05 - LoveStar

Tout cela avait mal commencé. Stiles n'aimait pas que l'on se moque de lui et les messages qu'il avait reçus n'auguraient qu'une mauvaise blague douteuse. Pourtant ! Oui pourtant après des échanges, lui insultant et l'autre répondant avec douceur en essayant de lui faire comprendre qu'il ne voulait pas le blesser ou même le piéger, Stiles s'était dit, pourquoi pas voir ou cela menait. Il en avait informé Lydia pendant la pause déjeuner et bien sûr Scott était absent.

Elle l'avait bien sûr mis en garde avec ce genre de harceleur maniaque et leur pouvoir de persuasion qui résultait souvent par un tabassage en règle, offert par un groupe d'homophobes doublés de lâches. Mais celle-ci lui avait étrangement donnée sa bénédiction à la fin des cours, lui expliquant qu'il ne devait absolument pas le voir seul et en pleine nuit.

Stiles connaissait les dangers de ce genre de plans, son père était shérif quand même. Il voulait simplement s'amuser aussi au dépend de l'âme qui tentait de lui faire avaler des couleuvres. Et puis, qui a pour surnom « LoveStar », ça fait acteur de film porno amateur sur le retour. Il était peut-être naïf mais pas complémentent stupide.

Seulement, plus la journée passait et plus les messages stupides le faisaient sourire. Vraiment sourire. Sourire comme un gamin qui découvre des parcs d'attractions ou la mousse au chocolat.

« Ton père est un voleur, il a subtilisé les étoiles dans le ciel pour les déposer sur ton corps » ou même « Ta mère est une chercheuse d'or, elle emplit tes yeux de ses trésors pour te rendre inestimable ». Stiles trouvait ses phrases débiles à souhait et absolument clichées. Bizarrement cela le fait sourire. Il ne comprenais pas pourquoi, mais ses lèvres s'étiraient pour laisser apparaître quelque chose et illuminer son entourage qui ne comprend pas.

Une seule journée et Stiles vivait sur un nuage. Il ne sait pas qui est LoveStar mais l'inconnu semble le connaître. Il n'est pas inquiet car il sait qu'il est surveillé. Il a aperçu la voiture banalisée de la police de Beacon Hills stationnée devant le lycée. Sérieux. Jordan Parrish en civile avec une casquette noire et des lunettes de soleil aviateur qui surveille le fils du shérif. Pourquoi pas mettre un drapeau arc en ciel sur la façade du lycée, cela paraîtrait moins voyant.

Tout ce qu'il sait de LoveStar, enfin ce qu'il a bien voulu dévoiler, si c'est vrai. C'est un garçon de 17 ans. Grand. Sportif. Châtain. Les yeux verts. Studieux vu les connaissances qu'il détient et sur lesquelles ils échangent. Il aime les mêmes séries que lui et les vieux films gores. Il adore manger du popcorn au caramel beurre salé. Du popcorn au caramel beurre salé mec, son plaisir coupable. Son péché mignon. Personne ne le savait. Soit il aimait vraiment ça, soit il le stalkait depuis un moment.

Le mieux du mieux pour Stiles ? LoveStar aimait les films Marvel, DC Comics, Star Wars et les jeux vidéo comme War Craft. Il ne pouvait pas rêver mieux. Seulement dans le meilleur des mondes, LoveStar était une utopie et il s'agissait d'un pervers accro aux adolescents, caché derrière un écran, bouffant comme un porc qu'il était avec ses 180 kilos, chauve et un sourire sans dents. Hormis cela, il aurait été le mec idéal.

Tu m'envoies un message quand tu es rentré chez toi …

Oui maman ! Je t'en enverrai un quand j'irai aux toilettes ou je dois d'abord demander la permission…

Ce n'est pas drôle ! Tonna Lydia qui se ferma à sa blague d'un goût plus que douteux.

Désolé …

Non ! Tu ne t'excuse pas, tu m'envoies un message et point barre, sinon je débarque…

Tu en es capable. Stiles s'approcha de Lydia et sans qu'elle puisse réagir, l'attira vers lui et lui fit un câlin.

Une légère tension plus tard, la jeune femme lui rendit et se détendit. Stiles sentit une main agrippée son tee shirt fermement. Il avait bien remarqué que Lydia s'était un peu éloignée dans la journée malgré leurs discussions, mais il ne pouvait pas imaginer la peur qu'elle avait dû avoir. Ni même celle de ses amis. Il comprenait maintenant celle de ses parents.

Après un léger baiser sur la joue, Stiles s'éloigna de la blonde vénitienne. Un geste de la main au groupe et le jeune homme courut à sa voiture. Malgré la journée, tout n'était pas réglé et il le savait. Quelque chose s'était brisé. Stiles ne savait pas comment réparer cela même s'il n'était pas entièrement en faute, s'était de son devoir de résoudre ce problème.

Il soupira et sursauta quand son téléphone vibra. Un regard au message qui venait d'arrivé sur son application mobile de messagerie instantanée le fit sourire. Il démarra et pensa que sa journée allait bien finir.

Que veux-tu dîner ce soir Jackson ? demanda son père alors qu'il sortait son téléphone de sa poche.

Je n'ai pas très faim, mais j'aimerais bien une pizza…

Chorizo, beurre de cacahuète et mozzarella ? Sourit Porter en sortant de sa chambre, connaissant la réponse par cœur.

Dis-moi !

Jackson sursauta et lâcha son téléphone qui s'écroula au sol. Il avait failli se faire griller et personne ne devait savoir. Absolument personne. Bon soyons honnête, une seule personne était au courant, enfin elle l'avait appelée après les premiers messages envoyés à Stiles. Il aurait dû être plus prudent avec son pseudonyme. Comme ne pas se faire griller alors que la seule personne à connaître vos pseudos c'est votre meilleure amie ?

Que fais-tu Jackson ? Demanda perplexe son père qui le regardait comme un parent surprend son enfant sur le point de faire une bêtise.

Une bêtise ? Oui, s'en était une, mais elle était peut-être le commencement de quelque chose de plus grand. Mais comment construire quelque chose quand on commence par des mensonges. Pas vraiment des mensonges si le jeune Whittemore y réfléchissait bien, car ce qu'il avait écrit était la stricte vérité et encore il ne s'était pas entièrement dévoilé, de peur que Stiles raconte tout à tout le monde et qu'il soit percé à jour. Mais grâce à l'aide de Lydia, ou plutôt sa complicité, Jackson savait que cela pourrait marcher. Il devait juste faire en sorte de pas être découvert trop tôt et de pouvoir poser ses pièces de façon stratégique pour conquérir le cœur de Stiles.

Ne m'oblige pas à répéter mon garçon !

Pardon papa ! S'excusa Jackson en se reprenant. Je discutais avec Lydia du retour de Stiles au lycée…

Comment va-t-il ? demanda soudainement, contrarié, Porter qui s'assit sur le lit. Je n'ai pas encore eu le temps de voir John avec toutes les affaires qui me tombent dessus depuis sa TDC, c'est fou le nombre de harceleurs lycéens qui se croient invulnérables, cachés derrière des parents soumis !

Jackson observa son père partir dans ses pensées et en profita pour sourire. Depuis son annonce le matin même, c'était comme s'il pouvait enfin respirer. Il ne s'était pas attendu à la réaction qu'ils avaient eu. Non. Il s'était attendu au pire. Des cris de fureur. Des larmes d'indignation. Des paroles violentes et même de l'ignorance.

Mais sa mère l'avait pris dans ses bras et s'était mise à pleurer en lui assurant que ce n'était pas grave s'il aimait les garçons autant que les filles. Elle lui avait assuré que cela ne changerait rien à ce qu'elle éprouvait pour lui. Il avait fondu en larmes dans ses bras. Des larmes bien trop longtemps retenues. Des larmes de soulagement et de joie. Mais aussi des larmes de tristesse pour Stiles.

Porter, lui, s'était tenu à distance un moment avant de poser sa main sur son épaule. Le regard qui s'ancra dans le sien lui offrit tous les mots qu'il pensait. Porter n'avait pas besoin de parler pour s'exprimer et son fils le savait. Leur relation avait été basée sur les expressions visuelles. La couleur des yeux vert gris de son père changeaient en fonction de son humeur et Jackson les avait toutes apprises. Cette fois ci, il y avait de la compassion, de la fierté et beaucoup d'amour paternel.

Puis Catherine avait décidé que son fils n'était pas en état d'aller en cours et resterait avec elle toute la journée pour discuter s'il en avait envie. Chose qu'ils firent. Discuter. Toute la journée. C'est aujourd'hui que Jackson découvrit le vrai visage de sa mère. Douce. Attentionnée. Attentive. Il l'avait toujours pensé distante mais le jeune homme découvrit que Catherine l'observait en permanence. Elle savait tout de lui. Enfin presque, mais elle pouvait se souvenir de chaque moment que Jackson avait vécu sous ses yeux. Et le blond était fier de cela.

Porter avait dû partir travailler, seulement il appelait pratiquement toutes les heures ou il avait un creux pour pouvoir discuter avec sa femme. Ils prévoyaient déjà de vraies vacances en famille et cela réjouissait Jackson.

Quoi qu'il se passe Jackson ! Commença Porter en posant sa main sur son épaule. Quoique tu décides, ta mère et moi seront toujours à tes cotes, même si tu te mets en couple avec un garçon !

Même si c'est Stiles ?

Même si c'est Stiles. Je connais ce garçon depuis sa naissance, il est bavard, il a une bougeotte d'enfer, parle beaucoup mais si c'est ton choix et qu'il te rend heureux…

Je veux le rendre heureux !

Jackson ne put retenir sa phrase et s'en étonna. Il n'était pas encore prêt à tout dire à ses parents sur ses sentiments et pourtant.

Il est intelligent, beau, on a les mêmes goûts sur beaucoup de choses et … Jackson se stoppa.

Il avait failli dire quelque chose qui le fit rougir.

Et ?

Et …

Et ?

Et il embrasse bien ! Rougit furieusement Jackson en baissant le regard sur son téléphone toujours au sol.

Tu n'as pas à avoir honte ou rougir pour ce genre de choses mon grand, s'il est comme son père, il doit être doué ! Ricana Porter en se levant rapidement sous le regard interloqué de Jackson.

Attends ? Quoi ? PAPA ! Hurla Jackson qui ramassa son portable et sortit de sa chambre pour suivre son père qui fuyait la discussion à venir.

Stiles entra dans sa chambre comme une tornade, jetant son sac de cours sur le lit. Il ne prit pas la peine de vérifier si sa fenêtre était ouverte et se déshabilla complètement avant de filer sous la douche. D'habitude il était d'une pudeur incroyable, surtout quand le fils de sa voisine, regardait par sa fenêtre quand il fumait sa clope.

Armando Santos était une bombe sexuelle latine que Stiles aimait dévorer du regard mais trop hetero macho pour espérer quoi que soit. Âgé de 25 ans, le jeune homme travaillait comme menuisier dans l'une des entreprises de bâtiments de la ville et veillait sur son corps comme un temple et une machine de guerre. Stiles voyait bien la plupart de ses conquêtes quand le jeune homme les ramenait chez sa mère pour une partie de jambes en l'air qui durait souvent longtemps.

Il n'était pas un voyeur mais tomber sur une scène avec Armando et une blonde pulpeuse et un autre mec, qu'il besognait comme un bourrin, parce que Stiles ne trouvait pas d'autres mots que ça à l'acte qu'il avait surpris, lui avait donné un orgasme instantané. Il se demandait aussi, si le latino ne lui avait pas fait un clin d'œil ce jour-là. Il est persuadé d'avoir été grillé mais il s'en fichait, il était mineur, gay et lui majeur et dom Juan du sexe. Il préférait encore se faire des idées à Jackson. Des idées ou de l'espoir.

Sortant de la douche, il ouvrit son armoire et sortit un boxer noir, un tee shirt ample et un bas de survêt qu'il enfila à la hâte pour aller préparer le repas du soir. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas cuisiné, lui qui voulait faire des études de cuisine et voyager à travers le monde pour découvrir les merveilles culinaires qu'il recelait.

Se tournant pour prendre son portable, Stiles s'aperçut que son voisin le regardait avec une lueur de luxure dans le regard. Armando le fixait avec appétit. Recrachant une bouffée de nicotine, nonchalamment appuyé sur le rebord de sa fenêtre, le jeune homme lui fit un clin d'œil et sourit. Un frisson parcourut Stiles. Pas un frisson appréciateur de l'attention mais quelque chose le dérangeait dans l'attitude de son voisin.

D'un signe de la main gêné, Stiles le salua, prit son portable et s'enfuit de sa chambre. Même s'il trouvait Armando à son goût, ce n'était pas pour autant qu'il voulait devenir une de ses conquêtes et subir les assauts de ce bourrin. Derrière la façade que montrait Stiles, il aimait les attentions romantiques, les chansons qui parlaient d'amour et certains films comédies romantiques.

Il visionnait certes des pornos de temps en temps mais la plupart étaient trop hard pour lui. Quelle idée de prendre une main dans le fondement. Ou même cette historie de Golden Shower. Beurk. Stiles frissonna de dégoût et se reprit pour préparer le repas du soir. Soudain une idée le traversa. Si s'était lui LoveStar ? Si son voisin se faisait passer pour quelqu'un d'autre, afin d'avoir dans son lit l'adolescent outé par des petits cons et le mettre à son tableau de chasse.

Caché derrière sa porte pour observer son voisin finir sa cigarette, Stiles envoya un message innocent à son admirateur secret et pervers. Quand il reçut la réponse quelques secondes plus tard, Stiles releva la tête et s'aperçut avec horreur que son voisin tenait son portable à la main et pianotait dessus. Il fronça les sourcils et déclara la guerre ouverte. Mais une chose n'était pas logique. Comment pouvait-il savoir certaines choses qu'il n'avait dites à personne. Il avait beau être son voisin, il ne pouvait pas le surveiller en permanence.

Il saurait la vérité, foi de Stilinski. Un second message arriva. Puis un troisième et Stiles compris qu'Armando n'était pas l'admirateur. L'homme fumait encore mais le téléphone avait disparu de ses mains. Peut-être avait-il fait des messages différés ? Il allait devoir enquêter avec ses amis. Il pourrait demander des informations à Lydia et Jackson, vu qu'ils étaient les plus aptes à fouiller dans des dossiers sensibles sans qu'il passe par son shérif de père.

LoveStar je vais te démasquer ! Jura Stiles en descendant les escaliers.