Pourquoi remettre à plus tard ce qu'on peut déjà faire maintenant. Voici la sixième partie de cette histoire. J'ai vraiment hâte de voir comment vous allez réagir aux nombreuses péripéties contenues dans cette partie. N'oubliez pas de m'en informer en m'envoyant un petit commentaire. Message pour Laura: cette histoire compte 12 chapitres si ma mémoire est bonne évidemment. Voilà, sans plus tarder, bonne lecture, Miriamme.
Sixième partie
-Quoi? Finit par demander Sorel lorsqu'il fut revenu de sa surprise.
-Il faut qu'elle disparaisse, qu'elle parte, qu'elle retourne chez elle, s'emporta William en se relevant pour aller se poster devant la fenêtre. Malheureusement, à cause de ce qu'elle sait maintenant, il n'y a plus que deux options qui s'offrent à elle : soit elle épouse Alfred comme prévu - ce qui serait bien entendu une catastrophe, soit elle refuse cette union et signe son arrêt de mort.
-Général Darcy, sauf votre respect, vous savez bien que le roi n'attend que son refus pour la faire disparaître.
-Oui… je sais… je sais.
-Qu'allez-vous faire alors?
-Pour la première fois de ma vie Sorel, je ne sais pas quoi faire et je déteste ça!
De son côté dans sa chambre, Élisabeth tentait encore de comprendre comment l'homme froid et hautain qu'elle avait appris à apprécier pour ce qu'il était, avait pu se transformer en cet homme tendre et passionné qui lui avait fait une si surprenante déclaration d'amour. Elle avait beau savoir qu'il avait joué un rôle et que c'était dans le but d'atteindre un objectif précis qu'il s'était oublié au point de l'embrasser, elle devait bien admettre qu'elle avait été bien près de succomber au plaisir qu'elle avait éprouvé pour la première fois de sa vie et laisser son amour pour lui remonter à la surface. Puis, lorsqu'il avait tenté de lui arracher la promesse de refuser l'offre d'Alfred, l'éveil avait été au moins aussi brutal que l'oubli de soi dont elle avait été la victime. Son cœur était bel et bien en miette toutefois et elle ne savait toujours pas quelle réponse elle allait faire au roi lorsqu'il reviendrait la chercher pour la conduire dans la salle à manger.
S'approchant vers la fenêtre pour mieux réfléchir, Élisabeth s'intéressa au va-et-vient des marchants et des commerçants qui déployaient beaucoup d'énergie pour attirer quelques passants puis laissa son regard suivre inconsciemment un homme dont la stature et la prestance lui semblât tout à coup familière. C'est alors qu'elle le reconnût. Il s'agissait du géant à la peau légèrement basanée qui lui avait barré le chemin lorsqu'elle avait volontairement écarté les rideaux à l'auberge. Il avançait lentement, comme s'il cherchait quelqu'un et se retournait chaque fois qu'un bruit de sabots annonçait l'arrivée d'un nouveau cavalier.
«Adès… il s'appelle Adès… et fait partie des révolutionnaires!» se remémora-elle.
Devinant ce qui lui restait à faire, la princesse lâcha le rideau, ramassa la cape qu'elle avait portée durant son expédition de la matinée avec Sorel et quitta sa chambre en prenant bien soin de ne pas faire de bruit. Arrivée dans la cour, elle chercha des yeux la gigantesque silhouette, le repéra près de l'étal du forgeron et s'en approcha lentement.
-J'ai une information à vous communiquer de la part de William Darcy, chuchota-t-elle vers son oreille en passant près de lui.
-Je ne connais personne répondant à ce nom là, rétorqua-t-il prudemment en se tournant légèrement pour tenter d'apercevoir le visage de son interlocuteur.
-Je suis la princesse Élisabeth, murmura-t-elle en relevant légèrement sa capuche, conduisez moi jusqu'à votre chef. C'est à lui et à lui seul que je livrerai le message que m'a confié le Général, ajouta-t-elle avec tout juste ce qu'il faut d'autorité dans la voix pour qu'il la prît au sérieux.
-Très bien, suivez-moi Majesté.
Marchant directement derrière l'homme, Élisabeth fut invitée à prendre place sur une belle bête grise en s'asseyant directement devant lui. Elle le laissa prendre la parole pour expliquer aux soldats qui surveillaient l'entrée que n'ayant pas pu rencontrer le seigneur à qui il était venu rendre visite, il préférait rentrer chez lui.
Sur ses instructions ensuite, elle conserva le silence tant et aussi longtemps qu'ils circulèrent le long de la pente abrupte qui descendait de la montagne. Lorsque la piste devint moins escarpée, qu'un bruit d'un galop devint tout à coup audible et qu'il s'intensifia après chaque foulée, Élisabeth sentit que l'homme se raidissait derrière elle et qu'il mettait la main sur la garde de son épée.
-Ah, c'est toi Adès, lâcha le nouveau venu en reconnaissant son compagnon, tu m'as fait peur. Oh, tu es avec Georgianna?
-C'est toi qui m'a fait peur Silas, le gronda Adès. Et pour répondre à ta seconde question, non, il ne s'agit pas de Georgianna… c'est la….
-Je suis la princesse Élisabeth, le coupa la jeune femme en retirant sa capuche.
-Que venez-vous faire ici? Se braqua le nouveau venu en faisant reculer son destrier.
-J'ai un message à transmettre à votre chef de la part de William Darcy, prétendit-elle à nouveau.
-Très bien, je vais vous mener jusqu'à lui… rétorqual'homme après avoir jeté un œil entendu en direction de son compagnon, mais vous comprendrez toutefois que nous devions vous couvrir les yeux…
-Bien entendu.
Sentant que le dénommé Silas passait un fichu à Adès, Élisabeth resta immobile et attendit que le bandeau soit attaché.
-Silas, je te laisse nous ouvrir le chemin.
Était-ce dû au stress ou au fait qu'elle n'avait rien avalé depuis le matin, mais toujours est-il que le pas régulier de la bête et le silence que les deux hommes s'imposaient encore depuis qu'ils avaient repris la descente, eurent raison de la fatigue d'Élisabeth. Elle commença par s'appuyer sur le large poitrail de son compagnon, puis s'endormit totalement.
Arrivés à destination, les deux cavaliers la soutinrent tandis qu'elle descendait de cheval, puis la transportèrent jusqu'à l'entrée de la grotte qui servait de lieu de rendez-vous aux révolutionnaires. La noirceur qui régnait dans l'immense cavité que seuls quelques habitués connaissaient trompa l'esprit ensommeillé de la jeune femme qui se vautra confortablement dans l'épaisse couche de fourrure sur laquelle les deux hommes l'avaient délicatement déposée. Se sentant en sécurité et arrivant à chasser totalement ses soucis pour la première fois depuis le décès de son père, elle s'endormit en perdit ses repères.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux quelques heures plus tard, Élisabeth ne savait plus du tout où elle était. Elle était d'autant plus confuse qu'une jeune fille, assise sur une chaise droite plutôt rustique était installée en face d'elle et la fixait avec curiosité. Perdue et perplexe, la princesse se redressa, examina brièvement les alentours avant de soupirer de soulagement en reconnaissant Adès et présumer que l'autre visage peu rassurant qui la détaillait d'une manière qui ne lui plaisait pas du tout était Silas.
-Qui êtes-vous? Demanda-t-elle finalement à la jeune fille qui lui souriait toujours de toutes ses dents.
-Je me nomme Georgianna Darcy.
-Oh, mais, vous êtes…
-La sœur du Général, oui, compléta-t-elle avec une bonne dose de fierté dans la voix.
-Dans la cour du château, l'autre jour, vous êtes venue voir votre frère n'est-ce pas? Vous portiez un «grand mantel», comme celui-là tiens! S'exclama-t-elle.
-Ne m'en parlez pas, bredouilla-t-elle, mon frère était très fâché contre moi… Tout comme Adès d'ailleurs, admit-elle en rougissant de façon tout à fait charmante.
-Alors, comment vous sentez-vous maintenant que vous avez dormi presque trois heures… intervint ce dernier en s'approchant de la princesse.
-Je vais bien merci. Bien que je sois affamée.
-Je peux vous apporter du vin froid, un morceau de pain… lui apprit la jeune sœur de William.
-Oh, oui Merci. Je m'en lèche déjà les doigts.
-Alors Majesté? Intervint le deuxième homme qui n'avait pas encore ouvert la bouche. Quel est ce fameux message que le Général vous a confié pour moi?
-Pour vous!? S'étonna Élisabeth, est-ce à dire que vous êtes le chef des révolutionnaires?
-Oui, on peut dire ça en effet, ricana-t-il en jetant un œil en direction de Georgianna puis du géant.
-Et bien, on est quitte alors, déglutit Élisabeth, je vous ai menti moi aussi... Le Général Darcy ne m'a chargé d'aucun message pour vous. En fait, pour être honnête, je ne cherchais qu'une façon de fuir le château et…
-Le roi, compléta Georgianna à sa place en lui tendant un gobelet rempli de vin.
-Vous avez bien fait, l'approuva Adès avec sincérité, Alfred vous aurait assassinée, ce n'était qu'une question de temps…
-Pas vraiment puisque William veillait sur elle, Adès, précisa Georgianna.
-C'est surtout Sorel qui m'est venu en aide jusqu'ici, protesta Élisabeth.
-Sorel est bien gentil, je vous l'accorde. Mais il obéit avant tout aux ordres de mon frère, intervint Georgianna.
-Le Général a donc réussi à vous convaincre, l'interrogea Adès en dévisageant Élisabeth.
-Ma décision était déjà prise, protesta la jeune femme en serrant la mâchoire.
-Mon frère sait-il que vous êtes ici? Intervint tout à coup Georgianna.
Baissant aussitôt la tête, la jeune femme laissa une rougeur soudaine répondre à sa place.
-Mais vous avez prévenu quelqu'un, non? Insista-t-elle.
-Non… pas même Sorel, bredouilla Élisabeth de plus en plus mal à l'aise. Tout s'est passé très vite, plaida-t-elle. J'ai jeté un œil par la fenêtre de ma chambre et j'ai cédé à une impulsion en reconnaissant votre silhouette Adès… Sans compter que je vous avais entendu à l'auberge plus tôt ce matin… admit-elle en rougissant de plus belle.
-Silas, intervint le géant, quelqu'un doit se rendre au Château immédiatement. Il faut à tout prix que William sache que la princesse est avec nous…
-En effet... Il ne manquerait plus que votre absence passe sur notre dos… la réprimanda le chef des révolutionnaires en jetant un œil sévère en direction de la princesse.
-Je suis désolée. Je n'ai pas réfléchi. J'étais désespérée… admit-elle avant de fondre en larmes, je ne savais plus vers qui me tourner, hoqueta-t-elle.
-Silas, l'apostropha Adès, va immédiatement prévenir William, lui ordonna-t-il avant de se lever – sur un signe de son compagnon – pour aller le rejoindre plus loin dans la grotte afin de finir leur discussion.
Lorsqu'ils se furent éloignés, Élisabeth utilisa le tissu que lui tendit Georgianna pour se moucher et se jeta sur la miche de pain que la jeune fille avait déjà déposée devant elle.
Le ton monta de l'autre côté, se soldant par le départ précipité du chef des révolutionnaires et par le retour d'Adès qui camoufla sous un sourire contrit l'humeur sombre qui était désormais la sienne.
-Je suis désolée Adès. Je ne veux surtout pas être une charge pour vous. Je peux partir si vous préférez, proposa-t-elle la mort dans l'âme. Il me suffirait d'obtenir une petite escorte et je pourrais retourner sur mes terres… j'ai des amis là-bas qui peuvent me cacher…
-Non! Surtout pas. Ne vous en faites pas Majesté. La rassura-t-il. Nous savons tous ce qui s'est produit dans votre royaume… Le Général nous a tout raconté… Pour l'instant vous allez rester ici. Dès que William sera prévenu… je suis certain qu'il vous aidera à trouver une solution.
Pendant ce temps, au Château, William s'apprêtait à aller rejoindre la trentaine de chevaliers avec qui il avait prévu aller fouiller les alentours. C'était Alfred lui-même qui était venu le prévenir de la disparition de la princesse.
Une fois rassemblés tous les trois, Sorel, le roi et lui dans la chambre occupée par la princesse, ils furent rapidement soulagés par l'absence d'indices qu'ils auraient pu associer à un enlèvement. À la suggestion de William, Alfred avait ensuite laissé les deux hommes finir d'examiner les lieux pour aller discuter avec les responsables du personnel afin de vérifier si quelqu'un avait eu vent de quelque chose.
Aussitôt que le roi eut refermé la porte derrière lui et que William eut la confirmation de son départ en entendant ses pas décroitre dans le corridor, il en avait profité pour questionner son aide de camp à voix basse : Alors Sorel, qu'est-ce que tu en penses?
-Je ne pouvais pas en parler devant Alfred, mais j'ai remarqué que la cape et les bottines qu'elle portait ce matin ne sont plus dans sa chambre. Je suis presque convaincu qu'elle a quitté l'enceinte du Château de son propre chef.
-C'est également ce que je crois… Mais où a-t-elle bien pu vouloir aller?
-Et surtout pour faire quoi?
-Hum! Il reste tout de même une dernière possibilité que nous n'avons pas envisagée…
-Laquelle?
-Et si c'était un coup d'Alfred? Si c'état lui qui l'avait fait disparaître?
-Nah! Je ne crois pas. Il était réellement inquiet cette fois.
-Effectivement! J'admets qu'il était très convainquant. Très bien. Sorel, je veux que tu ailles trouver le Capitaine Polus. En ce moment même, tu le trouveras dans la cour avec ses écuyers. Dis-lui d'aller prévenir tu-sais-qui. Le groupe a peut être été témoin de quelque chose. N'oublions pas que la princesse connait leur existence maintenant…
-Oui, c'est vrai. D'ailleurs, c'est peut être là qu'elle est allée. Elle est dans doute retournée à l'auberge.
-Alors qu'attends-tu? Vas-y immédiatement, le pressa William.
À vos ordres Général!
Quittant la chambre de la princesse quelques secondes après son aide de champ, William prit la direction de la sienne pour aller chercher ses bottes d'équitation et son pourpoint. À l'instant même où il en entrebâillait la porte, une silhouette se dégagea de la pénombre et lui imposa une chaleureuse embrassade aussitôt qu'il fut certain d'avoir été reconnu.
-Silas, se réjouit le Général avant de se taire à nouveau pour refermer la porte. Tu prends un gros risque en venant au Château, le gronda-t-il amicalement en allant fermer les rideaux.
-J'ai une excellente raison pour cela. La princesse est avec nous, lâcha-t-il sans autre préambule.
-Vous l'avez enlevée?
-William, on est fou c'est vrai, mais pas à ce point là, protesta le chef des révolutionnaires.
-Comment est-elle arrivée jusqu'à vous?
-C'est ça qui est intéressant. Imagine-toi donc qu'elle aurait reconnu Adès lorsqu'il est venu au Château cet après-midi. Elle est allée le voir et lui a affirmé qu'elle avait un message à nous transmettre…venant de toi.
-De moi? Lui demanda William en écarquillant les yeux.
-Oui de toi! Adès n'avait aucune raison de douter d'elle, alors il l'a menée jusqu'à notre repère verdâtre, si tu vois ce que je veux dire.
-Oh non! S'énerva William.
-Eh, ne t'emporte pas trop vite. Nous avons pris soin de lui bander les yeux avant de l'y emmener. Une fois sur place, elle a admis avoir quitté le Château uniquement pour échapper à au roi.
-Dieu merci, S'exclama le Général.
-Faudrait te décider Will, blagua Silas, c'est «Oh non?» ou «Dieu merci?».
-Très drôle, rétorqua le Général, bon, maintenant, qu'avez-vous l'intention de faire d'elle?
-Pour l'instant rien, répondit-il en haussant les sourcils. Adès et moi, on voulait simplement que tu sois averti de sa présence parmi nous. Mais on souhaite aussi que tu viennes nous retrouver dès que possible…
-Ce n'est pas envisageable pour l'instant. Une vaste opération de recherche vient justement d'être lancée par Alfred. Écoute, retourne vers Adès et dis lui que je viendrai vous rejoindre dès que ce sera possible. Entre temps, dis à Élisabeth… dis à la princesse, se reprit-il aussitôt, qu'elle doit à tout prix rester cachée.
-À vos ordres Général, se moqua-t-il en lui empoignant le haut des bras, comme l'eût fait n'importe quel chevalier.
Presque entièrement soulagé, William termina de lacer ses bottes, d'attacher son pourpoint puis quitta sa chambre pour se rendre dans la cour où les chevaliers étaient déjà presque tous rassemblés. Pendant qu'il finissait d'examiner le plan du royaume avec les plus hauts gradés afin de leur confier à chacun une zone à explorer, l'attention de William fut attirée par l'arrivée inopinée de son aide de camp qui lui faisait de grand signes, l'enjoignant de venir lui parler. Prévenant ses hommes de partir sans lui, William s'approcha enfin de Sorel qui s'empressa de lui confier à voix basse : C'est Silas… Silas est un traitre.
-Quoi?
-Après être allé prévenir Polus comme vous me l'aviez demandé, je suis retourné vers le donjon pour vous faire mon rapport. Juste comme j'arrivais à la hauteur de la porte de la chambre du roi, j'ai entendu sa voix qui s'adressait à un autre. Cédant à la panique, j'ai ouvert la porte de sa chambre et suis allé me cacher derrière l'immense tenture qui recouvre la fenêtre centrale.
-Tu as pris un gros risque Sorel, commenta William.
-Je sais… mais écoutez bien. Ce risque en valait la peine soyez-en sûr. C'est Silas qui était avec le roi. Je l'ai entendu lui dire que la princesse était avec eux, de même qu'Adès et Georgianna.
-Georgianna est avec eux?
-Oui et Alfred s'y dirige en ce moment même. Je les ai suivis et les ai vus partir.
-Sacrebleu! Ne tardons pas alors, viens me rejoindre avec ton cheval.
Lorsque Sorel revint vers lui cinq minutes plus tard, William était déjà installé sur son destrier et personne n'aurait pu dire lequel piaffait d'impatience, tant la bête et l'homme présentaient les mêmes symptômes.
-Sorel… Je crois qu'il mieux vaut que tu ailles retrouver le Capitaine Polus finalement.
-Mais c'est qu'il est parti vers le village depuis longtemps. Je n'arriverai jamais à le rattraper.
-Ce n'est pas ce que je te demande non plus. J'estime tout simplement que nous allons avoir besoin de renforts. Une fois arrivé à destination, dis-lui d'aller chercher tous les hommes disponibles et de les envoyer vers le repère de la forêt.
-À vos ordres.
Passant les grilles en un temps record, William s'engagea le plus vite possible dans l'étroit sentier qui menait au repère secret des révolutionnaires situé en plein cœur de la forêt, habité par la crainte d'arriver trop tard pour empêcher Alfred de mettre la main, non seulement sur la princesse, mais également sur sa sœur bien aimé.
«Merde, Adès, pesta-t-il tout en menant son cheval à bride abattue, Qu'est-ce qui t'a pris d'amener Georgianna là-bas?»
Pendant ce temps dans la grotte.
-Ne touchez pas à ça princesse. Laissez-moi m'en occuper, insista Georgianna en réalisant qu'Élisabeth se préparait à nettoyer elle-même son écuelle et sa tasse.
-C'est bien le moins que je puisse faire… Je vous en prie Georgianna, laissez-moi m'occuper.
Des pas se faisant entendre provenant du long corridor qui menait à l'entrée de la grotte, Adès se leva, mit comme d'habitude sa main sur la garde de son épée et se prépara à intervenir. Lorsqu'il reconnut Silas, il laissa tomber sa main en soupirant bruyamment et s'approcha de lui pour l'embrasser.
-Alors, quelles sont les nouvelles du château? S'intéressa-t-il d'une voix sereine.
-Excellentes… répondit-il avant de se reculer suffisamment pour surprendre Adès en le menaçant avec la pointe de son épée, je vous avais bien dit qu'elles seraient là, clama-t-il en tournant légèrement la tête vers l'arrière, où des bruits de pas se faisaient déjà entendre.
-Deux femmes pour le prix d'une, vous me gâtez Silas, ricana Alfred en pénétrant dans la pièce.
-Traître, hurla Adès en reconnaissant Alfred.
-Trahir les révolutionnaires, c'est être un héros pour la nation, para-t-il en jetant un regard méprisant vers Adès qui cherchait toujours qu'une ouverture pour passer à l'action.
Pendant tout de temps que dura cet échange, Élisabeth en profita pour se rapprocher de la jeune sœur de William. D'un signe discret, elle lui désigna le récipient de terre cuite qu'elle tenait encore dans sa main gauche et fit comprendre à la jeune femme qu'elle devait rester derrière elle.
-J'imagine que tu n'as pas prévenu William, devina Adès en regardant Silas avec mépris.
-Bien sûr que je l'ai fait… mais je l'ai envoyé bien loin d'ici, dans la forêt en fait, se vanta-t-il avec le sourire.
-Silas, attache cet homme, lui ordonna Alfred. Puis, devinant à la posture d'Adès qu'il n'avait pas l'intention de se rendre sans combattre, le roi se reprit, non attend!
Passant derrière Adès qui menaçait toujours Silas de représailles, Alfred leva la garde de son épée et frappe violemment le géant sur la tempe avec celle-ci. Celui-ci s'écroula alors lourdement sur le sol inconscient. Voyant que Georgianna réagissait avec émoi à la vue du sang qui s'écoulait de la tempe de son protecteur, Élisabeth raffermit la pression de sa main sur son bras pour s'assurer qu'elle restât derrière elle.
Laissant échapper un grand rire, Alfred s'adressa à Silas : Attache le maintenant… il ne devrait plus t'en empêcher. À toi maintenant Élisabeth, la menaça-t-il en pointant un doigt accusateur vers elle. Tu as une drôle de façon de répondre à une simple question, ajouta-t-il tout en s'approchant d'elle.
Reculant lentement, entrainant Georgianna avec elle, Élisabeth serrait fermement pot de terre cuite. Silas, dès que tu en auras terminé avec Adès. Viens ici…
-Je suis là!
-Je veux que tu attrapes la jeune sœur de William et que tu la tues, ici et maintenant…
Pendant que le roi surveillait les manœuvres de Silas alors qu'il s'approchait de Georgianna, Élisabeth se jeta sur Alfred et le frappa violemment à la tête à l'aide de l'objet en terre cuite. Ce dernier eut beau réagir rapidement en reculant, il ne réussit pas à se tasser suffisamment pour éviter le coup. Élisabeth eut la satisfaction temporaire de le voir se saisir l'oreille gauche à deux mains en criant, surpris par l'intensité de la douleur. Au même instant, Silas ramenait Georgianna contre lui et la tirait en direction du mur peu préoccupé par les coups de pieds qu'elle tentait désespérément de lui donner. Frappant le roi une seconde fois avec le même récipient, Élisabeth s'élança en direction des deux autres afin d'empêcher Silas de se servir du couteau qu'il venait de brandir devant les yeux terrifiés de la jeune fille. La lame faisant pression sur le cou de Georgianna eut raison de ses réserves lui faisant perdre conscience et s'écrouler sur le sol au pied de son tortionnaire.
Mais c'était sans compter sur Alfred qui s'était déjà remis de sa surprise et qui ne voulait surtout pas laisser fuir sa proie. Attrapant Élisabeth par l'arrière de sa tunique, Alfred lui fit perdre l'équilibre et la domina totalement lorsqu'elle se retrouva sur le dos le souffle temporairement coupé. Profitant qu'elle fut temporairement paralysée, Alfred la souleva par les épaules et la jeta sur la pile de fourrure où elle avait déjà dormi durant trois heures.
-Tu ne m'échapperas pas cette fois. Quoique contrairement à ce que tu penses… tu ne sois pas une prise de choix… Gardant un œil sur Élisabeth, il ordonna à son compagnon, Allez Silas, achève la petite.
-Non… je vous en prie… Alfred… épargnez la… haleta Élisabeth d'une voix sifflante.
-Pourquoi je ferais ça?
-Elle ne vous a rien fait… plaida la princesse, le souffle court.
-Elle non, peut être pas en effet, mais son frère oui! Hurla-t-il avant de cracher pour terre pour ajouter : William est responsable de cette révolte!
-Alfred, je vous en prie, attendez! J'ai une proposition à vous faire, lâcha-t-au moment même où Silas levait le bras pour poignarder Georgianna.
-Attend, l'arrêta Alfred avant de se pencher vers Élisabeth, alors princesse, faites-moi part de votre proposition. Mais il faut vraiment qu'elle soit bonne sinon… la menaça-t-il en gardant son bras bien haut dans les airs, près à faire signe à Silas.
-Mariés? Tu es certaine? Alfred et la princesse Élisabeth, mariés? Répéta William sans quitter des yeux la jeune paysanne qui s'était précipité vers lui dès qu'il eut passé les portes du Château heureuse de lui apprendre une telle nouvelle.
-Puisqu'elle vous l'dit Général! Lui affirma sa patronne, une commerçante assez âgée à qui William achetait régulièrement les épices qu'il prisait tant.
Se tournant vers le Capitaine Polus qui le suivait de près, William serra les lèvres et lui fit signe de venir trotter à ses côtés.
-J'aurais dû deviner que Silas nous enverrait au mauvais endroit, commenta-t-il.
-Et bien! Moi qui croyais qu'elle avait quitté le Château parce qu'elle ne voulait pas l'épouser, s'étonna Polus sans jamais cesser de surveiller les alentours.
-Moi aussi! Mais la question reste entière… pourquoi l'a-t-elle fait?
-Croyez-vous qu'Adès ou encore votre sœur pourraient nous apprendre quelque chose à ce sujet? Tenta le Capitaine.
-On verra bien ce que Sorel aura à nous apprendre après être allé les reconduire au village. Pour ma part, je vais de ce pas me plier au protocole et aller féliciter les nouveaux mariés, ce faisant, j'en apprendrai peut être davantage.
Se rendant dans le donjon du château au pas de course, William se dirigea là où se trouvait la chambre de la princesse, frappa trois petits coups sur sa porte et se prépara à lui faire face en entendant des pas s'approcher.
-Ah, Général, s'écria joyeusement la jeune femme en le dévisageant, où étiez-vous pendant tout ce temps? Alfred et moi sommes extrêmement déçus que vous n'ayez pas été là pour assister à notre mariage, lui demanda-t-elle sans doute un peu trop joyeusement pour quoi connaissait la connaissait bien.
Comprenant à la façon dont le Général serrait la main sur la garde de son épée qu'il était loin d'être convaincu de sa sincérité, Élisabeth renchérit : Regardez Général. Levant sa main à la hauteur de ses yeux, elle lui fit voir l'énorme bague qu'elle portait au doigt. Voyez comme mon alliance est belle, s'excita-t-elle.
-C'est donc vrai alors?... Vous êtes… Déglutit-il en se décomposant.
-Nous sommes mari et femme, oui, compléta Alfred en arrivant derrière Élisabeth. Depuis cet après midi, trois heures. Élisabeth n'avait pas pris la fuite finalement comme nous l'avons tous pensé… lui expliqua-t-il tout en passant un bras possessif autour des épaules de la jeune femme. Imaginez vous donc que la princesse m'avait préparé une surprise. Une surprise cachée derrière un mystérieux enlèvement, alors qu'en fait, la damoiselle avait prévu tout ce qu'il faut pour qu'on puisse se marier rapidement.
-J'avais même emmené Silas avec moi, prétendit-elle avant de reprendre son souffle et expliquer : Silas est également un moine… mais ça, j'imagine que vous le saviez Général, lui demanda-t-elle en espérant qu'il comprendrait de lui-même ce qu'elle essayait de lui faire comprendre. Les yeux fixés sur lui, elle se répétait sans cesse cette douloureuse litanie : «Je vous en prie, Général Darcy, méfiez-vous de Silas. C'est un traitre!»
-C'est lui qui nous a mariés… Dans la grotte où Élisabeth s'était réfugiée…, conclut Alfred en posant maintenant ses lèvres sur la joue de la jeune femme. Vous êtes si romantique ma chérie, mais surtout très belle, n'est-ce pas William?
-Très belle oui… rétorqua le Général mécaniquement, tout occupé qu'il était encore à réprimer sa colère.
«Est-il possible qu'elle soit satisfaite de son sort?» se demanda-t-il en la découvrant aussi souriante, la tête maintenant légèrement tournée vers son époux.
-Bon allez William, vous allez devoir nous laisser. Élisabeth doit terminer de rassembler ses affaires… Oh, pendant que vous êtes là, allez donc demander à mon intendant d'envoyer des femmes ici pour transporter les effets personnels de la princesse dans sa nouvelle chambre… celle qui est juste à côté de la mienne.
-À vos ordres majesté… Répondit William en s'inclinant légèrement.
Alfred s'étant éloigné de la porte, William fit une dernière fois face à la reine afin de baiser sa main comme le voulait le protocole. Les yeux fixés sur son immense bague, il remarqua tout de même une cicatrice récente qu'elle tenta de camoufler en tirant sur son manchon. À voix basse, afin de ne pas être entendu d'Alfred, il s'enquit : Tout va bien?
-Tout est parfait! Merci de votre aide, Général! Rétorqua-t-elle en le saluant d'un léger signe de tête.
Dès que la porte se fut refermée sur lui, Élisabeth attendit quelques secondes avant de retourner vers l'homme dont elle se méfiait plus que jamais et qui était maintenant entièrement allongé sur son lit.
-Bien joué Élisabeth! L'invita-t-il en tapotant la place à côté de lui. Après l'avoir embrassée légèrement, il se releva souplement et la prévint : Prend garde à ce que William ne se doute de rien, autrement tu sais que je ne pourrai plus tenir ma promesse. J'ai assez de preuve contre lui pour le faire pendre haut et court. Sans compter que grâce à toi, je sais désormais où il cache sa sœur.
-Je n'ai pas l'habitude de rompre mes promesses… c'est plutôt une caractéristique de ta famille…
-Attention Élisabeth, La prévint-il en levant le bras comme s'il eut voulu la battre. L'obéissance est l'une des conditions majeure de notre contrat. Je vais te laisser te préparer maintenant… Profites-en pour choisir la tenue que tu vas porter pour notre petite fête.
Aussitôt qu'Alfred eut refermé la porte de sa chambre, Élisabeth fondit en larmes, pestant et rageant contre Alfred bien sûr, mais surtout contre la situation délicate où il son impulsivité l'avait placée. Tout ça parce qu'elle avait voulu prendre la fuite. Chassant rapidement ses larmes d'un mouvement énergique, Élisabeth se prépara à recevoir les femmes dont elle entendait déjà le babillage et qui venaient pour l'aider à ramasser ses effets personnels.
Après leur avoir expliqué comment elle souhaitait que ses choses soient placées dans sa nouvelle chambre, Élisabeth se rinça le visage à l'eau fraiche et quitta la pièce pour partir à la recherche de Sorel à qui elle comptait bien demander une faveur.
Lorsqu'elle mit enfin la main sur lui, elle attendit qu'il eut terminé de s'entretenir avec Polus avant de s'approcher de lui et l'interpeler.
-Oh, princesse Élisabeth, permettez-moi de vous féliciter pour votre mariage, s'empressa-t-il de lui dire en s'inclinant bien bas devant elle.
-Merci Sorel. Pouvez-vous venir me rejoindre dans quelques minutes? Vous me trouverez dans le jardin central de l'aile sud Je dois absolument m'entretenir avec vous, mais ne puis le faire ici où il y a trop de va-et-vient. Oh, et puis, apportez donc votre attirail. Il est plus que temps que je jette un œil sur votre collection. Ajouta-t-elle toute souriante en se détournant pour s'éloigner.
-Parlez-vous de mes couteaux? L'interrogea-t-il en fronçant légèrement les sourcils.
Acquiesçant lentement, elle poursuivit son chemin jusqu'au lieu du rendez-vous, s'asseyant dignement sur le banc qu'elle avait déjà repéré et choisi comme étant le lieu idéal pour tenir le genre de conversation qu'elle comptait avoir avec lui.
Repensant aux événements tragiques qui s'étaient abattus sur sa tête depuis le début de cette horrible guerre qui avait éclatée entre son royaume et celui de leurs ennemis de toujours, le royaume des plaines, Élisabeth comprit que ce conflit que Théodore II avait également encouragé, s'était soldé par la perte de la presque totalité de son armée.
N'eut été de cette mauvaise décision prise par son père et qui avait conduit son peuple à la défaite, Théodore II ne se serait jamais retrouvé vulnérable au point d'être obligé d'accepter l'offre de Bastien de la Tourelle – qui avait nécessairement eut vent de leurs difficultés et qui avait vu là un excellent moyen d'accéder à un trône.
La princesse n'était pas dupe, elle savait très bien avoir pesé bien peu dans la balance. Après tout, ne pensent-ils pas tous que les femmes sont inférieures, ces hommes qui croient que l'exercice du pouvoir leur donne tous les droits? Surtout celui de les soumettre et de disposer de leurs vies.
Que lui restait-il comme possibilité, maintenant qu'elle était mariée à l'un de ces hommes? Prendre la fuite? Très tentant, même si cela ne ferait que retarder l'échéance. Après tout, il ne subsistait aucune doute dans son esprit, Alfred finirait par la retrouver. Cet homme avait le don d'ubiquité puisqu'il connaissait l'existence des révolutionnaires et savait même que William en faisait partie. S'il n'avait jamais rien tenté pour les éliminer, ni même les arrêter, c'est justement par qu'il contrôlait tout et savait parfaitement sur quelle ficelle tirer et à quel moment pour faire bouger les marionnettes qu'il possédait dans chaque camp.
Non. En réalité, elle n'avait pas le choix. Elle devait jouer le tout pour le tout. Si elle ne tentait rien, ses chances de survivre au-delà de sa nuit de noces étaient nulles. Alfred n'était pas amoureux d'elle – qu'il fut capable d'aimer une autre personne que lui-même était même fort peu probable d'ailleurs. À la lumière de la solide mise en garde que Sorel Morel lui avait faite lorsqu'elle s'était retrouvée seule avec lui en route vers l'auberge, elle savait à quel point Alfred était dépravé et sadique. Qu'il ne se contentait pas de violer les jeunes femmes sur qui il avait jeté son dévolu, mais qu'il les mutilait et les assassinait lâchement, laissant ses deux plus fidèles serviteurs, disposer des cadavres et camoufler les traces de ses crimes afin qu'il puisse recommencer sans jamais être embêté. Alfred tenait tout le monde à sa merci. Manipulant les uns, faisant chanter les autres.
«Vous verrez, Alfred est cent fois pire que Bastien!» Lui avait même affirmé le Général tout de suite après lui avoir déclaré sa flamme.
«Certes, puisque c'est ainsi, puisque je tomberai ce soir, et bien je ne tomberai pas seule!» Décida-t-elle en se raidissant sur son banc tandis que les pas distincts de Sorel se faisaient entendre dans son dos. Avec l'arme que Sorel allait lui confier, elle mettrait fin à la tyrannie de ce roi cruel et barbare qui ne respectait rien. Si elle y était arrivée avec son frère, elle réussirait avec celui-là aussi. Et comme elle possédait un certificat de mariage prouvant que leur union était légale, en tant que reine, elle pourrait enfin aspirer à un peu de paix.
-Majesté, me voilà! Annonça joyeusement Sorel en s'inclinant. J'ai apporté ce que vous m'avez demandé… Ajouta-t-il en déposant un rouleau de cuir assez épais qu'il entreprit de dérouler à côté d'elle sur le banc.
-Trouvez m'en un très petit… J'en voudrais un qui ressemble à celui que vous m'aviez déjà remis… cela conviendrait pour l'usage que je veux en faire.
-Comptez-vous l'utiliser ce soir? Lui demanda Sorel en la dévisageant avec curiosité.
-J'espère bien, oui! Après avoir reçu le couteau de sa main et l'avoir rangé en lieu sûr, elle lui demanda à son tour : Vous avez toujours mes documents légaux avec vous n'est-ce pas?
-Ils n'ont pas changés de place. La rassura-t-il.
-Très bien. Alors, veuillez ajouter ce document avec les autres. Au cas où il m'arrivait quelque chose… Lui demanda-t-elle en lui remettant l'acte de mariage qu'elle avait signé en même temps qu'Alfred.
-Puis-je vous poser une question? S'enquit Sorel au moment où, après s'être levée, elle s'éloignait déjà de lui. Il attendit qu'elle se fût arrêtée pour décliner : Pourquoi avez-vous épousé Alfred?
Titubant légèrement et réprimant un sanglot, Élisabeth reprit sa marche, s'arrêta à nouveau au bout de quelques pas, tourna légèrement la tête sur le côté et lui souffla tout bas: Je l'ai fait par amour, voyons…
-Par amour? Répéta-t-il abasourdi.
-Oui, par amour… Affirma-t-elle avant de se remettre en marche.
Ne comprenant plus rien, Sorel s'approcha du banc sur lequel ses couteaux étaient encore posés et n'entendit pas la suite de la réponse que la reine lui fit en s'éloignant, tout occupé qu'il était à ramasser son attirail : Par amour pour William Darcy, Général du peuple des Montagnes…
…. À suivre….
Mesdames, à vous de me dire ce que vous en avez pensé... et surtout comment vous voyez la suite?
Merci à l'avance à Gridaille, Libra10, Laura, Laurence et Marie-Paule (la croqueuse d'histoires)
Miriamme
