Bonjour,
Voici le chapitre 6 toujours corrigé par Elyrine qui continue de me consacrer du temps pour améliorer cette histoire.
Dean se montre vulnérable et Castiel prend les choses en main.
Merci de continuer à me lire et à m'écrire !
Bonne lecture et jeudi
Musique du chapitre :
Viva La Gloria de Green Day
Chapitre 6 : Crise
« Dean, si en chemin tu rencontres des difficultés qui te semblent insurmontables, je veux que tu te battes. Tu en doutes souvent, mais tu es la personne la plus forte qu'il m'ait été donné de rencontrer. Je sais que tu feras en sorte de me rendre fier. Et pour cela, tu ne dois jamais baisser les bras. Jamais te laisser envahir par la peur. Tu dois t'accrocher au moindre petit espoir – peu importe la forme qu'il prend - et continuer à aller de l'avant. Je sais que tu en es capable. »
Journal de Sam Winchester. 06 juillet 2016.
Quand il ouvrit les yeux, Castiel n'était pas tout à fait sûr de se souvenir de l'endroit où il se trouvait. Il était dans un lit confortable. Il était au chaud. Et il y avait quelqu'un allongé à côté de lui. Pendant une seconde, il crut qu'il avait fait un très long et très réaliste cauchemar. Qu'il était de retour à Dallas. Dans son petit appartement et dans sa chambre. Que la personne à côté de lui était un de ces rares hommes qu'il ramenait chez lui pour la nuit.
Heureusement pour lui, il se souvint à temps qu'il s'agissait en fin de compte de son frère. Et qu'il n'avait pas cauchemardé. Le monde avait pris fin. L'apocalypse avait eu lieu et ils étaient à présent en fuite.
Castiel se tourna sur le dos et observa le plafond une seconde. La peinture blanche avait jauni avec le temps. Il était seul avec Gabriel dans la chambre. Dean n'était pas là et le lit qu'il lui avait laissé n'était pas défait. Il n'avait donc pas dormir.
Castiel s'étira longuement pour détendre ses muscles et fut satisfait de voir qu'il ne souffrait pas trop des efforts fournis la veille. Cette nuit de sommeil lui avait fait du bien.
A côté de lui, Gabriel dormait toujours. Castiel sourit en le regardant avant de sortir doucement du lit. Il n'avait jamais été un gros dormeur. Mais il n'avait jamais été non plus réellement du matin. Dans ce qu'il appelait sa « vie d'avant », il avait besoin d'au moins deux ou trois tasses de café avant de pouvoir réellement être opérationnel. C'était un luxe qu'il n'avait plus à présent. Il devait constamment être sur ses gardes. Toujours prêt à réagir même s'il venait tout juste d'ouvrir les yeux.
Castiel jeta un coup d'œil autour de lui. Il fut soulagé de voir que le sac de Dean se trouvait toujours sur la table dans un coin de la chambre. Il avait été convaincu, pendant une seconde, que le jeune homme avait pris la fuite avant leur réveil. Qu'il les avait abandonnés sans se retourner. Sans leur dire « au revoir ».
Bien sûr, il ne leur devait rien. Il leur avait sauvé la vie. Mais après ce qui c'était passé la veille, Castiel aurait détesté le voir prendre la route sans même les saluer avant.
Il n'avait pas menti à Dean. Il n'avait pas eu l'intention d'ouvrir le carnet quand il l'avait ramassé. Il ne se le serait jamais permis. Et il avait réellement fait tomber le sac par maladresse. A aucun moment, il n'avait envisagé de fouiller dans les affaires de son compagnon. Mais il était à présent curieux de savoir ce que contenait ce carnet. Il était convaincu que Dean le tenait de quelqu'un d'extrêmement proche. Un parent. Ou la femme qui avait partagé sa vie à un moment ou à un autre de son existence. Il aurait vraiment aimé que le jeune homme accepte de se confier. Qu'il lui en dise plus. Mais il n'avait pas insisté. Dean était un mystère. Il était une énigme que Castiel mourait d'envie de résoudre. Il savait toutefois qu'il n'en aurait jamais la chance. Et c'était sans doute mieux ainsi. Si toutefois il avait plus de temps à disposition, il se sentirait contraint d'obtenir des réponses. Et il était sûr que cela le pousserait à s'attacher au jeune homme. Ce serait dangereux. Le monde dans lequel ils vivaient l'était suffisamment pour qu'ils ne prennent pas de risques supplémentaires.
Castiel prit quelques minutes pour se changer et se rafraîchir le visage dans la salle de bains de la chambre. Quand il en sortit, Gabriel dormait toujours. Et Dean n'était pas revenu.
Castiel savait qu'il ne devait pas avoir envie de l'affronter. De parler avec lui après ce qui s'était passé la veille. Il pouvait facilement le comprendre. Il était évident qu'il avait compris que Castiel avait assisté à son début de crise d'angoisse sur le banc à l'extérieur. Ils n'en avaient pas discuté mais Castiel avait tout de même fait en sorte de lui dire qu'il ne le jugeait pas. Que non, il ne le trouvait pas ridicule.
Il avait eu le cœur brisé en voyant le jeune homme paniquer de la sorte. Il avait tout de suite senti que le voir avec le carnet entre les mains l'avait mis en colère. Il lui avait même fait un peu peur, sur le coup. Puis, après avoir pris quelques secondes pour préparer ce qu'il devait dire, il avait décidé d'aller lui parler pour s'excuser. Mais quand il était sorti, il avait aussitôt vu que le jeune homme n'allait pas bien.
Sa première réaction avait été de courir dans sa direction pour lui apporter son aide. Il savait reconnaître une crise d'angoisse parce qu'Anna en avait souvent fait quand elle était plus jeune. Et il savait comment aider Dean à la surmonter. Mais il n'avait pas fait plus d'un pas que Red volait au secours de son maître. Castiel l'avait regardé monter sur le banc et se serrer contre le jeune homme jusqu'à ce que sa présence le ramène à la réalité. Jusqu'à ce qu'il parvienne à reprendre le dessus. C'était une scène incroyable. A la fois incroyablement belle et terriblement triste. Il en avait eu les larmes aux yeux.
Il avait heureusement réussi à dissimuler son malaise et à parler un peu avec Dean. Il ne lui avait pas dit tout ce qu'il avait sur le cœur mais lui avait exprimé l'essentiel.
A présent, il était un peu nerveux, aussi. Il n'avait aucune idée de ce que Dean avait en tête. Il avait été plutôt clair la veille. Il n'envisageait pas de rester. Pas même quelques jours de plus. Il devait être en train de préparer son départ. Et cette fois, ce serait pour de bon.
Castiel choisit d'ignorer la douleur que cela faisait naître au creux de son estomac avant de sortir de la chambre en silence. Comme il s'y était attendu, Dean se trouvait à l'extérieur. Il était juste devant la porte, le dos tourné et les bras appuyé contre la balustrade qui les séparait du parking.
Castiel prit une seconde pour remplir ses poumons de l'air frais du début de journée avant de s'approcher du jeune homme et de s'appuyer sur la balustrade à son tour.
- Bonjour, lança-t-il pour engager la conversation.
Dean avait le regard rivé sur les arbres devant eux. Castiel n'était pas sûr de ce qu'il voyait là bas.
- Bonjour. Bien dormi ? Demanda finalement le jeune homme.
Castiel hocha la tête aussitôt.
- C'était sans nul doute la meilleure nuit que j'ai passée depuis le début de tout ça. Merci d'être resté éveillé pour monter la garde. Même si tu n'avais pas à le faire, tu sais.
Dean ne répondit rien et Castiel n'insista pas. Il était évident que le jeune homme ne réussissait pas à accepter facilement les remerciements. Ou les compliments. Castiel se demanda alors si c'était parce qu'il n'en avait pas reçu beaucoup durant sa vie d'avant. Ou si c'était uniquement parce que cela lui rappelait quelqu'un qu'il avait perdu.
- Où est passé Red ? Demanda-t-il finalement quand il réalisa que le chien n'était pas à côté de son maître.
Depuis qu'ils avaient rencontré Dean, Red ne s'était jamais éloigné de lui. Il était comme son ombre. Toujours présent pour veiller sur lui. Il était étonnant de ne pas le voir assis à ses pieds comme à chaque fois.
- Il est dans le coin. Je crois qu'il a senti un animal dans les buissons.
C'était donc ça que le jeune homme regardait avec autant d'insistance. Il avait laissé Red s'éloigner mais il le surveillait toujours. Il était évident que son chien comptait énormément pour lui. Castiel pouvait le comprendre. Il était son seul compagnon depuis un moment, maintenant. Il était normal que leur lien soit aussi fort. Il se fichait de ce que certains pourraient en penser. Le fait que Red ne soit pas un être humain ne changeait rien.
- Vous êtes sur le départ ? Demanda-t-il ensuite.
Il ne savait pas comment aborder le sujet, mais il avait besoin de savoir. Il était conscient que le moment du départ de Dean approchait à grands pas. Et il savait qu'il n'aurait pas vraiment le temps de s'y préparer.
- Je voulais attendre que vous soyez réveillés tous les deux. Je voulais vous parler avant de partir.
- Et de quoi ? L'interrogea Castiel en faisant son maximum pour ne pas paraître trop optimiste.
Dean détourna finalement les yeux des arbres en face de lui. Mais il ne regarda pas Castiel à la place. Il posa les yeux sur sa voiture à quelques mètres d'eux.
- Cet endroit est calme. Il est isolé et je pense que vous pourriez être en sécurité ici, au moins pendant quelques jours. Je sais qu'il n'a pas été facile pour vous d'abandonner le centre commercial et... j'imagine que vous avez besoin d'un moment pour reprendre vos esprits. Alors je pourrais vous montrer le meilleur moyen de sécuriser l'endroit au maximum avant de partir. Histoire que vous n'ayez pas à fuir dans la minute.
Castiel hocha la tête. C'était une bonne idée. Il était presque sûr que Gabriel serait partant pour rester ici quelques jours. Peut-être même plus. Ils auraient besoin de partir à un moment ou à un autre parce qu'ils seraient rapidement à court de provision. Mais l'idée était tout de même intéressante. Il n'était pas étonné qu'elle vienne de Dean. Il était nettement plus entraîné qu'eux.
- J'ai vu une voiture de l'autre côté du motel en faisant le tour ce matin. Elle est en état de marche et... enfin, je pense que vous devriez la prendre.
Castiel acquiesça à nouveau. Il était surpris de voir que Dean semblait avoir beaucoup réfléchi à leur sécurité durant la nuit. C'était la seconde fois qu'il prouvait qu'il se souciait d'eux après être revenu les chercher la veille. Il pouvait dire et penser ce qu'il voulait de lui-même. Castiel savait qu'il était quelqu'un de bien.
- Je ne peux pas parler pour mon frère mais je pense qu'il sera d'accord. C'est une excellente idée. Merci.
Dean fit un vague signe de la main qui semblait signifier qu'il n'avait pas besoin d'être remercié. Castiel n'insista pas. Il jeta juste un coup d'œil au jeune homme et grimaça en voyant les imposantes cernes noires qui soulignaient ses yeux verts. Il semblait à bout de forces. Totalement vidé de son énergie. Et c'était probablement logique, après sa crise d'angoisse de la veille. Il savait qu'Anna avait souvent besoin de plusieurs heures de sommeil pour récupérer quand elle en faisait une. Dean aurait dû en faire de même. Mais parce qu'il était têtu et sans doute trop fier pour reconnaître qu'il ne se sentait pas bien, il avait tenu à rester éveillé. Il allait le payer à un moment ou à un autre. Castiel ne pouvait s'empêcher de penser que c'était en partie de sa faute.
- Tu devrais aller manger quelque chose. Et tu devrais aller réveiller ton frère. J'aimerais assez qu'on s'y mette rapidement.
C'était une nouvelle preuve de l'envie que Dean avait de partir au plus vite. Et ça allait à l'encontre de sa volonté apparente de les aider. Castiel ne le comprenait pas. Il était paradoxal et lunatique. Une seconde, il semblait calme et enthousiaste à l'idée de leur venir en aide. La seconde d'après, il était brusque et froid. C'était sans doute dû à quelque chose qu'il avait vécu avant de les rencontrer. Et c'était déstabilisant pour Castiel. Mais cela lui donnait plus encore envie de percer le mystère qu'il représentait.
- Est-ce que tu as mangé, toi ? Demanda-t-il alors.
Dean secoua la tête en relevant la tête pour regarder à nouveau les arbres devant eux.
- Je n'ai pas faim.
Castiel soupira, agacé par cette réponse.
- Dean, tu ne vas pas pouvoir continuer à ce rythme bien longtemps. Tu ne dors pas. Tu ne manges pas. Et tu penses tenir le coup comme ça pendant combien de jours ?
Il savait parfaitement que le jeune homme n'apprécierait pas de l'entendre ainsi pointer l'évidence. Mais il avait besoin de le dire. Il ne pouvait pas laisser Dean les aider ainsi sans rien faire pour lui rendre la pareille. Il semblait déterminé à se détruire à petit feu. Et Castiel ne comprenait pas pourquoi. S'il voulait autant mourir, il aurait dû se tirer une balle dans la tête depuis longtemps. Ça aurait été plus rapide et moins douloureux.
- Merci mais je m'en sors parfaitement bien sans tes conseils. J'ai survécu jusque-là, non ? Et sans me cacher dans un centre commercial où j'ai tout ce dont j'ai besoin pour survivre tranquillement. Alors je n'ai pas vraiment l'impression que tu sois le mieux placé pour me dire comment je dois gérer les choses.
Castiel ne put s'empêcher d'être vexé en entendant cela. Il était évident que Dean lui faisait des reproches. Et ils étaient injustes. Il aurait pu avoir la même chose que Castiel et Gabriel. Ils lui avaient même proposé de rester avec eux pour en profiter. Alors bien sûr, il était toujours en vie et cela laissait supposer qu'il était capable de se défendre et de faire en sorte de continuer à avancer avec le minimum vital. Mais il ne pourrait pas continuer éternellement ainsi. C'était presque comme s'il cherchait à se punir pour quelque chose qu'il avait fait dans le passé. Qu'il s'infligeait cette souffrance volontairement parce qu'il pensait la mériter.
- On t'a proposé de rester avec nous. Je te l'ai même répété hier soir et... je ne comprends pas pourquoi tu me reproches tout ça alors que j'aurais été tout à fait partant pour t'en faire profiter aussi ! Pourquoi es-tu autant en colère contre moi ? Pourquoi est-ce que tu m'en veux ? C'est à cause du carnet ? Je me suis excusé, Dean. Je...
- Castiel, stop ! Le coupa Dean d'une voix froide.
Il lui faisait face, à présent, et il semblait furieux. Mais Castiel n'avait pas l'intention de le laisser gagner. Pas quand il était convaincu d'avoir raison. Il était peut-être risqué de l'énerver plus encore. Après tout, il était bien plus fort que lui. Mais il allait se défendre. Et il allait assumer ses propos. Dean n'avait pas le droit de lui faire des reproches quand il ne cherchait qu'à l'aider depuis le début. Quand il s'était montré plutôt conciliant et gentil avec lui. Cette fois, il en avait assez.
- Non, je ne vais pas me taire. Je peux comprendre que tu veuilles partir et je peux même comprendre que tu ne m'apprécies pas. On ne peut pas plaire à tout le monde. Mais tu n'as pas à te montrer aussi injuste envers moi quand je ne fais que te donner des conseils. Et je n'accepte pas non plus que tu te montres menaçant de la sorte. Alors non, je ne vais pas me taire, et non, tu ne me fais pas peur.
Ce n'était pas entièrement vrai, mais Castiel n'avait plus vraiment les idées claires. Devant lui, Dean semblait réellement surpris par son aplomb et ses propos. Castiel ouvrit la bouche pour en rajouter une couche mais il fut interrompu par Gabriel qui venait d'ouvrir la porte de la chambre à son tour.
- Je tombe mal ?
Dean se tourna vers lui et secoua la tête.
- Non, j'allais partir.
Castiel l'attrapa alors par le bras pour l'empêcher de s'éloigner alors qu'ils n'avaient pas terminé leur discussion. Il était probablement dangereux de le toucher dans son état de rage mais une nouvelle fois, Castiel n'était plus vraiment lucide.
- Oh non, c'est trop facile. Et c'est drôle, tu sais... parce que tu m'as accusé plus ou moins clairement il y a quelques minutes de manquer de courage et c'est pourtant toi qui fuit à chaque fois comme un lâche.
Il sut à la seconde où il le prononça que ce dernier mot était de trop. Il le sut au regard que Dean lui lança en l'entendant. Un regard qui en disait long sur ce qu'il s'apprêtait à lui faire maintenant. Et même si Gabriel était là pour l'aider, Castiel savait qu'il n'avait aucune chance contre le jeune homme. Il aurait dû dire les choses différemment. Il allait le payer au prix cher.
- Je ne suis pas... Commença Dean, avant de s'interrompre.
Quelque part depuis les arbres, Red aboya à deux reprises avant de couiner suffisamment fort pour qu'ils puissent tous l'entendre. Castiel relâcha aussitôt le bras de Dean et le regarda s'élancer en direction de son chien. Il sauta par-dessus la rambarde avec agilité et s'éloigna en courant. Castiel ne bougea pas pendant une seconde avant de se mettre en action à son tour. Il enjamba la balustrade et manqua de tomber en atterrissant de l'autre côté. Il retrouva son équilibre par miracle et se mit aussitôt à courir. Dean était déjà, quant à lui, à l'autre bout du parking. Il avait sorti son arme et la brandissait devant lui sans s'arrêter. Castiel accéléra le rythme dans l'espoir de le rejoindre. Il était presque sûr que le jeune homme était prêt à prendre tous les risques pour sauver Red. Et il allait avoir besoin de renfort.
Un nouveau couinement qui provenait des arbres le força à accélérer un peu plus encore son rythme. Il était évident que Red était en danger. Il espérait sincèrement qu'ils n'arriveraient pas trop tard. Il était convaincu que Dean ne pourrait jamais se remettre de la mort de son chien. Et Castiel serait dévasté si toutefois Red était tué. Il s'était lui aussi pris d'affection pour l'animal. Il avait beau être terrifiant, il n'en était pas moins gentil et fidèle.
- Dean ! Lança-t-il, parce que le jeune homme avait disparu de son champ de vision et qu'il n'avait aucune idée de la direction à suivre.
Dean ne lui répondit pas et Castiel ne pouvait pas attendre bêtement qu'il lui indique l'endroit où il se trouvait. Il entendit Gabriel sauter à son tour la balustrade sans lui jeter le moindre coup d'œil. Red aboyait à nouveau et Castiel savait que ce n'était pas bon signe. Il avait besoin d'aide. Et de façon très urgente.
Castiel prit alors une décision. Rester sans bouger ne lui apporterait rien. Il avait une arme, et avec un peu de chance, il trouverait Dean et Red sains et saufs. Mais il devait tout de même faire quelque chose. Il prit donc une grande inspiration puis s'élança à nouveau en avant. Il entendit Gabriel l'appeler dans son dos mais ne s'arrêta pas pour autant. Il traversa la première rangée d'arbres, puis la seconde, en tendant l'oreille.
Il n'avait jamais vraiment eu le sens de l'orientation mais il refusait de laisser ce détail l'empêcher d'apporter son aide à Dean et son chien. Il continua donc à avancer mais choisit de marcher à la place pour ne pas faire trop de bruit. Il n'avait aucune idée de ce qui pouvait se cacher dans ces bois.
Il finit par entendre un nouvel aboiement puis un cri, qui était sans nul doute celui de Dean. Castiel sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine. Il ne devait surtout pas paniquer. Il fallait qu'il garde la tête froide. Rester concentré sur sa mission et ne surtout pas laisser la peur l'envahir.
Il prit la direction qui lui semblait la bonne. Il marcha encore pendant quelques minutes avant d'apercevoir enfin Dean devant lui. Il lui tournait le dos et semblait totalement pétrifié. Pendant un instant, Castiel redouta le pire. Ils étaient peut-être arrivés trop tard. Red était mortellement touché et ils ne pouvaient rien faire pour lui.
Castiel pensai déjà la façon dont il allait devoir gérer la réaction de Dean quand il réalisa enfin qu'il se trompait. Red n'était pas mort. Mais il était clairement en danger. Un contaminé l'avait attrapé et tentait de le mordre. Le chien se débattait. Il était visiblement blessé à la patte et au cou. Il saignait mais pas énormément. Il avait une chance de s'en sortir. Il suffisait de le débarrasser de son assaillant. Mais Dean ne faisait rien. Il avait les yeux braqués sur son chien et semblait incapable de lui venir en aide. Castiel ne comprenait pas pourquoi il ne tentait pas quelque chose. Il était clairement un bon tireur et il pouvait facilement toucher le contaminé sans blesser Red. Il aurait dû tirer. Il avait le bras tendu, son arme dans la main, mais il tremblait affreusement.
Castiel ne pouvait pas perdre de temps à le sortir de sa torpeur. Il s'en préoccuperait après. Il s'élança à la place en direction de Red. En dépassant Dean, il le heurta à l'épaule, le faisant basculer sur le côté. Il s'excuserait plus tard.
Il resta concentré sur Red qui continuait à se débattre inutilement. Castiel leva alors son arme puis, après avoir pris le temps de stabiliser son bras, il tira deux fois. Le bruit du coup de feu résonna violemment autour de lui. Dans son dos, il entendit Dean crier quelque chose qui ressemblait plus ou moins à un « non ! ». Devant lui, le contaminé tomba en arrière, relâchant Red au passage. Le chien s'éloigna aussitôt de lui. Castiel était à bout de souffle mais il devait tout d'abord s'assurer que le chien allait bien. Il s'approcha de lui doucement avant de se laisser tomber à genoux quand il fut à sa hauteur. Presque aussitôt, Red vint poser son crâne contre son torse. Cela ressemblait à un remerciement. Castiel observa la blessure sur son cou. Elle n'était heureusement pas trop profonde. Il s'apprêtait à examiner ensuite celle qu'il avait à la patte mais Red s'éloigna de lui avant qu'il n'en ait le temps. Il le dépassa en boitant et Castiel le suivit des yeux, curieux de voir où il allait.
Il n'aurait pas dû se poser la question. Car il était évident que, bien que blessé, le chien était avant tout préoccupé par l'état dans lequel se trouvait son maître. Il avait toutes les raisons de l'être. Car Dean était allongé sur le côté, le front appuyé contre le sol humide et froid. Et il ne bougeait pas.
Castiel ne pensait pas avoir pu le blesser en le bousculant mais il devait en avoir le cœur net.
Il se redressa donc et s'approcha doucement du jeune homme. Red s'était arrêté à un bon mètre de lui avant de se coucher, la tête entre les pattes. Il couinait doucement, visiblement totalement affolé.
Castiel devait garder la tête froide. Il devait absolument lui venir en aide. Peu importait la situation dans laquelle il se trouvait.
Quand il fut à sa hauteur, il s'agenouilla et posa aussitôt sa main sur dos. Il sentit ses muscles se tendre mais Dean ne bougea pas. D'aussi près, Castiel pouvait voir qu'il respirait, rapidement mais c'était tout de même une bonne nouvelle. Il semblait pleurer aussi et il répétait sans cesse un seul mot : « non ». Il semblait coincé dans une boucle sans fin dont il ne pouvait plus s'échapper.
Castiel jeta un coup d'œil à Red. Il ne bougeait toujours pas. Peut-être était-ce dû à ses blessures ? Ou peut-être pensait-il à tort que tout était de sa faute ? Qu'on allait le lui en faire le reproche ? Castiel n'avait pas de temps à perdre à le rassurer. Il y avait bien plus urgent.
Il reporta son attention sur Dean et le regarda des pieds à la tête pour vérifier qu'il n'était pas blessé ou qu'il n'avait pas été mordu. Il fut soulagé de voir que le jeune homme ne saignait pas. Mais ce n'était pas uniquement une bonne nouvelle. Car si l'état de Dean n'était pas dû à une blessure physique, c'était qu'il était en pleine crise d'angoisse.
Et d'après ce qu'il avait vu la veille, il y était sujet et elles pouvaient être violentes. La dernière fois, Red avait volé à son secours. Mais cette fois, il ne semblait pas en avoir la capacité. Tout dépendait de Castiel, à présent.
Il se remémora les quelques fois où il avait dû aider Anna à gérer une situation similaire. Il savait qu'il était inutile d'ordonner à Dean de se calmer. Dans son état, il ne l'entendait pas. Il était totalement emprisonné dans sa propre tête et se contenter de lui parler ne suffirait pas. Il pleurait bruyamment et criait à présent. Son corps était entièrement secoué par les sanglots. C'était une scène terrifiante.
Castiel prit une grande inspiration puis expira lentement par le nez. Il devait rester calme. S'il paniquait à son tour, Dean le sentirait très certainement. Et cela ne ferait qu'aggraver les choses. Castiel passa un bras sous son torse avec difficulté et le força à se redresser jusqu'à ce qu'il soit assis. Dean ne lutta pas. Mais il ne l'aida pas non plus et il n'était pas vraiment léger.
Une fois que le jeune homme lui fit face, Castiel chercha à capter son attention. Dean avait les yeux ouverts mais ne semblait pas le voir. Il était probablement assailli par des images horribles qu'il ne parvenait pas à ignorer. Il n'était pas réellement là.
Castiel se souvenait qu'Anna avait le plus souvent, dans cet état, besoin à la fois de paroles rassurantes et de gestes tendres. C'était la seule chose qui lui permettait de reprendre pied et d'échapper à ce qui se passait dans sa tête.
Castiel allait appliquer la même technique avec Dean. Et croiser les doigts pour que cela fonctionne. Les sanglots du jeune homme étaient à présent majoritairement silencieux mais les larmes roulaient toujours sur ses joues. Sa respiration était saccadée et rauque. Il continuait par moment de prononcer le même mot. Mais c'était plus espacé. S'il continuait à hyper-ventiler de la sorte, il finirait par perdre connaissance.
Castiel lui attrapa alors le bras et colla sa main contre son propre torse pour que Dean puisse sentir son cœur battre contre sa paume. Et sa cage thoracique se soulever au rythme de sa respiration. Il appuya ensuite sa main contre le torse du jeune homme pour en contrôler le rythme. Son cœur battait trop vite. Il devait absolument trouver le moyen de le calmer.
- Dean, est-ce que tu m'entends ? Demanda-t-il alors.
Le jeune homme ne réagit pas et ne sembla pas l'entendre. C'était donc trop tôt. Mais Castiel avait besoin de continuer à parler. Pour que Dean finisse par comprendre qu'il n'était pas seul. Qu'il y avait quelqu'un avec lui et qu'il devait se raccrocher à lui pour refaire surface. Anna lui avait souvent dit que faire une telle crise était comme avoir la tête sous l'eau. Les bruits étaient étouffés et difficilement discernables. Mais si on continuait à parler, ils finissaient par devenir plus distincts. Et on pouvait ensuite remonter doucement à la surface.
- Dean, écoute-moi... j'ai besoin que tu te concentres sur moi, d'accord ? J'ai besoin que tu reviennes vers moi. Et j'ai besoin que tu respires calmement. Au même rythme que moi. On va s'en sortir ensemble. Tu n'es pas seul.
Dean ne bougea pas. Il ne l'entendait sans doute toujours pas.
- Je sais que ça doit te sembler difficile et je sais que ça te demande à un effort mais je sais aussi que tu en es capable. Je t'ai vu faire hier soir. Tu es suffisamment fort pour passer outre ce que tu traverses en ce moment. Mais pour réussir, tu dois te concentrer sur le rythme de mon cœur et sur le rythme de ma respiration. Essaie de faire comme moi, s'il te plaît.
Castiel appuya un peu plus fortement la main du jeune homme contre sa poitrine pour que la sensation soit plus intense. Il inspira ensuite profondément et expira lentement. Il répéta cette même opération pendant quelques secondes.
- Inspire... Expire. C'est aussi simple que ça, Dean. Tu peux y arriver.
Rien ne changea pendant les quelques secondes qui suivirent puis doucement, il lui sembla que le regard de Dean devint un peu plus clair. Que son cœur retrouvait un rythme un peu moins rapide. Il ne sanglotait plus. Il ne parlait plus non plus. Ses joues étaient toujours humides mais les larmes avaient cessé de couler. Il reprenait peu à peu le dessus. Mais Castiel devait s'assurer qu'il ne sombrerait pas à nouveau. Une rechute était tout à fait possible.
- C'est parfait... juste comme ça, Dean. Juste comme ça. Inspire puis expire. Tout va bien se passer.
- Non, souffla alors Dean.
Castiel l'observa, surpris de l'entendre parler. Il redouta une seconde que le jeune homme soit revenu à la case départ mais il respirait plus calmement, et son cœur battait bien moins vite. Il revenait à lui.
- Non, tout ne va pas bien se passer. Je n'ai pas pu... je n'ai pas été assez... assez rapide, bafouilla le jeune homme en regardant Castiel.
Il semblait le voir pour la première fois depuis le début de sa crise. Il n'était pas encore totalement lucide mais il avait enfin compris que Castiel se tenait devant lui. Sa main tremblait contre son torse et il semblait prêt à pleurer à nouveau.
- Ils l'ont... ils l'ont mordu et je n'ai pas pu... je n'ai pas pu le sauver, lâcha ensuite Dean.
Castiel jeta un coup d'œil à Red qui s'était redressé. Il n'avait pas avancé mais il regardait son maître et semblait prêt à intervenir à nouveau. Castiel regarda Dean à nouveau. Il était évident que son état était dû à l'attaque que Red avait subie. Il avait visiblement cru que son chien avait été mordu. Mais il ne pouvait pas ignorer que la maladie n'était pas transmissible aux animaux.
- Red va bien, Dean. Il est juste là et je pense que tu es en train de l'inquiéter alors tu dois te battre... pour lui et pour moi d'accord ?
- Non, non, non, non... il est... je l'ai perdu. Je n'ai pas pu... c'était trop tard. Et j'ai dû... je n'avais pas le choix.
Castiel fronça les sourcils. Il était évident à présent que le jeune homme ne parlait pas de son chien. Oui, sa crise avait été déclenchée par la vision de Red attaqué par un contaminé. Mais ce qu'il revivait à présent était différent. Et cela concernait quelqu'un qui avait visiblement été mordu et que le jeune homme avait dû tuer ensuite. Castiel se mordit la lèvre inférieure, en proie à ses propres souvenirs. C'était ce qu'il avait vécu avec Anna. Ce que beaucoup avaient dû vivre depuis l'apocalypse. Et il savait combien il était dur de devoir être celui qui appuyait sur la détente.
- Dean, tout va bien. Red va bien. Je vais bien. Il est évident que tu n'es pas encore de retour parmi nous. Et crois-moi... je sais ce qu'on ressent quand on perd quelqu'un. Je sais ce que c'est de devoir abréger ses souffrances. Mais tu dois tirer un trait sur le passé et revenir vers moi.
Le jeune homme pleurait à nouveau. Castiel avait conscience que c'était peut-être inapproprié mais il ne pouvait pas le laisser dans cet état sans tenter quelque chose. Il relâcha donc la main du jeune homme et le prit par les épaules pour le serrer contre lui.
- On a tous perdu quelqu'un Dean. On a tous vécu ça. Et c'est dur... c'est quelque chose qu'on ne peut plus jamais oublier. Tu as pourtant ici quelqu'un qui compte sur toi. Et il a besoin que tu reprennes le dessus.
Comme s'il avait compris qu'on parlait de lui, Red combla finalement la distance qui le séparait de Dean. Il se pressa contre son flanc et appuya sa tête dans le creux de l'épaule du jeune homme. Castiel avait toujours les bras dans son dos. Dean, quant à lui, avait la tête appuyée juste sous le menton de Castiel.
Ils restèrent ainsi durant de longues secondes alors que les sanglots de Dean redoublaient d'intensité. Un bruit derrière Castiel, le força à tourner la tête. S'ils étaient attaqués à cet instant précis, il doutait qu'ils aient la moindre chance.
Heureusement pour eux, ce n'était que Gabriel. Il semblait les avoir enfin retrouvés. Il était essoufflé et avait son arme à la main. Quand ses yeux se posèrent sur Dean, il s'immobilisa aussitôt.
- Est-ce qu'il... Commença-t-il avant de s'interrompre.
- C'était une crise d'angoisse mais ça va mieux maintenant, expliqua aussitôt Castiel.
Il ne donna pas de détails. Il était presque sûr que Dean n'aurait pas aimé qu'il raconte à son frère ce qu'il avait dit durant sa crise. Il allait sans doute être déjà suffisamment mal à l'aise avec ce que Castiel avait entendu. Il était inutile d'en rajouter.
- Ok, euh... je peux faire quelque chose ?
- Non, il a juste besoin de temps.
Gabriel hocha alors la tête puis détourna les yeux. Castiel se concentra alors sur Dean. Il ne pleurait plus mais il ne semblait pas encore prêt à bouger. Il avait toutefois refermé un de ses bras autour du dos de son chien pour l'inclure dans l'étreinte. Castiel le laissa faire sans bouger. Il était rassuré par la présence de Gabriel. Il faisait confiance à son frère pour surveiller les alentours jusqu'à ce que Dean ait totalement repris ses esprits.
- Je suis désolé... je suis tellement désolé, murmura Dean contre son torse.
Castiel savait qu'il ne s'adressait pas à lui. Qu'il ne s'adressait pas non plus à Red. Il parlait à la personne qu'il avait perdu et dont la mort restait visiblement une blessure encore ouverte. Il était évident que cet homme avait été proche de lui. Probablement un membre de sa famille ou un ami. Castiel savait qu'il était impossible de s'en remettre. On n'oubliait pas. On tentait juste de survivre et de composer avec. Cela expliquait pourquoi Dean refusait catégoriquement d'avoir de la compagnie. Il ne pourrait pas subir une nouvelle perte. Et cela expliquait également la violence de sa réaction en voyant son chien aux prises avec un contaminé. Il était son seul soutien à présent. S'il venait à le perdre, il ne pourrait probablement pas s'en remettre.
- Je sais que tu l'es et personne ne t'en veut, Dean. Tu ne pouvais rien faire de plus.
Castiel ne connaissait pas les détails mais il en savait suffisamment pour être convaincu que le jeune homme n'était pas responsable de ce qui était arrivé. Comme pour Anna, on ne pouvait pas sauver tout le monde.
- J'aurais dû... j'aurais dû être plus vigilent. J'aurais dû veiller sur lui... c'était... c'était ma mission, et je... j'ai échoué.
Castiel posa une de ses mains à l'arrière du crâne de Dean.
- Tu ne peux pas sauver tout le monde. Personne ne le peut. Ce monde est... il est injuste. Parce qu'il nous prive inévitablement des gens qu'on aime et il nous oblige ensuite à leur survivre... à ressentir ce vide sans nous donner la moindre chance de le combler. Il est cruel parce qu'il reprend toujours les meilleurs. Je sais que ça ne va pas effacer ton chagrin parce que personne ne le peut... mais je sais exactement ce que tu traverses parce que j'ai vécu... je vis toujours la même chose.
Dean redressa doucement la tête et son regard se posa sur celui de Castiel. Pendant une seconde, il ne dit rien. A côté d'eux, Red n'avait pas bougé. Il était toujours collé contre son maître. Pour lui prouver qu'il allait bien. Et pour le soutenir aussi certainement.
- Cas ?
Cette fois, Dean avait enfin repris le dessus. Castiel savait que le moment était délicat. Le jeune homme risquait de ne pas bien réagir après avoir ainsi ouvert son cœur à un quasi-inconnu.
- Oui, c'est moi. Ça va mieux ?
Dean fronça les sourcils. Il ne semblait pas se souvenir de la totalité de ce qui s'était passé. Ou il voulait le lui faire croire pour que Castiel ne lui pose pas trop de questions. Peu importait d'ailleurs. Castiel n'avait pas l'intention de l'interroger. Il savait parfaitement que le jeune homme s'emporterait aussitôt.
- Je... qu'est-ce qui...
Castiel retira finalement ses bras de son dos et recula un peu pour remettre de la distance entre eux.
- Tu as fait une crise d'angoisse. Mais c'est fini, maintenant.
Dean se passa une main sur le visage et sembla surpris de trouver ses joues entièrement humides. Il ne jouait apparemment pas la comédie.
- Je me souviens juste de... oh mon Dieu, Red !
- Il est là, assura inutilement Castiel.
Le jeune homme tourna aussitôt le visage vers son chien et s'écarta de lui. Il regarda ses blessures pendant un moment avant de l'embrasser sur le sommet de son crâne. Presque aussitôt, Red se mit à lui lécher le visage. Castiel était de trop dans ce moment. Il avait fait ce qu'il pouvait mais Dean n'avait plus besoin de lui à présent. Il avait juste besoin de son chien.
Il se releva donc et s'approcha de Gabriel qui observait les alentours. Il semblait faire son maximum pour être le plus discret possible. Ce qui était définitivement difficile pour quelqu'un d'aussi extraverti et bruyant que lui.
- Tu sais de qui il parlait ? Murmura Gabriel quand Castiel fut à sa hauteur.
Son frère était bien plus curieux que lui. Et la plupart du temps, il était incapable de se retenir de poser les questions qui lui brûlaient les lèvres.
- J'en sais rien et je ne vais certainement pas lui poser la question.
- Ça devait être quelqu'un de proche. Un frère, peut être ?
C'était également l'hypothèse de Castiel. Il se contenta hocher la tête pour le signifier à son frère avant de reposer son attention sur Dean et Red. Ils étaient toujours l'un à côté de l'autre. Dean vacillait doucement à présent, visiblement à bout de forces.
- Il va falloir le raccompagner au motel. Il va avoir besoin de dormir, expliqua t-il.
Gabriel avait lui aussi assisté aux crises d'angoisse d'Anna. Il avait dû en gérer quelques-unes seul également. Il savait parfaitement qu'elle en ressortait totalement épuisée. C'était la même chose pour Dean. Il espérait juste que le jeune homme n'allait pas refuser de se reposer. Parce que dans son état, il n'était clairement plus capable de rien.
- Vous pouvez m'aider à me remettre debout ?
La question de Dean surprit Castiel. Il avait craint que le jeune homme refuse leur aide s'il la proposait mais il avait pris l'initiative de leur demander un coup de main. Il semblait lucide sur son état. Si ce n'était pas sa première crise d'angoisse, il ne devait pas en ignorer les conséquences. Castiel ne put s'empêcher de se demander comment il les avait gérées seul jusque-là.
- Tu penses pouvoir marcher ? Demanda-t-il en s'approchant du jeune homme.
- Pas seul, non, répondit Dean.
Castiel lui tendit alors la main et attendit patiemment que son compagnon la lui saisisse pour l'aider à se remettre debout. Il passa ensuite son bras autour de ses épaules et plaça le sien dans le bas de son dos pour l'aider à marcher. Dean était plus grand et plus lourd que lui. Le chemin allait lui sembler long. Mais il était déterminé à l'aider.
Red marchait à ses côtés et ne semblait pas prêt à s'éloigner même d'un petit centimètre. Il avait visiblement eu très peur. Et il devinait clairement que son maître n'allait pas encore parfaitement bien. Castiel était toutefois rassuré de voir qu'il ne boitait plus. Il se promit de regarder ses blessures avec attention dès qu'il aurait couché Dean.
Quand ils rejoignirent le motel, le jeune homme ne protesta pas et se laissa allonger sur le lit. Il laissa même Castiel le couvrir et ferma aussitôt les yeux.
Gabriel ressortit alors pour monter la garde à l'extérieur. Red, quant à lui, s'allongea sans hésiter à côté de son maître. Dean était installé sur le dos, la tête de son chien sur son ventre et son bras autour du cou de l'animal.C'était une image touchante. Castiel abandonna alors son idée d'examiner les blessures de Red. Il le ferait plus tard.
Il attendit quelques secondes que Dean s'endorme puis laissa échapper un long soupir de soulagement. Il se laissa tomber sur une chaise, épuisé également. Il avait conscience qu'ils avaient échappé au pire. Et il était plutôt fier de la façon dont il avait gérer la situation. Il était plus fort qu'il ne l'avait cru.
Ce qu'il avait vécu avait malheureusement réveillé ses plus douloureux souvenirs de sa sœur et il savait qu'il allait avoir besoin d'un moment pour les chasser à nouveau de son esprit. Mais à cet instant précis, il se sentait incroyablement proche de Dean. Il se sentait lié à lui par l'expérience traumatisante qu'ils avaient visiblement vécu chacun de leur côté. Et il aurait aimé pouvoir aider le jeune homme. Il se promit même de tenter de le convaincre de rester avec eux. Car à la prochaine crise d'angoisse – et il y en aurait une prochaine, Castiel le savait – le jeune homme n'aurait probablement pas la même chance. Il n'aurait personne pour l'aider et le protéger. Et il finirait par le payer au prix fort. Castiel ne pouvait pas fermer les yeux sur ce point.
