Je serai le plus grand sorcier du monde! car je suis... l'Elu.

La Chambre des Secrets a été ouverte. Tremblez, Sang-de-Bourbe, tremblez, parvenus! Car le règne de l'Héritier commence. Je jubile, debout au milieu de la Forêt interdite, le corps secoué d'un rire incoercible, face renversée à la rencontre de la pluie, l'orage se répand dans chaque cellule de mon corps. Je dépasse le cours du temps, je ne suis plus humain!

Mon destin a été scellé dès que, après cinq années de recherche, de travail, j'ai pénétré dans la Chambre. Dès lors il n'y a plus eu de limites. Une enquête minutieuse a été menée, et j'ai dû refermer la Chambre, mais qu'importe, puisqu'à l'instant où le Basilic se soumettait à mes ordres je suis passé du côté du pouvoir absolu. Adieu, Jedusor, car voici Lord Voldemort!

La lune est pleine, visible parfois entre deux nuages dans le ciel lourd et noir; autour de moi, un cercle de loups hurle dans la nuit, des serpents s'enroulent autour des troncs d'arbres, les saisons défilent à toute allure, le feu nous entoure dans lequel scintillent les yeux ardents des maîtres de l'Enfer. Mon cœur s'accélère, la vie éternelle vient à moi. Triomphe!

J'ai, parmi mes amis les plus proches, des gens de confiance qui m'accompagnent dans mes recherches, qui m'aident déjà dans mes rituels. Nous rallions les meilleurs à notre cause, tout en veillant à ce que le secret soit gardé. Et justement... Elle semble savoir ce qui se passe. Elle aussi est à Serpentard et, à bien l'observer, je perçois une grande force magique. Il faut qu'elle soit avec moi, sinon elle sera contre moi. C'est une fille solitaire, aux yeux d'un vert surprenant et aux cheveux roux en cascade de flammes.

J'ai rendez-vous avec elle, cette nuit. Je saurai tout à l'heure ce que je vais faire d'elle.

Le rituel est terminé. Avec un recueillement fébrile, je remercie les élémentaux, tranche le cou de l'agneau que j'ai apporté et bois une coupe de ce sang pur. Que peuvent ces malheureux rationnels?

Elle m'attend, assise droite sur un fauteuil, le flot éblouissant de sa chevelure épars sur ses épaules, sa poitrine généreuse, son expression mêlée de froideur sereine et de sensualité farouche.

- Je suis prête à t'écouter, Tom.

- Que sais-tu de moi?

- Que tu es un ambitieux - et l'héritier de Serpentard.

Je ne laisse rien paraître de ma surprise.

- Tu as d'immenses pouvoirs, Tom... J'ai lu ton avenir dans les miroirs. Ils m'ont montré un homme double, de la violence, de la gloire...

Elle s'exclame:

- Tu es l'Elu!

Le cœur battant, je cache mon trouble, négligemment accoudé à une table, haussant les sourcils et affichant un sourire ironique.

- Comment le sais-tu?

- Ne m'interromps pas, je commence. Je suis née une nuit d'orage comme celle-ci, dans une chaumière irlandaise. Comme c'est la coutume chez les sorciers de là-bas, de savantes divinatrices se sont penchées sur mon berceau et ont déclaré que... je serais moi-même la messagère entre les maîtres d'en bas et leur élu sur terre. Je n'ai jamais eu besoin de t'espionner: mes rêves me révélaient tout. A présent...

D'un geste vif, elle retire le kimono de satin dont elle maintenait le col d'une main. Elle n'est vêtue à présent que d'une chemise de gaze noire qui ne laisse rien ignorer de ses charmes, tout comme ses jambes, de vrais bijoux, montrées jusqu'à l'impossible.

- Viens, appelle-t-elle d'une voix rauque.

Le soleil entre à flots dans le dortoir du préfet-en-chef, qu'il m'a prêté grâce à mon "ami" l'Imperium. Dans notre hâte, Circé et moi avons négligé de fermer le rideau. Je me tourne vers elle. Elle garde ses allures fièrement effrontées, le visage noyé dans une débauche de feu, ses lèvres rouges entrouvertes, ses seins ronds et fermes, comme offerts... Qui est-elle? Pourquoi est-ce que je me sens si faible, comme si mon énergie me quittait...? Un miaulement discret attire mon attention. C'est Astaroth, mon chat, qui fixe Circé d'un oeil méfiant. Je le regarde attentivement: les secrets de l'Enfer dansent dans les yeux des chats.

- Ne t'avise pas de dire du mal d'elle!

Mais Astaroth ne cille pas. Dans ses yeux implacables, je lis la réprobation, l'ironie, la déception.

Qu'importe. Elle est à moi. Et pour mieux le prouver, à moi et à mon compagnon, je me retourne souplement et j'ouvre les bras pour l'enlacer, abandonnée dans son sommeil.

Je suis repoussé brutalement, une lumière argentée m'aveugle, je replie mon bras sur mon visage pour me protéger. Une voix dure s'élève:

"Honni sois-tu, suppôt des Ténèbres, d'avoir séduit, trompé et sali l'Impératrice suprême! Les dieux te feront ravaler ton orgueil, car Elle est né de l'union entre les Ténèbres et la Lumière. Que celui assez malfaisant pour réussir à la tenter et à la détourner de sa solitude et de l'Equilibre périsse d'excès et d'erreur, enfermé en lui-même! Que ce cœur perverti ploie sous la force de l'Innocence!"

Incrédule, aveuglé, paniqué, je tâte tout autour de moi, plongé dans le noir absolu.

- Tu as peur, dirait-on, Tom?

Je m'immobilise.

- Circé? Je ne vois rien!

- Tu as fait une chose terrible, Tom.

- Tu le voulais!

- C'est par toi que cela est arrivé. Laisse-moi te conter mon histoire. Circé n'est pas mon vrai nom, mon nom est Bénédicta. Je suis née pendant le même orage que celui qui t'a vu venir au monde, soir où Mars et Saturne se sont rencontrés... Et sache que nos destins sont liés, car nous sommes les Jumeaux de la Destinée. Voici l'oracle:

"Saturne protège l'un, Mars inspire l'autre; tous deux élus, ils ne pourront que se combattre; la nouvelle union des deux astres marquera la victoire ou la défaite; ni la fusion ni la guerre ne peuvent aboutir, car ils sont deux faces d'un même être. L'un de l'autre saura obtenir ce qu'il désire, mais l'issue fatale est la destruction, car là où l'un a la force, l'autre défaut et de leur destin le dernier tarira la double source."

Bien que dérouté, je sens dans sa voix la sérénité d'un sourire amoureux.

- Quel que soit notre destin, nous restons des humains, Tom, faillibles, libres de bifurquer. Quand je t'ai vu, j'ai tout de suite su que tu étais cet Elu. Mais j'ai su aussi que je ne pourrais te combattre.

" Nous sommes très semblables, l'oracle l'a dit. Nous sommes entiers, nous ignorons le sens du mot "compromis" et même nous l'avons en horreur. L'emprise que tu as eue sur moi a privilégié l'influence de Mars, je n'ai plus su qui j'étais, j'ai senti une chute interminable, j'étais humaine. Tu m'as séduite, transformée, perdue. Tu es devenu plus important pour moi que mon propre destin."

Elle s'arrête. J'ai l'impression qu'elle pleure. Le cœur battant mais la tête froide, indifférente, je l'écoute sans bouger. Cette sorcière dont les charmes m'ont envoûté, si... inattendue?

- Je te permets de me voir une dernière fois, murmure-t-elle. Je te sacrifie ma victoire.

Elle passe sa main à quelques centimètres de mes yeux endoloris; je sens la chaleur qu'elle dégage.

A quelques pas de moi à présent, troublante et inaccessible dans son vêtement de gaze noire, elle me montre une petite fiole.

Comme pétrifié, je regarde son corps sans vie disparaître peu à peu.