CHAPITRE VI :Le cauchemar
La naissance de Lucina était un véritable bouleversement dans la vie de mon frère. Il était heureux, mais m'avoua à plusieurs reprise avoir peur de ne pas être à la hauteur. Cela lui ressemblait tellement... Pourtant, malgré cette ''crainte'', il tomba très vite en adoration pour sa fille qu'il ne cessait pas de chouchouter. De son côté, Daraen avait totalement perdu les angoisses dont elle m'avait fait part quelques heures avait d'accoucher, peut-être était-ce cela qui était source de toutes ses anxiétés, et je ne pouvais que comprendre.
La petite Lucina était un ange. Elle souriait tout le temps et ses yeux pleins de vie ressemblaient beaucoup à ceux de sa mère. Elle inspirait la joie et le bonheur. Dans le palais, une atmosphère de tendresse flottait, et apaisait mes craintes. La nuit, rien que de savoir que cette adorable petite fille dormait, je me sentais mieux. Pourtant mes cauchemars ne cessaient pas, au contraire. Ces soirs là, alors que je fermais les yeux sans crainte, respirant calmement avec un petit sourire sur mes lèvres, les mêmes rêves venaient tourmenter ma paix et ma joie. Cela commençait tout d'abord dans le jardin.
Le ciel était gris, et le vent soufflait, balayant les feuilles rouges et brunes de l'automne tombées sur l'herbe. Je me tenais près du petit olivier et le regardais sans tristesse. Ses minuscules branches tremblaient au grès de la brise, tout autant que mes cheveux qui voltigeaient autour de ma tête. Des souvenirs me revenaient, et je sentais encore sur ma bouche la chaleur de lèvres oubliées. Alors que je restais figée, un cris retentit. Il venait du palais. Alors je me tournai, cherchant de quelles gorge il s'était échappé.
Un bébé pleurait, des mains diaboliques s'emparaient de lui et l'emportaient loin dans les ténèbres.
Je découvrais le palais rougit. Des flammes dansaient sur les toits, de la fumée s'élevait, et le bois craquait. Le ciel était devenu pourpre alors que le soleil se couchait. Je me suis élancée, terrifiée, criant le nom de mon frère. « Au feu ! À l'aide ! » Hurlais-je en pleurant, mais personne ne m'entendait.
Les sanglots de la Reine résonnaient. Elle demeurait à genoux dans sa chambre, entourée par les flammes qui envahissait les rideaux et brûlaient les tapis. Ses larmes tombaient et éteignaient quelques flammèches naissantes, mais d'autres apparaissaient ensuite, et les torrents de tristesse salées de la belle femme ne pouvaient les arrêter. Ses longs cheveux brillaient dans la pièce rouge et cachaient sous visage détruit par la douleur. Malgré cette détresse et sa peur, l'incendie ne l'atteignait pas, il semblait l'envelopper et la protéger, contre la volonté de la jeune femme.
Elle tenait dans ses bras, le corps lourd et froid du Roi qui gisait sur le sol. Son bras lourd et sans vie touchait encore le sol, et sa main avait lâché sa couronne qui était retournée dans une marre de sang. La tête du bel homme avait basculé vers l'arrière et ses yeux clos regardaient le plafond.
« À l'aide ! Je vous en supplie venez nous aider ! Au secours ! »
Hurlait ma voix. Jamais de réponse. Le palais était silencieux, hormis les sanglots des arbres et de Daraen. Les remparts du palais semblaient se rapprocher, se resserrer autour de moi, et j'étouffais. Je courais dans le jardin, à la recherche d'une sortie, les yeux baignés de larmes. « Tu fuis... » Soupirait un murmure. Non ! Je cherchais juste de l'aide ! De l'aide qui n'était pas dans le palais. Alors, enfin, je trouvai la grille fermée.
Mais je découvris une foule d'inconnus qui se collaient contre le fer de la porte en étirant leurs bras pour rapprocher leur mains du palais. Leurs yeux remplis de haine me fixaient, leurs mains semblaient vouloir m'attraper et me griffer.
« Je vous en prie, venez nous aider ! »
Suppliais-je en venant à mon tour me tenir de l'autre côté de la grille, implorant du regard ses gens de venir m'aider. Mais au lieu de cela, leurs mains attrapèrent mes poignets et serrèrent, encore et encore. Ils me fusillaient du regard, grognaient de rage.
« Assassin ! Tu l'as tué ! »
S'exclamaient-ils avec violence.
« Non ! Non c'est faux ! »
Répondis-je en me débattant pour sortir de leur emprise, puis je reculais de plusieurs pas, terrifiée en tenant mes bras tremblant. Ils saignaient, criblés de griffures.
« Tu es comme ton père, espèce de folle ! » « Tu es indigne de ta sœur ! » « Va-t-en ! » « Tu es lâche et faible. »
J'entendais ses voix, derrière moi, que j'essayais d'oublier en me retournant, impuissante, vers ma maison qui tombaient, se désagrégeait peu à peu en crépitant. Des gémissements semblaient s'en élever, des sanglots et des murmures tourmenter. Daraen descendait les petites marches devant la grande porte en tenant dans ses bras, le corps de son mari mort. Ses mains étaient ensanglantée ainsi que sa robe blanche qui tombaient à landau, déchirée par le feu. Elle me regardait de ses yeux flamboyant. Elle me regardait avec fureur, rage et colère.
« Qu'est-ce que ça te fais, Lisa, d'avoir une belle-sœur ? Dis-moi, Lisa, cela ne t'effraie pas de devenir tante ? Dis-moi, Lisa, où est mon enfant ? Explique-moi, Lisa, pourquoi tu as tué ton frère ? »
Demanda-t-elle d'une petite voix inaudible, mais dont je pouvais sentir toute la détresse et la colère. Terrifiée, je reculais et me retrouvai à nouveau emprisonnée entre les mains des âmes en peine qui se serraient contre la grille. Bloquée, je ne pouvais plus échapper à ce terrible regard qui portait toute la peine du monde.
« Où est mon enfant ! »
Hurla-t-elle en lançant un cris terrible qui traversa la nuit entière, se réverbérant au loin, au delà des montagnes infranchissables de Ferox.
A SUIVRE …
Bien... Voici le chapitre VI qui, je vous l'accorde n'est pas du tout joyeux... J'espère malgré tout que vous avez apprécié cette lecture bien qu'étrange ! On se retrouve très bientôt pour la suite. Ce chapitre marque dès à présent un grand bouleversement dans l'histoire.
Ferness Emey
