Disclaimer : L'univers et les personnages appartiennent à Yana Toboso. Sauf Holmes, Watson et les autres qui sont, eux, à Sir Arthur Conan Doyle.

Rating : M par prudence, notamment pour le côté gore et un langage pas toujours très châtié. Donc, âme sensibles s'abstenir !

Genre : Crime, Humor, Horror, Suspense

Résumé : Ciel Phantomhive reçoit une nouvelle mission de la Reine : enquêter sur un détective privé. Si le jeune comte avait su à quel esprit il allait s'opposer, il aurait refusé. Mais, voilà, il a accepté et se doit de faire face à Sherlock Holmes.

Notes d'auteur : Désolée pour le temps que j'ai mis à vous sortir cette seconde partie. Mais suite à des problèmes personnels, j'ai pris du retard partout. Enfin bref, voici la deuxième partie du chapitre 2. La troisième et dernière arrivera début/mi novembre. Bonne lecture !


Chapitre 2 : Le Majordome mène l'enquête (2/3)

-Holmes est un homme très casanier quand il n'enquête pas. Il sort très peu. Il a fini sa dernière enquête et a participé à l'arrestation de deux voleurs. Pour le moment, je n'ai pas pu recenser grand chose d'autre, énuméra Sebastian après deux jours d'absence. En dehors de son travail, il semble avoir une vie monotone et ennuyante. Pas de vie sociale à déclarer. Ses seules relations en dehors de celles professionnelles se résument à sa logeuse et à son colocataire. Apparemment plus pour longtemps. Ce dernier se prépare à déménager pour se marier. Et cela semble créer des tensions entre les deux hommes.

-Qu'en est-il de cette Adler ? demanda Ciel en chipotant dans une part de gâteau.

-Introuvable. Du moins en Angleterre. J'élargis mes recherches.

-Élargis, mais fais vite. Toujours pas de nouvelles de notre homme de l'ombre, je présume ?

-Non, maitre.

-Serais-tu en train de vieillir, Sebastian ? Tu deviens lent.

-Cet homme est insaisissable. Je ne connais ni son visage ni son nom. À part votre description. Je n'ai retrouvé aucune trace de lui. J'ai cherché dans les employés du gouvernement et je n'ai rien trouvé qui puisse s'approcher de lui. Quant à Irène Adler, elle n'est plus au Royaume-Uni et le monde est vaste.

-Arrête de te justifier ! le coupa Ciel. Quand je te donne un ordre, tu es censé t'exécuter, pas te plaindre. Alors, cesse de geindre et retrouve-moi au moins cette femme.

-Yes, my Lord.

Le jeune comte cracha un sifflement d'agacement. Le visage du démon était dissimulé par ses mèches. Brutalement, le noble posa sa fourchette sur le bureau, rayant le meuble. Sebastian releva juste la tête, les traits inexpressifs. Il n'avait même pas cligner des yeux, encore moins sursauté.

-Tu m'énerves, conclut Ciel, acide.

Un sourire moqueur lui répondit. Plus que jamais il avait envie de le lacérer afin de l'effacer définitivement. Il en tremblait. Et cela semblait juste amuser son serviteur.

-T'as pas bientôt fini ?

-Préfériez-vous que je pleure, jeune maitre ? lança le démon sarcastique.

-Contente-toi de te faire oublier.

Préférant se changer les pensées et calmer sa colère, il sortit le dossier volé à Holmes. Il l'avait lu et relu une centaine de fois. Il lui suffisait de fermer les yeux pour le voir imprimé solidement dans son esprit. Mais il ne parvenait pas à lâcher ces feuilles des yeux.

Le détective s'était rapidement intéressé au cas de sa famille. Les rapports commençaient peu de temps avant sa naissance. Holmes n'était à Scotland Yard depuis même pas deux ans. Il avait vite remarqué le manège entre son père et les autorités. La plupart des policiers ne le remarquaient jamais. Seuls les directeurs étaient mis au courant et leurs successeurs. Des détails sur les enquêtes menées par son père avaient été soigneusement énuméré. Des informations sur ses ancêtres et leurs activités avaient été déniché. Aussi sur les limiers de la reine. Une liste de noms, certains barrés, d'autres non. Sûrement des suspects potentiels en tant que nobles du mal. Quand l'un d'eux mourrait, des investigations approfondies étaient menées par Holmes. Et cela sur plusieurs années. Puis tout avait changé. Des décès ou disparitions pleuvaient sur le papiers. Holmes se prenaient de nombreux murs sans réussi à les franchir. Puis l'incendie de son manoir et la mort de ses parents. Holmes avait écrit qu'ils avaient tué d'une balle dans la tête avant que leurs corps ne soient calcinés. Cela n'avait pas été mentionné dans le rapport officiel. Son récent adversaire avait fait bande à part sûrement à l'encontre des ordres. Mais il n'avait rien pu trouver. Quant au sort de Ciel, il avait finir par le croire mort. Puis une nouvelle feuille suivit annonçant son retour. Une nouvelle enquête, mais rien. L'homme avait aussi cherché du côté de Sebastian, sans succès naturellement. Il avait vite abandonné cette fois. Sûrement occupé ailleurs.

Les doigts de Ciel glissèrent sur le papier jauni. Il n'avait jamais cherché à enquêter sur la disparition de ses parents. Il avait choisi d'attendre que ses ennemis le retrouvent. Parfois, il regrettait ce choix. Comme en ce moment. Mais rapidement il se reprit. Ce n'était pas en se plongeant dans le passé qu'il arriverait à quelque chose. Au contraire, cela le ralentirait ou pire l'aveuglerait. Le présent pour l'instant était Holmes. L'enquête sur Sherlock Holmes.

-Monsieur ?

La voix de Sebastian le sortit de ses pensées. Le démon agitait patiemment un papier sous ses yeux.

-Quoi ? soupira le garçon.

-Un télégramme vient d'arriver.

Quand l'avait-il quitté pour aller le chercher ? Depuis combien de temps était-il dans ses pensées ? Il préférait ne pas le savoir. Il prit le message et le déplia.

De Sherlock Holmes à Ciel Phantomhive

Londres, 18 novembre 1890

J'aimerais ,si c'est possible, que votre majordome cesse de m'espionner sans cesse. Il m'observe vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ça devient gênant. Merci de votre compréhension.

SH

C'était court, concis et parfaitement clair.

-Quand je te dis que tu te fais vieux, Sebastian. Holmes est du même avis. Il t'a repéré.

-Quoi ? s'étrangla le démon.

Pour la première fois depuis des années, Ciel vit une expression parfaitement humaine déformer les traits trop parfaits de son majordome : la surprise, voir l'incrédulité.

-Comment a t-il fait ? poursuit le valet.

-Ça, c'est à toi de me le dire ! s'énerva son t'es fait avoir comme un débutant. Tu as presque fichu en l'air toute la mission. J'espère pour toi que c'est encore rattrapable.


-Je plaindrais presque Michaelis à l'heure qu'il est, déclara d'un ton mielleux Sherlock Holmes.

-Qu'est-ce que vous racontez ?

Le docteur Watson semblait enseveli au milieu des cartons. Il faisait le tri dans ses livres et écoutait vaguement son colocataire. Holmes, levant les yeux devant tant d'inattention, tira une bouffée de sa pipe et répéta.

-Je disais que je plaignais le majordome de Phantomhive.

-Voyez-vous cela !

-Enfin plaindre est un bien grand mot. Disons que je ne voudrais pas être à sa place et que je m'en réjouis.

-Qu'avez-vous encore fait?

-Rien ! s'offusqua le détective. C'est vrai. C'est lui qui s'est foiré. Cela fait plusieurs jours qu'il m'espionne et il s'est fait prendre comme un amateur. Je n'ai fait que mon devoir de citoyen en communiquant à Phantomhive que son valet est un incapable.

-Effectivement, par rapport à ce dont vous m'avez habitué, vous n'avez rien fait, commenta Watson en reprenant son rangement. Je ne vois même pas pourquoi vous en parlez.

-Pour me complaire dans mon ego.

-J'aurais dû y penser.

Holmes se leva de son fauteuil et s'aventura au milieu des piles de livres. Il en piocha quelques uns au hasard, l'air dubitatif.

-Je ne saisis pas votre logique, Watson.

Ne recevant pas de réponse, il poursuit.

-Vous emportez vos Edgar Poe, mais vous souhaitez vous débarrasser de Étude avancée du système cardio-vasculaire. Vous êtes médecin ou libraire ?

-Cette étude n'est plus d'actualité. Je n'emporte que la dernière édition.

-Quant à Poe, vous l'estimez d'actualité peut-être ?

-Ce sont des romans, Holmes. Pas des documentaires.

-Et ça se voit ! ricana son colocataire en jetant les livres en vrac. Vos goûts littéraires sont des plus douteux. Vous ne comptez quand même pas relire Le Portrait de Dorian Gray ?

Exaspéré, le docteur lâcha ce qu'il avait en main et poussa un profond soupir. Une fois calmé, il répondit :

-Je ne vous savez pas critique littéraire. Je vous considérais même comme un ignorant dans ce domaine.

-Je sais lire. Et ce n'est pas nécessaire d'être journaliste ou éditeur pour comprendre que Wilde ce n'est pas pas de la grande littérature.

-J'ignore ce que vous appelez de la grande littérature, Holmes. Mais je persiste dans mon idée que vous n'y connaissez rien. Et je puis aussi déclarer que vous n'avez pas lu Oscar Wilde.

-J'ai lu le résumé et ça m'a amplement suffi. Cette histoire n'a aucun réalisme. Plus tiré par les cheveux, c'est introuvable. L'immortalité ! Qui pourrait y croire ? De nos jours, c'est la science qui règne. Tout s'explique. Tout est logique. Mêmes les croyances inutiles comme celle de Dieu volent en éclats devant elle. Vous connaissez Darwin et sa théorie de l'évolution ? Pourquoi des gens s'ennuieraient-ils à lire, ou pire à inventer, des histoires de sorcellerie, de malédictions ou autres fadaises du genre ? Quelle perte de temps ! Des enfantillages et rien d'autre. C'est tout bonnement ridicule, conclut-il d'un ton péremptoire.

-Vous êtes bien étroit d'esprit, commenta le docteur. Il est vrai que la science explique beaucoup de choses. Mais pas tout.

-Ce n'est qu'une question de temps, croyez-le bien.

-Quant à la littérature, elle est un simple plaisir. Un passe-temps, Holmes. Si les lecteurs voulaient uniquement voir le reflet de notre monde, ils liraient le journal. Là, ils veulent s'évader. Rêver. Quitter ce monde, oublier leurs soucis, se faire plaisir tout simplement.

-C'est idiot. Les faits divers sont suffisamment divertissants.

-Je ne vous force pas à aimer la littérature fantastique, contra Watson en lui arrachant le roman des mains. Seulement de laisser les gens lire ce qu'ils veulent. Tous les hommes ne sont pas aussi fermés et terre-à-terre que vous. Et cessez de mettre mes livres en foutoir !

-Pourtant, vous êtes un homme de science, vous aussi.

-Certes, mais je ne crois pas en ce que je lis. Et je ne vois pas en quoi mon activité de médecin m'empêcherait de lire Wilde, Stoker, Maupassant ou Shelley. Et vous, Holmes, qu'est-ce qui vous en empêche ?

-Je n'aime pas ça. C'est suffisant, non ? Je trouve cela puéril et sans intérêt. Quelles connaissances cela m'apporterait ?

-Une culture générale. Vous savez ce que je pense ?

-Vous allez me le dire, alors pourquoi essaierais-je de deviner ?

-Je pense qu'un univers qui vous est inconnu et incontrôlable vous angoisse. Votre esprit cartésien est votre armure et vous permet de voir le monde tel que vous désirez qu'il soit. Les évolutions scientifiques et industrielles de notre époque vous rassurent. Vous évitez le fantastique et la religion car ils regorgent de vos plus grandes peurs.

-Merci pour la séance, docteur, réplique Holmes, sarcastique. Combien vous dois-je ?

-Un peu de paix et de la place pendant que je range.

-De toute façon, j'ai des courses à faire, marmonna Holmes en s'éloignant.

-Je ne vous retiens pas.

Le docteur se replongea dans ses cartons. Dans son dos, il entendit son ami s'agiter, prendre ses affaires et sortir de l'appartement. Sans s'arrêter, il continua son rangement. Il avait un sacré tri à faire. Dans deux mois, il allait épouser Mary Morstan et quitter Baker Street. Il avait tant de choses à faire, à organiser et malgré cela il se sentait étrangement vide. Comme déprimé. Pourtant, il était plus qu'heureux de se marier avec une femme qu'il aimait depuis presque deux ans. Il chassa ses idées noires et ferma un carton.

De son côté, Holmes descendait la rue, la pipe aux lèvres, les yeux au ciel, dans le vague.

Les hostilités étaient lancées entre Phantomhive et lui. Le gosse n'allait certainement pas laisser passer ça. En vérité, Michaelis s'était montré très adroit. Mais quand il était rentré chez lui après sa dernière affaire, il avait trouvé des objets bougés – notamment la photo d'Irène. Quelqu'un était entré chez lui et avait fouillé sa demeure. Depuis, il avait vraiment apporté une attention toute particulière à ce qu'il l'entourait. À force de persévérance, il avait découvert qu'un homme correspondant au signalement de Michaelis avait pris ses habitudes dans un des immeubles de sa rue. La suite n'avait guère été difficile à comprendre.

Maintenant que la guerre était déclarée, il allait devoir donner ses premiers coups dans les rangs adverses. En tant que Noble du Mal, le comte devait avoir un réseau d'informateurs et d'alliés. C'était là qu'il comptait frapper pour commencer. Il en connaissait déjà un. Il lui suffirait de remonter la toile d'araignée à partir de lui. Surtout qu'il était devenu un de ses indicateurs préférés depuis deux ans. Tranquillement, il prit la direction de la boutique de Undertaker.

-Et bien, Sherlock Holmes, c'est pour quoi aujourd'hui ? demanda le croque-mort en se frottant les mains. Il n'y a pourtant pas eu de morts étranges ces derniers temps. Une petite affaire pour un client ?

-Non, seulement quelques recherches personnelles.

-Sur qui ?

-Le Comte Phantomhive.

Sans signe avant-coureur, Undertaker fut pris d'un fou rire incontrôlable. Coutumier à de telles réactions étranges, Holmes alla tranquillement s'assoir sur son cercueil habituel. Patiemment, il attendit que son interlocuteur se calme. Au moins, il pourrait garder la blague qu'il avait préparée en chemin pour la prochaine fois. Après quelques ultimes hoquets de rire, Undertaker essuya ses larmes et reporta son attention sur son invité.

-Et bien, et bien, mes deux clients favoris vont-ils enfin faire connaissance ? Qui l'aurait cru ? J'ai hâte d'y assister.

-En ce cas, tu pourras me donner sa carte de visite pour accélérer notre petit rendez-vous.

-Avec plaisir, je ne raterai cela pour rien au monde. Que veux-tu savoir ?

-À part toi, qui lui fournit des infos ?

-Comment serais-je au courant de telles choses ?

-Tu sais toujours tout, répliqua Holmes.

-C'est vrai. Mais cela reste une question assez difficile. Il a beaucoup de contacts – ne serait-ce que dans la pègre. Mais je pense que l'un des plus proches reste Lau.

-Lau ? Le dirigeant de Kunlun ?

-Oui, tu le connais déjà ?

-Effectivement, je l'ai arrêté il y a quelques années pour trafic de drogues. Mais les hommes de son gabarit arrivent toujours à sortir rapidement de prison. Je crois qu'il n'en a même pas vu les grilles à vrai dire. Cela fait longtemps que je ne l'ai pas vu. J'espère qu'il se souvient de moi car je compte aller lui rendre une petite visite de courtoisie.

-Oh ! Il en sera ravi ! commenta Undertaker, la voix montant dans les aiguës. J'en suis sûr.

-Et moi de même. Je vais avoir besoin de Watson pour cela. Il se débrouille beaucoup mieux que moi en société. Surtout dans de telles sphères.

L'œil aux aguets et la démarche raide, John Watson marchait à travers Soho. À ses côtés, Holmes paraissait parfaitement détendu. Il fumait tranquillement une cigarette en jetant des regards amusés au poing de son camarade crispé sur sa canne.

-Et bien, Watson, serions-nous tendus ?

-Ce qui est étrange, c'est que vous ne l'êtes pas. Nous allons dans le quartier général d'un des parrains de la mafia chinoise.

-Nous avons déjà eu affaire à lui, Watson. On connait déjà les lieux et ses habitudes.

-C'était il y a des années. Au début de notre collocation, si je me souviens bien. Beaucoup de choses ont dû changer depuis et il a certainement évolué.

-Ce sera l'occasion de vérifier ! conclut Holmes d'un ton léger. Nous y sommes.

Une grande maison leur faisait face. La façade oscillait avec style entre la tradition anglaise et des décorations chinoises. Une plaque en argent gravée indiquait un magasin de denrées et d'art asiatiques.

-Effectivement, il a évolué. Il fait aussi dans l'art à présent. Vous avez votre pistolet, Watson.

-Bien sûr. Et le votre par la même occasion.

-Excellente initiative. Entrons.

Il toqua brièvement et ouvrit la porte. Grand et lumineux, le magasin débordait d'étagères d'épices. Les murs étaient décorés par des paravents et des peintures chinoises. Des vases aux milles couleurs trônaient aux quatre coins de la pièce. Un jeune chinois se tenait derrière un comptoir. Avec un sourire, il les accueillit.

-Vous désirez, messieurs ?

-Voir Lau, attaqua directement Holmes.

L'expression du vendeur changea aussitôt. Ses grands yeux sombres détaillèrent les deux hommes. Une de ses mains glissa sous le comptoir.

-Vous êtes attendus ?

-Non, ça s'est décidé à la dernière minute. Mais c'est trop urgent pour attendre.

-Votre nom ?

-Je viens de la part du comte de Phantomhive.

-Vraiment ?

-Oui, vraiment. Pourquoi mentirais-je ? Je tiens à ma vie.

Le garçon hésita encore un instant. Enfin, il leur demanda d'attendre et il disparut dans l'arrière boutique.

-Vous jouez gros, Holmes, chuchota Watson. Vous rendez-vous compte des risques que vous prenez ?

-J'ai la situation bien en main.

-Comme la dernière fois ? Vous avez failli vous retrouver avec une aiguille entre les deux yeux.

-Une séance d'acupuncture qui a mal tourné, se défendit le détective.

À cet instant, le chinois revint et leur déclara que Lau voulait bien les recevoir. Deux autres, plus vieux et plus costauds surtout, le suivirent. Rapidement, ils encadrèrent les deux visiteurs et commencèrent à les fouiller.

-La sécurité, vous comprenez, s'excusa avec un sourire faux le vendeur. Et je vois que nous avons bien fait, ajouta t-il en voyant l'un de ses collègues déposséder Watson de ses deux pistolets.

-La sécurité, vous comprenez, répondit Holmes d'un ton badin.

-Mais bien sûr monsieur. Veuillez me suivre.

En vérité, ils n'eurent pas tellement le choix puisque les deux gorilles les poussèrent de manière fort insistante dans le dos. Ils suivirent donc leur guide. Ils passèrent des rideaux représentants des tigres blancs et arrivèrent dans l'arrière-boutique. Celle-ci n'était éclairée que par quelques bougies ce qui faisait un contraste très fort avec l'entrée. Ensuite, ils passèrent une porte qui débouchait sur un escalier en colimaçon. À la moitié, une forte odeur d'opium hanta l'atmosphère. Très vite la fumée étouffante fit tousser violemment Watson. S'attirant des regards dédaigneux de la part de leurs accompagnateurs. Ils arrivèrent enfin dans une immense cave au plafond vouté. De toutes parts, des hommes sur des matelas, le regard vide et perdu, une pipe d'opium au coin des lèvres. Certains étaient même plongés dans un profond sommeil. Ces fantômes n'attirèrent aucunement quelques attentions de la part de Holmes. Watson, lui, était mal à l'aise. Son instinct de médecin le poussait à venir au secours de ces pauvres hommes qui se tuaient à petit feu, mais il devait se retenir. Il faisait de son mieux pour ne pas croiser leur regard, mais ses yeux semblaient attirer par les leurs comme un aimant. Au bout de la salle, un homme d'une trentaine d'années, entouré de jeunes femmes asiatiques peu vêtues, fumait tranquillement en les observant les yeux mi clos. Lau.

-Alors, est-ce vous que m'envoie notre cher petit comte ? demanda t-il doucement.

-Oui, qui d'autre voyez-vous ? répondit Holmes. Pouvons-nous discuter en privé ?

-Ah ! Voilà enfin un homme qui ne perd pas de temps en bavardages inutiles. Pourquoi est-ce vous que le comte envoie et pas Sebastian ?

-Il est déjà occupé ailleurs. Il espionne un certain Holmes dans le nord de Londres.

-Ainsi, il ne peut pas se dédoubler, notre cher majordome. Ne serait-il pas parfait ? Suivez-moi, messieurs. Allons discuter.

Un petit coup dans leur dos les firent avancer autant que les paroles de Lau. Ce dernier, accompagné d'une de ses femmes, les conduit à une autre pièce, plus petite. Une sorte de bureau apparemment. Le directeur de Kunlun s'assit tranquillement dans un fauteuil, la jeune fille sur ses genoux. Les deux gorilles refermèrent la porte derrière eux. Le jeune vendeur leur avait faussé compagnie. Sûrement retourné à la boutique. Lau observa encore un bref instant ses deux invités et ricana doucement.

-Je me doutais que vous viendriez à moi un jour au l'autre, messieurs, déclara t-il. Mais prétendre avoir été envoyé par mon ami le comte était osé. Je m'en suis régalé, n'est-ce pas Ran-Mao ? ajouta t-il en caressant délicatement la joue de sa compagne.

Watson sentit son coeur rater un battement. Lau se souvenait donc bien d'eux ! Ils étaient pris au piège comme des rats et sans leurs armes à feu. Du coin de l'œil, il vit la mâchoire de Holmes se contracter.

-Votre réputation vous a précédée. J'ai tellement entendu parler de vous. Mais pourquoi venir ici maintenant ? Pourquoi prendre de tels risques ? Vous ne manquez pas de culot, ni de témérité. Vous êtes bien tel qu'on le dit. Quel est donc le motif d'une telle visite ?

Holmes reprit contenance et répondit d'une voix calme et posée comme s'il n'était pas en danger de mort :

-Le comte Phantomhive justement.

-Que c'est comique ! Entends-tu cela Ran-Mao ? Notre visiteur menteur veut le comte. Serait-ce de la folie et non de la témérité ?

-Le comte et son majordome. Je sais qui ils sont, mais j'ai besoin d'en savoir plus. Je sais que vous traitez souvent avec lui.

-Et pourquoi trahirais-je le comte ? Mais avant que vous posiez à tord vos questions, mon cher ami, répondez à la mienne et peut-être vous laisserai-je une chance de survivre.

-Quelle est votre question ?

-Qui êtes-vous ?

Le temps sembla se figer durant plusieurs minutes. Minutes durant lesquelles le regard de Lau allait de Holmes à Watson et inversement, un sourire naïf en travers du visage. Enfin, le détective reprit ses esprits et articula :

-Vous ignorez qui nous sommes ?

-Totalement ! répondit Lau sans gêne.

-Mais pourquoi avez-vous fait semblant de croire le contraire ?

-Pour vous faire parler et tenter de le comprendre par moi-même. Mais vous n'êtes vraiment pas bavards. Alors, vos noms, je vous prie.

-Sherlock Holmes et John Watson.

-Holmes ? Watson ? J'ai déjà entendu ces noms quelque part.

L'homme d'affaire chinois détacha son regard des deux compères pour réfléchir, les yeux au plafond. Holmes et Watson échangèrent un coup d'oeil et se retournèrent d'un même mouvement. Le docteur sortit une lame de sa canne et d'un mouvement vif trancha la gorge d'un des deux gardes. Le second réagit et sortit un pistolet. Mais Holmes lui donna un coup de poing en plein ventre avant de l'assommer prestement.

-Ah ! Oui ! Je me souviens de vous, s'écria Lau. Et pour de vrai cette fois. Vous m'aviez fait le même coup il y a neuf ans. Mais quelque chose a changé depuis, messieurs. Ran-Mao, peux-tu t'occuper de nos invités, je te prie.

Sans un mot, la jeune femme au regard vide et au visage inexpressif s'avança. Elle ressemblait à un zombie et mettait mal à Watson l'aise. Il raffermit sa prise sur son épée. Étonnamment rapidement, Ran-Mao s'approcha de lui et lui arracha l'arme des mains. D'un coup de pied latéral, elle le balaya. Elle sortit un poignard de sa ceinture et s'apprêtait à frapper le docteur quand la main de Holmes sur ses poignets l'en empêcha. Vivement, elle se retourna et frappa le détective en plein visage. Le nez en sang, Holmes se releva et voulut donner un coup de poing à la jeune femme, mais elle lui attrapa le bras et le rejeta plus loin. Holmes roula sur plusieurs mètres avant d'être arrêté par le mur. Il poussa un grognement de douleur.

« Je vais quand même pas me faire battre par une femme. »

D'un bond, il se remit sur ses pieds et repartit à l'attaque avant de retourner voir le mur une seconde fois.

« Ça va être long. »

Pendant ce temps, Lau s'était tranquillement dirigé vers la sortie. Mais c'était sans compter sur Watson qui se jeta sur un des pistolets des gardes et tira. Il l'atteignit à l'épaule. Dans un cri de douleur, Lau s'effondra. Le médecin s'approcha, le tenant en joue. Le chinois sortit une longue aiguille de sa manche et voulut frapper son ennemi avec, mais Watson parvint lui tordre le poignet avant qu'il ait pu finir son geste.

Une fois Lau maîtrisé, il se tourna vers Holmes qui combattait toujours Ran-Mao. Son ami évitait les coups rapides et successifs de la jeune femme. À croire qu'elle ne connaissait pas la fatigue. Parfois, il parvenait à l'atteindre, mais cela renforçait la rage de la fille. Profitant qu'elle lui tournait le dos, Watson l'attrapa à la gorge avec sa canne. Holmes aussitôt immobilisa la jeune femme. Elle se débattit comme une diablesse, mais peu à peu elle faiblissait à vu d'oeil. Enfin, elle perdit connaissance. Doucement, Watson la déposa à terre. Elle était hors jeu pendant un bon quart d'heure.

-Et bien, c'était laborieux, déclara Holmes. Filons d'ici avant que les renforts rappliquent.


De l'eau glacée réveilla Lau. Avec difficultés, il cligna des yeux, chassant l'eau, tentant de distinguer où il se trouvait. Une simple pièce sombre et nue. Deux hommes lui faisaient face. Holmes et Watson. Puis de nouveau le noir. Une douleur persistante à l'arrière de sa tête l'embrouillait et le poussait au sommeil. Mais un bruit instant, brusque et violent sonna à son oreille. Son mal de crâne redoubla et ses tympans hurlaient de souffrance. Il étouffa un cri et se sentit basculer sur sa chaise sous le choc.

Voyant le chinois à terre et tremblant, Watson poussa un soupir.

-Et voilà, vous l'avez rendu sourd, Holmes. Ce n'est pas comme ça que vous obtiendrez vos informations.

-Vous êtes docteur, non ? répondit Holmes en haussant les épaules, son klaxon en main. Rendez-lui l'ouï. C'est pas facile à dire ça : rendez-lui l'ouï.

Watson se pencha et redressa la chaise et Lau. Ce dernier avait encore les oreilles qui bourdonnaient.

-Aie, souffla t-il. J'avoue que c'est la première fois qu'une chose pareille m'arrive. Ça ne s'était pas passé ainsi la dernière fois. À moins que j'ai oublié.

-Non, mais, il neuf ans, je n'avais pas les mêmes moyens, reprit Holmes.

-Vous avez eu une promotion ?

-On va dire ça comme ça.

-Félicitations ! Que me vouliez-vous au juste ?

-J'ai besoin d'infos sur Phantomhive. Ses habitudes, comment il procède, ses forces, ses faiblesses ses alliés et ses ennemis. Et idem sur le majordome.

-Ça va être long.

-J'ai tout mon temps.

-Qu'ai-je en échange ?

-Je vous laisse votre deuxième tympan en vie et je vous libère.

-C'est honnête. Je commence par quoi, M. Holmes ?


Lau s'était transformé en un véritable service de renseignements, voir de biographe du jeune comte. Holmes avait eu du mal à le faire taire au bout d'un moment. Tout depuis l'enfance aux affaires, en passant par ses plats préférés, était passé. Le chinois avait aussi parlé des relations qu'il entretenait déjà avec le père de Phantomhive. Cependant, il n'avait rien pu dire sur Michaelis. À part sa loyauté indéfectible au comte et sa perfection, rien ne transparaissait chez cet homme. Lui-même avait fait de nombreuses recherches sur lui, mais avait fait chou blanc.

Holmes avait relâché son indicateur forcé à la frontière de Soho. Puis il était allé à Scotland Yard et à Whitehall. Il avait aussi fait un crochet par Whitechapel où il avait vite trouvé Maléfactor. Il avait aussi fait de nombreux détours et visites autour de Londres, s'arrêtant à la poste pour envoyer des télégrammes à l'étranger. Au fil des années et des enquêtes, il s'était constitué un réseau d'informateurs solide et varié. Il finissait toujours trouver ce qu'il cherchait. Et cette fois, c'était Sebastian Michaelis. Ou plutôt son passé. D'où venait-il ? Qui était-il ? Comment avait-il rencontré le comte ?

Phantomhive était revenu un mois après que tout le monde le pensait mort avec sa famille. Il était revenu avec cet homme. Holmes avait déjà fait des recherches à l'époque, mais il était à présent plus motivé et équipé que jamais. Même si le majordome avait été élevé par des berbères au fin fond du Sahara pendant vingt ans, il le retrouverait. Par la même occasion, il avait aussi demandé des informations sur les autres serviteurs du comte. Michaelis ne devait pas être le seul à avoir un passé louche dans cette maison.

Une fois tout cela terminé, il rentra et s'assit dans son fauteuil préféré. Il se laissa aller à jouer quelques ballades et classiques au violon. La guerre avait commencé. L'ennemi pouvait trembler.


La statue de la liberté tranchait dans l'obscurité grâce à son flambeau éclairé. Sebastian resta un moment pour l'admirer. Il ne l'avait jamais vu et se demandait en quoi une femme de fer pouvait inspirer la liberté aux hommes. L'espèce humaine était décidément incompréhensible. La pluie coulait le long de la toge de la sculpture et dans le cou du démon. Il rejeta agacé ses longues mèches trempées. Il devait vraiment demander au comte l'autorisation de les couper. Elles devenaient vraiment gênantes. Il reprit sa marche sans que son mystère ne soit éclairé. Mais au moins son autre enquête était parvenue à sa résolution. Il avait retrouvé Irène Adler comme il l'avait promis.

La jeune femme vivait à présent à New York avec son mari, un avocat du nom de Norton. Elle s'était échappée avec lui d'Angleterre un an auparavant. Ancienne cantatrice, elle avait eu une liaison avec l'archiduc de Bohème puis avait voulu le faire chanter. Holmes avait eu mission de l'arrêter. Adler, mariée en secret, avait fui après avoir plus ou moins humilié le détective. Cependant, il ne saisissait pas la raison pour laquelle Holmes conservait avec tant de soin une photo d'elle. Elle-même avait semblé surprise quand il l'avait interrogée.

-Je vous assure, disait-elle, je ne connais pas vraiment M. Holmes. Je l'ai croisé plus qu'autre chose. Et il était déguisé en prêtre. Il avait été embauché par l'archiduc pour récupérer une photographie que j'avais en ma possession.

-Serait-ce cette photo dont nous parlons ?

-Non, celle-là je l'ai gardée et j'étais avec mon amant dessus. Il doit en avoir une autre. J'en avais laissée une à l'archiduc quand je suis partie en Amérique. Je suppose qu'il s'agit de celle-ci. Après, pourquoi l'aurait-il gardée et que cela signifie pour lui ? Je l'ignore, monsieur. Peut-être lui ai-je fait une meilleure impression que je ne l'aurais cru.

Irène ne semblât en savoir plus et Norton apparemment pressé de renvoyer de chez lui cet homme plus jeune et séduisant que lui, Sebastian prit rapidement congé. Sa mission avait été accompli. C'était l'essentiel. Peut-être que la chanteuse avait raison. Sans le vouloir, Holmes était tombé sous son charme et avait prit la photo en hommage à cet amour perdu. Si cela était le cas, c'était particulièrement pathétique. Le démon ricana. Il espérait que son maître ne tomberait jamais aussi bas. L'amour rendait stupide et faible, mais là c'était le comble du ridicule. Il était prêt à aller voir Holmes pour lui demander si c'était là la vraie raison tant cela paraissait cliché et mièvre. Il ne lui avait paru pas ce genre d'homme. Mais bon là n'était pas son affaire.

Il releva le col de son manteau et observa avec un mince sourire le ballet lumineux des bateaux sur l'océan. Il était temps de rentrer. Il était déjà en retard pour le dîner, il ne devait pas l'être non plus pour le coucher du jeune maitre. De plus, il craignait l'état du manoir après plus d'une journée d'absence.


A dans deux semaines pour la dernière partie avec une rencontre très attendue !