Chapitre 6

Un manoir et deux roses

Dianc Fargaël était un homme censé, pensait Hermione, car tout comme elle, le vol sur balais l'insupportait, voilà pourquoi il ne se séparait jamais de son tapis volant. Un tapis un peu usé, c'est vrai, mais à la conduite agréable, de tout confort, doté d'une direction souple et intuitive et qui rendait Hermione admirative.

- Il est beau, j'aime beaucoup les couleurs, fit-elle, en remarquant les feuilles de chêne lièges brodés dans des tons de vert et de pourpre.

- Ce sont les deux couleurs de la famille Merlin, acquiesça fièrement Dianc.

- Ce tapis vient de Myrddhin ?

- Bien sûr qu'il vient de Myrddhin ! De chez Sindbroc lui-même, le meilleur fabricant de tapis de toute l'île !... Dites-moi miss Granger, avez-vous déjà mené un tapis ?

- Par Merlin, non ! Je sais par expérience que les engins volants ne m'apprécient pas… et je le leur rends bien, d'ailleurs !

- Un tapis n'est pas un balai, miss Granger, son maniement est moins sportif la stabilité est son atout majeur. Essayez, vous verrez, c'est très agréable.

- Je sais pas trop si je saurais, hésita la jeune femme.

- Mais si, mais si, fit le vieil homme en croisant les bras sur sa poitrine, ne laissant d'autre choix à Hermione que de prendre les commandes.

Elle tendit fébrilement les mains puis commença la manœuvre. Le tapis, aussi plat qu'une crêpe sous la conduite de Dianc, commença par gondoler avant d'entreprendre une série de soubresaut comme un drap que des rafales de vent viendraient fouetter.

- Ce n'est pas du rodéo, plaisanta Dianc, en se cramponnant au tapis.

Hermione lui jeta un regard noir et tenta de redresser la situation. Mais les cabrioles s'accentuèrent comme des vagues déchaînées et obligèrent Hermione à gesticuler les bras de plus belle.

- Saleté de paillasson ! Fustigea-t-elle.

« Des montagnes Russes en pleines mer Irlandaise », pensa Fargaël, amusé. Il préféra ne pas prononcer ce trait d'humour à haute voix et reprit le contrôle du tapis, craignant pour son système digestif.

- Je vous l'avais dit, lança Hermione les cheveux en bataille, les engins volants ne m'aiment pas !

- Vous faites de trop grands gestes, miss Granger, ce tapis a besoin de douceur, c'est le secret d'une conduite stable. Regardez, je bouge à peine mes mains allez, essayez une nouvelle fois, mais n'oubliez pas, ne gesticulez pas dans tous les sens. De la douceur !

Hermione suivit les conseils du prêtre à la lettre. Le tapis se maintint alors dans les airs avec constance, sans à-coup, et pour la première fois de sa vie, Hermione Granger aima voler.

Au bout de quelques minutes, Dianc Fargaël stoppa le tapis.

- Voilà, c'est ici, nous sommes en plein cœur de Myrddhin, probablement à Micmira, la capitale de l'île. Comme je vous l'ai dit, il n'y a absolument rien à voir.

- Avez-vous remarqué les dauphins ? Demanda alors Hermione, pensive.

- Oui, bien sûr, les côtes Myrddhin en abondent. Savez-vous que ces créatures sont dotées d'une sensibilité exceptionnelle, il m'arrivait d'ailleurs de jouer avec eux dans mon enfance.

- Et cela ne vous étonne pas ?

- Que voulez-vous dire ? fit le prêtre, en fronçant les sourcils.

- Ce que je veux dire, c'est que ces précieux mammifères voient l'île, et qu'ils nous voient aussi, monsieur Fargaël.

Le lac de Poudlard ressemblait à un immense miroir argenté où quelques nuages venaient s'admirer.

Ron et Harry étaient sur la rive opposée de Poudlard. Au loin, le château se dessinait en ombre chinoise et offrait aux deux Aurors un paysage grandiose.

Ils étaient arrivés devant la grille du manoir et Ron n'était pas vraiment rassuré, la conversation qu'ils avaient eue avec madame Rosmerta ayant fait naître en lui une tension qu'il avait le plus grand mal à apaiser.

- Si cet homme est déjà venu dans mon établissement ? Avait-elle dit. Par Merlin, non ! Il s'est installé dans cette demeure il y a quelques années et je ne l'ai jamais rencontré ! D'ailleurs, personne ne l'a jamais rencontré ! C'est une ombre, un fantôme, il se terre dans son manoir à l'abri des regards comme s'il avait quelque chose à cacher ! Il me semble que Dumbledore s'est retrouvé nez à nez avec lui, une fois j'ai bien tenté de lui soutirer quelques informations, mais il n'a jamais rien voulu me dire. Je ne suis pas surprise que deux Aurors lui rendent visite, une sombre aura de magie noire émane de cette demeure...

Et elle avait raison. L'atmosphère était lourde, chargé de noirceur. Harry pensait trouver des réponses en venant ici. Pour Ron, des questions supplémentaires ne pouvaient être que la conséquence de cette visite.

La propriété était entourée d'un mur de pierre qui empêchait toute visibilité. L'immense portail était scellé. Il avait dû être beau, jadis, mais du lierre grimpant s'était noué autour de la grille et cachait aujourd'hui ses élégantes volutes en fer forgé.

- Il y a quelqu'un ? S'écria Harry.

Pas de réponse.

Il prit sa baguette et commença à prononcer quelques sorts.

- Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, fit Ron, d'un œil inquiet.

- Nous devons absolument entrer, et je ne vois pas d'autre solution, répondit l'auror, en gesticulant sa baguette.

Au bout de quelques secondes, un petit déclic indiqua que le verrou venait de céder.

- C'est toi qui as fait ça ? Demanda Ron, de moins en moins rassuré.

- Je sais pas… oui, je crois…

Harry ouvrit la grille.

- Si monsieur veut bien se donner la peine d'entrer, fit-il, à travers un geste révérencieux.

- Toi d'abord, maugréa Ron, les pieds imperturbablement plantés dans le sol.

Le manoir semblait abandonné. Il était relativement sobre, composé de trois étages et des petites tourelles à chaque angle. Une sensation étrange planait dans ce lieu. Il avait l'air usé, épuisé, comme s'il avait connu des jours heureux mais qu'un terrible événement l'avait figé dans son malheur.

Les deux Aurors s'approchèrent devant l'immense porte en bois de chêne et frappèrent plusieurs coups.

- Il n'y a personne, faisons demi-tour, balança Ron, tout prêt à détaler.

Mais Harry ne l'entendait pas ainsi. Il s'écarta de la porte d'entrée puis décida de faire un petit tour du propriétaire. Les dalles fissurées qui entouraient le manoir les menèrent dans une petite cour où trônait une magnifique sculpture en albâtre blanc.

Les deux aurors en restèrent bouche-bée. Jamais il n'aurait cru trouver pareille beauté dans ce lieu. Deux roses entrelacées s'élevaient dans les airs pour s'incliner ensuite dans un parallélisme parfait. Sur le socle, un mot y était gravé : MERLIN.

Harry s'avança un peu plus et remarqua une date gravée au bas du socle : 1960. La sculpture était intacte, l'albâtre brillait d'un éclat scintillant comme si le temps n'avait eu aucune emprise sur elle… ou que quelqu'un s'employait à la nettoyer régulièrement...

Toujours à l'affût, Ron entendit soudain le bruit d'une brindille qui craque sous la pression d'un poids. Ils étaient observés, il en était convaincu. Le rayon lumineux qui sortit du buisson en s'élançant sur eux à une vitesse fulgurante confirma son intuition. Ron eut tout juste le temps de se jeter sur Harry et le propulsa à terre. Il attrapa aussitôt sa baguette et tenta de riposter, mais il était déjà trop tard. Leur agresseur venait de s'échapper en transplanant.

- Par Merlin, je ne comprends plus rien ! S'exclama Harry, en se relevant. Pourquoi cet homme nous a attaqués ? Pourquoi un descendant de Merlin chercherait-il à nous nuire ? Il a bien vu que nous étions des aurors !

- Mais qui te dit que c'était le descendant de Merlin. ?

- Voyons Ron, cette demeure a un lien avec la famille Merlin, c'est évident ! Dumbledore était le premier à en être convaincu, et j'ai très envie de me plier une fois de plus à ses convictions. Je ne sais pas qui nous a attaqués, mais mon instinct me dit qu'il s'agit soit d'un descendant Merlin, soit du meurtrier de Dortus.

- J'opte pour la deuxième Hypothèse. La famille Merlin ne vit plus ici, et à mon avis depuis pas mal de temps.

Harry repensa aux paroles de Dumbledore sur la rencontre qu'il avait faite ici. Une rencontre surprenante, avait-il dit. Était-ce la même rencontre que Ron et lui venait de faire à l'instant ?

- Je crois qu'une visite au portrait de Dumbledore s'impose, fit Harry en tournant les talons.

Hermione Granger avait pour habitude de passer des heures dans la bibliothèque de l'école de médicomage. Elle aimait cet endroit, les vieux grimoires aux reliures fragiles, aux nuances caramel, l'odeur de poussière, de vanille mélangée, les vastes couloirs avec des livres à perte de vue. Elle savait aussi que si les conseils de ses anciens professeurs venaient à manquer, la fréquentation de ces lieux était toute indiquée pour y remédier. Et aujourd'hui, Hermione avait besoin de renseignements que seul son ancien professeur de potion était en mesure de lui donner.

Elle se dirigea dans l'allée principale pour avoir une vue d'ensemble et n'eut aucun mal à apercevoir la personne qu'elle était venue retrouver. Madame Lixkarney était assise à une table d'étude et semblait hypnotisée par ce qu'elle lisait. Hermione ne pouvait s'empêcher de penser à Minerva lorsqu'elle la voyait. Le même chignon gris caché sous un chapeau pointu, les mêmes binocles demi-lune coincées sur ses narines qui lui donnaient un air strict et bienveillant à la fois.

La jeune femme s'approcha de la table et s'assit en face de son ancien professeur. Madame Lixarney releva les yeux, un sourire éclaira aussitôt son visage.

- Miss Granger, quelle bonne surprise ! Voilà quelques temps que nous ne vous avions vu ici, quel bon vent vous amène ?

- Bonjour madame Lixarney. En fait, c'est vous que je suis venue voir, j'aurai besoin de vos précieux conseils.

- Oh, et bien, si je peux vous être utile… je vous écoute !

- Comme vous le savez, il m'arrive d'écrire quelques articles sur l'univers particulier des potions, commença Hermione, et de ce fait, je tente parfois quelques expériences. En ce moment, je bûche sur un sortilège d'invisibilité très puissant et je me demandais s'il était possible, par le biais d'une potion, de briser non pas le sort en question, mais de le rendre inefficace par l'absorption de cette potion.

Le professeur réfléchit un instant.

- La question est intéressante, en effet, dit-elle. Les sorts d'invisibilités sont souvent très difficiles à briser, mais votre hypothèse me parait envisageable. Cependant, la réalisation d'une telle potion requiert des compétences qui vont bien au-delà de mon enseignement, miss Granger. Je ne suis pas sure, moi-même, de pouvoir réaliser un tel projet.

- Ce n'est que théorique, mais…je pensais également… si le sortilège d'invisibilité était renforcé par un sort de protection issu de magie noire, la potion devrait inévitablement en utiliser ? Osa demander Hermione.

Le visage du professeur se rembrunit aussitôt.

- Oui, miss Granger, répondit-elle, un peu sèchement, et je vous déconseille vivement de conduire vos recherche dans cette direction… même de façon théorique !

- Je n'en ferais rien, Madame Lixarney, évidemment !

En sortant de la bibliothèque, Hermione avait une idée très précise de la personne qui pourrait l'aider dans l'élaboration de cette potion. Une seule personne en était capable, en vérité. Mais un problème non négligeable figurait au tableau. Cet homme avait disparu depuis des années.