Coucou à tous,
J'ai essayé de mettre un peu d'humour en fin de chapitre pour atténuer un peu l'effet choquant de la scène principale mais bon je ne suis pas un pro de l'humour alors bon. A défaut de faire rire, si ça pouvait déjà faire sourire
Bonne lecture
Il fallait être discret pour progresser, dorénavant. Chini n'avait aucune idée du chemin exact à emprunter pour rejoindre les quartiers du clan des arbres. Alors, il avançait droit, comme le lui avait suggéré N1. D'après l'homme, après avoir traversé les quelques centaines de mètres qui séparaient Polis de la Dame de Guerre, cet espace qu'il appelait la ferme, les enfants arriveraient, et ils étaient arrivés, à un premier campement qui devait être assez hostile. N1 avait prévenu le jeune garçon qu'il s'agissait des quartiers de la nation des glaces, qui entretenait une animosité et une hostilité de longue date avec celui du clan de la forêt. N1 avait précisé que cette voie était la plus courte pour rejoindre le camp du clan du garçon mais probablement aussi la moins sûre. « Toi et ta sœur ne devez surtout pas vous faire prendre. » lui avait bien dit l'homme de Polis. Voilà pourquoi ils avaient dû partir si tôt. Leurs chances de se faufiler seraient meilleures à une heure où il ferait encore sombre. Maintenant les deux enfants continuaient d'avancer droit cherchant à reconnaitre des drapeaux affichant trois croissants de lune opposés dos à dos, le symbole de leur clan d'origine, où ils pourraient alors se mettre à chercher un responsable auprès de qui ils pourraient demander protection.
_ « Une douzaine d'ambassades de clans tous ennemis accolées les unes aux autres… » résumait Chini pour lui-même « … où on doit risquer de trouver la mort en traversant l'une, pour espérer trouver la sécurité en rejoignant une autre. »
Si les guerriers de la nation des glaces étaient du genre à tuer un garçon d'un autre clan juste pour s'être trouvé en ces lieux, il était clair qu'il ne fallait mieux pas trainer. Sa sœur était aussi prudente que lui. Ils veillaient sur chacun de leurs pas, faisaient halte après le dépassement de chaque tente, veillant à s'assurer à ce qu'il n'y ait aucun guerrier ennemi en poste au moins jusqu'à la tente suivante. Cela faisait maintenant un moment qu'ils avançaient ainsi, jusqu'à ce qu'ils tombent sur une large bâtisse en bois. La première structure solide qu'ils trouvaient dans ce camp. Alors, ce camp n'était pas qu'une installation temporaire mobile il y avait bien une volonté de rester installé ici ? Chini trouva cette idée assez inquiétante. Une immense ville accueillant une foule de brigands et de trafiquants d'un côté, et un gigantesque campement de guerriers à l'esprit meurtrier de l'autre… Quelle idée avait-il eu de se rendre à Polis ? Mais le temps n'était pas au regret. Fallait-il contourner cette grande bâtisse qui se trouvait devant eux ou bien tenter plutôt de la traverser ? Chini pensa que s'il s'hasardait à faire le long détour nécessaire pour poursuivre son avancée, il risquerait de tomber sur quelques gardes. Car une telle demeure devait certainement être surveillée. Alors il choisit de prendre le risque de pénétrer la bâtisse, avec l'espoir d'y trouver un accès direct vers l'autre côté pour continuer d'avancer. Il trouva une petite ouverture discrète, qu'ils empruntèrent, sa sœur et lui. Et tous deux se faufilèrent à l'intérieur.
Il y avait beaucoup de poutres à l'intérieur, qui s'entremêlaient. Il y en avait tellement que les deux enfants se voyaient contraints de se contorsionner parfois pour passer entre les quelques passages qu'elles laissaient. Pour ce qui était de la vision, ce n'était guère mieux. Chini arrivait à peine à voir où il se dirigeait, et il se laissait surtout diriger à l'instinct, allant à l'intuition pour décider quand aller à gauche, à droite, parfois même rebrousser chemin. Il voyait Lexa le suivre, et même si elle ne se plaignait pas, il pouvait deviner la fatigue qu'elle pouvait ressentir à se livrer à un exercice dont elle n'avait pas l'habitude. Alors il souleva la petite fille et la cala sur son dos, et même s'il se sentit puisé grandement dans ses propres forces, il continua de porter la cadette dont il voulait soulager les peines. Lexa paraissait en effet exténuée. Il est vrai qu'elle n'avait pratiquement pas dormi depuis deux jours. Au bout d'un moment, Chini parvint devant une embrasure, mince, mais qui semblait révéler de plus larges couloirs derrière. C'était de toute façon la seule issue. Chini ne se voyait pas du tout le courage de faire chemin arrière. Il fallait avancer. Il posa sa sœur au sol, qui comprit rapidement ce qu'elle devait faire. Elle rentra ses maigres bras dans l'ouverture, puis sa tête, avant de se faufiler toute entière. Une fois de l'autre côté, elle tapa fortement sur le mur pour signifier à son frère qu'elle était parvenue au bout et qu'il pouvait la suivre. Et bien que l'accès parut encore plus étroit pour le garçon, celui-ci parvint néanmoins à passer. Il rejoignit Lexa avec un sourire de contentement. C'est en levant les yeux qu'il remarqua alors qu'ils étaient arrivés à un endroit tout à fait différent. Ils se trouvaient à présent dans un long couloir désert, sans que rien ne puisse leur indiquer vers où il valait mieux se diriger. Alors encore une fois, Chini ferma les yeux, et sentit son instinct lui dire de remonter le couloir. Au bout de quelques instants, ils arrivèrent devant une porte à moitié ouverte. Le garçon n'avait pas oublié qu'ils se trouvaient dans le repère de l'ennemi, et préféra passer la porte aussi silencieusement que possible. Lexa le suivait toujours.
Un bric-à-brac était amoncelé dans cette nouvelle pièce. Les deux enfants avançaient avec une prudence extrême, rampant quasiment, dissimulés derrière tout ce bazar. Après quelques mètres, le tas de fourbi s'amenuisait. Chini se releva doucement, centimètre par centimètre, pour vérifier qu'il n'y avait personne et qu'ils pouvaient continuer. Il remarqua tout de suite un homme, nu, pieds et poings attachés à un pylône de fer. Son corps était couvert d'infimes mutilations et de meurtrissures. Il avait l'air épuisé, mais surtout en souffrance. Cet homme venait probablement de vivre une torture récente. A cette vue, Chini serra les poings. Il ne valait mieux pas trainer. Il se demandait comment quitter cette pièce sans être remarqué par l'homme attaché quand il vit, un peu plus loin derrière ce dernier, une fenêtre qui donnait sur l'extérieur. Le garçon pouvait voir le reste du campement de la nation des glaces au-dehors mais surtout, et c'est ce qui avait attiré son attention, il distinguait au loin les premiers drapeaux représentatifs du clan des arbres. Son cœur s'emballa.
_ « Tes informations ont l'air fiables. »
Chini sursauta. Il n'avait pas senti la présence de quelqu'un d'autre dans la pièce. Il regarda en direction d'où provenait la voix. Un homme était assis à une table, la tête soutenue par ses mains, les bras accoudés à la table. Il semblait plongé en pleine réflexion. L'homme se leva tout à coup. C'était un homme de taille moyenne, d'assez bonne musculature. Il avait un air légèrement bête, en revanche très mauvais, et en même temps empreint d'autorité. Rien qu'à le voir, on sentait qu'on avait affaire à un chef de guerre. L'enfant du clan des arbres fut impressionné par le fort sentiment de mécontement que dégageait le visage du chef guerrier. Celui-ci se dirigea vers l'homme qui était accroché au pylône. Il se dressa face à lui.
_ « quatorze prisonniers ? Ca ne peut pas être une coïncidence. »
_ « C'est toi qui dis qu'ils sont des prisonniers. Jusqu'ici, ils ont été bien traités. »
_ « Qu'importe, cela n'a pas d'importance. » Le guerrier ôta furieusement son épée de son fourreau. « Tu t'en aies pris à la nation des glaces. Tu as choisi le mauvais camp. »
Et le tortionnaire passa son arme sous le cou de sa victime, tranchant l'organe en profondeur. A présent, le sang jaillissait en flots et se répandait jusqu'à terre, depuis la gorge ouverte de l'homme, qui était déjà mort.
_ « Ton combat est terminé. » lâcha méchamment son assassin. Maintenant, il faisait les cent pas dans la pièce tenant son menton avec sa main, les yeux mi-clos, apparemment plus concentré encore que quand il était assis. Il s'arrêta au bout d'un moment, se retournant vers un recoin de la pièce.
_ « Ce que tu m'as dit était donc vrai. Le clan de la rivière… ils l'ont vraiment fait. »
Chini sursauta alors. Un homme venait de sortir de l'ombre. Il s'arrêta aussitôt, n'ayant fait à peine que deux pas. Chini ne pouvait encore bien le voir mais le fait qu'il n'ait pas pu sentir la présence de ce troisième homme depuis tout à l'heure l'effrayait assez.
_ « Cela n'a rien d'étonnant. Ça semble même logique quand on y pense. »
_ « Tu parles ! Non seulement ils parviennent, le diable sait comment, à capturer quatorze de nos ressortissants… Mais si encore il s'agissait de guerriers… Mais non ! Ce sont essentiellement sur des chercheurs, des scribes, des émissaires, tous proches de la reine ou de ses acolytes, sur qui ils ont réussi à mettre la main. Des gens surprotégés et tout à fait impossibles à kidnapper en temps normal. Comment s'y sont-ils pris ?! »
_ « Allez savoir. Et cela a-t-il vraiment de l'importance ? Ce qui doit retenir ton attention, c'est surtout ce que risque la nation des glaces dans l'affaire. »
_ « C'est vrai. Le peuple de la forêt n'est pas connu pour être tendre avec leurs prisonniers. Il est évident que les quatorze finiront par parler, et les secrets qu'ils révèleront pourraient être fatals pour nous. Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer dans la tête des chefs du clan de la rivière ? »
_ « Cela te surprend tellement ? Les tensions entre les clans se font de plus en plus sentir. Une guerre pourrait commencer d'ici peu. Hors, le clan de la forêt est universellement considéré comme l'un des plus puissants des douze, et probablement un pilier central d'une guerre à venir. On sait d'ores et déjà que Felipe, le chef du clan de la rivière, a fait alliance avec les dirigeants du clan des arbres. S'il a eu le moyen de mettre la main sur quatorze prisonniers de la nation des glaces… les livrer à ses nouveaux alliés est assurément le meilleur moyen de prouver sa fidélité définitive à leur cause. »
_ « Comme si ça ne suffisait pas. Apprendre le même jour que l'un des douze clans s'est décidé à se dresser contre la nation des glaces, mais en plus, que notre grande et puissante nation se retrouve vulnérable à cause d'une poignée d'hommes, bien que tous aussi importants pour notre nation les uns que les autres, livrés aux mains de l'ennemi, et dont chacun pourrait bien se décider à nous trahir bientôt. »
_ « C'est vrai que c'est un risque qu'il vous serait dommage de voir se réaliser. Alors dis-moi, que dirais-tu si je t'apprenais que je sais non seulement quand mais aussi où passeront les guerriers de la rivière qui devront venir livrer ces quatorze prisonniers aux hommes des arbres ? »
_ « Nous y voilà. Il était temps que tu me dises ce que tu veux. Tout d'abord, tu viens m'annoncer qu'un danger plane au-dessus de la nation des glaces, puis tu me livres gentiment un guerrier du clan de la rivière que tu t'aies toi-même donner la peine d'aller capturer, t'assurant préalablement qu'il était suffisamment renseigné sur le sujet pour m'apprendre tout ce qui pourrait m'intéresser tu me laisses le questionner puis le tuer… Et maintenant tu reconnais que le sort de la nation des glaces pourrait suffisamment te préoccuper pour que tu veuilles bien m'informer de la date et de l'itinéraire de l'escorte. » Il souffla pour reprendre son calme. « Je ne suis pas un crétin complet. Le commerçant se fiche de la nation des glaces. Comme il se fiche de chacun des douze clans. Alors dis-moi, que veut ton chef en échange de ces informations ? »
_ « Rien de particulier. » nota le mystérieux homme. « Il ne te demande que ton aide pour une collaboration, qu'il apprécierait beaucoup que tu lui rendes d'autant plus que cette collaboration servirait autant vos intérêts que les siens. »
_ « Parle ! » se méfia le guerrier des glaces.
_ « Tu dois déjà le savoir, le clan des mines s'apprête à changer de leader. L'ancien étant mort, sa politique va s'éteindre avec lui. Ce que peu de gens savent, c'est que Jonas, le nouveau leader, est un idéaliste. Déterminé, qui plus est. Comme la succession n'est pas encore officielle, il veille pour l'instant à garder une image de chef ordinaire, sans prétention particulière, afin de ne pas attirer l'attention des grandes forces. Mais en réalité, il est contre la domination des trois grands clans actuels : le clan de la forêt, la nation des glaces, et le royaume des terres de feu. Il défend une politique d'émancipation, arguant que chacun des clans recèle en lui un potentiel en puissance et en influence qui leur permettrait de prendre une totale indépendance vis-à-vis de toutes les autres, pour éviter toutes sortes d'allégeance ou de soumission d'un clan envers un autre. Mais qu'importe, venons-en au fait. Il se trouve que pour financer son accès au pouvoir et promouvoir ses idéaux auprès du peuple de son clan puis des autres, Jonas fait amener une grande quantité d'or et d'autres richesses jusqu'à leur ville principale, Newyo. Voilà ce qu'il en est : cet or, il n'arrivera jamais jusqu'à destination. »
_ « Je vois. Et quand veux-tu que nous récupérions l'or pour vous ? »
_ « Jamais. » l'associé ducommerçant fronça les sourcils. « Crois-tu vraiment que nous vous confierions une telle mission ? D'autant plus que je ne vois pas comment la nation des glaces pourrait légitimer une telle attaque contre un convoi d'un clan étranger. » Pendant que l'homme disait cela, il remarqua un air de déception apparaitre sur le visage du guerrier des glaces. « Seul le commerçant connait le parcours du convoi. Moi-même je ne sais rien d'autre si ce n'est que l'escouade qu'il a préparé a déjà été rassemblé les richesses seront récupérées, et les témoins éliminés. Mais comme je l'ai dit, vous aurez votre intérêt dans l'opération. Il serait problématique pour la nation des glaces que les projets de Jonas aboutissent, n'est-ce pas ? En aidant, c'est donc à vous-même que vous rendriez service. »
_ « Je comprends. Bien. Et apparemment, ce n'est même pas la peine d'espérer récupérer une partie du butin. Soit. Alors, que souhaites-tu que la nation des glaces fasse pour toi dans tout ça ? »
_ « Mais absolument rien. C'est toi et toi seul qui fera quelque chose pour moi. »
Le guerrier fit un signe d'incompréhension.
_ « J'ai appris que tu avais des contacts auprès de plusieurs grands groupes de brigands de la nation des glaces. Entre en contact avec l'un de ces groupes, et dis-leur de porter la responsabilité de l'attaque du convoi du clan des mines. »
_ « C'est ridicule… » se défendit le guerrier des glaces. « Je n'ai aucun contact de ce genre, et je ne pourrai jamais fomenter de telles… »
_ « Vraiment ? » coupa son mystérieux interlocuteur. « Alors mes informations ne sont pas exactes ? Pourtant plusieurs de mes informateurs m'ont rapporté que tu te permettais, ces derniers temps, de monter tes propres opérations de banditisme. En fait, ce serait même plus que de simples contacts que tu aurais. D'après mes sources, tu dirigerais secrètement plusieurs de ces groupes et étant donné ta position importante au sein de la nation des glaces, tu aurais connaissance d'un bon nombre d'informations, comme des sites où serait gardé de belles sommes, par exemple… et tu enverrais à l'occasion tes brigands attaquer ces sites, laissant la responsabilité de ces attaques sur ces groupes, mais récupérant le plus souvent à ton unique compte la quasi-totalité des richesses récupérées lors de ces assauts. »
Le guerrier des glaces pâlit en entendant tout cela. Comment cet homme pouvait en savoir autant ? Il avait vraiment des espions partout ! Ce qui était sûr, c'est que si cet homme en savait déjà autant, il était inutile de tenter de nier. A présent, il le savait, l'homme pouvait le faire chanter et obtenir de lui tout ce qu'il voulait. Mais quand le guerrier observait l'individu qui se tenait devant lui, il lui trouvait un air étonnamment innocent, serein, comme s'il lui était totalement impossible d'envisager utiliser ces informations comme chantage ou autre. L'homme ne parlait même plus. Il affichait un air désinvolte, comme s'il avait oublié la discussion en cours, marchant en rond, sans but, dans toute la pièce. Le guerrier, lui, tremblait à vue d'œil, fortement inquiet. Et pour lui, il y avait de quoi. Il ne savait pas du tout comment réagir car il savait qu'il n'était pas maître de la situation. Il ne pouvait qu'attendre que l'autre prenne la parole. Mais celui-ci ne semblait pas du tout avoir l'intention de dire quoi que ce soit. Il ne faisait que déambuler dans la pièce, s'attardant dans un meuble, qu'il fixait, avant de reprendre, sa marche pour s'arrêter presque tout de suite après pour fixer un nouveau meuble. Comme s'il se préoccupait maintenant de découvrir la pièce dans laquelle il se trouvait depuis un bon moment. Il paraissait s'être complètement désintéressé du guerrier. Puis, l'homme se retrouva droit face au corps mort et meurtri du guerrier du clan de la rivière, toujours attaché au pylône. L'homme étudia d'abord ce corps du regard. Puis il posa sa main sur cette chair, faisant glisser cette première sur chacune des strayures ouvertes, opérées à la lame, du mort. Il tâta les plaies sur les chevilles, les genoux, les cuisses, l'entrejambe, le sexe, la poitrine, et arriva finalement à l'énorme jugulaire tranchée, dont le sang avait depuis un moment fini de perler. L'homme étendit sa main sur la joue du mort, et prit un air compatissant, comme s'il regrettait les actes horribles qu'avait pu subir le mort. Il leva les yeux au ciel.
_ « Je me demande comment réagirait Roan s'il apprenait qu'un de ses hommes se livre à de tels trafics ? Surtout si l'homme en question devait être l'un des principaux chefs de la nation des glaces siégeant à la Table de Guerre. »
A ses mots, le guerrier des glaces sentit son corps se pétrifier. Il était pris de grosses sueurs froides. La menace l'avait saisi si soudainement, et si durement, qu'il sentait la mort, autour de lui, l'étouffer. Son cœur battait. Lentement. Fort. Sa gorge se resserrait. Son front transpirait. En vérité ? Il était proche de s'évanouir.
L'homme vint, sans se presser, se dresser devant lui.
_ « Tu enverras un homme à toi prévenir l'un de ces groupes en question. Et ce groupe devra porter la responsabilité de l'attaque, c'est entendu ?
_ « … »
Le guerrier ne répondait pas. Il était tétanisé. Alors l'homme alla récupérer l'épée du guerrier, et il se dirigea vers le corps du guerrier du clan de la rivière. Il empoigna l'épée à deux mains, le souleva, et trancha net la tête du mort, qui roula au sol. Il souleva à nouveau la lame et trancha un bras du corps. Puis un autre. Puis une jambe. Au final, il avait séparé le corps en douze morceaux différents. Il les jeta aux pieds du guerrier de la nation des glaces. Alors l'homme se dressa de nouveau devant lui. Et le fixa droit dans les yeux.
_ « Ca, ce serait vraiment dommage. »
A ses mots, le guerrier des glaces retrouva ses esprits. Il déglutit devant la vision qui s'imposait à lui.
_ « Tu chargeras ce groupe de porter la responsabilité de l'attaque, est-ce clair ? » reprit l'homme.
_ « Oui… » Le guerrier baissait maintenant les yeux face à son interlocuteur.
_ « Bien. Les quatorze prisonniers doivent être livrés ici-même, à la Table de Guerre, directement au sein de la Sentinelle du clan de la forêt. L'escorte sera dirigée par un certain Olan et arrivera à Polis dans deux jours. Mais tu ne devrais pas attendre que l'escorte arrive à Polis pour intervenir. Ils emprunteront les plaines du Nord-Ouest pour arriver, tu devrais donc tâcher de les intercepter là-bas.
_ « D'accord… »
_ « Un petit cadeau pour toi. Disons un juste retour des choses vu l'amabilité dont tu as fait preuve dans ta coopération sur notre accord de l'affaire du clan des mines. » L'homme grava un tag dans le bois de la table située au centre de la pièce. « Tu laisseras plusieurs de ces tags sur les lieux de ton attaque. C'est le signe distinctif d'un certain Lucas, un homme de la fourmilière. Les gens attribueront tout de suite l'attaque sur l'escorte du clan de la rivière à une manœuvre du commerçant. Peu de monde oseront y redire quelque chose à partir de là et la nation des glaces sortira indemne de tout soupçon. »
Le guerrier ne répondit pas. L'amabilité dont il avait fait preuve dans leur coopération ? Il trouvait l'ironie de l'homme relativement amer.
_ « Quelque chose ?» demanda d'ailleurs celui-ci.
_ « Lucas… Ce n'est pas ce célèbre voyou de la fourmilière ? Celui qui ne cesse de répéter son appartenance à l'empire du commerçant ? Alors… C'est vraiment un de ses lieutenants ?
_ « Le borgne ? Un lieutenant de Colt ? Bonne blague. Il n'est qu'un de ces nombreux idiots qui se satisfont vainement de servir un homme dont ils ne savent rien. Non. Ce Lucas n'est pas un lieutenant du commerçant, même s'il est vrai qu'il est déjà arrivé que je lui transmette certaines instructions de sa part. Toutefois, cela ne change rien à l'affaire. Quand Lucas entendra qu'il aurait lui-même commis cet acte pour le service du commerçant, il ne niera certainement pas, trop heureux de se sentir affilié aux activités de celui-ci. »
L'homme tendit enfin l'épée au guerrier, qui le récupéra. Il fit ensuite comprendre au guerrier des glaces qu'ils en avaient fini.
_ « L'affaire est conclue. »
Le guerrier comprit tout de suite que l'homme avait fini de dire tout ce qu'il avait à dire. Et il quitta la pièce pour mettre en œuvre les plans qu'ils avaient projetés.
Au plus grand regret de Chini, l'homme ne quitta pas la pièce. Il était en train de récupérer les douze parties du corps du guerrier de la rivière, et il les mit dans un sac de toile. Le sac n'était évidemment pas étanche et rougit très vite. Du sang commençait d'ailleurs déjà à fuiter au travers. Pendant tout le temps qu'avait duré la scène entre l'homme du commerçant et le guerrier de la nation des glaces, Chini avait déjà vomi deux fois, et à la vue du sac ensanglanté, il sentait venir la troisième fois. Et cela arriva soudainement le corps du garçon se plia en deux, celui-ci se prit le ventre, sa bouche s'ouvrit toute seule pour laisser sortir tout ce qui en voulait, d'un trait. Chini avait à présent aussi mal au ventre qu'il était dégoûté. Lexa, elle, n'avait pas vomi. Mais elle était restée cachée, horrifiée, derrière les tas de bric-à-brac, à l'image de son frère. Et entre sa main droite qu'elle avait gardé fermé tout le long, serrant chaque fois plus le poing, à chaque nouveau seuil de violence franchi sous ses yeux, et sa main gauche, qu'elle avait réfugié dans sa bouche pour étouffer des claquements de dents qu'elle n'aurait pas pu contrôler à cause de l'effroi, bouche qu'elle avait également fini par fermer très fort, de ces deux mains, il était maintenant difficile de dire laquelle était la plus en sang.
Les deux enfants de la forêt étaient en état de choc. Quand Chini se rappela soudainement qu'ils se trouvaient encore chez l'ennemi. Cette pensée le fit bondir plus qu'il ne l'aurait voulu, et il se heurta douloureusement à un objet métallique du bric-à-brac qui, avec le geste vif du garçon, tomba bruyamment au sol. Chini avait mal à la tête, et il se frottait le crâne pour tenter de calmer la douleur. Il leva la tête quand il sentit que celle-ci avait commencé à s'estomper. C'est seulement à cet instant qu'il saisit dans quelle horrible situation il se trouvait. Celui qui passait pour l'homme du commerçant se tenait debout, devant eux. Chini avait dû faire trop de bruit en se cognant la tête. Et maintenant, ils avaient été repérés. Ils allaient se faire tuer. Tout ce qu'avait vécu Chini ces derniers jours, tant de choses qu'il aurait eu la chance de ne jamais vivre, jamais voir, s'il était tranquillement resté à Los An… Son esprit avait récemment bien trop souffert. Il n'arrivait plus à faire preuve du même courage que lorsqu'il se trouvait face au borgne à Polis. Après tout, ce n'était qu'un jeune garçon. Alors oui, pour une fois depuis bien longtemps, ce garçon qui s'évertuait toujours à se montrer fort, céda. Il fondit en larme.
_ « S'il-vous-plait, ne nous tuez pas. » supplia le garçon, tout pitoyable. De la morve lui coulait maintenant du nez. Il avait prononcé ces mots mais en réalité, il avait déjà accepté la mort. Sans doute entendait-on là les dernières traces de résistances de l'esprit du garçon, qui inconsciemment, montrait encore une intention de lutter en implorant la pitié pour sa vie.
_ « OK. »
_ « Hein ? » Le garçon avait été tellement choqué par ce seul mot qu'il s'était instantanément arrêté de pleurer. « OK ? Ça veut dire quoi ? » s'était-il demandé en lui-même. L'homme observait les deux êtres. Un garçon tout recouvert de dégueulis et de pleurs, et une fille, recouverte quant à elle de sang, et qui révélait des yeux arrondis énormes, comme si elle se trouvait face à l'ange de la mort en personne, et qu'elle savait qu'elle vivait ses derniers instants. Visiblement, ils s'étaient retrouvé dans un endroit où ils ne devaient pas être, et avaient surpris uns scène auquel il aurait mieux valu qu'ils n'aient pas assisté. Les deux enfants étaient dans un tel état que l'homme en ressentit de la pitié. Aussi n'avait-il rien trouvé d'autre à dire que :
_ « OK. Puisque vous me le demandez. Je ne vous tuerai pas. »
Chini n'en revenait pas.
_ « Mais euh… »
_ « Quoi ? »
_ « Ca veut dire qu'on peut partir ? »
_ « Non. »
Chini courba la tête de désespoir. Quel sombre abruti il faisait. Pendant un instant, il avait cru pouvoir partir vivant. Cet homme ne faisait que jouer avec sa future victime, c'était évident.
_ « Je veux savoir qui vous êtes. »
« Quoi, c'est tout ? » se demanda le garçon.
_ « Chini est mon nom. Lexa est le sien. »
_ « Vous avez entendu… tout ce que nous avons dit, n'est-ce pas ? »
_ « Non, non ! » nia Chini.
_ « Tu ne sais pas encore mentir garçon. Ne t'inquiète pas. Comme je l'ai dit, je ne vous tuerai pas. »
Chini se demandait comment après toutes les choses qu'il venait d'apprendre, on pouvait ne pas chercher à le tuer.
_ « L'homme pour qui je traite se fiche que quelques personnes connaissent ses plans. De toute manière, ici, il est intouchable. En revanche, celui que vous avez vu avec moi, s'il apprend que vous étiez là, et que vous savez toutes ces choses, il remuera ciel et terre pour vous faire taire. »
L'homme sortit un poignard de sa ceinture. Il l'approcha du garçon qui, apeuré, chercha à protéger son visage avec ses mains. Il ferma les yeux, ne souhaitant pas voir la mort en face. Mais rien ne venait il les rouvrit alors. L'homme tendait le poignard à l'enfant afin qu'il s'en saisisse.
_ « Ne vous faites pas prendre. » dit simplement l'homme. Chini comprit, et récupéra l'arme. Il ne remercia pas l'homme mais son cœur, lui, était reconnaissant.
_ « Un dernier secret… » fit encore l'homme, se rapprochant de l'oreille de l'enfant. « Ce gars des glaces n'est pas connu pour prendre son temps. Quand il a quitté cette pièce, il a sans doute tout de suite cherche un messager pour transmettre ses ordres à ses groupes de brigands. Ce qui veut dire que dans quelques heures au plus tard, il ne me sera plus d'aucune utilité. »
Sur le coup, Chini ne comprit pas ce que lui demanda l'homme.
_ « Maintenant, filez ! » dit l'homme.
Et les enfants quittèrent la demeure, empruntant la porte que leur désigna l'homme. Ils étaient de nouveau à l'extérieur. Enfin. Après d'interminables heures passées dans l'habitation. Chini se sentait soulagé. Maintenant, il était temps d'atteindre les quartiers du clan de la forêt. Et les deux enfants reprirent donc leur traversée de la Dame de Guerre-Table de Guerre (?). Chini ne savait plus quel était le terme exact. Depuis qu'il était arrivé à Polis, Chini avait entendu des noms de toutes sortes et il avait fini par se décider à ne plus essayer de comprendre, de peur de complètement perdre la tête.
_ « Halte là ! Identifiez-vous ! »
Chini s'arrêta, inquiet. Pourvu que ce ne soit pas à lui qu'on s'adressait. Il se retourna. Un guerrier était posté devant eux. Il les regardait, Lexa et lui.
_ « Identifiez-vous ! » ordonna le garde.
Chini devait improviser, il l'avait compris. Il regarda sa sœur dans les yeux.
_ « Cours ! » hurla-t-il.
Lexa et lui se mirent à courir de toutes leurs forces en direction des quartiers du clan des arbres.
_ « Alerte ! » hurla le guerrier des glaces. « Des intrus dans la Sentinelle ! »
A ses mots, plusieurs sortirent des tentes et se mirent à s'agiter dans un grand désordre pour trouver les intrus en question. Et pour être honnête, ces intrus, ils n'étaient vraiment pas durs à trouver : il suffisait de chercher deux enfants pas plus hauts que trois pommes, l'un recouvert de vomi et de morve en abondance, l'autre noyé sous un bon litre de sang frais, les deux sentant très forts, et courant à toute vitesse tels des chiens derrière une balle. Sauf que plutôt de balles, c'étaient des flèches. Et que ce n'était pas les chiens qui courraient derrière les flèches, mais bel et bien l'inverse. Les enfants courraient à perdre haleine il s'agissait de quitter rapidement les quartiers de la nation des glaces, décidemment bien trop dangereux pour eux, de veiller à ne pas se mêler les pieds en courant afin de ne pas tomber, et d'esquiver les projectiles des guerriers des glaces en même temps. Donc non, la balle à pourchasser devant, ça n'était pas la peine. Cela faisait déjà assez de sport comme ça. Lexa, surtout, était morte de fatigue, mais elle continuait de courir, à en perdre son souffle, yeux mi-clos, langue pendante. En fait, cela faisait un moment maintenant que les guerriers des glaces avaient cessé de poursuivre les enfants. Car ceux-ci ne s'en étaient pas rendu compte, mais les drapeaux qui ornaient les tentes avaient changé de symbole. Dorénavant, ils montraient trois arcs de lune, collés dos à dos. Oui, ils étaient arrivés aux quartiers du clan de la forêt. Seulement, ils ne s'en étaient pas rendu compte. Alors, ils continuaient de courir. C'est qu'ils ne s'étaient pas encore accordé le temps d'examiner les drapeaux des tentes qu'ils dépassaient maintenant, ni de s'assurer qu'ils étaient toujours poursuivi. Donc, oui. Chini et Lexa courraient encore. Chini, le plus éreinté des deux, avec sa jambe encore blessée depuis l'épisode de Polis, était un petit peu à la traine. Lexa courrait devant. Elle passa tout proche d'une grande bâtisse et alors qu'elle était proche de l'avoir complètement dépassée, une porte s'ouvrit violemment vers l'extérieur. Lexa, qui courrait toujours les yeux fermés, à toute vitesse, se la prit de plein fouet, ce qui fit voler son petit corps fragile deux mètres en arrière.
_ « Anya, reviens ici ! » hurla une voix depuis l'intérieur. Tout à coup, une jeune femme sortit en trombe de l'édifice, d'un air outré.
_ « Lexa ! » hurla Chini, arrivant au niveau de sa sœur.
La jeune femme qui venait de sortir remarqua alors les deux enfants. Elle s'approcha d'eux. Elle vit du sang émaner depuis le sommet du crâne de la petite. Et de beaucoup d'autres endroits de son corps, à vrai dire.
_ « Euh… c'est moi qu'ait fait ça ? » s'inquiéta la jeune femme.
_ « Anya, putain, je t'aie dit de revenir, merde ! » Un homme légèrement plus âgé était sorti de l'habitat pour hurler après la jeune brune. Il remarqua à son tour les deux enfants. Il se tût aussitôt.
_ « Raah… Grogniachh ! »
_ « Pardon ? » dit Chini, dévisageant celle qui venait de prononcer ces mots.
_ « A'nyah… Grognass'chh ! » répéta-t-elle alors.
La dénommée Anya et l'homme qui l'avait poursuivi dehors regardèrent alors le garçon. Ils voyaient ses yeux grossirent à vue d'œil, sa bouche était grande ouverte. Ils se regardèrent tous les deux, se demandant quelle mouche pouvait piquer ce garçon-là.
_ « Lexa, tu parles ?! » fit celui-ci, comme si la fille venait de réaliser quelque chose d'incroyable.
_ « Dieu, oui, qu'elle parle. » fit l'homme. « Elle insulte, même ! »
Fin du chapitre. Qui sera le dernier de ces vacances. Dans le prochain chapitre je mettrai (j'essaierai) un plan de la Table de Guerre. J'en expliquerai un peu plus sur Polis, les relations entre les différents clans et puis on expliquera plusieurs noms auquel Chini, qui ne fait que commencer à découvrir le monde des grounders à l'instar du lecteur, ne peut pas comprendre grand-chose malheureusement : les Sentinelles, la ferme, la fourmilère, etc.
