Disclaimer: L'univers et les personnages appartiennent à J.R.R. TOLKIEN. Seuls Anfauglir et quelques personnages sont mes créations. Si vous voulez les emprunter, merci de me le signaler. Je tiens à préciser que je me suis également inspirée d'Avatar (dont je ne connais pas le propriétaire) et un peu de Bleach et de Final Fantasy. Autrement, tout le reste vient de mon cerveau embrumé.

Voici le chapitre 5 de DMC, avec plus d'action au rendez-vous :). Bonne lecture.

En espérant que ça vous plaise.


Chapitre 5

-Frodon! Venez soutenir un vieil homme!

Le hobbit rejoignit aussitôt Gandalf et lui offrit le soutien de son bras. Ils offraient un spectacle comique, le grand vieil homme s'appuyant sur un adulte de la taille d'un enfant.

-Comment va votre épaule? Demanda le Magicien, soucieux.

-Bien mieux qu'avant, dit Frodon avec un sourire.

-Et... L'Anneau?

Anfauglir retint un juron lorsque le Magicien et le hobbit s'arrêtèrent brusquement et qu'il manqua de les heurter. Il s'apprêtait à leur faire connaître son mécontentement mais la voix grave du vieil homme l'en empêcha:

-Vous sentez son pouvoir grandir, n'est-ce pas?

Le semi-elfe se figea et posa son regard sur le Frodon. Celui-ci avait posé ses yeux bleus au sol, le contemplant comme s'il s'agissait d'une merveille. Il semblait aussi honteux qu'angoissé. Anfauglir eut pitié de lui. Il ne savait rien de ce qui l'attendait, mais il avait tout de même prit sur lui de porter l'Anneau jusque dans les profondeurs de l'Orodurin. C'était aussi stupide que courageux.

-Je l'ai senti aussi. Et je suis sûr qu'Anfauglir l'a également perçu.

Frodon leva les yeux sur le semi-elfe, qui acquiesça en silence. Bien sûr qu'il l'avait senti. L'Anneau, même éloigné de plusieurs mètres et porté par Frodon, ne cessait de murmurer ses paroles emplies de venin au vent, qui se chargeait de les porter jusqu'à lui. Et nul doute qu'il essayait également de corrompre les autres membres de la Communauté - pour l'heure, seul Boromir paraissait tenté et sur le point de céder à tout moment.

Anfauglir essayait de ne pas prêter attention à ces tentatives de corruption aussi attirantes que répulsives, mais il se sentait de plus en plus mal à l'aise. L'Unique le perturbait, mettait ses sens en ébullition, et il n'aimait pas ça.

Il n'aimait pas ça du tout.

-Vous devez être prudent. Le mal viendra à vous de l'extérieur de la Communauté, mais aussi de l'intérieur.

Le hobbit sembla perdre toutes ses couleurs d'un seul coup. Blême, il observait Gandalf.

Anfauglir se décida à les laisser seuls et poursuivit sa route, suivi d'Aragorn. Il entendit néanmoins le vieil homme dire doucement:

-Vous ne devez avoir confiance qu'en vous. Fiez-vous à vos forces.

Le semi-elfe s'arrêta aux côtés de Gimli, qui fixait avec admiration les Murs de la Moria.

-Sincèrement, maître nain, je ne vois pas ce que vous trouvez à ces falaises. Elles font froid dans le dos, grimaça-t-il.

Aragorn eut un sourire amusé et Gandalf s'empressa de revenir à l'avant de la Communauté. Ils se trouvaient sur une bande de terre libre, entre les crêtes rocheuses et le bord du lac. Il fallait désormais trouver les portes car, comme le disait Gimli...

-Les portes des nains sont invisibles lorsqu'elles sont closes.

Tout en parlant, il donnait quelques coups de sa hache sur les parois rocheuses, écoutant les bruits qui en résultaient.

-Oui Gimli! Et leurs propres maîtres ne peuvent ni les ouvrir ni les trouver quand le secret en oublié, fit Gandalf en précédant ses compagnons, lui aussi à la recherche de l'entrée.

-Pourquoi cela ne me surprend-il pas? Souffla Legolas sous les gloussements d'Anfauglir et les grognements de Gimli.

Le semi-elfe n'aimait pas cet endroit. Le chemin encombré de roches sombres et d'herbes traîtresses réveillaient la douleur dans son flanc.

Il trouvait aussi qu'il y avait bien trop de place pour qu'on les prenne en embuscade – chose aisée au vu de leur faible niveau de vigilance actuel – et quelque chose flottait dans l'air, une odeur malsaine. Sans compter que le lac sombre le rendait mal à l'aise. Les eaux obscures devaient cacher bien des choses qu'il ne tenait pas vraiment à rencontrer, surtout s'il se fiait à l'odeur fétide qu'il en émanait.

Sa raison lui hurlait de partir d'ici, son instinct également, et Anfauglir commençait à s'inquiéter sérieusement.

Soudain, un bruissement suivi d'un plouf se fit entendre, comme si un poisson eut troublé la surface immobile de l'eau. Anfauglir se retourna aussi vite qu'il put et scruta l'étendue silencieuse. Il y vit des rides que l'ombre bordait de noir. De grands cercles partaient en s'élargissant d'un point situé au loin dans le lac. Il l'estimait à une distance de vingt à trente mètres, à peine, et ce n'était pas pour le rassurer. Il y eut un bruit de bulles et il frémit avant de presser le pas. Il ne tenait pas à s'attarder plus que nécessaire.

Gandalf finit par s'arrêter.

-Ah! C'est par ici!

Il se tourna vers ses compagnons:

-Pendant que je chercherai, voulez-vous tous faire vos préparatifs pour entrer dans les Mines? Sam, je crains qu'il ne nous faille dire adieu à notre bonne bête de charge. Chacun devra prendre une part de la charge du poney, en particulier de la nourriture et des outres. Cela nous sera fort utile.

-Mais nous ne pouvons pas abandonner ce pauvre vieux Bill dans cet endroit perdu, monsieur Gandalf! S'écria Sam. Après être venu si loin et en avoir bravé autant, il a mérité de continuer avec nous!

-Je suis navré, Sam. Mais quand la Porte s'ouvrira, je ne crois pas que vous serez capable de traîner votre Bill à l'intérieur. Il ne voudra pas nous suivre dans la ténébreuse Moria. Il vous faut choisir, entre votre maître et ce poney.

-Quel choix serait-ce alors! C'est un assassinat de le lâcher, seul, dans la nature, avec tous ces loups géants qui rôdent!

Gandalf posa alors sa main sur la tête du poney et murmura quelques mots. Enfin, il se tourna vers Sam. Derrière lui, Bill semblait grandi, comme auréolé d'une force nouvelle.

-Voilà, Sam. Il aura désormais autant de chances que nous d'échapper aux loups et d'aller là où il veut. Peut-être rejoindra-t-il les terres du Seigneur Elrond. Si tel est le cas, soyez assuré que les Elfes prendront soin de lui et vous le retourneront une fois toute cette histoire terminée.

Irrité et malheureux, Sam ne dit rien. Bill frotta son nez contre l'épaule du hobbit, qui éclata en sanglots et se mit à fourrager dans les courroies et à décharger tous les paquets du poney. Les autres trièrent les affaires, mettant en tas ce qui devait être laissé là et répartissant le reste.

Une fois ceci fait, tous se tournèrent vers Gandalf, qui semblait n'avoir rien fait. Il était immobile, les yeux rivés sur le mur uniforme de la falaise.

-Cherchez-vous à forer un trou dans la roche avec vos yeux? S'enquit Anfauglir en haussant un sourcil.

Il croisa les bras.

-J'aimerai quitter cet endroit le plus rapidement possible. Quelque chose de sombre rôde dans les environs et je ne tiens pas à lui faire face.

Les autres échangèrent des regards inquiets, notamment les hobbits. Aragorn et Boromir avaient déjà constaté que quelque chose de malsain se trouvait là. Quant à Legolas, Anfauglir put très vite voir qu'il avait perdu de sa luminosité habituelle. Il ne semblait pas pressé d'entrer dans les Mines. Il pouvait le comprendre cela dit, sa partie elfique était, elle aussi, répugnée à l'idée de s'enterrer sous la montagne de son plein gré.

Le Magicien resta silencieux et se déplaça jusqu'à se retrouver entre deux arbres, encore forts et vivants. Ils se dressaient, raides, noirs et silencieux, tels deux colonnes gardant le bout de la route.

Gandalf s'avança vers le mur. Juste au milieu de l'ombre des arbres, il y avait un grand espace lisse. Il y passa une main en murmurant quelques choses à voix basse. Anfauglir eut beau tendre l'oreille, il n'en comprit pas un mot.

-De l'ithildin, dit finalement Gandalf avec un sourire. Cela ne reflète que la lumière des étoiles et la lumière de la lune.

Au même moment, les nuages noirs se déplacèrent, révélant la lune, ronde et brillante – est-ce que Gandalf commandait à la nature ou était-il seulement lotit d'une chance trop grande pour être normale?

Anfauglir sentit ses yeux s'écarquiller lorsque le mur s'illumina et dessina la Porte. Ce ne fut au début que de minces filandres, si fines qu'elles scintillaient irrégulièrement. Mais elles se firent d'instant en instant plus larges et plus fortes, plus nettes également, jusqu'à ce qu'on put en deviner le tracé.

Au sommet se trouvait un arc de lettres en caractères elfiques. En dessous, on voyait le contour d'une enclume et d'un marteau surmontés d'une couronne avec sept étoiles. En dessous encore, il y avait deux arbres, portant chacun un croissant de lune. Plus nette que tout le reste, brillait au milieu de la porte une unique étoile à multiples rayons.

On pouvait dire que les Nains avaient le sens de la décoration.

-Ce sont les emblèmes de Durin! Dit Gimli.

-Et voilà l'Arbre des Hauts Elfes! Renchérit Legolas.

-Et l'Étoile de la Maison de Fëanor, dit Gandalf avant de pointer son bâton sur les inscriptions. Il est écrit : Les Portes de Durin, Seigneur de la Moria. Parlez, ami, et entrez.

Anfauglir soupira: il n'aimait pas les énigmes.

-Et vous comprenez ce que cela veut dire? Demanda Merry.

-C'est très simple, répondit Gandalf. Si vous êtes un ami, vous donnez le mot de passe et les portes s'ouvriront.

-Et vous le connaissez ce mot de passe, j'espère? Grommela Anfauglir en croisant les bras.

Il pressentait que la réponse n'allait pas lui plaire...

-Non, dit le Magicien.

Et voilà. Le semi-elfe eut un gémissement atterré. Pourquoi avait-il quitté sa forêt pour rejoindre ce vieil homme fou et en passe de devenir sénile?

Les autres eurent l'air consternés, hormis Aragorn, qui lui-aussi connaissait bien Gandalf et demeurait silencieux.

Le vieil homme appuya l'extrémité de son bâton noueux sur la porte et clama d'une voix puissante:

-Annon Edhellen edro hi ammen. [ Porte des Elfes, ouvre-toi maintenant pour moi. ]

Pippin et Merry échangèrent un regard fasciné... qui disparut quand rien ne se produisit. Gandalf cligna des yeux tandis qu'Anfauglir se laissait tomber à terre. Le silence était désormais tel qu'on aurait pu entendre une mouche voler.

-Nous allons rester ici pendant un moment, soupira-t-il.

-Fennas Nogothrim lasto beth lammen. [ Porte du Peuple des Nains écoute le mot de ma langue. ]

-Rien ne se passe, fit remarquer Pippin, sous les rires étouffés d'Anfauglir.

Gandalf grogna et alla toucher la paroi, la tâtant, essayant de la pousser, sans y arriver. Il fronça les sourcils, l'air agacé. Qu'une porte lui résiste ne semblait lui plaire que très moyennement.

-Autrefois je connaissais les incantations dans toutes les langues des Elfes, des Hommes et des Orques.

-Alors qu'allez-vous faire? Ne put s'empêcher de demander Pippin.

-Cogner sur les portes avec votre tête, Peregrin Touque! Et si cela ne les fracasse pas et qu'on me libère un peu de toutes vos questions idiotes, j'essaierai de trouver la formule d'ouverture.

Pippin, gêné, recula un peu, arrivant ainsi près d'Anfauglir, qui lui sourit.

-Il est juste agacé. Et frustré. Il ne vous en veut pas vraiment, vous savez.

Le hobbit parut reprendre des couleurs, et il courut vers Merry, certainement pour échanger quelques paroles sur les bienfaits de l'herbe à pipe. Il semblait y nourrir une certaine dépendance.

Anfauglir se tourna vers Gandalf. Le Magicien avait répété ses incantations à maintes reprises, tournant les mots dans un ordre différent, ou avec des modifications. Puis il en essaya d'autres, l'une après l'autre, parlant à un moment plus vite et plus haut, puis, l'instant d'après, d'une voix douce et lente. Il essaya un grand nombre de mots dans la langue elfique, puis dans la langue naine. Rien ne se produisit. Les portes demeuraient closes.

Gandalf, empli d'une colère grondante, s'approcha encore du mur et, les bras levés, il parla d'une voix de commandement:

-Edro, edro! [ Ouvres-toi! Ouvres-toi! ] S'écria-t-il, frappant le roc de son bâton noueux.

Et il fit suivre le même ordre dans toutes les langues qui furent jamais parlées à l'Ouest de la Terre du Milieu.

Ce n'est qu'un long moment après qu'il jeta enfin son bâton sur le sol, et s'assit en silence aux côtés du semi-elfe.


Anfauglir sortit de son semblant de sommeil, alerté par un plouf retentissant. Un frisson remonta le long de son échine lorsqu'il vit Pippin jeter des cailloux dans les eaux obscures du lac. Prêt à se lever pour lui dire d'arrêter ses stupidités, Aragorn lui coupa l'herbe sous le pieds. Le Rôdeur venait de saisir la petite main du hobbit avant qu'il ne puisse en jeter une autre.

-Arrêtez avec ces pierres. Nous ignorons ce qui se trouve là-dessous.

Le semi-elfe l'approuva.

-Ne dérangez pas cet étang infect et ses habitants, dit-il.

Pippin pâlit alors et recula loin des eaux pour rejoindre rapidement Merry, qui lui donna une tape derrière la tête. Anfauglir fronça les sourcils en observant le lac. Les ondulations s'étaient arrêtées mais quelque chose troublait la surface, au loin. Il grimaça. Ça ne lui disait rien qui vaille...

-Ça ne sert à rien, grommela Gandalf, toujours assit à ses côtés.

Frodon, qui les avait rejoint peu après la nuit tombée, s'exclama soudain:

-C'est une énigme!

Le semi-elfe retint un applaudissement ironique. Il l'avait comprit depuis longtemps. L'unique raison pour laquelle il n'avait réagi était qu'il était positivement nul dès qu'il s'agissait de résoudre des énigmes. Il pouvait combattre n'importe qui ou n'importe quoi, tuer sans remords, faire de la magie, monter un étalon sauvage et élever des enfants, mais résoudre une énigme? Impossible.

Un regard en direction d'Aragorn lui apprit que le Rôdeur et Boromir étaient aussi inquiets que lui en observant le lac sombre. De grandes ondulations circulaires s'étaient formées à la surface de l'eau et avançaient vers le pied de l'escarpement. Quelque chose approchait.

Et il était prêt à parier que quoi que ce fut, ça ne venait pas en ami.

Anfauglir se mit lentement accroupit, une main sur l'épaule d'un Pippin de plus en plus pâle. Les griffes de ses pieds s'enfoncèrent dans le sol, broyant la roche et la terre sous lui. Sa queue balayait le sol derrière lui, lui offrant un équilibre parfait.

-Parlez, ami, et entrez. Quel est le mot elfique pour ami? Demanda Frodon.

Gandalf ouvrit de grands yeux. Ça paraissait sensé. Il se leva.

-Mellon. [ Ami. ]

Enfin, après plus de quatre heures d'efforts, les portes s'ouvrirent dans un bruit sourd. Il était temps: dans le lac, la chose semblait se rapprocher de plus en plus vite. Les rides de l'eau grandissaient et certaines léchaient déjà la rive.

Anfauglir se tourna vers les portes et blêmit lorsque l'air nauséabond le frappa de plein fouet. La mort. Ça empestait la mort à plein nez. Il pouvait percevoir l'odeur du sang séché et de la chair en décomposition. Personne d'autre que lui ne sembla le remarquer, aussi entra-t-il à la suite de la Communauté. Ses yeux s'illuminèrent dans l'obscurité, tout comme ses étranges "tâches de rousseurs".

-Bientôt, maître elfe, vous allez pouvoir apprécier l' hospitalité légendaire des Nains: un bon feu, une bière brassée, une belle pièce de viande. Car ceci, mon ami, est la demeure de mon cousin Balin. Et ils appellent ça une mine. Une mine! Dit-il, sa voix se répercutant sur les murs.

C'est le moment que choisit Gandalf pour poser un cristal sur son bâton et l'allumer de quelques mots.

Anfauglir se sentait de plus en plus mal alors qu'il avançait. L'odeur était plus forte, agressant ses sens sur-développés. Il baissa les yeux et blêmit un peu plus en apercevant la moitié supérieure d'un corps de nain, pourrie. Il chancela en arrière, heurtant le grand corps d'Aragorn. D'un bond, il s'écarta. Il se sentait peut-être mal, mais ce n'était pas pour autant qu'il irait chercher le soutien d'un homme, à plus forte raison quand ledit homme le détestait.

-Ce n'est pas une mine, c'est un tombeau, dit Boromir.

Tous pâlirent en observant le carnage autour d'eux. Les hobbits reculèrent précipitamment, se réfugiant auprès des hommes. Gimli tournait sur lui-même, regardant les dépouilles des siens avec horreur.

-Non. Non! Cria-t-il en allant d'un cadavre à un autre. Non!

L'elfe récupéra une flèche noire et l'examina.

-Des Gobelins! Fit-il en la jetant avec dégoût.

Tous dégainèrent leurs armes, Anfauglir lui-même prépara son arc et Gandalf assura sa prise sur son bâton. Le semi-elfe essayait désespérément de retenir sa respiration. L'air lui paraissait vicié. L'odeur était si forte qu'il en tournait presque de l'œil.

-Allons vers la Trouée du Rohan, nous n'aurions pas dû venir ici. Allons, partons vite d'ici! Gronda Boromir. Allez, sortons!

-Frodon! Hurla soudain Sam. Non!

Les cris terrifiés des hobbits fit se tourner toute la Communauté. Anfauglir devint livide en voyant Frodon être traîné par la cheville vers l'entrée par un énorme tentacule. Ils n'auraient pas dû venir ici. Non, vraiment pas.

Il rangea son arc et se rua en avant, toutes griffes dehors, un feulement de rage dénaturant ses traits. Il n'était pas dit que lui, Anfauglir, fils de Sauron, ne parviendrait pas à sauver le hobbit. Il ne laisserait personne d'autre mourir autour de lui. Pas s'il pouvait l'éviter.

Les autres prirent à leur tour conscience de ce qui se passait et se ruèrent en avant avec l'énergie du désespoir. On n'aurait sût dire ce qui les motivait le plus: la peur de perdre Frodon, ou celle que l'Anneau tombe entre les mains de l'Ennemi?

-Frodon! Hurla Pippin en agrippant le bras du semi-homme terrifié et blême.

Il le tira vers lui de toutes ses forces, comme Merry tranchait le tentacule, assénant des coups d'épée furieux sur la peau visqueuse.

-Lâche-le! Cria Sam en agitant son épée. Grands-Pas!

Anfauglir atteignit le bord du lac en premier. Le tentacule endommagé se retirait au loin. Frodon fut remonté vers les portes, tremblant et haletant.

Immobile, le semi-elfe guettait le retour de la chose, sa longue queue fouettant l'air derrière lui, exprimant toute son angoisse et toute sa colère. Pourquoi avait-il accepté de passer par là? Pourquoi? Ils auraient peut-être dû continuer de tenter de passer par le Col de Caradhras. Au moins, aucune bête monstrueuse ne les attendait là-bas.

Soudain, les eaux du lac bouillonnèrent, comme si une armée de serpents s'avançaient à la nage. Jaillirent alors une multitude de longs tentacules sinueux, vert pâle, lumineux et humides. Une horrible puanteur s'éleva de l'eau noire.

Frodon fut saisit une nouvelle fois par la cheville et attiré dans les airs, où il fut agité en tous sens comme une vulgaire poupée de chiffon.

-M'sieur Frodon! Hurla Sam.

Les autres membres de la Communauté sortirent à cet instant des Mines et s'arrêtèrent net à la vue des tentacules.

-Mais qu'est-ce que cela? Demanda Boromir dans un souffle.

-Tenez bon, Frodon! S'écria Legolas, tirant flèche après flèche sur la bête.

Aragorn, Boromir et Gimli tailladaient les longs membres sinueux. Anfauglir, de son côté, avait bondit sur l'un des tentacules, se servant de ses griffes pour s'y agripper solidement. Il courut et sauta sur une autre, avant de se propulser plus avant. Il se servait des bras serpentins pour se déplacer. Il finit par approcher Frodon et le saisit par le bras, l'attirant à lui. Il s'étouffa lorsque le petit corps le heurta violemment mais ne s'arrêta pas pour autant et enroula ses bras autour. Il ne le lâcherait pas. Se servant de toute la puissance de ses jambes, il se propulsa, avec son fardeau, en direction de la rive étroite.

Il atterrit à moitié sur le sol rocheux, à moitié dans l'eau vaseuse. Le choc fit sortir tout l'air contenu dans ses poumons et, à la douleur aiguë qui embrasa soudain ses flancs, lui brisa quelques côtes – à son grand étonnement d'ailleurs puisqu'il se savait pourtant bien plus résistant que ça.

L'immonde corps de la bête sortit presque entièrement de l'eau, et elle ouvrit une bouche géante, révélant plusieurs rangées de dents un peu trop aiguisées au goût d'Anfauglir. Il sentit Frodon lui être arraché et vit Boromir le porter en direction de Gandalf.

Le semi-elfe eut un long geignement pathétique en se redressant, ses côtés protestant vigoureusement. Il était immobile, à quatre pattes sur la bande de terre et tout son corps frissonnait, lorsqu'une paire de bras puissants le souleva comme s'il n'avait pas pesé plus lourd qu'un enfant et l'emporta.

-Dans les Mines! S'écria Gandalf. Vite!

Anfauglir reconnut en son sauveur la personne d'Aragorn. Il allait de surprise en surprise.

La créature se rua vers l'entrée en même temps qu'eux. À peine eurent-ils dépassé les portes de quelques mètres qu'il y eut un grondement. Les murs s'effondrèrent dans un écho fracassant et toute lumière disparut. Un bruit d'arrachement et d'écrasement vint, étouffé, à travers la pierre massive.

Le monstre avait été enterré vivant, ou au moins écrasé, mais eux étaient piégés à l'intérieur. Anfauglir ne savait pas vraiment si c'était une bonne nouvelle. Il se sentit déposé à terre et il grogna sous la douleur.

-Anfauglir?

-Hm?

L'interpellé avait fermé les yeux et tentait de résister au sommeil qui lui tendait les bras. Il n'était pas en danger de mort - comment aurait-il pu l'être alors qu'il ne pouvait pas mourir? - mais s'il s'endormait maintenant, il risquait fort de ne pas se réveiller avant de très longues heures. Et il se doutait que ce n'était pas conseillé lorsqu'on se trouvait dans la Moria. Notamment quand les Gobelins pullulaient dans les profondeurs.

-Anfauglir, regardez-moi.

C'était Gandalf. Le semi-elfe fit un effort supplémentaire et ouvrit les yeux, avant de les plisser sous l'afflux de lumière brutal. Le Magicien lui avait planté son cristal lumineux sous le nez. Un murmure étonné se fit entendre. Il n'en fit pas grand cas. Il savait que ses yeux luisaient dans le noir et reflétaient la lumière comme ceux d'un chat.

-Enlevez ça. Vous essayez de me rendre aveugle?

Des soupirs de soulagement se firent entendre. Décidément, il ne comprenait plus rien. Qui pouvait être soulagé qu'il aille bien?

-Comment vous sentez-vous?

Autant être franc.

-Mal.

Il y eut des murmures affolés. Bon sang, mais qui est-ce qui pouvait bien s'inquiéter pour lui?

Il décida de les rassurer, dans le cas, hypothétique bien sûr, où quelqu'un se sentirait vraiment mal de le voir blessé.

-Je survivrais, finit-il donc par grogner.

Il se releva, tressaillant sous la souffrance, mais gardant un visage neutre.

-Vous avez au moins quatre côtes cassées. Il ne serait pas prudent de continuer à avancer.

Il se tourna vers Aragorn, haussant un sourcil. Est-ce qu'il s'inquiétait pour lui? Décidément, le monde ne tournait plus rond.

-Et vous voulez que je reste ici, à vous attendre bien sagement? Avec les Gobelins et les Valars savent quoi d'autre, qui grouillent comme de la vermine? Ce serait me condamner à mort.

L'homme grimaça.

-Vous êtes blessé. Votre état ne vous permettra pas de suivre notre rythme et il risque d'empirer si vous ne vous reposez pas. Vous devriez...

-Ça ira mieux d'ici quelques heures, fit Anfauglir en balayant les arguments du Rôdeur d'un geste de la main – il préférait ne pas réfléchir au soupçon d'inquiétude qu'il percevait dans sa voix. En mettant ceci de côté... Gandalf, nous sommes coincés ici, n'est-ce pas?

Le vieux Magicien acquiesça.

-Les bruits me donnent à craindre que des pierres n'aient été entassées de l'autre côté également, avec les arbres arrachés et jetés en travers de la Porte. Le cadavre de cette créature nous bloque peut-être aussi la route. Il est impossible de ressortir de ce côté.

Frodon, toujours très pâle, demanda:

-Qu'était cette chose? Ou y en avait-il beaucoup?

-Il n'y en avait qu'une, fit Anfauglir en buvant un peu d'eau et en avalant un petit lambeau de viande séchée, directement sorti de sa besace.

Il se sentait incapable de continuer le ventre vide. Et un regain d'énergie l'aiderait à guérir plus vite – enfin, il l'espérait. Il poursuivit:

-Et à moins que mes souvenirs n'aient été troublés par quelque sorcellerie, je puis affirmer qu'il s'agissait du Guetteur de l'Eau.

-Le Guetteur? Demanda Gimli.

Le semi-elfe acquiesça et décida d'expliciter ses paroles.

-Il fut créé et élevé par Morgoth à Utumno. Que vous connaissez certainement sous le nom que lui donnent vos semblables: Udûn, qui signifie "enfer", dit-il en s'adressant tout particulièrement à Legolas. C'est dans cette forteresse souterraine que Morgoth rassembla tous ses serviteurs, Balrogs, loup-garous, et bien d'autres encore. Il y mit au point non seulement des plans de guerre contre les Valars mais également de nouvelles armes. Si je ne me trompe pas, le Guetteur est l'une d'elles. J'ignore cependant comment il a pu arriver ici...

-Comment savez-vous tout cela?

Anfauglir tourna ses yeux luisant sinistrement en direction de Boromir, qui fit un pas en arrière, mal à l'aise.

-Je l'ai lu. Barad-dûr n'est pas uniquement constituée de tours, de remparts, de grandes cours, de cachots et de prisons aveugles. Sauron a consigné tous ses souvenirs dans une immense bibliothèque aux portes de diamant et d'acier. Certains concernent Morgoth et ses créations. Il y avait un livre dédié au Guetteur en particulier. Je ne me souviens pas des termes exacts mais ce dont je me rappelle me fait dire que ç'a été une bonne chose pour nous que l'étang ait un peu baissé et que le Guetteur dormît à l'extrémité Sud.

Rompant le silence pesant qui s'était installé, Gandalf dit d'un air grave:

-Je ne sais rien de cette créature, mais ses bras étaient tous dirigés vers un même but: vous, Frodon. Cette chose a rampé, ou a été tirée, des eaux sombres sous les montagnes. Il y a dans les profondeurs du monde des êtres plus anciens et plus répugnants que les Orques.

-Dans les profondeurs du monde! Fit Boromir. Et c'est là que nous allons! Qui donc nous guidera dans ces ténèbres mortelles?

-Moi, dit Gandalf. Nous n'avons plus le choix désormais. Il nous faut affronter les ténèbres de la Moria. Soyez sur vos gardes. Ne faîtes pas de bruit. Il nous faudra quatre jours de marche pour atteindre l'autre côté. Espérons que notre présence passera inaperçue.

Anfauglir retint un grognement. Il était fatigué, ses vêtements étaient trempés par endroit – et le cuir mouillé était désagréable à porter – et ses côtes lui faisaient atrocement mal. Il était loin d'être d'humeur joyeuse et se doutait qu'ils avaient déjà été remarqués. Après tout, qui ne verrait pas la lumière du Magicien dans l'obscurité mortelle de la Moria?


Tout épuisés qu'ils étaient, ils étaient disposés à continuer de marcher durant de longues heures encore. Gandalf avait pris la tête, Gimli à ses côtés et Legolas juste derrière, scrutant les profondeurs de sa vue perçante. Venaient ensuite les hobbits, puis Boromir et enfin Aragorn, silencieux et le visage fermé. Anfauglir allait et venait, se plaçait parfois à l'avant, parfois à l'arrière, disparaissait dans les ombres qui tapissaient les murs pour ensuite réapparaître là où on l'attendait le moins. Son manège avait au moins le mérite de distraire les quatre hobbits.

Ils avaient marché un moment avant que le chemin ne descende soudain. Après quelques sinuosités, il redevint horizontal et continua ainsi régulièrement. L'atmosphère était chaude et étouffante mais elle n'était plus chargée de l'odeur étouffante de mort, au grand soulagement d'Anfauglir. Tous sentaient par moment des courants d'air un plus frais, provenant d'ouvertures à peines visibles dans les murs.

Grâce à sa vision nocturne, Anfauglir avait des aperçus d'escaliers et d'arcs, d'autres passages et de nombreux tunnels, trous, fosses et puits sombres. Les murs et les sols étaient fissurés et, parfois, une crevasse s'ouvrait juste devant ses pieds. Il y avait de quoi être dérouté et se perdre en quelques instants, sans aucun espoir de s'en sortir un jour.

Le semi-elfe secoua la tête et poursuivit sa route avec opiniâtreté. Il suivrait Gandalf jusque dans les profondeurs du monde s'il le fallait. Il ne faillirait pas et remplirait sa dette.

- Mon âme, empoisonnée par le désir de vengeance,

A vécu dans la tourmente

Mais s'éteindra avec mon salut

Et ton sommeil éternel.

Le doux murmure d'Anfauglir ne fut perçut que de Legolas, qui lui accorda un regard étrange. Le semi-elfe n'en tint pas compte et continua d'avancer. Il paierait sa dette et se vengerait. Peu importe le prix à payer.


-Du mithril...

Gandalf se tourna vers ses compagnons.

-La richesse de la Moria ne vient pas de l'or ou des joyaux... Mais du mithril, dit-il en désignant les murs scintillants de longues veines argentées. Il fait l'objet du désir de tous. Il peut se marteler comme le cuivre et se polir comme le verre. Les Nains savaient en faire un métal léger et pourtant plus dur que l'acier. Sa beauté est celle de l'argent commun mais il ne ternit pas et ne devient jamais mat. Bilbon avait une côte de mailles en mithril, que Thorin lui avait offerte.

-Oh! Ça, c'était un cadeau royal, fit Gimli alors que le Magicien reprenait la route.

-Je ne lui ai jamais dit, mais sa valeur était plus importante que celle de la Comté entière, rit le vieil homme.

Anfauglir vit nettement les yeux de Frodon s'écarquiller, alors qu'il rougissait et passait une main sous sa tunique. Il ne dit rien mais se douta que ladite cotte de mailles était portée par le jeune hobbit. Ce n'était pas si surprenant après tout. Bilbon avait certainement voulu protéger son neveu du mieux qu'il pouvait. Et quoi de mieux qu'une cotte de mailles en mithril, forgée par les Nains, pour cela?

Ils arrivèrent soudain aux pieds d'un immense escalier, si raide qu'ils devraient probablement s'aider de leurs bras pour arriver en haut. Le semi-elfe jura et se promit de retrouver son créateur pour lui tordre le cou.


Cela faisait trois heures, trois heures, qu'ils montaient les marches de cet escalier. Maintenant, Anfauglir voulait juste écorcher vif celui qui l'avait conçu. Ou le lâcher au cœur d'une bande de Ouargues affamés. Ou l'envoyer brûler dans les profondeurs de l'Orodurin. Au choix.

Dans un accès de colère, il sentit une force nouvelle embraser ses veines. Sans se poser de questions, il se servit de ces quelques ressources pour grimper les dernières marches, bondissant comme un félin et atterrissant accroupi, une main posée par terre, sa longue queue balayant l'air avec paresse. Il reprit son souffle et sourit en regardant vers le bas. Ses yeux étincelaient de façon sinistre dans l'obscurité.

-Allons, vite, vous êtes presque au sommet, dit-il.

Il y eut des soupirs et des grognements en réponse. Pippin manqua une marche et faillit dégringoler dans le vide. Il fut retenu de justesse par Merry, qui le suivait et lui dit de faire un peu plus attention.

-Seriez-vous parent avec les chèvres des montagnes ou quelque autre animal à l'agilité tout aussi surprenante? Demanda Gimli en continuant à grimper. Je vous envie, de pouvoir avancer aussi rapidement. Même l'Elfe ne vous égale pas!

Legolas soupira en atteignant enfin le palier, à côté d'Anfauglir. Il riva ses yeux glacés sur le nain et sa réplique cinglante claqua dans le silence:

-Parlez moins et avancez plus vite, maître nain.

-Nous n'avons pas tous le pied léger comme vous, maître elfe!

Comme pour illustrer ses propos, le nain manqua une marche. Il fut rattrapé par Boromir. Au même moment, Frodon atteignit le sommet lui-aussi. Anfauglir l'aida à grimper les dernières marches et lui désigna un coin où l'on pouvait s'asseoir en toute sécurité.

-Je ne sais pas pour vous, soupira Boromir en secouant la tête pour chasser la poussière que la presque chute de Gimli lui avait envoyée, mais j'aimerais quitter cet endroit le plus rapidement possible. Et il faudrait commencer par finir de monter ces escaliers. Je ne souhaite pas rentrer chez moi avec des cheveux gris.

Gandalf monta lui aussi sur le rebord et tendit son bâton pour éclairer le reste de la compagnie. Un sourire moqueur étirait ses lèvres et sa barbe frémissait, signe qu'il se retenait de rire.

-De quoi vous plaignez-vous, Boromir? Vous êtes dans la force de l'âge. Vous devriez pouvoir monter ces escaliers sans difficulté. Certains d'entre nous ont le double, ou bien plus, de votre âge et ont déjà des cheveux gris. Mais les entendez-vous geindre? Dit-il, une lueur d'amusement dans le regard.

Anfauglir gloussa et tendit une main pour soulever Pippin et le monter sur le rebord. Legolas en fit de même avec Merry. Il fallut attendre quelques minutes de plus pour que les derniers Marcheurs les rejoignent enfin.

-Bien, fit Gimli. Et maintenant, par où prenons-nous, Gandalf?

Devant eux se dressait une large et sombre arche donnant sur trois passages. Tous semblaient mener vers l'est, mais celui de droite montait, celui de gauche plongeait et celui du milieu continuait uni et horizontal, mais aussi très étroit.

-Voilà, dit Gandalf, ma première difficulté sérieuse, car je ne me souviens pas de cet endroit.

Anfauglir soupira et avisa un rocher non loin. Il s'y assit, plia une jambe et laissa l'autre pendre dans le vide. Lorsqu'il s'étira, il constata avec plaisir que ses côtes étaient complètement ressoudées et ne le faisaient plus souffrir. Voilà qui était bien mieux.

Les autres jugèrent que l'heure était venue de faire une pause, et tous se dispersèrent sur le rebord étroit pour rattraper quelques heures de sommeil, ou simplement se reposer. Un feu fut rapidement allumé, quelques denrées mises à cuire.

Gandalf leva son bâton, dans l'espoir de trouver quelque marque ou inscription lui rappelant le bon chemin, mais rien n'apparut. Il se résigna et s'assit à son tour.

-Je suis fatigué. Il n'est pas bon de prendre pareille décision ainsi, dit-il, hochant la tête. Et je pense que vous aussi avez besoin de repos. Mieux vaut s'arrêter pour quelques heures et en profiter pour récupérer quelques forces. Nous en aurons bien besoin.

Et l'attente commença.


-Sommes-nous perdus?

-Non.

-Je pense que si.

-Chut, Gandalf réfléchit.

Agacé par les chuchotements de Pippin et Merry, Anfauglir ouvrit les yeux. Il ne pouvait guère se reposer si ces deux-là ne se taisaient pas.

Un regard en direction du feu lui apprit que Boromir et Aragorn avaient décidé de rester éveillés eux-aussi. Gimli sommeillait un peu plus loin, par à coups, alors que Sam ronflait doucement. Au moins deux d'entre eux avaient-ils réussi à trouver le sommeil.

-Merry.

-Quoi?

-J'ai faim.

-Tu as toujours faim.

Le semi-elfe grogna et quitta son rocher pour grimper un peu plus haut et se laisser tomber à plat ventre à côté du feu, dans un soupir de bien-être. Il croisa les bras sur la roche sombre et posa sa tête dans leur creux.

-Les hobbits ne vous laissent pas prendre de repos?

Il leva les yeux vers Aragorn et grommela:

-Je pense qu'il leur est impossible de se taire.

Un rire lui répondit. Là, c'était définitivement étrange. Aragorn agissait bizarrement. On aurait presque dit qu'il ne lui tenait plus rancune pour son père. Mais c'était impossible... N'est-ce pas? Il lui avait bien dit et redit qu'il ne méritait pas de faire ce voyage, qu'il n'aurait jamais la confiance des Marcheurs et qu'il serait constamment surveillé, après tout. Alors quoi? Pourquoi se comportait-il... presque gentiment?

Ne voulant pas se bercer d'illusions, Anfauglir chassa ses pensées d'un geste de la tête et riva ses yeux sur les flammes, se laissant hypnotiser par leur lumière chatoyante et mouvante.

Frodon passa vivement devant eux, rejoignant Gandalf. Le semi-elfe put sentir la panique qui l'habitait. Il fronça les sourcils. Qu'arrivait-il au hobbit?

-Là en-bas, il y a quelque chose, dit Frodon.

Il avait murmuré, mais Anfauglir put nettement l'entendre. Il se détendit. Il avait déjà perçu la présence d'un des précédents Porteurs de l'Anneau Unique. Il les suivait depuis un certain moment et seul le doux bruit de ses pieds nus frottant la pierre avait réveillé l'instinct et les sens sur-développés du semi-elfe. Ce-dernier n'était pas inquiet. L'ancien Porteur ne manifestait pas d'intention belliqueuse pour l'instant et il était faible, il lui serait facile de s'en débarrasser le cas échéant.

-C'est Gollum.

-Gollum?

-Cela fait maintenant trois jours qu'il nous suit.

-Il s'est échappé des donjons de Barad-dûr?

Son ton était clairement étonné.

-Échappé... ou relâché. C'est l'Anneau qui l'a mené jusqu'ici. Il ne se débarrassera jamais de sa dépendance de l'Anneau. Il l'aime et il le hait. Autant qu'il s'aime et qu'il se hait. La vie de Sméagol est une triste histoire.

-Sméagol?

-Oui... Sméagol. C'est ainsi qu'on l'appelait, avant que l'Anneau ne le trouve... et ne le conduise à la folie.

-Quelle pitié que Bilbon ne l'ait pas tué quand il en a eut l'occasion!

Anfauglir roula des yeux. Si tout était aussi simple... Gandalf intervint avec vivacité:

-De la pitié? Mais c'est la pitié qui a retenu la main de votre oncle. Nombreux sont les vivants qui mériteraient la mort, et les morts qui mériteraient la vie. Pouvez-vous leur rendre, Frodon?

Un silence lui répondit. Le vieil homme conclut:

-Alors ne soyez pas trop prompt à dispenser mort et jugement. Même les grands sages ne peuvent connaître toutes les fins. Mon cœur me dit que Gollum a encore un rôle à jouer, en bien ou en mal, avant que cette histoire ne se termine. De la pitié de Bilbon peut dépendre le sort de beaucoup.

Anfauglir entendit le frottement du tissu sur la pierre. Frodon venait de s'asseoir aux côtés de Gandalf.

-Je voudrais que l'Anneau ne soit jamais venu à moi. Que rien de tout ceci ne se soit passé, dit-il, des sanglots dans la voix.

-Comme tous ceux qui vivent des heures si sombres. Mais ce n'est pas à eux de décider, lui murmura doucement Gandalf. Tout ce que nous devons décider, c'est que faire du temps qui nous est imparti. Il y a d'autres forces à l'œuvre dans ce monde à part la volonté du mal. Bilbon a été désigné pour trouver l'Anneau et dans ce cas, vous aussi avez été désigné. Et ça, c'est plutôt encourageant, non?

Il y eut un bref instant de silence, durant lequel Anfauglir crut pouvoir sombrer dans le sommeil. Mais c'était mal connaître Gandalf.

-Oh, fit-il. C'est par ici!

Toutes les têtes se tournèrent vers lui.

-Ça lui revient, dit Merry en ôtant sa pipe de sa bouche.

Anfauglir grommela et se leva, aidant ensuite les autres à plier bagage. Gandalf rit et prit son bâton.

-Pas du tout. Mais l'air est moins nauséabond en bas. Dans le doute, Meriadoc, dit-il gaiement en remettant son chapeau, il faut toujours suivre son flair!

C'est en riant qu'il commença à descendre, sous le regard exaspéré d'Anfauglir.

-J'ai toujours dit qu'il était fou, grommela le semi-elfe en lui emboîtant le pas. Si on meurt, je vous tiendrai pour personnellement responsable, vieillard!

Seul le rire du Magicien se répercutant sur les parois lui répondit. Il secoua la tête.

-Ça devait bien arriver un jour... Son grand âge l'a rattrapé.

Ainsi, la Communauté se remit en route, Legolas fermant la marche avec Aragorn.


Ils poursuivirent leur marche dans le noir durant de longues heures, sans compter une brève halte. Ils ne rencontrèrent aucun danger, n'entendirent rien d'autre que leurs bruits de pas, ne virent que la faible lueur du bâton de Gandalf, dansant tel un feu follet devant eux. Le passage qu'ils avaient choisi serpentait dans les ombres, présentant toujours les mêmes tas de gravats, les mêmes squelettes grimaçants, les mêmes fissures.

Pour autant qu'ils pouvaient en juger, le passage se faisait de plus en plus haut et large, et bien plus praticable car le sol était désormais uni, sans trou ni crevasse. Il n'y avait plus, à droite comme à gauche, d'ouvertures sur d'autres tunnels ou galeries.

Anfauglir supposa qu'ils étaient tombés sur une ancienne route importante. Il ne parvint pas à décider si c'était une bonne ou une mauvaise chose.

Toujours était-il qu'ils progressaient plus vite qu'ils ne l'avaient fait depuis leur arrivée dans ces Mines.

Puis, soudain, les murs à droite et à gauche s'évanouirent. La Communauté était passée par quelques grande porte voûtée pour déboucher sur un espace sombre. Il y avait un grand courant d'air chaud dans le dos et par-devant, les ténèbres se faisaient froides sur leurs visages. C'était comme si la salle dans laquelle ils venaient d'entrer était aussi immense que vide. Ils s'arrêtèrent.

-Risquons-nous à faire un peu de lumière, dit le Magicien.

La lueur de son bâton devint alors plus vive, comme pour répondre à ses mots, chassant les ombres. Ils virent alors haut au-dessus de leurs têtes une vaste voûte soutenue par de nombreux et puissants piliers. Devant eux, s'étendait bien une immense salle vide, dont les murs noirs, polis et lisses, étincelaient et scintillaient. Il y avait plusieurs autres entrées en forme d'arches noires.

Anfauglir entendit nettement Gimli retenir son souffle.

-Regardez, dit Gandalf. Le Grand Royaume de la Cité des Nains de Cavenain.

-Pour sûr, c'est artistique, y a pas d'erreur, fit Sam, aussi subjugué que tous les autres.

Anfauglir observait avidement tout ce qui l'entourait, gravant dans sa mémoire cette splendeur architecturale.

-Le Peuple des Nains a tout mon respect, pour avoir bâti un tel chef d'œuvre, murmura-t-il en effleurant la pierre sombre.

Ils avancèrent entre les hautes et majestueuses colonnes. Anfauglir détaillait tout ce qu'il voyait, admiratif. Il allait dire à Gimli à quelque point il trouvait les siens doués de leurs mains quand le nain se figea. Le semi-elfe suivit son regard et vit une porte sur la droite. Elle était haute, avec un linteau plat, et le battant de pierre tenait encore sur ses gonds même s'il était entrouvert. Derrière, se dessinait une grande salle carrée.

Il fronça les sourcils, ne comprenant pas le soudain intérêt de Gimli pour cette salle. Il allait le questionner, quand le nain poussa un cri et s'éloigna en courant.

-Gimli! Cria Gandalf.

Anfauglir se jeta à sa poursuite, imité par les autres. Il marqua un temps d'arrêt à l'entrée de la salle. Elle était peu éclairée mais à ses yeux depuis longtemps habitués à l'obscurité, elle parut d'une luminosité éblouissante. Il cligna des yeux et manqua de glisser sur l'épaisse couche de poussière au sol.

Le semi-elfe prit le temps de détailler davantage les lieux. La pièce était éclairée par un puits située haut dans le mur. Ce puits était oblique et, loin au-dessus, on pouvait voir un petit carré de ciel bleu. La lumière tombait directement sur une table placée au milieu de la pièce: un unique bloc oblong sur lequel était posée une grande dalle de pierre blanche.

-On dirait un tombeau, murmura Anfauglir.

-Non... Non. Non! Se lamenta Gimli, penché sur ledit tombeau.

Il s'effondra à genou, soutenu par sa hache, et baissa la tête. Par pudeur et par respect, Anfauglir se recula dans l'ombre. On ne troublait pas le deuil des vivants. C'était tout ce qui leur restait pour communiquer avec les morts et leur manifester de l'affection.

Alors que le nain se lamentait, ne retenant pas les quelques larmes qui venaient rouler sur ses joues barbues, Gandalf et les autres entrèrent leur tour. Le Magicien et Legolas furent les premiers à se pencher sur la tombe.

-Ci-gît Balin, fils de Fundin, Seigneur de la Moria, lut Gandalf en étudiant les runes gravées dans la pierre. Il est mort.

Anfauglir se retint de lever les yeux au ciel. Bien sûr qu'il était mort. Il était dans un tombeau! Parfois, Gandalf manquait vraiment de tact.

-C'est ce que je craignais, dit le Magicien en ôtant son chapeau, en hommage pour le défunt.

Toujours voûté devant le tombeau, Gimli était désormais secoué par les sanglots. Il poussa un cri, qui sonna plus comme celui d'un animal blessé que comme celui d'un Nain.

S'éloignant un peu, Anfauglir remarqua qu'un cadavre tenait fermement un livre. Il haussa un sourcil et le récupéra rapidement. C'était peut-être important, il était possible qu'il y trouve des explications sur le décès de Balin, fils de Fundin.

À première vue, l'objet n'était pas en très bon état. Il avait été lacéré, percé par des coups de poignards, et brûlé par endroits. Sa couverture était souillée de sang séché et ancien. Il souffla dessus pour en enlever la poussière. Il n'eut guère le temps de faire plus. Gandalf s'approcha à grands pas et le lui arracha littéralement des mains.

-Mais...!

Le Magicien tendit son bâton et son chapeau à Pippin, qui s'en saisit sans comprendre. Il ouvrit le livre d'un geste sec et se plongea dans un examen attentif pendant quelques temps sans parler.

Alors que le Magicien lisait et que Gimli répétait plusieurs mots dans sa langue natale, Legolas s'approcha d'Aragorn et Anfauglir pour murmurer:

-Il faut avancer, ne pas s'attarder ici.

Le semi-elfe lui accorda un regard fatigué avant de désigner Gandalf du menton.

-Il est ardu de faire bouger le Magicien sans son accord. Et je crains qu'il ne tienne à rester encore quelques temps ici, malheureusement.

Legolas n'eut pas le temps de répondre.

-C'est une sinistre lecture, soupira le vieil homme. Leur fin a été cruelle, je le crains.

Il tourna quelques pages et se mit à lire à voix haute:

-Ils ont pris le Pont et la deuxième salle.

Anfauglir vit Boromir poser une main sur l'épaule du nain qui avait arrêté de parler, en signe de soutien. Ce n'était pas grand chose mais cela montrait à Gimli qu'il n'était pas seul, et c'était le plus important.

-Nous avons barricadé les portes mais cela ne les retiendra pas très longtemps. Le sol tremble. Les tambours... les tambours viennent des profondeurs.

Anfauglir se sentit frémir et fit un pas en arrière. Il vit clairement les regards effrayés et inquiets qu'échangeaient ses compagnons de route.

-Nous ne pouvons plus sortir. Une ombre s'avance dans le noir. Nous ne pouvons plus sortir. Ils arrivent.

Soudain, un fracas assourdissant fit bondir tout le groupe. Anfauglir sentit tous ses poils se hérisser alors que sa queue battait nerveusement l'air derrière lui. Tous les regards se tournèrent vers Pippin, qui se tenait, timide et gêné, à côté d'un puits qui paraissait sans fin et d'où se répercutait le bruit. Il fermait les yeux, s'attendant presque à recevoir un coup pour la bêtise qu'il venait de commettre.

Une bêtise qui pourrait bien être mortelle.

Aussitôt, les instincts d'Anfauglir se réveillèrent et lui ordonnèrent de fuir, le plus loin et le plus rapidement possible. Il enroula sa longue queue autour de sa taille et se mit à osciller de gauche à droite, un peu comme un navire ballotté par les flots. Il était prêt à reposer de tout son poids sur une de ses jambes puis s'en servir comme élan pour s'enfuir. Nerveux, il laissa son regard ambré se promener tout autour de lui, à la recherche de la menace potentielle.

-Crétin de Touque! Jetez-vous dedans la prochaine fois, cela nous débarrassera de votre stupidité! Aboya Gandalf en récupérant ses affaires des mains du hobbit prêt à pleurer.

-Gandalf, geignit Anfauglir, sentant l'envie de fuir augmenter de plus en plus.

Bientôt, il ne pourrait plus la réprimer, à moins de se battre. Mais il ne voyait toujours pas leurs ennemis...

Le vieux Magicien tourna son regard vers son ami, suivi des autres membres de la Communauté, et blêmit.

-Mais qu'avez-vous fait? Se lamenta-t-il en direction de Pippin. Nous devons partir! Maintenant!

Mais à peine eut-il prononcé ces mots qu'un grand bruit se fit entendre: un roulement grondant, qui venaient des profondeurs et faisait vibrer les pierres sous leurs pieds.

-Il faut partir, siffla Anfauglir en bondissant vers la porte.

Brron, brrron, le bruit roula encore, plus proche. Puis vint le son haut et un clair d'un grand cor qui sonnait dans la salle. D'autres cors et des cris stridents lui répondirent.

Anfauglir recula aussi vite qu'il s'était avancé, une flèche noire filant sous son nez pour finir par s'écraser contre le mur.

-Notre fuite est compromise, dit-il, un sourire crispé aux lèvres, essayant de détendre l'atmosphère.

Ça ne pouvait pas être si dramatique que ça...

-M'sieur Frodon!

Le semi-elfe se tourna vers Sam et vit, comme lui, que la lame de Frodon avait viré au bleu étincelant.

-Les Orques! Comprit Legolas en se préparant à combattre.

En fait si, se dit Anfauglir, c'était dramatique. Ils étaient dix. Dix face à des centaines, voir des milliers d'Orques. Ils n'avaient aucune chance.

Boromir se précipita vers les portes, évita deux flèches, et tira les battants à lui.

-Nous ne pouvons sortir! Cria-t-il.

-Ils viennent, fit Pippin, se sentant aussi coupable que terrorisé.

-Reculez! Cria Aragorn aux hobbits. Restez près de Gandalf!

Anfauglir se pencha, récupéra une grande hache et deux lances, et alla aider Boromir à bloquer les portes.

-Ça ne les arrêtera pas longtemps.

-Ne soyez pas pessimiste, maître elfe, grogna Anfauglir en sortant son arc.

-Ils ont un Troll des Cavernes, dit le gondorien, l'air exaspéré.

-Là, par contre, vous avez le droit d'être pessimiste, fit Anfauglir en grimaçant. Un Troll des Cavernes? Vraiment? Ils ne font pas dans la demi-mesure...

-N'avez-vous pas quelque tour de magie pour les arrêter?

Le semi-elfe jeta un coup d'œil à Aragorn et secoua la tête.

-Si j'utilisais mes pouvoirs ici, je risquerais de vous blesser mortellement. Mes sorts sont trop destructeurs pour être contenus ou me permettre une bonne visée.

Le Rôdeur fronça les sourcils.

-Faîtes ce qui vous paraîtra le mieux pour nous permettre de remporter cette bataille avec le moins de pertes et de blessures possibles.

-Je peux faire ça, fit Anfauglir en hochant la tête.

Gimli bondit à cet instant sur le tombeau de Balin.

-Qu'ils approchent! Il y a encore un nain dans la Moria qui respire!

Tous se rassemblèrent autour dudit nain, arme en main. Anfauglir, Legolas et Aragorn visaient la porte de leurs arcs, prêts à lâcher la corde sur leurs assaillants.

Un coup sur la porte la fit trembler, puis elle commença à s'ouvrir doucement en grinçant, repoussant les cales sous les cris des Orques. Un bras et une épaule passèrent par l'ouverture grandissante. Puis un pied se glissa à son tour dans l'interstice. Une première salve de flèches fut tirée. L'Orque s'effondra dans un gargouillis. Mais déjà, d'autres le remplaçaient.

Anfauglir gronda comme un de leurs assaillants traversait l'ouverture pour foncer sur eux. Il l'abattit d'une flèche entre les yeux.

Lui, Aragorn et Legolas eurent beau tirer flèche après flèche, les cales finirent par lâcher. Un fracas se fit entendre de derrière la porte, suivi d'un autre, puis d'un autre. Sous les coups des Orques et de leurs armes, elle se fendit et s'ouvrit finalement en grand. Il y eut d'abord de nombreuses flèches noires qui fendirent les airs, mais aucune d'elles ne toucha les membres de la Communauté. Puis, il y eut le bruit retentissant d'un cor et un piétinement précipité: les Orques se ruèrent dans la salle, l'envahissant comme un fléau mortel.

Les trois archers de la Communauté éclaircirent les rangs, puis Boromir et Gandalf se jetèrent en avant, épée brandie, un cri féroce aux lèvres. Ils furent vite suivis des hobbits, animés d'un feu qui les transcendait et leur donnait la force de se battre.

Legolas en faucha deux en pleine gorge, de deux traits précis. Puis, perdu au milieu de la mêlée, il rangea son arc et dégaina deux longs poignards blancs, qu'il fit jouer avec dextérité autour de lui, tranchant, tuant, découpant. Il semblait partout à la fois, bondissant avec grâce et légèreté, esquivant sans mal les attaques maladroites des Orques.

Gimli, toujours sur le tombeau de Balin, coupa les jambes d'un Orque téméraire qui avait voulu le rejoindre. Dans un cri de guerre, il en décapita deux autres d'un ample mouvement de hache. Il bondit au sol et se mit à pourfendre et trancher les Orques de part en part. Dans ses yeux brûlait l'envie de vengeance. Il ferait payer la mort de Balin aux puantes créatures qui les attaquaient.

Boromir et Aragorn ne furent pas en reste et en abattirent un grand nombre, fendant le flot de leurs adversaires comme s'il se fut s'agit d'une simple rivière. Ils décapitaient, tranchaient jambes et bras avec facilité.

Sam était devant Frodon, une longue éraflure courant sur sa tempe. Il venait d'abattre un ennemi d'un coup de sa lame et un feu brûlant couvait dans son regard brun. Lui et son maître firent reculer trois autres Orques à force de cris et de feintes. Merry et Pippin les rejoignirent en hurlant, chargeant les assaillants de leurs lames.

Anfauglir eut un grognement et se pencha, récupéra une lance et la jeta en avant, clouant deux Orques au mur. Il n'était pas dit qu'il ne pourrait pas faire la différence! Il leur montrerait à tous! Il leur montrerait qu'il n'était pas que le fils de Sauron! Il ramassa une hache et en étripa un troisième avec un cri féroce.

Après cela, tout se passa très vite.

Le semi-elfe se battait seul contre une dizaine d'Orques, mais à lui seul, il était de taille à affronter une armée.

Entre ses doigts, Uial et Ûr, ses deux poignards, faisaient merveille, virevoltant et tournoyant autour de lui avant de s'abattre infailliblement sur les assaillants qui se pressaient autour de lui, touchant toujours un point vital. Légers comme la plume, tranchants comme le diamant, étincelants comme la flamme, ils semblaient animés de vie propre. Et bien qu'ils ne fussent pas des épées, ils tranchaient têtes et jambes comme si ça n'avait été que de simples feuilles d'arbre. Ils paraient les coups avant même qu'ils ne fussent portés, paraissaient anticiper les réactions des ennemis pour mieux déjouer leurs attaques.

Bien sûr, toute cette adresse venait d'Anfauglir. Il se laissait guider par son instinct, s'abandonnant à sa colère vengeresse et à sa douleur, les muant en force dévastatrice. Sans cela, il aurait été déjà été écrasé sous le nombre de ses adversaires. Avec cela, il pouvait, sinon vaincre, résister plus longtemps.

Quelques Orques, qui s'acharnaient sur Gandalf, s'arrêtèrent et fixèrent le semi-elfe. Ils crièrent et se ruèrent dans sa direction, l'identifiant visiblement comme l'ennemi à éliminer en priorité.

Anfauglir jura et voulut reculer... lorsqu'une main s'abattit sur sa nuque fragile et la serra à la façon d'un étau. Il écarquilla les yeux, se décalant d'un pas pour éviter un coup de lame dans le dos, et tenta de se soustraire à l'emprise de l'Orque. Il loucha en avisant l'épée qui fondait sur sa gorge. Elle progressa... et fut stoppée par la main du semi-elfe, qui n'hésita pas à se saisir de l'arme, sans se préoccuper du métal qui mordit sa peau tendre.

-Tch. Vous arrivez mille ans trop tôt pour me tuer, siffla-t-il.

Son coude s'enfonça brutalement dans les côtes de son agresseur qui, déconcerté, relâcha légèrement sa prise. Anfauglir en profita et pivota sur ses hanches, laissant Ûr trouver la gorge de l'Orque. Ce-dernier s'effondra sans un bruit.

Il fut aussitôt remplacé par cinq autres.

Alors qu'un Orque particulièrement laid, vêtu de mailles noires de la tête aux pieds, arrivait sur lui, Anfauglir lança Uial. Dans le même mouvement, il pivota de nouveau sur ses hanches, évita l'arme qui filait droit sur son visage, glissa le long du bras tendu de son assaillant, le saisit par la nuque et utilisa son élan pour l'attirer à lui. L'Orque voulut se débattre mais se figea dans un râle d'agonie quand l'épée d'un de ses congénères le toucha en plein cœur. Au même instant, le propriétaire de ladite épée s'affaissa, portant les mains au poignard d'Anfauglir qui saillait de son cou.

Le semi-elfe se baissa, récupéra Uial, et évita une hache qui fendit l'air au-dessus de sa tête. Il frappa du pied. Une rotule céda avec un bruit sec, un Orque s'écroula. Il l'acheva, plongea, roula... Une lame aiguisée fendit son pantalon, ouvrant une longue estafilade sur sa jambe gauche. Méprisant la douleur qui avait fusé et l'élançait, brûlante, Anfauglir bondit. Le sang jaillit en fontaine de la plaie. Le quatrième Orque s'effondra dans un gargouillis immonde.

Le dernier du groupe, encore indemne, hésitait à attaquer.

Le semi-elfe s'immobilisa, en position défensive, et étudia avec attention celui qui lui faisait face. Il n'attendit pas longtemps. Sans lui laisser la possibilité d'attaquer ni de fuir, il bondit de nouveau et lui explosa le nez avec son talon. L'Orque partit en arrière et lâcha son épée. Anfauglir accompagna sa chute et roula avec lui. Il tendit la main vers son couteau, avec le vain espoir de pouvoir le planter dans le corps le surplombant… mais le semi-elfe fut plus rapide et ce furent ses poignards à lui qui s'enfoncèrent dans le torse de son adversaire. L'acier brilla un instant avant de se teindre d'écarlate en perforant le cœur.

Anfauglir se releva d'un mouvement fluide et ses sens sur-développés lui permirent d'éviter l'attaque rageuse d'un énième Orque. Il riposta en enfonçant son pied en plein dans son ventre, laissant ses griffes déchirer la peau noire.

Il grogna et entreprit de taillader les Orques qui affluaient, de plus en plus nombreux, afin de se tracer un chemin en direction de Gandalf. Il envoya son poing dans le visage d'un ennemi, lui brisant les os dans un craquement écœurant, et accéléra l'allure.

Cette bataille était perdue d'avance. Même si les membres de la Communauté se défendaient bien, les Orques étaient bien trop nombreux. Ils ne pourraient pas garder l'avantage beaucoup plus longtemps.

C'est alors qu'un petit groupe d'Orques entrèrent en criant, tirant des chaînes derrière eux. La porte s'effondra dans un fracas épouvantable et un bras et une épaule énorme apparurent derrière la poussière et les gravas, suivis d'un pied puis de tout un corps. Anfauglir jura devant la taille du Troll des Cavernes. Il n'eut cependant pas le temps de s'y attarder car il dut bondir sur le côté pour éviter la massue d'un énième adversaire, particulièrement vicieux.

Il esquiva un coup qui aurait dû le couper en deux et décapita un Orque un peu trop aventureux qui tentait de lui envoyer une flèche entre les yeux.

-A l'aide!

Le cri paniqué de Sam sortit Anfauglir de sa danse meurtrière. Il se retourna pour voir le hobbit effondré à côté du tombeau, juste sous le nez du Troll.

-Oh non...

Dans un accès de fureur, le semi-elfe repoussa un Orque et se rua en avant. Il eut tout juste le temps de soulever Sam et de faire un bond en avant, évitant de ce fait au hobbit de finir aplati comme une crêpe.

-M...merci, souffla le pauvre Sam, une fois qu'il fut de nouveau sur ses pieds.

Anfauglir haussa les épaules et esquissa un vague sourire.

-Vous avez appelé, dit-il.

Puis il esquiva une lance pointue en se décalant d'un pas sur la droite. Saisissant l'arme, il la tira d'un coup sec vers lui, entraînant son possesseur à sa suite. L'Orque finit embroché par la lame de Sam.

-Bien joué, le congratula Anfauglir.

Le hobbit, tout tremblant, eut un petit geste de la tête.

-Vous m'avez sauvé.

Le semi-elfe lui adressa un regard étrange, comme s'il ne comprenait pas ce que voulait dire le hobbit. Ce-dernier se poussa à expliciter:

-Je me devais de vous rendre la pareille. Je sais que je n'ai pas été très amical ni même un tant soit peu avenant à votre égard. Je tiens à m'en excuser. Je comprends aujourd'hui que vous n'êtes pas votre père.

Et c'était probablement un des plus beaux compliments qu'avait jamais reçu Anfauglir en cinq mille trois cent quatre-vingt-six années d'existence.

Il sourit et ce fut un sourire franc et non tordu ou esquissé, un sourire plein de joie et de douleur. Combien de fois avait-il rêvé d'entendre ces mots? Gandalf les lui avait dit une fois, c'était vrai. Mais ce n'était pas pareil. Il était juste tellement... heureux.

Un cri de Sam le sortit de ses pensées et il se baissa pour éviter une nouvelle attaque. Il plia les jambes et bondit, exécutant une roulade arrière dans les airs pour atterrir sur les épaules de l'Orque qui avait interrompu quelque chose de très important à ses yeux. Sans pitié, il égorgea son ennemi et retourna au sol avant de basculer en arrière avec sa victime.

Anfauglir n'eut pas le temps de remercier Sam de ses mots que, déjà, il devait éviter une salve de flèches. Sauf que celles-ci n'étaient pas noires et n'appartenaient pas aux Orques. Non, il s'agissait de celles de Legolas.

-Essayez-vous de me tuer, maître elfe? Grogna-t-il en rejoignant Legolas.

Il se mit accroupit et rengaina ses dagues pour sortir son arc. Imitant l'elfe, il tira à plusieurs reprises sur le Troll.

-Ça n'était pas mon intention. Je m'excuse si mes actes vous ont blessé de quelque manière que ce soit.

-Vos flèches ne m'ont pas touché. Et même si c'est le cas pour le Troll, il semblerait qu'elles n'aient pas grand effet sur lui.

-Non, effectivement. Elles ne doivent pas lui faire plus de mal qu'une piqûre d'insecte n'en ferait à un homme.

-Pensez-vous que du poison serait efficace? Ah, mais j'oubliais: les Troll des Cavernes sont insensibles au poison. La chance n'est décidément pas de notre côté aujourd'hui.

Ceci dit, les flèches avaient au moins le mérite d'énerver le Troll. Celui-ci, dans sa stupidité, s'empara de ses chaînes et écrasa ses propres alliés. Boromir et Aragorn saisirent cette occasion pour s'emparer desdites chaînes et essayer d'entraîner le Troll loin des combattants.

Malheureusement, fort agacé, le Troll envoya Boromir heurter le mur nord de la salle. Étourdi, le gondorien ne remarqua pas l'Orque qui levait son épée dans l'intention visible de l'achever.

-Oh non, certainement pas!

Abandonnant là Legolas, Anfauglir se rua en avant et tendit la corde de son arc. Il tira trois flèches successives. Chacune d'elle toucha sa cible. L'Orque s'affaissa à moins d'un mètre du gondorien.

-Un peu plus et il vous trouait la peau, souffla le semi-elfe en relevant l'homme d'une main.

Celui-ci, sonné, le remercia à demi-mots. Ce n'était pas grand chose, mais cela suffit à montrer à Anfauglir qu'il avait bien fait de lui sauver la vie. L'homme n'était pas encore totalement sous le joug de l'Anneau. Il pourrait peut-être l'aider à s'en débarrasser. Et pour cela, il fallait qu'il se rapproche de lui. Ou au moins qu'il essaye.

-Vous devriez aller aider les hobbits, fit remarquer Anfauglir en désignant Merry et Pippin, aux prises avec un Orque extrêmement laid.

Boromir ne se le fit pas dire deux fois et courut en direction de son nouvel adversaire.

-Bien, à nous deux maintenant, dit Anfauglir en se tournant vers le Troll pour voir Gimli lui percer l'épaule d'une lance. Oh, cela est mauvais... très mauvais... Il va s'énerver...

Et comme pour lui donner raison, le Troll détruisit le tombeau de Balin d'un coup de massue – où donc l'avait-il ramassée? – et envoya Aragorn dans les airs. Le Rôdeur atterrit, inconscient, aux pieds de Gandalf. Mais, déjà, Legolas se servait de la chaîne qui retenait le Troll et s'était emmêlée autour d'une colonne de pierre. Sans plus attendre, il bondit sur le semblant de pont et courut avec légèreté vers le Troll.

-Est-il fou ? Siffla Anfauglir, stupéfait – il avait visiblement oublié qu'il avait utilisé le même genre de tactique contre le Guetteur de l'Eau.

De plus en plus agacé par l'elfe qui venait de lui tirer une flèche en pleine tête, le Troll s'agita dans tous les sens, faisant trembler le sol sous son poids. Sa massue heurta violemment Anfauglir, qui s'était un peu trop rapproché, et le jeta à travers la pièce. Il heurta le mur avec un craquement sourd – il allait encore avoir des côtes cassées – et l'air quitta ses poumons. Il glissa au sol avec un grognement de douleur.

Occupé à essayer de se relever, il ne fit pas attention à ce qui l'entourait et cela faillit lui coûter la vie. Heureusement, l'Orque qui l'agressa rata sa cible première – son cou – et son épée dérapa pour finir par se planter dans sa main, la traversant de part en part. Le cri que poussa Anfauglir fut terrible.

-Anfauglir! Cria Gandalf en tentant de se frayer un chemin dans sa direction.

-Lâche-moi enfant des ténèbres. Lâche-moi maintenant!

Sous la douleur, la voix du semi-elfe s'était faite plus rauque. L'Orque glapit en sentant une lame froide perforer un de ses poumons. Il eut juste le temps de griffer la cuisse de son adversaire jusqu'au sang avant de s'effondrer, mort.

-Anfauglir! Fit de nouveau Gandalf.

L'interpellé grogna et se redressa en tremblant. Il jeta un coup d'œil à sa main et blêmit quelque peu. Même avec sa capacité de régénération hors du commun, cette blessure allait mettre du temps à guérir.

Il se leva doucement et esquiva un nouveau coup de massue. Il fallait mettre le Troll à terre où ils n'auraient aucune chance de s'en sortir vivants.

-Je commence à avoir le coup de main, fit Sam, non loin de lui, en abattant une poêle sur le crâne d'un Orque.

Quand est-ce qu'il l'avait sortie resterait un mystère aux yeux du semi-elfe, qui ne put s'empêcher de glousser. Il était vrai que voir un hobbit balancer une poêle à tout va pour assommer d'hideuses créatures armées jusqu'aux dents était plutôt amusant.

-Frodon! Cria Aragorn – apparemment sortit de l'inconscience.

Aussitôt, Anfauglir se tourna dans la direction du cri et se figea. Frodon avait été coincé par le Troll. Celui-ci leva une lance, qu'il avait probablement récupérée par terre, et la lança directement sur le semi-homme. Atteint au côté droit, il fut projeté contre le mur où il glissa au sol.

Avec un cri, Merry, Pippin et Sam se ruèrent en avant. L'un s'escrima sur la lance pour l'ôter de Frodon, tandis que les deux autres poignardaient et tailladaient le Troll du mieux qu'ils pouvaient.

-Grands-Pas! Hurla Sam.

Le Rôdeur se précipita à leurs côtés. Legolas tirait flèche après flèche. Gimli et Gandalf tenaient les Orques à distance, soutenus par Boromir.

Anfauglir vit rouge. Ses yeux parurent s'enflammer, devenant de l'or en fusion, alors que des mots incompréhensibles s'écoulaient hors de ses lèvres, l'enveloppant progressivement d'un manteau de fumée rouge opaque. Avant même que quiconque ait pu réaliser ce qu'il se passait, il bondit vers le Troll.

S'apercevant de la manœuvre, Aragorn put tout juste s'écarter en entraînant Merry et Pippin avec lui. Le semi-elfe atteignait déjà sa cible. Il se jeta en avant, atterrissant sans mal sur les épaules massives de la créature. Celle-ci hurla comme la fumée rouge entrait en contact avec sa peau. Elle paraissait le brûler. Anfauglir eut un sourire moqueur, hautain.

-Tu ne peux me fuir. Personne ne le peut.

Il mit deux doigts sur ses tempes et plongea dans une intense concentration, se détachant du monde extérieur. Il imagina un volcan. Un volcan qui brûlerait tout ce qui se trouvait sur son passage.

-Ô masques de chairs et de sang, images de défunts qui portez le nom de la mort ! A partir des murs construits de cauchemars et de haine, élevez vos griffes, soufflez le feu ! Lumière rouge, roue de ténèbres, le sifflement de la vengeance résonne dans le silence ! Assemblez-vous sans hésiter autour de notre ennemi ! Enflammez-vous ! Gronda-t-il.

La fumée rouge parut progressivement s'enrouler autour du Troll, le caressant avec la douceur d'une amante, avant de se fondre en lui. Bientôt, il ne resta plus que quelques fumerolles, qui se délitèrent dans les airs.

Le Troll hurla.

Dans la tête d'Anfauglir, le volcan déversait sa colère sous forme de lave bouillonnante, de plus en plus fort. Sa terrible colère dévastait tout ce qu'il rencontrait, anéantissant ceux qui se dressaient devant lui. Le semi-elfe se sentit tomber.

Quand il rouvrit les yeux, il ne restait du Troll plus qu'un tas de cendres. Il avait brûlé de l'intérieur.

Terrorisés par cet éclat, les Orques restant reculèrent. Beaucoup s'enfuirent en hurlant, les derniers furent massacrés par Boromir et Gimli. Profitant du calme retrouvé, la Communauté se rua auprès de Frodon, qui gisait au sol.

Blême et chancelant – la magie lui avait encore beaucoup prit –, Anfauglir se dirigea vers les autres.

-Il est vivant! Fit Sam, un air soulagé peint sur ses traits.

Clairement stupéfait, Anfauglir cligna des yeux et se pencha vers le hobbit. Il aurait pourtant dû mourir... Cette lance aurait dû lui perforer le torse alors comment... Il se figea. La côte de mailles en mithril. Ses doutes étaient donc bien fondés. Bilbon avait offert ce bijou de protection à Frodon.

Le semi-elfe eut un profond soupir de soulagement et se laissa tomber contre Gandalf. Le vieil homme lui sourit en passant un bras discret autour de ses épaules, prêt à le soutenir en cas de faiblesse.

-Ne me refaites plus jamais une peur pareille, Frodon. J'ai bien cru que mon cœur s'arrêtait, dit Anfauglir en reprenant son souffle.

-Je vais bien. Je n'ai rien, les rassura le hobbit en haletant.

Il s'assit avec difficulté et tâta l'endroit où la lance aurait dû l'embrocher. Nul doute que lui aussi était étonné d'être en aussi bon état.

Autour de lui, les membres de la Communauté – moins Anfauglir – le regardaient avec stupeur et incrédulité.

-Vous devriez être mort! Cette lance transpercerait un sanglier, dit Aragorn.

Le sourire de Gandalf s'élargit. Bien sûr, il savait déjà – ou se doutait – de quoi il en retournait. Le semi-elfe n'en était même pas surpris.

-Je crois que ce hobbit est bien plus solide qu'il n'y paraît, fit le Magicien, un sourire amusé aux lèvres.

Anfauglir grogna en acquiesçant.

Frodon écarta doucement les pans de sa chemise à l'endroit où la lance l'avait touché. Ce faisant, il révéla une côte de mailles tissée d'anneaux serrés. Elle était aussi souple que de la soie, aussi froide que de la glace et plus solide que de l'acier. Elle avait l'éclat de l'argent et était incrustée de petites gemmes blanches.

-Du mithril, souffla Gimli. Vous êtes très surprenant, monsieur Sacquet.

Anfauglir jeta un coup d'œil en direction de la porte.

-Loin de moi l'idée de gâcher ces effusions de joie mais je dirais qu'il est temps pour nous d'y aller.

Brron, brron, firent de nouveau les tambours dans les profondeurs. Il était même plus que temps d'y aller, selon lui. Il se redressa lentement, s'écartant du Magicien.

-À moins que vous ne soyez tentés de vous relancer dans une plaisante petite bataille, il nous faut partir. Maintenant.

-Anfauglir a raison, fit Gandalf, son regard inquiet scrutant la porte. C'est le moment! C'est notre dernière chance, sauvons-nous! Au Pont de Khazad-dûm!