Un retour aux sources. Là où tout a commencé et où tout s'est terminé. A nouveau ensemble, au théâtre de nos jeunes années. Là où tout recommencera.

« Poudlard »

C'était le Samedi matin, et Harry se regardait devant la glace depuis trois heures maintenant. Il ne bougeait pas, sauf ses muscles faciaux. Il détaillait son visage sous toutes les coutures, toutes les expressions, et il ne semblait pas satisfait. Toutes les demi-heures, il hurlait de rage, balançait un objet sur le sol, et reprenait son poste d'observation en pesant tout son poids sur le lavabo. Il était proche de la crise de nerfs, tendu à l'extrême. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas eu ce genre d'angoisse. Avec la bataille finale, à Poudlard, il avait pris confiance en lui, et ne l'avait jamais perdue. Pourtant, c'était inutile : quoi qu'il fasse, il ne pourrait jamais changer de tête ni de corps. Juste arranger autant que possible. Ce qui semblait impossible lorsqu'il regardait sa tignasse indomptable. Il avait envie d'aller se terrer sous ses draps, au fin fond de son lit, et pleurer en silence. Il ne s'était jamais trouvé moche auparavant, mais à ce moment précis, devant cette fichue glace qui ne lui renvoyait pas l'image qu'il voulait, il n'arrivait pas à se décrire autrement…

- « Je ne vais jamais y arriver, geignit-il, se prenant la tête entre les mains. Non, stop Harry, ne te laisse pas décourager ! se cria-t-il à lui-même en se redressant à nouveau et tapant sur la céramique avec détermination. Tu peux le faire ! Tu peux ! »

Il releva la tête, et se regarda par en-dessous. Minable. Il tenta en plongée… Ridicule. Profil droite, gauche. Déprimant. Il avait pourtant déjà essayé les lentilles de contact, mais cela lui avait brûlé les yeux. Il ne supportait pas de sentir deux « choses » collées sur ses rétines. Il n'y pouvait rien, c'était ainsi. Alors il s'était passé de la crème hydratante, avait un peu épilé ses sourcils broussailleux, avait rasé une légère barbe de trois jours… Mais son plus gros problème restait ses cheveux. Il avait tout tenté : le peigne, la brosse, la laque, le gel, les barrettes invisibles sorcières, même une courte tresse ou un catogan avec les cheveux un peu plus longs sur sa nuque. Rien à faire ! Le peigne et la brosse ne semblaient avoir aucun effet à par celui d'aggraver encore plus l'allure « hérisson », la laque et le gel faisaient rebiquer ses mèches par paquets et donnait l'impression qu'ils étaient sales ou qu'il avait des pellicules, quant aux barrettes, tresses et catogans… Il avait l'air tout simplement ridicule !

Mais si encore il n'y avait eu que cela ! A chaque fois qu'il faisait une tentative, elle échouait lamentablement : dès qu'il voulait avoir un visage, il en prenait un autre. Quand il voulait avoir l'air ténébreux, et il avait l'impression d'être sur le point de tuer quelqu'un. Lorsqu'il voulait être séducteur, il avait l'air d'un pervers. Lorsqu'il souhaitait être simplement agréable et sociable, il avait la tête d'un abruti shooté… Même un simple sourire semblait crispé, et il ressemblait à un faux-cul. Merlin, il avait envie de mourir ! Etait-il donc si laid que cela ?! S'était-il fait des illusions ? Ses conquêtes n'en avaient-elles que pour son corps musclé d'Aurors surentraîné ?

Parce que cela, il le savait : il était bien fait ! Même plutôt alléchant, il se devait de le reconnaître. Des muscles virils, bien dessinés et d'un bon volume sans être bodybuilder. La bonne pilosité où il faut, ni ours sauvage, ni mannequin imberbe. Une assez haute stature, associée à des épaules bien carrées et sans une once de gras bien évidemment : une vraie carrure d'athlète. Les mains fortes et calleuses d'un homme qui n'a pas peur du manuel. Une peau hâlée et épaisse de celui qui est souvent à l'extérieur et peut subir les intempéries sans grimacer. Il avait l'allure d'un aventurier, le genre de mec puissant dans les bras duquel les filles aiment se lover… Il le savait, et en était plutôt fier. Il n'avait même pas besoin de l'entretenir vu que son métier voulait qu'il fasse beaucoup de sport et dépense toute son énergie. Il se devait d'être toujours au maximum de ses capacités physiques. Quant à son tempérament, il était un tantinet hyperactif : le week-end, il partait courir, transplanait à la montagne pour escalader, ou à la mer pour nager… Il faisait des randonnées, du vélo, du Quidditch avec ses amis, du Canoë Kayak ou du Rafting… Le tout à l'extérieur autant que cela était possible. Bien sûr, il aimait aussi les occupations d'intérieur plus calmes, comme la lecture. Mais il se les réservait pour les jours de pluie.

Non, sur son corps, il n'avait rien à dire. A part peut-être qu'il ne savait pas du tout le mettre en valeur, mais pour cela il faisait confiance à Hermione qui viendrait dans peu de temps. En fait, il n'y avait que sa tête qui péchait… Il continuait à s'observer, le visage dans les mains, les coudes sur le lavabo… Il déprimait tout seul. C'était certain à présent : il n'avait séduit ses précédents amants et amantes qu'avec son physique, mais pas du tout son visage ! Il se trouvait banal, sans aucun charme, avec une tignasse de porc-épic… Sa mâchoire trop carrée lui donnait un air de brute. Son arcade sourcilière était trop proéminente, cela lui donnait l'impression d'être plus proche du singe que de l'homme… Son nez lui semblait trop long et busqué, sa fossette au menton l'insupportait, ses pommettes étaient trop hautes et trop marquées, ses joues trop creusées en comparaison, faisant ressortir le volume aux côtés de ses lèvres. Ces dernières étaient les seules qui trouvaient grâce à ses yeux : ni fines ni pleines, ni pâles ni rouges. Il avait toujours détesté ces deux extrêmes chez un homme, même si chez les femmes, il préférait une bouche vermeille et pulpeuse, exactement comme celle de Draco.

Ses pensées dérivèrent vers le beau blond. Comment pouvait-il espérer soutenir la comparaison avec lui ?! Le bel androgyne était la perfection vivante, incarnant tout ce qu'il y avait de plus esthétique, gracieux et féminin dans le corps d'un homme. Il était la réponse à tous les fantasmes et les rêves de Harry. Alors que le brun, lui, n'avait que son propre corps pour se montrer à la hauteur. Il n'était cependant pas assez agréable au regard pour mériter la merveille qu'était le Serpentard. Il le voyait bien dans son miroir. Rien ne pourrait changer cette dure réalité. Cela le minait… et l'énervait encore plus.

Alors qu'il allait fracasser son verre à brosse-à-dents sur le sol, au milieu de tout un tas d'autres objets plus ou moins intacts, la sonnette retentit. Il décida de l'ignorer en claquant la porte, oubliant déjà le récipient qu'il serrait toujours dans sa main. Ce n'était pas le moment… Pas du tout ! Il fit quelques pas sur son tapis, tournant en rond dans l'espace réduit… Il devait y arriver… Il se replanta devant la glace, s'appuyant à nouveau sur le lavabo et détailla à nouveau son visage. Ce n'était peut-être pas si catastrophique que cela… ? Il devait bien y avoir du charme dans ce visage de Cro-Magnon ! Certains arrivaient à en trouver… A moins qu'ils lui aient menti par politesse ? Cela ne l'étonnerait même pas… Peut-être qu'en mettant un peu de fond de teint, il aurait l'air un peu moins maladif ? Parce qu'en ce moment même, en se regardant, il avait la sensation qu'il allait s'évanouir. Mais il n'avait aucun maquillage… Et il savait, pour avoir entendu Ginny discuter avec Hermione, qu'il ne devait pas utiliser n'importe lequel… Et puis, cela se voyait… N'aurait-il pas l'air ridicule avec de la poudre colorée sur le visage ? Cela valait le coup d'essayer… Pour Malfoy, il pouvait bien mettre sa fierté d'homme de côté… Mais pas plus. Il n'irait pas jusqu'à mettre du mascara pour faire ressortir son regard. Il avait déjà les cils noirs de toute façon. A moins que…

Le visiteur insista. C'était la dixième sonnerie au moins. Ses nerfs étaient à cran. Il ne pouvait plus faire comme s'il n'était pas là. Il ragea et partit avec brusquerie, claquant à nouveau violemment la porte de la salle-de-bain en sortant pour se défouler, tapa plus fort que nécessaire ses pieds nus sur chaque marche, balançant ses bras d'avant en arrière en serrant les poings et marchant rapidement à grandes enjambées. Il agrippa la poignée de la porte de sa maison 12 square Grimmaurd avec élan et brutalité, et ouvrit sauvagement aux indésirables, les accueillant avec un visage colérique et un peu fou.

- « QUOI ?! » hurla-t-il.

Ron resta bouche bée, la main levée, prête à appuyer une nouvelle fois sur la sonnette. Derrière, Hermione leva un sourcil dédaigneux. Un simple coup d'œil lui permit de comprendre la situation en un instant. Ce n'était pas bien difficile : il ne portait qu'un simple jogging noir, avait des restes de gel dans ses cheveux humides, et la peau autour de ses sourcils était encore rouge et irritée de sa récente épilation… qui avait été un peu trop franche. Sans compter qu'il avait encore un peu de cire sur le visage.

- « Laisse-moi deviner, fit-elle. Tu te faisais beau pour ce soir ?

- Comment le sais-tu ? bafouilla Harry.

- Crois-moi, tu ne veux pas que je te réponde… Dis-moi, ce n'est pas un peu tôt ? Il n'est que onze heures du matin, et la fête est à vingt heures. Tu as encore neuf heures devant toi.

- C'est trop court, geignit Harry, passant ses deux mains sur le crâne pour ébouriffer plus encore sa tignasse, si cela était possible.

- Ok, Harry, calme-toi ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ? s'exclama Ron, cherchant à être pédagogue.

- Il est conquis par Malfoy et il veut se faire beau pour lui, expliqua Hermione, excédée. Mais voilà, comparé à Malfoy tout le monde est moche. Et il veut être digne de lui. Alors il tente l'impossible, comme une totale métamorphose, et s'énerve de ne pas y arriver. Je suis sûre que tu n'étais pas loin d'utiliser un sortilège quelconque. Mais Harry ! Il est malade ! Il est beau parce qu'il a une « semi-divinité » ! Et crois-moi, il préfèrerait être normal plutôt que malade ! Alors ce n'est pas en souhaitant être comme lui que tu lui rends service ! Reste tel que tu es, et ce sera parfait ! »

Ron et Harry échangèrent un regard, et fixèrent Hermione d'un air désabusé.

- « Va dans la salle de bain, Harry, dit le rouquin, on va voir ce qu'on peut faire de tes cheveux.

- Merci Ron, toi t'es un vrai ami ! »

Hermione souffla avant de les suivre. Elle avait la tenue de soirée de Harry dans un sac qu'elle jeta sur le divan avant de s'affaler dans un fauteuil. Elle pensait aider son meilleur ami à se préparer après être allée au restaurant avec eux et avoir partagé une agréable après-midi. Mais celui-ci était trop stressé pour cela, elle devait se rendre à l'évidence. Cependant, elle n'allait pas pour autant les suivre dans la salle-de-bain pour leur donner un coup de main. Ron était aussi catastrophique que Harry dans le domaine de la mode. Cela leur ferait une bonne leçon à tous les deux. Alors elle prit un magazine, et le feuilleta tranquillement en les attendant.

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- « Bon ! cria Hermione au bout d'une heure. Vous avez fini ? On peut aller manger ?

- C'est un désastre », geignit Harry en descendant l'escalier.

Hermione ne put s'empêcher de rire devant le spectacle qu'offrait le brun. Ron avait tenté de corriger la forme des sourcils devenus trop fins avec un crayon noir. N'en trouvant pas, il avait pris un marqueur… La brune devait tout de même saluer l'effort, surtout que son mari avait bien fait attention de reproduire un bel arc comme il faut. Malheureusement, l'effet était loin d'être glorieux… Si ça n'avait été que cela ! Le roux avait essayé d'égaliser les intrépides cheveux de son ami à coups de ciseaux maladroits. N'y arrivant pas, il avait raccourci au fur et à mesure. Et les cheveux trop courts n'allaient pas du tout à Harry, surtout quand quelques mèches s'échappaient, plus longues que les autres.

- « Ron… hoqueta Hermione, retenant difficilement son fou rire. Mais… Qu'est-ce que tu as voulu faire au juste ?

- Je… Je voulais juste lui rafraîchir la coupe, tenta d'expliquer le rouquin. Et puis ils devenaient beaucoup trop longs, je trouve. Quant aux sourcils… Tu connais un sort pour faire repousser les poils ? »

Hermione soupira. De quelques coups de baguette, elle effaça le désastre. Harry était de nouveau comme avant : sourcils broussailleux et jungle capillaire.

- « Bon, maintenant Harry, tu te calmes, ordonna calmement la médicomage en lui prenant les épaules. Nous allons manger tranquillement au restaurant, Ron a gentiment proposé de payer. Ensuite, nous allons passer une bonne après-midi détente en se promenant ou allant jouer au Quidditch au Terrier. Tu n'as pas oublié l'invitation des Weasley à ce sujet ? Cela te fera du bien de dépenser ton trop plein d'énergie. Ensuite, à 19 heures, nous reviendrons nous préparer ici. Et toi, tu vas me faire confiance, parce que c'est moi qui vais te pomponner. Crois-moi, tu seras parfait. Même si je n'ai pas du tout envie que tu tentes de séduire Malfoy… Mais bon, passons. Ensuite, nous transplanerons devant le portail de Poudlard, et tu pourras faire le paon.

- Merci Hermione », souffla le brun, gêné de s'être montré si angoissé.

Ils prirent chacun leurs affaires. Clefs, sacs, portefeuilles et baguettes. Et se rendirent à la brasserie moldue qu'ils avaient l'habitude de fréquenter. Dan, le serveur qui était à force devenu un ami, les installa à leur table après avoir bavardé quelques instants. Il resta debout à côté d'eux pour continuer la discussion et cria leur commande au chef derrière le bar sans même avoir besoin de leur demander ce qu'ils voulaient.

Dan Mickaël avait toujours été d'un naturel très sociable. Mais ces trois-là étaient ses préférés. Il aimait papoter de la pluie et du beau temps avec eux, raconter les derniers ragots, parler des faits divers, et cancaner sur la tendance du moment. Il avait toujours l'impression de leur apprendre tout un tas de choses, et pour les sorciers qui se faisaient passer pour des moldus, le jeune homme était plus efficace qu'un journal télévisé. C'était ainsi qu'ils avaient appris la crise politique en Belgique, le retrait des soldats britanniques d'Ulster, l'intégration de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'Union Européenne, ou même l'interdiction de fumer dans les lieux publics depuis le 1er Juillet. Ce jour-là, d'ailleurs, Harry avait commencé à sortir une cigarette avant que Dan ne s'interpose vivement.

Au bout de quinze minutes, et une fois leur cocktail servis, le serveur retourna à son travail. Hermione en profita pour s'éclaircir la gorge, retenant l'attention de ses deux amis qui allaient parler Quidditch.

- « Maintenant que nous sommes bien installés et pouvons parler librement, j'aimerais juste te demander, Harry, si tu es bien conscient de la situation…

- Tu ne vas pas recommencer ! s'irrita le brun, son verre de Marco Polo à mi-chemin de ses lèvres. Zabini m'a déjà fait la leçon, et toi aussi ! J'ai compris, je suis un porc, mais j'assume.

- Non, non, mais juste… admettons. Ce soir, tu seras sur ton trente-et-un, parfaitement à ton avantage puisque pomponné par mes soins. Tu es séduisant et pourras donc très bien attirer Malfoy. Quand il sera sous ton charme, tu fais quoi ?

- Tu me poses sérieusement la question ? s'étonna l'Auror, jetant un regard interloqué à Ron qui refusait d'ouvrir la bouche quand sa femme donnait une leçon. Et bien… Je l'amènerais sans doute dans un endroit intime… Un des dortoirs, puisqu'ils seront libres, ou bien je le ramènerais chez moi. Et… je dois vraiment t'expliquer ce que je lui ferais ensuite ?

- Donc, tu l'emmèneras dans un dortoir en prenant bien garde à ce que personne ne vous dérange en lançant un sort, et tu lui fais l'amour.

- « Baiser » serait un terme plus exact, ne pu s'empêcher de faire remarquer le roux, cherchant ensuite à se cacher derrière son Whisky-Coca.

- Tu le « baises », articula difficilement la jeune femme, n'aimant pas du tout cette précision et le faisant savoir. D'accord. Tu lui offres la plus belle nuit qu'il ait jamais eue. Et ensuite ?

- Ensuite ? Euh… je ne sais pas moi… On recommence ?

- Donc, tu veux un plan cul ?

- Où veux-tu en venir ?

- Je veux que tu saches ce que tu attends exactement de lui, Harry. Parce que si tu veux plus que forniquer, tu devras te préparer à sa future folie et à sa mort. Draco n'est pas n'importe qui : c'est un mourant ! Cette fois-ci, je ne te demande pas de penser à lui, mais à toi. Lui essuyer la bave sur le menton et acheter une belle pierre tombale, c'est ça que tu veux ?

- Hermione, fit Ron, si surpris qu'il en avait renversé un peu de sa boisson sur la nappe blanche en papier gaufré. Mais ça ne va pas de dire de telles choses ?

- C'est pourtant la réalité, il va falloir s'y faire le plus rapidement possible. Plus on attendra, plus ce sera difficile. Surtout pour toi, Harry, qui sembles vouloir plus que de l'amitié. Ce sera bien pire si tu tombes amoureux. Et ne fais pas cette tête, ça arrive même à des gens biens tu sais ? soupira-t-elle, exaspérée. Qui peut savoir ce qu'il va se passer ? Ce cas de figure peut très bien se produire, et ce sera la catastrophe pour toi. Je ne suis pas sûre que tu t'en rendes bien compte… Oh, bien sûr, vous vivrez de jolies histoires, vous vous forgerez de beaux souvenirs et des nuits de folie ! Mais tout ce qui te restera, c'est un album photos et une tombe. Et même si c'est la vie, que cela arrive à tout le monde, que cela peut se produire par accident et n'importe quand… Toi, cela t'arrivera vite, brutalement et irrémédiablement ! Tu le sais et ça change tout ! Est-ce que c'est ce que tu veux ? Foncer dans un mur en sachant pertinemment que tu vas rentrer dedans ? C'est ça que tu veux ?

- Non, bien sûr que non !

- Alors arrête de vouloir te faire beau pour lui. Parce que tu ne l'auras jamais puisque tu ne veux pas le perdre. Et malheureusement, si tu l'as, tu le perdras !

- Ca ne t'a jamais traversé l'esprit qu'on puisse avoir des « nuits de folies », comme tu dis, et rien de plus ? Je suis même sûr qu'il adorerait pouvoir coucher avec quelqu'un autant qu'il voudra avant de mourir !

- Et tu ne crois pas que la première chose à faire serait de lui demander son avis ? poursuivit la médicomage de plus en plus contrariée, en se penchant au-dessus de la table pour se rapprocher de son interlocuteur, serrant son verre de kir à s'en faire mal aux jointures.

- Cela signifie quoi pour toi, le mot « séduction » ? gronda le brun, le regard un peu plus sombre. Un viol collectif ?

- C'est un équivalent de « persuasion », ou même d'une forme de « tromperie », persista-t-elle, pointant cette fois-ci un doigt déterminé qu'elle martelait au centre de la table à chaque synonyme, les yeux plissés, toute entière à la confrontation. Tu vas te contenter de l'enjôler sans pour autant définir clairement tes intentions. Moi, j'appelle ça « embobiner », « baratiner » ou « mener en bateau » !

- T'es pas croyable ! s'emporta pour de bon l'accusé dans un grand mouvement de bras expressifs. Est-ce que tu t'entends parler ? Tu vas coller un procès à tous les garçons qui veulent tenter leur chance auprès des filles ? Ou même aux animaux qui font des parades amoureuses ? Qu'est-ce que tu reproches à cette pratique vieille de plusieurs millénaires ? Le fait même de charmer permet de savoir si on a une chance auprès de la personne convoitée avant d'expliquer ou faire comprendre ce qu'on souhaite vraiment ! Des femmes le font aussi, je te l'apprends ?

- Ce que je condamne, ce sont les profiteurs ! rétorqua Hermione, les deux mains à plat sur la table, le visage à quelques centimètres de celui de son meilleur ami. Ceux qui abusent du pouvoir qu'ils peuvent avoir sur autrui avant de les jeter comme on se débarrasse d'une cape passée de mode. De même que ceux qui s'adonnent à ce genre de conduite n'importe où, n'importe comment, et avec n'importe qui.

- Alors c'est ainsi que tu me vois ? demanda Harry, à la fois hors de lui et choqué qu'elle puisse penser une telle chose. S'il y a bien une chose qu'on ne peut pas me reprocher, c'est bien ça ! J'ai toujours été correct et clair ! Jamais insistant, jamais déplacé, jamais dérangeant ! Si mes conditions ne convenaient pas, si je ne plaisais pas, ou si je m'étais trompé sur les objectifs de l'autre, j'allais tout simplement voir ailleurs sans m'acharner. C'est tout !

- Et c'est ce que tu comptes faire avec Malfoy ? fit plus calmement la brune, le ton ironique malgré elle. Tu laisseras tomber dès le premier refus ? Ou tu lui diras que c'est juste du sexe avant ou après l'avoir « baisé » ? Ne me prends pas pour une idiote, c'est différent avec lui. Déjà parce que tu le connais depuis longtemps, et tu t'es toujours fixé comme règle implicite de ne jamais coucher avec des amis, ou même des connaissances plus ou moins proches. Mais il est aussi le seul à te faire un tel effet. Et à cause de cela, tu ne laisseras passer aucune occasion pour le posséder. Je veux juste que tu sois honnête, Harry, continua-t-elle en secouant la tête pour se calmer et remettre ses idées en place, elle ne devait pas braquer le brun. Il y a beaucoup trop de facteurs en jeu dans une telle relation, qu'elle soit charnelle ou sentimentale. Tu ne peux te permettre d'ignorer un seul d'entre eux ! La réciprocité, les sentiments possibles ou la mort prochaine, sans oublier la folie. Et je ne parle même pas du fait que Malfoy puisse être hétérosexuel ! Avoues que tu n'y as même pas songé face à son aspect androgyne. Il est ainsi à cause de sa maladie, et s'il porte des vêtements féminins, c'est peut-être pour une toute autre raison que son orientation sexuelle. Il y a aussi, naturellement, la possibilité que cette histoire dérape, et que tu gâches les derniers jours qui lui restent. Tu penses pouvoir continuer à vivre avec ça ? Tu crois que Zabini, Nott et Parkinson te laisseront tranquille si tu détruis les derniers rayons de soleil de sa vie ? Surtout après que Blaise nous ait expliqué que Malfoy voulait juste partir sans regret et être heureux autant qu'il le pouvait. Mieux encore : crois-tu que ses meilleurs amis, qui ont été à Serpentards je te rappelle, te permettront de le conquérir sans intervenir ? Est-ce que ces trois derniers jours ne t'ont pas appris à quel point Zabini est protecteur et ne te porte pas du tout dans son cœur ? Tout cela est bien trop important pour que tu laisses libre court à tes pulsions. Et tout ce que je veux, Harry, c'est que tu prennes en compte tous les tenants et aboutissants avant de faire quelque chose que tu pourrais regretter. Ensuite, quoi que tu décides, tu le feras en connaissance de cause et tu devras assumer. »

Cette longue tirade jeta un froid. Bien sûr le Survivant n'était pas stupide, il avait songé à tout cela. Mais il s'était contenté de penser qu'il verrait bien sur le moment. Et à ce moment précis, il se sentait l'âme d'un gamin pris en flagrant délit de mauvaises intentions. Il aurait voulu répondre à son amie un long monologue endiablée qui aboutirait à « je sais très bien ce que je fais et tu n'es pas ma mère, alors occupe-toi de tes affaires ». Cependant, il ne pouvait pas dire cette phrase seule sans passer pour un enfant de cinq ans, et il n'avait rien du tout pour argumenter au-delà…

Il fût sauvé par l'arrivée des plats. Dan rit quelques secondes sur leur air dramatique, mais se tut bien vite en comprenant qu'il n'y avait rien de drôle. Il s'esquiva dès que possible en se demandant quelle mouche les avait piqués. Ron s'empressa de piquer sa fourchette dans le plat de spaghettis bolognaise sous son nez, pensant qu'avoir la bouche pleine était la meilleure excuse possible pour ne pas avoir à intervenir. Ce n'était pas la première fois que Malfoy était un sujet de discorde entre sa femme et son meilleur ami. Et il avait peur que son comportement des derniers jours, c'est-à-dire ignorer le beau blond qui lui faisait bien trop d'effets, lui revienne en pleine face s'il avait le malheur d'ouvrir la bouche, à la manière d'un vicieux frisbee à dents de serpent auquel on ne fait plus attention.

- « Je le regretterais si je n'essaie rien, murmura enfin Harry au bout de quelques minutes.

- Alors fais attention de ne pas regretter d'avoir tenté quelque chose », répondit Hermione du tac au tac.

Celle-ci, satisfaite d'avoir finalement eu une réponse, entama à son tour sa salade océane. Le brun laissa refroidir encore quelques minutes son croque-madame avant suivre l'exemple de ses amis, l'air morose.

[===]

L'après-midi fût bien plus agréable que le dîner silencieux. Une fois au Terrier et après avoir salué poliment les présents, Harry s'était presque jeté sur son balai pour s'envoler vers le petit terrain de Quidditch aménagé dans le champ d'à côté. La médicomage se contenta de converser avec M et Mrs Weasley en les regardant du coin de l'œil.

Les deux équipes avaient été vite distribuées : c'était toujours les mêmes. Harry en tant qu'attrapeur, avait à ses côtés Ron comme gardien, Ginny, Neville et Padma dans le rôle de poursuiveurs, quant à Lee et Parvati, ils étaient les deux batteurs. Cette dernière s'était montrée excellente dans ce domaine. Elle aimait dire qu'elle laissait libre court à sa furie pour frapper le plus fort possible sur les Cognards. Mais ce qu'elle ne précisait jamais, c'était la justesse de chacun de ses coups : rares étaient les fois où elle manquait la balle, ou que la trajectoire de renvoi ne croise pas la route d'un joueur adverse. Grâce ou à cause d'elle, les opposants étaient revenus avec des bosses et des bleues de belle envergure. A côté, Lee se débrouillait à peu près mais ne tenait pas la comparaison. Et sa jumelle, Padma, traînait un peu à l'arrière avec Neville. Cela équilibrait les forces. Car Harry, Ron et Ginny n'avaient plus besoin de prouver leurs capacités dans ce sport.

A l'autre bout du terrain se trouvait Luna à la place de gardien. Elle était égale à elle-même : étonnante ! Elle pouvait laisser passer le Souaffle pour commenter la forme d'un nuage ou observer le vol de papillons, tout comme elle était capable d'exécuter une acrobatie incroyable pour arrêter les balles les plus retorses, le tout sans même cligner des yeux. Comme poursuiveurs se trouvaient Angelina, Seamus et Dean. La première était évidemment excellente, pendant que le dernier était tout juste bon, sans plus. Le cas de l'irlandais cependant, était aléatoire : certaines fois, il pouvait enchaîner les passes en riant, alors que les autres jours le voyaient si empoté qu'il faisait un écart sur son balai pour laisser tomber la balle dans l'herbe. Il était même arrivé une fois où il avait eu du mal à s'envoler sur son propre Nimbus 2000. Georges et Percy s'amusaient comme des fous avec leur batte, se renvoyant parfois un Cognard dans un ping-pong renversant, avant que l'un d'entre eux se décide à surprendre un joueur adversaire par derrière. Ils étaient redoutables. Mais ce fût Audrey, la femme de Percy, qui fût la plus surprenante : elle arrivait parfois à capturer le Vif-d'Or avant Harry ! Celui-ci, pour un souci de justice, avait un bras attaché dans le dos. Cela ne l'empêchait pas pour autant d'attraper la balle dorée dans plus de la majorité de leurs matchs. Mais Audrey s'était montrée à la hauteur de sa position. Pourtant une jeune femme plus passionnée par le tricot et l'entretien d'une maison que par un quelconque effort physique qu'elle avait en horreur, elle volait avec adresse et agilité tout en effectuant sans le savoir des figures périlleuses avec brio et panache. La toute première fois où elle s'était lancée à toute allure vers le sol, son mari avait frôlé la crise cardiaque. Malgré ses réussites et les louanges qu'elle récoltait, elle rechignait toujours à entrer sur le terrain pour combler le manque de joueur.

Harry monta haut vers le ciel en attendant que tous les participants se mettent en place. Il avait besoin de s'aérer l'esprit pour réfléchir. Les paroles de Hermione tournaient en boucle dans sa tête. Comme à chaque fois qu'elle lui faisait la leçon. C'était à la fois frustrant et revigorant : elle parvenait à trouver les bons mots pour remettre en question et faire évoluer ses auditeurs. Même si le premier choc était toujours difficile à encaisser, le résultat se révélait immanquablement positif. C'était ce que se répétait le brun en sentant le vent sur son visage, attendant la fameuse révélation constructive qui lui soulagerait ses cellules grises. Il se rappelait les mots de Blaise, deux jours auparavant : « la lutte entre l'envie et la raison ». C'était exactement cela. Même si la deuxième partie de sa phrase, « le désir ou le respect de son prochain », n'était pas du tout vraie. Il désirait tout autant qu'il respectait. Pourquoi Zabini et sa meilleure amie ne pouvait comprendre cela ? Etait-ce incompatible pour eux ? Parce qu'il respectait le blond, il ne devait pas l'approcher ? C'était stupide ! Et si Draco n'était pas contre, comment pourrait-il le savoir s'il ne faisait rien ?

Hermione avait, encore une fois, raison : il devait savoir ce que voulait Malfoy avant de tenter la moindre approche. Il y avait bien trop en jeu dans cette histoire, et c'en était énervant. Harry n'avait pas l'habitude de cela. Pour lui, tout avait toujours été simple : « Tu veux baiser ? Oui ? Chez moi ou chez toi ? » et après, « Bye ». C'était tout. Mais il ne pouvait faire de même avec le bel ange. Alors comment faire pour évaluer ses possibilités sans séduire ? Comment deviner si l'androgyne accepterait un plan cul ou non malgré sa mort, sa folie, ses amis et tutti quanti ?

Et lui-même ? Se contenterait-il d'une seule fois avec ce fantasme ambulant ? Si cela se révélait décevant, oui, sans aucun doute. Mais il en doutait… Même si le brun faisait tout le travail et que le blond se contentait de la position de l'étoile de mer échouée, il était persuadé de prendre son pied comme un fou. Cette diffusion d'hormones incessante que dégageait Draco pour affoler les virilités environnantes était la preuve incontestable que cela serait le septième ciel assuré. Alors comment convaincre Malfoy, dans le cas où celui-ci serait d'accord pour l'acte sexuel, d'entretenir des relations charnelles régulières avec lui jusqu'à la fin ?

Ces derniers mots le firent tiquer. Il n'aimait pas du tout la tournure que prenaient ses réflexions. « Jusqu'à la fin » ? Serait-il capable de copuler avec un mort ? Un fou ? Ou encore un mourant ? Mais ne l'était-il pas déjà, mourant ? Non, ou du moins il n'en avait pas l'air, et cela changeait tout. S'il agonisait, il n'y penserait même pas, aussi beau soit-il. Mais Harry était-il capable de coucher ponctuellement avec lui en sachant tout cela ? Il avait pensé que oui, mais le doute s'insinuait. Et jusqu'à quand exactement ? Quand mettre fin à ces rapports ? A quel moment dirait-il « stop, c'est fini » ?

Harry se frappa furieusement le crâne à coups de poings, s'arrachant presque les cheveux au passage. Pourquoi pensait-il à l'après alors qu'il n'était même pas certain de pouvoir faire quoi que ce soit ? Et pourquoi se torturer ainsi ? Ne serait-ce pas plus facile d'abandonner maintenant ? Il ferait mieux de contacter Déméter ou Sebastian, ses deux réguliers, pour soulager son manque. Peut-être pourrait-il alors raisonner avec autre chose que son entre-jambe. Car si le sexe devait être une telle prise de tête, cela n'en valait certainement pas la peine ! Le brun avait toujours été persuadé que c'était les liens émotionnels et sentimentaux qui étaient complexes. Rien d'autres. Et il n'était certainement pas attiré par autre chose que le corps de rêve du blond. Il ne connaissait même pas ce nouveau Draco, et l'ancien de Poudlard le révulsait. Alors pourquoi il se torturait de la sorte ? Parce que Malfoy incarnait à lui seul la somme de tous ses désirs et fantasmes ? Qu'importe, cela n'en valait pas la peine !

Il avait déjà ses deux bels androgynes blonds, même s'ils ne lui arrivaient pas à la cheville esthétiquement parlant. Sebastian avait les compétences et la souplesse exceptionnelles dues à sa profession d'acteur pornographique qui le surprenaient à chaque fois, éloignant efficacement toute trace de monotonie. Et Déméter, qui répondait toujours présent à ses appels quelque soit l'heure du jour ou de la nuit depuis plus de trois ans maintenant, connaissait si bien ses zones érogènes qu'il arrivait à l'exciter en quelques secondes et de n'importe quelle façon, assurant une nuit de débauche garantie. Tous deux étaient plutôt endurants, et n'avaient jamais exprimé l'envie de plus ou d'arrêter. Que demander de plus ? Sebastian l'acteur pouvait même incarner n'importe quel rôle au lit ! Soubrette soumise, pompier en feu, femme fatale, arrestation policière, victime de viol, contrôleur d'impôt vicieux, professeur réprobateur, chaud lapin et autre animal à fourrure, militaire intransigeant, infirmière attentionnée, douce bonne-sœur, etc. Se faire filmer ? Aucun problème. Un public ? Pas de soucis. Il lui avait même proposé de tourner dans un de ses films, mais il avait refusé de peur qu'un sorcier ne le voie. Il avait tout de même une image à préserver. Quant aux parties à trois, ni Sebastian, ni Déméter n'étaient contre. Ils l'avaient déjà fait plusieurs fois !

Alors que Harry prenait un malin plaisir à se remémorer ses parties de jambes en l'air avec ses deux blonds pour en oublier un autre, ses amis commençaient à lui crier de redescendre vers le terrain afin de démarrer la partie. C'était alors calme et serein qu'il vit le Vif-d'Or être saisi par une Audrey toujours aussi impressionnante. Deux fois de suite.

[===]

Il était vingt heures moins dix minutes, et Harry s'admirait devant le miroir de l'entrée. Hermione avait fait des miracles, comme toujours. Elle s'était montrée d'autant plus enjouée que le brun lui avait avoué abandonner toute tentative libidineuse à l'encontre de son patient condamné. L'Auror se dit qu'il devait absolument dire « sésame » à tout ce que pourrait dire la médicomage quand elle devait l'aidait à se préparer. Ainsi, il pourrait toujours se tenir devant son reflet et penser sincèrement « en fait, je suis plutôt beau ».

Elle avait réussi le miracle de dompter l'indomptable en passant méticuleusement un gel sorcier « aspect sortie de douche » sur chacune des mèches de ses cheveux. L'anarchie capillaire était coiffée sans en avoir l'air, faisant passer ses épis récalcitrants pour des membres à part entière de la crinière… juste un peu plus autonomes que les autres malgré tout. Ces électrons libres gravitaient avec art autour de l'atome chevelu, créant une molécule enfin harmonieuse. Le brun aurait pu pleurer de joie face à ce miracle. Même en secouant la tête, tout revenait à sa place, les fameux libertins se dandinant un peu plus longtemps cependant. Ce jour tant attendu était arrivé : Harry Potter avait enfin un mouvement gracieux sur le crâne, et non plus un hérisson mort.

Mais cette merveilleuse amie ne s'était pas arrêtée là. Elle avait épilé quelques poils dans ses sourcils pour les affiner légèrement. Et même fait repousser un peu de barbe pour accentuer son look « négligé chic maîtrisé ». Quand elle lui avait donné l'intitulé de son thème stylistique, il l'avait regardé avec beaucoup de suspicion. Et Ron avait écarquillé les yeux d'incrédulité. Tous les deux s'étaient attendus à voir le brun transformé en lycéen populaire et cool en toutes circonstances, comme les clichés des films moldus. Toujours faire confiance à Hermione. Toujours ! Au lieu de Zac Efron et sa coupe « dans le vent », dans tous les sens du terme, il se sentait l'âme d'un Aragorn aux cheveux courts.

Heureusement cependant, sa tenue était bien moins poussiéreuse. Il portait un pourpoint de cuir de dragon à manches courtes plus sombre qu'une nuit sans lune, brodé de motifs abstraits en fils de métal blanc précieux et aux boutons du même matériau. Il était ouvert sur un simple et banal marcel en coton également ébène. En bas, un jean tout aussi ténébreux, passé sous des bottes sombres lacées en peau de dragon de la dernière collection Automne/Hiver 2007 de la marque sorcière « Tissard et Brodette » : motifs géométriques marqués à chaud, aspect vieilli tirant sur le vert-de-gris, cordelettes enduites « vert sauge », écusson de la marque brodé de mercure scintillant, boutons en perles noires d'Haïti, et légère talonnette. Pour la touche finale, une cape assortie à ces chaussures, d'un matériau cependant bien plus fin et léger, doublé de soie de la même couleur presque grise, et tenue par une agrafe d'argent ciselé en forme de tête de lion, des émeraudes à la place des yeux. La médicomage précisa qu'elle s'était servie dans le coffre de Harry pour les achats, et celui-ci se rappela qu'il lui avait effectivement prêté la clef pour ces dépenses. Il n'avait pas eu le temps de le faire lui-même. Et c'était heureux.

L'Auror en tenue de soirée se tournait dans tous les sens pour admirer le bel ouvrage des artisans. Il avait vu la note, et ne pouvait que reconnaître que tout cela valait chaque Gallion dépensé. Même s'il avait pali devant les chiffres… Il attendait ses amis, encore affairés à l'étage, et entendait Ron crier sous les coups de brosse vigoureux de sa femme dans sa tignasse emmêlée après leurs parties de Quidditch. Le brun eut une pensée pour le beau blond, se demandant dans quelle tenue affriolante il allait être ce soir. Il se réprimanda intérieurement pour ses pensées, grognant devant sa bêtise. Il ne devait plus penser à lui, l'avoir sous les yeux toute la soirée allait le torturer bien assez, pas la peine de commencer avant.

Les deux époux arrivèrent enfin, resplendissants dans leurs vêtements distingués. Ils marchaient théâtralement, tel un couple d'aristocrates descendant royalement l'escalier menant à la salle de bal. L'effet était quelque peu perturbé par les sourires amusés de leur mise en scène et les rires qu'ils tentaient d'étouffer. Harry ne put s'empêcher de les siffler diverti par le spectacle. Ils étaient vraiment beaux et formaient un couple adorable ainsi assortis. Ron était vêtu d'une chemise en cotte de mailles sorcière aussi légère que du tissu, quelques anneaux cuprifères dessinaient un blason représentant une fleur de lys surmontée d'une couronne sur sa poitrine gauche. Un foulard de soie, noué en Ascot, d'un corbeau velouté à motifs Paisley également cuivrés. Un pantalon de costume sombre avec pli sur le devant et ourlé extérieur, et des chaussures identiques à celles de Harry, version bottines. Ce même accessoire se retrouvait sur Hermione en tant qu'escarpins, les cordelettes lacées le long de ses mollets fins à la manière des ballerines. Elle était parée d'une longue robe bustier faite dans la même cotte de mailles sorcière que son mari, plus rigide cependant sur le buste. Le même emblème héraldique cuivré à droite de sa taille mince. Court au dessus des genoux sur le devant, le fourreau trainait sur le sol après ses pas. Autour de son cou, la brune avait une écharpe identique à celle de Ron, nouée de la même façon. Elle avait relevé ses lourds cheveux parfaitement lissés en un chignon complexe d'où s'échappaient quelques mèches. Les yeux soulignés d'un khôl charbonneux, et les joues très légèrement rosies. Des pendants cupriques aux oreilles. Les trois Gryffondors possédaient une cape similaire en tout point, sauf l'attaque qui était en cuivre et rubis pour le couple.

- « Vous êtes superbes ! s'exclama Harry, ravi. Mais dis-moi, Hermione, tu as craqué pour les accessoires « Tissard et Brodette », non ?

- C'est si visible que ça ? rit la jeune femme.

- Nous devrions nous dépêcher, nous sommes déjà en retard, fit remarquer Ron les yeux fixés sur l'horloge comtoise du couloir.

- Une dernière petite touche pour Harry… »

La médicomage trottina aussi vite qu'elle put vers le salon sur ses talons aiguilles de huit centimètres. Lorsqu'elle revint, elle enfila une paire de lunettes de soleil style aviateur sur le nez de son meilleur ami. Elle se recula d'un pas, observa, et valida.

- « Tu es sûre de toi, là ? s'étonna le brun. Nous allons à une soirée, ce sera le soir, et nous serons à l'intérieur alors… pourquoi ?

- Parce que c'est la classe ! se justifia-t-elle avec un sourire aux dents blanches éclatantes, soulignées par un rouge-à-lèvres carmin vif. Fais-moi confiance, tu es terriblement sexy ainsi.

- Je vais surtout avoir l'air ridicule… grogna l'Auror. Je suis vêtu à la mode sorcière, et porte des lunettes de soleil moldues pour une soirée à l'intérieur d'un château… Super.

- Arrête donc de râler ! Est-ce que j'ai eu tort jusqu'à présent ? Non. Donc tais-toi, et ne les enlève que lorsque tu discutes avec quelqu'un, compris ?

- C'est-à-dire tout le temps, du moins j'espère sinon je risque de m'ennuyer, rit-il franchement. Et j'imagine que je dois les remettre après ?

- Tu imagines bien. Et je ne veux plus rien entendre. On en reparlera ce soir après que tu ais fait ton petit effet. »

Harry soupira dramatiquement, amusé malgré lui. Il se sentait heureux. Et ce n'était pas uniquement dû à la présence de ses amis qui le remplissait toujours de joie. C'était surtout qu'il allait retourner à Poudlard ! Un vrai bonheur ! Il savait que l'immense école lui avait manqué, mais pas au point d'en avoir des fourmillements le long des membres. Il n'avait pas cette sensation, comme auparavant, qu'il allait rentrer chez lui. C'était plutôt la nostalgie de cette émotion passée, à la manière d'un adulte qui rend visite à ses parents dans la maison familiale où il avait grandi. Où il redécouvre les cachettes secrètes de son enfance, ses terrains de jeux, les endroits où il s'était fait mal, les autres où il était parti bouder, ceux où il s'exilait pour travailler… Le lit où il avait dormi, ses jouets préférés, les photos accrochés aux murs ou posées sur les meubles, les imperfections ou les détails qui avaient fait galoper son imagination débordante, son doudou, l'arbre dans lequel il grimpait…

Il inspira longuement pendant que ses amis sortaient sur le palier. Ils attendaient qu'il les rejoigne. Puis, ils transplanèrent ensemble.

[===]

Ils pouvaient entendre la musique et les rires depuis le portail de Poudlard. Rien n'avait changé depuis la dernière fois. L'été 1998. Neuf ans. Le château avait été rebattit intégralement grâce à un antique sortilège très complexe prenant sa source au cœur même de l'édifice. Cela avait été un calvaire pour le faire fonctionner, mais en valait la peine. Même l'usure du temps avait été reproduite. D'après le Professeur McGonagall, la magie tellurique avait puisé dans les souvenirs de chacun pour se reconstruire. Les observateurs avaient donc l'impression que rien ne s'était passé en ces lieux. Et pourtant, il y avait eu une grande bataille. Beaucoup de morts. Beaucoup de haine. Beaucoup de tragédies… Et des enfants qui s'étaient arrachés à leur enfance, à la même manière d'un reptile muant, et avaient revêtu l'armure des guerriers. Lui-même s'était senti métamorphosé en quelques minutes ce jour-là. De tous les souvenirs marquants qu'il pouvait avoir en ces lieux, la guerre prédominait.

Même si Poudlard ne portait plus aucune trace de cet événement militaire sorcier à présent historique, les fantômes des souvenirs hantaient toujours le site, presque aussi vivants qu'autrefois. Le portail de fer forgé s'ouvrit, et une calèche tirée par des Sombrals les attendait. Aucun des trois Gryffondors n'émit le moindre son, et tous savait à quoi pensait les deux autres : très peu des invités présents aujourd'hui pouvait se vanter de ne toujours pas voir ces créatures équidés.

Le trajet sembla interminable, et fût pourtant court. Ils se regardèrent quelques instants après que le véhicule se soit arrêté. Ils redoutaient les diverses réminiscences qui leur sauteraient au visage. Ils entraient en terrain miné. Trop heureux de revoir l'école où ils avaient tout appris, ils avaient préféré ignorer le mauvais pour ne garder que le bon. Mais celui-ci refaisait toujours surface au moment où on s'y attend le moins : alors qu'ils pensaient retrouver un jardin fleuri, ils ne voyaient que des cadavres joncher le sol. Aucun des Gryffondors ne trouva le courage de sortir pour se confronter au passé. Hermione avait les yeux humides et serrait convulsivement la main de Ron. Celui-ci avait pâli, un exploit compte tenu de son teint crayeux. Harry préférait ferme les yeux derrière ses lunettes de soleil salvatrices. Il inspira de longues goulées d'oxygène, tentant de forcer les moments agréables à sortir de sa mémoire pour effacer l'horreur. Même la dernière et septième année qu'ils avaient passée au château, de Septembre 1997 à Juin 1998, s'était déroulée dans un silence lugubre et un calme sacrilège tant il était atypique. Il devait se rappeler des moments plus éloignés encore… De la première à quatrième année de préférence.

La première fois qu'il avait vu l'édifice moyenâgeux. Sa rencontre avec Ron et Hermione. La Grande Salle et ses bougies flottantes, son ciel artificiel et ses longues tables regroupant chaque maison. Le Choixpeau magique. Les cours du Professeur Rogue, qui le faisait rire maintenant qu'il n'avait plus à y assister. Le snobisme insupportable de Malfoy et leurs disputes incessantes. Hagrid. Les escaliers se mouvant sans cesse. Dumbledore et son sourire énigmatique, ses lunettes en demi-lune fièrement posées sur l'arrête du nez aquilin. Le bureau du Directeur et ses instruments fantastiques. Fumseck. L'épée de Gryffondor. Rusard et sa chatte Miss Teigne, galopant dans les couloirs à la recherche d'élèves à punir. La cape d'invisibilité découverte dans un paquet cadeau, le matin de Noël, avec un mot assurant son appartenance à la famille Potter, son tout premier cadeau…

Un doux sourire commençait à se former sur son visage hâlé. La première photo de ses parents, dans un album photo offert par le Garde-chasse. Le Wingardium Leviosa qui les avait unis à Hermione, piégée dans les toilettes des filles avec un Troll des Cavernes adulte. Le Professeur McGonagall. Les Animagus. Cornedrue, Lunard, Queudver et Patmol. La carte des Maraudeurs donnée par les jumeaux Weasley. Sirius Black, ce grand chien noir qui lui avait tant fait peur en troisième année, son parrain… Remus Lupin et ses cours de Défenses Contre les Forces du Mal, de loin les meilleurs. L'apprentissage du Patronus. Les souvenirs heureux. La pensine. Les feux d'artifice extraordinaire qu'avaient orchestré Fred et Georges contre le Professeur Ombrage. Dobby, ses tentatives foireuses pour le sauver en deuxième année, et sa collection de chaussettes et bonnets. La voiture volante de Mrs Weasley. Le Terrier. L'Armée de Dumbledore. Son premier baiser avec Cho Chang. Le Tournoi des Trois Sorciers. L'épreuve du Dragon où il avait brillé sur son balai. Fleur Delacour. La Coupe de Quidditch des Quatre Maisons. Viktor Krum et ses talents d'attrapeur. La Coupe du Monde de Quidditch. Cédric Diggory. La première fois qu'il avait volé sur un balai pour rattraper le Rapeltout de Neville. Le crapaud de Neville qui fuguait sans cesse…

Il fût ramené au moment présent par la main de Hermione lui secouant le bras. Ron était déjà descendu. Plein de pensées positives, il les suivit… appréhendant tout de même.

C'était sans savoir qu'il n'aurait pas dû s'inquiéter autant. Les chargés de la décoration avaient fait des miracles. Des lanternes volaient un peu partout, illuminant les environs de milles couleurs chatoyantes. Des fleurs de papier blanches tournaient lentement sur elles-mêmes dans l'herbe. Des étincelles jaunes traçaient des chemins aléatoires dans les airs. Des statues d'albâtres souriaient aux nouveaux arrivants qui s'agglutinaient devant la porte pour entrer petit à petit. Tous les visages exprimaient le bonheur. Celui de revenir dans ce lieu magique, mais également de revoir des têtes connues trop longtemps oubliées. Qu'importe où Harry posait le regard, il y avait d'émouvantes retrouvailles partout. Des bavardages sur ce qu'ils étaient devenus, des réconciliations après des querelles puériles et anciennes, des larmes de joie et d'émotions, des rires bruyants, des poignets de mains… Ils étaient bouche bée. Et rapidement, ils s'intégrèrent à cette ambiance bonne enfant, calquant leur mine réjouie sur celles de leurs ex-camarades de classe. Malfoy avait eu une idée fantastique d'organiser cette réunion d'anciens élèves. Il n'en revenait pas tant c'était poignant.

Il aperçu Marietta Edgecombe près de la porte, et il se souvenait du sort de Hermione sur le parchemin d'inscription à l'Armée de Dumbledore. Ses pustules inscrivant le mot « Cafard » en plein milieu du visage pour avoir trahi le groupe de soutien en cours de Défenses Contre les Forces du Mal avaient mis presque un an à s'effacer. Il pouvait encore voir quelques cicatrices sur ses joues.

Zacharias Smith le bouscula sans ménagement en passant près de lui. Il le dévisagea d'abord de la tête au pied, l'air dédaigneux, avait de grogner des excuses du bout des lèvres. Il ne l'avait pas reconnu entre ses lunettes, sa légère barbe et sa coupe de cheveux ordonnée qui masquait sa cicatrice en forme d'éclair. Mais Harry, lui, n'avait pu s'empêcher de ricaner après son départ, se remémorant son arrogance et sa curiosité maladive. Toujours à vouloir tout savoir : que cela soit la mort de Cédric ou la Bataille dans le Département des Mystères. Il insistait tant et si bien que Ginny n'avait pas résisté à lui jeter un sort.

L'Auror voulut interpeler Olivier Dubois quand il l'aperçu un peu plus loin, mais fut à nouveau percuté par quelqu'un.

- « Seamus ! s'exclama Harry, sincèrement heureux de le voir même s'ils ne s'étaient jamais perdus de vue. Tu viens d'arriver ? Où est Dean ?

- Salut Harry. Je pourrais te poser la même question au sujet de Ron et Hermione. Vous n'étiez pas sensés venir ensemble ?

- Mince, ils ont disparus ! se rendit-il compte en les cherchant du regard.

- Il y a beaucoup trop de monde ici ! couina la voix de Neville, non loin. Pourquoi ils ne rentrent pas ?

- Ils sont tous en pleines retrouvailles, encore à mille lieux de penser à entrer dans le château, sourit Harry en attrapant le bras de Neville. Allons-y, nous… Si nous le pouvons. On retrouvera les autres bien assez tôt. »

Le brun se sentait euphorique. Il se moquait d'avoir à nouveau perdu Neville en chemin, et ne se souciait pas le moins du monde de savoir si Seamus parvenaient à le suivre. Lorsqu'il monta les marches qui menaient à la Grande Porte, il avait eu l'occasion de voir Katie Bell et Alicia Spinnet, les deux autres attrapeuses de l'équipe de Quidditch de Gryffondor avec Angelina lors de ses débuts. Dennis Crivey portait fièrement le vieil appareil photo de son frère décédé autour du cou. Romilda Vane avait furieusement rougi en le voyant, et il se remémora les chocolats pleins de filtres d'amour que Ron avait mangé par mégarde en sixième année. Un peu plus loin, il avait pu apercevoir Cormac McLaggen, qui avait dragué Hermione la même année sans beaucoup de réussite. Anthony Goldstein, un Serdaigle membre de l'Armée de Dumbledore, en grande conversation passionnée avec Terry Boot et Michael Corner, également à Serdaigle et membres de l'A.D., ce dernier étant sorti avec Ginny pendant à peu près deux ou trois ans.

- « Oh, Seamus ! Tu es magnifique ! » s'extasia Hermione, debout dans le hall d'entrée avec Ron et Dean.

Visiblement, ils avaient eu la même idée qu'eux, et les avaient attendus à l'intérieur, endroit encore épargné par l'affluence. Harry trottina à leur rencontre, le cœur gonflé de joie. Il n'avait pas quitté ses lunettes de soleil, comme Hermione le lui avait demandé, et cela lui avait permis de passer presque incognito dans la foule. Il n'était pas certain que cela était la raison première pour laquelle son amie avait voulu lui faire porter cet accessoire, mais il l'en remercia malgré tout.

Seamus les rejoignit après avoir repris son souffle. Lui n'avait pas prêté attention aux autres, préférant agripper la cape de Harry pour ne pas le perdre et profiter du chemin qu'il traçait devant lui. Reconnaissant cependant la qualité de l'habit, il avait pris garde à ne pas la froisser. Quand il arriva prêt d'eux, il embrassa langoureusement son petit ami qui l'accueillait à bras ouverts. Depuis la fin de la guerre, ces deux là ne se quittaient plus. Ils avaient aménagé ensemble, et filaient le parfait amour. Si ce n'était que l'irlandais demeurait un matérialiste acharné qui cultivait un look homosexuel jusqu'au bout des doigts qu'il avait vernis du rouge Gryffondor, rayé de jaune comme leurs cravates.

Il portait un legging moldu en simili cuir à paillettes aussi sombre que l'onyx. Son veston cintré avec queue de pie en velours grenat, et agrémentation de cordelettes dorées dessinant des arabesques sur les pourtours du vêtement, était entièrement fermé par des ponts de style militaire. Son haut col officier dévoilait à peine sa pomme d'Adam, tandis que ses bras étaient mis à nus par les courtes manches bouffantes en soie crème. Un chapeau haut de forme assorti trônait sur sa tête, des gants blancs en cuir avec surpiqures lui donnaient une petite touche précieuse que contredisaient ses épaisses boots de biker ébène à boucles dorées. En comparaison, Dean n'avait pas voulu lui faire de l'ombre et s'était simplement vêtu d'une robe de sorcier noire, comme celles qu'ils portaient en guise d'uniforme pendant leurs années d'études.

- « C'est pas un peu tapageur ? demanda Ron en se reculant, grimaçant, devant les paillettes et les couleurs du veston en velours, entre autre.

- Hey ! s'offusqua faussement Dean. Je t'interdis de dire ça au sujet de mon amoureux ! Il est magnifique… continua-t-il en l'embrassant plus langoureusement et l'enlaçant fortement.

- Tu veux faire concurrence à Draco ? s'amusa Hermione en entourant son époux d'un bras possessif : voir ces deux tourtereaux batifoler lui donnait envie d'en faire de même.

- Hors de question qu'un Serpentard soit plus joli que moi ! bouda Seamus en se pelotonnant dans les bras de son petit copain. Mais dis-moi, Harry, t'es super sexy toi aussi ! Tu me fais penser à Joaquin Phoenix plus jeune ! La classe !

- Ah ? C'est qui ?

- Un acteur beau gosse.

- Ca va, tu dragues bien ? soupira Dean. Je te dérange pas ?

- Désolé chéri, susurra Seamus en s'approchant sensuellement de Harry. Il me donne envie d'être infidèle…

- Mais oui c'est ça, répondit ledit « chéri » en attrapant tranquillement son amoureux par le bras pour le ramener contre son torse.

- Salut vous tous », s'exclama la voix essoufflée et paniquée de Neville, enfin sorti de la foule pour les rejoindre dans le hall d'entrée.

Il portait un smoking trois pièces, avec nœud papillon et écharpe blanche, comme le jour du bal de Noël, l'année du Tournoi des Trois Sorciers. Cela fit sourire tous les présents qui se rappelaient ces soirées… Ron et Hermione déchantèrent tout de suite, se souvenant de la façon catastrophique dont elle s'était terminée pour tous les deux : un roux jaloux, et une brune en pleurs. Olivier Dubois coupa court à toutes réflexions en apparaissant brusquement devant eux, les bras levés et criant un tonitruant « Salut ! ». Il arborait fièrement sa tenue de Quidditch de Poudlard, son vieux balai, un Brossdur 7, en main. Harry, en pleine nostalgie, alla se jeter dans ses bras pour sauter sur place avec lui en hurlant de joie. Il savait que le sportif avait été embauché par l'équipe des Crécerelles de Kenmare, en Irlande, et faisait partie de leurs meilleurs joueurs. De ce fait, il était rarement disponible pour rendre visite à ses anciens camarades, ou même pour les recevoir. Et il avait beaucoup manqué à l'Auror qui s'était très vite attaché à ce mentor, quand il était devenu le plus jeune attrapeur depuis une centaine d'années.

- « Alors Potter ? rit le grand brun, un coquard violacé à l'œil droit. Toujours à combattre le crime en laissant tomber le Quidditch ?

- Dans tes rêves, je peux toujours attraper un Vif-d'Or aussi facilement qu'avant ! répondit Harry en lui donnant une tape dans le dos. Tu crois que je me ramollis ? Figure-toi que je dois être sans cesse au meilleur de ma forme physique pour être un bon Auror !

- Heureux de l'entendre ! Tu sais que mon équipe garde une proposition d'embauche bien au chaud pour toi ! Accepte ! C'est ton destin.

- Navré mais j'aime trop mon job pour en changer.

- Tu ne sais pas ce que tu perds, Potter. N'hésite pas à utiliser la cheminette si tu as le moindre doute ! Mon coach se fera un plaisir de te conseiller. Mais dis-moi plutôt, continua-t-il en enroula son bras autour des épaules de son ex-protégé, le prenant à part pour une discussion privée. Il parait que le petit Malfoy est de retour, et que c'est lui qui organise tout ça. Déjà ça m'étonne, je me souviens de lui et c'est loin d'être son genre. Et en plus, voilà qu'on me dit que c'est une bombe sexuelle ? C'est vrai ? »

Harry lui sourit, et répondit qu'il verrait bien par lui-même dans un haussement de sourcils suggestifs. Ginny sauta sur le dos des deux hommes, coupant court à toutes autres questions d'Olivier. Le sportif était heureux de rencontrer enfin la jeune fille, réputée très douée dans le sport national anglais. Ex du plus jeune attrapeur depuis un siècle et petite sœur de nombreux bons joueurs à l'époque du collège ! Les athlètes gravitaient autour d'elle, la famille Weasley et Potter. Toujours aussi vive et pétillante, sa personnalité était parfaitement représentée par sa longue robe bustier de mousseline rouge ardent, dégradée vers le jaune vif au niveau des pieds, une taille empire marquée par une ceinture noire en cuir verni. Les nombreux volants qui trainaient au sol voletaient à chacun de ses mouvements, telles les flammèches d'un feu. Elle les embrassa fortement sur les joues plusieurs fois de suite, prenant un malin plaisir à leur laisser des traces de rouge-à-lèvres écarlates. Quand elle les laissa tranquilles, ils virent une jeune fille surexcitée, heureuse et hyperactive, les longs cheveux fauves pourtant soigneusement ramassés dans une large pince vermeille. Elle avait les joues empourprées de plaisir et d'exaltation, les yeux maquillés d'un fard-à-paupières incarnat coupé par une ligne de crayon charbonneux qui entourait son regard pour en faire ressortir le bleu azur. De simples perles blanches aux lobes des oreilles, et un collier assorti autour du cou. Elle était si magnifique que Harry la prit dans ses bras pour la soulever à nouveau du sol et l'embrasser bruyamment sur la joue. Ginny rit à gorge déployée en enlaçant son ex-petit ami dans ses bras.

Ils avaient su préserver leur amitié malgré le désastre que fût leur relation amoureuse. Elle avait parfaitement su quand et comment Harry l'avait trompé dans les bras d'autres hommes ou femmes. Et c'était justement parce qu'elle n'avait ressenti aucune peine, aucune sensation de trahison, qu'elle comprit ne plus être éprise de son premier amour d'enfant. Il restait son héro à elle, et un autre grand frère protecteur dans la longue liste des hommes roux de sa famille. Sa mère, Molly Weasley, avait été immensément soulagée de voir que leur séparation n'avait pas entaché l'affection qu'ils se portaient depuis leur rencontre. Ainsi, sa grande famille restait soudée ! Les tromperies répétitives auraient put faire éclater son petit cocon familial déjà fragilisé depuis la mort de Fred. Ce danger lui avait causé des insomnies pendant des semaines avant les paroles rassurantes de sa fille.

La foule commençait à présent à entrer, se déversant de plus en plus vers la Grande Salle. Les Gryffondors s'y rendirent alors avant que le buffet ne soit pris d'assaut. Mais les Serpentards avaient vraiment tout prévus ! Il y avait de la nourriture partout, même évoluant lentement sur des plateaux d'argent dans les airs pour les moins chanceux qui n'avaient plus aucun moyen de se faufiler vers les longues tables couvertes de nappes en lin immaculées, collées contre les murs. Quelques elfes de maison gravitaient également, débarrassant le moindre bout de papier tombé hasardeusement sur les imposantes dalles de pierre. Ils débarrassaient également les verres vides pour les laver et regarnir le stock propre et plein. Ils flottaient avec la nourriture, attendant d'être subtilisés par un assoiffé avant d'être de nouveau récupérés afin d'être nettoyés, et reprendre leur cercle d'utilisation.

Hermione était outrée de voir tant d'elfes courir en prenant garde de ne jamais se trouver sur le passage d'un sorcier. C'était de l'esclavagisme affirmé, montré au vu et au su de tous ! Mais elle ne rencontra, comme d'habitude, aucune oreille attentive pour répondre à ses incriminations. Tous prirent une flûte de Pétiampagne, la nouvelle boisson sorcière non alcoolisée en vogue, en tournant la tête vers les invités, ignorant autant que possible la brune.

Harry admira la décoration de la grande salle. Les Serpentards pouvaient donc créer une atmosphère autre de verte ? Surprenant. Les mêmes lampions tournoyaient dans les airs, avec les éternelles bougies sur fond du faux plafond qui montrait le ciel nocturne. Du côté des vitraux et de là où se trouvait la table des professeurs, une scène était installée avec des instruments de musique. Un groupe allait se produire pour animer la fête. Des tables étaient placées plus loin, pour au moins huit personnes chacune. Tous ne pouvaient pas s'asseoir, mais ils avaient bien compris que peu y auraient envie de toute façon : alors que la salle de remplissait rapidement, personne ne s'y était dirigé, à peine s'ils les avaient regardées. De lourdes tentures de velours étaient accrochées sur les murs, arborant fièrement l'écu de chaque maison. Et au centre, se dressait une fontaine de punch-à-pomme, avec des Vélanes dansantes sculptées.

Ginny appela tout à coup Luna, qui apparut dans sa courte robe en vraie tulipes jaunes géantes. Les pétales enveloppaient ses épaules, frôlant son cou, et ses longues jambes étaient recouvertes d'un collant vert herbe. Ces mêmes fleurs étaient incrustées dans sa longue tresse enroulée autour de la tête, à la manière d'une couronne florale. Et elle avait accroché ces mêmes végétaux miniaturisés avec la tige à ses oreilles. Du jaune vif sur ses paupières lourdes, et les lèvres peintes de bleue à paillettes. Elle vint virevolter près d'eux, en subtilisant un verre au passage.

- « Salut Luna, fit Ginny. Comment va depuis cet après-midi ? Très jolie ta robe, c'est toi qui l'a faite ?

- Oui, oui, je l'ai cousu moi-même. Le plus dur a été les sorts de conservation sur les pétales. Je trouve ça plus sain de se vêtir avec du vivant plutôt que du mort.

- Au fait Luna, intervint Hermione qui ne voulait pas s'attarder sur un débat « tenues mortes ou vivantes ». Malfoy nous avait dit que vous vous connaissez bien et êtes amis. C'est vrai ? Depuis quand ? Et pourquoi tu ne nous en as jamais parlé ?

- Oh, Draco ? Oui, oui, c'est depuis que j'ai commencé à travaillé au PRaMaCIDanI. En 2006, si je me souviens bien. J'avais lu un rapport du Centre de Potionologie de Moscou au sujet du Minotaure, il était signé Draco Malfoy. Alors je l'ai appelé pour parler du bon vieux temps. Je n'ai pas compris pourquoi il était si surpris, mais il avait l'air ravi. On a gardé contact et tout ça. Mais comme je me souviens que vous ne l'aimiez pas beaucoup, je ne voyais pas pourquoi vous en parler. Pourquoi ? Vous voulez être amis ?

- C'est déjà fait, sourit la médicomage, tout de même déçue que la blonde ne leur en ait pas parlé, qu'ils appréciaient Malfoy ou non. Nous l'avons aidé avec ses amis, à refaire son nouvel appartement.

- Oh ! s'exclama l'analyste de l'Institut dans un sourire rêveur. Et il est bien son nouveau « chez lui » ? Il était encore en train de chercher quand je l'ai vu.

- Bonjour », fit une voix grave.

C'était Kingsley Shacklebolt. Il avait accepté l'invitation avec grand plaisir. Tout ce qui pouvait le sortir de son travail au bureau des Aurors était le bienvenu. Il avait revêtu une robe de soirée sorcière de brocart corbeau et anthracite avec jabot de soie gris-de-lin. C'était une des rares fois que Harry, Ron et Ginny le voyaient sans son uniforme d'Auror rouge sang. Et surtout qu'il souriait ! Il dévoilait ses dents blanches presque outrageusement, une coupe de Martibullé entre les doigts. Les trois Aurors à son service avaient bien du mal à se faire à l'idée qu'ils n'étaient pas en service et qu'ils n'avaient donc pas à obéir à un ordre quelconque. Ils s'étaient presque mis au garde-à-vous tant ils étaient mal à l'aise. Heureusement, Hermione, Neville, Seamus, Dean et Luna n'avaient pas ce problème et engagèrent la conversation. Il dut cependant les laisser pour saluer le Professeur Septima Vector, avec qui il entretenait une profonde amitié. Olivier leur amena Angelina, Katie et Alicia, et les anciens joueurs de l'équipe de Poudlard se jetèrent dans les bras les uns des autres. Cela faisait si longtemps qu'ils n'avaient pas vu Katie et Alicia. Toutes deux avaient poursuivies leur carrière de sportives, et avaient été embauché respectivement par le Club de Flaquemare et l'Orgueil de Portree. Angelina, elle, avait préféré se lancer dans la mode chez Madame Guipure avant de pouvoir lancer sa propre marque. Les trois jeunes femmes avaient imité leur collègue Quiddicher en exhibant dignement les couleurs de l'équipe de Gryffondor, avec certaines retouches féminines cependant. Elles avaient transformé leur maillot en larges robes ultra courtes, révélant jusqu'au haut des cuisses, sans manche ni taille marquée. Les cheveux lâches et leurs bottes de sport aux pieds, elles n'avaient qu'un peu de fond de teint pour un aspect nature.

Molly et Arthur Weasley se dandinèrent à leur tour vers eux. Ils s'étaient mis sur leur trente-et-un avec leurs vieilles robes lie-de-vin en Seersucker. George les suivait de près avec un costume en velours côtelé fuchsia et un volumineux jabot en dentelles rose layette. A son visage, tous pouvaient comprendre qu'il était très fier de son mauvais goût. Non loin, Lee s'avançait triomphalement en pourpoint bordeaux, pantalon en lin beige, écharpe de soie et mocassin vernis noirs. A son bras, une ancienne Serdaigle qu'il présenta au nom de Mandy Brocklehurst. Elle s'était parée d'exactement la même tenue que son petit ami.

- « Tu nous avais caché ça, fripouille ! s'exclama Ginny en faisant semblant de l'étrangler. Petit cachotier, comment t'as réussi à piéger cette jolie demoiselle ?

- Je l'ai kidnappé sur mon balai et enfermé dans la plus haute chambre de la plus haute tour, rit le jeune homme.

- Ce qu'il essaie de dire, expliqua Mandy en lui tapant sur le crâne. C'est que lorsqu'il a réussi à me séduire, nous sommes restés enfermé quelques temps dans sa chambre, au-dessus de la boutique de Farces et Attrapes. Et comment il a réussi à m'avoir est plutôt simple : il m'a faite rire. C'est tout. Je suis ravie de rencontrer enfin les amis de mon cher et tendre, poursuivit-elle en tendant la main. Même si je vous avais déjà vu à Poudlard, bien sûr. Vous n'étiez pas du genre à passer inaperçus.

- On n'était pas dans la même classe ? demanda Neville, serrant sa main à son tour. Je veux dire, lorsque nous avions cours en commun avec les Serdaigles ?

- Si, effectivement. J'étais toujours avec Johanna Faucett. Elle n'a pas pu venir aujourd'hui mais souhaitait que je transmette son salut aux organisateurs. Où sont-ils, d'ailleurs ? Je ne les ai toujours pas vus. »

Effectivement, les Serpentards étaient introuvables. Le centre de cette soirée et sa raison même demeurait invisible aux yeux de tous alors que la fête battait son plein depuis plusieurs heures déjà, si on prend en compte le long moment où les participants avaient stagné dehors pour des retrouvailles chaleureuses. Pendant qu'ils scannaient la foule du regard, Padma et Parvati Patil marchèrent jusqu'à eux, froufroutant dans des robes de bal début de siècle, la première céruléenne et la seconde rubiconde. Elles tournoyèrent lentement quand ils les complimentèrent, bouffies d'orgueil d'avoir réussi à trouver ces extravagances qu'elles ne pourraient porter qu'une seule fois. Et Percy profita de leurs rires pour s'intégrer au groupe qui s'agrandissait en leur demandant où elles avaient trouvé de telles tenues. Il ressemblait à un dandy dans une veste croisée à double boutonnage de damas marine brodée ton sur ton et à revers ébène, une chaîne d'or pendant négligemment depuis la petite poche de gauche. Un simple pantalon blanc, des derbies brillantes bicolores en cuir de dragon. Le tout de la nouvelle marque française « Ankou » qui s'inspirait de la mode moldue. Audrey, sa femme, portait une robe appareillée au haut de son époux, col en V, manches courtes, et fendue très haut sur la cuisse. Les garçons la sifflèrent et Harry en ôta ses lunettes de soleil. Quelques personnes se retournèrent pour voir de quoi il s'agissait.

- « Tu es tellement sexy Audrey ! sourit Harry en se mordant les lèvres. Tu es fidèle ou j'ai une chance ?

- Bas les pattes, Potter, ricana Percy et prenant de manière possessive la taille de celle-ci. Elle ne se parjurera pas dans tes bras.

- Et dans les bras d'un autre ? proposa Georges. Après tout, un frère ou un autre, quelle différence, n'est-ce pas ?

- Trouve-toi quelqu'un, frangin. On verra si tu dis toujours la même chose après.

- Après toutes ces « charmantes » plaisanteries, soupira la bombe Audrey. Nous pourrions peut-être aller nous asseoir à une table avant qu'elles soient toutes prises d'assaut ?

- On cherche d'abord les Serpentards pour pouvoir les saluer, répondit Ginny en imitant à nouveau un suricate pour les trouver au milieu du peuple.

- Peut-être ne sont-ils pas encore là ? proposa Luna en sirotant une coupe de punch-à-pomme qu'elle venait d'aller chercher. Après avoir tout installé, ils ont dû partir se changer.

- Pas bête, fit Ron, étonné que Luna se montre sensée.

- Bonsoir vous tous ! »

Le Professeur Minerva McGonagall venait d'arriver, dans son immuable robe verte. Elle n'avait pas pris une ride depuis qu'elle avait repris le poste de directrice. Cela faisait étrange, pour les anciens élèves, d'être considérés comme des égaux devant elle. Ils étaient des adultes à présent, tous avec un emploi. Mais pour eux, elle resterait pour toujours leur sévère Professeur de métamorphose, directrice de la maison Gryffondor. Intimidés, ils la saluèrent respectueusement tout en lui demandant des nouvelles, pendant qu'un orchestre s'installait sur l'estrade pour entamer un large éventail de musiques connues voir célèbres, tous styles confondus, sorciers comme moldus.

- « Tant que je n'ai plus de nouveaux Harry Potter, Ronald Weasley et Hermione Granger pour risquer leur vie tous les ans, je pense que je n'aurais pas de crise cardiaque, s'amusa l'enseignante. Sans parler d'un Draco Malfoy pour venir tyranniser les plus jeunes. En parlant de ce petit insolent, où est-il ?

- On pense que lui et ses amis sont partis se préparer, répondit Padma.

- Oui, ils me l'ont dit. Je les ai aidés cet après-midi avec mes autres collègues. Mais je pensais qu'ils seraient déjà revenus, cela fait presque trois heures depuis. Vous les avez déjà croisés ? Monsieur Malfoy a bien changé, c'est impressionnant.

- Vous parlez de son… commença Hermione qui voulait aussitôt couper toute question en rapport avec son physique, ne souhaitant pas aborder le sujet « maladie » pour éviter toutes entorses possibles au secret médical.

- Apparence ? coupa la directrice. Oui, mais ce n'est pas la transformation la plus spectaculaire à mon avis. Il est si souriant ! Et à chaque fois que je l'ai vu, il n'a dit aucun sarcasme, aucune parole hautaine, aucune vantardise, et n'a pas eu d'air condescendant. Bien au contraire. Il était agréable, serviable, d'une amabilité que j'ai trouvé louche au début… Et modeste en plus de cela ! C'est Monsieur Zabini qui m'a parlé de ses nombreuses réussites professionnelles. Vraiment très surprenant. La guerre peut faire des miracles.

- Je pense que tout cela est plutôt dû à la séparation avec son père, intervint le Professeur Horace Slughorn, engoncé dans un vieux costume trois pièce si tendu qu'il était près à craquer sous le poids de sa bedaine. Les dures événements lui ont certes ouvert les yeux et appris à réfléchir par lui-même, mais il n'avait surtout plus son oppresseur de père qui surveillait chacun de ses faits et gestes.

- Qu'en savez-vous ? s'étonna le Professeur Pomona Chourave qui se retourna vers lui en entendant les paroles de son confrère depuis le groupe d'à côté. Lucius Malfoy était certes un personnage méprisable, mais il n'en demeurait pas moins un père aimant.

- Je ne remets pas en doute son amour pour son fils, insista le professeur de Potion. Plutôt sa manière de l'élever. Et je ne juge pas sans savoir : je le connaissais très bien. Il était un… ami en quelque sorte. Quand sa position sociale atteignait des sommets. Et je l'ai vu, année après année, éduquer son enfant pour en faire un double de lui-même. Le jeune Draco était un garçon agité : il courait partout en riant, escaladait les arbres du parc, s'amusait à faire des farces aux elfes de maison… Un vrai casse-cou aussi ! Je l'ai vu sauter de la fenêtre de sa chambre du deuxième étage, se réceptionner par une roulade, et se remettre à courir comme si tout cela était naturel. Cependant, toujours quand son père n'était pas présent. Lorsque c'était le cas, il se tenait droit à la manière d'un petit soldat, ne souriait plus du tout, et ouvrait à peine la bouche. Et au fur et à mesure, je ne l'ai plus jamais vu gambader comme aurait dû le faire un enfant de son âge.

- Vous sous-entendez qu'il le lui interdisait ? fit McGonagall, interdite.

- Je ne sous-entends rien, je ne dis que ce que j'ai vu. Et j'ajouterais avoir été le spectateur d'une punition qui, si vous voulez mon avis, était d'une injustice à faire peur. Le petit Draco devait avoir huit ans à peine, et il était déjà devenu sage comme une image. Une image un peu trop figée, d'ailleurs. Son père l'avait appelé à venir dans le salon pour nous tenir compagnie, chose tout à fait inutile puisque nous parlions politique. Et cela ne devait certainement pas intéresser un enfant de son âge. Surtout qu'à chaque fois, il se tenait coi tout le long de mes visites. Et quand le pauvre est entré, il a malencontreusement renversé le vase chinois à côté de la porte. Un simple coup d'épaule alors que le garçon se faisait le plus petit possible pour ne pas nous interrompre. Et bien figurez-vous que Lucius s'est levé prestement pour le gifler !

- Comment ? s'exclama Chourave, choquée. Mais ce n'était pas de sa faute ! Encore, lui faire la leçon comme quoi il aurait dû faire attention, mais…

- Ce n'est pas tout, coupa Slughorn. Il l'a agrippé par le bras et mis à la porte violemment. Il s'est ensuite poliment retourné vers moi pour s'excuser, et l'a rejoint. Vous me connaissez, je suis curieux, alors je les ai discrètement suivi pour voir ce qui allait se passer. J'ai entendu Lucius lui hurler dessus pendant près de vingt minutes, le traitant d'incompétent, d'une honte pour la famille, et j'en passe. Et il l'a enfermé dans une pièce sans lumière pendant plusieurs heures.

- Mais c'est horrible ! s'exclama Poppy Pomfresh, l'infirmière qui venait d'arriver dans une robe blanche style fifties. C'est de la maltraitance à ce niveau-là ! Pourquoi ne l'avez-vous pas signalé ?

- Parce que vous pensez que j'aurais pu faire une chose pareille à cette époque ? s'offusqua l'homme joufflu. Lucius Malfoy était ami avec tous les premiers ministres et même ceux qui étaient favoris à ce poste dans le futur ! Le Magenmagot lui léchait presque les bottes, et avait des appuie au Ministère un peu partout. C'est moi qui aurais tout perdu si j'avais parlé, et cela n'aurait en rien aidé ce malheureux enfant. Tout ce que je veux dire, c'est que ce petit a vécu en quasi-autarcie au Manoir, avec un père tyrannique, même si aimant, et une mère passive. Comment vouliez-vous qu'il soit différent de ce qu'il a été ? Et je mettrais ma main au chaudron que Lucius payait une ou plusieurs personnes pour lui reporter les moindres faits et gestes de sa progéniture au sein de Poudlard. Alors ne plus avoir son père pour le commander et être totalement libre de faire ce qu'il veut, sans le poids de l'honneur familial et de son héritage, n'a pu que lui permettre d'être enfin lui-même. Je comprends parfaitement son envie de quitter l'Angleterre.

- Après votre récit, il y a beaucoup de choses qui trouvent sens à présent, murmura Minerva. J'avais toujours trouvé très surprenant cette haine que Draco portait à Monsieur Potter alors qu'ils ne se connaissaient que depuis peu.

- Je le détestais aussi, ne put s'empêcher de faire remarquer Harry. Ron et Hermione aussi, et ce depuis la première année.

- Il vous cherchait toujours des noises, c'est lui qui venait vers vous, Potter, répondit la directrice avec brusquerie, comme si l'intervention de son ancien élève était ridicule, telle une mauvaise réponse à une question d'examen. Pour Monsieur Weasley, il s'agissait surtout d'une longue rancœur familiale. Quant à Miss Granger… Pardon, Madame Weasley plutôt. Dois-je vous rappeler les termes peu flatteurs que Malfoy employait pour la définir ?

- Ca ira, merci, grinça Hermione. Quoi qu'il en soit, saviez-vous qu'il se sert d'un téléphone portable, d'une télévision ou même d'un ordinateur ?

- Et qu'est-ce donc que ces choses ? demanda Pomfresh.

- Des appareils moldus, fit fièrement la médicomage. Et il utilise le dernier cri. Si j'avais eu des doutes sur sa transformation au début, je n'en avais plus après avoir vu tout cet équipement.

- Vous êtes allés chez lui ? demanda Slughorn.

- Nous l'avons aidé à faire quelques travaux, précisa Ron. Un calvaire, d'ailleurs. C'était un peu n'importe quoi, mais finalement, nous avons passé d'agréables soirées. N'est-ce pas ?

- Toi ? rit son épouse. Tu as passé de bonnes soirées ? Tu as à peine ouvert la bouche et étais terrifié par Blaise !

- Oh, la terreur du Département des Mystères ? s'amusa Percy, également fonctionnaire au Ministère. Pauvre petit frère ! Rony a eu peur du méchant ?

- Parle avec lui et on en rediscutera après, grogna ledit Rony.

- Non merci, je ne suis pas suicidaire, moi. Je me souviendrais toujours du couinement que tu as poussé quand tu as essayé de lui parler, rit franchement Percy. C'était mémorable !

- J'aurais tout donné pour voir ça ! » geignit Georges.

Ils furent brusquement interrompus par un brusque regain d'activité près de la porte. En tendant le cou, Harry distingua Marcus Flint en tenue de Quidditch Serpentard et Adrian Pucey en riches habits de dandy. Un peu plus loin, Daphné Greengrass faisait mouvoir son long chiton vert d'eau, au bras d'Graham Montague qui avait plutôt choisi la thématique moyenâgeuse avec sa tunique brune et ses chausses noires. En regardant plus attentivement encore, l'Auror remarqua qu'il n'y avait presque que des Serpentards, avec quelques Serdaigles. Mais il ne pouvait pas voir plus loin, la foule d'anciens étudiants se massant devant la source de l'agitation. Cependant, lui comme ses amis n'avaient aucun doute : Draco, Blaise, Theo et Pansy étaient arrivés.

Harry s'obligea à demeurer immobile, attendant que les organisateurs s'approchent d'eux-mêmes vers le centre de la Grande Salle. Ce qui se produisit quelques minutes plus tard. Daphné était la plus proche d'eux, en grande conversation avec Pansy. Sublime dans sa robe boule bouton d'or à imprimé floral all over, les épaules délicatement enveloppées de dentelles charbonneuses jusqu'aux coudes. Ses longues jambes galbées nues à mi-cuisses, des sandales métalliques au talon sculpté de sphères. Astoria Greengrass, en toge comme sa petite sœur, mais de couleur lavande, s'agrippait à Blaise comme si sa vie en dépendait. Celui-ci avait préféré la simplicité et la sobriété avec un long manteau large et souple de rayonne obsidienne, maintenu serré à la taille par une fine ceinture de cuir à multiples tours. Des chaussures mâtes vinrent clôturer cette épure. Montague s'emportait dans de grands gestes théâtraux devant un Theo blasé, et un Graham Pritchard attentif. L'écrivain avait opté pour une chemise blanche et un jean usé, avec de lourdes boots. Il n'avait visiblement eu aucune envie de perfectionner sa tenue pour la soirée, et gardait celle moldue de tous les jours. Quant au blond, il avait une foule d'admirateurs près de lui : Malcolm Baddock, Terence Higgs, Terry Boot, Anthony Goldstein, Marcus Flint, Miles Bletchley, et Robert Hilliard se pressaient pour avoir la chance que ses envoûtants yeux argentés se posent sur eux. Et le brun mourait d'envie de les rejoindre.

Draco Malfoy était plus séduisant qu'il ne l'avait jamais été auparavant. Entièrement vêtu de blanc et d'or, il portait une très longue veste de soie crêpe épaisse aux larges manches bouffantes resserrées aux avant-bras par plissages. Les bords étaient brodés d'or, dessinant des motifs floraux complexes et riches. Elle était maintenue ouverte par une ceinture assortie également chargée, et trainait au sol en une courte traîne. Dessous, un tee-shirt moulant de mousseline plissée à col étroit près du cou, et un pantalon qui moulait subtilement ses minces cuisses, ajouré du talon jusqu'à mi-mollet pour former des motifs dentelés. Il avançait lentement dans d'étranges chaussures en cuir aux talons aiguilles gigantesques qui englobaient tout le pied, donnant l'impression qu'il évoluait sur ses orteils tant elles étaient hautes. Elles étaient presque recouvertes de diamants et joailleries en métal précieux. Leur forme singulière n'avait pas l'air d'être adaptée à la marche… Quant aux bijoux, le blond s'était limité à des perles parsemant ses cheveux si discrètement dans ses mèches presque blanches, qu'elles pouvaient passer pour des gouttes d'eau. Elles étaient fixées dans de fines tresses. Et le bel androgyne avait gardé sa ligne de khôl pour accentuer la clarté de ses iris.

- « Cette tenue est magnifique ! ne put s'empêcher de dire Ginny, de la jalousie clairement audible dans la voix.

- Ne t'inquiète pas, ta robe est très bien aussi, fit gentiment Audrey.

- Je préfère de beaucoup l'ensemble de Draco, ajouta honnêtement Luna qui n'hésitait jamais à dire ce qu'elle pensait sans se soucier de la susceptibilité d'autrui.

- Il est superbe, acquiesça McGonagall, manifestant une étrange fierté. Et je crois que beaucoup d'hommes sont du même avis que moi. Vraiment beaucoup », ajouta-t-elle lentement en jetant un coup d'œil vers ses précédents interlocuteurs.

Tous les garçons avaient la bave aux lèvres. Cette apparition pleine de raffinement et de noblesse n'aurait pas dû tant perturber Harry et Ron qui l'avaient déjà vu après sa transformation par la Semi-Divinité. C'était pourtant le cas. L'attirance qu'ils ressentaient était plus forte encore que précédemment, et ils ne pensaient pas que c'était possible. Ils ne pouvaient que compatir au choc que devaient ressentir leurs amis mâles qui le voyaient ainsi pour la toute première fois. Lee et Dean avaient dangereusement pâlis malgré leur peau noire, Georges se tenait à Percy qui s'agrippait la poitrine comme si son cœur était sur le point de lâcher. Neville déglutissait toutes les cinq secondes, Seamus avait la mâchoire si ouverte qu'elle semblait déboitée. Olivier émettait des gargouillements rauques donnant l'impression qu'il allait s'étouffer. Même le vieux Slughorn avait du mal à respirer, tandis qu'Arthur Weasley ouvrait et fermait la bouche en murmurant des « bordel de Merlin » que Molly ne remarqua pas tant elle était stupéfaite.

Chez les filles, ce n'était pas mieux, même si les raisons différaient. Padma et Parvati se regardaient, la main sur les lèvres. Audrey n'arrivait pas à décrocher son regard de l'ange blond. Katie plissait les yeux pour reconnaître l'odieux gamin de l'époque dans la beauté féérique. Alicia souriait en fixant chaque personne présente l'une après l'autre en se demandant si tout ceci était une blague, mais perdait progressivement son air amusé. Angelina rongeait ses ongles, son attention passant de Lee à Draco successivement. Et Molly serrait convulsivement ses doigts sur le bras de son mari. Seules Hermione et Luna restaient tranquilles, même si cette première avait pincé les lèvres face à la réaction de son époux. Minerva, Poppy et Pomona avaient également vu le jeune homme préalablement et n'avaient manifesté qu'une surprise passagère à son apparition, très vite remplacée par une admiration face à son choix vestimentaire. Ginny, elle, même si elle savait qu'elle allait se trouver devant une créature chimérique et parfaite, ne pouvait cependant pas retenir la jalousie qui la dévorait depuis qu'elle l'avait aperçue au Ministère.

Mais le pire fût lorsque Draco les vit et s'approcha pour leur parler. Toutes les réactions s'accentuèrent, allant jusqu'à l'exagération pour certains. Le blond ne pouvait pas les manquer mais décida de les ignorer en commençant par saluer Hermione et Luna. Ainsi, il laissait le temps aux autres de se reprendre. La jeune femme blonde enlaça son ami en lui demandant quand il comptait l'inviter pour lui faire visiter son tout nouvel appartement. En attendant, la brune accueillit les trois autres Serpentards à agrandir leur groupe de vingt-quatre personnes. Des autres membres de la maison de la ruse, seuls Montague, Daphné, Astoria, Pritchard, Terry, Anthony et Robert s'incrustèrent. Tous finirent par se remettre afin de montrer un minimum de civilité. Horace Slughorn poussa le vice à baiser la main de Draco à la manière d'un galant gentleman. Il n'avait visiblement pas pensé qu'agir ainsi pouvait vexer ce dernier. Aussi androgyne qu'il fût devenu, il n'en était pas pour autant une femme. Même si Blaise grimaça, le blond décida de rire du Professeur et plaisanter gentiment. Minerva surenchérit en gourmandant son collègue sur cet usage d'un autre temps.

- « Alors tu as investi tes locaux, Draco ? demanda Hermione, perturbant l'assemblée par l'usage du prénom du blond.

- Pas encore, malheureusement. Il me tarde !

- Draco a encore quelques affaires chez moi, précisa Blaise. Principalement celles dont il se sert tous les jours. Et comme on avait la Grande Salle à décorer aujourd'hui, on repousse la fin de l'installation à demain.

- D'ailleurs… susurra Theo. Potter, Weasley, n'oubliez pas que vous avez encore des travaux à terminer là-bas. C'était quoi déjà ? Ah oui, un mur pour le roux, et un escalier pour le héro.

- Arrête de dire des bêtises, rit le blond. Je ne vous demanderais jamais une chose pareille. Je me dérouillerais bien tout seul. Vous avez fait du très bon boulot, et vous n'avez proposé votre aide que pour une soirée en plus, alors que vous êtes venus trois jours d'affilés. Alors…

- Nott a raison, le coupa Ron en se redressant fièrement. On ne peut pas laisser du travail inachevé ! On reviendra ! Pas vrai, Harry ? »

L'interpellé quitta enfin des yeux les lèvres rouges et pulpeuses de son tentateur, et resta quelques secondes perdu avant de répondre par l'affirmative. Il ne savait même pas de quoi il était question, mais cela sembla convenir à son meilleur ami qui bombait le torse.

- « Malfoy, fit Parvati, hésitante. Où as-tu trouvé ces vêtements ? C'est magnifique, je n'avais jamais rien vu de pareil !

- Oui, renchérit sa jumelle. On a fait des tonnes de magasins avant de choisir notre tenue ! Mais si on était tombé sur celle-ci, on aurait arrêté les recherches immédiatement !

- Vous êtes restées du côté moldu ? demanda Pansy d'un air moqueur. Croyez-moi, même si vous aviez dégoté cet ensemble, jamais vous n'auriez pu vous le procurer : c'est hors de prix !

- Il leur a acheté des vêtements moldus, expliqua Theo, blasé. Pansy porte du « Christian Lacroix », Blaise a choisi « Dior », et Draco s'est fixé sur du « Alexander McQueen ». Ce sont de grands stylistes, leurs créations sont très très chères…

- Tu dois être à nouveau riche pour pouvoir te permettre de telles folies, minauda Astoria, qui avait abandonné toute tentative de séduction après le retrait de son héritage et sa transformation en androgyne, mais retrouvait de l'intérêt à l'évocation du compte en banque du blond. C'est généreux d'offrir de si beaux cadeaux à ses amis.

- Tu n'as pas voulu en profiter, Theo ? demanda Pritchard, sincèrement surpris.

- Non merci ! J'aurais trop eu l'impression d'aller à un bal costumé… Je vois d'ailleurs que certains se sont cru à une telle soirée, ajouta-t-il avec un sourire mesquin, les yeux braquées sur les jumelles qui rougir sous l'offense.

- Bonsoir Monsieur Malfoy, fit Kingsley Shacklebolt qui revenait dans le groupe. Merci beaucoup pour votre invitation, c'est une fête très réussie que vous avez organisé.

- Merci beaucoup, se réjouit Draco. J'ai pensé que ce serait une belle occasion de tous se réunir et reprendre contact. J'ai vu que beaucoup d'anciens étudiants ont pu se retrouver, cela fait chaud au cœur !

- C'était vraiment une super initiative ! s'exclama un peu trop fort Anthony. Et puis cela nous a permis de te revoir, Draco. C'est chouette que tu sois revenu en Angleterre !

- Surtout que les gens se sont rendu compte qu'on ne mord pas maintenant, s'amusa Pansy. Draco redore le blason de la maison Serpentard par sa simple présence !

- Ce n'est pas faux, continua Théo. Surtout que nous, on ne mange que les morts ! »

Blaise asséna un violent coup sur la tête du châtain. Son jeu de mots était de très mauvais goût et jeta un froid dans l'assemblée. Draco gardait les yeux baissés, clairement mal à l'aise. Harry décida d'intervenir pour soulager tout le monde, et demanda à son patron s'il se souvenait de la faveur qu'il lui avait sollicitée au sujet du Manoir Malfoy. Le blond releva soudainement le visage, intéressé par la conversation. C'était la condition qu'il avait posé pour aller au Manoir avec Potter, afin que celui-ci récupère le livre sur la famille Black de Narcissa Malfoy, et qui mentionnait certaines cachettes de la maison où vivait le Survivant. Pour cela, Draco avait demandé à pouvoir reprendre quelques unes de ses affaires que l'Etat lui avait confisquées. L'avantage pour les Aurors était que le fils de Lucius connaissait une majeure partie des pièges que ceux-ci et les Langues-de-Plomb n'arrivaient pas à déjouer. Pour Shacklebolt, il s'agissait d'un faible prix à payer pour enfin pouvoir perquisitionner cette dangereuse demeure de Mangemort. C'était pour cette raison qu'il donna immédiatement son accord devant les concernés, et promis un papier signé de sa main pour le valider. Le blond ne retint pas son contentement, et jeta un coup d'œil à son meilleur ami satisfait. Il était heureux de reprendre possession des objets de son enfance, particulièrement les albums photos que mettait régulièrement à jour sa mère. Le chef du Bureau des Aurors stipula cependant que chaque bien sera analysé par plusieurs spécialistes par sécurité. Le blond ne s'y opposa nullement.

La conversation put reprendre, et plusieurs groupes de discussion se formèrent composés des trente-cinq personnes présentes. Pansy, Seamus, Audrey, Daphné et Parvati étaient restées sur la mode et commentaient les tenues de chaque personne présente. Katie, Alicia, Angelina, Olivier, Montague, Dean, Lee et Georges avaient rapidement dévié sur le Quidditch et se remémoraient les meilleurs moments des matchs. Arthur, Horace, Molly et Minerva étaient en plein débat politique, tentant de savoir quel serait le prochain Ministre de la Magie lors des prochaines élections. Hermione et Poppy parlaient nouveautés et avancés en médicomagie. Neville et Pomona, eux, préféraient la botanique et l'horticulture avec le mélange de différentes espèces en cours de création. Luna, Padma et Pritchard, tous trois des employés du PRaMaCIDanI, étaient passionnés par le Soin des Créatures Magiques et les divers moyens de sauvegarde des races en voie de disparition. Theo, Terry, Anthony et Robert discutaient littérature, le dernier cherchant des conseils auprès de l'écrivain pour écrire son propre roman. Et Harry, Ron, Ginny, Kingsley, Percy, Astoria, Draco et Blaise s'étaient lancés sur les méthodes ministérielles pour la justice, que cela soit pour le bureau des Aurors ou le Département des Mystères.

Blaise, naturellement, ne révélait que ce qui était de notoriété publique. Mais Percy, l'un des secrétaires du Ministre, expliquait sa lassitude de devoir remplir tout un tas de formulaires divers et variés. Les papiers étaient si nombreux qu'il devait imiter la signature de celui qui était à la tête de la communauté sorcière. Les moments où il envoyait un document important remonter la hiérarchie étaient très rares. C'était surtout lorsque de belles sommes d'argent étaient en jeu, mais le roux restait volontairement évasif sur le sujet. Kingsley énuméra les enquêtes en cours, dont les interminables perquisitions aux domiciles des anciens Mangemorts. Car même après avoir récupéré les objets empreints de magie noire ou suspects, encore fallait-il pouvoir mettre la main dessus, il fallait ensuite les analyser, les comprendre, les classer voir les détruire. Plusieurs équipes étaient réquisitionnées pour cela, et Kingsley devait mettre en attente des affaires pourtant pressées, comme des vols ou des infractions mineures. Il en avait vraiment assez, alors l'intervention de Draco pour le manoir Malfoy, qui était de loin le plus fourni et donc le plus piégé, lui ôtait une sacrée épine du pied ! Blaise ricanait pendant que son meilleur ami expliquait qu'il ne souhaitait pas non plus révéler les divers sorts familiaux secrets. Il se contenterait de les désactiver pour que les Aurors puissent faire leur travail sans souci. Mais hors de question de dévoiler leur magie secrète. Kingsley soupira, mais accepta malgré tout : c'était déjà un sacré progrès pour ses équipes !

Astoria était passionnée par tout ce qui se disait et cherchait à bien se faire voir du grand homme noir. Elle était encore étudiante à l'Académie des Aurors et allait très bientôt débuter un stage dans une équipe. Elle avait tardé à trouver sa voie, s'étant d'abord lancée dans le mannequinat dès la sortie de Poudlard. Une femme l'avait repérée et s'était occupée à démarrer sa carrière qui s'annonçait prometteuse. Mais la jeune femme s'était vite lassée pour préférer diverses études qu'elle n'achevait jamais. Jusqu'à tomber sur celles des Aurors. Là, elle se sentait vivante, cherchant à se dépasser à chaque instant. Venant d'une famille noble, comme les Malfoy, elle avait toujours été chouchoutée et élevée pour être une parfaite épouse sans emploi. Tenir une maison et satisfaire son mari étaient ses seules aptitudes. Pourtant, à Poudlard, elle avait excellé en Défense Contre les Forces du Mal, et ses notes aux ASPICs étaient exemplaires, lui ouvrant toutes les portes. Avec la guerre et la mauvaise image des familles Sang-Pur qui en avait résulté, ses parents pourtant anti-Voldemort n'avaient pas pu l'empêcher de suivre de quelconques cursus scolaires. Une ère nouvelle voyait le jour et ils pensaient que cela serait peut-être mieux pour préserver l'honneur familial, même si cela ne les empêchait pas pour autant d'être mortifiés par le choix de leur fille aînée. Heureusement, Daphné était fiancée à Graham Montague, un gendre parfait pour ses parents aristocrates : il était l'unique héritier d'une riche famille, Sang-Pur et élevé dans les valeurs d'antan. De plus, elle ne montrait aucun intérêt à poursuivre un apprentissage autre que celui de sa mère pour fonder un foyer. Cela concernait l'art de recevoir, celui de la table, l'arrangement floral, ou encore élever un enfant, gérer les dépenses… mais surtout la maîtrise du sexe sous toutes ses formes pour assouvir les appétits masculins. Alors qu'Astoria avait toujours été rebutée par les propos de sa mère en la matière, Daphné était plutôt enthousiaste. Mme Greengrass expliquait qu'il n'y avait aucun tabou, ni aucun acte condamnable tant que le mari assouvissait toutes ses pulsions : pénétrations anales, vaginales ou buccales, éjaculations faciales, utilisation d'objets érotiques, bandage, positions demandant une extrême souplesse, etc. Les femmes, elles, devaient tout accepter sauf si cela attentait à leur intégrité physique : c'est-à-dire qu'il ne devait y avoir aucun sévisse corporel que pouvaient engendrer le viol conjugal, certains scenarii de fantasmes, ou le sadomasochisme. Cela n'était pas tolérable et devait être immédiatement rapporté aux Aurors. L'amour n'entrait pas du tout en ligne de compte. Cependant, si l'homme ne souhaitait pas utiliser des méthodes pour le plaisir féminin, l'épouse ne pouvait rien dire contre. Son but n'était pas son propre orgasme mais celui de son conjoint uniquement. C'était sur ce point qu'Astoria n'était pas du tout d'accord, tout comme la virginité jusqu'au jour du mariage. Daphné se sentait exaltée par ces idées d'un autre temps.

Lorsqu'elle leur expliqua cela, sans pour autant entrer dans les détails pour rester dans la bienséance, Harry ne pouvait s'empêcher de rougir. Draco était près de lui, et sa main frôlait sa longue veste de soie crêpe rendue un peu tiède par sa chaleur corporelle. Il bénit les pans de son pourpoint qui cachait quelque peu le volume qui commençait à se former à son entre-jambe. Il serra la mâchoire à s'en faire mal aux dents et prit bien garde à sa respiration pour qu'elle ne s'accélère pas. Il dévia immédiatement le sujet de conversation pour revenir à ses études d'Auror, allant même jusqu'à proposer d'être son chef d'équipe pendant son stage. Il se réprimanda intérieurement juste après pour ses paroles, ne souhaitant pas le moins du monde s'occuper de stagiaires presque toujours incompétents. Il s'attendait déjà à devoir réparer leurs bêtises. Kingsley sauta sur l'occasion pour assurer que ce serait lui qui se chargerait de cette prochaine promotion de l'Académie, même s'il avait tout à fait compris que son Auror n'avait pas vraiment mesuré ses paroles. Il l'avait lu sur son visage. Cependant, rares étaient les volontaires pour cette fonction. Ce n'était donc pas le moment d'ignorer une telle opportunité. Potter n'avait qu'à se contrôler un peu mieux, que cela lui serve de leçon.

De nouvelles têtes apparurent, et les groupes de discussion se dispersèrent ou se déplacèrent à travers la Grande Salle. Percy et Audrey allèrent s'asseoir à une table en compagnie de Molly et Arthur. Georges, Lee, Olivier, Katie, Alicia et Angelina partirent rejoindre d'autres anciens joueurs de Quidditch. Dean et Seamus s'occupèrent plutôt du buffet. Neville et Pomona avaient fini par se rendre aux serres pour poursuivre leur conversation enjouée avec mises en pratique. Horace, Minerva et Poppy rejoignirent leurs collègues un peu plus loin. Kingsley retourna saluer quelques autres connaissances de la guerre. Montague et sa fiancée Daphné se dirent qu'il était temps de se faire bien voir auprès des gens respectables ou haut placés dans la société. Padma et Parvati froufroutèrent vers des amies gloussantes en entraînant Pansy pour la présenter. Luna guida Draco vers une autre table pour discuter tranquillement. Blaise, ravi que sa princesse s'éloigne de Potter, sortit prendre l'air avec Theo sans avoir à s'inquiéter. Pritchard, Terry, Anthony et Robert partirent chacun de leur côté tout en restant non loin de l'endroit où se trouvait Draco pour guetter la moindre possibilité d'approche.

Au bout de quelques minutes de conversation au sujet du métier d'Auror, Astoria partit rejoindre Draco et Luna à leur table. Elle était satisfaite de la promesse du brun, était resté par politesse, et n'avait maintenant plus aucune raison d'entretenir un dialogue, ayant obtenu ce qu'elle voulait. A présent, elle avait en tête de séduire le bel androgyne de nouveau richissime ! Ne restaient plus que Harry, Ron, Hermione et Ginny.

- « Alors Harry, s'enquit la rousse qui avait attendu depuis longtemps l'occasion de pouvoir sauter sur son ami pour aborder un sujet bien particulier. J'ai cru comprendre que tu étais allé chez le beau blondinet pour monter ses meubles ? J'espère que tu lui as montré tes muscles si virils et prouvé que tu étais un homme, un vrai !

- Ne te moque pas, Ginny, grommela Harry.

- Il n'a pas pu, s'amusa à son tour Ron. Zabini lui tournait toujours autour pour surveiller qu'il n'attentait pas à l'honneur de son protégé.

- Quel malheur ! fit la jeune femme, faussement compatissante. Tu n'as donc pas eu l'occasion d'effeuiller l'éphèbe ?

- Figure-toi qu'il a abandonné toutes idées d'assouvir ses fantasmes, intervint fièrement la brune.

- Comment ça ? répondit la rousse extrêmement surprise et dubitative. Quels sournois et terribles démons as-tu donc bien pu invoquer pour lui faire renoncer à ses appétits charnels ?!

- Je l'ai simplement mis face à la réalité, puisqu'il semblait vouloir l'ignorer avec acharnement.

- Vous pouvez arrêter de parler de moi comme si je n'étais pas là ? soupira le brun, exaspéré. Oui, effectivement, Hermione m'a fait entendre raison, et j'ai compris que tout était bien trop compliqué. Une partie de jambes en l'air ne mérite pas qu'on se donne autant de mal.

- Ah bon ? firent le frère et la sœur en même temps.

- Parfaitement. C'est une vraie prise de tête, ça ne vaut pas le coup.

- Attend, attend, fit très sérieusement Ginny qui n'en croyait pas ses oreilles. Tu es en train de me dire que toi, l'homme qui a sans doute le plus d'appétit sexuel et de conquêtes d'un soir que j'ai jamais vu, renonce volontairement au plus désirable et bel homme que cette terre n'ait jamais porté, uniquement parce que réfléchir à un moyen de l'allonger dans ton lit t'a donné mal à la tête ? Tu te moques de moi ?

- J'apprécierais que tu ne cherches pas à lui redonner des envies, Ginny, grogna la médicomage. C'était déjà assez difficile de faire le contraire…

- Mais c'est incompréhensible ! s'offusqua la rousse. Cela va à l'encontre de la nature même de Harry !

- Dis tout de suite que je ne pense qu'à ça ! réagit le concerné.

- Mais tu ne penses qu'à ça, chéri, assura l'ex du héro en lui caressant les cheveux. Je ne veux pas te vexer mais c'est vrai. As-tu seulement cherché une seule fois à connaître tes partenaires ?

- Que veux-tu dire par là ?

- Je vais tenter de t'expliquer tout ça d'une autre façon, mon poussin, fit-elle doctement. Est-ce que tu as déjà parlé avec l'un ou l'une d'entre eux d'autre chose que de sexe ? »

Harry voulut rétorquer que oui pour lui prouver le contraire, mais dû s'arrêter après avoir ouvert la bouche. Non… Effectivement non. Il n'a toujours été question que de fornication, de façon plus ou moins détournée au début avant que le sujet soit crument abordé. En premier, c'était des échanges de regard et des compliments. Puis, des caresses et des sous-entendus. Et enfin, une proposition franche avec promesses cochonnes susurrées. Il eut un peu honte en l'avouant.

- « Tu ne leur a jamais demandé ce qu'ils faisaient dans la vie ? interrogea Ron, étonné. Leurs centres d'intérêt, leurs amis, leurs opinions, ou encore ce qu'ils avaient fait le jour-même ?

- Non, jamais… Mais eux non plus ! se défendit-il en vain.

- Eux ne baisent pas forcément cinq à dix fois par semaine avec des personnes différentes, sourit Ginny en posant sa main sur le bras de Harry pour lui faire comprendre que ce n'était pas un reproche.

- Et si c'est le cas, ils doivent l'assumer, ajouta Hermione. Ce qui n'a pas l'air d'être ton cas puisque tu affirmes ne pas penser qu'à ça.

- Bon, d'accord admettons… articula difficilement le brun. Mais je me suis beaucoup calmé, dois-je vous le rappeler ? Et puis les plans cul, c'est tout simplement parce que je n'ai pas trouvé baguette à ma main. En attendant, je me soulage. Mais une fois que je l'aurais trouvé, elle ou lui, j'arrêterais tout sans problème.

- Et comment tu comptes la ou le trouver sans faire connaissance ? sourit un Ron interloqué qui tenta de ne pas trouver cela drôle tant c'était aberrant. Tu attends que l'amour tombe du ciel ?

- L'amour arrive au moment où on s'y attend le moins ! expliqua Harry qui commençait à sérieusement se vexer. Cela ne sert à rien d'essayer de le provoquer. Je ne veux pas qu'on s'intéresse à moi pour mon argent ou mon statut de héro… Avoue que cela rend tout bien plus compliqué pour les rencontres.

- Tu parles des autres et non de toi, là, poursuivit Ginny. Tu es en train de nous dire que tu te sers des autres, sans rien partager, parce que tu as peur que les autres se servent de toi ? Donc tu fais pareil pour ne pas avoir à en souffrir ? Mais ce n'est vraiment pas ainsi que tu pourras t'attacher, tu t'en rends compte ? Il faut savoir prendre des risques !

- Dis celle qui est toujours célibataire depuis moi, fit bassement le brun, regrettant immédiatement ses paroles après les avoir prononcées.

- Fidèle à toi-même : tu attaques quand tu te sens acculé au pied du mur, grogna Ginny en signe d'avertissement. Ne détourne pas la conversation, veux-tu ?

- On était en train de parler de Malfoy si je me souviens bien.

- Et tu as dit abandonner toutes tentatives parce que cela te donnait des maux de tête, expliqua Ron. Ensuite on en est venu à ton besoin que tout soit facile et te tombe dans les mains tout prêt, alors que tu dis vouloir chercher l'amour… qui est sans doute le sentiment le plus compliqué qui soit.

- Je ne vois pas le rapport ! s'exclama Harry, les nerfs mis à rude épreuve. Ce n'est pas comme si j'allais tomber amoureux de Malfoy ! Cette idée est ridicule !

- Harry, on ne va pas rester à parler de ça cent-sept ans ! râla Hermione, énervée des réactions de Harry tout autant que des tentatives involontaires de la rousse pour le faire revenir sur sa décision. Ce serait effectivement la pire idée qui soit de chercher à tomber amoureux d'une personne qui va mourir. Alors si nous pouvions reporter cette discussion à plus tard…

- Non, Hermione, intervint Ginny, obtue. C'est maintenant ou jamais, tu le sais très bien ! Plus tard, Harry s'esquivera comme toujours ou fermera définitivement ses écoutilles en invoquant une quelconque raison absurde. C'est très simple, chéri, continua très sérieusement la rouquine sans animosité, en se tournant à nouveau vers son ex. Il faut que tu te lances à un moment ou à un autre pour faire connaissance avec quelqu'un. Sinon tu n'avanceras jamais. Il faut que tu te mettes en danger, en position de vulnérabilité, au risque de tomber amoureux toi-même et d'avoir le cœur brisé. Si tu ne t'ouvres jamais à qui que ce soit, si tu ne laisses personne s'ouvrir à toi, jamais rien ne se produira. »

Harry avait l'impression d'être un enfant pris en faute, et c'était une sensation vraiment très désagréable pour un jeune homme de vingt-sept ans, qui plus est, avait vécu la guerre. Il faisait ce qu'il voulait de sa vie, bon sang ! De quel droit se permettaient-ils tous de le juger ? D'accord, il voulait bien avouer qu'il ne pensait qu'au cul. Après tout, il n'y avait aucune honte à cela. En plus, il s'était bien calmé à ce sujet, préférant ses deux réguliers, Sebastian et Déméter, aux inconnus. Pour ces derniers, il ne copulait avec que de temps en temps. Mais s'il avait envie d'espérer l'amour en vain et de ne jamais rien faire pour que cela arrive, c'était son problème ! Il ne leur avait rien demandé. Il décida de les regarder d'un œil mauvais l'un après l'autre, et s'apprêta à partir quand il se ravisa.

- « Je n'apprécie pas vraiment cette agression soudaine, grinça le jeune homme tendu. Mais cela ne m'empêche pas de reconnaître certaines vérités. J'apprécierais cependant qu'à l'avenir, vous preniez des gants et choisissiez un moment plus approprié. J'ai bien compris devoir m'ouvrir, faire connaissance, etc. Et si je vous disais que je veux apprendre à connaître Draco Malfoy ? »

Cette affirmation choqua profondément Ginny. Hermione se sentait perdue… Elle aurait pourtant dû s'y attendre après le speech de la rousse : elle était en train de convaincre Harry de séduire le blond. Sans le vouloir, certes, mais l'effet était le même. La jeune Auror s'en voulait. Elle s'en était rendu compte trop tard. Et si elle en avait doutait, elle en avait maintenant la preuve.

- « Harry… hésita Ron. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Malfoy va mourir, ce n'est pas vraiment la personne à choisir pour commencer à…

- C'est un test pour m'entraîner, savoir comment je pourrais faire, argumenta Harry en souriant pour les tranquilliser. C'est rassurant pour moi de commencer sans véritable engagement, vous comprenez ?

- C'est un peu… étrange cette situation, murmura la rouquine, dubitative. Tu es sûr que…

- Oui, oui, ne t'inquiète pas pour ça. Tout ce dont j'ai besoin, c'est d'une astuce pour pouvoir aborder Malfoy. Je ne sais pas trop comment faire… Une tactique d'approche, ou pour attirer son attention… N'importe quoi pour amorcer une conversation. »

Ils étaient toujours perplexes. Ce n'était pas du tout ce à quoi ils avaient pensé ni s'étaient attendue. Hermione, surtout, sentait une boule dans ses tripes monter progressivement. De quel droit prenait-il Draco pour un cobaye ? Cela sentait l'excuse à plein nez ! Il avait changé d'avis et voulait à nouveau tenter sa chance pour le mettre dans son lit. La moindre des choses était de le reconnaître et de l'assumer pleinement ! Les divers arguments de la brune précédemment n'étaient pas pour l'en dissuader réellement, mais pour lui faire réaliser tout ce que cela pouvait entraîner. Il était évident que Harry cherchait à esquiver la verve de sa meilleure amie en agissant ainsi. Il la fuyait, d'une certaine façon. Et c'était à la fois frustrant et décevant pour la jeune médicomage. Cependant, si même en ayant réalisé tout ce que Hermione lui avait expliqué, puisqu'il avait choisi d'abandonner, et que finalement il revenait dessus… La jeune brune ferma les yeux et inspira longuement. Il se cherchait peut-être des excuses pour esquiver l'avis de la médicomage, mais dans le fond…

Harry n'était pas stupide, mais avait toujours été un handicapé sentimental. Il faisait systématiquement tout de travers. A un tel point que c'en était pathologique, comme si la simple idée d'être lié à quelqu'un lui faisait perdre tout sens commun. Cependant, peut-être que cette fois-ci était différente ? Après tout, il tentait de faire des efforts pour se rapprocher d'un tiers. Ce qui était déjà miraculeux. Et s'il gardait en mémoire que Draco Malfoy allait mourir et qu'il ne devait en aucun cas trop s'attacher… S'il s'agissait juste d'un « entraînement »… Ce principe même la mettait mal à l'aise malgré tout… Si elle pouvait coacher cet aliéné émotionnel, même pour un plan cul… Peut-être pourraient-ils devenir amis ? Et puis Draco n'était pas une jeune fille qu'il faut protéger. Il était loin d'être stupide et pouvait très bien se débrouiller, et savoir exactement ce qu'il voulait.

- « Bon, d'accord, soupira-t-elle avec beaucoup de méfiance alors que Harry souriait trop largement pour être innocent. Mais on te donne juste une piste ! Ensuite, tu te débrouilles ! »

L'Auror n'en croyait pas sa chance. La plus vindicative de ses amis à ce qu'il séduise le sublime blond venait de lui donner le feu vert. Mieux, elle l'aidait ! Pourtant, il lui avait semblé que son excuse d'« entraînement » était bien trop grosse pour être acceptée. Mais cela avait marché ? Vraiment ? Ou Hermione avait ses propres raisons ? Le brun pensa que c'était sans doute cette dernière option… Il avait hâte de savoir quel conseil allait donner le cerveau de leur groupe d'amis !

Celle-ci observa alentours, et chercha le bel ange du regard pour faire une sorte « d'état des lieux ». Elle ne fût pas du tout surprise de remarquer une troupe de prétendants gravitant non loin de lui, jetant des coups d'œil régulièrement vers leur cible très occupée avec l'un d'entre eux. Et pas des moindres !

Georges était assis sur une table, en tête à tête avec le beau blond qui riait aux éclats. L'estomac de Harry se retourna quand il suivit le regard de sa meilleure amie. Il avait envie de vomir, comme une aigreur remontant le long de sa trachée. Ses oreilles le chauffaient désagréablement. Ses doigts le démangeaient atrocement. Sa respiration se faisait plus lourde et difficile. Son cœur se serrait spasmodiquement. Et son cerveau s'embrumait d'une fumée rougeâtre. Il voulait aller frapper le roux, lui faire ravaler ses blagues à coups de poing et l'étrangler jusqu'à ce qu'il pleure. Qu'allait-il bien pouvoir dire à cette créature de rêve pour attirer son attention sur lui et non sur le roux ? Comment surpasser Georges et ses blagues vraiment très drôles ? Draco avait l'air de si bien s'amuser, gâcher son moment de bonheur n'était sans doute pas la meilleure méthode de séduction… Auparavant, il n'avait qu'à se montrer et les conquêtes venaient toutes seules. Surtout qu'il n'avait jamais une personne précise comme cible, d'habitude. Pour la toute première fois, il devait élaborer un plan pour charmer quelqu'un. Et Draco Malfoy n'était pas le plus facile, le plus accessible, et avec le moins de concurrence. Près de lui, il se sentait incapable d'aligner une phrase en le regardant droit dans les yeux sans se mettre à bafouiller. C'était peine perdue…

Hermione avait à peu près le même cheminement de pensées. Draco était visiblement très heureux avec son beau-frère. Et celui-ci semblait s'amuser comme un fou. Lorsqu'elle repensait à la période après guerre où celui-ci s'était emmuré dans le silence et la mélancolie, particulièrement à cause de la perte de son jumeau, elle ne se sentait pas de briser cette gaieté. De plus, en voyant le chercheur si rieur au point qu'il en avait les larmes aux yeux… Ce couple était clairement touchant. Harry serait-il capable de rendre Draco aussi radieux que Georges ? Car en étant condamné à mort par une maladie si cruelle, ce serait presque criminel de détruire un tel bonheur. Elle hésitait, plus sûre du tout de vouloir aider son meilleur ami.

De leur côté, Ron et Ginny n'en menaient pas large. Ils voyaient leur frère rire aux éclats, s'exprimer par de grands gestes éloquents. Il faisait le pitre et avait une étincelle d'intérêt brillant dans ses yeux marron. Cela leur faisait autant plaisir de le voir ainsi que cela les embarrassa. Georges était en pleine séance de charme, mais avait-il oublié qu'aussi beau et androgyne soit-il, le beau blond restait un homme ? Et que le roux était hétérosexuel ? A moins qu'il soit subitement devenu bisexuel ? C'était une révélation ! Mais le frère et la sœur restaient sceptiques… Le propriétaire du magasin de farces et Attrapes ne devait pas s'en rendre compte, trop obnubilé par ce qu'il voyait, oubliant ce qui était dissimulé sous le pantalon blanc…

De son côté, Hermione avait pris sa décision : elle allait aider Harry. Déjà parce que Draco voulait se lier d'amitié avec son ennemi d'enfance, et que tout cela pouvait l'y aider. Et ensuite, parce que le blond pouvait parfaitement choisir par lui-même s'il préférait le brun ou le roux !

- « Bien ! dit-elle tout à coup en se tournant vers son meilleur ami. Tu as remarqué, évidemment, que tous les hommes sont à ses pieds. Et il y en a de très beaux. Regarde McLaggen. Il est à damner un saint. Et il attend très près en lui jetant de temps en temps des regards énamourés.

- Si tu crois que ça me rassure, grogna Harry, fou de rage.

- Il est stupide ! Un Don Juan sans rien dans la tête ! Je le sais bien, pour l'avoir pratiqué à une époque…

- Merci de me le rappeler, soupira Ron.

- Il n'a rien pour lui, à part son physique, ajouta la jeune mariée sans prêter attention à la remarque de son époux. C'est donc avec son aspect qu'il va jouer pour arriver à ses fins. Mais il n'ira pas bien loin, je pense… De ce côté-ci, tu as Neville.

- Neville aussi ? s'étonna Ginny en étirant le cou pour repérer son ami.

- C'est un garçon célibataire, comme les autres ! Pourquoi n'aurait-il pas le droit de tenter sa chance ? Il s'est fait beau et a sorti le nœud papillon. Il n'a pas vraiment une apparence d'un mannequin, mais il est très gentil et pas bête du tout. Il s'est aussi distingué pendant la guerre, de telle sorte qu'il a enfin pris confiance en lui et plus personne ne le tourne en ridicule. Il peut parfaitement charmer Draco, mais pas en une nuit, ça m'étonnerait. Il est le genre de personne à laquelle on s'attache vite amicalement, mais qui nécessite un contact long et régulier pour voir en lui autre chose. Pour lui, c'est donc plus difficile, mais l'attachement qu'il installe est surtout puissant et durable !

- J'espère pour lui qu'il trouvera l'âme sœur… fit pensivement Ginny. Il le mérite !

- Il trouvera, j'en suis sûr, assura Ron. Il a failli avoir une touche avec Marietta Edgecombe, mais c'est lui qui n'a pas voulu. Dommage.

- Bon ! s'exclama Hermione pour les couper dans la conversation qu'ils commençaient à faire dévier. Parmi tous ces hommes, il n'y en a vraiment qu'un, surtout, qui a sa chance : Georges ! Lui, il a son humour. Il le fait rire, et c'est le meilleur moyen pour séduire. Il se démarque de tous les autres. Lorsqu'on veut se faire différencier au milieu de la foule, il faut avoir quelque chose qui puisse nous rendre unique. Qu'est-ce que tu as, toi ? Qu'est-ce qui fait que tu pourras te rendre unique aux yeux de Draco ?

- Euh… Je suis l'élu ? »

Hermione lui claqua violemment l'arrière du crâne pendant que le frère et la sœur pouffaient le plus discrètement possible.

- « Aïe ! Je plaisantais !

- Je ne t'ai pas donné le nom de tous les prétendants ! Olivier Dubois, Marcus Flint, Terence Higgs, Pavies, Derrick, Bole, Anthony Goldstein, Robert Hilliard, Carmichael…

- Ok, stop ! C'est bon !... Il y en a autant ?!

- Et plus encore. Je te répète, Harry. Qu'est-ce qui te différencie de tout ce monde ? Tous ces gens si différents ? Qu'est-ce qui te rend unique aux yeux de Malfoy ? »

Finalement, Harry ne trouvait pas cela si bête d'être démarqué parce qu'il était le « Sauveur »… Il n'avait clairement aucune chance. Il restait bêtement sans rien dire, réfléchissant intensément. Et en observant le visage de Ron et Ginny, il comprit que eux non plus ne voyaient pas où la médicomage voulait en venir.

- « Bon, je reformule ma question, puisque tu te révèles plus bête que tes pieds : qu'est-ce que Malfoy a de particulier à tes yeux, à part son physique ? »

Nouvelle colle. Nouveau silence. Hermione s'impatienta.

- « Bon sang, Harry ! Il n'y a donc vraiment que son physique qui t'intéresse ?! Laisse tomber si ce n'est que ça ! En général il y a autre chose, un petit plus, qui fait qu'on a envie de faire connaissance pour voir si une relation serait possible. Je sais que c'est un soi-disant « test », mais il n'y a vraiment rien ?

- Mais tu vas me laisser réfléchir, oui ?! Et puis tu le sais très bien que c'est purement physique ! Alors comme ça il faut qu'il y ait un autre truc et que je m'en serve pour me démarquer des autres ? C'est stupide !

- Bien sûr que non, il faut simplement faire fonctionner ses méninges un peu ! Je pensais qu'il y aurait bien autre chose que sa beauté… Vous étiez toujours si… Non, tu ne me feras pas répondre à cette question à ta place ! Réfléchis, et quand tu auras trouvé, viens me faire signe. Mais ne va pas le voir tant que tu n'as pas la réponse ! »

Et Hermione partit, visiblement très énervée. Qu'y avait-il de mal à vouloir draguer une belle personne, fille ou garçon, uniquement parce que celle-ci est justement magnifique ?… Harry était sceptique. Il ne pouvait pas savoir ce qui rendait Malfoy différent à ses yeux tant qu'il n'avait pas appris à la connaître. Et il ne le connaîtrait qu'en lui parlant. Hors, il fallait d'abord qu'il sache avant de lui parler… Mais dans quel guêpier s'était-il fourré ? Son amie était sérieuse ? Il regarda Ginny et Ron qui semblaient navrés pour leur ami, tout en ayant un rictus difficilement réprimé. Ils semblaient morts de rire, et s'empêchaient de le montrer pour ne pas vexer le brun. Ne souhaitant pas assister au moment où ils allaient exploser, Harry s'éclipsa.

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Note d'intention :

OMG ! Ce chapitre fut une torture à ré-écrire ! Il me fallait revoir tout de A à Z, et trouver une autre technique de drague pour Harry ! Ici, il s'agit surtout de ce dilemme. A savoir « je le séduis ou pas ? ». Les méandres de l'esprit Potter sont multiples et partent dans tous les sens. Essayer de donner une direction, une ligne directrice, fût vraiment compliqué ! Je pense que cela doit s'en ressentir ENORMEMENT à la lecture ! Mais je ne suis pas arrivée à faire autrement tout en respectant un maximum possible ce que j'avais écrit précédemment et en enlevant ce que je jugeais de futile voir même ridicule. Je trouvais même que c'était presque une insulte envers l'intelligence de Hermione… Là, j'espère lui avoir redonné ses lettres de noblesse. Surtout d'un point de vu éthique : aider Harry à avoir un coup d'un soir avec un mourant n'était vraiment pas dans ses cordes ! Il lui fallait une bonne raison ! C'est très bancal fait et dit comme ça, mais il fallait au moins qu'elle hésite un minimum. Son dilemme à elle peut s'expliquer de cette manière : elle voudrait que Harry pense à autre chose qu'au sexe et se trouve un compagnon ou une compagne de vie. La moindre réflexion de Harry au sujet d'un plan cul, un coup d'un soir, ou même une attirance purement sexuelle, la met en rage de plus en plus à chaque fois. Harry dit que Draco est la personnification de tous ses fantasmes, et il fait un blocage sur lui. Elle sait que c'est une énorme erreur puisqu'il est mourant. Mais elle ne pense pas à un coup d'un soir pour lui, elle a surtout très peur qu'il puisse commencer à ressentir autre chose pour le blond ! La preuve en est qu'ils se connaissent, ils n'ont jamais été des étrangers l'un pour l'autre. Si Harry se met à voir en lui autre chose qu'un ennemi, il ne pourra jamais voir non plus qu'un simple plan cul. Cela n'annonçait vraiment rien de bon et tous les facteurs pour le début d'une relation sentimentale sont réunis ! Hors, le problème est que Draco veut devenir ami avec Harry. Il y a donc contact obligé. Et elle ne peut refuser quoi que ce soit au blond, ce sont un peu ses dernières volontés pour ne pas avoir de regret. Comment donc empêcher cette future possible catastrophe qu'elle voit bien arriver et qu'elle ne peut réfréner ? Car le contact entre ces deux là est presque obligatoire, et Harry ne pense qu'à ses pulsions sexuelles…

Alors face à ce casse-tête qu'elle semble être la seule à voir, elle finit presque par abandonner… Elle a bien tenté de raisonner Harry, mais rien à faire. Alors il ne restait plus qu'à compter sur Draco (et surtout Blaise) pour lui remettre les pendules à l'heure. Le blond sait ce qu'il veut, et n'est pas du genre à se laisser faire. Et ce même si Harry tente une approche séduction.

Voilà à peu près ce que j'ai fini par faire de tout ce méli-mélo. J'espère que c'est compréhensible…

Comme ce chapitre est très long comparé aux autres, je vais m'arrêter là. Autant ne pas trop en rajouter !

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NOTE SPECIALE

Martibullé = copyright de Lena Zeinyom. Elle m'a donné l'autorisation de l'utiliser voilà un an ou deux. Je l'ai trouvé tellement génial ! Merci à elle ! (Je vous conseille vivement de lire « La Coupe du Monde de Quidditch » qui est pour moi l'une des meilleures fictions que j'ai pu lire !)

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Merci à tout le monde, et je vous dis…

A BIENTÔT !