Le tonnerre gronde
Harry se sentait complètement débordé. Il avait tenu le coup jusqu'à maintenant, enfin, du moins c'est ce qu'il lui semblait. Peut-être que Ron n'avait pas tort…
Il était enfin seul et au calme dans son bureau. Il n'avait rien de prévu pour l'instant, mais une centaine de pensées venaient le tourmenter. Avant tout, il y avait les cours… Il lui restait trois paquets de copies à corriger, et ses élèves commençaient à s'impatienter. Il pourrait avoir un peu de repos dans les jours à venir, car il avait préparé d'autre évaluations pour d'autres élèves… mais au final, il se rendait bien compte que cette petite gymnastique ne faisait que retarder l'inévitable.
Il ne semblait pas être fait pour être professeur, en fin de compte…
Et puis, il y avait ses autres projets. Il avait commencé à mener une petite enquête sur quelques trafics louches. C'était une histoire de trois fois rien, en apparence, que Ron avait rapidement mentionné il y a quelques semaines de cela, quand il était venu passer la soirée avec lui et Hermione.
Il était au point mort. Il sentait qu'il y avait plus que ce qu'il voyait. Cette affaire était loin d'être innocente, à ses yeux, c'était un iceberg.
Et maintenant, Ron lui annonçait que la précédente affaire, qu'il pensait avoir proprement résolue, se métamorphosait en une épine coincée dans son pied. Tout ça ne sentait pas bon du tout… Il sentait que quelque chose de terrible se tramait, mais il n'arrivait pas à ordonner ses pensées.
Et puis, il y avait ces soirées passées avec Severus. Il se doutait bien que la détermination de l'homme était suffisante pour qu'il doive passer la soirée suivante en plein interrogatoire, encore une fois. Il ne pourrait plus se dérober.
Il savait bien qu'il avait joué avec le feu en laissant le Directeur Adjoint être témoin de sa petite conversation. Severus avait des talents d'espion surprenant, même aussi longtemps après la fin de la guerre. Il ne lui faudrait pas longtemps pour comprendre les choses par lui-même. Harry se savait surveillé depuis le premier jour. Mais quelque part, il se demandait s'il n'attendait pas que ça, d'être surpris et d'avoir enfin quelqu'un à qui parler de son secret.
Alors qu'il était plongé dans ses pensées, il se souvint également de la promesse qu'il avait faite quelques mois plus tôt à Hermione. La jeune femme avait réussi à l'alpaguer sur le sujet de sa vie de couple, inexistante jusqu'à maintenant, et à lui faire faire la promesse d'essayer de se trouver quelqu'un. Elle maintenait que de pouvoir partager sa vie avec une autre personne était une chose merveilleuse et qui lui apporterait un bien-être incroyable… Bref, Harry avait eu l'impression de l'entendre réciter Sorcière Magazine et avait cherché à fuir par tous les moyens. Mais, il lui restait toujours cette promesse à tenir...
Harry soupira. Oui, il avait beaucoup à faire, et il s'était emmêlé les pinceaux. Ce n'était pas très important, il n'avait qu'à tout reprendre à zéro et commencer par le plus simple. Il ouvrit le tiroir de son bureau et en sortit un paquet de parchemins. Il jeta rageusement sa baguette dans le tiroir vide et entreprit de rattraper le retard qu'il avait, semble-t-il, accumulé à Poudlard.
.oOo.
« Dites-moi, mon cher Severus, comment se porte Harry, ces derniers temps ?
- Comment cela, Directeur Dumbledore ? J'ai le journal ouvert sur mon bureau et vous vous inquiétez des potins de l'école plutôt que de me demander de vous faire la lecture ?
- Chaque chose en son temps, Severus, chaque chose en son temps… »
Le Directeur Adjoint se retourna sur sa chaise et fixa le portrait pendant quelques instants.
« J'avais préparé ma revanche, mais j'avais un mauvais pressentiment. Qui s'est confirmé, d'ailleurs. Votre valeureux petit protégé a fui. Non seulement il a fui alors qu'il m'avait donné rendez-vous, mais ma revanche est toujours dans ma commode et je ne l'ai pas croisé une seule fois cette semaine ! Ce petit diable ne daigne même plus se montrer dans la Grande Salle au moment du repas… »
Severus fulminait tellement qu'il commença à faire les cent pas dans le bureau.
« Est-ce vraiment si catastrophique, Severus ?
- Oui, définitivement. Il y a trop d'énigmes non résolues qui me tournent autour pour que toute cette histoire ne soit pas louche ! »
Alors que le potionniste commençait à atteindre un niveau de rage acceptable, un tapotement à la porte le fit se retourner.
« Entrez ! beugla-t-il sur le même ton. »
