Oui, oui. C'est criminel de se taper le luxe d'un titre pareil ^^
6 – On dit : Oui Maitre.
Hermione était en pleine introspection. Elle se découvrait, à sa grande honte, trouillarde. Allons, ce n'était pourtant pas si compliqué à faire, si ? Prendre son courage à deux mains, aller le voir, lui expliquer les choses, lui demander des éclaircissements sur certains points et trouver ensemble une solution... Pire que tout, elle avait fait une tentative d'extension du sortilège de « détection des Princes-Charmants potentiels » et cela avait donné un résultat très effrayant. Un nouveau nom s'était ajouté à la liste et Hermione avait prié pour que ce soit une erreur. Bête et méchante. Un bug. Merlin, c'était la première fois qu'elle espérait sincèrement avoir raté son sortilège.
- Hermione ? Fit timidement Ron, est-ce que ça va ? Parce que... tu pousses des couinements assez effrayants.
Hermione tourna ses yeux fatigués vers son petit-ami.
- Non ça ne vas pas, du tout.
- Tu es sûre que tu ne veux pas... me dire quels sont les noms ? Bon, c'est vrai je suis émotif mais... Sincèrement je n'en peux plus de te voir te tourmenter comme ça et... y être impuissant. Je crois que tu peux tout me dire, promis je le supporterai.
La sorcière regarda le visage résolu du rouquin. Son nez couvert de taches de rousseurs était légèrement froncé, comme toujours lorsqu'il était déterminé à faire montre de son Gryffondoresque courage.
- Bon... dit lentement Hermione. Il y en a quatre... heu trois ! Il y avait tes frères, Fred-et-George...
- Sérieux ? S'exclama Ron, un peu pâle.
Hermione le fixa d'un regard soucieux, il inspira profondément et dit :
- Oui donc, continue.
- Et bien je leur en ai parlé mais... il semble qu'ils ne soient pas intéressés... Donc ça ne doit pas être eux. Sinon il y a aussi...
La sorcière s'interrompit et retint son souffle.
LILILOULILI
Quand Remus arriva 12 square Grimaud, la première chose qui le frappa fut son bien-être physique. Habituellement, lorsqu'il franchissait la porte, Sirius, que son odorat de chien avait prévenu de son approche lui sautait joyeusement dessus avec des exclamations ravies, du genre :
"Luuunnarrrdd ! Vieux frère ! Je suis tellement tellement heureux de te voir, si tu savais ! Tu m'as trop manqué, je suis tout seul ici et je m'ennuie comme un chat mort ! Mais quand tu arrives ma vie s'illumine et de nouveau le bonheur me prend ! Ouaf ! Ouaf !"
Le tout en lui donnant de grands coups de langues sur le visage. Non. Seulement quand il était sous forme canine. En temps qu'humain, il se contentait de le serrer virilement contre lui, à l'étouffer, à lui broyer les côtes. C'est pourquoi Remus referma prudemment la porte derrière lui, s'attendant toujours à recevoir le chien. Mais rien. Nada. Le lycanthrope en aurait presque été inquiet.
- Patmol ? appela-t-il.
Aucune réponse. Très bien, là ça devenait inquiétant. Remus monta quatre à quatre les marches et se précipita dans la chambre, s'attendant à moitié à trouver Sirius ivre mort sur son lit. Ou endormit. Mais non, personne, la chambre était vide, sauf si on comptait les vêtements répandus un peu partout, les livres et les disques qui trainaient.
Remus senti l'angoisse le parcourir. Sirius ne pouvait pas s'être encore enfui ! Si ?
Il descendit l'escalier presque aussi vite qu'il l'avait monté et entra dans la cuisine. Une fiole de potion Tue-Loup l'attendait sagement, posée sur la table, et juste à côté d'elle se tenait, non moins sagement, un mot.
Remus Lupin le saisit et reconnu immédiatement l'écriture élégante mais pressée de Sirius Black.
Cher et honoré Lunard. Prend bien ta potion et ne te fait pas de soucis pour moi, je suis actuellement à Poudlard, en visite à un vieil ami. Passe m'y voir si le cœur t'en dit, tu risques d'être surprit.
Amicalement,
Patmol-le-magnifique.
Le lycan s'assit à la table et prit sa tête entre ses mains, légèrement désespéré. La pleine lune était pour ce soir et il lui faudrait environ trois jours pour s'en remettre. Il décida qu'une fois qu'il serait de nouveau capable d'attacher sa chemise sans trembler comme une feuille, il se rendrait à Poudlard pour voir ce que manigançait Sirius. Et cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu Harry. Cher et pauvre Harry, pensa-t-il avec affection. Leur dernière conversation avait été plus que houleuse.
FLASH BACK
Harry était assit en tailleur sur son lit. Le dos bien droit et les yeux lançant des éclairs. Ou tentant d'en lancer. Ils étaient peut-être un peu trop flous pour être vraiment menaçants, malgré leur hypnotisante couleur absinthe. Remus, une jambe tendue et l'autre repliée se tenait face au fils de James, et il remerciait l'initiative qu'il avait eut de replacer le sort de silence après être entré.
- Franchement Mus... marmonna Harry d'une voix pâteuse. T'as vraiment besoin de venir jusqu'ici pour me faire la morale ?
- Il faut bien que quelqu'un le fasse ! Tu caches tes faiblesses et tes erreurs à tes amis qui, donc, ne peuvent plus t'aider.
- Eux y fouinent pas au moins ! S'exclama le Gryffondor.
- Moi non plus, soupira Remus. Je suis venu à cette heure parce que c'était mon seul créneaux. Et si je suis entré de force dans ton lit c'est parce que je me suis inquiété de te voir enfermé avec en plus un sort de silence ! Je ne m'attendait pas du tout à...
Harry eut un ricanement et fit une tentative assez pitoyable pour attraper sa bouteille que l'ancien professeur avait mit hors de sa portée. Remus chassa sa main d'un geste vif et Harry se redressa et reprit la conversation comme si de rien n'était :
- Tu ne t'attendais pas à me trouver bourré ?
- Non, répondit Remus, c'est certain. Que tu boives de temps en temps, connaissant les mœurs qu'ont eut ton père et Sirius, je serais mal placé pour te l'interdire, mais que tu boives seul dans ton lit, ça c'est inquiétant.
- Je ne vois pas où je pourrais boire d'autre ! Je ne bois pas pour lever des inhibitions et pouvoir faire l'imbécile devant d'autre gens, ni pour me donner un genre... Je bois parce que ça me détend. J'aime ça. J'aime la sensation de vertige que ça donne. J'aime quand le monde autour de moi reprend son vrai visage instable, j'arrive même à apprécier cette impression de mal de mer qu'on a après. Quand je bois je ne pense à plus rien d'autre qu'à boire. Et ça me plait.
Remus passa une main fatiguée sur son visage. Harry avait grandit. Harry était terriblement fragile et aigrit. Et pourtant une sorte d'énergie, d'innocence désespérée s'évaporait de lui par tout les pores de sa peau.
- Tu es encore si innocent Harry, s'entendit murmurer Remus. L'alcool ne te va pas bien...
- Ah non ! S'exclama Harry, véhément, je ne suis plus innocent maintenant ! Plus du tout du tout ! Tu sais ce que j'ai fait, la dernière fois que j'ai bu ?
Le loup-garou secoua la tête.
- Et bien, je ne suis pas resté dans mon lit, comme tu dit, je suis sortis me balader dans le château, j'y ai fait une rencontre très intéressante et j'ai...
Harry se pencha en avant et chuchota des mots à l'oreille de Remus. Des mots crus, des mots violents, des mots presque surprit d'être si lourds de sens, des mots qui firent rougir l'ancien professeur et monter en lui une colère sourde et grondante.
- Dit moi que c'est une élucubration de soulard, murmura presque doucement Remus.
- Non, répondit Harry avec un sourire carnassier. Et même que j'ai adoré ça.
Remus fut secoué de la tête aux pieds par un tremblement. Sa main partit comme sous l'effet d'un ressort cassé et gifla la joue de l'adolescent.
Harry ouvrit la bouche et resta figé. Jamais personne avant ne l'avait frappé comme ça. Un coup sans cruauté, partit sous l'effet de la colère, du choc, de la peur et de la tristesse. Un coup comme les parents en donnent parfois. Et comme ces parents, Remus sentit aussitôt une honte cuisante et une forte culpabilité qui s'accentua encore quand des grosses larmes se mirent à couler sur les joues de Harry. Il ouvrit les bras et l'adolescent se jeta contre lui en sanglotant.
- Pardon Harry, souffla Remus, pardon de t'avoir tapé je...
- Non, tu as eu raison, je n'aurais pas dû faire ça mais... Je... j'en ai vraiment eut envie. Tu peux me gronder autant que tu veux, ça ne servirait à rien. Je sais que ce n'est pas normal, que ce n'est pas sain... mais... je sais aussi que si l'occasion se représente, je recommencerais.
- Chuut, Harry, chut. Ce n'est pas si grave... Tu... Tu as le droit de choisir ce que tu penses être le mieux pour toi mais... fait attention...
Il lui caressait doucement la joue, le dos, se balançant doucement d'avant en arrière.
- Oh Harry... Tu es si jeune encore et si fragile... Trop de gens ont tendance à l'oublier à cause de ton courage et de ton audace... Mais toi, n'oublies pas que tu n'es pas tout puissant... Prends garde à ton cœur...
Et durant plus d'une heure il l'avait bercé ainsi, jusqu'à ce que le Survivant s'endorme dans ses bras. Alors il s'était allongé à ses côtés et avait veillé son sommeil jusqu'à l'aube, où il avait déposé un baiser sur son front avant de partir...
FIN DU FLASH BACK
Remus porta la fiole à ses lèvres et la vida d'un coup. Le goût s'améliorait quelque peu, mais c'était encore loin d'être bon.
- Tu crois qu'on y est pour quelque chose ? Demanda Blaise d'une voix qui se voulait indifférente.
Drago lui lança un regard. Combien aurait-il offert pour avoir le droit de répondre : Mais de quoi tu parles ? Beaucoup. Hélas, rien n'aurait été suffisant. On ne brûle pas sa mémoire, pas quand on a juste dix-sept ans et encore des bribes d'espoirs crasseux englués contre les tripes. Drago savait de quoi, de qui il s'agissait. D'un type qu'il avait sainement haït pendant une longue période, d'un type étrange au fond, si opposé à lui et si proche, un drôle de repère sur la table de son existence. Il l'avait vu grandir et se renforcer quand lui apprenait à mieux tromper et à durcir, il s'était moqué de ses amours quand lui découvrait le sexe, il avait serré les dents devant ses triomphes quand son père était emprisonné et son honneur piétiné.
Et un jour le destin, le hasard, quelqu'un ou quelque chose avait tendu un pont entre leurs deux abîmes. Et Drago, le sourire aux lèvres avait entrainé sa Némésis dans le stupre de ses ténèbres. Et il était resté bouche-bée. Ébahit de découvrir celui qu'il pensait pure à l'excès si empli de douleurs inavouables, terrorisé de le voir faire ressortir sa propre blancheur, qu'il croyait disparut à jamais.
Harry Potter. Un nom et un prénom d'une banalité absolue pour dissimuler un monstre, un puzzle, un amalgame de rage et d'énergie, de courage et de peur, de serments et de hurlements. Drago Malefoy. Une entité qui se croyait parfaite et sans faille. Qui apprenait à contempler l'étendue de son erreur.
Chacun était la réponse à la question de l'autre.
Le Serpentard blond se leva et alla enfouir sa tête sur le torse de Blaise. Le métisse referma ses bras sur lui, pencha la tête et mordit avec force le cou exposé. Drago rejeta la tête en arrière avec un cri indigné. Zabini eut un sourire sarcastique qui disait : oui Drago, tu es très doué pour éviter de répondre aux questions, mais je suis de taille à lutter.
Alors Malefoy se détacha froidement de lui et reprit son visage de fils aristocrate implacable.
- Bien sûr qu'on y est pour quelque chose. Et je pense qu'on a tout lieu de s'en féliciter : le Maitre sera ravit quand il l'apprendra.
Blaise haussa les sourcils.
- Est-ce toi qui va lui dire ? C'est une information qui à son prix... Tu ne dois pas être le seul à y avoir pensé.
Drago eut un rictus.
- En revanche, je crois être le seul à avoir trouvé le moyen de déjouer le sort de Dumbledore !
Les deux Serpentards se jugèrent du regard et éclatèrent d'un rire sans joie, un rire glacé et puissant.
SISSISSIS
Assit dans son fauteuil l'ancien Serpentard fixait le feu d'un air méditatif. Un air pensif. Il était en pleine méditation. Appel au calme. Non tu ne vas pas aller à Square Grimaud. Non tu ne va pas envoyer ton hibou espionner là-bas. Non tu ne vas pas mettre ta tête dans cette cheminé. Tu vaux mieux que ça et tu le sais. Il t'a fallu près de dix ans pour obtenir ce semblant de dignité, cette apparence intouchable et indifférente. Ah, ils ont tous été surprit pas vrai ? Ils étaient habitués au petit Severus timide et renfermé, porté sur la dissimulation, toujours fébrile, toujours tremblant. Avant ta carapace était du papier crépon. La moindre provocation, la moindre gentillesse la réduisait en miette exhibant ta faim insatiable. De haïr, d'aimer, de défendre, d'attaquer. De ressentir encore et encore, même si c'est de la douleur, même si c'est pitoyable, tout pour échapper à cet engourdissement qui l'envahit quand il est seul. Tout pour ne pas devenir un homme sec comme son père. Ah oui. J'ai bien réussit non ? Je suis cent fois ce qu'était Tobias Rogue. Je suis puissant et redouté, je suis craint et honoré et surtout surtout à cette seconde je suis profondément calme et serein. Sûr de moi. Ma vengeance est parfaite. Assurée. Elle prend juste... un peu plus de temps que prévu. Tant mieux, elle n'en sera que plus savoureuse.
Des coups frappés à la porte firent sursauter le paisible maitre des potions. Il se dresse devant son fauteuil, le cœur battant. N'importe quoi, vraiment.
Il se dirige vers la porte et l'ouvre.
Projeté violemment sur le sol, Severus Snape tente de comprendre ce qui lui arrive. Contre lui une large silhouette mobile et tremblante se presse désespérément.
Sirius avait le visage enfouit dans son cou et frottait son nez contre la peau de Snape en inspirant par à coup, fébrilement. Sa respiration était erratique, et quand il parla sa voix était presque aussi rauque qu'à sa sortie d'Azkaban.
- Qu'est-ce-que tu m'as fait bordel !
Severus sentit un sourire triomphant monter à ses lèvres tandis que Black, un peu apaisé s'éloignait de lui. Une chaleur irrésistible monta en lui tandis que le triomphe enivrait ses sens. Le triomphe est la drogue des Dieux.
De son ton le plus hautain et le plus sarcastique il déclara en penchant la tête sur le côté :
- Allons, que t'arrive-t-il Black ?
- Quoi ? S'indigna Sirius, comment tu peux demander ça ? C'est toi... Toi, vil serpent infâme ! Toi qui m'as drogué avec ta... ton alcool !
- Tiens donc... ricana le professeur.
Sirius se releva et se prit la tête entre les mains. Rogue se leva à son tour et épousseta sa robe avec une parfaite maitrise de lui.
- Bon, s'exclama le Gryffondor, je ne sais pas ce que tu mijotes mais nous avons un grave problème.
- Nous ? S'étonna Rogue.
- Oui, nous ! Insista Sirius, parce que tu as complètement foiré ta potion.
Rogue grimaça et observa le Gryffondor. Il ne s'en rendait même pas compte mais il avait fait quelques pas vers lui, dans l'espoir d'être un peu plus proche.
- Je ne crois pas, non...
- Écoutes ! Cette potion... J'ai tenté de résister mais... C'était horrible ! Ta... présence me... manquait ! Affreux ! J'avais envie de te voir, à en mourir, ça me déchirait les tripes, ça me broyait le cœur ! Il me fallait... ton odeur, ta voix, ta peau... énuméra l'ancien Gryffondor en faisait les cents pas, de plus en plus affolé par ce qu'il disait. Franchement Rogue ! Tu ne peux pas avoir vraiment fait une potion qui me rende accro à toi !
Le sourire de Severus s'accentua et Sirius fut à deux doigts de lui mettre une gifle.
- Snape ! Cria-t-il, tu es devenu fou ? Elle va m'obliger à être près de toi tout le temps ! Toi aussi tu vas devoir subir ma présence !
- Oh mon cher Black, rassure toi, la dépendance n'est qu'une des nombreuses facettes de la potion qui coule désormais en toi. En vérité elle est bien plus vaste que ça et crois, je n'aurais absolument pas à subir ta présence.
Sirius regarda Severus Rogue, perplexe. Il ne voyait pas du tout où il voulait en venir et il était franchement inquiet. Il fallait qu'il en sache plus, rapidement. Et pour ça Sirius devait jouer de subtilité, faire cracher le morceau au Serpentard en flattant son égo, en l'obligeant à se trahir... Oui agir en finesse...
L'ancien Gryffondor sauta à la gorge de Rogue en hurlant :
- Tu vas tout de suite m'expliquer ce qui ce passe ! Aller ! Tout de suite !
- Lâche moi et recule !
L'ordre frappa Sirius avec la force d'un coup de poing. L'homme sentit sa volonté s'y plier par réflexe. Ses mains lâchèrent malgré lui le col de la robe du professeur et il se recula jusqu'à être assit à bonne distance de lui. Il banda ses muscles et tenta de résister, mais c'était impossible. Il ne pouvait pas désobéir à cet ordre. Pas quand c'était cette voix, la voix de Rogue, grave et implacable qui le lui donnait.
Sirius baissa ses yeux sur ses mains, posé sur la moquette des appartements de Snape tandis que les implications de ce qui venait de se passer se répandaient en lui avec une lumière terrifiante. Il commençait à comprendre le fonctionnement de cette potion et il avait peur. Mais alors vraiment très peur !
Severus se rapprocha de lui avec la grâce d'un serpent et s'accroupit devant Sirius qui restait prostré. Ses longs doigts saisirent la mâchoire de Sirius et releva lentement son visage.
- À partir de cet instant, considère que tu es mon chien et que je suis ton Maitre, susurra-t-il d'une voix doucereuse.
Si la situation n'avait pas été si critique pour lui Sirius aurait sûrement admiré toute son ironie.
A suivre...
Un gros câlin à tout ceux qui prennent la peine de me saluer au passage :) ça me met vraiment du coeur à l'ouvrage.
