NDA : chose promise, chose due, voici la famille Malfoy au grand complet et en pleine forme. Bonne lecture.


Chapitre 6

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La rentrée des classes


Harry atterrit devant le portail du manoir Malfoy. Il n'était pas revenu depuis sa présentation et l'acceptation de son poste. Mais cette fois, il était seul, Severus ne l'avait pas accompagné. Heureusement, pensa l'ancien Gryffondor, il n'était plus un enfant dont le papa devait tenir la main avant une rentrée des classes. D'autant que là, le professeur, c'était lui.

Il esquissa un léger sourire qui ressemblait étrangement à une grimace en imaginant la tête des deux blonds s'il était venu encore accompagné de Severus. Non, pas la peine. De plus, Harry avait déjà été suffisamment mortifié d'apprendre, la veille au soir, que Severus était venu passer la journée au Manoir. Et qu'il avait remonté par avance les bretelles du petit lord. Son père aussi.

Le jeune homme brun avait clairement tiré le nez quand Severus lui avait expliqué son initiative, le soir au souper. Sirius avait rigolé, Remus grimacé. Harry, lui, avait été déconfit. Mais rien à faire, Severus n'avait pas voulu comprendre son point de vue, à savoir que bien loin de lui avoir préparé la place auprès de Draco, il n'avait fait, selon Harry, que saper son autorité avant même d'avoir commencé son travail.

Le seul point positif était que Lucius Malfoy avait enfin compris, d'après Snape, que Harry était sa seule et dernière chance d'élever son rejeton et surtout d'en faire autre chose qu'un sale gosse capricieux avant son entrée à Poudlard. Logiquement, Harry devait donc avoir son soutien, contrairement aux anciens précepteurs qui avaient dû subir les deux Malfoy. Pas étonnant qu'aucun n'y ait survécu.

Harry prit une grande inspiration avant de se décider à pénétrer enfin dans la tanière des dragons. Il avança, le portail s'ouvrant largement devant lui. Comme deux mois auparavant, il parcourut la longue allée avant d'arriver devant la porte d'entrée du manoir où un elfe de maison l'attendait. Ce n'était pas le même que la dernière fois. Celui-ci avait une bouille ronde, un nez épaté et des oreilles particulièrement larges.

« Bonjour, maître Harry Potter, » fit-il d'une petite voix pointue. « Les maîtres vous attendent dans le salon. »

Harry le suivit après un bref hochement de tête. La veille, toutes ses affaires avaient été transportées au manoir par l'autre elfe et avaient dû être installées dans sa chambre, qu'il découvrirait ce soir. Lucius lui avait laissé le choix : soit il s'installait lui-même la veille de la rentrée de Draco et dormait au manoir, soit il venait le matin mais commencerait de suite les leçons. Harry avait préféré la seconde solution. L'idée de devoir passer les six prochains jours au manoir le déprimait déjà suffisamment comme cela.

Il entra dans un grand salon où l'attendait Lucius, debout près de son fils, une main sur son épaule. Un fin sourire étira les lèvres roses du grand homme blond en voyant venir à lui le jeune Potter.

« Bienvenu, monsieur Potter, » dit-il en tendant sa main libre à son nouvel employé qui la serra.

« Bonjour, lord Malfoy. Bonjour, Draco. Alors, tu es prêt pour cette nouvelle année scolaire ? » tenta gentiment Harry.

Après tout, on ne savait jamais, peut-être que la visite de son tuteur la veille avait changé cette effroyable peste en adorable petit garçon ? Le gamin le toisa de ses yeux bleutés, son joli nez pointu plissé.

« Bonjour... monsieur, » lâcha-t-il entre ses dents avec autant de mépris qu'il était possible de mettre dans un aussi petit corps.

Bon... Apparemment pas...

« Draco, » gronda Lucius. « Oserais-je te rappeler de quoi nous avons discuté hier soir ? »

« Non, papa, » répondit l'enfant en levant des yeux emplis d'innocence vers son père.

« Bien. Dans ce cas, je vais vous laisser travailler. Draco, conduis monsieur Potter dans la salle de classe. Monsieur Potter, je vous confie mon fils. Nous nous retrouverons tout à l'heure pour dîner. »

Le lord sembla hésiter un instant. Il étudia le jeune homme brun, austère dans sa robe noire. Ses cheveux sombres comme la nuit tombaient dans le bas de son cou. Mais ce que retint surtout Lucius fut les perles vertes qui brillaient derrière les lunettes à fines montures d'argent. Les yeux étaient certes magnifiques, mais en cet instant et malgré la détermination qu'il y lisait, il douta. Harry était vraiment jeune. Pourrait-il accomplir sa mission ? Lucius l'espérait, réellement.

« Bon courage, » finit-il par dire, créant un peu de surprise tant chez son fils que chez le précepteur de son fils.

Harry regarda Malfoy senior quitter le salon. Lui avait-il réellement dit « bon courage » ? Oh misère. Bien que dans un sens, cela confirmait les propos de Severus. L'homme avait conscience que Harry était son dernier recours.

Prenant son courage gryffondorien à deux mains, Harry se retourna vers la terreur personnifiée, le cauchemar des professeurs, la peste noire incarnée, Gengis Khan et Attila revenus à la vie, bref, il se tourna vers un petit garçon habillé d'une magnifique culotte courte vert foncé et à la chemise blanche impeccablement repassée : Draco Malfoy, huit ans, toutes ses dents, merci pour lui.

« Bien, nous y allons, Draco ? Je te suis, » proposa Harry avec l'un de ses plus jolis sourires.

Il ne reçut en réponse qu'un vague reniflement. Le diable en culotte courte passa la tête haute devant lui, sans lui adresser le moindre mot ni prendre la peine de vérifier s'il le suivait. Il l'entraîna dans un nouveau dédale de couloirs avant d'arriver à une grande salle. Harry stoppa net alors qu'il la découvrait.

« C'est ... vraiment impressionnant ! » ne put s'empêcher de s'exclamer le jeune homme.

Il adressa de nouveau un grand sourire au gamin qui le regarda comme s'il n'était qu'une misérable crotte. Harry sentit son moral chuter brutalement. Cependant, il persévéra.

« Je suis sincère, Draco. Tu as une très belle salle de classe. Avec un bureau parfaitement étudié pour toi, » dit-il en montrant l'objet en question. « Et un pour moi ! »

C'était vrai, son bureau professoral n'avait rien à envier à ceux de Poudlard ! En bois sombre avec des reflets rouges, il semblait briller tant il avait été lustré. Un immense tableau noir était sur le mur derrière lui et en face du vaste bureau du petit garçon. La salle regorgeait aussi de livres, de feuilles, de crayons divers. De jeux aussi, tous éducatifs. La pièce elle-même était lumineuse, les murs tapissés de grandes affiches avec des animaux, des plantes, une mappemonde et une carte détaillée du Royaume-Uni. C'était l'endroit idéal pour travailler dans de bonnes conditions. Néanmoins, alors qu'il continuait son inspection, Harry constata que l'enfant s'était déjà installé à son pupitre et étalait consciencieusement devant lui ses plumes et parchemins. Il lui jeta un bref coup d'œil qui rendit Harry mal à l'aise. Visiblement le garçon le prenait pour le dernier des crétins à s'extasier de la sorte. En fait, si une personne extérieure les voyait, il aurait pu se demander qui était l'adulte et qui était l'enfant. Harry se ressaisit et tenta de se justifier.

« Oui, je me doute que tu ne dois pas trop comprendre, après tout, tu as toujours connu cette salle de classe. Mais je t'assure que pour moi, qui n'ai pas eu les mêmes conditions de travail à ton âge, c'est... eh bien... très agréable. Nous allons pouvoir faire de grandes choses tous les deux ici ! » se força-t-il à ajouter avec un enthousiasme feint.

Le bambin se contenta de lever les yeux au ciel en poussant un lourd soupir. Harry se retint de faire pareil en se dirigeant à son propre bureau. Sa mallette de professeur était bien là, l'attendant sagement. Il sortit ses propres plumes et parchemins, ainsi que les cours qu'ils avaient préparés avec Severus pendant l'été. En redressant la tête, il vit que l'enfant le regardait, assis bien droit sur sa chaise, les mains sagement croisées sur son pupitre. Étonnant quand on connaissait un tant soit peu l'animal.

« Bon, pour commencer, je pensais te faire faire quelques tests, en anglais et en mathématiques, afin de voir un peu où tu te situes et pouvoir ensuite adapter mes leçons. Je t'ai donc préparés ces exercices, » dit-il en se levant et en se dirigeant vers le garçonnet.

Il posa les parchemins devant le blond qui s'en saisit sans mot dire. Harry fronça ses sourcils. Il allait commencer à lui expliquer ce qu'il devait faire lorsque Draco prit une plume devant lui, la trempa dans l'encrier et commença à écrire, lui coupant ainsi l'herbe sous le pied.

Harry referma sa bouche. Il regarda le petit, très sérieux, qui alignait ses additions.

« Bon... Eh bien... Si tu as besoin d'aide ou si tu ne comprends pas quelque chose, je suis juste là. »

Un regard noir bien que bleuté le cloua sur place. C'était définitif, Draco le prenait pour un crétin fini. Le gamin aurait pu lui hurler à la face qu'il n'aurait pas été plus limpide : bien sûr que tu es là, pauv' débile ! Où veux-tu être puisque tu es mon professeur !

Serrant les dents, Harry regagna son bureau. Bien, puisque le sale morveux avait apparemment décidé d'être un élève studieux, il allait pouvoir continuer à préparer la suite de sa journée, enfin, de la fin de sa semaine plutôt.

Rien. Pas un mot. Le silence. Le néant total.

Ce putinaise de sale merdeux insupportable ne lui avait pas décroché un seul mot pendant cette putain de matinée de merde ! Et encore, là, il était poli. Harry bouillait intérieurement, ne sachant comment se dépatouiller de cette situation. Le gosse n'avait pas ouvert la bouche, à part pour pousser un de ses soupirs exaspérés. Le reste du temps, il se contentait d'écrire sur ses parchemins et ne prenait pas la peine de répondre aux questions que lui posait Harry. Non, il se contentait d'écrire.

Harry, lui, se retenait de ne pas lui enfoncer cette saloperie de plume en travers de la gorge. Mais non, ce n'était pas comme cela que devait se comporter un homme civilisé avec un enfant de huit ans. Et s'il lui plantait simplement dans la main, est-ce que cela serait acceptable ? Alors que le brun réfléchissait à cette solution, le premier elfe, Hyde si ses souvenirs étaient bons, vint leur annoncer que le repas était prêt. Draco sauta en bas de sa chaise et partit en courant, abandonnant à son triste sort son professeur.

« Euh... Où se déroule le dîner ? » demanda ce dernier à l'elfe.

La petite créature le regarda avec une lueur que Harry décida de qualifier de mauvaise avant de répondre de sa voix basse et rocailleuse.

« Comme tous les repas, maître, dans la salle à manger. »

Sans attendre que Harry ne puisse se défouler sainement les nerfs et lui balancer que merci, il n'était pas encore complètement demeuré mais qu'il voulait juste savoir était cette bon dieu de salle à manger dans cette foutue baraque, l'elfe disparut dans un crac sonore.

« ARGH ! » cria Harry.

Il se frappa la tête contre son magnifique meuble en acajou pendant quelques secondes avant de décider que non, ces sinistres individus ne méritaient pas qu'il se paye une bosse en plus de sa migraine.

Ce ne fut que vingt minutes plus tard, et encore, parce que le second elfe, Jekyll, l'avait retrouvé errant dans les couloirs que Harry put enfin s'asseoir à table, devant le regard cette fois clairement amusé du gamin.

« Eh bien, monsieur Potter, vous avez oublié où se trouvait la salle à manger ? » demanda bien trop poliment au goût du brun son employeur.

« Non, monsieur, il s'avère simplement que je ne l'ai jamais su, » répondit plus que froidement Harry.

Sans attendre de réponse, il se tourna vers Draco et lui lança tout aussi durement.

« Draco Malfoy ! »

Le gamin sursauta, surpris.

« La prochaine fois que tu quittes ma salle de classe sans que je te l'autorise, tu auras une punition, suis-je clair ? D'autre part, avant que tu ne penses une seule seconde à te servir de cette tranche pain, j'attends que tu me dises si tu as pensé à te laver les mains avant de venir à table ! »

Un long silence lui répondit. Draco le regardait, furieux, ainsi que Lucius, piqué au vif.

« Draco, » intervint le père de famille.

« Non, je ne me suis pas lavé les mains, » grommela le plus jeune.

« Mais, mais, mais, qu'entends-je ?! » s'exclama Harry avec exagération. « Mais tu sais donc parler ! IN. CROY .ABLE ! »

Le regard gris bleu lui lança des éclairs.

« Pardon ? » fit Lucius qui le regardait, pour le moins étonné.

« Oh ? Draco ne vous a rien dit ? Aurait-il aussi été atteint de subite incapacité à parler avec vous ? À moins, bien sûr, qu'il ne le fasse qu'à certaines occasions ou qu'avec certaines personnes ? » gronda Harry.

Toute la colère qu'il avait accumulée depuis le matin ne demandait qu'à exploser.

Le regard de Lucius, clairement gris contrairement à celui de son fils, se durcit.

« Draco, » dit-il de nouveau, la voix sévère. « Qu'est-ce que cela signifie ? »

« Que mon professeur n'est qu'une lavette qui est incapable de faire quoi que ce soit sans que son papa ne lui tienne la main ou sans qu'il ne vienne pleurnicher dans les robes de mon papa ? » proposa l'enfant de sa voix claire.

Harry se tendit devant l'insulte. Cependant, le garçonnet avait eu le don d'appuyer là où cela faisait mal. Il était indéniablement doué.

« Non, jeune homme, cela n'est pas le cas. Néanmoins, ton père et moi avions convenu que je le tiendrais informé de tout ce qui te concernerait. Ton comportement méprisant de ce matin le méritait amplement. Mais rassure-toi, en ce qui concerne ta punition, je te la donnerai tout seul, comme un grand, sans tenir la main de Severus ni celle de ton père. Satisfait ? » se moqua le brun.

Le petit garçon pinça ses lèvres, la fureur déformant ses jolis traits.

« Mais, je n'ai rien fait ! » s'écria-t-il, rouge de colère. « J'ai été sage et j'ai fait tous mes exercices ! Papa, c'est la vérité ! »

« Oui, tu as parfaitement bien travaillé, Draco. Ce n'est pas de ça dont il est question mais de ton comportement général. Tu n'as pas répondu à une seule de mes questions, tu n'as pas daigné me parler de la matinée, » expliqua Harry, plus pour Lucius que pour l'enfant.

« Et alors ? Pourquoi est-ce que je te parlerais ? J'ai pas à te faire la conversation ! » argua le gamin.

« Draco ! Nous avions passé un accord ! Tu devais être poli et travailleur, » intervint Lucius.

« Non, tu m'as fait promettre à Severus que je ne devrais pas dire de bêtise et j'ai promis que je ne lui dirais pas un mot. C'est exactement ce que j'ai fait ! » rétorqua alors le blondinet en croisant ses bras sur sa poitrine et en redressant la tête.

Il suintait littéralement l'auto-satisfaction. Après un dernier regard pour son professeur, il continua, très fier de lui.

« Donc, je ne peux pas être puni alors que je n'ai fait que respecter ma parole. »

Harry entendit très clairement le « Et toc ! » pourtant muet que lui hurla mentalement le mouflet. Il s'obligea à prendre une grande inspiration avant de se lever et de se poser devant le gamin.

« Je ne crois pas, jeune homme. En ce qui me concerne, je n'ai passé aucun accord de quelque nature que ce soit avec toi. Par contre, j'exige de toi, non seulement que tu fasses correctement tes devoirs, exercices et que tu apprennes tes leçons, mais aussi que tu me parles avec respect et que tu répondes aux questions que je te pose. Donc, monsieur, tu vas lever tes jolies petites fesses pour aller te laver les mains, tout en me guidant à la salle de bains puisque je voudrais faire de même. Ensuite, pendant que ton père et moi allons discuter de tes résultats de ce matin, tu mangeras en silence. Cela devrait te convenir, n'est-ce pas ? Après le repas, tu iras de nouveau faire un brin de toilette et tu pourras retourner en classe. Là, tu me copieras vingt fois ''je ne dois pas manquer de respect à mon professeur''. Exécution ! » scanda Harry.

Le garnement le dévisagea, ébahi. Il se tourna vers son père dans l'attente visible que ce dernier dise quelque chose pour le défendre. Mais ce dernier se contenta de plier sa serviette sur la table.

Après un coup de pied rageur contre le plancher, Draco se décida à obéir.

Une fois le repas terminé, Harry retourna dans la salle de classe. Il se lava les mains au petit évier qui se trouvait au fond de la pièce tout en réfléchissant. Bon, il avait quand même réussi à asseoir son autorité. Néanmoins, la vraie victoire de la journée, enfin, moitié de journée, résidait vis à vis de Lucius. Qu'avait bien pu dire Severus pour que le lord semble aussi... calme ? Non, ce n'était pas le bon terme : pour que Lucius semble lui faire à ce point confiance ?

Le lord était certes toujours aussi hautain. Il était aussi incroyablement élégant dans ses robes de hautes factures. Mais, alors qu'il lui racontait la journée de son enfant, Harry s'était senti légèrement troublé. Les yeux clairs de Lucius étaient différents de la première fois qu'il l'avait rencontré. L'homme était effectivement plus serein. Il l'écoutait et le dévisageait sans lui avoir donné l'impression de vouloir lui tendre de piège ou le contrer à chacune de ses phrases.

Harry se redressa. Et si c'était ça, justement, le piège ? Lui donner le sentiment qu'il ne le jugerait pas et lui laissait carte blanche avec Draco pour mieux lui rentrer dedans ensuite ? Ce serait bien digne d'un Serpentard lui souffla une petite voix dans sa tête qui ressemblait étrangement à celle de Sirius. Harry secoua la main, comme pour la chasser. Non, c'était ridicule.

Il fut interrompu dans ses réflexions par l'arrivée de Draco dans la pièce.

« Alors Draco, tu es de meilleure humeur ? »

« De meilleure humeur, » concéda le gamin.

« Parfait. Commence donc ta punition, d'accord ? »

« D'accord, » fit l'enfant avec un petit sourire.

Harry ne le lui rendit pas. Non pas qu'il ne le veuille pas, mais ce dernier était bizarrement resté coincé. Draco avait un air bien trop malicieux. Merlin, pensa Harry, qu'est-ce qu'il m'a inventé cette fois ?

La punition se fit dans le silence. Puis, Harry s'avança vers le garçonnet studieux qui venait de reposer sa plume.

« Tu as fini ? »

« Fini. »

Il regarda, attentif. Parfait, le petit n'avait fait aucune faute ou rature.

« C'est très bien, Draco. Bon, maintenant, je pense que nous allons étudier un peu la conjugaison. Et ensuite tu auras ta récréation. »

Le garçon ne répondit pas, mais sortit un livre de conjugaison et grammaire anglaise. Harry commença la leçon, bien que de nouveau l'enfant ne parlait pas, se contentant d'écouter.

« Tu as compris ? » demanda Harry alors qu'il finissait une explication.

« Compris. »

Le brun fronça ses sourcils. Bon, au moins il parlait un peu même si... Attendez... Le doute envahit le jeune professeur. Il tenta de se souvenir des derniers mots de l'enfant, le tout combiné à l'éclat moqueur de ses prunelles. Et la lumière fut. Oh la purée de sale gosse ! Voulant à tout prix lever son affreux doute, Harry se lança.

« Tu as fini ? »

« Fini. »

Harry serra la mâchoire. Bon, trouver autre chose. D'autant que le gamin avait l'air d'avoir lui aussi compris que son professeur était sorti de sa naïve confiance en lui.

« Qu'aimerais-tu faire maintenant, Draco ? » demanda donc Harry, une boule de nerf dans l'estomac.

« Qu'aimerais-tu faire maintenant, Draco ? » répéta le garçonnet, se moquant cette fois ouvertement de son maître.

... ... ...

Harry se laissa tomber avec lassitude sur son lit. La journée avait été désastreuse au final. Il n'avait rien pu tirer du gamin une fois son petit manège découvert. Harry n'avait pas voulu faire intervenir Lucius, même s'il lui ait expliqué la dernière invention de son fils au souper. Il ne voulait pas plus en parler à Severus, bien qu'il en crevât d'envie. Il soupira, un bras sur ses yeux. Demain soir, il enverrait Hedwige apporter ses plaintes à Sirius.

Une fois cette bonne résolution prise, il se releva de son lit et entreprit de se déshabiller rapidement. Il avait envie d'une douche, d'une vraie cette fois ! Car oui, il en avait déjà pris une en compagnie de l'abominable gamin blond.

Cette espèce de peste n'avait pas voulu aller prendre sa douche après souper. Harry avait dû recourir à la magie pour le faire tenir sous le jet d'eau chaude. Le gosse avait hurlé, de façon pire qu'une banshee. Il avait gesticulé comme un fou, aspergeant les murs, transformant le sol en piscine et Harry en soupe. Ensuite, il avait fallu le sortir, le sécher et lui brosser les dents, ce petit merdouillon refusant obstinément de le faire. Harry avait encore les traces de la mâchoire enfantine sur sa main droite. Le gamin se débattait tellement qu'il avait dû le prendre sous le bras avant de le mettre sur son lit pour tenter tant bien que mal de lui enfiler son pyjama. Jamais il n'aurait pensé qu'une aussi petite chose puisse émettre des sons aussi puissants et stridents ni posséder autant de force.

Puis Lucius était venu, transformant par sa seule présence la terreur hurlante en petit ange gazouillant. Harry avait regardé le grand lord s'asseoir sur le lit, un livre à la main. Draco, redevenu calme, avait grimpé sur ses genoux, tandis qu'une petite main s'était glissée dans les cheveux longs et lisses pour jouer avec. Le jeune homme n'avait pas pu partir. Pas tout de suite. Il avait écouté la moitié de l'histoire lui aussi, debout devant le père et le fils, un étrange sentiment au creux du ventre. Il avait fini par sortir de sa léthargie, s'était avancé et avant même d'avoir pu comprendre ce qu'il faisait, s'était penché pour embrasser le front frais du garçonnet, créant la stupéfaction chez tout le monde, lui y compris. Il avait souhaité une bonne nuit à l'enfant et à Lucius puis avait pris la poudre d'escampette en direction de ses propres quartiers.

Merlin, quelle journée. Cependant, alors que l'eau coulait sur ses épaules, le relaxant enfin, le souvenir de la voix chaude de Lucius lui renvoya cet étrange sentiment au creux de l'estomac. Certes, Draco était égal à ce qu'il avait imaginé, mais le lord était... eh bien, était une agréable surprise.

Ils pourraient sans doute finir par s'entendre, songea Harry en se séchant. Il avait apprécié le fait que l'homme le soutienne face à son fils. Fils qui était, à l'évidence, tout pour lui. Harry ouvrit les draps de son lit et se glissa avec bonheur entre eux.

... ... ...

« IL M'ÉNERVE ! IL M'ÉNERVE ! IL MÉNERVVEEEEEEEUUUHHHHH ! » hurla Harry.

« Calme-toi, Prongs, ça y est, c'est fini, tu es en repos, » fit Sirius, inquiet, tout en le poussant sur le canapé du salon.

« Je vais l'étrangler, je t'assure Siri', ou alors, je ne sais pas, est-ce que je pourrais le noyer ? Juste un tout petit peu ? »

« Non, c'est fortement déconseillé. Tiens, prends plutôt cette bièraubeurre, » proposa l'Auror.

« Tu n'aurais pas un pur-feu plutôt ? Un double ? »

« Hors de question, je n'ai pas du tout envie que tu te remettes à chouiner dans mes robes comme lors de ton anniversaire, ou que je doive te tenir le front parce que tu vomis de partout » susurra mielleusement Severus assis à côté de lui.

« Toi ! Oh toi ! Tout est de ta faute ! Pourquoi tu m'as jeté là-dedans, hein ? C'est une vengeance pour me montrer à quel point tu as souffert avec moi au début ? Jamais je n'ai fait ce qu'il fait ! Jamais ! Et je n'ai pas vomi pour mon anniversaire non plus ! »

« Ce n'est pas ce que j'ai dit, » répondit avec un sourire parfaitement hypocrite le potionniste.

« Qu'est-ce qu'il a fait de si terrible, Bambi ? » demanda Remus.

« Remus, promets-moi que jamais Teddy ne deviendra comme lui ! »

« Euh... »

« PROMETS-LE ! »

« Okay, okay, je te le promets, respire maintenant, Harry. Tu es en repos, chez Siri', relax, respire très fort par le nez, allez, ça ira. »

Le jeune homme repoussa sa tête en arrière contre le dossier du canapé tout en fermant les yeux. Il réfléchissait sur ce qu'il devait dire ou non aux trois hommes présents à ses côtés. Certes, il venait de, légèrement, relâcher un peu de pression (péter un câble aurait dit Hermione) mais il en avait vraiment besoin. D'un autre côté, il ne voulait pas non plus donner l'impression de n'être qu'un bébé chouineur comme lui avait fait si aimablement remarquer son père, incapable de gérer un enfant de huit ans. Enfin, si ce démon à perruque blonde pouvait encore porter le nom innocent d'enfant. Il poussa un lourd soupir, admettant sa demi-défaite.

« Je ne vais pas revenir sur ma première désastreuse journée. Ni rentrer dans les détails de cette désastreuse semaine. Mais il est diabolique. Je ne pense pas que Molly ait autant souffert avec les jumeaux. »

« À ce point ? » s'étonna Remus.

« Tu ne peux même pas imaginer, Rem' » répondit Harry en ouvrant les yeux sur le loup-garou. « Il a réussi à intervertir toutes les couvertures de tous les livres de la classe. Tous ! J'ai mis une journée entière à réparer les dégâts. Il a inondé la salle de bains. Trois fois ! Regarde, ce sale gosse m'a mordu, à chaque fois que j'essayais de lui faire se brosser les dents ! Il a eu l'idée lumineuse de jouer à cache-cache... »

« Tous les enfants font ça, Harry, » le coupa Sirius.

« Oh, et je suppose que tous les enfants restent cachés pendant quatre heures ? Quatre putains d'heures ? J'ai cru que Lucius allait m'étriper quand j'ai enfin réussi à le dénicher dans ce bon dieu de Manoir ! » grinça Harry.

« Et comment cela se passe avec le grand prétentieux décoloré ? » demanda son parrain, s'attirant un reniflement méprisant de Snape.

« Eh bien, mis à part le fait que j'ai l'impression d'être une sous-merde de cafard quand il constate que je n'arrive pas à gérer son abominable rejeton, ça va... » admit Harry. Il fit une légère grimace devant le sourire narquois de Severus. « Oui, je sais, enfin je me doute que tu as dû lui faire aussi la leçon, c'est tellement évident qu'il meurt d'envie de m'étrangler. Surtout quand son cher petit ange se plaint que son précepteur n'est qu'un incompétent. Petit ange, mes couilles, oui ! »

« Harry ! » s'offusqua le maître des Potions.

« Oui, pardon. Mais c'est... C'est frustrant, bon sang ! » explosa Harry en frappant l'accoudoir de son poing. « Ce gamin est insupportable, pourtant, quand il travaille, ou quand il est avec son père... J'ai l'impression qu'il pourrait être... si différent. Je... parfois je me sens... » le brun leva ses yeux vers son tuteur qui lui sourit aimablement.

« Démuni ? » proposa le professeur.

« Oui, » soupira Harry. « J'aimerais vraiment qu'il arrête de me considérer comme son ennemi. »

Sirius tapota l'épaule de son filleul, lui offrant son réconfort.

« Allez, Harry, ne perds pas espoir. Ce n'est qu'un enfant. Ce qu'il fait est certes usant pour tes nerfs, mais ce n'est pas non plus la fin du monde. Ni si méchant que cela, au final. Tu vas y arriver, j'en suis sûr. »

« Je ne sais pas, Siri'. Parfois, il y a vraiment du mépris dans son regard. Ou je ne sais quoi d'autre. Je crois qu'il ne me respecte pas. Je ne suis qu'un sang-mêlé après tout, » conclut tristement le garçon.

Son expression autant que le son de sa voix choquèrent les trois autres.

« C'est ridicule ! » s'exclama Remus.

« Ça, c'est du Malfoy tout craché ! Quel crétin, ce sale Mangemort ! » s'écria Sirius.

« Lucius n'est pas un Mangemort ! » rugit Severus.

Comme à chaque fois qu'il s'agissait de cela, Harry s'étonna. Il n'y avait que peu de chose qui énervait à ce point son tuteur. Cependant, il était indéniable que le simple fait de dire que Lucius soit un Mangemort le faisait sortir de ses gonds.

« Et pour rappel, pauvre clébard sans cervelle, c'est un sang-mêlé qui est le parrain de Draco ! » scanda-t-il durement.

La main de Harry qui se posa prestement sur le genou de Sirius le retint de répondre vertement. Il se contenta de jeter son regard le plus noir à son vieil ennemi, ne souhaitant pas que Harry soit témoin d'une nouvelle dispute entre eux. Ils avaient fait une promesse et il était hors de question qu'il soit celui qui la romprait.

Severus se tourna vers Harry et poursuivit.

« Harry, tu n'es pas qu'un sang-mêlé. Je ne veux pas que tu parles de toi de cette façon. Draco a très certainement une très haute opinion de son rang et de son sang, considère que tu as donc la chance de pouvoir lui démontrer que ce n'est pas parce qu'il se pense supérieur en raison de son titre que tu vaux moins que lui. »

« Severus, c'est un enfant. Tu me demandes une chose que l'on attend d'un adulte. »

« Non, tu peux aussi le faire avec lui. Et puis, je suis convaincu que Lucius apprécierait aussi que tu sortes un peu tes griffes. Pourquoi est-ce que j'ai le sentiment que cette histoire de sang te touche plus qu'elle ne le devrait ? Tu sais pourtant que ça ne signifie rien. N'est-ce pas ? »

« Oui, bien sûr, » marmonna le brun. « Je ne sais pas... C'est ridicule, j'en ai conscience. Mais... Tu sais, je suis très fier de l'éducation que tu m'as donnée, là n'est pas la question. Pourtant, j'ai parfois l'impression d'être vraiment nul et minable quand Lucius me regarde. Je suis stupide, cela ne devrait pas me toucher. C'est pas comme si ce connard de Rosier ne m'avait pas habitué à ce style de traitement. »

Severus s'assit sur l'accoudoir, à côté de son pupille.

« Langage, Harry. Je pense que tu confonds un peu tout. Cette histoire de sang et le le fait que tu penses être en échec avec Draco. Je peux t'assurer que Lucius ne voit pas d'un si mauvais œil tes origines. Ce n'est pas seulement un sang-pur, c'est aussi un aristocrate. Il y a là deux choses différentes. C'est vrai, tu n'es pas du même rang que lui, tout comme les Weasley, les Nott ou les Zabini. Qui sont pourtant des sang-purs. Tu comprends ? »

« Je crois, oui... »

« Et pour ce qui est du fait de te sentir minable, il faut vraiment que tu te sortes cette idée de la tête. Je sais que Lucius est plutôt satisfait de toi. Il ne s'attendait pas à un miracle avec Draco. Personne d'ailleurs. »

Un grand éclat de rire qui ressemblait furieusement à un aboiement fit tourner la tête des deux hommes aux cheveux noirs vers le troisième, dont les yeux gris se moquaient.

« Oh Merlin ! Cela me stupéfie toujours autant quand je te vois en train de jouer les mères poules, Snape ! » rigola Sirius.

« Je ne suis pas une mère poule ! » tonna Severus, le fusillant du regard.

... ... ...

Harry se retourna une nouvelle fois entre ses draps, incapable de trouver le sommeil. Il avait passé une agréable soirée, la veille, en compagnie de Remus, Severus et Sirius.

Sa journée lui avait aussi plus qu'agréablement changé les idées. Le Terrier était toujours un endroit où il aimait se ressourcer et faire le plein de chaleur, en compagnie de Ron, Hermione et des autres Weasley. Molly était d'autant plus ravie que Charlie leur avait annoncé par courrier qu'il comptait se marier l'été prochain. Harry ne savait rien de sa fiancée, tout comme les autres membres de la famille, à part son prénom que le dragonnier avait mentionné : Mitica.

Le nez dans son oreiller, le jeune homme sourit. Il avait passé une excellente journée, à plaisanter, rire avec ses amis, retrouvant des moments d'insouciance et de gaîté.

Il n'avait eu aucune envie de revenir au Manoir. En fait, il aurait même préféré ne rentrer que le lundi matin, comme il avait fait pour son premier jour de travail. Cependant, Severus n'avait pas semblé approuver cette décision le samedi soir quand Harry lui en avait parlé. Il lui avait fait promettre, bien que du bout des lèvres, d'être là le dimanche soir. Alors c'était ce que Harry avait fait, à vingt-deux heures. Il avait compris la raison de l'instance de son père d'adoption quand il avait franchi le seuil de la demeure Malfoy.

Ce maudit elfe, Hyde, qui était aussi aimable que Kreattur quand ce dernier était dans ses mauvais jours, l'avait informé avec toute la mauvaise grâce qu'il pouvait, que son maître et leur invité l'attendaient dans le petit salon personnel de Lucius. Harry avait grommelé dans sa barbe, tout en suivant l'elfe en traînant des pieds. Petit salon personnel, une nouvelle pièce de plus que le Gryffondor ne connaissait pas encore.

C'était effectivement un tout petit salon avec une cheminée, éteinte pour le moment. Les couleurs étaient claires, comme dans toutes les pièces du manoir, avec pour seuls meubles un canapé, deux fauteuils dans des tons de bleus, et, assez étrangement de l'avis de Harry, de violet. Une table basse était judicieusement placée entre les sofas à l'allure confortable. Sur les murs, deux grandes natures mortes en couleur et une plus petite au fusain finissaient de donner une touche chaleureuse à la pièce.

Harry avait découvert Severus installé dans un canapé, un verre de brandy à la main, ainsi que Lucius dans le deuxième qui le dévisageait ouvertement.

« Severus, monsieur Malfoy, » avait salué poliment le jeune homme en se dirigeant vers son tuteur.

Ce dernier s'était levé afin de le prendre dans les bras et de lui déposer un baiser léger sur l'une de ses joues.

« Comment vas-tu, fils ? » avait demandé le potionniste, faisant directement lever un sourcil au Gryffondor.

C'était bien rare que Severus se permette ce genre de familiarité, bien qu'à chaque fois, Harry s'en délectait.

Le maître des lieux avait ensuite montré d'un geste élégant de la main le canapé à Harry afin qu'il s'y installe. Un troisième verre de brandy s'était aussitôt matérialisé sur la table basse devant Harry.

Ils avaient encore discuté aimablement pendant une heure, avant que chacun se retire soit dans ses quartiers, soit à Poudlard pour Severus.

Harry sortit le nez de son coussin, toujours aussi perplexe. Le fait que Severus soit présent dans sa nouvelle vie lui réchauffait le cœur, comme à chaque fois que le sinistre professeur faisait quelque chose pour lui.

Néanmoins, Harry s'interrogeait sur un point. À savoir, pourquoi Lucius n'était pas avec lui le monstrueux lord hautain, dédaigneux et impitoyable que tout le monde lui peignait, en dehors de Snape ? Était-ce dû au fait qu'il avait réussi à s'occuper, plus ou moins bien, de Draco ou plutôt au fait que le blond rongeait son frein en raison de ses liens avec le parrain de son fils ?

Se mettant cette fois sur le dos, Harry se perdit dans la contemplation, certes nocturne, de son plafond. Pourtant, à bien y réfléchir, toute cette semaine, Lucius n'avait pas été si différent de ce que Sirius, les Weasley et toutes ses connaissances lui avait dit. Il était snob, prétentieux et hautain.

Mais... pas toujours.

Pas quand il passait sa main dans les cheveux doux de son fils, pas quand il lui lisait son histoire du soir.

En toute honnêteté, même avec lui, il n'était pas aussi imbuvable que cela. Le Gryffondor pensait de plus en plus que cette façon d'être était plus une façade qu'autre chose. Et puis ce soir... Ce soir, Lucius lui avait semblé encore plus différent. Détendu. Ses yeux, d'un gris clair, s'étaient posés sur lui sans qu'il ne décèle une seule trace de mépris ou de condescendance. Ils étaient... amicaux.

Et alors que Harry fermait les siens, il se surprit à penser qu'il aimait beaucoup les yeux de son patron quand ce dernier le regardait de cette façon.

... ... ...

À suivre

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NDA : Cette semaine est très particulière pour moi, en effet, c'est l'anniversaire d'une personne chère à mon cœur, j'ai nommé, Charlie Weasley... non, je plaisante (quoi que...) c'est surtout l'anniversaire d'une bichette, à savoir Nanola ! Donc joyeux anniversaire, bien qu'en avance, et qui sait, peut-être que l'envie me prendra de lui faire cadeau d'un chapitre ce jour là, si elle est sage. Réponse dans la semaine. ;)