OUR SICK STORY

Quand il se pencha vers elle, elle eut de nouveau peur, mais cette fois-ci, il posa délicatement ses lèvres sur son front. Puis, sans la regarder, il lui chuchota avant de quitter la pièce.

« Ne refais plus ça. »

Pardon ?

Pardon !?

Comment ça, « ne refais plus ça » ? Refaire quoi ? Les courses poursuites en pleine nuit, se mêler de ce qui ne la regardait pas ? Autre chose ? Mais c'était pourtant lui qui avait failli... avait failli l'embrasser. Elle se massa le front en y repensant. Il était brûlant.

« Je vais devoir me raccourcir la frange bientôt. Elle devient trop longue.

Uh-huh. »

Il ne détacha pas les yeux de l'écran. Celle-ci soupira, regrettant de l'avoir permis de prendre sa console. Nathan la regarda et mit son jeu sur pause.

« Quoi ?

Rien... Je m'ennuie, dit-elle avec un nouveau soupir. »

Il lui lança une manette.

« Pourquoi tu ne joues pas ? »

Brooke grimaça.

« Tu n'as que des jeux de basket.

Et alo... Oh, c'est vrai, le fameux ex.

Ouais.

Il a vraiment du compter pour que tu sois dégoûtée d'un sport. »

Bien plus qu'il ne le pensait.

« Il était fan de basket, dit-elle avec un vague mouvement d'épaules. Un peu comme toi. Mais vous êtes complètement différents.

Et qu'est-ce-qui s'est passé ?

Hum... De mauvaises choses. Disons qu'il m'a quitté du jour au lendemain. »

C'était une version de son histoire qui occultait beaucoup d'évènements, mais qui au moins n'était pas mensongère.

« T'es tombée sur un vrai abruti alors. »

Elle lui sourit, touchée.

« Merci.

Mais c'est pas pour autant que tu dois détester le basket ! Tu viens jamais à mes matchs !

Tu gagnes toujours sans que je vienne ! Alors une personne de plus ou de moins pour t'acclamer, qu'est ce que ça change ? Et puis tu sais bien que je suis membre à vie de ton fanclub, ça suffit pas ?

Non, dit-il avec un sourire. Pourquoi tu ne recommencerais pas petit à petit ? »

Elle fronça les sourcils, voyant où il venait en venir.

« Et tu penses vraiment qu'un jeu vidéo...

Ça pourrait être une sorte de thérapie. La thérapie Nathan Scott. »

Elle le regarda, l'air sceptique.

« Tu m'as aidé, c'est à mon tour de le faire ! Ou bien, dit-il avec un sourire, ne me dis pas que tu as peur de perdre ? »

Touché.

Elle empoigna la manette d'un air décidé.

« J'espère au moins que ta thérapie est gratuite.

Je te ferai un prix d'amis. »

Nathan avait eu raison. Au début, en voyant ces joueurs virtuels courir sur le terrain, elle eut quelques flashs. Mais ils laissèrent bien vite la place au plaisir du jeu ; le fait que ce n'était pas réel aidait beaucoup. Mais cela ne l'aida pas assez pour lui éviter une défaite cuisante.

« T'as vraiment besoin d'entraînement, toi !

Hé, c'est la première fois que j'y joue !

Et ce sera la dernière ? »

Il la regardait d'un air inquiet; cela la fit sourire.

« Je ne crois pas, non. »

Il lui renvoya son sourire.

« Je le savais ! Allez, on en fait une autre ! »

Plus tard dans la soirée, Brooke hésita à se rendre chez Lucas. Cette journée avec Nathan, et l'après midi qu'elle avait passé à repeindre sa chambre avec Peyton (elle avait opté pour une couleur prune prononcée), l'avait éreintée. Et en plus de ça demain elle avait cours...

On était déjà en mi-novembre, et il lui restait donc environ trois mois pour avoir un B. Sauf qu'elle stagnait désespérément au C... Mais si ça se trouvait, ses parents l'avaient oublié, vu qu'ils n'avaient donné aucun signe de vie.

Elle bailla à s'en décrocher la mâchoire et s'étala sur son lit, se demandant ce qu'elle allait bien pouvoir faire. Car elle avait beau travailler comme une forcenée, ça ne marchait pas. Alors quoi, elle devait rentrer à New York ?

Non, non, maintenant qu'elle avait Nathan, Haley, Micro, Peyton... et Lucas. Comment pourrait-elle les quitter ?

Elle voulait rester à Tree Hill.

Ses paupières se fermèrent lourdement sous la fatigue.

Tout à coup, elle n'était plus dans son lit mais en cours de sciences. Un nouvel élève allait arriver. Il entra. Elle ne mit que quelques secondes à le reconnaître, lui et son sourire... Son sourire à la fois moqueur et charmeur.

La seconde d'après, elle courait dans les couloirs, et lui tentait de la rattraper. Lucas était là, quelques mètres plus loin. Si elle réussissait à l'atteindre... Elle se retourna pour voir son poursuiveur. Disparu. Elle fit de nouveau volte-face, Lucas n'était plus là. Plus rien. Le néant. Elle était seule dans le noir, et personne ne pouvait l'aider... L'obscurité l'envahissait...

Elle ouvra grand les yeux, terrifiée. Elle resta un moment ainsi, dans son lit tiède, recroquevillée sur elle, haletante, noyée dans sa sueur... Il lui fallut quelques secondes pour réaliser que ça n'avait été qu'un rêve. Revenue à la réalité, elle se calma, et se leva avec difficulté, se rattrapant au passage à sa commode. Sa tête tournait énormément; elle prit un peu d'aspirine.

Elle arriva en cours en avance, et ne vit donc pas Haley. En entrant dans la salle, encore vide, elle s'étala sur la première table à disposition. Les paupières lourdes, elle s'efforça de ne pas s'endormir, du moins pas avant que le prof n'arrive. Quand il y aurait du bruit, ça irait mieux, elle ne risquerait pas de s'endormir. Il fallait juste qu'ils viennent... Pourquoi ne venaient-ils pas !?

Elle rouvrit les yeux, pensant les avoir fermé qu'une demi-seconde. Mais quelque chose était différent. Elle avait chaud, très chaud. Et elle était allongée sur le dos. C'était assez confortable... un lit ? Oui, c'était un lit. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'elle était à l'infirmerie. Elle n'eut pas besoin de regarder autre chose que le plafond, l'odeur des médicaments était partout, et elle détestait cette odeur.

« Alors, Blanche-Neige se réveille ? »

Elle n'eut pas besoin de regarder son interlocuteur pour savoir qui il était; désormais, elle aurait pu reconnaître sa voix entre mille.

« Est-ce-que le prof m'a collé ? »

Inquiète, elle se tournait vers Lucas, qui était assis au bord du lit voisin.

« Comment ça ?

Pour m'être endormie pendant son cours...

Endormie ? Est-ce-que tu as une idée de l'heure qu'il est ?

Hum... Le prof a du arriver à 9h, donc... 9h15 ? »

Lucas lui sourit, amusé.

« Quoi, 1Oh00 ?

Il est 16h00, Davis. Les cours viennent de finir, je passais voir si tu t'étais enfin réveillée. »

Sa mâchoire se décrocha. 16H00 !? Alors elle avait dormi... 7 heures d'affilées !?

Sans prévenir, Lucas appuya la paume de sa main contre le front de Brooke. Elle eut l'impression qu'on la brulait au fer.

« T'as encore de la fièvre.

De la... fièvre ? »

Ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps.

« 39,5. T'as pas baissé depuis ce matin. »

Vraiment longtemps.

« Ma mère veut te garder chez nous.

Hein ? Mais pourquoi ?

Ça l'inquiète de savoir que tu es seule chez toi. Et... moi aussi. Donc, je te ramène chez moi, que tu le veuilles ou non.

Oh. »

Elle voulut protester, mais n'en eut pas la force.

« Hum... Je t'attends dans le couloir, d'accord ? Il y a ... Enfin, je suis juste à côté. »

Il se leva brusquement de sa chaise et partit. Bizarre.

Elle se redressa difficilement, sa tête jouant aux montagnes russes, quand la porte s'ouvrit à nouveau; et Nathan apparut, clairement inquiet.

« Dis moi que c'est pas le jeu d'hier qui t'as mis dans cet état.

Bien sûr que non, dit-elle avec un léger rire. Je suis juste tombée malade. Ça arrive même aux plus robustes, tu sais.

Robuste, toi ? Dit-il sur un ton joueur. Mlle « Je-ne-tiens-pas-cinq-secondes-en-face-du-grand-Nathan-Scott » ?

La prochaine fois, je te mets une raclée !

Ouais, mais en attendant, reposes toi bien, d'accord ? Je ne vais sûrement pas te voir dans les deux ou trois prochains jours, vu que si j'ai bien entendu, tu ne seras pas chez toi... Mais je te ramènerai ta voiture ce soir.

Comment tu vas faire sans les... Oh, tu vas encore me dire que c'est un truc de mecs ?

Exact. Bon, j'y vais. Je vais éviter de te faire la bise, j'ai pas envie de tomber malade... Repose toi bien.

C'est la deuxième fois que tu me le dis.

Et je peux te le dire une troisième fois ! »

Il se risqua quand même à s'approcher d'elle et l'embrassa dans les cheveux.

« Et n'en profite par pour violer ton voisin dans son sommeil ! »

Elle mit le peu de forces qui lui restait dans son poing, qu'elle serra d'un air menaçant.

« Allez, dégage avant que je ne t'amoche. »

Il éclata de rire et s'en alla.

« Pas drôle... »

Lucas revint, et l'aida à se relever, et à aller dans sa voiture.

Une fois arrivés chez lui, il insista pour qu'elle prenne sa chambre, mais elle refusa catégoriquement. Elle ne voulait pas qu'il soit malade. Et puis, elle était gênée pour Lily; si jamais elle la contaminait, elle s'en voudrait énormément. Elle pouvait toujours rentrer chez elle, non ?

Mais Karen refusa de la laisser seule, alors elle s'installa sur le canapé, et passa le reste de la soirée dessus, à s'ennuyer.

Elle en profita pour regarder autour d'elle, pendant que Lucas et Karen étaient en cuisine. Ce qu'elle remarqua surtout, c'est qu'il y avait beaucoup de photos de Karen, Lucas et Lily, mais surtout de Keith. Elle avait vu un jour dans une émission télévisée qu'on pouvait estimer l'unité d'une famille en se basant sur le nombre de photos à leur domicile. A côté, Brooke n'avait qu'une seule photo de famille chez elle; elle avait 4 ans dessus.

Elle leur enviait ça, une vraie famille. Mais en même, cela lui faisait encore énormément peur, après que...

Non, pas la peine de se torturer avec ça, elle ne se ferait que du mal. Lucas vint justement au bon moment lui divertir l'esprit en lui apportant à manger.

« Tiens, bon ap'.

Merci. »

Elle se releva et s'assit en tailleur. Elle avait du mal à garder les yeux ouverts, et sa tête tournait toujours autant. Elle avait aussi de plus en plus chaud, signe que sa fièvre ne baissait pas, loin de là.

« Ma mère est allée voir si Lily dort. »

Il s'assit au pied de la table basse, en face de Brooke.

« Tu devrais pas rester là, je vais te refiler mes microbes. »

Il haussa nonchalamment les épaules.

« Je m'en fiche. »

Elle fronça les sourcils, mécontente. Ce n'était pas la réponse qu'elle voulait entendre.

« Pas moi.

Tu devrais d'abord te soucier de ta santé avant la mienne, tu crois pas ? »

Touché.

Elle finit de manger et lui tendit l'assiette presque vide. Rassasiée, elle voulait dormir. Elle s'allongea à nouveau et ferma les yeux.

« Tu me réveille pour les cours demain ?

Mais oui, bien sûr... »

Elle sentit une pointe d'ironie dans sa voix, mais n'eut pas la force de rétorquer quoi que ce soit.

Quand elle réouvrit les yeux, elle crut être dans un four à 200 degrés, avec des radiateurs dans le corps. Et des piques qui la transperçaient de partout.

Une femme qu'elle ne connaissait pas était à ses côtés, et lui souriait chaleureusement. Sa blouse suffit pour que Brooke comprenne qui elle était. Le docteur se présenta, et l'ausculta quelques minutes, sous le regard tendu de Karen. Le médecin fit alors son diagnostic : une vilaine grippe, une semaine de repos suffirait. Peut-être moins si elle guérissait vite. Le deuxième jour étant toujours le pire, Brooke devait se préparer à souffrir.

Karen hésita à partir au travail, mais Brooke la força. Elle n'avait plus cinq ans, elle pouvait s'occuper d'elle toute seule.

Lorsqu'il ne resta plus qu'elle dans la maison, Brooke prit ses médocs, et voulut se recoucher. Sauf qu'elle avait transpiré comme un bœuf cette nuit, et qu'elle se sentait sale. Mais elle ne se voyait pas prendre une douche sans la permission de Karen pour pouvoir utiliser la salle de bains. A la place, elle se leva lentement et alla rapidement dans la chambre de Lucas emprunter un short et un T-shirt un peu trop large pour elle.

Elle roula en boule pour ses vêtements, les jeta près du canapé, où elle se rendormit comme une masse.

Ce fut du bruit qui la réveilla à nouveau. Elle regarda sa montre; il était presque six heures. Elle avait faim, mais elle avait aussi très mal aux muscles, alors elle ne se voyait pas aller jusqu'à la cuisine. Puis elle remarqua une assiette posée au bord de la table basse; elle sourit, attendrie, comprenant que Karen avait du passer. Elle n'avait sûrement pas voulu la réveiller.

Elle prit l'assiette et mangea tant qu'elle avait faim. Quand elle eut finit, elle se décida à se lever pour au moins aller laver ses couverts, mais elle entendit la porte s'ouvrir, et bientôt Haley et Lucas entraient dans le salon. Brooke fut contente de les voir; elle n'était pas vraiment enchantée de se retrouver seule dans une maison qui n'était pas la sienne.

« Tu es venue voir la malade sur son lit de mort ?

J'ai oublié de prendre des fleurs ! rétorquaHaley sur le même ton.

Lucas s'avança vers Brooke, lui enfonça un thermomètre dans la bouche avant qu'elle ne puisse faire quoi que ce soit, et lui prit l'assiette des mains.

« Je m'occupe de ça, alors rallonge toi. »

Elle capitula, n'ayant toujours pas assez de forces pour s'imposer.

« Lucas m'a dit que c'était une grippe. Pourtant on est qu'en Novembre...

J'ai pas l'habitude de faire les choses comme les autres.

J'avais remarqué, lui dit-elle avec un sourire. J'aurais besoin de tes clés de maison.

Pour quoi faire ?

Rassembler quelques unes de tes affaires. Ça sera plus simple, si tu restes ici une semaine !

Aah, c'est vrai... Hum, Lucas m'a pris ma veste, les clés sont dans une des poches, je crois.

Je m'en occupe !

Merci beaucoup, ça m'aide vraiment. »

Haley lui sourit.

« C'est normal, non ? A ta place, je préfèrerais mettre mes vêtements au lieu de ceux de Lucas. C'est pas que je... »

Elle cessa d'écouter. Non, elle n'était pas d'accord. Garder les vêtements de Lucas ne la dérangeait pas plus que ça, loin de là. Elle aimait même beaucoup leur odeur. L'habitude, sans doute.

« ...tu ne trouves pas ? Brooke ?

Mmh ? Oh, pardon, j'ai décroché...

Non, c'est moi, tu dois être fatiguée, non ? Je vais aller chercher tes affaires alors.

Merci, lui dit-elle avec un sourire reconnaissant. »

Lucas revint peu après qu'Haley soit partie, et inspecta le thermomètre.

« 38,7... C'est déjà mieux qu'hier. »

En le voyant s'assoir à l'autre bout du canapé, elle replis ses jambes vers elle, augmentant la distance entre eux.

« Tu vas tomber malade.

Je t'ai déjà dit que ça m'était égal. Par contre, la prochaine fois que tu te sers dans mon armoire, préviens moi. »

Elle se mordit la lèvre inférieure, l'air coupable.

« Désolée, mais je devais me changer, et...

Je sais, je sais. »

Il ne donnait pas plus que ça l'impression d'en être dérangé.

« Alors, hum... T'as passé une bonne journée ?

C'était assez... ennuyant. »

Il lui jeta un coup d'œil significatif. Il lui sembla que sa fièvre remonta d'un coup; elle changea d'emblée de sujet, prenant la première chose qu'elle avait sous les yeux.

« Elle est très belle cette photo. »

On y voyait Karen, Keith, avec un Lucas âgé d'à peine six ou sept ans.

« Ouais... On était partis en vacances, et comme on y allait pas souvent...

Vous êtes allés où ?

On a fait un road-trip d'un mois. Ma mère n'avait jamais autant pris de jours de congé ! Keith non plus, d'ailleurs...

Il travaillait beaucoup ?

Oui. Il avait un garage , où il m'emmenait souvent.

Oh, et qu'est ce qu'il est devenu ce garage ? »

Le visage de Lucas s'assombrit. Elle paniqua, pensant avoir posé une mauvaise question.

« Dan l'a racheté.

Dan ? »

Ah oui, Dan, le père de Nathan et Lucas, détesté par les deux.

« C'est mon... mon père. »

Dire ces trois mots semblait le dégoûter.

« Je sais, Nathan m'en a parlé... Mais pourtant je ne l'ai encore jamais vu.

Dan est un maire très occupé, et c'est mieux comme ça. Je, hum... Je préfèrerais que tu ne le rencontre pas. Jamais. »

Elle ne demanda pas; la réponse semblait évidente. Il détestait Dans plus que tout au monde, peut-être même plus qu'il ne détestait Nathan.

« Et quand il ne t'emmenait pas au garage, vous faisiez quoi ? »

Elle fut soulagée de voir un sourire sur le visage de Lucas.

« Le River Court...

Faire du basket ?

Ouais. Il m'a transmis sa passion, mais...

Ça te fait trop penser à lui ?

Il soupira, déviant son regard sur la table.

« C'est, hum... idiot.

Pas du tout, au contraire. Je suis quand même la fille qui s'est mise à haïr le basket à cause de son ex. »

Il arqua un sourcil, l'air surpris.

« Je ne savais pas. »

C'est vrai qu'elle ne lui avait jamais dit. Elle n'en voyait pas l'intérêt.

« C'est à cause de lui que tu as manqué autant de cours à New York ? Et que tu es venue ici ?

Je, hum... Non ! Bien sûr que non, je suis venue ici parce que j'ai été virée, c'est tout.

Vraiment ? »

Elle évita autant que possible son regard perçant. C'était comme s'il pouvait lire à travers elle; mais elle ne voulait surtout pas qu'il lise cette partie-là d'elle.

Heureusement pour elle, Haley débarqua à ce moment, un énorme sac à la main, suivie de Peyton.

« T'inquiètes, lui dit Peyton avec un sourire, je ne te demanderai pas comment tu vas. »

Lucas se leva pour dire bonjour à Peyton. Cela faisait quelques jours qu'il s avaient recommencé une relation amicale, mais Brooke savait que Peyton ressentait encore quelque chose pour lui.

Elles ne restèrent pas longtemps, en voyant que Brooke était assez fatiguée. Elles s'en allèrent après avoir promis de revenir le lendemain.

Après cela, Brooke reprit des médocs, mangea, se rendormit, fit des cauchemars, se réveilla cinq ou six fois la nuit... Le reste de la semaine, les jours suivaient ce schéma.

Le seul moment de la journée que Brooke attendait avec impatience, c'était après que Peyton, Haley, Mouth ou l'appel de Nathan soit passé, et avant que Karen ne soit rentrée.

A ce moment, Lucas s'asseyait sur le canapé, et lui racontait des anecdotes sur Keith, comme la fois où il s'était endormi dans la remise et que Keith s'était affolé, la fois où il avait enterré Keith dans le sable à la plage, la fois où il l'avait emmené au parc d'attraction mais où il s'était effondré dès le premier manège... Parmi tous ces souvenirs, certains semblaient familiers à Brooke.

Mais ce qu'elle adorait réellement lors de ces moments, c'était la lueur dans les yeux qu'avait Lucas lorsqu'il lui racontait ces histoires. Il était heureux.

Et c'est là que peu à peu, elle se rendit compte que quelque chose n'allait pas. Il aimait repenser à Keith, c'était évident. Alors pourquoi aurait-il arrêté le basket ? Si on suivait sa logique, il était à un point où ça ne lui faisait plus mal de se souvenir de Keith, donc jouer au basket ne devrait pas lui poser de problèmes, au contraire... Et pourtant il se bornait à ne plus jouer.

Elle s'était demandée si Nathan n'en était pas la cause, vu qu'il était capitaine de l'équipe et donc qu'il aurait refusé de jouer avec lui. C'était fortement probable. Dans ce cas-là, il utiliserait Keith comme une excuse...

Elle essaya d'en parler à Lucas, mais dès qu'elle prononçait le mot « basket », il se fermait automatiquement, et changeait de sujet. Elle avait presque l'impression qu'il la soupçonnait de savoir quelque chose... Sauf que justement, elle ne savait rien !

Donc le vendredi soir, avant dernier jour de repos, elle décida d'en parler à Karen, pour savoir si elle au moins avait des réponses valables à lui offrir. Elle attendit patiemment que Lucas s'absente dans sa chambre, et se leva en cuisine. Quand elle s'assit à la table, Karen s'affola en la voyant.

« Brooke, tu devrais rester couchée !

Je vais mieux, et je ne suis plus contagieuse... Je voulais vous parler en fait. Sans que Lucas ne nous entende.

Oh. »

Elle alla fermer la porte de la cuisine, et s'assit près de Brooke.

« C'est au sujet de Lucas, et du basket. »

Karen fronça les sourcils, signe d'incompréhension.

« En fait, c'est juste que je ne comprends pas pourquoi il ne joue plus... Il adorait ça pourtant, non ?

C'était une vraie passion, dit-elle avec un sourire nostalgique, transmise par Keith. Chaque jour, il allait au River Court, et retrouvait ses amis...

Comme Mouth ?

Il y avait Skills, et...

Skills ? Mouth m'a parlé de lui.

Lui aussi joue au lycée, Nathan t'en a peut-être parlé ? Bref, Lucas aimait ce sport...

Il... Il insinue qu'il a arrêté parce que ça lui fait trop penser à Keith, mais je crois qu'il ment. Enfin, c'est juste une impression que j'ai.

Tu n'es pas la seule, lui dit Karen avec un soupir.

Vous voulez dire que...

Je suis sa mère, je le connais sans doute mieux qu'il se connait lui-même, et je vois bien que Keith ne lui sert que d'excuse. Je ne lui en veux pas tellement pour ça, d'ailleurs... Mais il refuse de m'écouter à ce sujet.

Je vois ce que vous voulez dire... Et donc, pourquoi aurait-il arrêté d'après vous ?

Je n'en sais rien. Je sais seulement qu'il gâche son talent ! »

Elle avait clairement l'air agacée.

« Je me demande vraiment ce qui lui passe par la tête ! Si tu l'avais vu jouer, toi aussi tu... »

Elle continua de ruminer ainsi pendant plusieurs minutes. Donc, Karen avait compris que la mort de Keith n'était qu'une excuse, et n'aimait pas ça du tout.

D'ailleurs, maintenant qu'elle y pensait... Lucas lui avait bien dit que sa mère ne voulait plus qu'il travaille au café le week-end. Et déjà lorsqu'elle était arrivée et que Karen lui avait demandé de baby-sitter Lily, Lucas s'était proposé pour travailler dans la semaine, mais elle avait catégoriquement refusé.

« C'est pour ça que vous ne voulez plus qu'il travaille au café ? »

Karen lui sourit, l'air triste.

« Au début je ne voulais pas de lui pendant la semaine, vu que c'était aux heures où il avait entraînement. Et puis il y a quelques temps, je lui ai interdit de venir les week-ends. Il ne m'en veut pas tant que ça, en fait... »

Lucas entra au même moment, et plissa le front en voyant Brooke assise dans la cuisine.

« Tu devrais pas finir de te reposer toi ?

Je voulais parler à ta mère. Merci, dit-elle à Karen, avec un clin d'oeil. »

Karen lui rendit son sourire; Brooke se releva, et retourna dans le salon. Lucas la suivit, le regard inquiet. Elle lui sourit, attendrie, lui assurant qu'elle allait beaucoup mieux.

« Vraiment ?

Oui. Et je te rappelle que je rentre demain chez moi.

Je sais... »

Il s'assit au bout du canapé, tandis que Brooke repensait à ses problèmes avec le basket. Alors comme ça, Karen et lui se faisaient une genre de mini-guerre froide ? Mais au moins, leur relation n'en souffrait pas...

Elle soupira, enviant une nouvelle fois leur lien. Elle était en guerre avec ses parents depuis plus de dix ans, et leurs relations étaient soit médiocres, soit inexistantes. Lucas avait vraiment énormément de chance de ce côté là, est-ce-qu'au moins il s'en rendait compte ?

« Qu'est-ce-qu'il y a ? lui fit-il. Pourquoi tu me regardes comme ça ? »

Il faisait jour. Une après-midi, en fait, et Brooke frappait de ses petites mains à une fenêtre, où elle avait vu la veille un petit garçon triste.

Il apparut, l'air énervé, et ouvrit la fenêtre d'un coup sec.

« Qu'est ce qu'il y a encore !? Arrête de m'regarder comme ça !

Pourquoi t'es encore triste ? Lui demanda-t-elle.

Je suis en colère ! »

Elle sourit, et agita la tête de droite à gauche.

« Non, non, t'es triste. Qu'est ce que t'as ? Et pourquoi hier t'as dit que t'avais pas de parents ? Ça veut dire que tu vis tout seul ? Mais alors c'est qui le monsieur que je vois entrer tous les jours dans ta maison ? Et pourquoi...

Ah, mais tais-toi ! Et puis c'est pas tes oignons !

Mes oignons, répéta-t-elle, confuse. Pourquoi tu parles d'oign.. ».

Il tourna les talons et alla s'assoir par terre pour jouer avec un ballon. Brooke se mit sur la pointe des pieds, escalada le banc qui était devant la fenêtre et put ainsi littéralement se jeter dans la chambre. En tombant, elle fit bien attention à ne pas crier sous le coup de la douleur. Elle se massa énergiquement le bras sur lequel elle s'était appuyée dans sa chute. Le petit garçon se leva d'un bond, fixa successivement Brooke, puis la porte légèrement ouverte de sa chambre, comme s'il hésitait entre les deux. Il sembla se décider quand il ferma la porte et s'accroupit vers elle.

« Non mais t'es vraiment bête ! »

Brooke porta ses mains à ses lèvres, sincèrement choquée d'entendre un étranger l'insulter.

« Bah quoi, pourquoi t'as fait ça ? »

Elle haussa les épaules, désormais vexée.

« Tu t'es fait mal ? »

Un peu, mais elle ne le dirait pas. Elle fit non de la tête.

« Bon, alors va-t-en. »

Elle allait le faire, quand elle se rappela qu'elle venait quand même de risquer sa vie pour lui demander quelque chose.

« Pourquoi t'es triste ?

Je t'ai dit que c'était pas tes affaires ! »

Elle lui envoya le sourire le plus éclatant qu'elle avait en rayon.

« Mais j'aime pas voir les gens tristes.

Je... »

Il ne dit rien d'autre, désarçonnée par la remarque de Brooke.

« Alors, comment tu t'appelles ?

Lucas. Et toi ?

Ah non, je peux pas le dire ! J'ai pas le droit de dire mon nom aux étrangers ! »

Il écarquilla les yeux, puis partit dans un fou rire incontrôlable. Brooke ne comprit pas vraiment pourquoi, mais fut soulagée de voir qu'il pouvait rire. Il se calma peu à peu, pour lui poser une question.

« Tu rentres dans ma chambre, tu me poses des questions sur moi... Mais tu peux pas me dire ton nom parce que t'en as pas le droit ? »

Brooke haussa les épaules, ne voyant pas ce qu'il y avait de drôle à ça.

« Bah mes parents m'ont pas interdit de rentrer chez les gens, alors pourquoi je pourrais pas le faire ? »

Le sourire de Brooke s'effaça aussitôt.

« Oh, pardon.

Pourquoi ? »

Il semblait alarmé de la voir changer d'humeur si rapidement.

« J'ai parlé de mes parents alors que toi t'en as pas... C'est pour ça que t'es triste ?

Je suis PAS triste ! Je suis juste en colère !

Ah non, non, t'es triste.

Non !

Si !

Non !

Si !

NON ! »

Brooke sourit, elle commençait à bien aimer Lucas; celui-ci se leva, furieux, mais se calma aussitôt en entendant des bruits de pas.

« Lucas ? Tout va bien ? »

Lucas lança un regard paniqué à Brooke, qui plongea sous le lit, et se fraya un chemin parmi des boîtes dont elle ne connaissait pas le contenu. Elle entendit une voix d'homme demander si quelque chose n'allait pas. Puis Lucas répondit d'une voix morose que tout allait bien. La porte se referma, et Lucas souleva son drap de lit, faisant signe à Brooke de sortir de là.

« C'était ton papa ? »

Lucas détourna le regard.

« J'ai pas de papa.

Tout le monde a...

Pas moi. Je suis un bâtard qui n'était qu'une erreur.

Et c'est ça qui te rends comme ça ? T'as pas à t'en faire pour ça !

Comment tu peux dire ça, on t'as jamais dit ça, toi !

Si, mes parents. Mais eux ils ont juste dit le truc comme quoi j'suis une erreur. Et alors ? »

Elle lui sourit, alors qu'il laissait tomber sa mâchoire, stupéfait.

« Toi aussi ?

Et toi ? Qui c'est qui te l'a dit ?

Des... Des gens à l'école. Ils connaissent mon vrai père.

Ton vrai... répéta-t-elle, confuse.

Il veut pas de moi ou de ma mère.

Oh, le méchant ! Dit-elle, sincèrement choquée. Mais alors ta maman elle s'occupe de toi toute seule ?

Ouais.

Bah alors elle t'aime, non ? Et toi aussi tu l'aimes ?

Oui...

Donc t'es pas une erreur ! Parce que sinon personne voudrait que t'existes ! Mais ta maman elle t'aime, alors tu devrais pas dire des trucs comme quoi t'as pas de parents, tu sais.

Mais, et toi...

Moi mes parents voulaient pas de moi... Mais c'est pas grave. Oh, ils vont s'énerver s'ils rentrent et que je suis pas là ! »

Elle fit le tour du lit et arriva à la fenêtre.

« Tu me fais la courte échelle ? Lui demanda-t-elle avec un sourire éclatant. »

Il acquiesça et s'approcha d'elle. Au moment où elle posa son pied droit sur ses mains jointes, il releva les yeux vers elle.

« Et si... Si je veux que tu existes, toi non plus tu seras pas une erreur, pas vrai ?

Hum... »

Les joues de Brooke rosirent, ce qui fit sourire Lucas.

« D'accord. »

Il la fit passer de l'autre côté, sur le banc. Elle se retourna et s'appuya sur le rebord de la fenêtre.

« Je peux revenir demain ?

Oui, mais... Je dois t'appeler comment ? »

Ah oui, elle n'avait pas le droit de lui dire son prénom. Par contre, ses parents n'avaient rien dit pour son nom de famille...

« Appelle moi Davis.

Davis ? D'accord... Alors à demain, Davis ! »

« Davis ?

Mmh ? »

Elle sortit de ses pensées, releva la tête vers lui: il semblait inquiet. Pour changer.

« Ça va ?

Ouais, je crois. Je viens juste de, hum...

De te souvenir de quelque chose ? »

Elle hocha la tête.

« Et ?

Tu étais... triste. A cause de ceux de ta classe qui t'avaient dit que tu n'étais qu'un erreur.

Ah, oui... dit-il avant de sourire. Donc maintenant tu comprends pourquoi je t'appelle Davis ?

Ouais. J'avais une logique assez spéciale n'empêche... »

Il rigola, amusé.

« Donc tu veux que j'arrête ?

De quoi ?

De t'appeler Davis. Si ça te dérange...

Non ! Je veux dire... Ça ne me dérange pas.

Oh, fit-il, visiblement surpris. D'accord. »

Il avait l'air quand même assez content.

C'était la seule chose concrète qui la rendait spéciale... alors pourquoi s'en priver ?


Enfin, elle était chez elle. Rien n'avait bougé; Nathan n'était donc pas passé en son absence. Elle alla dans sa chambre, à moitié repeinte en mauve, avec le coin d'un mur en blanc cassé. Elle allait devoir le finir bientôt. Elle rangea d'abord ses affaires; il était samedi, elle avait des couses à faire. En rentrant, elle se prépara à rattraper le reste de l'après midi tous les cours qu'elle avait manqué, mais dès 16 heures, elle en eut marre de travailler, et se dit qu'elle le finirait demain. En attendant, elle avait autre chose à faire.

Elle appela Micro, et celui-ci lui dit qu'il était au River Court. Elle prit donc ses clés, et y fonça.

Elle se gara juste à côté du terrain, et quand elle sortit de sa voiture, Micro avançait déjà vers elle, le sourire aux lèvres.

« Content de te voir en forme !

Hé, Micro, tu nous présente la belle brunette ? »

Brooke se retourna vers le terrain, où elle vit 3 autres gars, qu'elle reconnut aussitôt, les ayant déjà vu sur une photo.

« Allez, viens, lui dit Micro. »

Elle le suivit jusqu'au terrain, où elle salua tour à tour les trois jeunes sportifs.

« Voici Fergie... »

Un grand black type afro lui adressa un timide sourire.

« Junk... »

Celui-ci lui fit un signe de tête.

« Et Skills.

Salut ma belle ! »

Il contrastait vraiment avec les deux autres, celui-là. Mais au moins, ce qui la soulageait, c'était qu'aucun ne ressemblait de près ou de loin à... Enfin, voilà, quoi.

« Paraît que tu veux nous parler.

Ouais, dit-elle avec un sourire. C'est au sujet de Lucas. »

Les trois amis s'échangèrent le même regard lourd de sens.

« Enfin, si vous ne voulez pas...

C'est pas ça, lui fit Fergie. Lucas sera toujours notre pote.

Vous le connaissez depuis toujours ?

Presque, répondit Skills. On avait un peu plus de six ans quand on a commencé à jouer ensemble. On doit être ses plus anciens amis; plus qu'Haley. »

Ou pas, vu que Lucas et elle s'étaient rencontrés à cinq ans.

« Et il vous voyait toujours ici ?

Ouais,lui dit Junk, on a toujours joué aussi. C'était un peu notre terrain...

Et pas qu'un peu, rajouta Skills. Mais monsieur a tout laissé tomber. Soit disant que ça lui fait penser à Keith. On le connaissait, nous aussi, pas aussi bien, mais quand même... »

Oh, alors eux non plus n'étaient pas dupe ?

« Je vois... Et vous avez une idée sur ses vraies raisons ? »

Ils haussèrent tous les épaules.

« Ah, se rappela Mouth, mais un peu avant la mort de Keith... Disons un mois avant, il ne jouait plus aussi bien, et moins souvent aussi.

Tu crois que ça a un rapport ?

Peut-être que oui...

Peut-être que non, ajouta Junk.

Désolé, on t'aide pas vraiment, là.

Si, leur dit-elle avec un sourire, plus que vous ne le pensez. »

Elle savait au moins que la vraie raison de son arrêt remontait à un mois avant la mort de Keith, donc en début de deuxième semestre de seconde. Le tout était maintenant de savoir ce qui s'était passé à ce moment-là.

« Je vais pas rester plus longtemps, alors...

Pourquoi tu resterais pas ? Lui demanda Skills.

C'est que... Je joue pas.

Moi non plus, lui dit Mouth. Tu peux rester avec moi sur le banc. »

Nathan lui avait fait comprendre de soigner le mal par le mal.

« Pourquoi pas ? »

Elle alla avec Micro s'assoir sur la table de pique-nique, et assista au match étonnement amusant de Skills versus Fergie&Junk. Il fallait avouer que Skills profitait de chaque occasion pour sortir une blague, qui pour la plupart du temps était drôle.

Après une heure à les voir jouer et à parler avec eux, Brooke, qui n'avait pas vu le temps passer, se dit qu'il était temps de rentrer. Quand elle arriva chez elle, Nathan était déjà là, et l'attendait dans la cuisine en faisant des hamburgers maison. Il eut un immense sourire en la voyant.

« Content de te voir debout.

Contente de te voir tout court. »

Il s'approcha d'elle et la serra fort dans ses bras.

« Alors, dit-il en relâchant son étreinte, Lucas a du être bien content de t'avoir eu toute une semaine, non ? »

Elle fit comme si elle n'avait pas compris ses insinuations.

« Alors, tu me fais à manger ?

Les frites sont déjà dans le four. Il reste plus qu'à faire griller les steaks... »

Il alla vers les fourneaux tandis que Brooke s'asseyait au bar.

« Pas très équilibré comme repas...

C'est pour ça que je t'autorise à manger une pomme. »

Elle rigola, amusée, et surtout soulagée de revoir Nathan.


Quand elle ouvrit les yeux dans son lit tiède, elle sut qu'il faisait encore nuit. Elle ne fut donc pas surprise de voir affiché sur son réveil '4H00'. Elle avait la bouche pâteuse, et se leva donc d'un pas lourd pour aller à la cuisine. En passant devant la chambre d'amis, elle fit attention à ne pas faire de bruit. Déjà qu'il venait ici pour ne pas être réveillé par les galipettes de sa mère, si elle le réveillait en pleine nuit...

Elle s'installa au bar et but une gorgée d'eau. Merde, elle n'avait plus sommeil... Ce qui n'était pas une si mauvaise chose, vu qu'au moins elle ne retournait pas dans ses cauchemars. Elle eut un frisson, qui lui rappela qu'il faisait assez froid , et qu'elle serait sans doute mieux dans son lit.

Elle ne ferma plus l'œil de la nuit, et le lendemain, il lui fallut toute la journée pour recopier ses cours. Elle refusa l'aide de Nathan; en ré-écrivant elle-même ses cours, elle les apprenait.

Cette nuit-là fut comme les autres, et lundi, en arrivant au lycée, elle était... crevée.

Quand elle arriva à son casier, Haley était déjà là, et ne mit pas beaucoup de temps à voir que quelque chose n'allait pas.

« Tu es sûre que tu n'es plus malade ? »

Elle lui sourit.

« Je suis juste fatiguée. J'ai pas un super sommeil, ces temps-ci...

T'arrives pas à dormir ?

Plus à partir de trois ou quatre heures.

Tu devrais peut-être aller voir le médecin...

Ou bien j'attends simplement que ça passe ! Je change complètement de sujet, mais... Il s'est passé un truc important pour Lucas, en début d'année ?

Comment ça...

En rapport avec le basket.

Hum... »

Elle réfléchit un moment, alors qu'elles marchaient dans le couloir.

« A part son arrivée dans l'équipe...

Ça c'était en septembre ?

Oui.

Mais en janvier ou février, rien ?

Je crois pas, non... Oh, attends. Dan a fait une crise cardiaque. En janvier, après le nouvel an. C'est tout ce que je vois comme événement important.

D'accord... Merci. »

Une crise cardiaque ? Pourtant il avait quoi, 35 ans ? C'était vraiment bizarre... En cours, elle demanda donc à Nathan la raison de cette crise.

« MCH.

HM... quoi ?

M. C. H. Cardio-myopathie hypertrophique, expliqua-t-une, une maladie du cœur.

Oh, d'accord.

Au moins, il est le seul à l'avoir.

Comment ça ? Demanda-t-elle, fronçant les sourcils.

C'est une maladie génétique. Mais Lucas et moi on a fait le test dès qu'on l'a su, et on ne l'a pas. »

Donc aucun rapport avec Lucas ou le basket. Retour à la case départ.

Elle passa le reste de la journée à se demander ce qu'il avait pu se passer, mais ne trouva rien de plausible. Ça devait sûrement être une raison sérieuse. Très sérieuse. Et elle ne voyait pas quoi.

A la fin de l'après-midi, elle rentra chez elle puis alla à son cours de tutorat. Elle essayait de se concentrer sur les cours que lui expliquait Lucas, mais n'y arrivait pas; la présence de Lucas n'arrangeait pas les choses. Celui-ci remarqua bien qu'elle pensait à autre chose qu'à la trigo, car il la libéra plus tôt qu'à l'habitude En rentrant chez elle, elle pensa d'abord à manger, mais elle n'avait pas si faim. Une simple salade suffit. Elle la mangea tout en zappant la TV. Après avoir regardé la version chilienne des Feux de l'Amour, elle changea de plus en plus de chaînes. Les chaînes animalières l'endormaient, les films ne l'intéressaient pas... Puis une émission de talk-show. Une femme était à l'écran, assise dans un fauteuil, devant un assez grand public.

« Je sais mieux que quiconque ce que c'est, les secrets de famille. »

Oh, encore une talk-show sur ce sujet !?

« Vous voyez, j'ai caché tout ce temps mon homosexualité... Mes parents avaient eu des doutes, une fois. Je leur ai menti; ils ont tout gobé.

Et qu'est ce qui vous a poussé à tout leur dire, Anna ? »

La présentatrice semblait s'éclater. Normal, les histoires de secrets et mensonges intéressaient 80% de la population. Quand en plus il était aussi question d'homosexualité...

« J'avais honte de leur mentir. »

Brooke soupira. C'était sûr que mentir à sa famille n'était pas l'idéal, et pas simple non plus. Les mensonges...

Et si... Et s'il cachait un truc sur lui ? Un truc vraiment important, assez important pour que ni sa mère, ni sa meilleur amie ne le sache, un peu comme... une maladie cardiaque.

Non, il n'aurait jamais... elle se leva d'un bond, et courut à sa chambre. Elle devait en avoir le cœur net, Google l'aiderait.

Elle tapa MCH. En parcourant les premiers liens, elle vit que c'était une maladie héréditaire à 50%.

Dan l'avait, pas Keith. Nathan ne l'avait pas, donc...

Mais ça ne voulait rien dire, pas vrai ? Ce n'étaient que des probabilités. Et puis quel rapport avec le sport ?

Elle le trouva le rapport, très rapidement. Les activités sportives étaient synonymes de risque de crise cardiaque. La prise de médicaments empêche toute crise, mais réduit fortement les capacités sportives.

Le voilà, le point commun. Elle déglutit. Rien n'était sûr, ce n'était qu'une spéculation... Peut-être qu'il n'était pas du tout malade. Mais s'il l'était, alors... Est ce qu'il prenait ses médocs ? Pourtant d'après ce qu'elle avait lu, ils étaient assez chers, alors si en plus sa mère n'était pas au courant...

Alors quoi, il pouvait faire un arrêt cardiaque à tout moment, sans que personne ne le sache ?

Oh non, ça n'allait pas se passer comme ça ! Elle n'allait pas le laisser se foutre en l'air sans rien faire !

Elle se leva d'un bond, dévala les escaliers et courut jusque chez Lucas. Elle frappa à la porte d'entrée, espérant voir Karen.

Heureusement pour Brooke c'est bien elle qui lui ouvrit.

« Brooke ? Bon sang, mais tu viens tout juste de sortir d'une grippe ! Rentre vite ! »

Elle s'engouffra à l'intérieur de la cuisine, ne se rendant compte que maintenant qu'elle n'était qu'en pyjama, c'est à dire un T-shirt et un short.

« Quelque chose ne va pas ?

Non. Si. Enfin non, mais ce n'est... C'est au sujet de Lucas. »

Karen s'assit à la table; Brooke fit de même.

« Lucas ? Tu veux que je lui dises que tu...

Non, surtout pas ! Je ne veux pas qu'il nous entende. C'est au sujet du basket, je crois savoir pourquoi il a arrêté.

Vraiment ?

Vous allez peut-être croire que je délire, mais vous vous souvenez de la cri.. ».

Elle ne put terminer sa phrase, une main vint brutalement se plaquer contre ses lèvres. Brooke se tourna un peu, et vit que Lucas n'avait pas l'air très joyeux.

« Viens avec moi, toi. »

Tout en avançant, il la tira vers elle, sous les yeux ébahis de Karen. Il claqua la porte de sa chambre et se tourna vers Brooke. Il lui lança un regard noir.

« Je t'ai déjà dit de ta mêler de ce qui te regarde ! »

En effet, elle avait une sérieuse impression de déjà-vu.

« Ça veut dire que.. que tu es vraiment malade ?

Je... En fait, murmura-t-il, confus. Ça n'a pas d'importance, ce ne sont pas tes affaires ! »

Elle écarquilla les yeux. « Ça n'a pas d'importance »

« Ça n'a pas d'importance !? TU TE FOUS DE MOI !? »

Il sursauta en l'entendant crier ainsi. Elle allait reprendre de plus belle quand elle se rappela que la chambre de Karen et Lily n'était pas loin. Elle continua donc, mais en chuchotant, tout en gardant un air féroce.

« Écoute moi bien, parce que je vais me répéter deux fois ! »

Elle le pointa violemment du doigt.

« Tu comptes énormément pour tellement de monde ! Ta mère, Haley, Peyton, Micro, Skills...

Skills...

Et moi ! Le coupa-t-elle. Si tu savais quelle importance tu as pris dans ma vie ! Alors je t'interdis de dire que le fait que tu puisses avoir une crise cardiaque au moindre effort n'a aucune importance ! Ça en a pour moi ! Tu... Tu n'as même pas le droit de penser un truc pareil ! Et le fait que tu le caches... Oui, ce sont mes affaires ! Parce que... Parce que si personne d'autre ne s'en occupe, qu'est ce qui t'arriveras, hein !? Tu trouves pas ça un minimum égoïste, n'empêche ? Parce que je sais pas moi, mais cacher à tout le monde qu'on risque de, de... »

Elle n'arrivait même pas à le dire à voix haute. Malgré elle, elle cligna les yeux, embués de larmes.

« Je trouve ça vraiment, mais alors vraiment... horrible. »

Sa voix se brisa. A travers ses larmes, elle vit Lucas s'avancer vers elle rapidement. La seconde d'après, ses grands bras s'enroulaient autour d'elle et la serrait aussi fort que possible contre lui. Il embrassa son front et essuya délicatement ses larmes.

« C'est exactement pour ça que je garde tout ça secret... »

Elle réouvrit les yeux, et se recula d'un geste vif.

« Minute, j'suis énervée contre toi, alors pourquoi tu me consoles ?

Brooke...

Je veux savoir pourquoi tu ne m'as... Pourquoi tu n'as rien dit à personne !

C'est justement ce que j'allais t'expliquer.

Oui, bien sûr, dit-elle avec un soupir. Alors, je t'écoute. »

Il la fixa d'un regard tendu, puis regarda la porte, comme pour s'assurer que personne ne les entendrait.

« Je n'ai pas envie d'inquiéter les gens pour...

Si tu rajoutes « rien », je te trucide sur place.

D'accord, admit-il avec un soupir, ce n'est pas rien, mais ne dramatise pas non plus ! Tu parles comme si je risquais la crise cardiaque au moindre mouvement. »

Brooke arqua un sourcil, perdue.

« Et ce n'est pas le cas ?

Ah ton avis, pourquoi j'ai arrêté le basket ? Les médocs diminuaient trop mon niveau, alors...

Attends, tu veux dire que... Tu prends ton traitement ? »

Comment faisait-il s'il ne pouvait pas le payer !?

« Évidemment, pourquoi... Oh, je vois, dit-il, soudain souriant.C'est pour ça que tu es entrée comme une furie, tu pensais vraiment que j'allais...

Oh non, j'ai même pleuré, et... Qu'est ce qui te fais sourire, toi !? »

Il haussa nonchalamment les épaules.

« Je ne savais pas que tu tenais autant à moi.

Mais qu'est ce que... C'est... Bon, et comment tu les payes tes médocs ? Parce qu'ils sont pas donnés !

Depuis que je suis petit, j'économise de l'argent pour mes études.

Mais... Et tes études alors ?

Je trouverai bien une solution le moment venu. »

Elle s'assit sur le bord du lit, perplexe.

« Pourquoi tu ne l'as dit à personne ?

Ma mère réagirait comment si elle l'apprenait ? En plus ça fait à peine un an que Keith est mort, alors je ne veux pas aggraver la situation.

Mais tu es obligé d'arrêter le basket ? Je veux dire... Tu pourrais jouer une petite partie de chaque match peut-être ?

Il faudrait que je dise tout au coach, qui irait illico informer ma mère.

Mais ça doit te manquer, non ?

Tu préfèrerais que je continue ?'

Elle baissa le regard, connaissant pertinemment la réponse à cette question.

« Non. »

Il s'accroupit au pied du lit, à côté d'elle.

« J'ai déjà vu ma mère s'effondrer après la mort de Keith... Il est hors de question que je lui fasse revivre ça. Ni à elle, ni à personne. »

Brooke sentit un malaise grandir en elle. Elle soupira, posa lourdement sa tête entre ses genoux.

« Je suis tellement désolée. »

Il leva la tête vers elle, surpris.

« Tu sais pourtant que je n'aime pas la pitié...

Non, non, ce n'est pas ça ! Je... Si tu savais comme j'ai honte...

Honte de quoi ? »

Elle ferma les yeux, n'osant même as répondre à la question. Elle avait été trop impulsive, n'avait pas réfléchi une seconde...

« Honte de quoi ? »

Il avait l'air inquiet. Génial, maintenant il s'inquiétait pour elle !

« De moi.

De quoi tu parles ?

Je t'ai dit... que tu étais égoïste. J'ai parlé sans réfléchir, en pensant que tu ne prenais pas ton traitement, et... Je m'en veux tellement...

Brooke... »

Et merde, sa voix réconfortante n'arrangeait rien.

« Je suis désolée, tu es tout sauf égoïste, et...

Brooke, tu n'avais pas entièrement tort, d'accord ?

Je suis désolée, je suis vraiment nulle.

Je sais. Moi aussi.

Je... Je ne veux juste pas te perdre.

Je ne le veux pas non plus. »

Et tout naturellement, sans qu'elle ne relève la tête vers lui ou qu'elle n'ouvre ses yeux, sa main alla retrouver celle de Lucas.