Auteur : Youyoulita

Disclamer : Tous les personnages sont à Ryan Murphy & Co et l'histoire ne m'appartient pas je ne fais bien que m'inspirer de Stephanie Meyer.

Résumé : Kurt dix-sept ans, décide de quitter l'Arizona ensoleillé où il vivait avec sa mère, pour s'installer chez son père. Il croit renoncer à tout ce qu'il aime, certain qu'il ne s'habituera jamais ni à la pluie, ni à Forks où L'anonymat est interdit. Mais il rencontre Blaine, lycéen de son âge, d'une beauté inquiétante. Quels mystères et quels dangers cache cet être insaisissable, aux humeurs si changeante ? A la fois attirant et hors d'atteinte, Blaine Anderson n'est pas humain. Il est plus que cela. Kurt en est certain…

Rating :T pour être sûre ^^

Note : Coucou ! tout le monde le chapitre 5 est dans la place ^^ Merci à Mia-Zure de m'avoir signaler la grosse faute d'inattention du chapitre précédant j'ai honte :p mais j'ai corriger donc tout va bien. Un gros merci à Cecile78 qui continue à me pousser ça me fait chaud au cœur ^^


Chapitre 5

J'allai en anglais dans un tel état d'hébétude que je ne remarquai même pas que le cours avait commencé quand j'entrai en classe.

— Merci de nous honorer de votre présence, monsieur Hummel, m'apostropha Mme Rozz, acide.

Je gagnai mon pupitre en rougissant.

Ce ne fut qu'à la fin de l'heure que je m'aperçus que Puck avait déserté sa place habituelle, à côté de moi. Je ressentis un élan de culpabilité. Mais vu qu'il m'attendait à la sortie avec Mike, comme d'ordinaire, j'en conclus que je n'étais pas en totale disgrâce. Puck parut d'ailleurs redevenir peu à peu lui-même, cédant à l'allégresse au fur et à mesure qu'il évoquait les prévisions météorologiques du week-end. La pluie était censée s'accorder un maigre répit, rendant l'excursion au bord de la mer éventuellement possible. J'essayai d'avoir l'air enthousiaste, histoire de rattraper la déception que je lui avais infligé la veille. Ça me fut difficile ; pluie ou non, il ne ferait, avec un peu de chance, guère plus de dix degrés.

Le reste de la matinée passa à toute vitesse. J'avais du mal à croire que je n'avais imaginé ni ce que Blaine venait de me proposer ni la lueur qui avait illuminé ses yeux à ce moment-là. Il s'agissait peut-être d'un rêve très convaincant que je confondais avec la réalité. Ce qui me semblait cependant moins absurde que d'envisager que je lui plaisais un tant soit peu.

Bref, j'étais aussi impatient qu'effrayé lorsqu'avec Quinn nous entrâmes dans la cafétéria. Je voulais voir son visage, vérifier s'il était redevenu l'être froid et indifférent que j'avais côtoyé ces dernières semaines. Ou si, par miracle, je n'avais pas inventé ce que j'avais entendu le matin même. Quinn babillait sur ses projets de bal – Lauren et Tina avaient invité leurs cavaliers et ils comptaient s'y rendre tous ensemble –, parfaitement inconscient de mon inattention.

La déconvenue s'empara de moi quand mes yeux se posèrent sans faillir sur sa table. Les quatre autres étaient là, mais lui manquait à l'appel. Était-il rentré chez lui ? Accablé, j'accompagnai cette pie de Quinn dans la queue. J'avais perdu mon appétit et n'achetai qu'une bouteille de limonade. Je désirais une seule chose – m'asseoir et bouder.

— Blaine Anderson te mate une fois de plus, m'annonça Quinn en me ramenant sur terre. Je voudrais bien savoir pourquoi il s'est isolé, aujourd'hui.

Je relevai brusquement la tête. Suivant le regard de ma voisine, je découvris Blaine qui me contemplait avec un sourire moqueur. Il était installé à une table vide située à l'opposé de celle où il « déjeunait » normalement. Il leva la main et, de l'index, me fit signe de le rejoindre. Comme je ne réagissais pas, il me gratifia d'une œillade.

— C'est à toi qu'il s'adresse ? demanda Quinn avec une incrédulité insultante.

— Il a peut-être besoin d'un coup de main pour le devoir de sciences nat, marmonnai-je pour donner le change. Il vaut mieux que j'y aille.

En m'éloignant, je sentis les yeux de Quinn braqués sur moi. Quand je fus à la table de Blaine, je restai debout derrière la chaise installée face à lui.

— Et si tu t'asseyais avec moi ? roucoula-t-il, affable.

J'obtempérai sans réfléchir, tout en l'examinant avec prudence. Il ne s'était pas départi de son sourire. Difficile de croire qu'un tel Adonis fût réel. J'avais peur qu'il ne disparût dans une brusque explosion de fumée et de me réveiller par la même occasion. Il semblait attendre que je parle.

— Quel revirement, réussis-je enfin à murmurer.

— Disons que...

Il s'interrompit, puis reprit d'une seule traite :

— J'ai décidé, puisque je suis voué aux Enfers, de me damner avec application.

Je ne répondis pas, espérant des paroles plus explicites. Les secondes s'écoulèrent.

— Tu sais, finis-je par lâcher, je n'ai pas la moindre idée de ce que tu entends par là.

— Ça ne m'étonne pas, pouffa-t-il avant de changer de sujet. Je crois que tes amis m'en veulent de t'avoir enlevé.

— Ils s'en remettront.

J'avais conscience de leurs regards qui me vrillaient le dos.

— Sauf si je ne te relâche pas, ajouta-t-il avec une étincelle malicieuse dans les yeux.

J'avalai ma salive.

— Ça a l'air de t'inquiéter, s'amusa-t-il.

— Non, répliquai-je (avec de bêtes trémolos, hélas). Ça m'étonne... pourquoi cette volte-face ?

— Je te l'ai dit. Je suis las de m'acharner à garder mes distances avec toi. J'abandonne.

Ses traits étaient toujours aussi avenants, mais ses pupilles ocre étaient devenues sérieuses.

— Tu abandonnes ? repris-je, perdu.

— Oui. Je renonce à être sage. Désormais, je ne ferai que ce que je veux, et tant pis pour les conséquences.

Son sourire s'était fané, et sa voix avait pris une dureté nouvelle.

— Encore une fois, je ne te comprends pas.

La moue narquoise et craquante réapparut.

— Je parle trop, en ta compagnie. C'est l'un des problèmes que tu me poses, d'ailleurs.

— Ne te tracasse pas, tous m'échappent, ironisai-je.

— J'y compte bien.

— Alors, en bon français, ça signifie que nous sommes de nouveau amis ?

— Amis... rêvassa-t-il, dubitatif.

— Ou ennemis, marmottai-je.

— Eh bien, on peut toujours essayer, s'esclaffa-t-il. Mais je te préviens d'ores et déjà que je ne suis pas l'ami qu'il te faut.

Derrière l'affabilité, la menace était sérieuse.

— Tu te répètes, soulignai-je en tâchant d'ignorer mes soudaines crampes d'estomac et de conserver une voix égale.

— Oui. Parce que tu ne m'écoutes pas. Je continue d'espérer que tu me croiras. Si tu es un tant soit peu intelligent, tu m'éviteras.

— Il me semble que tu m'as déjà signifié ce que tu pensais de mon intellect, rétorquai-je, piqué au vif.

Il m'adressa une grimace contrite. Je tentai de résumer notre surprenant échange.

— Alors, tant que je suis... idiot, on essaie d'être amis ?

— Ça me paraît correct.

Indécis, je baissai les yeux sur mes doigts crispés autour de ma bouteille de limonade.

— À quoi penses-tu ? s'enquit-il.

Je plongeai dans ses pupilles d'un or profond, perdis pied et, comme d'habitude, bredouillai la vérité.

— Je m'efforçais de deviner qui tu es.

Il serra les mâchoires mais parvint, non sans effort, à conserver son sourire.

— Ça donne des résultats ? lança-t-il de but en blanc.

— Pas vraiment.

— Tu as des théories ?

Je piquai un fard. Ce dernier mois, j'avais balancé entre Bruce Wayne et Peter Parker. Pas question de l'admettre.

— Tu ne veux rien dire ? insista-t-il, tête penchée, une moue affreusement séductrice sur les lèvres.

— Trop embarrassant, éludai-je en secouant la tête.

— C'est très frustrant, tu sais.

— Non, rétorquai-je, cinglant. J'ignore complètement ce qu'il peut y avoir de frustrant dans le fait qu'une personne refuse d'avouer ce à quoi elle pense, alors qu'une autre personne passe son temps à lancer des remarques sibyllines spécifiquement destinées à flanquer des insomnies à la première en la forçant à chercher leur sens caché... voyons ! en quoi cela pourrait-il être frustrant ?

Il accusa le coup.

— Autre exemple, enchaînai-je, laissant libre cours à mon agacement jusque-là contenu, admettons que cette même personne ait commis tout un tas d'actes étranges, comme sauver la vie de la première dans des circonstances improbables un jour pour la traiter en paria le lendemain sans prendre jamais la peine de s'expliquer, bien qu'elle l'ait promis, ça non plus ne serait pas du tout frustrant.

— Tu as vraiment sale caractère, hein ?

— Je n'apprécie guère qu'il y ait deux poids deux mesures.

Nous nous défiâmes du regard. Puis, jetant un coup d'œil par-dessus mon épaule, il se mit à ricaner.

— Quoi ?

— Ton petit copain a l'air de penser que je suis désagréable avec toi. Il se demande s'il doit venir séparer les duellistes.

Il s'esclaffa de plus belle.

— Bien que j'ignore de qui tu parles, je suis certain que tu te trompes, lâchai-je, glacial.

— Oh que non ! Je te l'ai déjà dit, la plupart des gens sont faciles à déchiffrer.

— Sauf moi.

— En effet. Je voudrais bien savoir pourquoi, ajouta-t-il, changeant subitement d'humeur.

Ses yeux devinrent pensifs, et je dus me concentrer sur le bouchon de ma bouteille pour me détourner de leur intensité. J'avalai une gorgée de limonade, fixant la table sans la voir.

— Tu ne manges pas ? lança-t-il d'une voix distraite.

— Non.

Inutile de lui préciser que mon estomac était trop noué pour ingurgiter quoi que ce soit.

— Et toi ? contre-attaquai-je en signalant l'absence de nourriture devant lui.

— Je n'ai pas faim.

Son expression m'échappa – comme s'il s'amusait d'une plaisanterie que lui seul pouvait comprendre.

— Tu me rendrais service ? demandai-je après une brève hésitation.

— Ça dépend, répondit-il, brusquement sur ses gardes.

— Ce n'est pas grand-chose, le rassurai-je.

Il attendit, prudent mais curieux.

— C'est seulement que... pourrais-tu m'avertir à l'avance la prochaine fois que tu décideras de m'ignorer pour mon bien ? Histoire que je me prépare.

— C'est une requête qui me paraît fondée.

Quand je relevai la tête, il s'évertuait à ne pas rire.

— Merci.

— À mon tour d'obtenir une faveur.

— Juste une, alors.

— Confie-moi une de tes théories.

Houlà !

— Pas ça.

— Trop tard ! Tiens parole.

— C'est toi qui as tendance à trahir la tienne, lui rappelai-je aussi sec.

— Allez, rien qu'une. Je te promets de ne pas me moquer.

— Je suis persuadé du contraire.

Et je l'étais. Il baissa les yeux, puis me dévisagea à travers ses longs cils noirs, et la lave ocre de ses pupilles me consuma.

— Je t'en prie, souffla-t-il en se penchant vers moi.

Je battis des paupières, l'esprit vide. Bon sang ! Comment s'y prenait-il ?

— Euh... pardon ?

— S'il te plaît, une de tes théories.

— Eh bien, disons... mordu par une araignée radioactive ?

Avait-il aussi des talents d'hypnotiseur ou étais-je seulement une proie facile ?

— Pas très original.

— Désolée, je n'ai que ça en réserve.

— En tout cas, tu es à des kilomètres de la vérité.

— Pas d'araignée ?

— Non.

— Ni de radioactivité ?

— Non plus.

— Fff ! soufflais-je

— Et je suis insensible à la kryptonite, s'esclaffa-t-il.

— Tu n'es pas censé rire.

Il tâcha de recouvrer son sérieux.

— Je finirai par deviner, le prévins-je.

— Je préférerais que tu n'essaies pas.

— Pourquoi ?

— Et si je n'étais pas un super héros, mais juste un méchant ? avança-t-il, mutin, bien que ses yeux restassent impénétrables.

— J'y suis ! m'exclamai-je, car certaines de ses insinuations venaient soudain de se mettre en place.

— Vraiment ?

Ses traits étaient empreints de sévérité. Comme s'il craignait d'en avoir trop dit.

— Tu es dangereux...

Cette vérité s'imposa insidieusement à moi, et mon pouls s'accéléra. Dangereux, il l'était. Tel était le message qu'il s'était efforcé de me transmettre depuis le début. Il se contenta de me fixer, le regard plein d'une émotion que je fus incapable de déchiffrer.

— Mais pas méchant, chuchotai-je en secouant la tête. Non, je ne crois pas que tu sois méchant.

— Tu te trompes.

Sa voix était presque inaudible. Il baissa la tête, s'empara du bouchon de ma bouteille et le fit rouler entre ses doigts. Je l'observai, étonné de ne pas avoir peur. Il ne plaisantait pas, j'en étais sûre. Pourtant, je n'éprouvais qu'une vague anxiété derrière ma fascination, réelle, celle que je ressentais toujours en sa compagnie. Le silence entre nous dura jusqu'à ce que je m'aperçoive que la cantine était presque déserte. Je sautai sur mes pieds.

— On va être en retard.

— Je ne vais pas en sciences nat, aujourd'hui, annonça-t-il en jouant avec le bouchon si rapidement que je le distinguais à peine.

— Pourquoi ?

— Un peu d'école buissonnière de temps en temps est bon pour la santé.

Il me sourit, mais ses pupilles restaient troublées.

— Eh bien moi, j'y vais.

J'étais trop froussard pour risquer une colle.

— À plus, alors.

J'hésitai, partagé, puis la première sonnerie me propulsa vers la porte. Un ultime coup d'œil en arrière m'avertit qu'il n'avait pas bougé d'un pouce.

Tout en me rendant en classe au petit trot, je tournai et retournai les questions dans ma tête encore plus vite que le bouchon de la bouteille. Elles étaient si nombreuses, il avait répondu à si peu. Enfin, la pluie avait cessé, c'était toujours ça de gagné.

J'eus de la chance. M. Schuester n'était pas encore là quand j'arrivai. Je m'installai rapidement à ma place, consciente que Puck et Tina me dévisageaient. Puck paraissait amer, Tina surprise et méfiante. Le prof surgit, ramenant les élèves au calme. Il portait plusieurs cartons qu'il déposa sur la paillasse de Puck en lui demandant de les faire circuler.

— Bon, les enfants, vous allez tous prendre un des éléments de chaque boîte, lança-t-il en sortant une paire de gants de laboratoire de la poche de sa blouse.

Il les enfila – le claquement sec du caoutchouc autour de ses poignets me sembla de mauvais augure.

— Le premier, enchaîna-t-il en nous montrant une carte blanche marquée de quatre carrés, est un révélateur. Le deuxième est un applicateur à quatre pointes (il brandit un objet qui ressemblait à un peigne quasiment édenté), et le troisième est une lancette stérilisée.

Il s'empara d'un petit sachet de plastique bleu et le déchira. À cette distance, le barbillon était invisible, ce qui n'empêcha pas mon estomac de se soulever.

— Je vais passer parmi vous avec une pipette afin de préparer vos révélateurs, alors merci de ne pas commencer avant que je sois près de vous.

Il débuta l'expérience avec Puck, déposant avec soin une goutte d'eau sur chacun des carrés de la carte.

— Ensuite, expliqua-t-il, vous vous piquez prudemment le doigt...

Il attrapa la main de Puck, enfonça la lancette dans son majeur. Pitié ! Mon front se couvrit d'une sueur moite.

— Vous imprégnez délicatement chaque pointe de l'applicateur...

Il serra le doigt blessé jusqu'à ce que le sang coule. Je déglutis, le cœur au bord des lèvres.

— Et vous placez celui-ci sur le révélateur, conclut-il en agitant la carte dégoulinante de rouge sous nos yeux.

Je fermai les miens, assourdi par le bourdonnement qui avait envahi mes oreilles.

— La Croix-Rouge organise une collecte à Port Angeles le week-end prochain, et j'ai estimé que vous deviez connaître votre groupe sanguin, annonça M. Schuester, visiblement l'air très fier de lui. Ceux d'entre vous qui n'ont pas encore dix-huit ans auront besoin d'une autorisation parentale. Les formulaires sont sur mon bureau.

Il se mit à déambuler dans la classe avec sa pipette. Posant ma tête sur le carrelage frais de la paillasse, je luttai contre l'évanouissement. Autour de moi résonnaient les piaillements, geignements et rires de mes condisciples qui s'embrochaient le doigt. Je respirai lentement par la bouche.

— Ça ne va pas, Kurt ? me demanda anxieusement M. Schuester, soudain tout près de moi.

— Je connais déjà mon groupe sanguin, monsieur, chuchotai-je sans oser lever la tête.

— Un étourdissement ?

— Oui, murmurai-je en me giflant intérieurement pour ne pas avoir séché alors que j'en avais l'occasion.

— Quelqu'un peut-il emmener Kurt à l'infirmerie ? lança-t-il à la ronde.

Je n'eus pas besoin de regarder pour savoir que Puck se portait volontaire.

— Tu vas arriver à marcher ? s'enquit le prof.

— Oui.

J'aurais rampé s'il l'avait fallu ! Puck me parut bien empressé d'enlacer ma taille et de glisser mon bras sur son épaule. Lourdement appuyé contre lui, je me laissai entraîner à travers le campus. Une fois la cafétéria contourné et hors de vue de M. Schuester, je m'arrêtai.

— Accorde-moi une seconde de répit, Puck, s'il te plaît.

Il m'aida à m'asseoir au bord de l'allée.

— Et garde tes mains dans tes poches, ajoutai-je, peu amène.

Je me couchai sur le flanc, la joue collée sur le ciment humide et glacé, et fermai les yeux, ce qui me soulagea un peu.

— La vache, tu es tout vert ! lâcha Puck, nerveux.

— Kurt ? appela quelqu'un, non loin là.

Zut ! Pas cette voix atrocement familière ! Pourvu que je délire !

— Que se passe-t-il ? Il est blessé ?

Il s'était rapproché, et il semblait inquiet. Malheureusement, je ne délirais pas. Je serrai encore plus fort les paupières et priai pour mourir. Du moins, pour ne pas vomir.

— Je crois qu'il a perdu connaissance, bégaya Puck, embêté. Je ne sais pas pourquoi, il n'a même pas eu le temps de se piquer le doigt.

— Kurt, tu m'entends ? reprit Blaine, apparemment soulagé.

— Non, gémis-je. Fiche le camp.

Il rit.

— Je l'emmenais à l'infirmerie, se justifia Puck, mais il n'a pas réussi à aller plus loin.

— Je m'en occupe. Toi, retourne en cours.

— Non ! On me l'a confié.

Tout à coup, le sol s'éloigna. Stupéfait, j'ouvris les yeux. Blaine m'avait soulevé aussi facilement que si j'avais pesé cinq kilos et non cinquante-cinq.

— Lâche-moi !

« Seigneur, faites que je ne dégobille pas sur lui ! » Il était parti avant même que j'eus terminé ma phrase.

— Hé ! protesta Puck, déjà à dix mètres de nous.

Blaine l'ignora.

— Tu as une mine affreuse, m'annonça-t-il en souriant de toutes ses dents.

— Repose-moi par terre, grognai-je.

Les balancements de sa démarche n'arrangeaient rien. Il me tenait à bout de bras, précautionneux, sans effort apparent.

— Alors, comme ça, tu t'évanouis à la vue du sang ? persifla-t-il comme si c'était des plus amusants.

Je ne répondis pas. Refermant les yeux, je combattis de toutes mes forces la nausée, lèvres closes.

— Et il ne s'agit même pas du tien, continua-t-il, euphorique.

J'ignore comment il se débrouilla pour pousser la porte avec moi dans ses pattes mais, soudain, une vague de chaleur m'enveloppa, et je devinai que j'étais à l'intérieur.

— Oh, mon Dieu ! s'écria une voix féminine.

— Il est tombé dans les pommes pendant le cours de biologie, expliqua Blaine.

J'ouvris les paupières. J'étais à l'accueil, et Blaine longeait le comptoir à grands pas en direction de l'infirmerie. Mme Phillsbury, la secrétaire aux cheveux roux, courut en avant pour lui tenir le battant. Surprise, l'infirmière aux allures de grand-mère s'arracha à son roman lorsqu'il surgit dans la pièce et me déposa doucement sur l'alèse en papier craquant qui recouvrait le matelas de vinyle brun d'un des lits. Puis il alla s'adosser contre un mur, aussi loin que l'endroit étriqué le lui permettait. Son regard brillait d'excitation.

— Rien qu'une petite perte de connaissance, rassura-t-il l'infirmière. On pratiquait un test sanguin en sciences nat.

— Ça ne rate jamais, acquiesça la veille dame, du ton de celle qui en avait vu d'autres.

Blaine étouffa un rire.

— Reste allongé un moment, petit, ça va passer.

— Je sais, soupirai-je.

Mes haut-le-coeur s'estompaient déjà.

— Ça t'arrive souvent ?

— Parfois, avouai-je.

Blaine toussa pour dissimuler un nouvel accès d'hilarité.

— Tu peux retourner en cours, l'informa l'infirmière.

— Je suis censé rester avec lui.

Il avait parlé avec tellement d'autorité que la grand-mère n'insista pas, s'en tenant à une moue contrariée.

— Je vais chercher un peu de glace pour ton front, petit, enchaîna-t-elle avant de filer hors de la pièce.

— Tu avais raison, marmonnai-je.

— C'est souvent le cas. À propos de quoi, cette fois ?

— Sécher est bon pour la santé.

Je m'entraînais à respirer de façon égale.

— Tu m'as flanqué une sacrée frousse, admit-il après un bref silence, comme s'il confessait là une faiblesse humiliante. J'ai cru que Puck s'apprêtait à aller enterrer ta dépouille dans la forêt.

— Ha, ha.

Je commençais à me sentir mieux.

— Franchement, j'ai vu des cadavres qui avaient meilleure mine. J'ai craint un instant de devoir venger ton assassinat.

— Pauvre Puck. Je parie qu'il est furax.

— Il me déteste, admit gaiement Blaine.

— Tu n'en sais rien, objectai-je avant de me demander brusquement si, au contraire, il le savait très bien.

— J'en suis sûr, je l'ai lu sur son visage.

— Comment se fait-il que tu nous aies aperçus ? Je croyais que tu avais quitté le lycée...

J'étais presque remis, maintenant. Mon malaise serait passé plus vite si j'avais avalé quelque chose au déjeuner. D'un autre côté, il n'était pas plus mal que j'aie eu l'estomac vide.

— J'écoutais un CD dans ma voiture.

De sa part, une réponse aussi normale m'étonna. La porte s'ouvrit, et l'infirmière réapparut, une compresse froide à la main.

— Tiens, me dit-elle en la déposant sur mon front. Tu as repris des couleurs.

— Je crois que ça va, répondis-je en m'asseyant.

Rien qu'un petit bourdonnement dans les oreilles. Pas de vertige. Les murs vert menthe restèrent à leur place. Au moment où la grand-mère allait m'ordonner de me rallonger, le battant s'entrebâilla de nouveau, et Mme Phillsbury passa la tête à l'intérieur.

— Nous en avons un deuxième, annonça-t-elle.

Je bondis sur mes pieds afin de libérer la place pour le prochain invalide.

— Tenez, je n'en ai pas besoin, déclarai-je en rendant sa compresse à l'infirmière.

Puck entra en titubant. Il soutenait un autre élève de notre cours de biologie, Matt Rutherford. Ce dernier était jaunâtre. Blaine et moi reculâmes pour leur laisser le champ libre.

— Oh non…, marmonna Blaine. Va dans le bureau, Kurt.

Décontenancé, je le regardai.

— Fais-moi confiance et file.

Tournant rapidement les talons, j'attrapai la porte avant qu'elle se referme et m'éjectai de l'infirmerie, Blaine à mes basques.

— Tu m'as obéi, pour une fois, s'étonna-t-il.

— J'ai détecté l'odeur du sang, expliquai-je en fronçant le nez.

Contrairement à moi, Matt n'avait pas flanché rien qu'en observant les autres.

— Pour la plupart des gens, le sang n'a pas d'odeur.

— Pour moi si. Un mélange de rouille... et de sel. Qui me rend malade.

Il me dévisagea avec une expression insondable.

— Quoi ?

— Rien.

Puck surgit dans la pièce. Il nous balaya brièvement du regard. Sa façon d'observer Blaine me confirma qu'il détestait ce dernier. Maussade, il se tourna vers moi.

— Tu as l'air d'aller beaucoup mieux, me lança-t-il d'un ton accusateur.

— Contente-toi de garder tes mains dans tes poches, répliquai-je.

— Le test est fini, bougonna-t-il. Tu reviens en cours ?

— Tu plaisantes ? Je me retrouverais aussi sec ici.

— Mouais... Au fait, tu es partant, pour ce week-end ? La balade à la mer ?

Tout en me parlant, il adressa un nouveau coup d'œil peu amène à Blaine qui, appuyé au comptoir surchargé, était perdu dans la contemplation du vide, aussi immobile qu'une statue.

— Bien sûr, acquiesçai-je en adoptant le ton le plus amical dont j'étais capable. C'était entendu, non ?

— Rendez-vous au magasin de mon père, alors. À dix heures.

Il toisa Blaine derechef. Apparemment, il s'inquiétait d'en avoir trop dit. Tout dans son attitude laissait clairement entendre que l'invitation ne le concernait pas.

— J'y serai, promis-je.

— On se voit en gym, termina Puck en se dirigeant d'un pas incertain vers la sortie.

— C'est ça.

Il me regarda une dernière fois, sa figure ronde vaguement boudeuse, puis franchit lentement le seuil, les épaules basses. J'eus un élan de remords. Je n'étais pas sûr de pouvoir affronter sa déception au cours suivant.

— Ah, la gym ! grognai-je.

— Je peux arranger ça.

Je n'avais pas prêté attention à Blaine, maintenant tout près de moi.

— Va t'asseoir et tâche d'avoir l'air malade, murmura-t-il à mon oreille.

Ce n'était pas très difficile. J'étais pâle de nature, et mon évanouissement avait laissé une pellicule de transpiration sur mon visage. Je m'affalai sur une des chaises pliantes et appuyai ma tête contre le mur. Je ressortais toujours épuisé de mes accès de faiblesse.

Au comptoir, Blaine parlait doucement.

— Madame Phillsbury ?

— Oui ?

— Kurt a cours de gym, après, et je ne pense pas qu'il soit assez bien. En fait, je me demande si je ne devrais pas la ramener chez lui. Vous croyez que vous pourriez lui épargner cette épreuve ?

Sa voix ressemblait à du miel onctueux. Je devinai que ses pupilles étaient encore plus irrésistibles.

— Et toi, Blaine, tu as aussi besoin d'un mot d'excuse ? pépia la secrétaire d'un ton aguicheur.

Pourquoi étais-je incapable de prendre des intonations pareilles ?

— Non. J'ai Mme Hollyday, elle comprendra.

— Bon. C'est d'accord. Tu te sens mieux, Kurt ? me lança Mme Phillsbury.

J'acquiesçai faiblement, à peine cabotin.

— Tu es en état de marcher ou il faut que je te porte ?

Maintenant qu'il tournait le dos à la secrétaire, Blaine s'autorisait à persifler.

— Je me débrouillerai.

Je me levai prudemment – ça allait. Il me tint la porte, un sourire poli aux lèvres mais le regard moqueur. Je sortis dans le brouillard froid et léger qui venait de tomber. Ça me fit du bien – c'était la première fois que j'étais heureux de l'humidité permanente que déversait le ciel – et nettoya mon visage de sa sueur collante.

— Ça vaudrait presque le coup d'être malade, ne serait-ce que pour manquer la gym, dis-je tandis qu'il me suivait dehors. Merci.

— De rien.

Il fixait l'horizon, les yeux plissés sous les assauts de la pluie.

— Tu viendras ? Samedi ?

J'aurais bien aimé, quoique cela parût hautement improbable. Je le voyais mal s'entasser dans une voiture avec les autres élèves du lycée. Il n'était pas du même monde. Mais le simple espoir de sa présence suffisait à me donner un peu d'enthousiasme à la perspective de cette virée.

— Où allez-vous, exactement ? s'enquit-il, toujours aussi distant.

— À La Push. First Beach, pour être exacte.

Ses traits se crispèrent imperceptiblement, mais je ne réussis pas à déchiffrer son expression. Me jetant un coup d'œil en biais, il m'adressa une moue sarcastique.

— Je ne crois pas avoir été invité.

— Qu'est-ce que je suis en train de faire ? soupirai-je.

— Soyons sympa avec ce pauvre Puck, toi et moi. Ne le provoquons pas plus que nécessaire. Nous ne voudrions pas qu'il morde.

Une lueur malicieuse dansa dans ses pupilles. Cette éventualité le réjouissait plus que de raison.

— Maudit Puck, marmonnai-je, préoccupé par la manière dont Blaine avait dit « toi et moi », qui me plaisait un peu trop.

Nous avions atteint le parking. Je tournai à gauche en direction de ma camionnette. Blaine attrapa mon coupe-vent et me tira sèchement en arrière.

— Où crois-tu aller, comme ça ? demanda-t-il, offensé.

— Ben... à la maison.

— J'ai promis de te ramener sain et sauf chez toi. Tu t'imagines que je vais te laisser conduire dans cet état ?

Il était presque indigné.

— Quel état ? Et ma voiture ?

— Rachel te la déposera après les cours.

Il me remorquait vers son propre véhicule avec tant de vivacité que j'eus du mal à ne pas tomber à la renverse. Serait-ce arrivé, il m'aurait probablement traîné par terre.

— Lâche-moi ! criai-je.

Il m'ignora, et je titubai comme un crabe jusqu'à la Volvo, où il me libéra enfin. Je m'affalai contre la portière passager.

— Quelle délicatesse ! me révoltai-je.

— C'est ouvert, se contenta-t-il de répliquer en s'installant derrière le volant.

— Je suis parfaitement capable de rentrer chez moi tout seul !

Debout à côté de la voiture, je fulminais. Il pleuvait plus fort, à présent, et comme je n'avais pas mis ma capuche, mes cheveux dégoulinaient dans mon dos. Il baissa la fenêtre automatique et se pencha vers moi par-dessus le siège.

— Monte, Kurt.

Je ne répondis pas. J'étais en train de calculer mes chances de parvenir à ma fourgonnette avant qu'il ne me rattrape. Avouons-le, elles ne pesaient pas bien lourd.

— Je te jure que je te traînerai là-bas par la tignasse s'il le faut, me prévint-il, comme s'il avait deviné mes plans.

Je cédai en essayant de conserver le peu de dignité qu'il me restait. Ce ne fut pas très réussi. J'avais l'air d'un chaton à demi noyé, et mes chaussures gorgées d'eau chuintèrent.

— Tout cela est inutile, lâchai-je avec raideur.

Il laissa passer. Tripotant les boutons, il augmenta le chauffage et baissa le volume du lecteur CD. Nous sortîmes du parking. Décidé à ne pas lui décocher un mot de tout le trajet, j'adoptai une mine renfrognée de rigueur. Malheureusement, je reconnus la musique, et ma curiosité l'emporta sur mes résolutions.

Clair de Lune ? m'exclamai-je, surpris.

— Tu connais Debussy ? riposta-t-il, tout aussi éberlué.

— Pas bien, admis-je. Ma mère est une fan de classique. Je ne reconnais que mes morceaux préférés.

— C'est également l'un de mes favoris.

Les yeux fixés sur le pare-brise, il s'abîma dans ses pensées. J'écoutai le piano et m'installai plus confortablement dans le siège en cuir gris clair. Il était impossible de résister à la mélodie familière et apaisante. Dehors, la pluie gommait les contours de toutes choses, les réduisant à des taches grises et vertes. Je m'aperçus que nous roulions très vite ; la voiture avançait cependant avec tant de souplesse que je ne sentais pas la vitesse. Seuls les bâtiments qui défilaient laissaient deviner notre allure.

— De quoi ta mère a l'air ? me demanda-t-il soudain.

Tournant brièvement la tête vers lui, je constatai qu'il m'étudiait avec curiosité.

— Elle me ressemble beaucoup, en plus jolie.

Il sourcilla, perplexe.

— Je tiens pas mal de Burt, expliquai-je. Elle est plus extravertie, plus courageuse que moi. Irresponsable, un peu excentrique. Sa cuisine est imprévisible. Je l'adore.

Parler d'elle me déprimait, et je me tus.

— Quel âge as-tu, Kurt ?

Pour une raison que je ne pus identifier, sa voix contenait des accents de frustration. Il avait arrêté la voiture, et je me rendis compte que nous étions arrivés. La pluie était si dense que j'avais du mal à distinguer la maison. On aurait dit que la Volvo avait plongé dans une rivière.

— Dix-sept ans, répondis-je, interdit.

— Tu fais plus, déclara-t-il d'un ton réprobateur qui déclencha mes rires. Qu'est-ce qu'il y a de drôle ?

— Ma mère passe son temps à répéter que j'avais trente-cinq ans à ma naissance et que je suis un peu plus dans la force de l'âge chaque année. Il faut bien que quelqu'un soit adulte, ajoutai-je en soupirant. Toi non plus, tu n'as pas beaucoup l'allure d'un lycéen.

Il me gratifia d'une grimace et changea de sujet.

— Pourquoi ta mère a-t-elle épousé Will ?

Je fus surprise qu'il se souvînt du prénom. Je ne l'avais mentionné qu'une fois, presque deux mois plus tôt. Je réfléchis un moment.

— Elle... elle n'est pas très mûre, pour son âge. Je crois que Will lui donne l'impression d'être plus jeune. Et puis, elle est folle de lui.

Je secouai la tête. Cette attirance restait un mystère pour moi.

— Tu approuves ?

— Quelle importance ? Je veux qu'elle soit heureuse... et il est ce dont elle a envie.

— C'est très généreux... Je me demande...

— Oui ?

— Pousserait-elle la courtoisie à te rendre la pareille ? Quel que soit le garçon que tu choisisses ?

Tout à coup, ses yeux fouillèrent les miens avec intensité.

— Je... je crois, balbutiai-je. Mais c'est elle la mère, après tout. C'est un peu différent.

— Alors, pas un type trop effrayant, j'imagine.

— Qu'entends-tu par-là ? plaisantai-je. Des piercings sur toute la figure et une collection de tatouages ?

— C'est une des définitions possibles du mot.

— Quelle est la tienne ?

Il ignora ma question pour m'en poser une autre, un vague sourire illuminant ses traits.

— Penses-tu que je pourrais passer pour effrayant ?

Je méditai quelques instants, hésitant entre lui dire la vérité et proférer un mensonge. J'optai pour la vérité.

— Euh... oui. Si tu le voulais.

— As-tu peur de moi, là, maintenant ?

Son visage d'Apollon était tout à coup très sérieux.

— Non.

Mais j'avais répondu trop vite, car le sourire resurgit.

— Et toi, vas-tu me parler de ta famille ? attaquai-je pour détourner son attention. Elle doit être bien plus intéressante que la mienne.

Aussitôt, il retrouva sa prudence naturelle.

— Que veux-tu savoir ?

— Les Anderson t'ont adopté ?

— Oui.

J'hésitai une seconde, puis me lançai :

— Qu'est-il arrivé à tes parents ?

— Ils sont morts il y a des années.

— Désolée.

— Je ne m'en souviens pas bien. Antony et Sarah les ont remplacés depuis si longtemps.

— Et tu les aimes.

C'était une affirmation. La tendresse de sa voix avait suffi à m'en convaincre.

— Oui. Je doute qu'il y ait meilleures personnes au monde.

— Tu as beaucoup de chance.

— J'en suis conscient.

— Et ton frère et ta sœur ?

Il jeta un coup d'œil à la pendule du tableau de bord.

— Mon frère et ma sœur, sans parler de Brittany et Rachel, vont être furieux si je les fais languir sous l'averse.

— Désolée. Il faut que tu y ailles.

Pourtant, je n'avais pas envie de quitter sa voiture.

— De ton côté, tu préfères sûrement récupérer ta camionnette avant que le Chef Hummel rentre, histoire de ne pas avoir à mentionner le petit incident de tout à l'heure.

— Je suis sûre qu'il est déjà au courant, ronchonnai-je. Il n'y a pas de place pour les secrets, à Forks.

Il éclata d'un drôle de rire.

— Amuse-toi bien à la mer... joli temps pour bronzer, ajouta-t-il, allusion à la pluie qui dégringolait.

— Je te vois, demain ?

— Non. Finn et moi avons décidé de nous octroyer un week-end précoce.

— Qu'est-ce que vous avez prévu ? lançai-je en priant pour que ma voix ne trahisse pas trop ma déception.

Un ami avait le droit de demander ça, non ?

— Une randonnée du côté des Goat Rocks, au sud du mont Rainier.

Je me rappelai Burt mentionnant que les Anderson allaient souvent camper.

— Ah bon. Profites-en bien, lui souhaitai-je, feignant l'enthousiasme.

Je ne crois pas l'avoir trompé, cependant.

— Accepterais-tu de me rendre service, ce week-end ?

Il se tourna vers moi, plongeant ses pupilles d'or incandescent dans les miennes pour jouer à fond de leur pouvoir. J'acquiesçai, tétanisé.

— Ne le prends pas mal, continua-t-il, mais j'ai l'impression que tu es de ces gens qui attirent les accidents comme un aimant. Alors... tâche de ne pas tomber à l'eau ni de te faire écraser par quoi que ce soit, d'accord ?

Il me gratifia de son sourire en coin. En vain, car ma fascination s'était évanouie en entendant ses paroles – je le fusillai du regard.

— On verra ! aboyai-je en bondissant sous la pluie.

Je claquai la portière derrière moi avec une violence inutile. Il s'éloigna sans se départir de sa bonne humeur.


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