Bonjour,
Comment allez-vous ? J'ai l'impression que le chapitre 5 vous a beaucoup plu. Merci à tous pour vos reviews :) J'ai adoré les lire et y répondre ! J'espère que vous aimerez autant le chapitre 6. Je suis sûre que certains passages vous plairont dans tous les cas. J'ai hâte d'avoir vos avis.
Bonne lecture,
Patmol25
L'incorrigible attraction
Chapitre 6
Le lendemain matin, quand Harry rouvrit les yeux dans un lit moelleux, il eut besoin de quelques secondes pour se souvenir de l'endroit où il se trouvait. Il tâtonna la table de chevet d'un geste habituel et ses doigts se refermèrent autour de ses lunettes. Sa vue enfin stabilisée, son regard tomba sur l'énorme écran plasma fixée au mur face à lui et tous les souvenirs de la veille remontèrent à la surface de son esprit. Il inspira un grand coup, soudain pleinement éveillé puis tourna vivement la tête sur la droite.
Tom dormait profondément à côté de lui. Sur le ventre, les yeux fermés, ses lèvres entrouvertes laissant échapper un souffle régulier, l'homme était torse nu et le drap fin posé sur lui recouvrait à peine son dos musclé. Il était indéniablement beau et Harry fut tenté d'approcher sa main de son visage pour effleurer la mâchoire carrée et dure mais il se retint, craignant de le sortir de son sommeil.
En repoussant les draps le recouvrant, Harry fut soulagé de constater la présence de tous ses vêtements. Son dernier souvenir de la soirée se passait dans le grand salon où il s'était allongé, un des nombreux livres de Tom dans la main. Il s'était visiblement endormi là-bas et Tom avait pris la peine de le conduire jusqu'à la chambre pour le poser dans le lit. N'avoir aucun souvenir de cela était quelque peu embarrassant et en même temps, il était très heureux de l'attention de Tom.
Quelques minutes plus tard, Harry se faufilait hors de la chambre, pied nus. Le grand couloir l'accueillant le surprit et il hésita un moment avant de tourner à gauche. Son intuition se révéla bonne car peu après, il poussa la porte de la pièce à vivre. La table du petit-déjeuner était déjà dressée et Harry se sentit saliver en avisant toute la nourriture disposée sous ses yeux. Avec un frisson, il s'approcha de la cheminée encore allumée mais dont les flammes étaient presque éteintes. D'un geste mécanique, Harry remplit l'âtre de nouvelles bûches pour raviver le feu.
Il farfouilla ensuite dans les poches de son manteau posé sur le dossier d'une chaise puis attrapa son téléphone portable. Merde alors ! Il était déjà onze heures du matin. Il ne pensait pas que la matinée était déjà si avancée. Au premier regard, Tom ne paraissait pas être le genre d'homme à rester au lit tardivement. Un sourire lui étira les lèvres en songeant à ce petit détail à son sujet.
Son téléphone indiquait deux appels en absence de Hermione. Sa meilleure amie avait tenté de le joindre à peine une heure plus tôt. Il retrouva ses chaussettes traînant sur le tapis d'une couleur taupe et les enfila rapidement. Attrapant un plaid molletonné sur le canapé en cuir noir, Harry se dirigea vers la terrasse. Le froid matinal l'accueillit mais il s'enroula dans la chaude couverture et laissa le spectacle matinal l'émerveiller.
La vue depuis la terrasse de la maison était tout aussi belle, si ce n'est plus, en journée. Le ciel, chargé de nuages gris, révélait toute la beauté de l'endroit. La mer était encore agitée et ses vagues se fracassaient bruyamment contre les rochers de la falaise. Il ouvrit grand les yeux en remarquant, à sa gauche, qu'un escalier avait été taillé à même la pierre de la falaise pour permettre de la descendre puis de rejoindre la plage sans passer par la route. Le chemin était plutôt escarpé mais Harry espérait pouvoir un jour l'emprunter pour débouler sur la plage et entamer un jogging matinal qui, à coup sûr, serait merveilleux dans un tel cadre.
« Oh mon dieu, » se chuchota t-il à lui-même.
Il envisageait sans mal la possibilité de revenir ici dans le futur. Comme si Tom et lui allaient continuer à se voir régulièrement et à partager de tels moments. L'idée que cela puisse s'arrêter lui tordit l'estomac et il constata avec effroi qu'il était déjà bien trop attaché à l'homme. Il avait passé une superbe soirée et son esprit attendait déjà impatiemment la prochaine fois.
Toutes ses angoisses et ses culpabilités à l'idée d'être avec un homme s'envolaient dès que le regard de Tom se posait sur lui, dès qu'une de ses mains venait le frôler. Il se rappela sans mal comment Tom avait permis de dédramatiser son intérêt pour les hommes en le centrant uniquement sur lui-même. Tu as juste besoin d'être à moi. À la lueur du jour, son émotion retombée, cette phrase portait un double sens que Harry peinait à deviner. Elle pouvait à la fois sonner très romantique et très angoissante. Tom était-il un romantique pur souche malgré ses côtés froids et durs ou bien un espèce de psychopathe s'appropriant les autres comme un trophée ? Un frisson désagréable traversa son corps en songeant à cette dernière possibilité.
Que devait-il penser ? Que devait-il penser de Tom et de son étrange comportement ? Parfois très chaleureux et tendre mais, la plupart du temps, un comportement retenu, à la limite de la froideur. Comme si être doux et spontané ne faisait pas partie des habitudes du trentenaire. Harry repensa béatement au baiser chaste donné par Tom la veille au soir, au même endroit, sur sa joue. Ça avait été délicat et, quoique très surprenant, fort agréable. Son sexe tressauta dans son boxer et une vague de plaisir se souleva en lui en se rappelant sans mal les bras forts de l'homme enroulés autour de lui.
« Arrête de penser à ça ! » maugréa t-il à mi-voix, s'efforçant à regarder le paysage sous ses yeux.
En tournant son regard vers la droite, Harry repéra le centre du village et le port de pêcheurs. Hastings, avant de devenir une ville balnéaire au XXème siècle avait été portuaire. De là, il ne parvenait pas à deviner si le village était animé ou plutôt endormi. Toutes les maisons, certaines en pierres, d'autres très colorées s'étalaient en bordure de mer et Harry espérait pouvoir un jour s'y promener. De loin, il apercevait les ruines d'un château qui dominaient le bas du village.
Sortant de son observation, Harry appuya sur le nom de Hermione et plaqua son téléphone contre une de ses oreilles quand les premières sonneries s'élevèrent dans le silence matinal. Il n'eut pas à attendre longtemps avant que la voix de son amie se fasse entendre.
« Bonjour Potter ! N'étions-nous pas censés se retrouver sur le campus de Westminster hier soir ? »
Les yeux de Harry s'arrondirent et la culpabilité le frappa de plein fouet. Mince alors ! Comment avait-il fait pour oublier Hermione et le livre qu'il devait lui rendre ? Il s'était de prime abord assis sur ce banc sur le campus pour attendre son amie. Puis, Adrian lui avait apporté une boisson chaude réconfortante avant que Tom ne l'embarque à la découverte de Hastings. Il n'avait même pas envoyé un SMS à Hermione pour lui indiquer son départ. Trop chamboulé par la situation, cela lui était complètement sorti de la tête.
Le rire de Hermione s'éleva à travers le combiné et il sourit doucement en constatant qu'elle n'était pas furieuse. La jeune femme n'était pas du genre à apprécier d'attendre pour rien et de se voir complètement oubliée au milieu du campus. Fort heureusement, elle paraissait de bonne humeur et Harry avait tout, sauf envie de vivre une des mémorables colères de sa meilleure amie.
« Désolé ? » tenta t-il pitoyablement.
« Oh, j'étais super furieuse jusqu'à ce que je rencontre ta mère au supermarché ce matin, » répliqua Hermione avec un ton de conspiratrice. « Elle m'a demandé si Ron, toi et moi avions passé une bonne soirée. J'ai été un peu surprise étant donné que Ron assistait à un match de rugby et que moi, je t'ai maudis dans mon lit sur dix générations de m'avoir fait poireauter ainsi à la fac. »
« Ah… Euh… »
Harry toussa pour se redonner contenance, espérant trouver les mots pour se justifier auprès de sa meilleure amie. Son souffle s'accéléra en maudissant Londres, ses millions d'habitants et sa poisse pour que parmi eux, Hermione et sa mère se croisent dans un foutu supermarché un samedi matin.
« Qu'as-tu dis à ma mère ? » s'enquit-il.
« Je lui ai assuré que nous avions passé une superbe soirée, » rassura Hermione.
Le jeune homme passa une main dans ses cheveux noirs en poussant un soupir de soulagement. Si Hermione n'avait pas été capable de le couvrir, sa mère aurait paniqué de ne pas savoir où il avait passé la nuit. Parfois, sa propension à le surprotéger ainsi était énervante mais en habitant toujours sous le même toit que ses parents, il avait conscience que leur mentir n'était pas la meilleure idée. Ça n'avait d'ailleurs jamais été dans ses habitudes et le faire le mettait mal à l'aise. Mais… puisque sa mère n'avait pas tenté de l'appeler, c'était plutôt bon signe.
« Alors… C'était comment cette soirée ? » reprit Hermione avec douceur.
Quelques secondes de silence s'écoulèrent et Harry passa une main dans ses cheveux noirs. Son cœur se serra de joie en avisant l'environnement autour de lui et l'homme allongé dans un lit à quelques mètres de lui. L'envie de hurler sa joie à son amie le traversa mais il ignorait comment il allait pouvoir justifier son bonheur extrême d'avoir passé une soirée merveilleuse avec un autre homme. Un soupir tremblant traversa ses lèvres avant que sa voix, légèrement rauque ne s'élève. Il n'avait pas le cœur à débiter un nouveau mensonge.
« C'était… Je te jure, Hermione, c'était génial, » confia t-il en fixant l'horizon devant lui. « C'était une soirée incroyable. Tu n'as pas la moindre idée de l'endroit merveilleux où je suis. Tout est tellement magnifique. »
« Oh, vraiment ? » s'enthousiasma Hermione d'un ton attendri. « Je suis si contente pour toi. Je ne dois pas m'inquiéter alors, n'est-ce pas ? »
« Non. Non, tu n'as pas besoin de t'inquiéter. »
« Alors profite en, Harry. »
Quand ils raccrochèrent, quelques minutes plus tard, Harry fut certain que Hermione savait qu'il avait passé la nuit avec un homme et non pas une femme. Après tout, elle lui avait avoué à demi-mots lors de la soirée de la fraternité de Westminster avoir repéré son intérêt pour les personnes du même sexe. La jeune étudiante en droit avait toujours été incroyablement intuitive et perspicace. Elle n'avait rien dit, respectant son silence mais elle n'était pas dupe. Harry sentit le soulagement envahir sa poitrine : elle ne l'avait pas rejeté, ni méprisé. Elle s'était contentée de lui conseiller de profiter.
Un sourire aux lèvres, Harry retourna à l'intérieur, là où la chaleur était bien plus accueillante. Il frissonna face au changement de température et se débarrassa du plaid qu'il remit sur le canapé. Il chercha la télécommande de l'énorme télévision installée dans le coin salon puis mit quelques minutes à comprendre comment tout cela fonctionnait. Avant de raccrocher, Hermione lui avait conseillé de jeter un coup d'œil aux informations du jour car un drame s'était déroulé à Londres durant la nuit.
Il lui fallut un moment pour allumer la télévision, grognant face à tous les gadgets inutiles et sûrement incroyablement coûteux de Tom. Il zappa jusqu'à une chaîne d'information en continu et sa mâchoire se décrocha en avisant le gros titre : Triples assassinats à Londres, la mafia au cœur de ce massacre.
« La mafia ? » répéta Harry d'une voix incrédule.
La présentatrice, une blonde aux grands yeux bleus, interrogeait une journaliste en duplex. Harry augmenta le son et écouta attentivement. Depuis le démarrage des chaînes d'information en continu, Harry était de ceux qui pouvait se poser devant la télévision et écouter les mêmes infos en boucle pendant des heures sans s'en lasser. Il y avait toujours un élément supplémentaire, une autre façon de présenter la situation, de nouvelles images, l'interview d'un énième spécialiste, etc.
« Bonjour. »
La voix grave de Tom le fit sursauter et il se tourna vivement vers lui. L'homme s'était déjà rasé, coiffé et habillé de façon décontractée. Il était appuyée contre la chambranle de la porte, les bras croisés contre sa poitrine et il l'observait attentivement.
« Bonjour, » répondit Harry.
Il se tendit légèrement quand Tom s'approcha de lui puis vint s'asseoir à ses côtés sur le canapé. Il voulut éviter son regard, réellement mais quelque chose dans les yeux marrons et rouges de l'homme était bien trop attirant. Sa bouche s'assécha quand Tom se pencha vers lui et Harry se surprit à prier que Tom pose ses lèvres sur les siennes. Dans un mélange de soulagement et de déception, il accueillit ses lèvres sur une de ses joues.
« Bien dormi ? » s'enquit Tom.
« Je… Oui. Je crois que je me suis endormi ici, en lisant, » bredouilla Harry. « Merci de m'avoir ramené au lit. »
« J'ai crains que tu ne paniques si je te déshabillais pour que tu sois plus à l'aise. »
La voix du trentenaire était taquine et Harry, malgré son embarras, se mit à rire. Effectivement, il aurait paniqué d'ouvrir les yeux dans un lit inconnu et à moitié à poil. Dormir vêtu d'un jean n'avait rien de confortable mais il était très satisfait de la délicatesse de Tom.
« Les informations sont intéressantes ? » ajouta ce dernier en levant la tête vers l'écran de télévision.
« C'est fou. Il y a eu trois meurtres cette nuit à Londres, » indiqua Harry avec véhémence. « Il parle de la mafia. Non mais… Genre ! La mafia ! Est-ce que les journalistes se croient en Italie dans les années 80 ? »
Harry rit légèrement mais il remarqua l'absence totale d'émotion sur le visage de Tom. Ce dernier avait le regard rivé sur la télévision et il écoutait attentivement le flot de paroles de la présentatrice. Sur un carré à sa droite, des images de Hyde Park barricadé par des rubans jaunes de la police, lieu des trois assassinats, tournaient en boucle.
« Ça ne vous semble pas dingue ? » insista Harry en constatant son mutisme.
« Quoi donc ? »
« Qu'ils parlent de la mafia. On est à Londres, bon sang. »
« Estimes-tu que la mafia se cantonne uniquement sur les terres italiennes ? »
Quelque chose dans la voix et dans le regard de Tom le mit profondément mal à l'aise. Ses yeux brillaient d'une lueur indéchiffrable et Harry aurait aimé se plonger un instant dans l'esprit de l'homme pour pouvoir déceler ses pensées. À présent, Tom avait arraché son regard de la télévision pour le dévisager avec attention. Harry resta un moment silencieux, cherchant soigneusement ses mots.
« Ça me semble un peu gros de parler de la mafia. Je ne suis pas dupe. Je sais bien qu'il y a des organisations criminelles plus ou moins puissantes dans le pays mais la mafia… Ça fait un peu vieux-jeu et d'un coup, ça nous plonge dans Le Parrain ou Scarface. »
Tom sourit et colla son dos contre le canapé. Les jambes croisées, il posa un de ses bras sur le dossier en cuir. Harry eut la désagréable sensation de passer à côté de quelque chose, de ne pas comprendre pourquoi cette situation semblait tant amuser l'homme.
« C'est grâce à ce genre de pensées populaires de ce type que la mafia est relativement tranquille à Londres, » nota tranquillement Tom.
« Je demanderai à mon père ce qu'il pense de tout ça, » répliqua Harry en haussant les épaules.
Ses mots firent redresser légèrement Tom et Harry vit ses yeux s'animer de nouveau avec agitation. Cela ne dura qu'une seconde avant que l'impassibilité ne revienne voiler ce regard mais Harry fut certain de ce qu'il avait vu.
« Il travaille sur ce type d'affaires ? »
« Couramment. Il est commissaire, » rappela Harry.
« Effectivement. Il est d'ailleurs plutôt connu pour cela, » confirma Tom avant de se lever d'un mouvement vif. « Et si nous passions à table pour un brunch ? Il est trop tard pour parler de petit-déjeuner. »
Quelques heures plus tard, Harry s'apprêtait de nouveau à monter dans la voiture de Tom. La journée avait défilé à toute vitesse, le prenant par surprise quand le soleil commença à se coucher. Après un brunch plus que conséquent, Tom l'avait invité à prendre une douche dans l'une des nombreuses et incroyables salles de bain de la demeure. Harry avait accepté, se détendant sous l'eau chaude. Quand Tom lui avait proposé une brosse à dent neuve et un sous-vêtement propre à sa taille, Harry n'avait pas pu s'empêcher de se demander s'il ramenait régulièrement des hommes dans cette maison de vacances.
Cette pensée lui avait vrillé l'estomac et Harry s'était efforcé de la repousser. Il n'avait pas besoin, et surtout pas envie, d'en savoir plus sur la vie sexuelle de Tom. Il imaginait sans mal combien celle-ci devait être riche. Notamment comparée à la sienne dont le calme plat ferait peur à n'importe qui. Il n'avait embrassé que quelques filles, sans jamais en tirer le moindre plaisir et aucune d'entre elles n'avait jamais glissé sa main en-dessous de son pantalon. Autant dire qu'à dix-huit, il était plus que novice.
Suite à sa douche, Tom l'avait invité à visiter la propriété et Harry avait tout simplement été stupéfié de voir combien elle était grande. En cette saison, le jardin était mort et sans vie mais Harry imaginait sans mal sa beauté au moment de la renaissance printanière. Tom lui avait confié son désir de pouvoir un jour faire planter un petit vignoble, à taille humaine, sur le terrain de la propriété mais le climat britannique n'était pas clément pour faire pousser du raisin suffisamment sucré et goûteux pour fabriquer du vin. D'autant plus qu'il pouvait compter sur les doigts de la main le nombre de fois où il venait à Hastings par an.
« C'est vraiment dommage. Il y a un tel potentiel dans ce terrain, » s'était exclamé Harry avec une pointe de regret. « J'imagine mal du raisin pousser ici mais après tout, pourquoi ne pas essayer ? Vous auriez la possibilité d'installer une serre aussi. Et de faire un petit potager. J'adore m'occuper de celui de la maison avec ma mère. »
« Vraiment ? » s'était amusé Tom en lui lançant un rapide coup d'œil sur le côté. « Pardonne moi de t'imaginer aussitôt avec des bottes en caoutchouc et un chapeau de paille. »
Harry avait roulé des yeux en mimant un faux agacement alors même que le plaisir d'être ainsi charrié par l'homme se propageait en lui. Quand le vent s'était levé, s'engouffrant sans pitié dans leurs vêtements, ils étaient rentrés dans la demeure et Tom lui avait fait visiter les deux étages. De nombreuses pièces étaient closes, attisant sa curiosité légendaire mais il s'était efforcé de la museler, s'attardant davantage sur chaque petite merveille présentée par Tom.
Il n'avait pu que remarquer la fierté de l'homme à chacune de ses exclamations de joie et d'admiration. Ça l'avait énormément attendri, donnant un côté plus humain et vulnérable à Tom. Si loin de son habituelle tenue rigide et impassible. C'était carrément un regard lubrique que Tom lui avait lancé quand il s'était enthousiasmé de découvrir un jacuzzi entouré d'une baie vitrée ouvrable, offrant une vue juste incroyable sur Hastings et la mer.
Harry avait ensuite été bouleversé par la bibliothèque de la demeure. Tom avait indiqué avoir lui-même conçu celle-ci quelques mois après son achat de la propriété. À la base, il s'agissait de deux chambres mais l'inutilité de ces nombreuses pièces peuplant déjà la moitié du second étage l'avait poussé à construire une bibliothèque. Il était estomaqué par le nombre de bouquins disposés dans les innombrables étagères en merisier.
« Hermione tomberait à la renverse d'être dans une telle pièce, » avait confié Harry en pivotant sur lui-même pour ne louper aucun détail de la pièce. « Bon, Ron en serait malade mais c'est vraiment chouette ce que vous avez fait ici. »
« Qui est Ron ? »
Surpris par le grondement perceptible dans la voix de Tom, Harry lui avait lancé un regard étonné avant de sourire d'un air goguenard. S'il avait encore des doutes suite à son petit cinéma la veille au sujet d'Adrian, Harry était à présent certain que Tom Jedusor était un espèce d'homme des cavernes jaloux. Contrairement à ce qu'il aurait cru, l'idée ne le dérangeait pas. C'était même plutôt… excitant.
« Oh… Ron ? » avait répété Harry d'un ton volontairement innocent. « C'est mon meilleur ami. Que vous imaginez-vous, Tom ? »
L'homme ne lui avait pas formulé la moindre réponse, se contentant de rouler des yeux en l'invitant à poursuivre la découverte de la maison. Ça avait quand même été foutrement agréable de percevoir la jalousie briller dans ses yeux rougeâtres.
« Prêt à partir ? »
Harry revint à l'instant présent au moment où Tom déboula dans le hall, son téléphone portable à la main. Il le rangea dans la poche arrière de son jean et Harry put voir la contrariété ternir son beau visage. Il s'était enfermé dix minutes plus tôt, au moment où son téléphone avait sonné, dans un bureau en lui demandant de se préparer pour retourner sur Londres. Sa curiosité le poussait à l'interroger sur le contenu de cet échange téléphonique mais il savait pertinemment que Tom ne lui en dirait pas un mot.
« Bien sûr. À part mon sac de cours, je n'avais pas grand-chose. »
Son sourire enthousiaste masqua le pincement au cœur qu'il ressentit au moment où il jeta un dernier regard au hall gigantesque de la maison. Il ignorait s'il allait revenir ici mais il était comme tombé amoureux de l'endroit. Un peu comme il était tombé sous le charme de son propriétaire.
A mesure que les secondes s'écoulèrent, le visage de Tom se détendit. Il parvint visiblement à mettre entre parenthèse son coup de téléphone agaçant pour se concentrer pleinement sur lui. Harry s'étrangla à moitié avec sa salive en le voyant s'approcher de lui lentement, tel un prédateur. Il resta figé au milieu du hall, son sac à ses pieds, le cœur battant à la chamade.
« As-tu passé une bonne nuit et une bonne journée ici ? »
« C'était vraiment chouette, » confirma Harry, la gorge sèche. « Merci de m'avoir amené ici. C'est une jolie découverte. »
Les lèvres de Tom s'étirèrent en un demi sourire et Harry fut renversé par sa capacité à paraître séduisant alors même que le simple fait de sourire semblait si difficile pour lui. Il cligna des yeux nerveusement quand l'homme se colla presque à lui. Ils étaient à deux doigts de se frôler et pourtant aucune partie de leurs corps n'entraient en contact.
Tom se pencha un peu vers lui et Harry put sentir son souffle caresser son visage. C'était léger et doux. La tension était telle entre eux que Harry sentit ses jambes se tendre douloureusement dans l'attente de… plus. Il resta toutefois parfaitement immobile alors même que l'envie de sauter sur les lèvres de Tom le transperçaient de toute part.
« J'espère avoir l'occasion de te ramener de nouveau ici alors, » chuchota Tom.
Incapable de parler, Harry se contenta d'un sourire crispé. Est-ce que Tom allait l'embrasser ? Attendait-il qu'il fasse lui-même le premier pas ? Autant en mourait-il d'envie, autant il peinait à avoir le courage d'écouter son envie. Était-il normal de tant vouloir un baiser alors que jusque là, il n'avait jamais ressenti un tel désir ? Il ne parvenait pas à détacher son regard émeraude de celui de Tom. Il tressaillit quand l'homme leva une main pour caresser sa joue avec douceur.
Puis, Tom passa un bras autour de sa taille et le rapprocha vivement de lui. Harry glapit quand son corps entra en collision avec celui du trentenaire et ses yeux s'ouvrirent largement quand les lèvres de Tom s'écrasèrent sur les siennes. Un tremblement de bonheur traversa son corps alors que la langue de l'homme caressait ses lèvres. Il les entrouvrit et sans la moindre hésitation, la langue de Tom vint se glisser entre elles et envahir sa bouche.
Oh bordel de merde ! C'était si bon ! Se laissant transporter par la sensation, Harry sortit de son immobilisme. Il leva les bras et les enroula autour du cou de Tom, s'accrochant à lui avec force. Le besoin de le sentir contre lui, de se sentir porté par lui était viscéral, presque douloureux. Tom répondit à son initiative par un grognement sourd, presque animal et il le fit reculer jusqu'à ce que son dos heurte l'un des murs en pierre du hall. Harry gémit doucement, à la fois de surprise et de plaisir, et ses doigts s'enroulèrent autour des cheveux légèrement ondulés de Tom.
Tous les deux à bout de souffle, ils se séparèrent finalement et le soudain silence fit bourdonner les oreilles de Harry. Ses joues étaient cramoisies et ses yeux brillaient avec intensité. Il relâcha le cou de Tom et laissa tomber ses bras le long de son corps, encore haletant. Son sexe était douloureux dans son boxer et l'envie de glisser sa main dedans pour attraper son pénis et se soulager le faisait presque chavirer. Il se contenta toutefois de rester appuyé contre le mur, fébrile, à dévisager Tom qui s'éloignait d'un pas.
« Je crois que nous sommes prêts à partir maintenant, » déclara Tom avec un ton taquin.
Encore bouleversé par ce baiser, Harry se retrouva de nouveau dans la voiture de Tom sans avoir pu prononcer le moindre mot. Le véhicule filait à toute allure et ils furent bientôt sur le grand axe autoroutier en direction de Londres. Comme d'habitude, Crabbe et Goyle encadraient la voiture et Harry ne chercha même pas à s'interroger à ce sujet pour une fois.
Il était juste renversé par leur dernier échange. Alors c'était cela d'apprécier un baiser ? Chaque fois que ses lèvres s'étaient appuyées sur d'autres, Harry n'avait absolument rien ressenti de semblable. Peut-être un peu d'excitation à son premier baiser mais ensuite, ça avait toujours eu quelque chose de maladroit, de déplacé, de dérangeant. Comme si sa place n'était pas là.
Peut-être que sa place était justement ici, auprès de Tom. Cette pensée lui fit tourner la tête et il déglutit bruyamment. Alors… Alors voilà, il aimait vraiment bien les autres hommes ? Le nier serait mentir après avoir littéralement bandé plus dur que jamais pour Tom. Les paroles de l'homme, la veille au soir sur la terrasse de la maison en pierre, lui revinrent à l'esprit. Il n'avait pas besoin d'être gay, simplement d'être à Tom. C'était tentant. Sérieusement excitant même. Mais Harry n'était pas assez stupide. Il était foutrement attiré par les mecs. Il était gay. Homosexuel.
Les mots explosèrent à sa conscience et un florilège de synonymes s'y ajoutèrent. Pédé. Tapette. Tafiole. Homo. Les mots étaient affreux et douloureux, tels un coup de poing bien placé. Il passa une main tremblante sur son visage, des gouttes de sueur y faisant soudainement son apparition.
« Tout va bien ? »
Harry tourna un regard hagard vers Tom. L'homme conduisait à toute vitesse, dépassant allégrement la limitation. Devant eux, Crabbe conduisait tout aussi vite et Goyle n'avait aucun mal à suivre derrière. Il était persuadé que Tom se fichait totalement de dépasser les limitations de vitesse autorisées. Comme s'il était au-dessus des lois.
« Vous ne roulez pas un peu vite ? » crossa t-il.
Il ne sentait absolument pas le courage de révéler le fond réel de sa pensée. Comment mettre en mots ce qui venait tout juste de lui sauter aux yeux ? Comment dire à Tom que, pour la première fois de sa vie, il osait utiliser le mot gay pour se caractériser ? Harry se surprit à vouloir oublier tout cela, rentrer chez lui, se coucher au fond de son lit, voire même de réclamer une étreinte à sa mère.
Et pourtant, l'idée de ne plus se souvenir du baiser de Tom lui causa une douleur inattendue. Ça avait été tellement agréable, foudroyant même. Il n'avait jamais rien connu de tel. Et Harry était certain de pouvoir laisser traîner sa bouche n'importe où, sur n'importe quelle fille sans jamais ressentir de nouveau cela. Que souhaitait-il ardemment ? Vivre sans passion mais dans les normes ou connaître à nouveau le désir brûlant après un baiser échangé avec Tom ?
« Vas-tu arrêter de me vouvoyer ? » répliqua à la place Tom en lui jetant un regard en coin.
« Ça vous fait vous sentir vieux ? » s'amusa Harry, laissant un peu de ses doutes s'envoler loin de lui.
« Non. Je trouve cela terriblement excitant car je ne peux pas m'empêcher de t'imaginer te tortiller sous moi en geignant quelque chose du genre ''maître, vous me faîtes beaucoup de bien''. »
La réponse osée de Tom lui coupa le souffle et il devint cramoisi. Son souffle s'accéléra alors que une image de ce scénario venait effleurer son esprit. Il allongea le bras et flanqua une claque sur le biceps gauche de l'homme, outré.
« Tom ! » s'écria t-il.
Ce dernier, vif comme l'éclair, attrapa sa main qui venait de l'attaquer et enroula ses doigts autour des siens avant de reposer leurs deux mains entrelacées sur sa cuisse. Harry resta muet face à ce geste et il maudit son corps de le trahir ainsi alors que ses joues restaient empourprées. Il eut besoin de quelques minutes pour se détendre complètement puis, fatigué de se battre contre lui-même, il décida de tout simplement profiter de la situation. Il se rencogna dans son siège, puis ses yeux se fermèrent et un léger sourire flotta sur ses lèvres jusqu'à ce que la voiture de Tom s'arrête au bout de sa rue.
Quand Harry rentra chez lui, il avait encore l'impression de flotter sur un petit nuage. Il n'arrivait pas à contrôler le sourire éclairant son visage et ses yeux. Tom ne l'avait pas embrassé pour le saluer. Même si Harry en avait été quelque peu déçu, tout son corps réclamant déjà un autre baiser, il avait été également soulagé. Même les vitres de la voiture étaient teintées, Harry ne voulait prendre aucun risque concernant le voisinage. D'une façon ou d'une autre, dans le quartier résidentiel où les Potter avaient construit leur maison peu après sa naissance, tout finissait toujours par se savoir.
En pénétrant dans le salon, il eut la surprise de voir son père et son parrain tous les deux assis sur le canapé en train de regarder un match de foot. La table basse était recouverte de bouteilles de bière, de verres et de chips. Les deux hommes étaient plongés dans le match diffusé sur le grand écran de télévision et Harry sourit largement en tapant soudainement contre la table du salon à côté de lui. Sans surprise, ils sursautèrent tous les deux en se tournant vers lui d'un air affolé.
« Bonjour ! »
« Putain ! » s'écria Sirius en portant une main à sa poitrine. « Tu nous as fais flippé. »
« On a cru que c'était ta mère, » ajouta James en jetant un regard au foutoir sur la table basse. « Elle n'est pas censée rentrer avant deux heures. »
Harry éclata de rire. Lui-même avait de trop nombreuses fois était effrayé en voyant sa mère débouler alors que sa chambre était un vrai capharnaüm. C'était toujours profondément amusant de voir que même James et Sirius étaient très sensibles au regard menaçant de la femme. Harry vint s'affaler sur le canapé à côté de son père et celui-ci passa un bras autour de ses épaules.
« Comment était ta soirée ? » demanda James en quittant l'écran de télévision des yeux pour le poser sur lui.
Un instant, Harry fut tenté de tout leur raconter. Sa joie était telle bon sang que ses mains étaient encore moites. Son cœur tambourinait avec violence dans sa poitrine et il avait envie de hurler son bonheur à son entourage, de le partager avec eux, de leur confier combien passer une nuit avec Tom Jedusor avait été merveilleux.
Harry avait toujours été proche de son père et de son parrain. Ils avaient toujours veillé à lui donner des conseils adaptés – enfin la plupart du temps –, à le protéger – voire même trop à certains moments – et à partager des moments privilégiés avec lui. Sirius faisait partie du paysage familial depuis toujours et il était comme un second père pour lui. D'ailleurs, les deux hommes l'avaient toujours corrigé, aussi bien l'un que l'autre, quand ils estimaient cela nécessaire et ses parents n'avaient jamais rien trouvé à redire à Sirius à ce sujet. À son plus grand désarroi parfois quand il était plus jeune.
Les deux hommes ne l'avaient jamais jugé et en même temps, Harry ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'il ne leur avait jamais donné l'occasion de vraiment être jugeant à son égard. Comment allaient-ils réagir en apprenant qu'il aimait embrasser des hommes ? Enfin, plus particulièrement un homme ayant douze ans de plus que lui. Cette pensée lui donna un nouveau vertige et il inspira brusquement.
Sa réponse tardant trop à venir, il nota le regard des deux hommes porté sur lui. Son bref instant de courage s'évapora aussitôt et il porta son attention sur le match de football, la gorge serrée.
« Ouais c'était cool. Vraiment cool, » répondit-il fébrilement. « J'ai dormi chez Ron. »
Il préféra garder les yeux rivés sur l'écran de télévision mais son angoisse s'atténua très légèrement quand le bras de son père se resserra autour de lui. Il se blottit contre lui, ce qui était bien loin de ses habitudes depuis qu'il s'estimait trop grand pour le faire. De ce fait, il loupa le regard soucieux que James et Sirius échangèrent et préféra fermer les yeux, profitant de cette paix entre eux. Combien de temps allait-elle durer ? Il n'en avait plus la moindre idée à présent.
A la semaine prochaine
