Chapitre 5

Bureaux du F.B.I.

- Hé ho ! Don ! Il y a quelqu'un ?

Don sursauta : à nouveau il s'était laissé entraîné dans la rêverie. Comme s'il n'avait pas plus important à faire !

- Désolé Mike. Je pensais à ta réaction il y a quinze ans quand je me suis engagé au F.B.I. Alors tu imagines combien je suis étonné de t'y retrouver.

- Crois-moi on pourrait dire que je le suis tout autant.

- Alors tu comptes me faire poireauter longtemps ou tu vas enfin me raconter ce qui t'est arrivé ?

- Bah, rien de bien exceptionnel vois-tu. A New York je me suis vite aperçu que des petits avocats dans mon genre il y en avait des dizaines et des dizaines. Je me suis accroché pendant deux ans et puis j'ai compris que je ne serais jamais au premier rang, comme je l'ambitionnais.

- Tiens ça me rappelle quelque chose…

- C'est ça, fous-toi de moi ! C'est bien ton tour.

- Du coup tu t'es aussi engagé au F.B.I. ?

- Et bien… ce qui était bon pour mon pote devait l'être aussi pour moi non ? Et puis petit à petit je me suis dit aussi que je ferais sans doute œuvre plus utile à pourchasser les criminels qu'à tenter de percer dans la finance. Au moins je pourrais me regarder dans une glace sans avoir honte. Et puis un salaire régulier ce n'est pas à dédaigner.

- Ma parole, on t'a changé !

- Pas vraiment, j'ai simplement un peu mûri. Il était temps. Bref, il y a environ huit ans j'ai fait comme toi. Ensuite j'ai été envoyé dans le Minnesota durant deux ans, puis un an dans l'Ontario suivi de dix-huit mois en Oklahoma. Après quoi j'ai postulé pour un poste à la division spéciale du F.B.I. Un jour on m'a demandé d'enquêter sur trois explosions qui avaient fait quatre morts à Washington et j'ai fait la connexion avec six autres dans trois autres états au cours des deux années précédentes. On en a donc déduit avoir un bomber en série sur le dos. Et voilà…

- Mais, pourquoi tu n'as jamais essayé de me recontacter ? Moi j'ignorais ce que tu étais devenu depuis ton départ pour New-York, mais tu savais fort bien que j'étais au F.B.I. alors…

- Alors, que veux-tu que je te dise Don ? Tu sais bien comment ça se passe non ? Tu as vécu ça toi aussi ? Trop d'enquêtes et pas assez de temps. Et puis je me voyais mal t'appeler en te disant : « Hé, salut vieux frère ! Devine : après t'avoir dit pis que pendre de ta décision, je viens aussi d'entrer au F.B.I., rigolo non ? On se boit une bière un de ces soirs ? »

- Tu as raison, pourtant, tu aurais pu…

- Je sais, j'aurais pu… Toi aussi d'ailleurs. Tu vois, j'ai eu de tes nouvelles par un agent que tu avais côtoyé il y a sept ou huit ans. En fait je te croyais à Albuquerque.

- J'y étais oui. Je suis revenu ici il y a un peu plus de cinq ans maintenant.

- Oh… Donc retour à la case départ chez papa, maman et tout et tout…

- Pas vraiment non.

La voix de Don était devenue un peu plus tranchante.

- En fait je suis revenu parce que ma mère avait un cancer. Elle est morte six mois plus tard !

Le silence s'établit dans la pièce. Mickaël se mordit les lèvres, se reprochant sa maladresse. En même temps, il se sentait triste d'apprendre la mort de cette femme qui avait toujours été bonne pour lui, même si, il le savait, elle ne l'appréciait pas outre mesure. Mais parce qu'il était l'ami de son fils elle l'accueillait toujours avec le sourire, et il y avait toujours pour lui un bon repas et des sucreries chez les Eppes sans qu'il ait à le demander.

- Je suis navré Don, j'ignorais…

Don se secoua.

- T'inquiète. Tu ne pouvais pas savoir. Mais bon, voilà, maintenant je suis revenu à Los Angeles et je m'y plaît. Et je suis ravi que nous ayons l'occasion d'enquêter ensemble.

- Ouais ! Contre nous deux ce maniaque n'a qu'à bien se tenir ! Il n'a aucune chance !

- C'est vrai que nous formions plutôt une bonne équipe.

- La meilleure tu veux dire !

- Mais il s'agissait de base-ball.

- Et alors ? Je suis sûr que ce qui nous permettait de nous compléter alors nous le permettra encore mieux dans notre nouveau domaine. De toute façon, je n'ai plus droit à l'erreur.

- Que veux-tu dire ?

- Tu sais je crois que si je le rate encore, je saute !

- Allons Mikey, on ne peut pas te tenir responsable de…

- Tu sais très bien comment ça marche Don. Lorsqu'un agent réussit, ses chefs en retirent toute la gloire. Mais lorsqu'il échoue, il est seul à payer les pots cassés. Parfois je regrette d'avoir fait le lien entre toutes ces explosions. Si elles étaient restées des actes isolés, je n'aurais pas toute cette pression.

- Quelqu'un aurait fait le lien, tôt ou tard, tu le sais bien. Et alors on t'aurait tenu rigueur de ne pas l'avoir fait toi-même non ?

- Je sais bien. Mais si tu savais comme c'est frustrant ! Ca fait déjà cinq ans que je lui coure après et qu'il me nargue. Il a toujours une longueur d'avance. Il ne réapparaît jamais là où on l'attend. Et la liste de ses exactions s'allonge ainsi que celles de ses victimes.

- On le coincera Mikey. Un œil nouveau peut parfois déceler des détails qu'on n'a pas vu du premier coup et puis…

Avant qu'il ait eu le temps de terminer sa phrase, Mickaël enchaînait :

- Le pire, c'est qu'on ignore toujours tout de ses motivations. Les victimes ne semblaient pas avoir quoi que ce soit en commun : origines différentes, villes, états, religion, opinions politiques différentes, elles ne se connaissaient pas. Leur seul lien commun serait une certaine aisance financière et encore, pas pour toutes. Comment veux-tu arrêter quelqu'un d'aussi insaisissable ?

- Je crois que j'ai l'homme qu'il te faut pour ça mon pote ! Lui il saura te trouver des similitudes, il saura à tout les coups découvrir les « courants cachés » comme il dit et je crois même qu'il sera capable de prévoir où et quand ton bomber frappera la prochaine fois.

- Attends ! Mais de qui tu parles là ? Si un type comme ça existait, je crois que je le saurais non ?

- Et pourtant il existe. D'ailleurs je vais te le présenter, ou plutôt te le re-présenter, car tu le connais déjà.

- Don, tu arrêtes de parler par énigme et tu me dis ce que tu as dans la tête vite fait !

- C'est Charlie.

- Charlie ?

Mickaël le regardait d'un air abasourdi, comme s'il ne comprenait pas du tout où il voulait en venir.

- Oui, Charlie, mon petit frère, le génie des maths. Ne me dis pas que tu l'as oublié tout de même.

- Aucun danger ! Mais…

- Mais quoi ?

- Je ne vois pas en quoi un prof de maths pourrait m'être utile, et ceci dit sans vouloir te vexer mon pote.

- Aucun problème. Il y a cinq ans j'aurais réagi comme toi. Mais je t'assure que les maths de Charlie font des merveilles. Depuis que nous l'avons pris comme consultant, il nous a permis de boucler des affaires dont nous ne serions pas venus à bout sans lui.

- Tu rigoles là ?

- Pas du tout, je suis on ne peut plus sérieux !

En même temps qu'il parlait, Don avait conscience du regard incrédule que son ami attachait sur lui. Et soudain il se rendit compte que, tout à sa joie de revoir son ancien compagnon, il avait omis quelques détails. Tout d'abord, il s'aperçut soudain qu'il avait complètement oublié de demander à Charlier de venir prendre part, d'abord à l'exposé fait par Mickey, puis à la mise en commun. Dieu sait pourtant que sa présence aurait été utile ! Bon, il en serait quitte pour lui refaire un topo détaillé.

Il imaginait déjà la réaction de son frère lorsqu'il s'apercevrait qu'il avait tout simplement omis de le convier à une phase aussi importante du dossier. Il allait avoir droit à la soupe à la grimace !

Mais la réaction de Mickaël le mit tout à coup devant une autre réalité : Mike et Charlie ! Bon sang, les choses risquaient de n'être pas simples !

(à suivre)


Merci à AmbreOnyx et Ryhn pour leurs encouragements.