Ils passèrent les trois jours suivants dans un état de tension terrible, même s'ils prenaient chacun grand soin de le dissimuler. Quand ils se croisaient, les remarques acerbes fusaient, et ils se regardaient à peine. Mais ils s'observaient à la dérobée, se tournant autour comme deux adversaires attendant que l'un lance la première attaque.

Végéta s'était fait une raison : elle serait à lui. D'une façon ou d'une autre, elle serait à lui. Mais de là à devoir s'abaisser pour l'obtenir, c'était hors de question. Il avait perdu une grande partie de sa concentration, mais son énergie, elle, semblait augmenter, ce qui le ravissait : peut-être avait-il enfin trouvé la clé de la puissance de Carot ! A chaque fois que Bulma passait près de lui, il se sentait déchiré entre l'envie de lui hurler dessus et celle de se jeter sur elle. Alors il attendait, guettant sa proie, espérant et redoutant à la fois le moment où tout basculerait entre eux.

Bulma, de son côté, avait peur. Pas peur de Végéta, non. Elle était parfaitement consciente de l'emprise qu'elle avait sur lui, et ce dès le début. Elle savait, sans bien se l'expliquer, qu'elle seule pouvait tenir au Prince des propos qui auraient condamné tout autre à une mort immédiate et très douloureuse.

Elle avait peur de ce qu'elle sentait naître entre eux, de cette passion dévastatrice, de ce lien déjà presque physique. Elle lui avait toujours trouvé du charme, de la prestance, du charisme. Mais c'était un meurtrier, un prédateur. Un guerrier qui ne connaissait pas la pitié, voire qui prenait plaisir à achever ses victimes.

Non. Il avait changé. Il était mort, Freezer avait été vaincu, Végéta était en exil sur une planète inconnue. Et, Bulma devait bien le reconnaître, il avait fait des efforts immenses pour s'adapter. Il était froid, distant, méprisant, mais facile à vivre. Du moment que rien ne perturbait son entraînement, il semblait conscient, quelque part, des efforts que les Brief faisaient pour lui.

Et puis, elle devait bien se l'avouer, la part d'ombre en lui l'attirait énormément. Elle avait mûri, sur Namek notamment. Elle s'était jetée à corps perdu dans cette quête aux côtés de tous ces guerriers. Pour Yamsha d'abord, et pour leurs amis morts, comme elle se l'était répété. Mais pas seulement. Tout cela l'attirait : le danger, la puissance, l'inconnu.

Et Végéta était le symbole même de tout cela.

Elle soupira, se laissant aller sur le dossier de son fauteuil. Elle hésita à refermer la fenêtre de son labo, mais préféra remonter la fermeture Eclair de son petit gilet ; il était tôt et l'air était encore frais.

La voix si aimable de Végéta retentit derrière elle :

- Il faut que tu viennes, je n'arrive pas à mettre la gravité en route.

Elle faillit laisser échapper sa tasse de café et quelques gouttes de breuvage tombèrent sur les feuilles de calcul. Elles se saisit d'un mouchoir et épongea à toute allure :

- Regarde ce que tu m'as fait faire ! On n'a pas idée de faire sursauter les gens comme ça !

- Je n'y suis pour rien si ton ouie est défaillante. C'est sûrement du à ton âge.

Elle se tourna vers lui, furieuse. Il était juste derrière elle, les bras croisés, avec son sourire arrogant. Bulma sentit son estomac se serrer à cette vision, mais répondit cependant :

- Je suis plus jeune que toi je te signale. Même si les sayians gardent manifestement tous le niveau intellectuel d'un sale gosse de cinq ans.

- Parle pour ton cher Goku, le crétin c'est lui, et heureusement il n'est pas représentatif de notre race.

- Ta race ? Tu crois vraiment qu'on peut encore parler de race, quand vous n'êtes plus que deux ?

Bulma avait à son tour souri en disant cela. Végéta lui jeta un regard encore plus noir que d'habitude, sembla vouloir répondre… et se détourna. Il répéta :

- Je t'ai dit de venir, je ne peux pas m'entraîner.

Sur ces mots, il quitta la pièce. La jeune femme soupira, se leva, et le suivit vers la salle de gravité. Il l'attendait déjà, appuyé contre la paroi métallique à l'intérieur de la pièce. Bulma gagna la console sans jeter un regard au sayian et se mit à au travail.

Végéta, immobile, la regardait s'affairer. Elle était penchée sur la console, son short en jean allongeant encore ses jambes interminables. Il laissa son regard glisser sur la peau pâle de la jeune femme, jusqu'aux chevilles délicates.

Il entendit à peine sa voix :

- Tu es un crétin, c'est de ta faute si ça ne fonctionne pas : tu ne l'as pas éteinte hier soir.

Végéta sortit de sa torpeur, et leva la tête vers Bulma… qui le regardait en souriant. Elle ajouta :

- Mais peut-être avais-tu l'esprit ailleurs.

Le prince fulminait, furieux de s'être laisser prendre à l'admirer. Il grogna :

- Et alors ? Répare-la, c'est tout.

- J'en ai pour deux minutes. Mon père avait prévu qu'au cas où elle resterait trop longtemps allumée, elle se mettrait tout seule en veille, sur un circuit de secours, et il suffit…

- Je me moque de tes explications. Dépêche-toi.

Bulma soupira et pianota quelques instants sur la console.

Végéta ne pouvait plus la quitter des yeux, hypnotisé par ses mains fines, par son profil décidé, par les mouvements de son corps. Sans faire le moindre bruit, il s'approcha doucement.

La jeune femme se redressa, victorieuse :

- Et voilà, tout va fonctionner parfaitement.

Elle le sentit immédiatement dans son dos, juste derrière elle. Elle pouvait percevoir son souffle brûlant dans son cou. Elle resta immobile, pétrifiée par l'intensité de sa présence. Il murmura à son oreille :

- Je préfère vérifier.

Passant sa main près de Bulma, la frôlant à peine, il enclencha la gravité d'un geste rapide et la monta à 75G. La jeune femme écarquilla les yeux :

- Mais, que fais-tu, je suis encore là !!!

Il se recula en souriant. Bulma tenta de s'accrocher à la console, d'atteindre le bouton, mais elle se retrouva à genoux au sol, entraînée malgré elle par un poids immense qui semblait lui être tombé dessus en une fraction de seconde. Elle gémit :

- Végéta, je n'arrive plus à me lever, arrête, je…

- Je sais.

Debout, absolument pas affecté par une gravité pour lui à présent ridicule, il la regarda en souriant tenter de se maintenir à genoux, mains au sol, avant de glisser sur la surface froide. Elle essaya une dernière fois, haletante, de tendre la main vers le bouton d'arrêt, mais n'y parvint pas, arrivant juste à se retrouver sur le dos, allongée au sol.

Au-dessus d'elle, le Prince, toujours debout, bras croisés, l'observait en souriant, amusé. Elle grinça :

- Tu n'es pas drôle, je n'arrive plus à bouger !

- Je sais.

Son sourire victorieux s'étira encore et, lentement, il s'accroupit juste à côté d'elle, posant une main près de la tête de la jeune femme. Approchant son visage de celui de Bulma, il ajouta :

- J'aurais tellement voulu que tu ne puisses plus parler, aussi.

L'étincelle qu'elle vit briller dans les yeux noirs du Prince la fit frissonner. Elle articula avec difficulté :

- Végéta… Tu ne vas pas…. Tu ne vas quand même pas…

- Quand même pas quoi ? demanda-t-il, amusé.

Bulma ne tentait même plus de bouger. Elle était totalement électrisée par le regard de Végéta, par ses yeux qui glissaient sur le corps de la jeune femme avec la satisfation du prédateur qui tient sa proie entre ses griffes.

- Tu n'en as pas envie, Bulma ?

Elle ouvrit la bouche pour répondre… mais aucun son ne sortit. Il plongea à nouveau dans les pupilles bleues de la jeune femme :

- Il suffit que tu me dises que tu n'en as pas envie. J'ai bien autre chose à faire, moi.

Il jouait avec elle. Elle se sentait totalement à sa merci, et détestait cela. Oui, elle détestait cela. Enfin… Si… Elle devait sûrement détester cela, non ? Elle ne pouvait s'empêcher de laisser à son tour glisser son regard sur le corps du sayian, sur sa musculature parfaite, sur son torse puissant, ses épaules larges. Détailler son visage aux traits fins et durs, ses yeux plus sombres que jamais, son sourire insupportablement séduisant.

- J'attends, Bulma, murmura-t-il.

En, en même temps, il fit doucement glisser la fermeture du gilet de la jeune femme.

« Non ». Ce n'était pas difficile à dire pourtant : « NON ». Elle savait qu'il arrêterait, immédiatement. Il lui suffisait de dire « non ». Là, tout de suite, maintenant.

Pourtant, elle se mordit la lèvre sans prononcer un mot.

Le sourire de Végéta s'élargit encore… puis s'évanouit. Remplacé par une étrange et terrifiante tension de tout son être alors que ses yeux semblaient déjà dévorer la jeune femme par avance. Tendant la main rapidement, il appuya sur le bouton de la console, ramenant la gravité à son niveau normal. Bulma ne bougea cependant pas. Elle gémit :

- Je te hais.

- Je m'en moque.

Les yeux bleus agrandis par le désir, les lèvres entrouvertes, la jeune femme perdit toute capacité à réfléchir quand elle sentit les doigts de Végéta se glisser sous son débardeur.