des troupes de volontaires la semaine dernière sur Obratack, un de ces gars m'a confirmé la présence de ces sales adorateurs qui se promènent partout dans les villages en croyant bien cacher leur identité! Ils ont essayé de soutirer des informations des habitants en leur promettant cadeaux et argent...et ont mentionné souvent le nom de Kolya...

-Vous voyez? dit Sheppard en ouvrant les bras, exaspéré d'avoir à répéter tout ce qui finalement, était déjà dans ce maudit dossier que John avait pondu ces derniers jours et remis depuis belle lurette à Woolsey.

Il se demandait parfois si ça valait la peine de tant peiner à écrire ces stupides rapports, parce que Woolsey se faisait un malin plaisir de leur faire goûter à sa méticulosité bureaucratique en exigeant la répétition presque mot pour mot du dossier lors de ces réunions qui n'en finissaient plus. Sacrebleu! John Sheppard était un homme d'action, pas un foutu pousse-crayon!

-J'abonde dans votre sens, dit finalement Woolsey en graciant Teyla Emmagan d'un hochement de tête approbateur, ne regardant qu'elle. Vous avez de bons arguments!

Teyla sourit modestement comme si cette victoire ne lui appartenait pas. Sheppard se demanda encore une fois ce qu'il ferait sans elle! Probablement que Woolsey et lui se seraient entre-déchiré depuis longtemps...

-Rappelez-moi de vous remercier en vous payant un verre, murmura-t-il à Teyla en se penchant brièvement sur elle à sa droite.

L'athosienne lui répondit avec un sourire empreint à la fois de malice et de reconnaissance.

Alors que Woolsey se retournait vers son chef militaire comme si de rien n'était, il écouta son supérieur lui ordonner de rassembler son équipe et d'en choisir une seconde composée de dix hommes de plus puis de se rendre en mission officielle sur Sarrovik pour en ramener ces rebelles à tous prix. Kolya ne serait probablement pas parmi eux encore une fois, mais il y avait apparence que ces renégats sachent très bien il se trouvait!

Woolsey ne put évidemment pas s'empêcher de commenter «qu'il espérait bien que ce serait le bon endroit, cette fois-ci!»

Il leva la séance, se concentrant déjà sur le message qu'il devait envoyer à Ladon Radim pour l'informer des derniers évènements. Il était plus que probable que le nouveau leader genii voudrait investiguer également à leurs côtés.

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Sur la ruche...

Abasourdie, Sara fit en entrant du regard le tour de la pièce appelée «nursery».

Derrière elle suivait Todd, les deux adoratrices humaines portant les bébés et Méroc qui fermait la marche.

La pièce n'était assurément pas la plus grande de la ruche, mais elle était certainement la plus éclairée!

Les tentacules organiques habituels qui couvraient de-ci de-là les murs de la ruche cédaient ici la place à des fils luminescents d'origine toute aussi charnelle...mais le coup d'oeil était moins grossier et même délicat, d'une façon artistique.

Ici, les mélanges d'ocre, de rouge et d'orangé cédaient la place à des bleus tendres et des lilas entrecoupés de jaunes pâles et crémeux, éclairant élégamment et avec commodité les espaces qui en avaient besoin mais se tamisant avec discrétion dans l'aire de repos des petits.

Plusieurs petits lits, également cultivés par les soins de la ruche, garnissaient tout un côté du mur. Sara roula des yeux en lançant un regard pointu à Todd en se tournant vers lui à demi.

Son regard suffisait à lui envoyer ses pensées, sans qu'elle ne se serve de leur lien:

«Est-ce-que-je-saisis-bien-le-message?», et «Crois-tu-vraiment-que-je-vais-me-mettre-à-pondre-un-tas-de-petits-hybrides?» avec un reniflement de dérision empreint de pitié vers le wraith.

Méroc sembla comprendre la conversation muette alors que son Maître avait simplement haussé indifféremment les épaules en réponse à sa Compagne. Le Premier Serviteur de Todd se tourna vers la jeune femme en précisant:

-Il s'agit de l'ancienne pouponnière qui était fermée depuis longtemps, par absence de jeunes wraith, dit-il d'une voix apaisante. Ces lits étaient déjà ici, Compagne.

Sara poussa un soupir de soulagement comique. Elle s'avança plus avant dans la pièce en admirant toutes les commodités.

Elle y voyait bien la main magique des deux adoratrices: Mathob avec le côté pratique, car c'est elle qui vivait depuis des lustres sur les ruches wraith...et Morya l'enthousiaste qui avait voulu apporter une touche de jeunesse avec des décorations naïves de peintures probablement de son village natal, et aussi quelques jouets et meubles de bois fabriqués par la main d'artisans parmi les adorateurs.

Çà et là, de belles fourrures sombres et touffues, ayant presque gardé le contour de la forme des animaux chassés, recouvraient de grandes parcelles du sol froid, offrant ainsi non seulement une touche de luxe et de chaleur à la pièce, mais la protection nécessaire pour les premiers pas trébuchants des bébés.

Le tout rendait tant bien que mal l'atmosphère d'un foyer avec jeune famille, chaleureux et rassurant...si on pouvait dire cela d'une ruche!

Sara ne put trouver aucun défaut à la grande pièce, surtout après avoir découvert la présence de deux ordinateurs, l'un pour se relier à son terminal de recherche médicale au labo et l'autre pour noter ses observations journalières sur le développement des jumeaux...si ce n'est qu'elle découvrit également dans un coin sombre, au fond de la nursery, la déconcertante gardienne wraith, Olive...

La femelle la salua de la même façon que la première fois...calme, condescendante mais sans aucun soupçon de menace. Bien que Sara se soit raidie en la voyant, elle lui rendit avec courtoisie un court salut plutôt sec de la tête.

Un tentacule de l'esprit de Declan se tendit soudain jusqu'à elle, réclamant peut-être un peu trop tôt un petit encas laiteux. Elle se demanda à peine pourquoi il avait déjà faim car il avait bu il y a à peine deux heures. Mais Sara se sentit soulagée de ne pas avoir à faire la conversation avec l'étrange gardienne wraith que Todd lui avait imposé et dont elle ne savait toujours pas quoi faire!

Elle s'excusa donc pour aller quérir un biberon dans le meuble organique que Méroc lui avait indiqué plus tôt comme étant disponible. Morya la suivit avec le petit garçon mais la gardienne wraith se mit également à les suivre de si près que Sara se retourna vivement, trouvant la femelle à peine à quelques pas d'elle. Elle fronça les sourcils et s'apprêtait à lui faire sentir par une phrase cinglante qu'elle n'avait vraiment aucune idée de ce qu'était une bulle personnelle!

...mais la femelle wraith la coupa dans son élan en lui brandissant d'une main, dans un geste pas du tout agressant, une sorte de rondelle sombre de la largeur d'une petite assiette. Todd mit fermement son bras sur celui de Sara pour la calmer:

-Laisses-là s'expliquer, Sara...dit-il, lénifiant.

-J'ai entendu parler de votre problème pour nourrir par les adoratrices, commença la voix monocorde et métallique de la gardienne wraith.

Sara s'arrêta, stupéfaite, se rendant compte qu'elle entendait parler cette femelle pour la toute première fois! Quelque chose n'allait pas en effet chez elle car aucune note agressive ou dédaigneuse ne résonnait dans ce ton morne...bien que la voix ne soit pas du tout mélodieuse ou grinçante, empreinte de virulence ou de grâce souveraine comme elle s'en souvenait des dernières entrevues avec des reines ou matriarches, Sara y entendait néanmoins les harmoniques caractéristiques de son espèce, mais empreintes d'un grand calme et de soumission.

-Je crois avoir trouvé une solution qui vous conviendra, Compagne...et vous permettra de transférer directement votre force vitale à la progéniture du Commandant.

Sara était maintenant bouche-bée alors que la gardienne lui tendait la rondelle.

Elle prit dans sa main ce qui ressemblait à une sorte de coupole, à la fois molle et malléable...mais elle découvrit que c'était fait d'une sorte de gelée sombre, organique.

Évidemment! À quoi donc s'était-elle attendue sur cette ruche ...du latex médical?

Bien sûr, la femelle parlait comme une wraith en utilisant «force vitale» pour décrire l'acte d'allaiter et se référait aux bébés par «progéniture du Commandant», mais elle ne s'en formalisa pas.

Elle comprit aussitôt le pourquoi de la forme de cette chose, tentant de cacher son dégoût de l'objet conçu sûrement pour l'aider. Mais ça tremblotait de sa propre vie dans sa main, comme si la rondelle tentait de comprendre quelle forme elle devrait prendre prochainement?

Elle la saisit du bout du doigt et la montra avec un regard perplexe à Todd et aux deux adoratrices. Ils avaient apparemment tous l'air ravi de la trouvaille de la wraith!

-Insinuez-vous que...croyiez vous réellement que je vais poser cette..chose...sur mes seins, mes mamelons? fit-elle d'une voix où se cachait à peine la révulsion, regardant à nouveau la femelle wraith qui offrait un faciès toujours aussi impavide.

-Cela vous permettra de nourrir directement les enfants, sans qu'ils ne vous blessent de leurs dents. répondit la wraith, ses traits toujours impassibles.

Sara en était encore à évaluer l'invention de la gardienne en la retournant de tous bords tous côtés avec un regard incrédule et dédaigneux, quand Todd prit les choses en main et saisissant un bras de sa Compagne et la curieuse coupole de l'autre, il dirigea la jeune femme vers un fauteuil et fit un signe du menton en direction de Morya pour qu'elle suive avec le premier bébé.

-Allons...maintenant tu devrais lui donner le bénéfice du doute et l'essayer, dit-il d'une voix tranquille en lui faisant un sourire engageant.

Il ignora le petit «arrrrghhh..» de surprise mécontente de sa Compagne à se faire surprendre et saisir ainsi! Une fois qu'elle fut assise sur le fauteuil où elle avait été projetée presque cavalièrement et que Declan fut nichée dans ses bras, il dénuda lui-même le haut de la chemise de Sara, montrant ainsi le début d'un sein.

Alors que Sara ouvrait une bouche offusquée et levait des yeux furieux vers lui, Todd plaqua la coupole directement sur son mamelon et cette fois-ci il se valut un glapissement à la fois rageur et horrifié. Le geste avait été fait trop rapidement pour qu'elle puisse même ébaucher un début de fuite!

Elle ne put que pencher sa tête ahurie vers le bout de son sein maintenant emprisonné dans la gelée d'abord froide, qui fit comme un bruit de succion...la chose prit soudain la forme de la mamelle de la jeune femme, épousant la rondeur du sein, se collant tout contre le mamelon. Elle sentit le maintien ferme en même temps que la coupole organique commençait à se réchauffer au contact de sa peau. Elle commença alors à relaxer en découvrant que finalement, la prothèse était solide, à la fois molle et inoffensive mais protectrice. Ses traits étaient toujours empreints de surprise mais plus du tout rageurs quand elle fixa à tour de rôle le Commandant et la gardienne wraith.

-Eh bien...on dirait que mon problème se règle à la satisfaction de tous! dit lentement Sara d'un ton émerveillé mais encore incrédule dès que le petit garçon, vif comme l'éclair, eut saisit le bout du faux mamelon organique, tétant vigoureusement pour trouver la source tiède et légèrement mielleuse du lait nourricier, ne se préoccupant pas le moins du monde de la consistance gélatineuse tellement alienne de cette coupole, plaquant sa petite main tout contre la chair chaude du sein de Sara.

Todd siffla un «évidemment!» accompagné d'un reniflement de dérision.

Les deux autres humaines de la pièce se regardèrent d'un air entendu. Sara leva finalement la tête vers sa nouvelle «alliée wraith» et la regarda d'une manière appuyée en murmurant merci du bout des lèvres. Cette dernière accepta le remerciement presque muet de la jeune femme, penchant sa tête gracieusement sans sourire, clignant des yeux une fois.

Sara ne ressentait aucune douleur. Au contraire, elle ressentait un grand bien-être alors que Declan vidait avidement un des seins de sa mère. Le recouvrement étrange de fabrication wraith commençait à moins dérouter la jeune femme. La prothèse tenait d'elle-même, épousant son sein et le pressant doucement pour aider le lait à couler du mamelon.

Alors que les petites dents appuyaient sans merci sur la peau tendre et organique, le matériel souple de la coupole apportait à la fois de la facilité pour l'action du bébé de tirer le lait alors que la chair alienne artificielle était assez ferme pour absorber et ainsi empêcher la douleur et les blessures qu'auraient causé les petites dents. Le bébé poussa un soupir satisfait en terminant de boire, envoyant un long regard de contentement vers sa mère. Sara se sentit emplie de bonheur de pouvoir directement nourrir son fils...alors aussi bien oublier le côté étrange et peu attrayant du procédé! se dit-elle finalement, philosophe.

Elle retira ensuite facilement la prothèse et la fixa à son autre sein, demandant à Morya de prendre le petit et à Mathob de lui amener sa fille qui s'était réveillée.

Olive lui dit alors qu'elle était en train d'en «fabriquer une autre», avec l'aide de la ruche. Sara décida de chasser définitivement dans son esprit les images bizarres et pas trop ragoûtantes qui lui venaient en tête à cette évocation!

La jeune femme décida soudain qu'Olive méritait plus qu'un surnom qui rappelait trop crûment la couleur peu attirante de sa peau, ou bien une huile tirée de ce fruit d'Espagne.

Elle lui donnerait plutôt le nom d'Olivia, qui faisait plus noble et princier. Après tout, la gardienne s'était avérée ingénieuse et comme le lui avait demandé Todd, elle devrait bien lui donner le bénéfice du doute!

Mais pour ce qui était de lui laisser seule la garde des jumeaux...il n'en était pas question!

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Plus tard...là-bas, sur un versant de la montagne sacrée de Sarrovik...

Alors que Todd avançait d'une allure décidée sur le chemin de terre qui l'éloignait des prairies au pied de la montagne et le rapprochait de la caverne, il ressentit les sensations jointes de joie de vivre et de pouvoir qui naissaient en lui, comme à chaque fois après la capture d'humains subjugués.

Quelques-unes de ces vies seraient peut-être perdues dans la quête d'informations et la soif de vengeance...mais qu'étaient-elles pour lui après tout? Rien de plus que des ressources à être utilisées pour un plus grand but maintenant.

Leur vie insignifiante n'aurait d'ailleurs jamais servi à un destin grandiose sur ce monde pathétique!

Il étrécit les fentes verticales de ses yeux de félin alors que le soleil matinal laissait filtrer une lumière naturelle trop éclatante. Comme tous les wraith, le Commandant était plus confortable dans l'environnement naturellement tamisé des ruches mais il affronta la lumière froide de ce matin frais, content de découvrir l'embouchure d'un bâtiment de signature spécifiquement genii au bout du chemin de terre.

Il rit silencieusement de la stupidité de ces humains...

Ils avaient recouvert grossièrement de paille un semblant de bâtiment central qu'ils avaient construit sur le patron exact du design militaire genii, directement à l'entrée de la caverne où ils devaient stocker le matériel volé aux habitants de cette planète, attendant de les convoyer par vaisseau vers leur leader et ses troupes. Mais un simple rayon de soleil tapant sur le métal sous la paille avait trahi de loin l'emplacement de l'avant-poste sous la montagne...la patrouille de reconnaissance qu'il avait fait envoyer auparavant avec un lieutenant wraith comme chef avait également découvert un large espace dans un champ, dont les herbes avaient été complètement affaissées, servant sûrement de piste d'atterrissage improvisée à leur vaisseau de transport.

C'est finalement un des fermiers qui s'étaient fait voler toutes ses possessions par ces rebelles, reconnaissant Méroc comme le marchand qui l'avait soudoyé, qui les avait menés jusqu'au repère exact. Bien que l'homme se soit montré terrorisé par le petit bataillon de wraith qui les accompagnait...

Todd entra finalement dans l'ombre bienheureuse du bâtiment, ses drones montant la garde de chaque côté, attendant les ordres. Quelques pas en arrière, le Second et le Troisième fermaient la petite procession des wraith.

Alors qu'il avançait, Todd s'arrêtait occasionnellement à l'entrée de certaines des pièces, observant l'ameublement spartiate et l'attirail assemblé par les humains de la place. Il reconnut encore plus l'ameublement habituel utilisé par les militaires genii, leurs habitudes spartiates de vie trahissant plus que toute autre chose que c'était bel et bien ces humains détestés qui s'étaient cachés ici.

Il vit s'affairer d'autres drones que son lieutenant avait mis au travail pour rassembler tout ce qui pourrait être utile pour sa ruche, vêtements et autres biens consommables...

Atteignant soudain un carré central, il vit que c'était là que devait se tenir les assemblées humaines. C'est également là qu'avait été amassé le troupeau des prétendus «fermiers et bergers».

Il marcha avec autorité vers eux, refusant d'un geste négligent de la main la protection de quatre drones qui s'étaient avancés automatiquement pour assurer sa défense.

Noble et mortellement prédateur, l'Aîné ne ressentait aucune peur d'être au coeur de la masse de ces humains et ces derniers lui cédèrent d'instinct la voie sur son chemin, pavé cependant de toutes les rangées d'émotions humaines habituelles...peur, haine, fatalisme et occasionnellement, une odeur délicieuse de défiance.

-Combien y en a-t-il?

Todd avait posé mentalement la question au lieutenant responsable de la capture et du triage des humains, bien avant qu'il n'ait atteint le centre du hall de réunion.

-Une bonne cinquantaine...une douzaine sont des villageois venus prêter main forte aux récoltes, selon leurs propres dires. Les autres trente-huit sont ceux que nous avons décomptés comme étant d'origine genii. Il y en a trois autres au dedans de la caverne. Nous les avons séparés du groupe car sont les leaders de ce village. Nous les avons enfermés dans ce qui semble être leur salle de réunion...

-Et les autres villageois? demanda Todd, ne cessant de promener son regard partout autour de lui.

-Approximativement trois cent habitants, prêts à être cueillis dès que vous en donnerez l'ordre, mon Commandant.

-Prenez tous ceux qui sont ici...mais laissez le village intact pour le moment. Cependant, les villageois qui sont présents ici seront également transportés sur ma ruche, termina Todd.

Le lieutenant se retourna rapidement et donna aussitôt l'ordre subliminal aux drones.

Des protestations indignées, vengeresses, jaillirent des rangs des genii tandis que les quelques villageois infortunés venus seconder les rebelles dans leurs travaux se mirent à hurler, supplier, pleurer de terreur.

Trop de temps perdu déjà! se dit Todd avec ennui. Il se décida à passer le pas de la porte de bois sécurisant la petite salle de réunion des dirigeants, creusée dans la roche de la caverne.

Le pas de ses bottes de cuir résonna dans un écho solennel et saisissant sur le sol fait de pavés durcis...

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La peur dans la salle est palpable alors que la haute silhouette du wraith s'arrête quelques secondes dans l'encadrement de la porte d'entrée...

Todd prend la mesure et les odeurs émanant des humains réunis, posant ses yeux froids et évaluateurs sur chacun des visages, l'un après l'autre.

Les trois personnages sont assis tous ensemble du côté droit d'une longue table de bois. Ils se regardent, leurs yeux affolés, cherchant encore et vainement leur salut.

L'Aîné devine sans qu'aucune parole n'ait encore été échangée que ces trois-là sont non seulement les têtes dirigeantes, mais qu'ils sont également très soudés entre eux.

Une femelle d'âge moyen aux cheveux blonds pâles coiffés en un chignon strict est assise sur une chaise de bois rudement travaillé, se berçant nerveusement avec ses bras s'enveloppant autour d'elle-même, comme pour chercher du réconfort. Des larmes silencieuses coulent librement sur son visage blême.

Son compagnon mâle d'un âge similaire se tient debout en silence près d'elle, une main reposant doucement sur son dos. Son partenaire de vie sûrement, pense Todd.

Un autre homme, celui-ci dans la soixantaine, ses cheveux blancs et rares, se tient à leur droite. Il est le seul dont le regard est fier et défiant. Peut-être le géniteur de la femme?...étant donné ses émotions de responsabilité et de tendresse envers elle et un certain air de famille, pense encore le wraith.

Ce sont tous trois les ambassadeurs et chefs du village. Le plus vieux est probablement le leader principal.

Ce sont les membres respectés du comité dirigeant et ceux qui ont intégré la petite communauté des rebelles genii, probablement pour y gagner quelques avantages, sinon leur protection...

….et sûrement la promesse de ne pas voir leur village complètement détruit!

Ils lèvent tous leurs yeux de temps à autre pour regarder les deux drones qui sont en train de rassembler et d'enlever de la pièce les quelques items qui seront utiles à la ruche, ne laissant que la longue table et quelques chaises de bois.

Trois autres drones se tiennent en silence à la porte et dans le fond de la pièce, pour empêcher quiconque serait assez fou pour tenter de fuir...

Lorsque Todd s'avance, la femme se raidit encore plus et crispe ses mains sur ses avant-bras. Son compagnon se penche sur elle en murmurant des paroles de réconfort inutiles.

Le vieux leader à droite lève le menton et serre ses mâchoires...mais lorsqu'il rencontre le regard d'acier du Commandant wraith qui le regarde avec un air autoritaire dénué de toute émotion, les yeux gris de l'homme hésitent et se voilent d'incertitude...puis il baisse le regard.

Todd commence à marcher en face d'eux de long en large, lentement...soupesant la moindre de ses actions. La femelle mord ses lèvres pour étouffer un gémissement de peur. Son compagnon se penche à demi pour l'enjoindre à se calmer.

Le leader a esquivé un pas par derrière comme pour fuir, mais le drone le plus près s'avance et devient un mur qui empêche tout mouvement de retraite. Le vieil homme semble finalement se rappeler qu'il est le leader et il déploie toute sa taille insignifiante, se raidit, durcissant son visage pour faire paraître une force et une autorité qu'il ne ressent pas du tout en ce moment!

D'une voix à peine ferme, il réussit à articuler:

-Pourquoi avons-nous été séparés des autres et amenés ici et où nos concitoyens ont-ils été emmenés?...que nous voulez-vous?

Todd est satisfait...ses espions, Méroc en particulier, lui ont livrés des informations et des résultats beaucoup plus rapidement qu'il ne s'y attendait!

Quand il a reçu la confirmation que le nom de Kolya était échangé dans les discussions à couvert entre humains du village et que ce n'était pas que des rumeurs, il a décidé de venir personnellement se rendre compte et d'interroger les responsables pour savoir exactement ce qu'ils savaient.

Il ne s'attendait pas à y trouver le renégat lui-même bien sûr...mais cet avant-poste est certainement très important à ses yeux et l'Aîné sent qu'il est près du but! Il fera tout en son pouvoir pour gagner la course contre Sheppard et les siens, ou contre leurs alliés genii.

-Vous êtes ici parce que j'ai besoin de recueillir des informations...c'est ce qui m'importe le plus! se décide-t-il à dire d'une voix tranquille qui résonne néanmoins sinistrement dans la caverne.

Il pointe d'un geste négligent des chaises:

-Assoyez-vous! ordonnent-ils aux deux mâles qui sont debout. Ces derniers s'exécutent immédiatement sans discussion.

Todd reste debout. En partie parce que cela fait partie d'une stratégie pour rappeler à ces humains qui contrôle maintenant leur destinée...et aussi parce qu'il n'a pas l'intention de s'attarder ici trop longtemps!

- Je veux connaître le ou les emplacements des autres bases de celui que l'on appelle Kolya...en particulier l'endroit où il se cache, lance-t-il finalement.

Il parle d'une voix basse, bien plus douce que son ton habituel. Malgré la menace sous-jacente, il tient à instiller une certaine confiance que ces informations pourraient être récompensées, à donner une chance à ces humains de l'aider dans sa quête et de racheter l'erreur qu'ils ont faite en choisissant si mal leur camp!

-Nous ne sommes pas des sympathisants de sa cause. Nous n'avons rien à voir avec cet individu! Nous ne savons donc pas où il se cache, ni quels sont ses plans!

C'est la femme qui a répondu. Elle exsude certainement la peur de par tous les pores de sa peau, mais c'est elle qui a devancé son leader et sa voix est maintenant forte, claire et indignée.

Pas ce qu'il veut entendre du tout!

Todd bouge soudain rapidement et se tient tout-à-coup derrière la chaise de la femme... ses mains se posent lentement et d'une façon malveillante sur le dos du meuble de bois, ses longs doigts verts frôlant à peine la peau de l'humaine. Il sent plutôt qu'il ne voit le long frisson secouant le corps de la femme alors qu'elle essaie de se mettre hors de sa portée de toutes ses forces...

Les deux mâles à ses côtés bougent légèrement vers elle et des émotions d'inquiétude et de besoin de protection volent vers Todd. Mais les deux drones qui avancent avec le pas sonore de leurs bottes, tout de suite aux côtés des deux humains, brisent leur élan.

-Je vois...continue Todd. Alors vous ne savez rien de lui?

Le vieux leader s'avance sur sa chaise, véhément:

-Notre village est loyal au Chef Radim...nous n'avons rien à faire avec Kolya!

-J'ai entendu dire...différemment. continue Todd d'une voix légèrement contrariée.

-...alors vous avez été mal informé. Nous ne savons rien!

Cette fois-ci, c'est la voix du compagnon de la femme.

Todd grogne tranquillement. Il n'est pas du tout d'humeur à discuter avec eux de leur loyauté mal placée et puis il devient fatigué de poser des questions répondues par des mensonges puants! Sentant que la loyauté de ces mâles envers Kolya n'est pas si forte, il décide d'une différente approche, plus...directe:

-Je n'aime pas du tout qu'on me mente.

Le Commandant wraith tire soudain brusquement la femelle de sa chaise, la mettant sur ses pieds sans effort. Puis la fente nourricière de sa main forme une ligne rouge, vivide et crue alors qu'il lève le bras dans l'intention de la plaquer contre la poitrine de la femme recroquevillée en face de lui et de s'en nourrir.

-NON! Arrêtez, s'il-vous-plaît! crie la voix terrorisée du compagnon de la femme. Le regard alarmé que lui lance le vieil homme confirme à Todd qu'il est très près du but. Sa main recule légèrement, attendant que le mâle se mette à parler.

Le vieux leader semble l'enjoindre du regard de se taire, mais le compagnon de la femme ne pense plus maintenant qu'à sa femelle menacée de mort. Il se met à parler très vite:

-Un de ses lieutenants a visité notre village, cherchant du support. dit-il. Au début, nous avons refusés mais ils sont venus plus tard à plusieurs...ont commencé à mener des attaques séparées. - l'homme fait une pause, avalant péniblement, puis reprend:

-Nous sommes un peuple pacifique, nous ne pouvions nous défendre...nous avons donc accepté un marché...leur avons alloué des terres dans la montagne, en échange de leur protection...et d'un terrain pour laisser leur vaisseau de ravitaillement atterrir. Je sais qu'ils viennent du Quatrième Quadrant de Orth. Son lieutenant a mentionné le troisième satellite lunaire de Sarrovik, mais je ne sais pas où c'est exactement. C'est tout ce que nous savons! Je vous en prie...ne lui faites pas de mal! Je vous jure que je ne sais rien de plus.

Todd hoche lentement la tête, relâchant la femme. Il sait qu'effectivement, ils ne savent rien de plus d'important pour lui.

-Ce lieutenant genii...quel est son nom? Fait-il partie du groupe que mes drones ont déjà rassemblé dehors? ajoute-t-il, sûr maintenant que toute menace ne sera plus nécessaire.

-Oui, il en fait partie, continue le compagnon de la femme. Son nom est Elotham.

Étrécissant ses yeux de reptile, Todd plisse ses lèvres dédaigneusement alors qu'il cherche dans l'esprit des humains rassemblés pour toute duplicité restante, toute autre information même insignifiante. Ne trouvant rien d'autre d'utile, il se tourne vers ses drones et hoche la tête dans un commandement muet. Néanmoins, il se fait un plaisir de donner l'ordre à haute voix:

-Emmelez-les!

-Où...où nous emmenez-vous? fait soudain la voix haut perchée et alarmée du leader en chef du village. Vous avez promis que nous serions en sécurité, que vous ne désiriez que de l'information! Et nous vous avons tout dit ce que nous savions!

Todd a déjà commencé à marcher vers la porte pour sortir; néanmoins il se retourne vers la forme des trois silhouettes humaines apeurées et outrées. Sa réponse glaciale détruit tout espoir de pitié que ses prisonniers auraient pu encore avoir.

-Je n'ai fait aucune promesse. Je voulais de l'information que vous m'avez procurez en effet, mais...vous avez fait une énorme erreur en me mentant en tout premier lieu. Et sachez que je ne garde pas d'humains sur cette ruche qui ne me sont pas du tout utiles...

Il n'attend aucune réplique et sort en coup de vent de la petite pièce.

Ces trois là auront le choix de devenir des adorateurs ou bien de simples repas conservés dans les cocons...mais leur sort ultime lui est maintenant complètement indifférent.

Mentalement, il convoie à son Second à ses côtés ses prochains ordres à exécuter. Ils rejoignent ensuite leur navette de transport.

Todd entre lui-même les coordonnées de la troisième lune du Quatrième Quadran d'Orth, pressé de découvrir son ex-cauchemar genii et d'en finir avec le renégat une fois pour toute!

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Pendant ce temps, sur la ruche...

Les quelques cinq jours qui avaient suivi l'arrivée de Sara et des jumeaux avaient été bien remplis, tout comme ceux d'une jeune mère qui ne pouvait rien faire d'autre que de voir aux besoins de ses nouveaux nés, les changer, les nourrir, les baigner, les habiller, les bercer.

De plus Sara Sheppard notait tout ce qu'ils faisaient, toutes ses observations au sujet de leur développement...ce qu'ils ingurgitaient comme quantité de lait (maintenant approximative depuis qu'elle les nourrissait au sein), leurs poids, autres mesures, etc.

Rien à faire d'autre, pas moyen de travailler même sur la génothérapie car les petits tyrans monopolisaient toute son attention dès son réveil, exigeant sa présence de presque tous les instants (sauf quand ils dormaient), réclamant d'être le centre de son univers!

Donc elle ne dormait, mangeait ou ne se baignait que quand ils reposaient dans leur petit berceau, sa vie maintenant réglée comme un métronome.

Elle aurait été complètement épuisée si Mathob, Morya et Olivia ne lui avaient pas prêté main forte tous les jours...

Quoique dans le dernier cas, Sara ne restait jamais loin, ne quittant pas Olivia des yeux quand la femelle wraith prenait soin des bébés.

Quant à Todd, il n'avait plus été dans les parages dès la troisième journée car il était partie «en mission» à quelque part dans le système d'Orth, patrouillant lui-même le territoire avec un dart, accompagné d'une vague de ces petits vaisseaux...tous partis en reconnaissance pour «le-ciel-savait-quelle-mystérieuse-entreprise-dont-elle-ne-faisait-encore-une-fois-pas-partie!», et il avait bien sûr refusé de la laisser entrer dans le secret.

Mais Sara s'en fichait...elle avait bien d'autres chats à fouetter, devant s'ajuster à son rôle de mère, vivre au rythme de celui des bébés, diriger le petit groupe de femelles humaines et wraith qui papillonnaient autour des jumeaux, sans oublier le fidèle Méroc qui assumait la partie confort et entretien du reste des immenses quartiers royaux et qui régentait d'une main de maître les équipes qui venaient nettoyer, s'occuper du linge propre et souillé, faire la cuisine pour tout ce beau monde, etc.

Elle commençait pourtant à ressentir les effets d'un sentiment d'enfermement...

Pourtant elle était une scientifique habituée à s'enfermer dans un laboratoire et depuis qu'elle vivait sur la ruche de Todd, elle ne tentait pas le diable tout de même, n'ayant pas le droit de se promener partout où bon lui semblait. Elle restait quand même une humaine, une tentation vivante...même si aucun wraith n'aurait osé levé ne serait-ce qu'un bout de doigt sur elle sans risquer le courroux mortel du Chef Suprême mais il ne fallait pas faire exprès tout de même!

Si elle se serait trouvée sur Atlantis, elle serait sortie observer les vagues océaniques...elle aurait laissé le vent et les embruns jouer avec son visage et ses cheveux...elle se serait promenée sur le pont sud-ouest, son endroit favori...elle aurait plongé dans sa piscine naturelle installée dans un enclos qui capturait une partie de l'océan pour en faire un plan d'eau paisible pour le loisir des baigneurs...elle aurait ensuite pris un bain de soleil, peut-être...

Ou bien elle serait allée faire son conditionnement physique au gymnase si bien aménagé de la cité lantéenne!

Oui, elle avait son gym de danse personnel ici sur la ruche et elle l'utilisait le plus souvent possible quand les bébés la laissaient respirer, ayant sacrément besoin de retrouver la forme, de perdre les quelques livres que lui avait laissé sa grossesse...

Mais...ce n'était pas pareil comme se retrouver en plein air dans un grand espace ou apprécier d'autres décors que les quatre murs, même luminescents et joliment colorés de la nursery.

Donc le troisième matin de l'absence de Todd, elle était prête à faire une crise de nerfs pour la moindre peccadille!

Elle se réveilla ce matin-là avec un tel sentiment d'isolement et d'ennui qu'elle se servit d'un des coussins comme bouc-émissaire et le frappa de rage en son centre, l'envoyant rebondir contre le mur d'en face.

Mais voilà. C'est Méroc qui entrait et le projectile manqua de peu le pauvre serviteur.

Nullement ébranlé, le stoïque Premier Serviteur du Commandant Suprême se poussa à temps de quelques pouces, évitant ainsi d'être le récipient de la rage de sa Maîtresse!

Sans broncher ou commenter, Méroc alla porter sur la petite table le plateau de nourriture qu'il emportait, son visage ne trahissant pas du tout ses pensées.

Après avoir posé le repas sur la table, il resta les bras ballants, observant Sara...attendant ses ordres.

«Parfois, il m'énerve tellement! pensa la jeune femme qui cherchait une autre cible pour son irritation. Ne pourrait-il pas cesser juste quelques instants de calquer toute son attitude sur celle d'un imperturbable wraith? agir en humain et me demander ce que diable il se passe?» grommela intérieurement Sara.

Quoi! fit-elle à la fin avec une parfaite mauvaise foi alors que le pauvre homme n'avait rien dit, ni même levé un sourcil. Son visage sans âge était aussi fermé que possible. Et c'était peut-être ça qui l'agaçait le plus!

-Je vois que nous ne sommes pas de bien bonne humeur ce matin, Compagne! dit le serviteur, d'un ton aussi peu compromettant que possible.

Sara retroussa ses lèvres d'une façon malveillante, soudain contente d'avoir l'occasion d'utiliser pleinement la raillerie. Après tout, elle n'avait pas reçu qu'un simple cours «Sarcasme 101» de Rodney McKay quand elle le fréquentait, lui qui maniait le cynisme de main de maître!

-"Nous?" fit-elle d'un ton d'abord mielleux, toujours de mauvaise foi. Ahhhhh ben je ne sais pas pour toi, mon p'tit Méroc mais moi je suis de très...trèèès bonne humeur! Alors on dirait que cela ne laisse que toi à te sentir en rogne contre le monde entier ce matin!

Le reste de ses paroles avaient été prononcés comme si elle venait de boire du vinaigre mais encore une fois, Méroc ne se formalisa pas des paroles coulantes de sarcasme de la Compagne.

Pourtant une fois qu'elle se fut levée en repoussant ses couvertures d'un air rageur et qu'elle se soit installée à la table pour manger, il lui coula un regard outré d'être relégué sans raison apparente au rôle de second bouc-émissaire (après le malheureux coussin gisant par terre près de la porte).

Le visage contrarié de Sara prit soudain une expression triste et honteuse.

-Je suis désolée, Méroc. Je n'aurais pas dû te traiter ainsi. C'est juste que je suis si...tellement fatiguée et puis...j'ai des problèmes à m'ajuster à mon nouveau rôle de mère. Puis avouons-le...je me meurs d'ennui! J'adore mes enfants bien sûr mais je me sens beaucoup trop confinée ici dans ce rôle et cette nursery. Je voudrais tant voir le ciel!

-Il y a une grande fenêtre juste là au-devant de votre lit...et une autre encore plus immense au-dehors des quartiers royaux, d'où vous pourriez observer la nébuleuse d'Orth à laquelle notre flotte fait face présentement.

Les yeux de Sara s'ouvrirent tout grands. Elle dût mordre avec force sa lèvre inférieure.

«Le faisait-il donc exprès?»

Elle ravala la réplique moqueuse et méchante qui lui venait aux lèvres, se disant que Méroc ne savait pas ce que c'était que d'être une nouvelle mère...d'avoir à affronter les fameux «babyblues»...qu'il ne faisait que maladroitement essayer de lui apporter du réconfort.

Elle ouvrit la bouche pour s'expliquer puis découvrit que c'était inutile et marmonna plutôt un «peu importe!» et un remerciement quelconque en commençant à manger.

C'est ce moment que choisit Mathob pour entrer avec le premier bébé affamé, la petite fille. Sara soupira. Elle les avait oubliés ceux-là...

D'habitude, l'un ou l'autre réclamait le sein dès son réveil ou plutôt lui laissait savoir par leur connexion qu'il ou elle avait faim, quand ce n'était pas les deux en même temps! Et maman devait manger plus tard bien sûr.

Mais c'était curieux...ce matin, elle s'était réveillée d'elle-même sans la pression d'un des petits esprits dans le sien!

Pourtant il avait suffi qu'elle commence à remplir son estomac pour qu'Alex se réveille et avec son petit couinement caractéristique, attire l'attention de Mathob levée depuis longtemps et qui l'avait pris dans son berceau pour l'amener à sa mère.

Sara reposa le pain et le fromage qu'elle avait commencé à consommer.

-Ah mais bien sûr, la princesse a faim! ironisa-t-elle.

Depuis qu'elle avait essayé l'invention ingénieuse d'Olivia, Sara et ses aides avaient découvert que les jumeaux ne voulaient rien d'autre que le sein de leur mère. Les multiples essais de leur donner parfois un biberon de lait tiré quand Sara désirait dormir n'avaient pas fonctionné. Ils repoussaient fermement de la main le biberon ou écartait leur petite tête avec dédain, feulant même si on insistait.

Alors Sara en devenait irritée, et...injuste.

Mathob s'arrêta, le visage soudain scandalisé. La Compagne tardait à laisser la table pour venir s'installer sur le fauteuil et commencer à allaiter le bébé. La vieille Mère ne se laissa cependant pas impressionner par le regard grognon et la réplique sardonique de sa Maîtresse:

-Bien sûr, leurs besoins sont prioritaires Compagne! fit la femme, ses traits fermés et son ton réprobateur.

Elle attendait de toute évidence que la jeune femme daigne se lever et venir remplir son rôle nourricier, ce que Sara fit soudain en soupirant bruyamment. Elle reposa son couteau ainsi que le morceau de pain et le fromage sur la table. Elle se déplaça de sa chaise au fauteuil, ouvrant sa chemise de nuit pour dégager un sein sur lequel elle installa la coupole organique que lui tendait Morya qui venait juste d'arriver.

Mathob installa la petite qui une fois «branchée» à la prothèse organique, se mit à boire avec un petit air d'extase et un soupir de soulagement, avalant bruyamment le lait maternel. Mère croisait ses bras, regardant de haut la jeune femme qui avait toujours cette expression toquée et contrariée sur le visage.

-Tant qu'ils sont aussi petits et auront besoin de lait maternel, vous ne pouvez rien espérer d'autre que d'être totalement à leur service, fit-elle d'un ton docte.

Sara venait de comprendre pourquoi elle n'avait jamais voulu d'enfants. La lune de miel avec ses petits n'était bien sûr pas terminée. Elle aimait sincèrement les jumeaux mais elle était une scientifique, que diable!

Et il y avait encore tant à faire avec la génothérapie! Elle souffrait d'avoir dû céder une grosse part du travail aux mains de Carson Becket et Lindsay Novak dans la cité d'Atlantis, de ne pas pouvoir vraiment faire sa part dans le labo de la ruche avec Todd.

Et parlant de ce wraith...où était-il encore et pourquoi ne revenait-il pas de cette satanée mission? Il lui manquait, bordeldemerde! Ses hormones d'après-grossesse lui en faisaient voir de toutes les couleurs, tournant toutes les activités pourtant essentielles du Commandant d'une si grande alliance en trahison et désintérêt vis-à-vis d'elle et de leurs rejetons!

Rejetons que Todd avait voulu, se disait injustement Sara...et qui devaient être l'avenir de son espèce en danger, et puis...

Ah et puis elle était injuste! se dit-elle finalement alors que le silence sévère et pesant s'étirait après la dernière remarque de Mère.

Sara décida encore une fois d'avaler la remarque fielleuse qu'elle allait faire et tenta de jouer d'apitoiement sur son propre sort:

-Je suis épuisée! geignit-elle...je me sens comme une vache-à-lait! Je n'ai pas dormi ou mangé proprement depuis cinq jours et je m'ennuie de To...du Commandant! Et puis je n'en peux plus des quatre murs de ces quartiers ou bien de la nursery...je donnerais tant pour juste une petite escapade!

Morya la regarda avec sympathie et poussa même un petit gémissement attendri, apitoyée pour sa jeune Maîtresse. Mais Mathob, elle, ne se laissa pas avoir et renifla fortement d'une manière railleuse et méprisante. Fixant la femme impertinente, Sara leva la tête vers elle:

-Je te demande pardon...? dit-elle d'un ton bas et indigné en une parfaite imitation de Richard Woolsey dans ses meilleurs jours, quand il exprimait son outrage.

Mais la vieille Mère ne se montra pas démontée du tout!

En arrière-plan, Méroc se raidit...même la jeune Morya hoqueta, stupéfiée que Mathob n'ait pas peur des représailles possibles de son audace!

-Autrefois dans mon village...commença la femme. J'ai mis au monde six enfants, les ai élevé, tous nourri au sein d'abord et sans jamais me plaindre...et je dois dire que nos conditions de vie étaient loin d'être aussi confortables que celles que vous connaissez dans les appartements de cette ruche, Compagne! Vous êtes choyée...et c'est aussi un grand honneur que d'être la mère de tels enfants exceptionnels et en plus, de la progéniture du plus Grand des Maîtres! Je ne vois vraiment pas pourquoi vos petits malheurs devraient nous attendrir.

Morya ravala un autre hoquet étranglé. Même Méroc cette fois-ci lança un regard d'avertissement - il était après tout le Premier Serviteur responsable du comportement des autres! - vers la vieille servante.

Mais cette dernière attendait toujours, les bras croisés, le regard abaissé vers la Compagne toujours silencieuse, avec même une pointe de dédain dans ses yeux courroucés.

Sara crispa ses mâchoires de colère mais se rendit soudain compte que Mère avait raison!

Et même...si la vieille habitante de Pégase avait pu voir toutes les commodités, tout le confort hyper branché et l'inventivité qui sur terre leur rendait la vie si douce!...elle aurait encore été plus outrée du comportement enfantin de la jeune mère.

Elle lança un regard apaisant vers Méroc et Morya, les rassurant en hochant sa tête. Elle n'allait certainement pas rapporter le comportement de Mère à Todd, simplement parce que la vieille servante, sévère et avisée, avait vu juste dans son jeu et avait tenté de la secouer de son apitoiement sur elle-même!

Okay...

Personne ne la comprenait! Elle était fatiguée, éreintée même...mais elle n'était pas la première à mettre au monde des jumeaux et à devoir ajuster sa vie temporairement en conséquence pour s'occuper à plein temps de ces petits êtres. Et en plus, elle avait l'avantage d'avoir trois, même quatre aides exceptionnelles alors que bien des femmes ne connaissaient pas cette chance!

Elle baissa les yeux sur Alexandra qui tétait plus paresseusement maintenant, caressant du bout du pouce le front tiède du bébé qui poussa un petit grognement de bien-être.

Elle se décida pour une autre approche...

Elle devait reconnaître l'expérience et les conseils poussés un peu rudement par Mathob. Elle décida de se renseigner plus sur son expérience de mère:

-Six enfants? demanda-t-elle en levant la tête vers la vieille femme. Sont-ils...encore vivants?

Puis elle se rappela qu'elle n'avait aucune idée quand Mathob avait été cueillie, d'où elle venait...et si ces enfants étaient encore en vie. Elle savait seulement par Morya que Mère avait reçu des wraith le Cadeau de Vie deux fois et avait probablement dépassé de plusieurs décades son espérance humaine normale de vie, tout comme Méroc!

– Si cela ne te dérange pas de me répondre, bien sûr! termina-t-elle d'un ton prudent, devant le visage allongé et les lèvres pincées de la vieille servante.

Il y eut une pause, puis Mathob répondit d'une voix ferme mais attristée:

-Si mes quatre plus vieux fils sont toujours vivants, ils doivent être au-delà de la soixantaine et vivre encore dans notre village...si les Maîtres ne les ont pas sélectionnés avant bien sûr. Mon plus jeune fils a été cueilli il y a bien des années et je ne l'ai jamais revu...quand à ma fille unique, elle a été cueillie en même temps que moi mais elle est malheureusement morte.

Sara leva les yeux sur le regard durci de la femme. Elle eut le temps de voir une lueur fugitive de regret voiler ses yeux clairs avant que son visage ne redevienne fermé.

-Seigneur Mathob...je suis désolée! dit Sara, se sentant impuissante et piteuse maintenant, incapable de dire quelque chose d'intelligent.

-Cela fait longtemps, Maîtresse...termina Mathob d'un ton à la fois amer et fataliste.

«...comme si cela changeait grand chose au chagrin d'une mère!» pensa Sara avec amertume.

Et Sara était maintenant plus déterminée que jamais à parfaire avec Todd la thérapie génique, pour enfin passer à l'étape des simulations puis aux essais sur sujets vivants.

Il fallait que ces maudites sélections d'humains cessent! Il fallait que les wraith arrêtent de dépendre de la force vitale humaine pour survivre...

Elle repensa au pauvre garçon qu'elle avait sacrifié pour sauver la vie de Todd. Il avait sûrement lui aussi une mère, des frères et soeurs...voire même une petite amie? Les wraith ne se rendaient pas vraiment compte à quel point c'était une tragédie que de terminer ainsi une vie, même s'ils n'avaient pas le choix...

….mais cela allait changer, elle le savait! Elle et Todd y veilleraient, avec l'aide des chercheurs d'Atlantis.

Morya était partie et venait de revenir avec Declan dans les bras. Il gigotait dans ses petits langes pour rejoindre la source de l'odeur délicieuse du lait de sa mère.

-Je peux vous l'installer, Compagne? dit la jeune fille d'un ton hésitant.

Sara se sentit mortifiée d'avoir été déplaisante et geignarde.

-Oui bien sûr, dit-elle d'une voix plus enjouée tout en tendant à Mathob la petite qui venait de terminer de boire.

Morya installa le petit garçon contre l'autre sein de Sara.

Une fois que le bébé eut goulûment commencé à boire, la jeune servante ainsi que Méroc s'éloignèrent pour vaquer à leurs occupations matinales.

Sara leva les yeux pour voir Mère qui caressait doucement la peau du visage maintenant apaisé et endormi de la petite fille.

Elle vit une lueur fugace de tendresse affligée dans les yeux de la vieille femme et se dit qu'elle devait penser à ses enfants...surtout sa seule fille qu'elle avait autrefois ainsi tenu dans ses bras.

Et celle de Sara était bien vivante, tout comme son frère. Sara eut encore une fois honte de son égoïsme.

Mère allait quitter pour aller ramener Alexandra dans son berceau quand Sara la rappela:

-Mathob...?

La vieille adoratrice se retourna et regarda Sara, dans l'expectative:

-Merci...murmura humblement Sara.

C'était un merci pour lui avoir rappelé les deux précieux cadeaux dont elle était responsable...merci pour lui avoir souligné l'essentiel...même merci de l'avoir rabrouée pour qu'elle se recentre sur sa tâche, pour lui rappeler que rien n'avait pour le moment plus d'importance que ces petits êtres qui s'accrochaient à elle, ne demandant qu'à apprendre de la vie!

Mathob inclina simplement la tête sans sourire, son regard s'adoucissant pourtant.

Puis elle sortit avec le bébé et Sara put nourrir tranquillement son fils, faisant taire pour le moment son propre estomac qui récriminait à cause de l'interruption de son déjeuner.

Elle se mit pourtant à rêvasser, songeant à ce qu'elle ferait dans les jours à venir.

Mais elle se morigéna, se disant que rien ne pouvait et ne devait vraiment être planifié, tant que les petits hybrides dictateurs n'auraient pas poussé un peu!

Seule avec le bébé, elle se mit à pouffer de rire.

Rien ne l'empêchait de faire une petite ballade! se dit-elle soudain.

Elle venait de se souvenir que Ravik, sa jeune sentinelle wraith, était en faction dans le corridor à l'extérieur des quartiers royaux et que peut-être...?

Si elle trouvait un petit moment, elle pourrait planifier de le prendre comme escorte et de trouver un moyen de s'évader de ces quartiers pour au moins une heure!

Elle se sourit à elle-même, dédiant ensuite son prochain sourire au bébé dans ses bras, alors qu'elle baissait ses yeux sur le petit visage concentré, sa bouche tétant avec ardeur le sein recouvert de la coupole organique...

(à suivre)