Note : En fait non. Je vais même pas faire de note. Je pense que mon retard se passe de commentaires et je vais juste me contenter de m'excuser. Platement. J'ai vraiment honte de vous avoir laissé poireauter comme ça pendant tellement de temps, et je pourrais jamais m'excuser assez. Encore une fois, désolée.
Stiles14 vient de se déconnecter.
L'adolescent se laissa tomber sur son lit. Il venait de passer son samedi après-midi en la compagnie virtuelle de Derek, et sa curiosité avait enfin été satisfaite. Lors de sa dernière connexion, il avait beaucoup été ébranlé par l'arrivée impromptue de SuperConnasse, puis par la découverte de la voix de Derek et enfin par sa première vision de la mer. Une mer graphique, certes, mais une mer quand-même. C'est pourquoi l'autre homme lui avait proposé de remettre les explications à plus tard, et de juste se calmer et profiter d'un moment tous les deux.
Ils avaient donc installés leurs avatars sur la plage, et avaient admirés le coucher de soleil virtuel. Derek lui avait parlé de la mer pendant de longues minutes, et Stiles avait fermé les yeux, imaginant le sable qui lui égratignait le dos, se dispersait dans ses cheveux et s'infiltrait dans ses vêtements, comme le lui avait décrit l'homme à la voix rauque. Il avait essayé de sentir la brise maritime lui rafraîchir le visage, caressant son front et sifflant impétueusement dans ses oreilles. Il avait tenté de se représenter la sensation de l'eau fraîche qui venait lui lécher les oreilles, submergeant parfois ses pieds nus entièrement et montant jusqu'à ses mollets, au rythme du mouvement de la mer. Il avait rêvé de la brûlure du soleil et du cri strident des mouettes, du corps musclé de Derek à ses côtés qui lui parlait d'une voix apaisante. Pour une fois depuis longtemps, il s'était senti bien.
Et ça lui avait fait peur. Quand il s'était rendu compte de son état, qu'il avait compris qu'il venait de baisser la garde en compagnie d'un presqu'inconnu, Stiles s'était enfui comme un chiot apeuré, prenant à peine la peine de dire au revoir. Il n'était pas repassé par le bar, et de toute façon il ne savait pas comme faire. Il ne s'était même pas déconnecté, il avait juste quitté le jeu et éteint son ordinateur, sans faire les innombrables nettoyages de son disque dur qu'il s'imposait à chaque fois pour prévenir d'éventuels virus.
Évidemment, il s'était senti stupide et honteux, c'est pourquoi il s'était reconnecté le lendemain, à peine sorti du lit. Il n'avait pas grand espoir d'y trouver Derek, alors il ne savait pas vraiment ce qu'il foutait là, d'autant plus qu'il ne savait pas quoi dire pour expliquer son comportement. Cependant, il avait besoin de lui parler, de s'assurer qu'il ne lui en voulait pas et que son confident, en quelque sorte, serait toujours la pour lui. Le jeune homme avait eu la chance de voir Laura en ligne. Il ne savait pas comment passer cet espèce de " coup de fil " dont Derek lui avait parlé, mais à force de manipulations, il avait réussi à la contacter et à lui demander de prévenir son frère.
" L'avantage d'habiter dans la même maison ! " avait-elle souri avant de s'exécuter.
Quelques minutes plus tard, le voyant de Derek prenait une teinte verte rassurante et son avatar s'était matérialisé derrière le bar. Il s'était dirigé vers Stiles, l'avait salué de sa voix posée, et lui avait proposé un coin tranquille.
Flashback
" Bonjour Stiles. Je suis étonné de te voir ici, d'autant qu'il est encore tôt. "
Stiles ne savait pas sur quel pied danser. D'un côté, il était extrêmement mal à l'aise, et de l'autre il était heureux d'entendre Derek et de voir qu'il avait répondu à son appel. Il était également surpris par ses paroles, mais surtout par la normalité de son ton, comme s'il ne s'était rien passé la veille au soir.
" Euh oui... d'ailleurs j'espère que je ne t'ai pas fait réveiller et que... enfin voilà, j'ai demandé à Laura parce que je l'ai vue connectée et que... euh... je n'avais aucun autre moyen de te contacter... mais elle ne m'a pas dit si tu... étais... occupé ou... enfin tu vois... " balbutia Stiles.
Derek partit d'un rire franc et déclara, comme si c'était une évidence.
" Mais enfin Stiles, il est dix heures du matin ! Bien sûr que je ne dormais pas ! "
L'adolescent commença à grommeler quelque chose comme " moi d'habitude, le samedi, je ne me lève pas avant midi " mais il se tut au bon moment et se contenta de répondre sur un ton hasardeux.
" Je voulais te parler. "
Derek recouvra aussitôt son sérieux habituel.
" Oh. Oui. Les explications que je t'avais promises. "
" Ouais enfin... pas que ça. Je voulais m'excuser de mon comportement d'hier et je... "
" Ne t'excuse pas, je comprends. C'était une soirée particulière pour nous deux et, dans tous les cas, tu n'as pas à te justifier. Mais on ferait mieux d'aller s'installer dans le fond du bar pour discuter tranquillement, tu ne crois pas ? "
" Je... oui. Merci. "
Stiles suivit l'avatar de son aîné à travers l'établissement, qui était pratiquement désert à cette heure de la journée. Ça faisait bizarre de le voir éclairé par une lumière imitant celle du jour et non plus par les néons habituels.
" Je dois t'avouer que je redoute un peu cette conversation, reprit Derek une fois qu'ils eurent assis leurs avatars. Ça fait longtemps que je ne me suis pas confié à quelqu'un, et puis ce n'est pas vraiment mon caractère en général alors ça risque d'être un peu compliqué. "
" Je sais, Laura m'a prévenu que tu n'étais pas quelqu'un de très causant. D'ailleurs, si tu n'as pas envie de m'en parler, tu n'es pas obligé. Tu n'as pas de comptes à me rendre tu sais. " répondit sincèrement Stiles.
" C'est vrai, mais j'y tiens. Tu as été témoin et victime des frasques de cette folle, tu as le droit à des explications. "
Fin du flashback
Et ils avaient parlé comme ça pendant une bonne heure. Derek s'était confié à lui, lui expliquant que la lourdingue était en fait son ex-fiancée, Kate. Mais c'était avant tout une opportuniste qui avait de bons talents de comédienne. En effet, Derek avait appris qu'elle l'avait séduit dans le but d'espionner son père, et accessoirement de lui soutirer un max d'argent au passage. Quand il avait découvert le pot aux roses, Derek l'avait quittée et elle s'était vengée en balançant des tas de choses - véridiques ou non - sur lui et sa famille, provoquant presque le divorce de ses parents. Elle leur avait fait beaucoup de mal, et tout le clan la haïssait au plus au point, en particulier Derek lui-même.
En repensant à cette histoire, Stiles ne pouvait s'empêcher de trouver des similitudes avec sa propre vie. Après tout, lui aussi avait toujours été déçu en amour. Il avait couru après Lydia Martin pendant toute sa scolarité, lui vouant presque un culte, étant prêt à satisfaire chacun de ses désirs, or c'était en partie elle qui régissait l'enfer qu'il vivait au quotidien.
Le jeune homme était inquiet et surpris de se sentir aussi proche de cet homme, d'avoir envie de le voir et de lui parler chaque jour. Il en venait presque à penser que c'était une sorte d'ange gardien. En effet, il avait rencontré pour la première fois une personne qui lui venait en aide de manière totalement désintéressée, et qui semblait avoir en quelque sorte besoin de la sienne également. En fait, il avait simplement l'espoir de s'être fait un ami.
" Stiles, pour la dernière fois, viens ici s'il-te-plait ! "
L'adolescent secoua la tête et soupira. Son père l'appelait sans relâche depuis déjà cinq bonnes minutes, et visiblement sa technique du " je fais le mort afin de faire croire que je ne suis pas là " n'avait pas fonctionnée. De toute façon, ou aurait-il été d'autre hein ? Même son père savait qu'il passait sa vie seul dans sa chambre. Il se décida donc enfin à aller le rejoindre à la cuisine, pour éviter une interruption non désirée dans son antre.
" Ça va, ça va, j'arrive. " cria-t-il sans omettre de prendre un ton exaspéré.
En descendant les escaliers, Stiles se calma un peu, réalisant que ce comportement n'était pas sympa pour son père. Certes, ce dernier le laissait souvent seul à la maison, livré à lui-même, mais après tout il travaillait dur pour subvenir à ses besoins. Et il souffrait tout autant que lui de la disparition de sa mère. Le jeune homme se résolut donc à adoucir son ton et prit même la peine d'afficher un sourire sur son visage.
" Bonjour Papa ! Comment s'est passée ta journée ? "
" Ça a été. Des cas difficiles, mais c'est les aléas du métier. Et toi, le lycée ? "
" Oh tu sais, la routine. La prof d'anglais était chiante, pour changer, mais elle peut toujours se casser une jambe et être en arrêt maladie jusqu'à la fin de l'année, je désespère pas ! "
Le shérif sourit légèrement, et Stiles tenta tant bien que mal de l'imiter. Il s'attabla devant l'assiette fumante que son père avait déposée devant lui et son cœur se brisa un peu plus qu'il ne l'était déjà. Voilà ce qu'était devenue leur relation : eux qui avaient été si complices autrefois, que ce soit sur un terrain de base-ball, autour d'un bon film ou même quand le gamin rieur et hyperactif essayait de s'immiscer dans une des enquêtes policières du plus âgé, le père et son fils avaient toujours eu cette relation filiale particulière que beaucoup leur enviaient. Mais voilà qu'ils s'échangeaient à présent des banalités, des phrases toutes faites destinées à cacher la pourriture sous-jacente de la situation, à manger un plat surgelé tout en évitant soigneusement de regarder la chaise qu'occupait jadis la belle et joyeuse Claudia Stilinski.
Aucun des deux n'était dupe, et pourtant chacun mettait un point d'honneur à ne pas crever l'abcès le premier, comme si c'eut été un déshonneur ou une honte quelconque d'avouer que l'un des deux avait remarqué les blessures de l'autre. Mais c'était aussi ça la particularité des hommes Stilinski, la fierté mal placée et surtout la difficulté à communiquer, à se dire les choses. Ainsi, Stiles faisait mine de ne pas remarquer les poches qui alourdissaient les yeux de son père et les rides qui gagnaient de plus en plus de terrain sur son visage soucieux en permanence et le shérif tentait d'ignorer la considérable perte de poids de son fils, son teint pâle et la tristesse qui voilait ses yeux.
La nuit, tous deux étaient allongés, à quelques mètres l'un de l'autre, uniquement séparés par une fine cloison, ressassant les problèmes et les secrets inavouables, fixant le même point imaginaire au plafond. Vous savez, ce point noir universel, dont vous espérez obtenir une réponse aux interrogations qui vous rongent, ce point noir qui vous étourdit au fur et à mesure et qui semble vous engloutir, vous emportant dans un sommeil agité et plein de tourments. Ce point noir qui est présent au coucher comme au réveil, qui semble vous guetter et vous attendre, ce point dont vous ne pouvez pas détacher le regard. Et Stiles et le shérif, comme nous tous, avaient tous deux envie de l'effacer d'un mouvement rageur, de le noyer sous un rayon de lumière, ou au moins de détacher le regard de lui, juste pour un temps. Mais, comme nous tous, ils restaient la à le fixer, inlassablement, et se laissaient bercer par sa litanie impitoyable et lancinante.
Pour les deux hommes, chaque lever du soleil signifiait un tas de choses, et le souci d'améliorer un rôle toujours plus difficile à endosser constituait une grande partie de ces choses qui pesaient sur leur dos. Il n'y a rien de pire qu'un comédien qui craint son public et qui n'arrive plus à croire en son propre jeu. Alors, la plupart du temps ils s'évitaient, l'un s'enfermant dans son travail et l'autre dans ses jeux vidéos, et ils devenaient un souci de plus pour l'autre, au lieu d'être une partie de la solution. Oui mais voilà, ce mode de vie leur offre un équilibre précaire, et, dans ce sombre ballet, le moindre mouvement de travers peut tout faire basculer. Et de cette réalité, les deux intéressés en sont parfaitement conscients.
Note : Bon, bah j'ai quand-même envie de discuter un peu de ce chapitre avec vous, et j'espère que la lecture vous a un peu amadouée, alors me revoilà.
Comme vous l'avez peut-être remarqué, cette fic commence à prendre une tournure un peu plus " dark ". En fait, même si le sujet initial paraissait léger, c'est la où je voulais l'emmener depuis le départ, même si j'avoue que pour une grosse partie du chapitre, je me suis légèrement laissée emportée par mes envolées lyriques. Durant les 4 chapitres précédents, j'ai essayé d'installer petit à petit ce genre de climat avec des petits indices, mais j'sais pas si j'y suis bien arrivée, sauf que la je pense qu'on a comprit qu'on va rentrer dans le vif du sujet ^^
Bref, j'espère que ça ne vous dérange pas trop, et que vous continuerez malgré tout à me lire.
Merci à ceux qui sont restés, ceux qui resteront, ceux qui me pardonnent mes frasques et mes retards. Je vais tout faire pour essayer de ne pas vous décevoir, promis.
