Sixième partie
Un peu plus tard dans la journée, William, Jane, Charles et Caroline sont assis dans le salon en compagnie de l'inspecteur qui est en charge de l'enquête. L'homme à la peau basanée jetait sur l'ensemble du groupe son regard d'aigle. Son uniforme froissé par la longue journée, Sebastian Diego, policier d'origine mexicaine, trouvait que cette histoire était très nébuleuse.
-Caroline! Élizabeth a raconté tout ce qu'elle savait à monsieur Diego il y a quelques minutes! Et bien, suite à ses confessions, l'inspecteur voudrait que tu l'aides à éclaircir certains points qui restent en suspends concernant cette affaire.
-Vous voulez bien répondre à quelques questions? Lui demande celui-ci en roulant des yeux, exaspéré par l'entrée en matière un peu trop longue de William.
-Bien sur inspecteur! Que voulez vous savoir au juste?
-Quelle heure aviez-vous lorsque mademoiselle Bennet est montée de coucher?
-Environ 10h30! Elle est montée quelques minutes avant Georgianna.
-Que s'est-il passé ensuite?
-Je suis restée en bas avec William pour saluer certaines de nos invités qui quittaient la maison. Ensuite, voyant que la lumière de la cuisine était allumée, je suis allée vérifier si quelqu'un était encore là. Comme l'interrupteur est près de la porte extérieure et que celle-ci est munie d'une fenêtre, j'ai vu les feux arrière d'une voiture immobilisée près du garage. Juste à côté de celle-ci, j'ai vu une silhouette féminine qui s'approchait. Croyant avoir reconnu mademoiselle Bennet, alors j'ai décidé d'aller voir à l'étage pour vérifier si elle était dans sa chambre. En passant devant la chambre de Georgianna qui est avant celle d'Élizabeth, j'ai frappé à tout hasard pour lui demander si elle avait une idée où elle est pouvait se trouver. C'est alors qu'elle m'a donné le message que Paul lui a écrit. Doublement inquiète, j'ai souhaité bonne nuit à Georgianna et je me suis dirigée vers la chambre d'Élizabeth. J'ai frappé, attendu quelques minutes, puis je suis entrée. Elle n'était pas là.
-Ensuite?
-En descendant, je suis retournée à la cuisine pour en avoir le cœur net. J'ai regardé par la fenêtre à nouveau, mais cette fois, au lieu d'une seule, j'ai entraperçu deux silhouettes. Un homme et une femme qui se tenaient enlacés, au même endroit où j'avais vu Élizabeth seule un peu plus tôt. C'est à la suite de ça que j'ai décidé d'aller prévenir William en lui remettant le message.
-Quoi d'autre?
-Je suis allée me coucher!
-C'est tout?
-En fait non! Je dois avouer que j'étais en colère! Il va sans dire et j'étais outrée qu'une jeune femme puisse agir ainsi sous le toit d'une personne qui lui offre aussi généreusement un travail et l'hospitalité!
-Très bien mademoiselle Bingley! Vous pouvez nous laisser! Je n'ai plus de question pour vous! Pour vous non plus monsieur Bingley.
Une fois seul avec Jane et William, Diego leur demande aussitôt : Alors qu'en pensez-vous?
-L'une des deux se trompe! C'est sur!
-Ou ment! Ajoute Jane les bras croisés. La première fois, Caroline pourrait avoir vu Paul et la seconde fois, elle aurait très bien pu apercevoir Élizabeth alors qu'elle se faisait entraîner vers la voiture, menacée par un fusil qu'elle ne pouvait pas voir de la fenêtre de la cuisine. Mentionne Jane en réfléchissant tout haut.
-Bien sur! Tout ça est possible! Enchaîne l'inspecteur Diego. Seulement, c'est le mobile qui ne tient pas entre ces deux versions. Mademoiselle Bennet affirme être sortie pour aller secourir Georgianna, alors que Caroline Bingley dit qu'elle y est allée pour répondre à l'invitation de Paul.
-Dans les deux cas, il est question d'un message écrit n'est-ce pas? Demande Jane. Les deux hommes acquiescent. Nous avons retrouvé le mot de Paul, mais n'avons jamais retrouvé celui qui aurait été écrit par vous William. D'un côté, Paul a avoué avoir laissé une note pour Élizabeth, de l'autre, vous nous affirmez n'avoir jamais écrit de message pour Élizabeth.
-En effet!
-Je vais aller aux nouvelles en appelant au poste. Je vous reverrai plus tard si besoin est. Complete l'inspecteur en prenant congé des deux autres.
-Ce qu'il y a de bon dans cette histoire, c'est que Collins ne sera plus en circulation. Dit Jane à William pendant que le policier se dirige vers la porte.
Dès que le policier est sorti, William s'empresse d'ajouter : Si Collins est arrêté, votre sœur pourra enfin vivre normalement.
-Oui, d'ailleurs, à ce sujet, ma sœur veut retourner à Londres dès qu'elle ira mieux!
Ce levant pour échapper au regard scrutateur de Jane, William s'approche de son bureau pour regagner son fauteuil. Il est vrai que plus rien ne peut la retenir ici! Surtout pas un mariage de convenances! Sans compter que Georgianna va beaucoup mieux. Hier, ma sœur m'a même dit qu'elle envisageait d'aller étudier en ville.
-Quelle bonne nouvelle! Enfin, tout ça n'est pas encore fait!
-Jane, croyez-vous que je devrais confier à votre sœur de ce que j'éprouve pour elle?
-Sincèrement? Non! Je ne crois pas que ce soit une bonne idée! Voyant le jeune homme accuser le coup difficilement, Jane se sent obligée d'ajouter : William, je sais que je suis dure avec vous! Mais je ne veux pas que vous vous nourrissiez de faux espoirs. Enfin, ce que je veux vous dire c'est : n'attendez pas après elle! Oubliez-la! Je serais très étonnée si elle changeait d'idée un jour.
-Merci pour votre franchise. Ajoute William en se levant et venant lui embrasser les deux joues. Il ajoute alors : Charles à vraiment de la chance!
-Merci William! Allez, je vous laisse. Je vais aller voir Élizabeth.
Les jours qui suivent se déroulent dans une atmosphère paisible. Élizabeth est tellement heureuse de l'arrestation de Collins. Son bonheur est si évident que Georgianna commence également à faire des projets. À force d'en discuter, elles se proposent d'emménager ensemble dans un appartement à Londres. Élizabeth désirant se remettre à l'écriture tout en trouvant un emploi à temps partiel, tandis que Georgianna désire fortement entreprendre des études supérieures en musique. Élizabeth lui suggère toutefois de s'engager à consulter un psychologue afin de régler une fois pour toutes les blessures de son adolescence.
Les Bingley étant partis depuis quelques jours, Jane étant retournée à Londres pour reprendre son travail, tout comme William d'ailleurs durant la semaine, les deux jeunes femmes se retrouvent souvent seules. Elles utilisent la majeure partie de ce temps pour élaborer leurs projets et planifier leur déménagement. Chaque soir, elles informent William de leurs idées, sans réaliser qu'il appréhende le moment où il se retrouvera seul à Pemberley.
Une journée avant leur départ, Élizabeth prend la décision d'aller rejoindre William dans la bibliothèque.
-William, je vous rapporte des livres que j'avais pris ici. Je les ai tous terminés.
Les lui prenant des mains, William en regarde les titres et s'écrie : Ah! C'est donc là qu'étaient mes livres d'Ernest Hemingway! Vous les avez aimés?
-Beaucoup! Surtout le vieil homme et la mer. J'allais souvent à la pêche avec mon père lorsqu'il était vivant.
-Je vous l'offre! Lui dit spontanément William en le lui remettant dans les mains.
Élizabeth le lui rend, offusquée : Je ne voudrais pas que vous pensiez que j'ai manœuvré de manière à me le faire offrir! Non, gardez-le! De toute façon, j'en ai une autre copie chez ma sœur.
Un silence tendu règne entre les deux. William attend sagement que la jeune fille prenne la parole.
-Avant de partir William, je voulais vous remercier personnellement de toutes vos bontés envers moi. Je suis bien consciente que si je n'avais pas été ici à Pemberley, je ne serais probablement plus de ce monde. C'est pour cette raison que je veux que vous sachiez que cette maison gardera toujours une place privilégiée dans mon cœur.
-J'en suis flatté! Sachez également que la porte vous sera toujours toute grande ouverte!
-Merci! Viendrez-vous nous rendre visite à Londres?
-Je serai beaucoup occupé ces prochains mois! Mais, soyez assurée que vous me verrez arriver dès que j'en aurai l'occasion lorsque je ferai un séjour dans la grande ville.
-Très bien! Je vous laisse maintenant!
-Attendez! Je voulais vous dire. Non! En fait, je voulais vous remettre ceci! Il ramasse une petite enveloppe sur son bureau et la pose dans la main d'Élizabeth. Il s'agit d'une lettre de recommandations! Je me suis dit que vous pourriez en avoir de besoin!
-Merci William, celle-ci me sera très utile soyez-en sur!
Laisser la jeune femme quitter la bibliothèque sans lui avouer ses sentiments, fut la chose la plus difficile que William eut à faire de sa vie. En entendant son pas décroitre dans le long corridor, puis s'accélérer pour monter les escaliers menant à l'étage supérieur où se trouvaient les chambres à coucher, William eut l'impression que son cœur allait éclater en morceaux. Cette nuit là, il dormit très mal.
Le lendemain, c'est du haut de la fenêtre de sa chambre à coucher qu'il regarde tristement la voiture s'éloigner avec à son bord, les deux personnes qu'il aime le plus au monde, en sachant que dans le cas de l'une d'entre elles, ses sentiments ne sont pas partagés.
Aussitôt arrivées à Londres, les deux jeunes filles vont rejoindre Jane qui les conduit au logement qu'elle leur a trouvé. Elles prennent possession des lieux et planifient leur première semaine.
Au bout d'un mois, la routine est déjà bien installée. Georgianna étudie la musique dans une école renommée, consulte un spécialiste que Jane lui a recommandé une fois semaine et continue de s'épanouir à vue d'œil. Élizabeth recommencer à écrire durant ses soirées et travaille dans une librairie le jour.
Jane prend l'habitude de souper avec sa sœur tous les dimanches. C'est lors de l'une de ces visites qu'elle met la main sur un texte qu'Élizabeth a laissé traîner sur sa table de travail. Comme sa sœur est au fourneau, Jane en profite pour le lire à tête reposée.
Entrant dans la pièce centrale où se trouvent le salon et la salle à manger, Élizabeth remarque que Jane a son cahier dans les mains.
-Jane! Ne lis pas ça! C'est n'importe quoi!
-Élizabeth c'est tellement amusant! Il faut que je le montre à un de mes amis qui travaille dans un journal. En fait, laisse-moi en parler à Charles aussi.
-Dire que vous allez vous marier dans une semaine! Je suis toute excitée! Tu es heureuse Jane?
-Il est tellement merveilleux! Oh! À propos. Nous avons une demande à te faire!
-Tu veux que je sois ta demoiselle d'honneur, c'est ça?
-Oui! Et sais-tu qui sera le témoin de Charles?
-Facile à deviner voyons! William!
-Ce n'est pas juste!
-En fait, j'ai triché! C'est Georgianna qui me l'a annoncé hier! William lui a dit qu'il allait arriver jeudi. D'ailleurs, elle m'a également annoncé qu'elle va quitter notre appartement dans deux mois! Elle va aller s'installer dans la maison que William vient de s'acheter à Londres. Elle dit qu'ainsi elle sera plus près de son école de musique. Il faudra donc que je me trouve un nouveau colocataire.
-Pourquoi n'en parles-tu pas à Charlotte? Je crois qu'elle se cherche un appartement elle aussi. Elle n'en peut plus de sa mère et de sa jeune sœur.
-Oh, oui, bonne idée!
-Voilà pour les potins! Maintenant donne-moi la permission de montrer tes textes à mon ami?
-Très bien d'accord.
Une semaine plus tard, c'est le mariage de Jane et Charles. Celui-ci se passe merveilleusement bien. Tous les invités semblent être envahis par le bonheur contagieux qui émane des deux tourtereaux. Élizabeth constate toutefois que bien qu'il semble heureux de la revoir, William se comporte froidement avec elle. Seule Caroline semble s'intéresser à ce qu'elle devient et l'interroge à propos de ses nouvelles occupations. Lorsque vient le temps de partir, Élizabeth déplore le fait qu'elle n'a pas encore eue l'occasion de parler à William. Tous ses efforts pour aller vers lui se soldent par un échec. C'est donc à Caroline qu'elle offre ses salutations en dernier recours.
Les semaines qui suivent ce grand événement sont tellement pleines de rebondissements qu'Élizabeth a l'impression de perdre pied. Jane et Charles rentrent de leur voyage de noces, Georgianna déménage plus tôt que prévu dans la maison de son frère, Charlotte emménage à son tour et Élizabeth publie son premier article comme journaliste pour le «London News Magazine». Au bout de trois semaines, elle quitte son emploi à la librairie pour se consacrer uniquement à l'écriture. Bien qu'elle ait été engagée comme chroniqueuse et doit se consacrer principalement aux mondanités, ce qu'elle vise à long terme et ce dont elle rêve, c'est ni plus ni moins que l'éditorial. Elle prend son mal en patience et accepte d'écrire sur les malheurs ou les bons coups des célébrités de la ville. Tout ce qui fait jaser quoi.
-Élizabeth! L'interpelle son patron un beau lundi matin : La chronique mondaine est à vous maintenant! Si vous saviez le nombre de personne qui achète le magazine simplement pour vous lire. Félicitations!
-Merci! Vous me flattez. Cela ne vous fera pas oublier que j'attends que vous me donniez ma chance comme éditorialiste, j'espère?
-Non! Mais disons que pour l'instant, il ne saurait en être question! Attendons encore un peu. Tant que Josie sera là! Nous lui laisserons l'éditorial! Attendons qu'elle nous quitte!
-J'en ai tant rêvé!
-Dès qu'elle partira, ce qu'elle fera nécessairement ici comme dans tous les journaux où elle a déjà travaillée, la place est à vous! Bon! Maintenant, laissez-moi vous préparer pour une autre mission mondaine!
-Un autre événement à couvrir?
-Il y a un mariage dans l'air! Il fouille dans son calepin à la recherche d'une note. La trouvant, il s'écrie : Ah oui! Voilà! Une certaine Caroline Bingley convolera en juste noces avec nul autre que William Darcy, le célibataire le plus en vue de Londres! Ramenez-moi un papier sur ces deux beaux moineaux! Ils donnent une soirée pour leurs fiançailles dans deux jours. Je vous ai obtenu une invitation.
-J'en avais déjà une!
-Vous les connaissiez personnellement? Lui demande celui-ci plein d'espoir.
-Oui! La sœur de monsieur Darcy a été ma colocataire assez longtemps!
-Voilà qui est extra! Vous réussirez donc à obtenir une entrevue exclusive en plus! De mieux en mieux Élizabeth.
-Je verrai ce que je peux faire!
Ne sachant pas du tout comment réagir à cette nouvelle, Élizabeth rentre à son appartement et cherche le journal qu'elle tenait à l'époque où elle vivait à Pemberley. Peu de pages ont été noircies pendant qu'elle y séjournait, mais, en relisant celles-ci, elle constate à quel point vivre dans la peur l'avait rendue critique. Ses écrits portaient surtout sur Georgianna et sur les choses qu'elle avait essayées de faire pour la rendre plus heureuse. Perdue dans ses pensées après avoir relu ces pages, Élizabeth ressent le besoin de parler à son ancienne colocataire. Elle se lève un peu trop vite, provocant la chute de son journal sur le plancher.
-Merde! Élizabeth se penche pour ramasser son cahier et saisit le téléphone de l'autre. Elle dépose son journal sur la table, puis signale le numéro de Georgianna. Pendant qu'elle attend que celle-ci décroche, ses yeux sont attirés par une feuille qui est restée par terre. Croyant qu'il s'agit d'une des pages de son journal elle se penche pour la ramasser. Réalisant ce qu'elle tient entre les mains, elle commence à trembler et n'entend pas immédiatement Georgianna qui lui répond à l'autre bout du téléphone. Georgie? Oh! Pardon! Se ressaisissant, Élizabeth ajoute : J'avais échappé un livre. Comment ça va?
-Très bien! Je viens de me trouver la plus belle robe qui soit pour le mariage de William.
-Oui, d'ailleurs c'est à ce sujet que je t'appelle. Je voulais te demander si tu accepteras de m'accorder un entretien lors de la fête.
-Pendant les fiançailles? Oui! Pourquoi?
-Pour ma chronique!
-Tu ne vas pas nous tourner en ridicule, j'espère.
-Tu sais bien que je ne fais jamais ça!
Elles discutent pendant quelques minutes, puis poliment, Élizabeth prend congé de son amie. C'est alors qu'elle se décide à appeler William.
-Oui, allô?
-William? Ici Élizabeth! Comment allez-vous?
-Élizabeth! Quelle surprise! Oh! J'imagine que Georgianna vous a annoncé la nouvelle?
-En fait, j'ai reçu deux invitations différentes et j'ai effectivement parlé à Georgianna. Puis-je vous féliciter?
-Merci. Viendrez-vous?
-En fait c'est justement à ce sujet que je vous appelle. J'aimerais savoir si Caroline et vous pouviez m'accordiez une entrevue lors de vos fiançailles. Croyez-vous que ce soit possible?
-Ah, la chroniqueuse se pointe le bout du nez!
-Cette fois, c'est un peu différent! Mon patron sait que je vous connais personnellement. Il s'attend à plus qu'un simple article. J'aimerais vous voir séparément Caroline et vous! Êtes-vous d'accord?
-Je ne peux répondre pour Caroline, mais personnellement, j'accepte de répondre à vos questions. Voulez-vous venir me voir vers 17h00? Deux heures avant la fête?
-Oui! Je préférerais! Très bien, merci William. À samedi alors.
-À samedi!
Lorsqu'elle arrive au rendez-vous, Élizabeth est introduite dans la résidence de William par René, son serviteur. Celui-ci la guide vers la bibliothèque et lui demande d'attendre le jeune homme.
En entrant dans la pièce quelques minutes plus tard. William s'avance vers Élizabeth et l'embrasse gentiment sur les deux joues : Élizabeth! Je suis heureux de vous revoir.
-Moi aussi William!
-Comment voulez-vous procéder? J'attends vos instructions! Je vais essayer de coopérer.
-Oui! Et bien, si nous allions nous asseoir sur ce divan? Ce serait parfait. Oh, William ça vous dérange si j'utilise une enregistreuse? Je travaille toujours ainsi.
-Non! Ça me convient tout à fait.
Pendant qu'Élizabeth branche son appareil, William reste silencieux. Il la regarde poser l'enregistreuse sur la petite table devant eux et appuyer sur le bouton «record». Levant les yeux vers lui, elle se met à parler de manière artificielle, s'adressant directement à son appareil : Samedi, 17h05! Contexte : entrevue avec monsieur William Darcy. Sujet : Fiançailles avec Caroline Bingley! Se tournant maintenant vers lui, Élizabeth plaque un sourire sur ses lèvres et lui dit : Alors voilà! Comment vous êtes-vous rencontrés Caroline et vous?
-C'était il y a très longtemps. J'ai d'abord rencontré Charles Bingley, son frère. Nous avons fait notre MBA ensemble. Je la connais donc depuis une dizaine d'année. À cette époque, elle était encore jeune. Mais je sais qu'elle a toujours été attirée par moi!
-Et vous, Quand avez-vous commencé à vous intéresser à elle? Si vous me permettez de vous poser la question?
-Au cours des derniers mois!
-C'est récent alors? Pourquoi pas avant?
-Oui, c'est vrai! On peut se demander ça! En fait, je ne sais pas réellement! Peut être parce que justement, elle faisait trop d'efforts pour attirer mon attention.
-Je vous signale que n'étant pas encore marié, vous n'avez pas encore la permission de parler pour elle!
-Oui, vous avez raison!
-Alors, comment expliquez-vous votre revirement?
-En fait, pour être parfaitement honnête avec vous! Je dois vous dire que jusqu'à tout récemment, mon cœur n'était pas libre!
-Que voulez-vous dire?
-J'étais amoureux d'une autre femme!
-Et que s'est-il passé?
-Rien, en fait! Puisque cette personne n'a jamais su que je l'aimais! Je ne peux donc pas vous en dire plus!
-Vous l'aimiez et vous ne lui en avez rien dit?
-C'est ça oui! Je n'y suis pas arrivé! Mais il y a de bonnes raisons à cela!
-Elle était déjà mariée?
-Non! Je préférais changer de sujet si vous le voulez bien!
-Voyons William, je ne vous demande pas son nom! Mes lecteurs voudront tout simplement en savoir plus sur cette personne.
-Écoutez, écrivez seulement que mon cœur s'étant libéré, j'ai développé des sentiments pour Caroline.
-Très bien! Mais pour être certaine d'avoir bien compris, je veux savoir si je peux résumer l'histoire ainsi? Vous avez été amoureux d'une jeune femme, n'avez pas pu ou voulu lui ouvrir votre cœur et aujourd'hui c'est Caroline que vous aimez? Ai-je bien cela?
-On peut cesser d'aimer une personne pour diverses raisons, non?
-C'est à moi de poser des questions pas à vous. Caroline connaît-elle l'existence de cette jeune fille?
-Non!
-Que va-t-il se passer si Caroline l'apprend? Demande Élizabeth un peu trop vivement.
-Toute cette histoire appartient au passé! Elle n'a rien à craindre puisque je suis avec elle aujourd'hui!
-Croyez-vous qu'elle pourrait deviner de qui vous parlez?
-Je ne sais pas! Non, c'est peu probable.
-Et la jeune femme dont vous étiez épris, pourrait-elle se reconnaître en lisant mon article?
-Non, je ne crois pas!
-William, vous êtes l'un des célibataires les plus prospères de Londres, si je publie cette histoire, bien des lectrices seront curieuses et verront en celle-ci un conte de fée potentiel.
-Cet épisode de ma vie n'a rien à voir avec un conte de fée! Cette jeune femme ignore tout de mes sentiments!
-Mais pourquoi l'ignore-t-elle justement?
-Les circonstances entourant notre rencontre ont été plutôt singulières. C'est tout ce que j'ajouterai sur le sujet.
-Non, attendez! J'ai une dernière question! Ce qui intéressera mes lectrices c'est de savoir ce qui se passerait, si vous deviez revoir cette personne, et que celle-ci vous manifestait de l'intérêt! Y aurait-il une chance pour que vos sentiments pour elle renaissent? En un mot, cela vous ferait-il quelque chose de la revoir?
-Qui vous dit que je ne l'ai jamais revu?
-Elle fréquente votre entourage?
-Vous cherchez à me piéger!
-Je suis curieuse à cause de mes lecteurs. C'est pour eux que je pousse! Mais puisque le sujet vous met mal à l'aise, parlons maintenant de vos projets à tous les deux.
-Nous voulons nous marier à l'automne, puis partir en Europe en voyage de noces.
Après avoir ramassé suffisamment d'informations pour écrire son article, Élizabeth arrête le magnétophone et se tourne vers William, un grand sourire aux lèvres.
-Merci William! Je suis désolée de vous avoir bousculé pour en apprendre davantage sur «madame mystère!» Mais voyez-vous il s'agit d'une histoire en or pour ma chronique, si cette histoire est vraie bien entendu!
-Pour quelle raison en doutez-vous?
-Et bien! En toute franchise William, vous ne m'êtes jamais apparu comme un homme qui sait taire ses émotions! En ce qui me concerne par exemple, lors de notre rencontre à l'hôpital, vous n'avez jamais pu vous retenir d'exprimer la désapprobation que je vous inspirais.
-Oui, mais je me souviens aussi que vous me combattiez et que vous me jugiez responsable de ce que arrivait à Georgianna!
-Vous avez raison! Mais vous savez aujourd'hui pourquoi j'avais perdu confiance. Les hommes de mon entourage n'étaient pas de bons exemples! Par réflexe et pour me défendre, je vous ai tout simplement classé avec tous les autres!
-Vous n'avez pas à vous expliquer! Je comprends parfaitement ce que vous voulez dire! Je suis heureux que vous ayez appris à me faire confiance par la suite!
-Vous avez été si patient avec moi! D'ailleurs, c'est moi qui aurait du vous payer! J'ai peut être remis Georgianna sur pied, mais vous avez fait de même avec moi! Vous êtes un homme bon et honnête William. Voilà pourquoi je ne vous crois pas lorsque vous dites que vous n'étiez pas en position de révéler vos sentiments à cette mystérieuse femme.
-Il serait plus juste de dire que je ne pouvais pas le faire!
-William, vous jouez sur les mots! Quelqu'un d'autre est au courant?
-Il y a bien une personne, mais je ne puis vous dire son nom!
-Pourquoi?
-Connaître son nom vous mènerait directement vers «madame mystère»!
-William, m'autorisez-vous à écrire cette histoire?
-Faites-en ce que vous voulez! Tout est terminé maintenant, alors où est l'intérêt?
-Très bien. Je vous remercie de votre générosité et de votre franchise.
-Voudriez-vous un rafraîchissement?
-Non, je vais vous quitter bientôt! Je dois aller me changer et déposer mon matériel. L'interview de Caroline n'aura lieue que lundi après-midi.
-Très bien. Alors je vais vous escorter jusqu'à la sortie…
-Non, attendez! Il y a un autre sujet que j'aimerais aborder avec vous! En fait, c'est plutôt embarrassant.
-Qui a-t-il? Puis-je faire quelque chose?
-Voilà! Mieux vous apprendre ça avant que…
-Quoi? Mais parlez Élizabeth, vous m'inquiétez!
-Je dois revenir sur les événements qui se sont déroulés à Pemberley. Au moment où j'y séjournais.
-Oui! Je vous écoute.
-William! J'ai peur de vous apporter une mauvaise nouvelle! Voilà, vous vous souvenez de la feuille que Caroline m'avait montrée peu de temps avant que je sois enlevée. Je l'ai retrouvée cette semaine en échappant le journal dans lequel j'écrivais à ce moment-là. Personne ne m'avait cru alors, puisque je n'avais aucune preuve!
Prenant la feuille des mains d'Élizabeth, William la regarde puis relève la tête vers elle : Ça ressemble effectivement à mon écriture, mais je vous jure que je n'ai jamais écrit ce billet!
-Je suis désolée William! Je ne pouvais pas me taire. Je me suis dit que vous aviez le droit de savoir. Sans vouloir excuser son geste, je suis portée à croire que Caroline a agi par jalousie. Élizabeth laisse échapper un petit rire avant d'ajouter d'un ton moqueur : Elle a du croire que vous étiez épris de moi ou que vous me donniez trop d'attention! Interprétant le mouvement de tête de William comme si cette idée lui paraissait totalement absurde, Élizabeth enchaine aussitôt : Oui, oui! Je sais bien qu'il n'en était rien, mais malgré tout, manifestement, Caroline elle l'a cru. Elle a donc cherché à me discréditer à vos yeux. C'est étrange qu'elle ne se soit pas rendu compte à quel point nos rapports étaient – plutôt tendus et inamicaux! Elle aurait choisi une autre cible c'est certain! S'inquiétant du long silence de William, Élizabeth lui demande : William, qu'allez-vous faire?
-À propos de ce billet?
-Vous n'avez pas beaucoup de temps pour réfléchir!
-C'est tout réfléchi en fait : je ne change rien à ma décision!
-Très bien! Je vais vous laisser vous préparer!
-Merci! D'autant plus que je devine que cette démarche n'était pas facile pour vous!
-De rien William! Je l'ai fait au nom de notre amitié!
Dix minutes plus tard, au pas de course, Élizabeth rentre chez elle, essoufflée. Elle se change, passe sa robe de soirée, puis, entendant le klaxon de Georgianna, elle prend place dans la voiture d'occasion de son amie.
-Alors, comment s'est passé ton entrevue avec William. Lui demande Georgianna en s'insérant dans la circulation.
-Très bien. Mais, laisse-moi attendre à demain pour tout te raconter.
William remettra-t-il son mariage en question?
Caroline va-t-elle mentir à nouveau?
À suivre…
Miriamme
