Chapitre 6
LÉO
Au début, lorsque Léo se réveilla, c'était parce qu'il avait l'impression que sa tête allait exploser.
-Ouch, grogna-t-il, encore à moitié dans les vapes.
-Comment vas-tu? lui demanda une jolie voix féminine.
Les paupières encore closes, le jeune demi-dieu crut reconnaître la voix de celle qui venait de parler et demanda, encore un peu groggy:
-Piper?
-Non, ce n'est pas ton amie.
Il sentit alors un souffle glacial lui parcourir la nuque et ouvrit les yeux, cette fois complètement réveillé.
-Aaaaaah! hurla-t-il en reculant précipitamment –et, ce faisant, il se cogna la tête contre le mur de pierre.
- Aïeuuu!
-Est-ce que ça va? reprit la voix d'un ton inquiet.
Léo grimaça et essaya de se frotter la tête –avant de s'apercevoir que ses deux mains étaient menottées et attachées au-dessus de lui. Puis il releva les yeux vers l'eidolon qui se tenait debout devant lui. Car il avait reconnu la sensation glacée qui s'emparait de lui à chaque fois qu'un de ces esprits possesseurs le touchaient. Cependant et à sa grande surprise, il ne reconnut pas le visage qui flottait à quelques centimètres de lui; c'était un visage translucide, au traits fins et beaux, aux yeux doux d'un ton bleu ciel et aux cheveux tressés de perles et cascadant en vague sur ses épaules recouvertes d'un mince tissu.
-Une fille? murmura-t-il, encore sonné.
L'apparition recula un peu, et le jeune homme put la voir au complet; Plutôt mince, elle était habillée d'une robe blanche du style grecque, avec une ceinture de corde tressée lui enserrant la taille. Deux minces anneaux d'or avaient été passés quelques centimètres plus haut que le coude. Et elle était nu-pieds. Elle lui rappela Calypso, qui chérissait un style du même genre. Ce souvenir lui laissa un goût amer dans la bouche.
-Oui, je suis une fille, soupira l'eidolon d'un ton résigné, comme si elle se disait que le jeune homme était le dernier des idiots. Une eidolon femelle. Je m'appelle Heva.
Reprenant ses esprits, Léo se rendit compte qu'il avait été impoli. Relevant le dos (car il était écrasé par terre dans une position plutôt inconfortable), il répondit d'un ton coupable:
-Désolé, je ne voulais pas t'offenser. C'est juste que je n'avais jamais vu d'Eidolon fille. En fait je n'avais jamais vu d'aussi beaux Eidolons.
Le visage courroucé d'Heva se détendit.
-Je comprends. Les eidolons femelles ne sont jamais allées à la surface.
Léo se leva en grimaçant et se souvint de ce qu'il s'était passé: la fermeture des Portes de la Mort, l'ascenseur, la marche infinie, le chapiteau. Et le combat. À ce moment-là, il était devenu complètement déchaîné: Ses pensées avaient laissé place à ses instincts, qui lui dictait sa conduite en ordres brefs, comme Cours! Roule! Fend ! Dégage! Coup de pied! Pirouette! Et, l'ordre lui étant revenu le plus souvent: Brûle!
Il se dit qu'il avait dû tabasser et fait prendre en feu un bon nombre de monstres avant de se faire assommer par-derrière et se faire capturer. D'ailleurs…
-Comment ça se fait que je sois pas mort? dit-il d'un ton consterné. En tout cas, si je le suis, ben y a un problème parce que j'ai mal partout.
La jeune Eidolon rit.
-Non, tu n'es pas mort. (Elle se tut un instant, les yeux dans le vague, puis reprit:)Mon frère veut te garder pour ses… activités.
Il ne fallut qu'une seconde pour que Léo réalise ce qu'elle venait de dire.
-Attends… Le gars sur la scène, c'est ton frère?
-Oui, dit-elle d'un ton malheureux. Et je n'en suis pas fière.
Après un instant songeur, le jeune sang-mêlé décida de le lui dire.
-Je le connais, avoua-t-il. Il m'avait possédé, lorsque j'étais sur l'Argo II. C'est moi qui l'ait tué.
Heva ne sembla pas plus surprise que ça.
-Ça expliquerait pourquoi il voulait tant te garder, fit-elle d'un ton songeur.
Le silence s'installa dans la pièce. Le jeune homme en profita pour examiner dans quel endroit il avait atterri. C'était une salle carrée, plutôt petite. Les murs étaient en pierres mal dégrossies et s'encastraient l'une dans l'autre, renplissant le plus petit trou, tel un casse-tête 3D géant. La moisissure y avait élu domicile et une humidité stagnante flottait dans l'air. Une mince couche d'eau s'étalait par terre et ça puait le renfermé comme jamais Léo avait eu la malchance de sentir.
-Attends. Ça me dis quelque chose...marmonna-t-il pour lui-même.
-Qu'as-tu dit? questionna Heva.
Léo ne l'entendit pas. Son cerveau tournait à cent à l'heure, et les pensées virvelotaient un peu partout dans son cerveau. Ça lui arrivait parfois, lorsqu'il était vraiment captivé par un truc et que ça l'intriguait plus que tout. Il notait le moindre petit détail, la façon dont telle roche était placée, combien de millimètres mesurait la couche d'eau, la forme de telle mousse, la vitesse de répercution du son dans l'espace restreint...Toutes ces informations en moins de 10 secondes.
Précautionneusement, il releva la tête. Comme il était menotté les bras retournés, le geste fit craquer les épaules du jeune homme, lui arrachant une grimace. Mais cela en valut le coup; ce qu'il vit alors confirma toutes ses hypothèses.
-Los Angeles, murmura-t-il.
-Quoi?
-Je suis dans un puits abandonné, expliqua-t-il d'un ton de plus en plus rapide à mesure qu'il prenait de l'assurance. Ça, c'était facile à deviner. J'ai qu'à regarder de quelle façon sont imbriquées les roches et la pourrissure pour en être sûr. Et en plus, il y a de l'eau, et elle est froide. Donc, je suis pas dans un volcan. Cependant, bien que le sol soit complètement plat, l'eau reste groupée dans le coin ouest de cette pièce. Et elle est salée, donc c'est de l'eau de mer. Lorsque je suis entré dans le premier corridor, après l'ascenseur, je me dirigeait vers le sud-ouest en partant de la Grèce, donc vers la mer Méditerranée. Je ne sais pas combien ça a duré de temps, je ne pensais à rien à ce moment-là, mon esprit était vide. Mais je me souviens avoir remarqué que dans la petite salle ronde, là où il y avait trois couloirs, les murs étaient stagnants. Je devais être arrivé sous la mer méditerranée. Mais le couloir que j'ai choisi obliquait vers l'Ouest, et encore là la marche a été infinie. Et mon petit doigt me dit que les monstres m'ont emportés très loin de mon point de départ...
Léo fronça des sourcils, puis se tourna vers Heva.
-Depuis quand je dors?
-Je ne pourrais pas te le certifier, lui dit la Eidolon. Mais je crois que ça fait 10 jours qu'ils t'ont capturé. Tu as atterri ici ce matin et tu n'arrêtais pas de divaguer, avant de te réveiller il y a 10 minutes.
-Hum, le temps concorderait. Dix jours, de Rome à Los Angeles, par un véhicule que je ne connais pas mais qui irait assez vite... oui, ça marcherait. Et tu sais quoi? Il n'y a qu'un seul lieu qui concorde à mes calculs. Cette eau, elle provient de l'océan Pacifique, j'en suis sûr. Mais je ne suis pas mouillé, donc ce puits n'est pas complètement sous l'eau. Il est à moitié submergé, à moitié sur la terre ferme. Et la flaque d'eau est à l'Ouest. Je suis donc, logiquement, sur la côte Ouest des États-Unis, car je suis sûr que c'est dans ce pays que les monstres m'ont amenés. C'est là que Gaïa -cette vieille sorcière!- a le plus d'influence, maintenant que les Portes sont fermées. Et tu sais quoi? Je ne connais qu'un lieu qui correspond à tous ces critères, et qui en plus est assez grand pour renfermer ce puits qui doit mesurer, quoi? Une centaine de mètres de haut ? Plus assez d'espace, au-dessus, pour que toutes les sortes de monstres puissent s'y mouvoir, soit 10 mètres minimum, plus une bonne couche de terre pour soutenir le plafond du Tartare.
Léo reprit son souffle, puis dit en haussant les épaules, comme ce n'était rien:
-Los Angeles.
Heva en avait la machoire qui pendait. Le jeune homme intimidé, lui demanda:
-euhh... Est-ce que tu pourrais arrêter de me regarder comme ça?
-Comment ça comme ça?
-Tu me regardes comme si je venais de faire un miracle. Genre rendu le Minotaure intelligent. C'est un peu gênant.
-Oh. (elle secoua la tête, puis dit avec un petit sourire désolé:) Pardon, j'ai pas fait exprès. Mais... Waouh! Comment t'as fait?
-Eh ben...(le jeune homme haussa les épaules.) Ce ne sont que des calculs. Il suffit d'être attentif à ce qui nous entoure et un avoir un peu de logique pour trouver toute rép...
-Mais t'as fait ça en deux minutes! Le coupa Heva d'un ton enthousiaste. C'est... C'est incroyable! Extraordinaire! J'ai jamais vu ça dans mon existence entière, et je te dis ça en fait du temps!
-Euhhhh... Je prend ça pour un compliment.
-Mais attends... (Heva se figea, puis fixa le jeune homme d'un regard attentif.)C'est toi. Oui, je suis sûre que c'est toi.
-Moi quoi? questionna Léo, intrigué.
-Écoute bien.(La jeune Eidolon, soudain fébrile, jeta des regards craintifs autour d'elle avant de poursuivre:) Nous, le peuple Eidolon, sommes déchirés en deux factions. Contrairement à ce que la plupart des demi-dieux comme toi croient, nous sommes de nature bonne. Mais récemment, une minorité de mâles sont tombés sous l'emprise de Gaïa. Ils en avaient assez de vivre ici, ils ne voulaient pas continuer à construire des villes pour faire de nous un peuple heureux. Ils voulaient remonter à la surface, voir le monde. Alors, ils ont établi leur pouvoir dans notre peuple, usant du fait qu'ils étaient les plus forts et nous obligeant à nous établir dans le Tartare. Bien sûr, nous sommes plus nombreux que cette minorité, mais ils détiennent le pouvoir par la force, et ils nous ont dépourvus de tous nos biens. Depuis, ils nous cachent ici, personne ne connaît notre existence, la faction pacifique. La faction tyrannique, comme nous aimons les appeler, essaient de tenter nos jeunes de s'enrôler sous les ordres de Gaïa, et ils réussissent de mieux en mieux. C'est... (Heva trembla, les larmes lui vint aux yeux.) C'est horrible, Léo. Voir toutes ces familles perdre leur enfant pour toujours, et les voir grandir de plus en plus mauvais. Nous devenons de plus en plus faibles, et nos chances de renverser cette faction sont quasiment de 0 maintenant.
Deux grosses larmes glissèrent sur les joues d'Heva. Léo, les yeux fixés sur la Eidolon, en avait le coeur brisé. Lui aussi avait perdu sa mère très jeune, mais au moins il avait des souvenirs d'elle, et il avait trouvé une nouvelle famille.
-Je suis désolé, souffla-t-il en lui touchant la joue d'un geste maladroit. Si je peux faire quoi que ce soit...
-Eh bien, c'est très exactement la raison de pourquoi je t'ai raconté tout ça.(Heva se redressa, et dans son regard brillait une détermination farouche.) Tu peux changer les choses, les renverser pour nous donner une chance de rétablir la paix dans notre peuple. Un jour, notre aînée, que la faction tyrannique croit complètement folle, a débité des paroles bizarres.
Heva prit une grande respiration, puis souffla tout juste assez fort pour que Léo puisse entendre:
-Elle a dit: «Le feu arrivera. Il subira des tortures dont il ne pourra s'opposer, enchaîné comme il le sera. Mais, au moment où il sera sur le point de s'éteindre comme s'éteint la flamme d'une bougie sous le coup de vent, sa colère et sa fureur explosera et renversera la tyrannie qui enserre notre peuple dans sa poigne de fer et de sang.»
Le silence s'installa entre les deux jeunes gens. Léo se dit que les paroles qu'avait dit l'aînée ressemblait beaucoup à une prophétie, même si elle n'était pas aussi intriguante que celles qu'il avait entendu jusqu'alors. Elle ne rimait pas vraiment, par exemple.
Heva approcha son visage translucide à deux doigts de celui de Léo, qui rougit brusquement, surpris par la brusque approche.
-Je viens de te dévoiler le plus grand secret de la faction pacifique. Sais-tu pourquoi?
-euhhh, non pas vraiment.
-Parce que je suis sûre à cent pour cent que le feu dans cette prophétie, c'est toi. Je ne sais pas pourquoi tu es nommé feu, mais je suis sûre que c'est toi.
Léo sentit un malaise lui tordre le ventre. Devrait-il lui dire? Devrait-il lui dévoiler son plus grand pouvoir, celui qui lui permettrait peut-être de survivre? Il décida que oui. Et, sous les yeux d'Heva, il s'enflamma.
Elle bondit vers l'arrière, les yeux terrifiés.
-Aaaaaaaah! Tu brûles!
-Hum, répondit Léo d'un ton calme et légèrement ennuyé en éteignant les langues de flammes qui s'enroulaient autour de lui. Je crois que ça confirme ton hypothèse sur quoi je serais le feu dans les paroles de ton aînée.
-Oui...Oui, je crois que tu as raison, dit-la jeune Eidolon en se reprenant. Et pour la phrase où ça dit «sa colère et sa fureur explosera», je crois savoir de quoi il s'agit...
-Quoi? blagua Léo. On va me greffer une bombe sur le corps et quand je vais être fâché, je vais exploser?
-Presque, sourit la jeune Eidolon.
Léo se sentit mal.
-En fait, je suis descendante d'une grande Eidolon. Elle a changé notre peuple et lui a proposé de vivre pacifiquement, sous des règles où chacun avait sa place, où tous étaient égaux. Mais un jour, elle a vu que notre peuple allait retomber dans l'horreur d'un gouvernement tyrannique et a inventé une formule qui, supposément , pourrait remettre notre peuple dans le droit chemin. Elle l'a légué à sa fille, et depuis, chaque aînée de chaque génération reçoit le rouleau de parchemin, pour quand le gouvernement pacifique tombera sous de mauvaises mains. À savoir mon frère, chef de la faction tyrannique et roi machiavélique de notre peuple. Heureusement, personne ne connaît l'existence de ce rouleau à part les filles aînées de la famille.
Elle se tut un instant, puis fouilla dans les plis de sa robe. Elle en ressortit un petit rouleau brillant, gros comme le petit doigt. Et Léo, à ce moment-là, comprit que ce petit objet allait changer sa vie.
-À part moi.
Elle le lui tendit.
-Je te le donne. Les Eidolons ne peuvent même pas l'utiliser, puisque nous n'avons pas les pouvoirs du feu. C'est un don, il te rendra extrêmement puissant, mais c'est aussi une malédiction. Il t'épuisera comme jamais tu n'auras été épuisé, et chaque fois, tu risquera de mourir.
-Je connais ça, grimaça Léo. Je vis ça à chaque fois que je me réveille. Je sens que ça va être joyeux en perspective.
-Lis-le, insista Heva. Une fois cette chose faite, la malédiction s'imprimera dans ton esprit. Un jour, tu devra t'en débarrasser, car tenu trop longtemps elle te brûlera de l'intérieur.
Suivi un silence respectueux. Léo réussit, malgré ses menottes, à dérouler et lire le parchemin. C'était des instructions simples, écrites en quelques mots seulement:
«Fils du feu, voici ce que tu dois faire. Chaque soir de chaque jour, utilise ton pouvoir. Puis, imagine que tu aspire les flammes dans ta chair, dans ton corps et ton esprit. Lorsque tu croiras que c'est le moment, libère la fureur que tu auras conservé. Et grâce à cette formule, le feu t'aidera.»
-Fais un test, lui proposa Heva, voyant que Léo était complètement perdu.
Le jeune homme laissa tomber le rouleau dans l'une des poches de sa ceinture à outils magique qui, étrangément, n'avait pas été confisqué. Il ne sentait pas vraiment changé après la lecture et n'avait pas l'impression qu'il allait se brûler de l'intérieur au moindre faux pas.
-bon, dit-il plus pour lui-même. Commençons par le plus facile.
Il activa son pouvoir, et des flammes ardentes apparurent.
Il ferma les yeux, fit le vide dans son esprit puis imagina qu'il aspirait les flammes qui léchaient son corps. Et, à sa grande surprise, lorsqu'il rouvrit les yeux, il les vit disparaître lentement. Non pas comme quand il les éteignait d'un geste vif, mais les flammes rapetissaient comme si elles s'enfonçaient dans sa chair, colorant sa peau d'un rouge vif.
-Continue, l'encouragea Heva.
Il continua. Mais, au moment où la dernière flamme disparaissait, comme avalée par sa peau, il sentit un brusque élancement dans sa tête. Tellement douloureux et vif que Léo s'effrondra sur le sol, incapable de tenir face à la douleur qui l'avait envahi. Tout disparut dans le noir.
Lorsqu'il se réveilla, Heva était penché au dessus de lui, le visage rongé par l'inquiétude.
-Ça va?
-Qu'est-ce qui s'est passé? grogna le jeune homme.
-Tu t'es évanoui pendant quelques secondes, l'informa-t-elle.
Léo se sentit brusquement faible.
-Est-ce que ça va faire ça à chaque fois? Parce que si oui, je crois que je vais pas tenir, avoua-t-il.
-Hum, je crois que non. C'était sûrement parce que c'était la première fois que ça a fait aussi mal.
Elle respira un grand coup.
-Écoute-moi bien. D'après la prophétie, c'est grâce à toi que nous serons libérés. Alors, maintenant que je t'ai révélé le pouvoir du parchemin, s'il vous plait... Promet-moi que tu vas tout faire pour nous sauver.
-Bien sûr qe je le promet.
-Sur le Styx, insista-t-elle.
Léo hésita. Une phrase de la prophétie des sept lui était revenue: «Serment sera tenu en souffle dernier». Il frissonna. Et s'il ne tenait pas la promesse? Et s'il mourrait avant de sauver le peuple des Eidolons?
Et pourtant c'est avec une certitude inflexible qu'il répondit:
-Je ferai tout pour sauver ton peuple, Heva, déclara-t-il solennellement. Je le promet sur le Styx.
La jeune fille sourit, d'un magnifique sourire, puis embrassa Léo sur la joue. Le jeune homme rougit une fois de plus.
-Merci, souffla-t-elle. Merci pour tout.
Elle sembla entendre un bruit et se figea brusquement.
-Ils viennent, murmura-t-elle en prenant le visage du jeune demi-dieu dans ses mains. Je suis désolée, Léo, mais je dois te quitter. Je t'ai guidé un moment, et maintenant tu dois faire face à ton destin, mais je n'y fais pas parti.
Léo décoda en une seconde ce qu'elle venait de dire.
-Tu es la petite voix, déclara-t-il, stupéfait.
Pour toute réponse, elle sourit une fois de plus et lui caressa tendrement la joue.
-Adieu, mon bel héros.
Et elle s'éleva dans les airs, pour se volatiliser dans un scintillement.
«Tu vas me manquer», se dit le jeune homme, amer. Cela ne faisait que quelques minutes qu'ils se connaissaient mais Léo avait découvert une jeune fille pleine de douceur, mais farouche, intelligente et déterminée. Léo s'efforça d'imprimer l'image de son visage dans sa mémoire. «Je ne t'oublierai jamais.»
Quelques secondes après le départ de la jeune Eidolon, Léo entendit des bruits de pas résonner derrière le mur qui lui faisait face. Il sursauta lorsque le pan pivota, laissant place à un monstre gigantesque et horriblement laid armé d'un fouet et d'un trousseau de clés.
-Viens, sussura-t-il entre ses dents, qu'il avait noires et trouées, et laissant apparaître une langue de serpent. Il est temps de s'amuser.
