Au petit matin, l'aube se leva dans toute sa gloire, le soleil apparut au-dessus des montagnes si lentement que les rayons glissaient comme des langues de feu sur la vallée illuminée par la lumière. C'était comme si le monde entier était en feu.
Drago en avait aussi l'impression. Il s'était réveillé facilement, ses yeux étaient étonnamment alertes malgré son sommeil agité et ce ne fut que lorsqu'il eut tourné la tête vers la fenêtre et que son regard se posa sur le soleil brillant dans le ciel qu'il plissa les yeux et que son expression devint froide et intimidante. Maintenant, une heure plus tard, il était appuyé contre le mur et regardait le ciel tout en ignorant les regards noirs échangés de l'autre côté de la salle.
La journée de Hermione et de Severus ne commençait pas très bien. Ils s'étaient réveilles en découvrant qu'ils avaient été victimes d'un sort, et savoir qu'ils avaient partagé un espace de un mètre cinq pendant la nuit n'arrangeait rien. Des étincelles avaient jaillis entre eux dès qu'ils virent qu'ils avaient partagé le même lit, ils dépêchèrent de se lever et aussitôt, Severus établit à nouveau ses limites personnelles. Maintenant le Serpentard le plus âgé semblait furieux contre le monde entier et en particulier contre Hermione et Drago. Hermione, quant à elle apparaissait légèrement offensée et trahie. Tous deux lançaient de temps à autre des regards agacés vers Drago qui ne semblait pas les remarquer.
La mission de sauver le monde a été assignée à une bande de bouffons. Et pourtant, y en-a-t-il de meilleur ? En y réfléchissant bien, on pouvait en douter. C'est étrange, le futur repose souvent sur la vie d'une seule personne. On peut éteindre ou faire briller une lumière plus longtemps, grâce à une seule personne, la meilleure, et celle-ci ne connaîtra jamais son importance.
Harry Potter, le Sauveur du Monde Sorcier. Je me demande si tu comprendras un jour pourquoi tant de personnes voient en toi un sauveur ? Elles-mêmes ne sauront jamais pourquoi elles te confèrent un tel titre ni d'où il vient.
Il est étrange de voir que les humains tiennent autant compte de leur histoire, qu'ils croient qu'elle détient la vérité absolue, alors qu'elle est encore plus fabuleuse que les légendes et histoires qui passent d'une génération à une autre. On se souvient des icônes qui ont été révérées. Elles étaient rarement adorées pour ce qu'elles étaient. Non, ce qui comptait, c'était les attributs qu'on leur conférait. Et ceux qui ont réellement façonné l'histoire, ceux qui ont combattu, ont saigné et perdu, ont été oubliés, noyés dans les ombres de ceux qui par égard pour eux, se sont dégagés.
Dans deux cent ans qui se souviendra de Drago Malfoy ? Qui reconnaîtra Hermione Granger ? Qui confondra Albus Dumbledore avec quelqu'un d'autre ? Mais qui aura oublié Harry Potter ? Comme Merlin lui-même, il serait immortalisé pour des exploits qu'il n'avait pas réalisés. On se souviendra d'eux pour ce qu'ils n'avaient jamais été.
« L'Histoire a été récrite pour des choses moins importantes. »
Albus savait. Albus comprenait. Et Albus savait pourquoi.
On change tout ce que l'on touche. Pourtant soit on met le feu, soit les cendres gisent hors de notre contrôle. Tout ce que nous pouvons faire est espérer que nous n'avons pas fait les mauvais choix.
Quand Drago était arrivé pour la première fois à Poudlard, il était un individu froid, sec et énigmatique, privé de lumière et de chaleur. Une petite étincelle et les ombres s'étaient enfuies. La glace avait fondu. Même maintenant qu'il était dans un brouillard de confusion et de frustration, qu'il était bordé par le chagrin et la colère, le feu de Drago brûlait, brillait et refusait de s'éteindre.
Et il y avait Severus Snape. Il possédait un feu qui rivalisait avec celui du grand Albus Dumbledore et pourtant, il est resté latent et étouffé sous les cendres de son passé. Une brise imprévue, réveilla les braises et le feu s'attisa.
Même Hermione Granger, si souvent reléguée au rôle d'acolyte, brûlait avec une chaleur, une lueur dorée rarement vue dans le cœur des humains. Et même au milieu de cette tragédie, elle refusait de mourir.
Il s'agissait d'une si petite chose, si facile à gagner et à rater. Pourtant pour les humains, c'est ce qui compte le plus. Ils l'ont cherché, ils l'ont haï, ils l'ont nié, ils l'ont désiré, ils en ont rêvé, ils l'ont tant perverti et tordu tant qu'on ne la reconnaît plus. Mais pour l'amour, ils sont capables de renverser le monde.
Pendant des milliers d'années, il les avait regardés. Il avait observé leurs combats et leur vie. Leurs actions l'avaient rendu perplexe et confus. Puis pendant mille autres années, il avait vécu parmi eux, il avait choisi parmi la multitude ceux dont le feu brillait le plus et il avait appris. Il avait compris pourquoi ils pensaient ainsi, pourquoi les choses les plus bizarres les rendaient forts. Et lentement, ils avaient laissé leurs marques sur lui alors il avait commencé à les altérer.
Si vous saviez ce que je sais, vous ne vous inquiéteriez pas autant. Avant que le Jour où tout a Brûlé arrive, vous comprendrez. Et vous n'aurez pas peur.
Fumfseck froissa ses plumes, leva ses griffes et se gratta la tête.
J'ai l'impression de perdre la tête.
Ce ne serait pas surprenant toutes choses considérées. Prenez une enfance incroyablement merdique, des émotions conflictuelles, mélangez-le tout à de la tragédie et du désespoir. Oui, il était fort possible que la folie le gagne.
Qu'il ait l'impression que la lumière du soleil brûle sa peau, ne faisait rien pour arranger les choses. Maintenant il entendait, à la limite de sa perception, un craquement sec, comme si les feuilles mortes étaient brûlées dans un feu de joie. Tout ce dont il avait besoin maintenant était d'entendre des voix. Et s'il se concentrait vraiment, s'il écoutait avec toute son attention sur ce son étrange…
Drago se frotta violemment la tête. Ce n'est pas en train de m'arriver. Je ne deviens pas fou. Je ne peux pas devenir fou. Pas maintenant. Pas avant que tout ne soit terminé. Bien sûr, si tout se passait selon son plan, qui, il l'admettait, était brinquebalant, il n'aurait aucune raison de devenir fou. Ce qui serait probablement tout aussi bien.
Sentant des yeux sur lui, Drago baissa lentement les mains et tourna la tête. Il s'attendait à voir Severus ou Hermione qui le regardait avec des yeux noirs, mais ce furent les yeux dorés de Fumfseck qu'il rencontra.
Si je ne le savais pas mieux, je penserais que c'est toi, pensa Drago. Il réalisa alors, qu'il en savait autant sur les phœnix que sur le monde moldu, c'est à dire à peu près rien. Et s'ils pouvaient communiquer avec les gens, ne le saurait-on pas ? Bien sûr, tout le monde sait que les larmes de phœnix ont des propriétés curatives, mais toi tu n'en avais aucune idée, se rappela Drago avec sarcasme. Peut-être que tout le monde sait qu'ils peuvent parler. 'Excuse-moi, Hermione ? Oui, je me demandais si les phœnix avaient d'autres talents que celui de guérir grâce à leurs larmes ? Comme…parler ? Parce que tu vois, je crois que Fumfseck essaie de communiquer avec moi'. Oui, ça pourrait certainement les convaincre que j'ai toutes mes facultés mentales.Comme s'il savait ce qu'il pensait, Fumfseck pencha la tête sur le côté et pépia. Drago haussa un sourcil. Fumfseck froissa ses plumes et parvint à paraître complètement indifférent. Drago soupira. Voilà pour ma théorie.
Drago fit le tour de la pièce des yeux et remarqua qu'une dispute avait éclaté de l'autre côté de la salle. Depuis combien de temps se battent-ils ?
« Si nous voulons être une équipe gagnante, » Hermione, avait bien du mal, mais essayait de rester diplomate. « Nous -»
« Je ne me souviens pas avoir énoncer mon intention de remplacer Monsieur Weasley pendant que le trio est hors jeu. » L'interrompit froidement Severus en la regardant avec des yeux noirs derrière la masse de ses cheveux.
Nous devons nous trouver une douche, pensa Drago en les regardant. Leur robe était sale- celle de Severus était trouée à plusieurs endroits- et leurs cheveux étaient emmêlés et plats. Bien qu'il ne puisse pas se voir, Drago sentait les nœuds dans ses cheveux et savait, parce qu'il avait passé un temps considérable allongé sur le sol, qu'il était aussi sale que les autres.
« Je n'ai jamais dit ça, » Poursuivit Hermione et bien qu'elle fronçait les sourcils, elle gardait patience. « Pourtant, vous -»
« Je ne me rappelle pas non plus vous avoir donné la permission de me toucher. » Cria Severus.
« Et je ne me rappelle pas vous avoir permis de me jeter un sort ! » Claqua Hermione. Elle n'essayait plus d'être patiente et regardait Severus avec des yeux noirs et avec colère.
« Vous voulez dire que j'aurais dû vous demander la permission ? » Lui demanda Severus avec sarcasme en feignant la surprise. « Et moi qui ai pensé pendant toutes ces années qu'il ne fallait jamais informer l'autre parti qu'on va lui jeter un sort ! »
« Vous ne devriez pas jeter des sorts offensifs sur vos amis ! »
« Depuis quand suis-je votre ami ? »
« D'accord, ça suffit, » Intervint Drago. Il se plaça entre les deux. « J'ai perdu le sens de la dispute. Quel est le problème ? »
Severus le regarda avec des yeux noirs. « Comme si tu pouvais parler. »
Drago leva les yeux au ciel. « Le karma est un salop, non ? » Demanda-t-il rhétoriquement.
Quand il vit Severus écarquiller les yeux, il ferma la bouche. Il avait reconnu son expression. Les mots avaient pour lui une signification totalement différente.
« Tu as obligé Hermione à dormir, je t'ai obligé à dormir… » Drago se tut, émit un dernier grognement et se frotta les yeux.
« Ecoutez, j'ai faim, je suis sale et je me sens vraiment crasseux. » Drago essaya une nouvelle fois en les regardant l'un après l'autre. « De plus je suis épuisé et raide d'avoir dormi par terre. Maintenant regardez-vous, je pense que vous ressentez la même chose et puisque vous avez certainement mangé autant que moi ces derniers jours, je parierai que vous avez très faim. Alors au lieu de nous défouler les uns sur les autres parce que nous sommes mal à l'aise et inquiets, pourquoi n'essayons-nous pas de nous trouver une douche et à manger ? » Il répéta ses paroles dans sa tête et pâlit. « Oh doux Jésus… »
« Quoi ? » Lui demanda Hermione en le voyant paniquer.
« Je deviens celui qui est raisonnable ! » S'exclama Drago en la regardant avec horreur. Il se tourna vers Severus. « Vite, jette-moi l'Avada Kedavra avant que je ne me disgracie davantage ! »
Severus renifla et leva les yeux au ciel. « Tu es surtout la reine du théâtre dramatique. J'espère que tu es fier de toi. »
Remercie-moi d'essayer, Severus. Ce n'est pas comme si j'avais une grande expérience. La dernière fois que j'ai vérifié, j'étais plus apte à provoquer des ressentiments qu'à les arranger.
« Je suis désolé d'avoir crier, Severus » Dit Hermione quand elle s'arrêta de rire. « Je comprends pourquoi vous m'avez jeté un sort. Si vous me l'aviez simplement suggéré, je ne serais probablement pas aller me coucher, j'aurais voulu rester éveillé pour essayer de trouver des solutions. »
«Je ne voulais pas non plus me disputer avec vous, mais j'espère que vous allez parvenir à garder le contrôle de vos mains baladeuses. » Concéda Severus avec un peu de bonne volonté.
« J'étais vraiment endormi, » Ajouta Hermione avec un sourire penaud. « Je ne savais pas ce que je faisais. C'est vrai. »
« Très bien, je ne veux pas savoir de quoi vous parler, » Dit Drago sèchement. « Et je vous promets que lorsque nous aurons sauvé le monde, je ne parlerai de votre petit rendez-vous ni à Weasel ni à Potter. »
« Monsieur Malfoy… » Le prévint Severus.
« Tais-toi, Malfoy, » Hermione secoua la tête, fatiguée. Discuter avec lui de bon matin était trop lui demander.
Drago se contenta de sourire d'un air satisfait. Eh bien, c'est un désastre d'évité. Il regarda Severus. « Alors, quel est le plan ? »
« Nous avançons dans le temps, » Répondit Severus succinctement puis quand Drago haussa un sourcil, il lui fit un rapide compte rendu de la conversation qu'il avait eue avec Hermione la veille au soir.
« Je comprends, » Dit Drago en s'avança vers le sac à dos posé par terre. Il vérifia que la cape d'invisibilité et la Carte des Maraudeurs étaient bien rangés. « Allons-y. »
Severus avait pris le retrouneur de temps. Il était au milieu de la pièce et regardait le sablier d'un air sceptique. Hermione se rapprocha et après être allé chercher Fumfseck, Drago s'approcha d'eux.
« Il y a un petit problème avec le retourneur de temps, » Lui dit Hermione quand Drago commença à s'impatienter.
Drago se sentit pâlir. « Ne me dites pas que vous l'avez cassé. Si nous sommes coincés ici… »
Hermione le regarda avec mépris. « Tu te rends compte qu'il y a un Ministère de la Magie à cette époque, hein ? S'il arrive quelque chose au retourneur de temps, nous pouvons toujours aller au Ministère et en prendre un autre. »
Drago résista au désir de lui tirer la langue. Enfermez-nous tous dans une pièce et nous nous comportons comme des enfants et ce peu importe notre âge. Je suis sûr que si Potter était là, il aurait une explication stupide qu'il aurait volée à son ami moldu.
« Il n'est pas cassé, » Severus interrompit les pensées de Drago et regarda le sablier. « Nous ne savons pas comment l'utiliser correctement, c'est tout. Jusqu'à présent, il a choisi la destination arbitrairement. »
« Je ne sais pas si le choix est vraiment arbitraire, » Répondit Drago en regardant le sablier. « Réfléchissez-y. Quand nous sommes partis, nous voulions nous assurer que tout se déroulerait selon nos souvenirs. Tu anéantis les moldus et tu nous rencontres, Potter et moi, comme dans nos souvenirs. » Ajouta-t-il avec tact. Il ne mentionna pas qu'ils avaient interféré dans la concentration de Harry pendant l'assaut du château et que c'était apparemment ce qui avait provoqué sa mort.
« Qu'es-tu en train de dire ? » Lui demanda Hermione avec prudence.
«Je pense qu'il agit comme il est censé le faire. »
Severus secoua la tête. « La réussite de cette mission ne doit pas reposer sur la chance. »
« Avez-vous une idée de la manière dont fonctionne ce truc ? » Lui demanda Drago à brûle pour point.
« Non pas vraiment, » Admit Severus. « Non. »
A de nombreux égards, Drago pouvait être considéré comme un Malfoy. D'abord par son étrange ressemblance avec son père et par son nom. Drago, ne partageait pas la philosophie ni les principes avec lesquels sa famille vivait et prospérait. Mais, certaines croyances étaient enracinées dans des traditions vieilles de centaines d'années et ni le temps, ni l'expérience ne pouvaient les effacer. Parmi elles se trouvait cette croyance : on fait ce que l'on doit faire sans que l'on ait besoin de nous surveiller ; les choses se passent comme elles sont censées se passer et tout ce que l'on doit faire pour obtenir ce que l'on veut est de faire connaître aux autres ses désirs.
Quand toutes les autres possibilités furent épuisées, Drago, comme toutes les autres personnes, fit ce qu'il connaissait le mieux. « Très bien, écoutez, » Claqua-t-il en prenant le retourneur du temps des mains de Severus et en le regardant avec des yeux noirs. « Fais-nous avancer dans le temps, à l'époque à laquelle nous devons aller. Pas de détours. D'accord ? » Il ponctua son ordre en tournant le sablier et en le secouant.
« Espèce d'idiot ! » Cria Hermione en voulant le lui reprendre.
Mais il était déjà trop tard.
Le sable scintilla d'une lumière incandescente. Et la salle autour d'eux disparue.
Ils étaient toujours dans la Salle sur Demande. Severus en était certain. Cela voulait dire que le château n'était pas encore tombé. Mais, il ne pouvait pas être plus précis, le château avait une longue histoire. Il savait, qu'ils pouvaient tout aussi bien être une centaine d'années dans le passé ou quelques minutes avant sa destruction. Severus commençait à avoir mal à la tête, comme à chaque fois qu'il n'avait pas le contrôle de la situation.
Il grimaça et prit le retourneur de temps des mains de Drago. « Si tu essaies de compenser l'absence de Potter en faisant toi-même des idioties, je t'assure que je n'apprécie pas. »
Drago soupira théâtralement, mais ne sembla pas impressionné par le regard noir de Severus. « Et moi qui pensais avoir travaillé pour rien. » Plaisanta-t-il en levant les yeux au ciel. « Laisse-moi un peu tranquille, Severus. Je nous ai épargnés plusieurs heures d'inaction et de chamailleries qui n'auraient servi à rien. »
Et j'ai aussi gagné plusieurs heures de chamailleries. Quelle merveilleuse amélioration. « Qu'il en soit ainsi, » Severus préféra dire. « Je te demanderais de ne pas recommencer. »
« Tu ne peux pas jouer avec des instruments magiques aussi compliqués, » Ajouta Hermione. Elle fronça les sourcils en regardant Drago comme si elle attendait de lui un certain comportement et que celui-ci venait de la décevoir. « Tu ne sais pas ce qui aurait pu se passer. »
« C'est un retourneur de temps, Hermione, » Répondit Drago d'un air absent. « Le pire qu'il puisse nous arriver est que nous ne soyons pas à la bonne période, dans ce cas, nous n'aurions eu qu'à recommencer. Ce n'est pas comme si nous pouvions détruire le monde plus qu'il ne l'est déjà. »
« C'est tout de même incroyablement irresponsable de faire une telle chose. » Persista-t-elle.
« Pourquoi ? » Lui demanda Drago. Il semblait déconcerté. « Nous ne savons à quelle période nous sommes censés revenir, de toute façon. »
« Tu ne sais pas ce que tu fais ! » S'exclama Hermione, frustrée.
« Toi non plus ! »
« J'en sais plus que toi ! »
Quand ces imbéciles vont-ils enfin grandir ? Se demanda Severus avec une résignation morose. Ils ont bientôt vingt ans et ils se comportent encore comme des adolescents idiots. Severus ignora allégrement qu'il venait lui-même de sortir d'une scène aussi puérile, jouée par des susnommés imbéciles.
« Ca suffit, » Dit Severus sur un ton tranchant en coupant la chamaillerie. « Monsieur Malfoy, il n'était pas nécessaire d'avoir recours à votre stupidité puérile, votre maturité et votre raisonnement m'avaient suffisamment impressionné. Quant à vous, mademoiselle Granger… »
Drago lui sourit. « Ca fait du bien de voir que tu te sens mieux, Severus. »
Severus haussa un sourcil. « Veux-tu m'expliquer pourquoi tu changes de sujet ? »
« Tu te moques à nouveau de nous, » Répondit Drago comme si cette phrase, expliquait tout. Quand il remarqua que Severus continuait à le dévisager, il prit le ton résigné de celui qui croit que le monde ne pense pas assez de bien de lui. « Plus tu es découragé, plus tu agis humainement envers le reste du monde. Mais une fois que tu sors de ta dépression, tu recommences à être inamical et ouvertement insultant. Ne t'inquiète pas Severus, Potter et moi sommes probablement les seules personnes à avoir réussi à résoudre le mystère de ton irritable personnalité. Euh, et Hermione, puisqu'elle vient de m'entendre. »
Severus leva les yeux au ciel et n'essaya même pas de nier le psychologue amateur. Le monde est déjà infligé d'un Ben Collins avec sa psychologie de pacotille, nous n'avons pas besoin d'en avoir un deuxième. « Ai-je besoin de vous rappeler la raison de notre présence ici, ou pouvez-vous vous remettre à la tâche de votre plein grés ? »
« Pourquoi n'utilisons-nous pas la cape ? » Suggéra Hermione. « L'un d'entre nous peut sortir du château et voir à quelle époque nous sommes. »
C'était le premier commentaire intelligent que Severus entendait depuis le début de la journée. « J'y vais, » Dit-il. Il se tourna ensuite vers Drago et tendit la main. « Passes-moi la cape, Drago. Je devrais -»Il se tut comme si son cerveau venait de voir l'image que ses yeux lui montraient.
Drago faisait face à Severus et au premier regard on aurait dit qu'il écoutait, mais ses yeux étaient opaques, et regardaient à travers Severus.
« Drago ? » Lui demanda doucement Severus.
« Le meilleur endroit pour tenir une réunion secrète est mon bureau. » Murmura Drago, il parlait comme s'il citait quelqu'un. Ses yeux regardaient toujours un point visible de lui seul.
« Quoi ? » Severus regarda Hermione qui lui rendit son regard avec stupéfaction et secoua la tête. Bon sang, que se passe-t-il ? L'angoisse qui compressait la poitrine de Severus quand il vit les yeux aveugles de Drago, empira en entendant cette voix caverneuse. Ce n'était pas un sentiment agréable.
Severus posa une main sur son bras. « Drago ! »
Drago sursauta comme s'il était surpris et se tourna vers Severus. « Hein ? Quoi ? » Demanda-t-il en clignant des yeux et en frottant distraitement son visage.
« Est-ce que tu vas bien ? »
Drago haussa un sourcil. « Est-ce une question piège ? »
« Que se passe-t-il ici ? » Leur demanda Hermione.
« Je viens…d'avoir une idée. » Répondit vaguement Drago. Mais aux yeux de Severus, il n'avait pas l'air du tout convaincu par cette affirmation. Les soupçons de Severus furent confirmés quand il entendit Drago murmurer dans sa barbe, « Je pense. »
« J'ai découvert au cours de mon existence, qu'aucune phrase ne m'inspire autant d'appréhension que celle-ci, » Répondit Severus en le regardant avec méfiance. Je ne pas besoin d'un autre problème. Severus se demanda, pour ce qui lui semblait être la millionième fois, pourquoi il était toujours le pauvre malheureux à qui on mettait dans les bras chaque désastre et chaque idiot enclin à en créer encore plus.
« Tous les deux, toi et moi, » Drago lui sourit légèrement puis secoua la tête. « Ecoutez simplement et faites-moi confiance, d'accord ? Je pense savoir comment résoudre au moins ce problème. »
Severus regarda Hermione par-dessus la tête de Drago. Celle-ci essayait de lui faire comprendre avec ses yeux et avec des gestes frénétiques, qu'il fallait arrêter Drago avant que le jeune homme ne fasse quelque chose de stupide ou les entraîne dans une mort certaine. Severus soupira. Pourquoi est-ce que ça tombe toujours sur moi ? « Bien. Dis-nous tout. »
Drago regarda Hermione et sourit d'un air satisfait. Il lui montra ainsi qu'il avait remarqué leur échange et leur tendit la main.
« Et que veux-tu que je fasse avec ça ? » Lui demanda-t-elle en ne quittant pas des yeux la main tendue comme s'il s'agissait d'un serpent particulièrement dangereux.
Severus vit la lueur espiègle dans les yeux de Drago, une seconde avant qu'il n'ouvre la bouche. « Si tenir ma main est une manigance absurde, » Claqua-t-il en le prévenant. Il coupa le commentaire que Drago s'apprêter à formuler.
Drago haussa un sourcil et jeta un œil vers Severus. Jolie tentative, Severus, lui dit les yeux gris. « Potter n'est pas là, Severus. Ce ne serait pas aussi drôle. »
« Et maintenant que nous avons la certitude que tu te sens mieux. » Lui dit Severus sèchement en prenant sans la serrer, la main de Drago. Du coin de l'œil, Severus vit Hermione lever les yeux au ciel et faire de même.
Le coin des lèvres de Drago s'étira, mais il tourna la tête vers le phœnix perché sur son épaule, sans faire d'autre commentaire. « Fumfseck, conduis-nous dans le bureau de Dumbledore. »
Ils furent engouffrés dans une lumière de feu et quand elle eût disparue, ils se trouvaient au milieu du bureau du directeur. Albus lui-même était absent, mais quand Severus fit le tour de la pièce du regard, il vit que le bureau n'était pas entièrement vide. Fumfseck était assis sur son perchoir à côté du bureau et les regardait curieusement.
Severus ne savait pas ce à quoi il s'attendait quand il son regard passa du phœnix sur son perchoir à celui sur l'épaule de Drago, mais inconsciemment, il se tendit et se prépara au pire.
« Vous ne devez pas être vu. » C'était la règle la plus importante quand on remontait le temps.
« Vous ne devez pas être vu. » Mais personne n'avait jamais dit pourquoi. Ou expliquait ce qui se passerait si on était vu.
Les minutes s'écoulèrent mais rien ne se passa. Severus se détendit. Il n'y eut pas de lumière vive, l'espace ne se contracta pas, le temps ne fut pas déchiré en deux, ils ne furent pas plongés dans les ténèbres parce que le monde avait cessé d'exister. Et il dut admettre, que la part sadique qui logeait dans les tréfonds de son esprit, était un tout petit peu déçue. Après toutes ces histoires, on pouvait s'attendre à quelques destructions et au chaos.
« Severus ? » L'appela Hermione en interrompant sa rêverie. Elle était devant le bureau du directeur. « Je pense que vous devriez regarder cela. »
Curieux, il s'approcha d'elle et regarda ce qu'elle lui désignait. C'était la preuve tangible que ses soupçons étaient valides : Albus était impliqué dans ce qui leur arrivait. Où est le soulagement que je devrais ressentir ? Le fait de savoir qu'il est conscient de tout, ne devrait-il pas m'apporter un peu de réconfort ? Pourquoi suis-je soudain encore plus inquiet ?
« D'accord, que regardons-nous ? » Leur demanda Drago en arrivant par-derrière. Il jeta un coup d'œil derrière l'épaule de Hermione. « Oh…Il savait vraiment… »
Un innocent plateau de sandwiches, une théière et trois tasses ne devraient pas provoquer un silence aussi pesant. Bien sûr, le malaise pouvait tout aussi provenir de l'enveloppe posée devant les sandwiches. Ils pouvaient lire leurs noms, inscrits dessus de la main d'Albus.
Ils échangèrent un rapide regard.
« Vous devriez l'ouvrir, » Lui dit Hermione doucement en désignant l'enveloppe.
« Allez, Severus. Ton nom est dessus. » Ajouta Drago. Sa voix était aussi étouffée que celle de Hermione.
Bon sang, pourquoi murmurons-nous ? Se demanda Severus. Il prit l'enveloppe d'un geste brusque et la regarda avec des yeux noirs comme si elle connaissait les réponses à toutes ses questions mais refusait de les divulguer. C'est juste une enveloppe. Il la tourna avec prudence et remarqua le sceau d'Albus au dos de l'enveloppe.
Si ce n'est qu'une enveloppe, alors pourquoi es-tu si effrayé à l'idée de l'ouvrir ? Lui demanda une petite voix sournoise. Le temps s'écoulait mais il n'avait pas encore brisé le sceau.Et merde, Severus se lança. Il décacheta l'enveloppe et l'ouvrit. Quand il commençait à se disputer avec lui-même, ce n'était jamais bon signe. Tout argument cessa quand il retira le parchemin et le déplia.
Severus,
Sachez que vous êtes où- et ce qui est certainement plus important, à l'époque à laquelle vous devez être. Je ne peux pas rendre votre mission plus facile, mais je peux peut-être la rendre un peu plus confortable. Pendant la durée de votre séjour, considérez mes quartiers comme les vôtres. Personne ne devrait entrer et vous déranger et vous n'aurez pas besoin d'aller chercher à manger et à boire, vous devriez en avoir suffisamment. Tout ce que je vous demande est de ne quitter mes quartiers que dissimulé. Je ne pourrais pas vous garantir que mon bureau sera vide. Je m'occuperais de tout ce que vous pourriez avoir besoin au quotidien pour que vous puissiez vous concentrer sur votre mission.
Je suis profondément désolé que vous ayez à endurer cela. Je sais que ce n'est pas une tâche facile. Si je pouvais vous dire ce que vous devez faire, je le ferais. Mais je ne le peux pas. Toutes les informations que je pourrais vous donner sans compromettre votre réussite, je vous les ai déjà données et bien que vous pensez que ce n'est pas beaucoup, croyez-moi, c'est suffisant. La tâche semble impossible, mais sachez qu'elle ne l'est pas. Vous portez en vous la solution. Vous devez seulement vous en souvenir. Et avoir foi en vous et en ceux qui voyagent avec vous. L'aurore viendra, Severus. Je vous le promets.
Pardonnez-moi, pour ce que je vous fais porter. Mais il n'y avait vraiment pas d'autres moyens.
Albus Dumbledore.
Severus leva les yeux et regarda les visages de Drago et de Hermione, puis baissa les yeux sur la nourriture posée sur le bureau. Il prit un air renfrogné, grimaçant au monde entier. Nous avons provoqué le mal le plus grand, sans le vouloir. Vous le savez aussi bien que moi, Albus.
« C'est mauvais, non ? » Lui demanda Drago d'une voix douce.
Severus secoua la tête et soupira de résignation. « Non, pas vraiment. Il s'agit simplement d'Albus, il ne donne aucune explication, comme d'habitude. Lis par toi-même. »
Drago prit la lettre et la lut avant de la donner à Hermione. « Il dit que tu as la solution pour nous sortir de cette galère. » Murmura Drago en le regardant avec interrogation.
« Il dit aussi qu'il n'a souhaité faire aucun mal. » Rétorqua Severus. « Je ne vois pas quel bien nous apporter cette déclaration. Le mal a été fait et je n'ai aucune idée de ce dont il parle. »
« Eh bien, j'ai une idée. » Proposa Hermione en rendant la lettre à Severus.
« Nous sommes tout ouïe, Hermione. »
« Albus a dit que nous pouvions utiliser cette pièce sans avoir peur d'être découvert, et il a fait en sorte que nous ayons à boire et à manger. Pourquoi ne faisons-nous pas bon usage de ce qu'il nous a laissés ? »
« Ce n'est pas une mauvaise idée, » Répondit Drago. « Je sais qu'une douche me ferait le plus grand bien. »
Severus haussa les épaules et prit l'enveloppe. Le manteau de vos attentes s'alourdit, Albus. Mes épaules ne seront bientôt plus assez larges pour supporter les responsabilités que vous me confiez. C'était de la folie. C'était une folie incompréhensible et totale.
Quand Drago et Hermione s'assirent devant le déjeuner inattendu que le directeur leur avait laissé dans ses quartiers, Severus fit de même, perdu dans ses pensées. Et quand la dispute éclata, il les regarda avec perplexité et incompréhension.
« Eh bien, c'est décidé, je vais prendre une douche. » Annonça Drago en posant le sandwiche et en se dirigeant vers la salle de bain.
« Hé, attends une minute, » Se hâta Hermione en se débarrassant de la théière et de sa tasse pour attraper sa robe. « Pourquoi ne manges-tu pas pendant que je vais sous la douche ? »
« Parce que je suis sale ! » S'exclama Drago avec dégoût. « Je ne veux pas manger alors que je suis sale ! »
« Moi non plus ! »
« Hé, tu as eu le lit ! J'ai dormi par terre la nuit dernière. »
« A qui la faute ? » Lui rétorqua Hermione. « Tu as mis Severus dans le lit après lui avoir jeté un sort pour le faire dormir. »
« Eh bien, je n'allais pas dormir avec toi ! Bon dieu, femme, tu m'aurais molesté pendant mon sommeil ! »
« Drago Malfoy ! »
« Qu'est-ce que tu es, ma mère ? »
Les cris finirent par interrompre la rêverie de Severus et le sortit de ses songes mélancoliques. Oh, et maintenant à quel sujet se chamaillent ces idiots ? Mon dieu, cinq minutes sans leurs incessantes prises de bec, est-ce vraiment trop demander ? Enervé, Severus se tourna et se dirigea vers la salle de bain, il claqua la porte derrière lui. Au moins, sous la douche il pourrait être un peu seul.
« Dis-moi ce qui se passe ? »
La requête était posée doucement, si doucement que Drago l'entendit à peine et il lui fallut un moment pour comprendre ce qu'on lui demandait. Feindre l'ignorance lui traversa l'esprit, il pouvait aussi changer de sujet, aborder un sujet moins personnel pour s'assurer une confusion verbale, mais il abandonna ses solutions qui ne valaient pas l'effort qu'il faudrait pour distraire Severus de ses interrogations.
De plus, bien qu'il espérait que Severus ne l'aurait pas remarqué ou l'aurait oublié, Drago savait que peu de choses échappaient à son attention. Surtout lorsque la personne essayait de lui cachait quelque chose.
« Je ne pense pas que tu répondrais d'abord à une question ? » Lui demanda Drago, sans réel espoir d'obtenir une réponse.
« Quelle question ? » Lui demanda Severus en le surprenant.
« Comment savais-tu que quelque chose n'allait pas ? »
Le coin de la bouche de Severus se releva. « Tu t'es comporté comme un idiot toute la journée. »
« Ca veut dire que tu penses que je ne suis pas un idiot tout le temps. » Lui signala Drago.
« Tu ne l'es pas. »
Drago rit d'un air narquois. « Je devrais te demander de me le mettre par écrit. Une admission telle que celle-ci vaudra de l'or quand nous rentrerons à la maison. »
« Je pense que je peux dérober un morceau de parchemin dans le bureau d'Albus. » Répondit Severus en jouant, ce qui le surprit davantage encore.
Le sentiment qu'il ressentait était étrange, doux et amer. Comme de la nostalgie, poignant et un peu douloureux non pas à cause de ce qui ne pourra jamais être, mais pour ce qui n'a jamais été. Mon dieu, ce que ça va me manquer, pensa Drago en souriant tristement. Je ne sais pas comment une chose que l'on a jamais eue, peut nous manquer, mais ça va tout de même me manquer.
« Drago ? »
Il secoua la tête et chassa ses pensées. « Je ne sais pas vraiment comment te l'expliquer Severus. Pas sainement, en tout cas. »
« Alors donne-moi la version insensée. »
Drago scruta le visage de Severus un instant puis acquiesça et vérifia que Hermione n'était pas encore sortie de la douche. Elle avait été la dernière à pouvoir prendre la salle de bain, il doutait qu'elle se dépêcherait de la quitter.
« J'entends des choses qui ne sont pas, » Lui dit-il en se retournant vers lui. « Et je vois des choses que je ne devrais pas voir. »
Severus haussa un sourcil. « Que vois-tu ? »
« Tout à l'heure pendant que nous parlions de ce que nous allions faire, je me souviens avoir entendu Dumbledore dire à MacGonagall que son bureau est le lieu le plus sûr. Et puis, j'ai eu… -je pense que je pourrais appeler cela une vision- de l'endroit. Seulement je voyais des choses dont je ne devrais pas me souvenir. » Il essayait de trouver les mots qui pourraient exprimer sa pensée. « J'ai été dans son bureau, quoi, trois fois dans toute ma vie ? Je ne devrais pas m'en souvenir avec tant de détails. Mais dans ma tête, c'était aussi clair que lorsque nous sommes arrivés ici. »
« Est-ce la seule vision que tu aies eue ? »
« J'en ai aussi eu une quand je me suis réveillé, » Répondit Drago. « J'ai fait des rêves étranges. Et quand le fils de la main droite de Voldemort te dit étrange, tu sais qu'ils devaient être vraiment mauvais. »
« Peux-tu-m'en dire plus ? »
« Pas en détail. C'est comme…. C'est comme si je me tenais au milieu d'un feu de joie, j'entendais des sons que je n'avais jamais entendus jusqu'alors et je voyais des couleurs dont je ne connaissais même pas l'existence. »
Il le voyait à nouveau, les flammes s'élevaient dans sa vision et bloquaient le monde autour de lui. Il entendait le bruissement sec, le craquement du monde qui s'enflamme. Les flammes s'enveloppaient autour de son esprit en flammèches de pouvoir, lui faisaient signe de baisser ses défenses, de succomber à la lumière et d'entendre le…
« Et tu entends ce son quand tu es éveillé ? » Lui demanda Severus. La voix de son aîné le rattrapa et l'empêcha de suivre la trace.
Il cligna des yeux. Ils étaient soudain devenus secs. Drago se reprit. « Désolé… Les sons que j'entends ? C'est comme le bruissement sec des feuilles qui prennent feu. Et je te jure, si j'écoute bien, je peux presque entendre une voix, comme si le feu essayait de me parler. » Il s'arrêta. « Je pense que je perds la tête, Severus. »
« Je ne le crois pas. »
« Non, je suis sérieux. Je ne sais pas ce qui m'arrive. »
Severus tourna la tête et regarda quelque chose et quand Drago suivit sa ligne de mire, il rencontra le regard de Fumfseck. « Non, Drago, » Lui dit Severus après un temps. Le phœnix leur rendait leur regard. « Je ne crois pas que la faute en incombe à ton équilibre mental. »
« Tu penses que c'est Fumfseck, » Murmura Drago en détourna les yeux du phœnix pour regarder Severus.
« Je connais Albus depuis plus de trente ans, » Lui dit Severus en ne détournant pas les yeux du phœnix, « et pendant ces années, j'ai été témoin des dires et des faits de cet homme. C'était parfois très bizarre. Une fois, quand j'étais jeune, je suis arrivé dans son bureau un peu trop tôt et je l'ai entendu discuter avec quelqu'un qui ne lui répondait jamais, où en tout cas, je ne l'ai jamais entendu répondre. Je l'ai entendu parler avec les portraits sur les murs mais ceux-ci répondaient. Mais cette conversation n'avait pas de second interlocuteur, pourtant, elle semblait trop structurée pour qu'il verbalise des pensées. La seule créature douée de sensation présente quand j'ai ouvert la porte, était Fumfseck. »
« Es-tu en train de me dire que Fumfseck essaie de me parler ? » Lui demanda Drago. « J'admets que l'idée m'a traversé l'esprit, mais je ne lui ai donné aucune crédibilité. »
« Sais-tu d'où viennent les créatures magiques ? » L'interrogea Severus en se détournant de Fumfseck pour regarder Drago.
Drago haussa les épaules. « Je n'y ai jamais vraiment réfléchi. Je pensais qu'elles évoluaient comme toutes les autres choses. »
« A ton avis, de quoi descend un Fléreur ? »
« Quoi ? Je ne sais pas, d'une espèce de chat, je pense. » Bon sang, où vas-tu avec ça ? Quel est le rapport avec le fait que je deviens fou ? A moins que ce ne soit qu'une extension de ma folie et que j'imagine avoir cette conversation avec Severus.
« Et les thestrals ? »
« D'un cheval ? » Se risqua Drago se sentant de plus en plus confus.
« Crois-tu vraiment qu'un cheval manifeste spontanément des talents magiques ? »
« Je ne sais pas, Severus, ce n'est pas comme si j'étais un éleveur de chevaux qui se soucie de l'origine des thestrals. »
« Occasionnellement une nouvelle espèce naît dans une zone saturée par la magie. Certaines créatures parfaitement ordinaires se promèneront dans cette zone et quand elles en sortiront elles auront été transformées. Parfois le changement est évident au premier coup d'œil, parfois il est si subtil que tu ne soupçonneras pas la différence. Mais cette créature portera en elle ce changement et il s'étendra à travers les générations, créant ainsi de nouvelles espèces.»
« D'accord… » Dit Drago lentement. Il était toujours perdu dans les enchevêtrements de la conversation.
« Mais il existe des créations spontanées. »
« Tu viens de me dire qu'un cheval n'acquiert pas des talents magiques par lui-même ! » Protesta Drago.
« C'est vrai. Un cheval ne le peut pas, à moins qu'il agisse sous une influence extérieure et devienne autre chose. Mais une chose qui n'a pas de forme peut manifester quelque chose qui ressemble vaguement à un cheval. »
« Alors… »
« Parfois la magie prend forme d'elle-même et devient une chose vivante. Certaines des créatures qui peuplent notre monde ne sont pas véritablement des animaux mortels, elles sont davantage des formes vivantes de la magie. Peut-être que ces incarnations magiques s'accoupleront avec des créatures ordinaires et créeront ainsi une nouvelle espèce. Mais peut-être que ces créatures ne procréeront pas. Peut-être resteront-elles des créatures purement magiques, non entachées par la mortalité. »
« Alors tu es en train de dire que Fumfseck -»
« Un phœnix n'est pas une créature mortelle. C'est une créature magique. C'est la magie. »
« D'accord, maintenant, je sais que l'on ne nous a pas appris cela en cours. Et bien que je déteste le dire, je doute que ce soit parce que Hagrid était professeur. »
Severus inclina la tête. « Albus avait l'habitude de requérir ma présence pour des conversations absolument inutiles. Il m'appelait dans son bureau et me bombardait de thé et de bonbons pendant une heure. Il me parlait d'inepties, de choses qui n'avaient aucun sens. La première fois que j'ai expérimenté cette perte de temps- temps qui aurait pu être utilisé de façon beaucoup plus productive- fut mémorable : j'ai passé tout le temps à me demander pourquoi j'allais être viré. Albus m'a parlé pendant une heure sur un ton monocorde des créatures magiques et m'a libéré ensuite avec une tasse de thé et un gâteau. J'ai découvert que je n'avais aucune raison d'être là, et ma grande surprise, je me suis rendu compte que je n'avais jamais oublié le contenu de cette stupide leçon. »
« Peut-être était-ce le but. » Murmura Drago. Les mots lui avaient échappé.
Severus haussa un sourcil, curieux. « Tu penses qu'il l'a fait exprès. »
« Après tout cela, tu penses vraiment qu'il n'en serait pas capable ? Il était au courant de tout. Et bien qu'il semblait parler pour ne rien dire, je pense que le plus important est la connaissance qu'il a essayée de te transmettre. »
« Si je devais te raconter cette histoire ennuyeuse, c'est fait. Alors peut-être que maintenant que j'ai perdu des ressources mentales importantes à m'en souvenir, je pourrai oublier cette maudite chose. »
Il y eut un court silence de réflexion et le regard de Drago passa de Severus à Fumfseck. « Alors tu penses vraiment qu'il essaye de me parler ? » Lui demanda-t-il après un moment.
« Je n'en serais pas surpris, toutes choses considérées. » Répondit Severus. « Par curiosité, quand tu entends ce son, que fais-tu ? »
« J'essaie de le bloquer. »
« La prochaine fois, ne le combats pas. Laisse-le entrer et peut-être entendras-tu clairement ce dont il s'agit. » Severus s'arrêta et jeta un œil par la fenêtre avant de regarder à nouveau Drago. « J'ai découvert que parfois la seule façon de comprendre quelque chose est d'arrêter de combattre et de voir ce qu'il se passe. Une fois que tu comprends, la peur disparaît. »
« Parfois, tu me surprends Severus. Tu me surprends vraiment. »
Un petit sourire étira les lèvres de Severus. « Tu serais surpris si je te dis que c'est Harry qui m'a appris ça. »
Drago ouvrit grand la bouche. « Potter ? Potter t'a appris ça ? Potter ? »
« Surprenant, hein ? »
Pendant un bref instant une lueur étincela dans les yeux de Severus, une lueur de regret comme s'il n'avait pas vraiment pris la leçon à cœur. Et soudain, Drago en compris la raison.
« Tu ne lui as jamais dit, hein ? » Lui demanda-t-il d'une voix douce, trop tard, il se demanda s'il n'était pas allé trop loin.
« Non .» Répondit doucement Severus en regardant ailleurs. « Je ne lui ai jamais dit. »
« Pourquoi ? »
« Parce que j'avais peur. » L'admission, plus que le fait que Severus ait répondu à la question rendit Drago muet. Severus le regarda avec attention. « De toute ma vie, » Continua-t-il après une pause, « Je n'ai dit ces mots qu'à un seul être humain. Un seul et c'était ton père. Ils me font peur, Drago, parce que je n'ai jamais connu un plus grand pouvoir que ceux que possèdent ces trois mots. »
« Mais comme toutes choses, ils possèdent leur contraire, » Répondit Drago en choisissant ses paroles avec une attention particulière. Il savait que la glace sur laquelle il marchait n'était pas solide. Brise cette confiance fragile qui s'est établie entre nous et je la perdrai pour toujours. « Ils peuvent guérir aussi bien qu'ils peuvent détruire. »
Pendant un instant, Drago pensa qu'il l'avait détruite, mais les lèvres de Severus s'étirèrent alors dans un sourire ironique, moqueur. « Le crois-tu vraiment ? »
« Oui ; »
« Pourquoi ? Le sais-tu par expérience ? »
« Bien sûr que non. » Répondit Drago en souriant de façon acerbe. « Ce sont des mots que l'on ne m'a jamais dits. Je suis étonné que tu aies pu penser autrement, en connaissant aussi bien ma famille. » Le sourire glissa et un vrai sourire le remplaça. « Mais je ne peux pas vraiment dire que je les pleure. Ne pas en avoir l'expérience m'a permis de rêver. Imaginer que de tels mots puissent guérir ce qui a été brisé quand rien d'autres ne le pourrait. Je désire parfois qu'on ne me les dise jamais. Parce que je sais que rien ne peut vraiment guérir. En tout cas, je n'ai rien rencontré qui en ait le pouvoir. Et croire que quelque chose le puisse, l'espoir qu'une telle croyance engendre, eh bien… » Drago haussa les épaules. « Parfois en l'absence de réalité, le rêve est suffisant. »
La glace fine se craqua dans les yeux de Severus et Drago y vit le désarroi. Le sourire moqueur disparut. « Drago… »
« Si je t'ai mis en colère, je suis désolé, » Drago se hâta de s'excuser, il n'aimait pas son expression âpre.
« Je… Non, tu ne m'as pas mis en colère. » Répondit Severus. « Mais- »
« Dis-lui simplement, » L'interrompit Drago. Il savait qu'il aurait à nouveau l'occasion de prononcer ces mots. « Quand nous aurons arrangé les choses, dis-les-lui. Je sais qu'il les a laissés échapper un soir pendant que vous vous disputiez et peut-être que la terre ne s'est pas entrouverte et que rien de ce que racontent les histoires romantiques n'est arrivés. Et peut-être qu'après le dommage que mon père a causé, les entendre un million de fois ne te soignera pas. Mais peut-être que les dire à Potter t'aidera. Peut-être que lorsque tu les auras dits suffisamment de fois, tu verras qu'il ne te trahira pas et tu n'auras plus peur.
« Et avant que tu ne dises quoi que ce soit. J'ai lu la lettre moi aussi. Dumbledore croit que tout fonctionnera. Il nous a envoyés ici pour une raison et bien que je ne lui fasse pas totalement confiance ou que je ne m'intéresse pas vraiment à lui, je ne pense pas qu'il ferait pour ceci- sacrifier le monde et la personne qu'il a essayé si désespérément de protéger toutes ces années- sur un coup de tête. Il croit que nous remettrons le monde en ordre. Et il croit que tu seras là à la fin, quand toute sera terminé. »
Le silence s'installa entre eux. Cette fois, ce fut Severus qui le brisa.
« Parfois Drago, tu me surprends. »
« Je te surprendrai certainement à nouveau, Severus. » Répondit légèrement Drago. « Je m'y habituerais si j'étais toi. » Je ne sais pas ce qu'il va nous arriver, si nous conserverons nos souvenirs ou si tout cela ne sera à nos yeux qu'un mauvais rêve dont nous ne parviendrons pas à nous rappeler. Si nous nous en souvenons, peut-être ne seras-tu pas surpris après tout. Mais quelque part, je doute que nous conservions nos souvenirs.
« Peut-être -»
« Severus -»
Ils s'arrêtèrent et se regardèrent.
« Vous n'allez pas vous battre, hein ? »
Drago sursauta, surpris par la soudaine intrusion de Hermione, il l'avait totalement oubliée. Mais soit Severus l'avait entendu, soit il refusait de réagir parce qu'il se tourna simplement et dit franchement. « J'espère que ce ne sera pas une trop grande déception, mais j'ai décidé de laisser les bagarres pour vous et Monsieur Malfoy. »
« Merci Severus, » Remarqua Hermione sèchement. « Quelle gentillesse. »
« Oui, c'est aussi ce que j'ai pensé. »
« J'ai une opinion moi aussi, vous savez. » Marmonna Drago en levant les yeux au ciel.
« Eh bien, oui, mais -» Commença Hermione, mais elle fut interrompue par un bruit venu du bureau du directeur.
« Albus ! » Une voix en colère, très familière hurlait. « Je veux vous parler ! »
Ils se regardèrent tous les trois avec étonnement.
« Severus, est-ce vous ? » Murmura Hermione.
« Apparemment. » Siffla Severus en guise de réponse.
« Que fais-tu là ? » Lui demanda doucement Drago.
Severus secoua la tête. « Bon sang, comment pourrais-je le savoir ? »
« C'est toi ! Si tu ne le sais pas, qui le pourrait ? » Rétorqua Drago.
« La porte ! » Hermione leur désigna la porte qui conduisait du quartier du directeur à son bureau. « Avons-nous verrouillé la porte ? »
Ils se regardèrent d'un air absent.
« Oh merde, » S'exclama Drago en s'avançant vers la porte.
Dans sa hâte, Drago jugea mal la distance entre lui et une table. Il donna un coup de pied dans la table et elle trembla. L'une des tasses, placée sur le coin de la table- Drago eut l'insidieux soupçons que c'est lui qui l'avait mise là- tomba sur le tapis dans un bruit sourd. Drago grimaça, ramassa la tasse, la remit sur la table avec un peu plus de force qu'il n'en était nécessaire et reprit son chemin vers la porte. Il était si proche qu'il ne s'inquiéta pas.
Ses doigts étaient à quelques centimètres de la poignée quand on frappa à la porte : il paniqua.
« Albus ! Je sais que vous êtes là ! »
Oh merde ! Oh putain de merde ! Drago regarda Severus et Hermione. Allons, il nous faut un plan, parce que nous allons être découverts d'ici une minute !
« Ferme la porte, » Articula Hermione silencieusement en lui désignant la porte.
« Puis-je vous aider, Severus ? »
C'est Dumbledore. Merci Seigneur, c'est Dumbledore ! Il sait que nous sommes là; il empêchera Severus de s'approcher ! Aussi rapidement et doucement qu'il le pouvait, Drago revint vers Severus et Hermione.
« Vous hantez les couloirs en vêtements de nuit, Albus ? » Il entendit clairement l'autre Severus renifler.
« Pas du tout, » Albus était un peu trop joyeux au goût de Drago. « J'allais aller me coucher, mais heureusement pour vous, je me suis souvenu que j'avais encore du travail à terminer. »
« Dormez-vous dans les couloirs, alors ? »
« J'apprécie occasionnellement de loger dans différent quartier. Le changement de paysage sied merveilleusement bien à mes rêves. »
Pense-t-il vraiment qu'une seule personne croirait cette stupide excuse ? Même Crabbe ne la croirait pas ! Drago jeta un coup d'œil en direction de Severus. Celui-ci levait les yeux au ciel et secouait la tête. Hermione semblait déchirée entre l'horreur et l'envie de rire.
« Puis-je faire quelque chose pour vous ? »
« Est-ce que vous pouvez faire quelque chose pour moi ? Je ne sais pas, Albus, le pouvez-vous ? Pouvez-vous réellement faire quelque chose pour moi ? »
« Venez, asseyez-vous. Pourquoi ne discuterions-nous pas ? »
« Oui. Parlons. Quel sujet voulez-vous aborder en premier ? J'en ai une douzaine au cas ou vous en manqueriez. »
«Vous pouvez commencer avec le sujet qui vous fait plaisir. Voulez-vous un chocolat ? »
Drago grimaça de pitié. Severus était, les jours ordinaires, versatile et complètement incontrôlable. Mais pour l'instant, il avait l'air prêt à exploser. Et Dumbledore lui propose un chocolat ? Cet homme est fou !
« J'aimerais savoir ce que vous avez dans vos quartiers, quand vous n'y êtes apparemment pas. »
« C'est juste Fumfseck. »
« Albus… »
« Très bien! Lui-même. Bonsoir Fumfseck ! »
« D'accord, nous sommes simplement stupides, » Marmonna Hermione. Elle sortit sa baguette et jeta un sort d'insonorisation dans la pièce. « Voilà, maintenant nous pouvons parler sans que l'on nous entende à l'extérieur de la pièce. Et tu peux faire tomber tout ce que veux, Drago. »
« Eh, je n'ai pas fait exprès de rentrer dans ce truc ! »
« Je le savais, » Marmonna Severus. Il avait l'air étrangement content de lui. « Je savais qu'Albus préparait quelque chose. Je savais qu'il y avait quelque chose de bizarre dans cette pièce et si j'avais ouvert la porte j'aurais découvert ce qu'il se passait. »
« Vraiment ? » Lui demanda Hermione.
« Quoi ? » Severus cligna des paupières. Il était légèrement surpris.
« Savais-tu ce qu'il se passait ? » Répéta-t-elle. « Parce que je n'en suis pas sure. Et Malfoy est chanceux s'il peut faire ses lacets la moitié du temps. »
« Ca ne me plait pas, » Claqua Drago en souriant d'un air satisfait. « Pourquoi devrais-je m'embêter à faire mes lacets quand je n'ai qu'à donner un coup de baguette ? Sérieusement femme, comment veux-tu que je sois motivé ? »
Etait-ce l'imagination de Drago ou Severus était-il vraiment penaud quand il dit. « Je ne sais peut-être pas comment arranger les choses pour l'instant, mais je connais la date d'aujourd'hui. »
« Oui ? »
« Vous souvenez-vous du jour où Albus a annoncé la fête d'Halloween, la nuit après ce désastre qu'il a appelé un match de Quidditch ? »
Drago et Hermione acquiescèrent.
« Et bien c'est ce jour-là. Après le dîner, je suis venu ici en espérant obtenir des réponses. Toutefois, je me suis retrouvé avec plus de questions. »
Drago pouvait voir le chemin devant lui, une nouvelle fois. Il ne déviait jamais, ne changeait jamais. Nous avons peut-être plus de renseignements, mais nous suivons toujours nos traces. Nous ne faisons rien pour le changer. Mais ils le feraient. Il ne savait pas comment, mais il savait qu'ils le feraient. Et à l'horizon, les flammes lui faisaient signe.
Le Jour où tout a Brûlé se rapproche.
