Chapitre 6 : Absorber la réalité

Si Sam Winchester, 29 ans, a appris quelque chose après la presque totalité de son existence passée en compagnie de son frère, c'est d'être patient. Aux prises lui-même avec des sentiments trop grands pour lui, il développe des trésors de patience et de délicatesse avec un Dean silencieux et peu coopératif.

Sam a traversé l'Enfer, a été le vaisseau de Lucifer, s'est quasiment transformé en démon pour tuer Lilith et lancer le départ des grandes festivités de l'apocalypse. Il est mort, plus d'une fois et s'est baladé sans son âme pendant un an et demi.

Et pourtant, rien de ce qu'il a vécu ne se rapproche de la terreur qu'il ressent à chaque fois qu'il regarde Dean, à chaque fois qu'il se laisse aller à penser qu'il y a ce minuscule être humain niché au creux du ventre de son frère. Il se rappelle l'un de ses professeurs préférés à l'époque de Stanford : Jack ou John Cunnigham, enseignant la philosophie. Il traînait un soir dans un bar d'étudiant. Lui et Sam avaient entamé une conversation au cours de laquelle Cunnigham lui avait confié que sa femme était enceinte. «Je le veux, cet enfant, avait expliqué le prof d'une voix un peu traînante. Ça fait presque un an qu'on essaie. Mais maintenant… Samuel Winchester… maintenant, je suis terrorisé. Jamais eu aussi peur de toute ma vie.»

À l'époque, Sam avait pensé que Cunningham, visiblement, n'avait pas passé sa vie à tuer des loups-garous, des Wendigos et des dieux païens déchus.

Maintenant, comme il le comprend. Évidemment, à la terreur naturelle d'avoir créé un petit être vivant et d'en être responsable s'ajoutent les petits détails de leur situation toute particulière. Sam a engrossé son frère grâce à un sortilège raté. Il doute pouvoir trouver un groupe de soutien pour partager son expérience.

Il y a aussi le petit problème du silence de Dean. Dean ne l'ignore pas, Dean ne s'est pas coupé du monde extérieur. Il est seulement silencieux, passif, et d'une humeur exécrable.

Sam et lui passent cinq jours dans leur hôtel de Bâton Rouge, et c'est Sam qui court les bars pour jouer au billard et renouveler leur provision d'argent liquide, c'est aussi Sam qui sort chercher à manger. Dean ne passe pas le pas de la porte une seule fois, malgré les tentatives de son frère. Il demeure étendu sur le lit à regarder la télé, prend de longues douches et dort une partie de la journée. Ses nausées matinales ont empiré, et Sam découvre avec stupéfaction que son frère peut vomir dans le plus parfait des silences.

Le troisième jour, Sam est entrée dans une librairie et a acheté un livre intitulé : La grossesse, semaine après semaine. Il a payé son achat les joues brûlantes, mal à l'aise comme un adolescent s'achetant sa première boîte de préservatifs.

Sam a pris soin de choisir l'édition de poche pour pouvoir mieux la dissimuler dans son sac, à l'abri du regard lourd de Dean. Il a feuilleté quelques pages, enfermé dans la salle de bains, pour essayer de mieux comprendre ce que vivait son frère. Le lendemain matin, à l'aube, il s'est éveillé avant son aîné pour pouvoir poser sur la table de chevet des craquelins et de l'eau minérale, deux remèdes censés atténuer les vomissements du premier trimestre. Puis, il a attendu le réveil de Dean et lui a expliqué doucement qu'il devrait au moins essayer un biscuit avant de se lever. Son frère l'a regardé, puis a regardé la boîte de craquelins, puis s'est plaqué une main sur la bouche, sautant hors du lit comme un ressort avant de courir jusqu'aux toilettes. Pour vomir. Silencieusement. Un peu plus tard, Sam a retrouvé ses achats dans la poubelle.

Il n'ose pas aborder le sujet du bébé, pas même indirectement. Ne pas savoir ce que Dean pense l'angoisse et lui fait peur. Il ne sait pas ce qu'il pourrait provoquer en commençant une discussion par : Et ce bébé, finalement, qu'est-ce qu'on en fait ?

Une crainte étrange le tiraille. Dean désire peut-être s'en débarrasser. Sam pourrait-il le blâmer ? Ce n'est pas lui qui porte l'enfant. Il n'est pas l'homme enceinte. Juste le partenaire. Son frère et lui n'ont jamais eu de discussion à ce sujet, sauf pendant la période de temps où Dean a servi de père de substitution à Benjamin Braeden. Et comme Sam était sans âme, il ne se rappelle pas.

Le plus jeune des Winchester croit vouloir cet enfant. Croit en l'espèce de miracle provoqué par Hannah MacPherson, bien malgré elle. Un bébé dont Dean et lui seraient les parents. Ils n'auront pas d'autre chance. Cependant, Sam s'applique à enfouir ces sentiments positifs tout au fond de lui. Il regarde son frère et attend, un signe, n'importe lequel, qui témoigne que Dean est en train d'absorber leur nouvelle réalité. Il y a des indices, évidemment, comme le fait que son frère n'ait pas bu une goutte d'alcool depuis qu'il a passé les tests de grossesse, où la façon dont il entoure son ventre de ses bras lorsqu'il dort. Mais Sam a besoin de plus.

Il a appris la patience. D'une certaine façon. Maintenant, les ongles de ses dix doigts sont rongés.

Le cinquième jour, un 13 décembre pluvieux et sans soleil, Sam se réveille avec des fourmis dans les jambes. Il est temps de partir, songe-t-il. Bouger, aller ailleurs, n'importe où. Il appréhende les heures passées dans la voiture avec Dean-silencieux, mais la chambre lui donne l'impression de se refermer autour de lui comme un piège. Il ouvre une carte sur son portable et contemple les choix qui s'offrent à eux. Pour une fois, ils ne doivent pas fuir en vitesse, et une chasse ne les attend nulle part. Noël approche. S'ils n'étaient pas dans cette… situation particulière, ils pourraient remonter tranquillement vers le Dakota du Sud et passer quelques jours avec Bobby. Maintenant, évidemment, c'est hors de question.

Une chose est sûre, ils iront vers le nord, vers leur territoire de chasse habituel. Sam attend que Dean sorte de la douche pour lui annoncer qu'ils s'en vont en montant vers le Missouri. Son frère hoche la tête, lui caresse la nuque et commence à faire ses bagages. Lorsque Sam prend les clefs de L'Impala sur la table, Dean les lui enlève doucement des mains.

Quinze minutes plus tard, ils prennent la route sous une averse torrentielle. Le silence de Dean semble s'appliquer aussi à son vieux lecteur cassette. Pas de mulet rock dans la voiture. Juste le ronronnement du moteur.

)))(((

Trois jours, trois états. La conduite automobile semble calmer Dean. Il n'y a toujours pas de musique. Sam passe le plus clair de son temps à ressasser des idées de plus en plus noires et à relire des romans usés. Son frère ne lui laisse le volant que deux fois. Il décide des arrêts dans des restaurants miteux où il touche à peine à sa nourriture et refuse, dans son silence impérieux, de s'arrêter dans un motel pour la nuit. Lui et Sam dorment à tour de rôle, ou ensemble, sur le bas-côté de la route, à coups de trois ou quatre heures.

Sam voit que Dean est épuisé. Il a maigri, il grimace d'inconfort, et les cernes sous ses yeux s'agrandissent. Il s'arrête régulièrement pour vomir ce qu'il a mangé avec si peu d'enthousiasme, puis il reprend le volant, comme si de rien n'était. Il essaie de se prouver quelque chose. Se prouver qu'il est toujours Dean Winchester, que rien n'a changé, qu'il n'est pas soudainement devenu une curiosité de la nature, comme si son état le diminuait. Sam a le temps d'analyser son frère. Il ne fait que ça.

Le seize décembre, en début d'après-midi, Sam prend le volant. Ils viennent tout juste de passer la frontière du Missouri. Dean, qui a faillit s'endormir assis bien droit sur la banquette du restaurant qu'ils viennent de quitter, s'effondre littéralement sur le siège du passager. Et Sam en a assez. D'être patient. De son frère. De ne pas pouvoir discuter. Il trouve un motel dans la première agglomération qu'il croise, Kirkwood, alors qu'il tombe une fine averse de neige. Il prend une chambre et ne réveille Dean que lorsque l'Impala est stationnée devant leur porte.

Son frère baille, se frotte vigoureusement les yeux, regarde autour de lui et pose un regard accusateur sur Sam.

-Je suis fatigué, Dean, murmure Sam en sortant les clefs du contact. Je ne sais pas où on va, je ne sais pas ce que tu veux prouver, mais on s'arrête ici, point final.

Là-dessus, Sam va chercher ses affaires dans le coffre, entre dans la chambre et se met automatiquement à installer les différents objets et symboles de protection. Son frère a fini par le suivre et s'occupe des lignes de sel, à la porte et aux fenêtres, avec des gestes secs et colérique. Sam est trop épuisé pour essayer de le calmer. Il enlève ses jeans, ses chaussures, sa veste, et s'effondre sur le lit, un oreiller sur la tête pour se protéger de la lumière extérieure.

Il s'endort à une vitesse stupéfiante et pour une fois, a un sommeil sans rêve.

Lorsqu'il s'éveille, la lumière déclinante lui indique qu'il a dormi au moins quatre heures. On le secoue doucement par l'épaule. Dean lui fait un demi-sourire et pointe la petite table près de la porte d'entrée, où plusieurs cartons de mets chinois les attendent.

-Tu es sorti chercher à manger ? S'étonne Sam en s'asseyant.

Dean hoche la tête et va s'asseoir, bientôt rejoint par Sam. Le cadet sent son estomac gronder et attrape une paire de baguettes qu'il plonge dans une portion de bœuf au brocoli. Il n'a pas le temps d'avaler sa première bouchée que son frère brandit un journal devant lui, le Jonesville Telegraph, de l'état du Kentucky.

-Quoi ? demande Sam en cherchant une boîte de riz frit.

Dean soupire, lève les yeux au ciel et lui retire le quotidien des mains. Il tourne quelques pages et le pose à plat sur la table, pointant un article du doigt.

Nouvelle propriétaire de Cedar Mansion

Bethany Harvey affirme avoir été attaquée par une «force invisible.»

Sam ne lit pas plus loin. Il dépose ses baguettes et regarde Dean, incrédule. «Tu nous as trouvé une chasse ?»

Son frère a un drôle de geste de la tête qui semble signifier : «ça vaudrait peut-être la peine de vérifier.»

-Je n'arrive pas à y croire, murmure Sam qui utilise toute sa volonté pour demeurer calme.

C'est probablement l'expression de Dean qui brise cette belle volonté. Il regarde Sam, un sourcil relevé, comme si c'était lui qui avait un problème. Puis il écarte les bras, les paumes vers le haut, l'air exaspéré.

-Tu veux aller chasser ? Chasser ?

Dean met ses mains sur ses hanches, le regard dur.

-Il ne me dit plus un mot depuis deux semaines, ne mange plus, dégueule à tous les matins, me traîne à travers trois états en même pas trois jours et il veut aller chasser.

Sam s'est levé et s'applique à faire des longueurs dans la chambre –ce qui lui prend à peu près quatre enjambées, considérant la longueur de ses jambes.

-Je… je ne sais pas pourquoi ça me surprend. Je devrais être habitué. Vraiment, vraiment l'idée du siècle. Du grand Dean Winchester. Je suis enceinte, et pour me prouver que je suis toujours un homme je vais aller risquer ma vie –et celle de mon bébé soit dit en passant- en chassant. Wow !

Une main attrape le bras de Sam et le force à se retourner. Devant lui, le visage de Dean est blanc, à l'exception de deux taches rouges malsaines sur ses joues Il le regarde intensément, la bouche entrouverte. Il y a un avertissement dans ses yeux. Il pose une main sur la poitrine de Sam, comme s'il voulait dire : Attends. Calme-toi, mais son frère a atteint son point de rupture. Le stress des dernières semaines lui rentre dedans avec la force d'un missile. Il repousse brusquement la main de Dean et serre les poings, narines frémissantes, lèvres pincées.

-Non ! C'est assez ! Ça ne peut plus continuer comme ça Dean, il faut qu'on parle ! Je vais devenir fou, je te jure ! Écoute, tu ne veux pas du bébé, très bien. On va trouver un docteur qu'on paiera assez cher pour qu'il te l'enlève et ferme sa gueule.

Le poing de Dean s'écrase sur sa mâchoire et lui ouvre la lèvre supérieure. Sonné, Sam recule de deux pas et porte la main à sa bouche pour essuyer le sang qui y perle. Il repousse une longue mèche tombée devant ses yeux juste à temps pour voir Dean, une main sur la bouche, le dépasser en courant vers la salle de bain.

«Et merde» murmure Sam, dont la colère tombe aussi subitement qu'elle est apparue.

Dean n'a pas pris le temps de fermer la porte. Sam le retrouve à genoux devant les toilettes, le corps secoué de violents spasmes alors qu'il vomit un mélange de sucs gastriques et de bile. «Merde» répète Sam en posant une main sur le dos de son frère.

La réplique ne se fait pas attendre. Sans cesser de vomir, Dean le repousse d'une main en poussant un grognement presque sonore. Déséquilibré, Sam tombe lourdement sur les fesses mais il est déterminé cette fois à ne pas se laisser impressionner. Il se relève, mouille une serviette froide dans le lavabo et la pose doucement sur le cou de son frère qui continue d'avoir des haut-le-cœur même si apparemment il n'a plus rien à rendre. Le visage tordu par la douleur, les cheveux moites de sueur, Dean s'accroche à la cuvette comme si sa vie en dépendait.

Il ne se débarrasse pas de la serviette au moins. Sam s'accroupit à nouveau, sans le toucher cette fois, et attend. Au bout de ce qui semble une éternité, Dean crache une dernière fois, tire la chasse d'eau et s'asseoit, le dos appuyé au lavabo. D'une main un peu tremblante, il prend la serviette et la passe sur son visage, en prenant soin de ne pas croiser le regard de Sam.

-On peut pas continuer comme ça, Dean, répète son cadet le cœur serré.

-Je sais, murmure Dean d'une voix rauque. Il se racle la gorge et grimace.

À l'écoute de ces simples mots, Sam ressent un soulagement si intense qu'il en pleurerait. Il se lève et va chercher une bouteille d'eau dans le petit réfrigérateur de la chambre, le temps de reprendre le contrôle de ses émotions. Dean n'a pas bougé de sa place. Il accepte l'eau et en avale presque la moitié d'une traite pendant que Sam tente de s'asseoir en tailleur en pliant ses longues jambes sur le plancher froid.

-Je m'excuse, dit Dean au bout d'un moment.

-Pas de raisons de t'excuser. Je ne sais pas comment je réagirais si j'étais dans ta situation.

-Au moins pour le coup de poing ?

Sam sourit.

-Okay… Peut-être pour le coup de poing, mais ce ne sera pas la première fois…

-Hé ! réplique Dean, les yeux un peu plus brillants. C'est pas comme si toi tu ne m'avais jamais frappé.

-Bon, dit Sam en hochant la tête.

-Ouais.

Dean passe une main sur son visage et se râcle à nouveau la gorge, comme à chaque fois où la conversation prend un tour plus sérieux, personnel. «Sam… Je… je ne veux pas m'en débarrasser.» finit-il par murmurer d'un voix à peine audible en désignant son ventre plat.

-Okay…

-Est-ce que c'est ce que tu veux ?

La bonne vieille peur prend sa place dans le regard franc et nu de l'aîné des Winchester.

-Non ! Non, Dean… Mais si… si tu es incapable de gérer tout ça je… je comprendrais.

-Mais le…

Apparemment, Dean a un blocage psychologique relié au mot «bébé» puisqu'il se contente de pointer à nouveau son ventre en rougissant avant de poursuivre. «…est-ce que tu le veux, vraiment ? Parce que Sam, je… je ne sais pas ce qui va m'arriver, okay ? Je sais pas si mon corps va supporter ça, je ne sais pas à quel point il va se métamorphoser et je… il y a des centaines de variables inconnues et ça me terrorise, je te jure. Je fais des rêves épouvantables et ridicules où je me retrouve avec d'énormes seins et…

Sam essaie, essaie réellement de se retenir, mais un éclat de rire lui échappe. À son grand soulagement, Dean sourit aussi, mais ses joues prennent une teinte encore plus cramoisie.

-Ce que je veux dire, ajoute-t-il, c'est que ça ne vaut pas la peine d'envisager tout ça… tout ce qui s'en vient, si ce n'est pas ce que tu désires. Parce que après, c'est pour la vie. On peut pas le renvoyer d'où il vient et je ne pense pas… je suis sûr que je ne peux pas y arriver tout seul.

Visiblement soulagé d'avoir réussi à s'exprimer, Dean pousse un long soupir tremblant.

-Je comprends, dit lentement Sam. Dean, il y a sept mois, je ne m'imaginais même pas que… que nous pourrions être ensemble. Je l'espérais, mais je n'osais pas me faire croire que tu puisses ressentir la même chose. Je voyais le reste de ma vie –de notre vie- comme une longue suite de chasses et de chambres de motels, jusqu'à ce qu'on devienne vieux et grincheux comme Bobby ou qu'on meure en combattant, pour de bon cette fois.

-Même chose pour moi, approuve Dean.

-Bon. Je n'ai pas pensé à avoir des enfants depuis l'époque où j'étais avec Jess. Et les… les circonstances sont loin d'être idéales. Je ne veux pas que tu souffres. Je suis comme toi, j'ai milles questions et pas de réponses mais… on n'aura pas d'autre chance, Dean. Tu es en train de fabriquer un bébé dont je… je suis le père. Je n'ai jamais voulu quelque chose aussi fort, je pense, et je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie.

-Un peu mélo, Sammy ? Se moque Dean, mais il a un sourire doux, incertain.

-Peut-être. À ton tour maintenant.

-Je ne me suis pas assez vidé le cœur à ton goût ?

Sam sourit, se rapproche et prend le visage de son frère entre ses longues mains. Dean évite toujours son regard.

-Toi, est-ce que c'est ce que tu veux ? Le bébé ?

-Je…

Dean déglutit.

-Oui.

-Okay, dit Sam en hochant la tête avec enthousiasme. Okay. On est sur la même longueur d'onde. On… on va avoir un bébé.

Son frère lève les yeux au ciel. «Ouais» répond-il en plongeant son regard vert dans celui de Sam.

-Bon, dit ce dernier en se frottant les mains. On peut avancer, maintenant. Il y a tellement… tellement de choses dont on doit parler mais avant, la douche.

Dean relève un sourcil.

-Ça fait trois jours qu'on ne s'est pas lavé, et tu pues, mon frère, déclare Sam solennellement. Il reçoit un coup de poing affectueux sur l'épaule. «Parce que toi tu sens la rose, peut-être, Sasquatch?»

)))))(((((

Plus tard, beaucoup plus tard, Sam et Dean sont blottis sous les couvertures, dans une paresseuse extase post coïtale. Appuyé sur un coude, le cadet des Winchester regarde le visage de son amant baigné par un rayon de lune, d'une beauté presque surnaturelle. Dean, les mains derrière la tête, se lèche les lèvres et soupire d'aise.

-Tu peux pas savoir à quel point t'es beau, murmure Sam.

-Merci, répond Dean en esquissant un demi-sourire moqueur. T'es pas mal non plus.

-Je suis content que tu me parles.

-Okay, soupire Dean sans paraître réellement ennuyé. On en est rendu à la partie «conversation» de la soirée.

-Je veux savoir comment tu te sens.

-Comment ?

-Physiquement.

-Oh.

Dean grimace.

-Dean…

-Je viens de baiser mon frère donc, je me sens vraiment, vraiment bien.

-Tu sais ce que je veux dire.

-Je sais, murmure Dean plus sérieusement. Comment est-ce que je me sens ?... Et bien, si tu n'avais pas remarqué, j'ai l'estomac complètement à l'envers. Des fois, c'est juste une odeur, comme la sauce tomate, par exemple, et ça me donne envie de dégueuler. Ensuite euh… je suis fatigué… et… c'est bizarre, Sam, les muscles de mon ventre…Je me sens tout le temps comme si je venais de faire une centaine de redressements assis, mais je suppose que c'est comme Maria Baker a dit, que c'est une façon qu'a mon corps de s'adapter à…

Un autre mot qui refuse de franchir les lèvres de Dean.

-La grossesse ?

-Euh…Oui.

-Ça fait mal ?

-Non. C'est inconfortable. Sam ?

-Mmm…

-Est-ce que tu penses… et merde ! Si tu ris, je te tue, c'est clair ?

-Comme de l'eau bénite.

-La… métamorphose… je ne vais pas me transformer en femme, quand même hein ? Parce que le ventre, okay, mais le reste ?

Sam mord l'intérieur de ses joues devant l'expression horrifiée de son frère, mais réussi à garder son sérieux.

-Je ne pense pas. Maria a plutôt parlé d'adaptation. Peut-être que tes seins vont enfler un peu… pour la lactation.

-La quoi ?

-Je ne sais pas, Dean, mais je pense que c'est possible.

-Non non non non, Sam. Non. Pas question. Hun-hun. Mes seins vont rester exactement comme ils sont, et je ne brancherai pas un…

-Bébé ?

-Dessus. J'ai mes limites.

-Okay, changeons de sujet, dit Sam d'une voix apaisante en constatant que Dean commence à être sérieusement agité. Je pense que la première chose à faire, de toutes façon, est de trouver un médecin, et je parle d'un vrai médecin, pas d'un chasseur qui a suivi deux ou trois cours de secourisme. Je me demande si Bobby-

-Non Sam, coupe doucement Dean. Il doit déjà se poser des questions à propos de ce que tu lui as demandé…

-Dean, on ne pourra pas se cacher de Bobby pour toujours.

-Je sais ! Mais donne-moi du temps, Sammy. J'en ai besoin. Je ne suis pas prêt à-

-Ça va, Dean. Je comprends.

-Fais sortir ton côté tronche et recherche-nous un docteur compétent, discret, et qui ne s'évanouisse pas en entendant notre histoire de sortilège. Ça pourrait être la recherche d'une vie.

-Mmm, grogne Sam. Ça pourrait prendre du temps. Et j'aimerais vraiment que tu vois un docteur le plus vite possible.

-Sam. Rien de toute ce… cette…

-Grossesse ?

- Rien ne sera facile.

-Je sais.

Dean baille et s'étire, puis se retourne sur le côté. Automatiquement, Sam se presse contre lui et glisse une main sur son ventre.

-Pour la chasse au Kentucky, je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête, chuchote Dean en joignant une main à celle de Sam. Logiquement, objectivement, Sam, je comprends que je ne peux pas me mettre en danger, le mettre en danger. C'est juste… qu'est-ce que je suis censé faire maintenant ?

-On va trouver quelque chose, Dean. On va s'adapter.

-Mouais… Est-ce que tu sais… il ressemble à quoi, présentement ?

-Le bébé ? Et bien, d'après mes calculs, tu en es à ta cinquième semaine, donc, notre bébé a environ la grosseur d'une framboise. Son système nerveux se développe rapidement, ses membres prennent forme, comme ses yeux, son nez, et le cordon ombilical est complètement fonctionnel.

-Tu as suivi des cours là-dessus à Stanford ? Se moque Dean d'une voix endormie.

-Non euh… j'ai acheté un livre quand on était à Bâton Rouge. Je te le montrerai demain, si tu veux.

La respiration de son aîné devient de plus en plus profonde. Sam pose son visage contre son cou et respire son odeur. Il s'endort toujours facilement ainsi.

-Une framboise, marmonne Dean à travers les voiles du sommeil. C'est minuscule une framboise. Et si je lui faisais du mal sans m'en rendre compte ?

-Chuuut, répond Sam en frottant son nez sur sa nuque. Dors.

-Mmm…

À SUIVRE…