L'elfe maudite d'Eryn Vorn
Coucou tout le monde ! J'espère que ce chapitre sera à la hauteur de vos attentes... Bonne lecture
Chapitre 6 :
Elrond et Celebrian marchaient en silence, chacun réfléchissant aux dernières paroles de cette elfe dont ils ne connaissaient rien, et qui apparemment avait tué des membres de sa famille. Ce fut Celebrian qui prit la parole en premier.
« Ne sois pas trop dur envers elle…
- Pourquoi ? D'après ce qu'elle a dit, elle a tué deux personnes de sa famille et elle pourrait recommencer à tuer à n'importe quelle occasion, avança Elrond, sceptique.
- Elle ne l'a pas fait volontairement, enfin je ne le crois pas… Je l'ai observée pendant qu'elle te parlait, et elle avait les mains tellement crispées que ses jointures étaient blanches…
- Ce n'est pas une excuse ! la coupa Elrond. Tu sais bien qu'en ces temps nous ne pouvons nous permettre le moindre faux pas. Elle a peut être été corrompue par Sauron. Après tout, elle a avoué l'avoir rencontré… Il faudrait que tu te méfies un peu plus des personnes, que tu ne donnes pas ta confiance si facilement…
- Mais c'est Ma nature ! »
Celebrian avait bien insisté sur le possessif.
« Je ne peux m'empêcher d'être empathique avec cette jeune elfe. Après tout, elle a traversé bien des épreuves, malgré son jeune âge… précisa la dame elfe. Imagine une seule seconde ce qu'elle a vécu. Elle a vu son père et son frère mourir sous ses yeux, et par sa faute… si cela m'était arrivé à son âge, je ne sais ce qu'il serait advenu de moi…
- Tu as comme toujours de très bons arguments pour me faire changer d'avis, avoua le Seigneur elfe.
- Et puis, souviens-toi qu'elle n'est pas fautive ! Les Valar lui ont fait rencontrer la route du Seigneur Noir, qui l'a maudite… Elle doit avoir un grand destin qui l'attend. »
Sur ces dernières paroles, la Dame Celebrian et le Seigneur Elrond rentrèrent dans leur chambre.
Eäreda avait replié ses jambes contre son torse, encerclant ces dernières de ses bras, ne pensant à rien. Elle ne sut exactement combien de temps elle était restée dans cette position. Sûrement la nuit entière, car les rayons du soleil perçaient à présent à travers sa fenêtre. Eäreda se mit à réfléchir. Avait-elle fait le bon choix en venant ici ? Le seigneur Elrond pourra-t-il l'aider ? Elle en doutait après les paroles qu'il avait eues envers elle avant de la laisser seule. Elle ne put empêcher des gouttes d'eau salée de tracer un sillon le long de ses joues. La jeune elfe se sentait seule… très seule. Elle n'avait pas son compagnon à côté d'elle. D'ailleurs, Eäreda se demandait comment il allait. La jeune elfe savait que les elfes d'ici sauraient en prendre soin, et tout ce qu'elle espérait c'est qu'ils ne l'enferment pas dans un box…
Eäreda ne put pousser plus loin sa réflexion car elle entendit un bruit sourd. C'était comme si on martelait du bois… Elle se concentra sur ce bruit pour le moins étrange, puis elle entendit un hennissement… Non, Son hennissement ! Eäreda regarda autour d'elle et se précipita vers la fenêtre. Heureusement pour elle, l'espace entre le sol et la fenêtre n'était pas très haut. Elle sauta et courut le plus vite qu'elle pouvait vers la source de ce bruit. Elle tourna un angle et vit près de la lisière un bâtiment très long. Une odeur lui parvint aux narines qu'elle identifia comme celle si particulière aux chevaux. Et ses craintes furent confirmées. Ils avaient enfermé son cheval. Alors, sans plus attendre, Eäreda ferma les yeux et se dirigea vers ce bâtiment pour le moins étrange.
Quand elle arriva à l'entrée, elle sentit toute l'effervescence qui était provoquée autour d'un enclos. Elle ouvrit tout doucement les yeux vers le sol afin de percevoir aux limites de sa vision l'intérieur de cet endroit, et le spectacle qui s'offrait à ses yeux l'offusqua presque. Il y avait des dizaines et des dizaines de petits enclos ! Certains étaient vides, mais d'autres renfermaient des chevaux.
« Alors ici, ils enferment les chevaux ! » pensa-t-elle, presque écœurée.
Eäreda ne pouvait plus bouger, choquée par ce qu'elle voyait… Et après deux bonnes minutes, elle sentit quelqu'un s'approcher d'elle.
« Vous êtes l'étrangère ?
- Je me nomme Eäreda, et je viens d'Eryn Vorn ! fit-elle, agressive car elle n'avait pas aimé le ton sec de l'homme en face d'elle.
- Il est à vous, ce cheval ? » demanda-t-il en ignorant la manière dont avait répondu l'elfe.
Ce qu'il trouva bizarre, c'est que cette « Eäreda » gardait les yeux fermés en lui parlant, mais il préféra ne pas en tenir compte.
« Oui, c'est mon compagnon de route, répondit-elle sur un ton de défi.
- Eh bien il va falloir le calmer, car votre cheval est fou ! Depuis un petit moment…
- Je ne vous permets pas de l'insulter comme ça ! rétorqua-t-elle en haussant la voix.
Ce qu'elle ne vit pas, car elle avait les yeux fermés, c'est que les quelques palefreniers autour du box la regardaient, surpris.
- Je suis Voronwë ! Chef des Ecuries du Seigneur Elrond ! Et vous, ne me parlerez pas de cette manière, jeune elfe !
- Tant que vous parlerez ainsi de mon compagnon je ne changerais sûrement pas de ton ! Regardez-le ! Que fait-il ? demanda Eäreda.
- Hé bien il tape de ses jambes arrières toutes les parois du box et se cabre, comme tout cheval non bien dressé ! répondit Voronwë, titillé dans son honneur de dresseur par cette étrangère.
- Il veut tout simplement sortir… Sa voix s'était radoucie. Il n'aime pas être enfermé. Il est comme moi, il aime être libre comme le vent qui souffle à sa guise. Comme l'eau qui peut être douce ou destructrice… Pouvez-vous m'emmener auprès de lui, s'il vous plaît ? »
Eäreda sentit qu'on lui prenait le bras et qu'on l'emmenait vers son compagnon. Elle entrouvrit légèrement les yeux pour voir où se situait la porte du box. La jeune elfe s'approcha de cette dernière et l'ouvrit. Elle regarda son cheval qui était en sueur.
Dès qu'il aperçut son amie, Faeralag se calma. Enfin, elle était venue le libérer de cette cage ! Il se dirigea doucement vers elle, secouant son encolure du haut vers le bas, et avec les oreilles en arrière pour montrer son mécontentement.
Eäreda ne put s'empêcher de sourire devant la scène que lui offrait son cheval, puis elle fut stupéfaite. La jeune elfe venait de regarder son cheval ! Eäreda avait eu peur pour son compagnon et l'avait regardé machinalement, sans penser que... Elle fut néanmoins soulagée de constater qu'il n'eut aucune réaction. Peut-être que la malédiction ne le touchait pas ? Alors elle s'approcha doucement de lui en souriant, et lui murmura :
« Oui, je sais, tu n'es pas content d'être enfermé. »
Eäreda l'entendit hennir.
« Nous l'avons mis ici pour qu'il puisse se reposer. Il était épuisé quand il est arrivé… » intervînt Voronwë.
Eäreda entendit une voie lointaine lui parler mais elle n'y prêta pas attention, enlaçant la tête de son cheval. Ils étaient comme ailleurs, seuls au monde.
« Viens, je vais t'emmener dehors, et tu pourras galoper en toute liberté… »
Eäreda sauta sur le dos de Faeralag et enfouit sa tête dans la crinière de son ami. L'un des palefreniers présents lui ouvrit la porte pour les laisser passer. Faeralag se dirigea vers la sortie en trottinant, tout heureux de retrouver l'air frais. Une fois dehors, il partit au galop, et sa cavalière sauta de son dos quelques mètres plus loin. Malheureusement, en bondissant par terre, Eäreda dû s'accroupir et se rattraper sur sa main gauche. Une intense douleur parcourut tout son bras. La jeune elfe resta accroupie mais serra vite sa main contre elle. Après s'être légèrement massée, Eäreda entendit une voix claire et douce lui parler.
« Je vous avais dit de faire attention, et de ne pas trop bouger votre bras gauche… fit dame Celebrian, légèrement amusée avant de remarquer la douleur d'Eäreda.
- J'aurais dû vous écouter plus attentivement, et aussi ne pas sortir de mon lit…
- Ce n'est rien, mais dépêchons-nous de retourner à votre chambre avant que mon mari ne s'en aperçoive. »
Eäreda se releva et se dirigea vers la dame elfe, ou du moins vers la voix de la dame. Une fois arrivée près d'elle, la jeune elfe ouvrit les yeux mais plaça son regard vers le sol afin de ne rencontrer aucun regard mâle. Celebrian commença à marcher en direction de la chambre de la jeune elfe. Au début, elles restèrent toutes les deux silencieuses, Eäreda ne sachant pas quoi dire, et Celebrian ne sachant comment aborder certaines choses délicates. Ce fut Celebrian qui prit la parole en première.
« Vous avez fait un long voyage pour venir jusqu'ici ?
- Oui… Un très long voyage d'environ quinze jours, avec bien peu de repos, répondit Eäreda en resongeant à toutes ses péripéties.
- Je sais que… commença Celebrian, cherchant les bons mots à employer. Je sais que ce n'est pas facile pour vous d'en parler, mais pourquoi être venue ici ? » se risqua-t-elle à demander.
Eäreda ne répondit pas tout de suite, elle semblait réfléchir, ou plutôt rassembler ses souvenirs.
« Eryn Vorn est une forêt belle et paisible où nous vivons reclus la plupart du temps. Seuls les marchands ou les poètes qui écrivent l'histoire de notre forêt osent s'aventurer jusqu'à notre cité d'Elenadar. D'ailleurs, c'est à cause de leurs chants célébrant ma beauté que des hommes ont commencé à venir me demander en mariage. »
Le visage d'Eäreda exprimait à présent de la colère, car c'est à cause d'eux que tout était arrivé, et sa voix exprimait de la rancœur. Elle préféra changer de sujet.
« Mon père mettait un point d'honneur à trouver tous les livres possibles sur Arda, car il… il voulait que nous sachions le plus de choses possible sur son histoire. Il voulait que mes frères et moi sachions parler les langues que possède Arda, et pas seulement les langues elfiques. A chaque fois que je lui demandais pourquoi, il ne répondait pas… Peut-être savait-il que nous quitterions un jour Eryn Vorn. »
Elle marqua une autre pause.
« C'est une sage décision qu'avait pris votre père, car vous avez pu utiliser vos connaissances pour venir jusqu'ici.
- Peut-être… »
Sa voix dégageait à présent de la tristesse, mais aussi un certain détachement, comme si elle avait répondu machinalement.
« Toujours est-il que la renommée du talent de guérison de votre mari a atteint notre forêt, et c'est pour ça que je me suis dirigée ici en premier. Je me disais qu'il pouvait m'aider à trouver une solution pour ma malédiction.
- D'ailleurs, je me demande pourquoi vous m'avez regardée tandis que vous avez évité le regard du seigneur Elrond, ajouta Celebrian.
- Pour je ne sais quelle raison, ma malédiction ne touche pas les femmes. Quand ce jour sombre s'est produit, ma mère m'a regardée dans les yeux, et elle ne fut pas tuée… Je me suis alors rappelé les paroles de cet homme, après que j'ai refusé sa demande : Puisque tu ne veux pas devenir ma femme, tu ne pourras plus croiser le regard d'un seul homme sans le tuer.
- Vous ne savez pas qui il est ? »
Elles avaient à présent atteint la porte des appartements d'Eäreda et entrèrent. Celebrian alla s'assoir dans le fauteuil où elle s'était assise la veille, et Eäreda s'installa sur le lit, adossée contre le mur, les jambes repliées sur son torse et ses bras les encerclant. Elle répondit, le regard dans le vague.
« Tout ce que je sais, c'est qu'il est le Seigneur du Mordor…
- Il est plus que cela. Voulez-vous que je vous conte son histoire ?
- Volontiers.
Eäreda avait tourné la tête vers Celebrian, attentive. La femme d'Elrond inspira profondément, car l'histoire qu'elle allait conter était longue, très longue.
« L'histoire de Sauron remonte à la nuit des temps. Il était un des plus doué des serviteurs d'Aulë le Forgeron, mais il « bascula vers l'Ombre » en se mettant au service du terrible Melkor, qui devint plus tard Morgoth. Au premier Age, Sauron était au sommet de sa puissance physique et pouvait prendre l'apparence qu'il voulait, étant de la race des Maiar.
- Les Maiar, des êtres magiques et immortels, c'est bien ça ? demanda Eäreda.
- Oui, c'est tout à fait ça, mais les Maiar possèdent bien d'autres particularités. Par exemple, certains d'entre eux adoptent une apparence stable, mais la plupart ont un aspect changeant, et cela semble avoir été le cas pour Sauron, qui n'hésitait pas à prendre les apparences les plus horribles pour effrayer ses ennemis. On dit que l'une de ses formes préférées était celle d'un loup immense et effrayant. Nos livres, ici à Rivendell, racontent la bataille entre Sauron et le Chien Huan de l'île de Tol Sirion. »
Eäreda semblait réfléchir. Celebrian observait la jeune elfe et attendit que cette dernière prenne la parole.
« A Eryn Vorn, je n'ai pas souvenir d'avoir lu une quelconque bataille entre Sauron et un chien dénommé Huan.
- En réalité, très peu de livres racontent cette bataille, poursuivit la Dame elfe.
- Puis-je entendre le récit de cette bataille ?
- Bien sûr, répondit Celebrian, ravie d'avoir une interlocutrice aussi passionnée. Il est écrit que Sauron prit l'apparence d'un loup, le plus grand qui eut jamais parcouru la Terre du Milieu. Alors Huan se jeta sur Sauron, et les cris et les hurlements de ces deux créatures firent trembler les collines alentour. Mais aucun charme, aucun sort, ni la griffe, ni le venin, ni l'art du diable et la force d'une bête ne pouvaient abattre Huan de Valinor. Huan parvint à saisir son ennemi à la gorge et le plaqua au sol. Sauron changea alors de forme, de loup il se fit serpent, puis reprit sa forme habituelle, mais Sauron ne pouvait échapper à la prise du chien Huan qu'en abandonnant son corps à jamais…
- Qu'arriva-t-il ensuite ?
- Sauron céda, et Luthien, l'ancêtre d'Elrond, eut la maîtrise de l'île de Tol Sirion et de tout ce qui s'y trouvait. »
Celebrian s'arrêta car le seigneur Elrond entra. Eäreda regarda fixement ses bras quand elle entendit quelqu'un pénétrer dans la chambre.
« Bonjour damoiselle elfe, fit Elrond, plus amical que la veille.
- Bonjour, Seigneur Elrond, répondit Eäreda en inclinant la tête et en mettant sa main sur son cœur.
- Je suis venu examiner votre épaule, puis-je ? demanda-t-il en s'approchant d'elle.
- Bien sûr. »
Eäreda s'assit alors au bord du lit pour que le guérisseur puisse observer la plaie. Le seigneur Elrond défit les bandages et regarda la plaie qui s'était à présent presque refermée, mais qui néanmoins gardait une marque rouge.
« Bien, votre plaie se referme bien, dit-il, satisfait de lui. Malgré tout, vous devrez faire attention et ne pas faire de mouvements brusques, car elle pourrait se rouvrir.
- Très bien. Merci, Seigneur Elrond, dit-elle en remettant le haut de sa tunique après que ses bandages furent changés.
- Que faisiez-vous ?
- Je lui contais l'histoire de Sauron, très cher, répondit Celebrian, devançant Eäreda pour ne pas qu'elle commette d'impair par rapport à sa petite escapade.
- Et j'aimerais beaucoup entendre la suite, Dame Celebrian.
- Malheureusement ça sera impossible, prévint Elrond. Vous êtes attendue, ma Dame.
- Oh, déjà ? Je n'ai pas vu le temps passer. Mais le Seigneur Elrond pourra continuer de vous instruire sur Sauron. Il connait plus de détails sur cette histoire que moi. »
Celebrian s'approcha d'Elrond pour lui déposer un léger baiser sur la joue puis sortit, les laissant seuls. Elrond et Eäreda furent légèrement mal à l'aise devant cette marque d'intimité, mais le Seigneur reprit vite de sa contenance et alla s'assoir dans le fauteuil qu'avait pris sa femme, tandis que la jeune elfe reprenait sa place initiale.
« Où vous étiez-vous arrêtées ?
- Après la Bataille entre Sauron et le Chien Huan.
- Oh, je vois. Ce que je vais vous conter sera légèrement différent, et je ne vais pas trop rentrer dans les détails comme ma chère épouse.
- Je vous écoute avec un grand intérêt. »
Le seigneur Elrond fut surpris de sa réponse et commença à se dire qu'il l'avait peut être mal jugée. Peut-être n'était-elle pas exactement une meurtrière… Il se racla légèrement la gorge et commença son récit.
« Bien, je pense que vous avez parlé de tout le Premier Age d'Arda, alors je vais poursuivre avec le Second Age. Après la chute du Thangorodrim et de son maître, Sauron abjura ses crimes et retrouva son beau visage de Maia. Mais, pris de peur et de honte, il se cacha et échappa au jugement des Valar. Etant probablement resté trop longtemps au service du Prince de l'Ombre, il retomba dans le mal. Il réapparut pour la première fois sur Arda vers l'an 500 du Second Age. Et pendant de nombreux siècles, il parcourut Arda, s'efforçant de rallier à sa cause tous ceux qu'il pouvait séduire de son charisme et de son bel aspect. Vers l'an 1000, il occupa secrètement le Mordor et commença à fortifier Barad-dûr. Sous l'apparence d'un elfe Vanya du nom d'Annatar, le Dispensateur, il séduisit les elfes-forgerons de l'Eregion. Beaucoup furent dupes, et Celebrimbor fut le premier. Mais heureusement, d'autres se méfièrent, et ainsi Galadriel quitta l'Eregion pour rejoindre la Lothlorien.
- Excusez-moi, Seigneur Elrond ?
- Qu'y a-t-il ?
- Galadriel est bien la Dame de Lumière de Caras Galadhon ?
- Oui. Elle et Celeborn y sont la Dame et le Seigneur des lieux, bien qu'ils ne se considèrent pas comme des souverains. Continuons, si vous le voulez bien ?
- Avec grand plaisir ! »
Elrond se leva, les mains croisée dans le dos, et se dirigea vers la fenêtre pour regarder l'effervescence de la cité elfique.
« Très bien. En l'an 1500, avec l'aide des elfes d'Eregion, Sauron forgea les Anneaux de Pouvoir, puis se retira au Mordor pour forger l'Anneau Unique. Et quand il le mit à son doigt, les elfes comprirent leur erreur. L'Anneau Unique conférait à Sauron un contrôle total sur les autres Anneaux de Pouvoir et leur porteur. Grâce à l'Anneau, Sauron domina les créatures qui avaient pu s'échapper d'Angband. Les orcs se multiplièrent sur le Plateau de Gorgoroth, et Sauron dressa une immense armée. Enragé par le semi-échec de la fabrication des Anneaux…
- Comment ça, le « semi-échec » ? Il n'a pas bien fabriqué les Anneaux de Pouvoir ?
- Comme je l'ai dis plus tôt, il forgea avec les elfes-forgerons des Anneaux de Pouvoir. Sept anneaux pour les Nains et neuf pour les Hommes, mais Celebrimbor, qui comprit trop tard son erreur, a forgé seul trois Anneaux de Pouvoir pour les Elfes. Ces trois anneaux ne sont autres que Nenya, Narya et Vilya. Pour que Sauron ne puisse pas mettre la main dessus, l'identité de leur porteur est gardée secrète.
- Pourquoi ? Il a récupéré les autres Anneaux ? Comment ? » demanda Eäreda, un peu perdue.
Elrond regardait toujours dehors, ses mains croisées dans le dos. Eäreada avait tourné sa tête vers lui quand elle lui eut posé cette question, et son regard fut attiré par un anneau à l'un de ses doigts. Elle le trouva étrange, il n'avait pas l'air d'un simple anneau que l'on achète ou que l'on s'offre. La jeune elfe décida qu'il était plus sage de ne pas en parler avec le Seigneur d'Imladris, du moins à présent, et elle reporta son regard sur ses bras.
« Voulez-vous vous dégourdir les jambes ? Je pourrais continuer mon histoire tout en marchant.
- Rien ne me ferait plus plaisir, Seigneur Elrond. »
Eäreda se leva, et pour le remercier de son temps inclina légèrement la tête en mettant sa main sur son cœur.
Eäreda était heureuse, car la proposition du seigneur des lieux montrait qu'il avait un peu plus confiance en elle que la veille. Ils sortirent donc tous les deux, et Eäreda se plaça à la gauche d'Elrond tout en le suivant, les yeux posés au sol pour ne croiser aucun regard. Quand ils se retrouvèrent à l'air libre, Eäreda ressentit comme une explosion de joie. Elle ferma les yeux et respira le plus d'air frais qu'elle pouvait. La jeune elfe détestait par-dessus tout être enfermée, et le fait de la laisser aller dehors était une libération pour elle.
« Où allons-nous, monseigneur ?
- Dans un des jardins de la cité. Je pense qu'il devrait vous plaire. »
Elrond commença à marcher en direction du jardin, suivit d'Eäreda. Puis, le seigneur Elrond reprit son histoire où il s'était arrêté.
« Les neufs Anneaux des hommes furent corrompus quand Sauron forgea le Maître Anneau, et leurs porteurs cupides ne furent plus que l'ombre d'eux-mêmes. Ils devinrent les Nazgûls… Les plus fidèles serviteurs de Sauron. Quant aux sept Anneaux des nains, quatre furent perdus car leurs porteurs, enorgueillis par leurs nouveaux pouvoirs, défièrent nombre de créatures pour montrer leur suprématie. Hélas, ils tombèrent, et il fut impossible pour Sauron de retrouver ces Anneaux…
- Et les trois derniers ? le coupa la jeune elfe.
- Les trois derniers furent repris par Sauron. Puis-je reprendre ?
- Avec plaisir, Maître Elrond. »
Elle ne le regardait pas, mais Elrond put voir l'émerveillement et l'intérêt sur son visage, et il ne put s'empêcher de sourire.
« Donc, après le semi-échec de la fabrication des Anneaux, il lâcha ses légions contre les elfes et la guerre éclata, en l'an 1693. Sauron envahit l'Eregion, et cette contrée autrefois merveilleuse fut dévastée. Celebrimbor tomba, mais Gil-galad et Galadriel rassemblèrent leurs troupes contre Sauron, et en recevant l'aide d'une flotte numénorienne ils le vainquirent l'année 1700 du Second Age. »
Ils étaient à présent arrivés dans le jardin où Elrond souhaitait se rendre.
« Nous sommes arrivés.
- Je peux regarder ? demanda Eäreda, impatiente.
- Bien sûr, je resterais derrière vous, ne vous inquiétez pas. »
La jeune elfe s'avança de quelques pas, mais garda les yeux fermés. Elle pouvait encore mieux ressentir les différents parfums que dégageaient les fleurs ainsi. Quand elle ouvrit les yeux, ce qu'elle ressentit était indescriptible. Elle tourna sur elle-même, regardant un à un les parterres de fleurs, mais aussi les arbres, et quand elle aperçut l'arche qui signalait l'entrée du jardin, Eäreda fit demi-tour afin de ne pas croiser le regard du seigneur des lieux. Dans ce jardin, la nature était sauvage, mais elle n'empiétait pas sur les habitations. Au contraire, elle semblait se mêler avec harmonie à la vie des elfes d'Imladris. Elle entendit le bruit de l'eau et se retourna pour observer une fontaine. La jeune elfe ne put résister à sa curiosité et se dirigea vers cette dernière. Elle remarqua la finesse des gravures dans la roche, l'eau cristalline qui semblait chanter, et les délicates fleurs blanches qui poussaient tout autour de la fontaine. Elle prit alors la parole, tout en continuant d'observer l'eau, le regard perdu.
« Nous n'avons pas de jardins aussi magnifiques à Eryn Vorn. Nous n'avons pas de jardins tout court. Ce qui m'émerveille ici, c'est la cohabitation parfaite entre vous et la nature. Ce mélange si parfait… Vous vivez vraiment en harmonie avec la nature, et elle vous le rend bien. »
Elle marqua un temps d'arrêt, rassemblant ses souvenirs.
« A Elenadar, et même à Eryn Vorn, c'est la forêt qui a tous les droits… Elle nous tolère, bien sûr, mais… elle ne nous offre pas ce merveilleux spectacle. »
Elrond ne put s'empêcher de sourire devant l'émerveillement de la jeune elfe. Oui, elle était bien jeune pour s'émerveiller comme ça. Il pensa à ce qu'elle avait vécu… un événement traumatisant pour une elfe de son âge. Voir la mort est une expérience choquante, mais savoir que c'est nous qui la provoquons… Le seigneur d'Imladris se demanda alors si elle pourrait surmonter un jour ce qui lui est arrivé.
« Je viens juste de penser à une chose… Vous connaissez mon nom, mais je ne connais pas le vôtre.
- Je me nomme Eäreda, fille d'Eäreril d'Elenadar, cité elfique d'Eryn Vorn. Je suis venue ici dans le but d'obtenir votre aide afin de guérir de cette malédiction. »
Elle avait dit la dernière phrase d'une traite, ayant peur de la réponse.
Elrond la regarda. Connaissant déjà la réponse qu'il allait lui apporter, il redoutait de le lui dire. Elle qui un instant était si émerveillée, si pleine de vie… Il allait réduire tous ses espoirs à néant avec une simple phrase.
« Je suis désolé Eäreda, je ne peux rien pour vous. »
Rendez-vous pour le prochain chapitre...
