Chapitre 5

Innocenzo chevalier du Cancer

Cela faisait des jours entiers que Cenzo se battait avec les émanations de souffre et les vapeurs incandescentes depuis sa chambre superficielle – là ou le magma ne naît pas. Ivoa le rejoignait pour l'entrainement, il devait enchainer les figures martiales, les simulations de combats, les véritables affrontements avec son mentor. Toujours sous les coups de brimades, corrections et railleries. Le petit italien avait l'habitude à ses familiarités mais ici cela se révélait nettement plus ardu d'y faire face. Ajouté à cela, la privation de nourriture ou rationnement drastique, la fatigue, le milieu défavorable et on obtenait un caïd au bord de l'épuisement nerveux et physique. Le chevalier n'y allait pas de main morte, redoublant ses coups portés à leur paroxysme. Il était temps de façonner son élève comme lui le voulait. Depuis le temps qu'il rêvait d'avoir un élève prometteur, il s'en donnait à cœur joie. Ivoa reconnaissait la persévérance de Cenzo ainsi que sa dureté et son sens critique, car avec ce qu'il subit depuis son arrivée il y a de cela des années, jamais le bambino ne flancha. Jamais il n'abandonna et jamais il ne mourra. Ce qui était une preuve en soit.

Qui plus est, il était temps pour le polynésien de passer le relais, car tout aussi fier qu'il était à revêtir sa précieuse armure, les séquelles qu'elles lui laissaient étaient de plus en plus difficiles à supporter. Ses allées et venues entre le monde des ténèbres et le monde terrestre affectait sa raison, son cerveau et ses facultés mentales. La nuit Ivoa revoyait tous ces fantômes dénaturés errer sans but en criant d'effroi. Ces visions n'étaient certainement pas plaisantes à garder en mémoire. Outre cet inconvénient majeur, il ressentait en lui la soif à l'état pure… La soif de quoi ? Et bien du sang tout simplement. Pour faire taire ses apparitions métaphysiques, il rêvait d'éventrer éveillé ses camarades, notamment un certain Kléonas bien plus que les autres…

Quand il le voyait déambuler dans le Sanctuaire en se pavanant au côté de sa peste, le chevalier du Cancer ne voulait qu'une chose : le plonger dans un bain de sang. Bain dont il serait l'investigateur évidement. Se rajoutait à cela, le manque de son ami le plus précieux, son soutien, son pilier. Depuis que Dara était parti en Inde, l'homme buriné n'avait plus aucune nouvelle. Vivre sans les conseils avisés ou le calme du birman se manifestait être sa plus terrible épreuve. Sans lui plus rien ne prenait de valeur. Quelques fois – bien plus ces temps-ci – quand Cenzo l'insupportait ou le décevait, le saint rêvait de fracasser sa tête sur le parvis de son temple. Ses hallucinations prenaient de plus en plus de place dans son cerveau malade, alors pour ne pas être tenter de passer à l'acte il l'enfermait durant sa jeunesse. Pour maîtriser sa fureur, sa barbarie. Maintenant qu'il était plus âgé il ne le faisait plus. Ivoa se contentait de l'envoyer hors du temple pendant quelques heures le temps de se calmer. Et puis l'heure d'Innocenzo était venue, les deux protagonistes le savaient pertinemment.

Alors le plus âgé mit toute son énergie dans les derniers entrainements du petit, non pas pour l'endurcir mais pour abolir toute part d'humanité qui persistait en lui. Il lui répétait sans arrêt qu'il n'était qu'un faible, un pitoyable, un minus pour renforcer son mental. Ce qui fonctionnait puisque Cenzo s'accrochait désespérément à sa vie spartiate. Ce dernier entendait constamment la même rengaine : force physique, force brute, force, force, force. Pas de pitié, ne fait aucun survivant face à tes adversaires. Entre sa réclusion au fond de l'Etna et ses escapades au puits des âmes, l'apprenti s'épuisait et croyait devenir fou. Pendant des mois et des mois il ne vit un semblable, pour seule compagnie il se contentait de celle d'Ivoa. Il représentait son monde, sa possible perte et son affranchissement. Plusieurs fois il fut laissé presque pour mort au milieu du mont de fer, à l'agonie. Ivoa lui indiqua de se soigner à l'aide de son cosmos, chose qu'il ne développait pas suffisamment. Cenzo pansait ses blessures comme il le pouvait mais chaque jour il gagnait en puissance le rendant de plus en plus intouchable.


Pour parfaire sa formation, Ivoa décida de pousser son apprenti dans ses derniers retranchements. Le faire souffrir encore une ultime fois pour lui permettre de déployer son cosmos.

L'homme tatoué se présenta debout dans toute sa droiture face à Cenzo assis en tailleur. Placarder sur son visage une ironie méprisante, il lui balança une enveloppe à moitié déchirée qui voleta jusqu'à ses pieds. Puis le plus vieux rit. Son rire moqueur se voulait méchant.

— J'ai eu des nouvelles de tes camarades du Sanctuaire. Beaucoup ont gagné leur armure déjà. Tu es à la traine mais ça je m'en doutais depuis le début. Tu ne cesses de me décevoir pour tout.

Cenzo regardait le bout de papier à terre comme s'il ne le voyait pas, son maître enchaina.

— Tu peux l'ouvrir elle t'est adressée… Oh… Ne sois pas surpris, dedans il est mentionné que ton précieux ami est mort. Oui cette petite chochotte d'Aphrodite n'a pas survécu à son épreuve finale… Ils vont rapatriés son corps au Sanctuaire. Il sera enterré avec tous les anonymes qui ont été trop faibles. C'est pitoyable ! Je le savais depuis le début qu'il était bien trop faible pour convoiter une quelconque armure ! Il aurait dû apprendre à faire du crochet, cela lui aurait mieux correspondu…

Pendant que son mentor parlait, plutôt dénigrait son ami, Cenzo fixait les yeux révulsés cette maudite lettre lui annonçant le trépas de son meilleur ami. Elle se broyait sous les mains du garçon, de rage il la déchira, se leva et hurla à s'en rompre les cordes vocales.

— C'est pas vrai ! C'est pas vrai ! Menteur ! Ordure ! Enfoiré ! Tu dis des conneries ! Aphro n'a pas pu mourir ! Il n'a pas pu… Il n'a pas pu échouer… Il me l'a promis. Il m'a promis de réussir… On devait revenir ensemble.

Le polynésien fit une pichenette sur le front du garçon en guise de provocation et continua son allocution.

— C'était inévitable enfin petit… Tu ne t'imaginais pas tout de même que ta midinette bouclée allait s'en sortir aussi facilement ? Tu me désespères de plus en plus. Cela ne vaut rien de se créer des amitiés parmi nos frères d'armes. La preuve, maintenant tu vas devenir aussi loque que lui… Tu es navrant, reprends-toi.

Cenzo leva ses yeux rageurs qui étincelaient pour les épingler sur les lagons narquois d'Ivoa. Bien entendu tout était faux, absolument faux mais pour susciter la flamme du crime chez l'enfant, il fallait le pousser jusqu'à son seuil de tolérance. Jusqu'à la frontière de la folie… Entre démence et raison. Déchainement et restriction. Cenzo devait à son tour goûter aux joies du sang.

D'ailleurs ce plan démoniaque faisait merveille puisque la frustration, l'incompréhension ainsi que la colère enlaidirent les traits du garçon. Tout son être tremblait de rage, ses bras ainsi que ses jambes. Même son thorax se soulevait spasmodiquement, les larmes au bord des yeux il hoquetait de furie.

— Et voilà ! Nous y sommes ! provoqua le saint. J'en étais quasiment certain que de fréquenter cet Aphrodite de malheur te conduirait à ta perte ! Tout ce que je t'ai enseigné ne sert à rien. Mais regarde-moi ça ! Tu pleurniches telle une épave. Tu me dégoutes mon pauvre Cenzo ! Tu ne vaux rien ! Rien et rien. Jettes-toi dans le magma en ébullition, tu éviteras de me faire perdre mon temps.

L'enfant ne pensait plus ni ne raisonnait. Seule l'image de ce tyran emplissait ses prunelles lamées, tout bourdonnait autour de lui : dans sa tête, dans ses oreilles, dans sa mâchoire. Il la crispa à s'en mordre la langue à sang. Un seul visage et un seul nom tambourinait dans sa tête, Aphrodite. Son seul soutien parmi cet amoncèlement de gens désintéressés résidant au Sanctuaire. Tout tournait et s'entrechoquait dans ses neurones. Cela ne pouvait pas être vrai, cela restait inconcevable. Le bleuté lui avait promis de devenir plus coriace, plus tenace et de revenir avec son armure en poche pour le revoir. Lui. Cenzo. Le petit gars des rues, le rebus dont personne ne voulait auparavant. Non. Pourquoi Aphrodite l'abandonnait aussi ? Pourquoi n'avait-il pas survécu ? Qu'est-ce qu'il lui était arrivé non d'un bordel sans nom ?

Pendant qu'Ivoa ricanait de plus belle, la rage au ventre, encrée dans ses tripes il se rua sur son mentor qui le dépassait de plusieurs têtes pour lui asséner un coup de poing phénoménal dans les côtes. Ce qui plia en deux la victime mais toujours en riant.

— Et bien ! Je crois que le petit caïd refait surface… Tu vas enfin te décider à agir en homme petit ? Tu vas aller la chercher cette satanée armure hein ? Tu la veux ? Tu souhaites revoir ta copine c'est ça ?

— Ta gueule ! La ferme gros tas !

Cenzo bourrinait de coups de poing son maître en même temps qu'il se cassait la voix sur ses insultes. Il y allait de plus en plus fort, son cosmos enflait sans décroître, c'est comme s'il était possédé. Malgré sa stature imposante, l'homme percevait la douleur des blessures portées en s'en délectant. A plus il ressentait la douleur, à plus il en était fier. Les doctrines qu'il enseigna à son apprenti firent leur chemin mine de rien parce que l'italien y allait franchement. Pour un garçon de douze ans il possédait une force titanesque, le combat au corps à corps restait sa meilleure arme. Au bout d'un moment le chevalier en titre se défendit en envoyant le petit sur le tapis. Ou plus exactement sur le sol pierreux. La lutte s'intensifiait, les visages se boursouflaient, les égratignures entaillaient les peaux, les os étaient broyés, les dents déchaussées. La violence du combat était inouïe mais Cenzo ne pliait pas. Il ne courbait pas l'échine au contraire, rivalisant de hargne face à Ivoa le despote, l'homme inébranlable. Ce dernier s'acharnait sur l'aspirant en ne mesurant pas sa force, peu importait… Après tout ils étaient là pour se départager, pour permettre à l'italien de gagner son armure, celle qu'il gardera à vie. Alors non il ne retenait pas ses coups comme s'il attaquait un ennemi du Sanctuaire. Cenzo ne se sentait plus, son corps, sa volonté dérivait sans qu'il ne contrôle plus rien. Prit de folie, il déchaina son cosmos en un éclatement puissant, au bout de ses doigts les flammes bleues vrillaient. Des dizaines de lumières s'entremêlaient autour du garçon laissant derrière elles des sillages éblouissants. Elles se multipliaient encore et encore, Ivoa les suivit du regard un air énigmatique accroché au visage. Puis il fixa son vis-à-vis et partit dans un accès de folie. Il s'esclaffa comme un damné sans s'arrêter.

— Enfin ! Tu y es parvenu ! Ce n'était pas trop tôt mon pauvre petit. Tu as atteint le septième sens. Maintenant… Viens la chercher, elle t'attend…

Lui fit de même, il invoqua les feu-follets pour aller capturer l'âme de Cenzo. Les attaquants fondirent les uns dans les autres, les lucioles bourdonnaient presque, on aurait pu entendre leurs crissements tant le déchainement était gigantesque. La cavité minérale luisait d'une lumière aveuglante mais chacun des deux protagonistes se cherchait du regard, personne ne baissa les yeux. Puis ces points brillants s'estompèrent d'un seul coup dans un choc éclatant. Ensuite… Le vide, le noir, plus rien. Ivoa n'avait pas réussit à ravir son âme à Cenzo ni lui d'ailleurs.

Sans crier gare, le garçon se jeta sur son maître toujours en le battant de toutes ses forces. Ses forces… Il y mit son énergie entièrement pour en finir avec cet homme autoritaire. Il recevait encore des coups mais ils ne l'atteignaient pas car prit d'amok il était hors de lui, hors de son corps, hors de sa pensée. Il ne sut pas comment mais d'un coup Ivoa s'éteignit entre les coups portés alors que l'italien continuait de pétrir son visage de tumeurs. Une lumière blême quitta l'enveloppe charnelle, elle représentait l'âme du chevalier, l'apprenti tendit sa main et l'appela d'une voix faussement douce.

— Viens ma petite amie. Viens vers moi. Viens vers ton nouveau maître…

Il pointa son index et la luciole vint s'y coller. Le jeune garçon l'examina quelques secondes sous tous les angles.

— Voilà. Tu es à moi maintenant, tu vois tu ne me quitteras plus Ivoa… Je suis ton nouveau maître. Tu resteras près de moi éternellement à déambuler dans cet endroit infecte tout comme toi…

Puis d'un geste souple, il lança la petite boule luminescente dans les airs. Celle-ci commençait à s'élever toujours plus haut, quand Cenzo l'envoya divaguer dans l'antichambre de la Mort.

Il avait gagné, il avait vaincu, il survécut.

Maintenant il incarnait Innocenzo le chevalier du Cancer, celui qui domptait la Mort elle-même, celui qui s'en jouait et qui ensorcelait les âmes défuntes.


Combien de temps resta-t-il ainsi prostré dans les entrailles du monstre volcanique ? Des heures, des jours, des semaines ?

Cenzo était devenu un homme et un assassin par la même occasion, il grandit trop vite en l'espace d'un éclair. Oui il avait tué son propre maître pour revêtir l'amure d'or. Oui il était fier de lui mais non il n'en tira aucune une joie démesurée. A contraire l'amertume le ravageait. Ses pensées déviaient sur son enfance au Sanctuaire, son entrainement rigoureux voir draconien. Puis sur la seule chose bénéfique qu'il lui était arrivé depuis sa venue au monde… La rencontre avec Aphrodite, ce petit garçon timide qui se cachait derrière les jambes de son maître. Tout tournait dans sa tête, Cenzo assis contre la roche noire, les genoux repliés contre lui se prenait la tête de ses mains et hurlait pour tenter de repousser ces images qui le hantaient.

Quelles images ?

Celles de son ami souriant et radieux ou plus sombres quand il était en proie à de la peine. Celles de son ex maître le battant à torts à et travers, les fantômes de cet endroit isolé, son enfance à Naples, sa mère qui le rejetait, sa mère qu'il le mettait à la rue, ses errances passées et actuelles.

Il alla chercher l'âme d'Aphrodite dans cette chambre mortuaire où des milliers d'entités se jetaient inlassablement dans la gueule béante du puits. Cenzo patrouilla, courra dans tous les sens en criant son prénom en vain. Sa voix se répercutait contre les parois rocheuses en amplifiant son écho mais il ne vit jamais le suédois.

Etait-il déjà tombé ?

Son aspect physique avait-il changé ?

Sa hargne l'avait-elle quitté ?

Où était Aphrodite ? Pourquoi l'abandonna-t-il à son triste sort ?

Maintenant que le préadolescent disposait de son titre, personne n'était là pour le féliciter, personne ne dissiperait les démons qui murmuraient à ses oreilles.

Mais où était passé Aphrodite ?

Au bout de longs jours tortueux il se résolut enfin à partir d'ici pour retrouver son nouveau poste, son nouveau statut. Il n'avait de compte à rendre à personne, il était devenu son propre maître. Tout le long du trajet qui le ramenait en Grèce, il ne cessa de penser à son meilleur ami, non son frère de cœur car c'est ce qu'il représentait depuis toutes ces années. Bien plus que son ex idole Giaccomo le caïd de son quartier, car le bleuté ne le quitta jamais dans ces moments de doute, de fierté ou de faiblesse. Même si le méditerranéen ne le montrait pas, il savait que l'aspirant poisson le cernait parfaitement, mais tacitement il ne lui fit jamais de remarque. Tout coulait naturellement avec Aphro. Sur le bateau qui le rapatriait, il sécha ses larmes traîtresses car personne ne devait le voir amoindri, cela restait inconcevable.

Maintenant il incarnait la force brute, barbare, réelle, écrasante et nul ne le vaincrait jamais, de cela il s'en fit la promesse. Il élèvera son rang, son armure au-delà de ce que lui apprit Ivoa pour le surpasser en tout.

ooOoo

Arrivé à bon port, Cenzo regagna son temple, il traversa le domaine sacré vêtu de son armure dorée, de sa seconde peau. Devant les nouveaux apprentis, les chevaliers d'argents, les maîtres d'armes, il se pavana la tête haute, très haute en défiant quiconque posait un regard trop insistant sur sa personne.

Sa cape volait dans les airs, son casque avertissait les autres en étendant ses pinces vers le ciel. Quiconque se frotterait au nouveau Cancer serait pris au piège de ses morailles acérées, dans les tenailles de la Mort. Tous baissèrent les yeux devant le chevalier, le jeune adolescent se contenta de lancer à leur encontre quelques œillades dédaigneuses ou meurtrières selon son humeur. Devant son charisme, les sous gradés eurent des frissons d'affolement, c'est qu'il impressionnait son monde dorénavant encore plus qu'autrefois.

Il fallait se présenter devant le Pope, qu'elle ne fut pas sa surprise quand il sut que le chevalier des Gémeaux, Saga n'était plus là. Selon la rumeur il disparut lors d'une mission et depuis plus personne ne le revit ici comme ailleurs. Cependant cela ne l'empêcha pas de s'enquérir de son obligation.

L'adoubement fut pratiqué en huit clos comme se voulait la coutume. Lorsqu'un apprenti or obtenait son armure, le Pope en personne donnait son sacrement sans autre témoin. Cette cérémonie officiellement officieuse n'était réservée qu'aux plus hauts gradés de la garnison d'Athéna. Car eux seuls possédaient le privilège de s'entretenir en particulier avec le Grand Pope.

Au bout de quelques heures le chevalier en titre du Cancer descendit les marches des temples de ses condisciples dignement dans toute sa splendeur destructrice. Malheureusement il ne vit personne l'attendre sur le parvis du douzième. Son cœur se serra l'espace de quelques secondes. Secondes envolées, il se ressaisit de suite pour continuer sa marche. Il eut une pensée pour son ami en quittant cette maison vide…

« Addio. Addio mio unico amico. L'unico e solo. Non dimenticherò mai

Sa descente fut on ne peut plus banale. Personne ne prêta attention à lui plus que les autres. Camus ne lui jeta même pas un regard et ainsi de suite. Il s'en fichait bien. Maintenant tout était différent. Oui tout absolument tout.

Le jeune fringuant déssosait son armure quand une voix suave, presque roulante se fit entendre juste derrière lui.

— Alors... Tu en as mis du temps pour revenir... J'ai cru que tu n'arriverais jamais ici. Tu te traines Cenz.

Surprise et consternation !

Cette voix... Malgré le changement opéré il reconnut instantanément son propriétaire, son accent mélodieux n'appartenait qu'à une seule personne en ces lieux !

L'italien se retourna prestamment pour découvrir son meilleur ami adossé à un piler près de l'entrée, une rose blanche qu'il s'amusait à faire tournoyer contre sa bouche. Aphrodite dans toute sa splendeur s'épanouissait comme ses fleurs adulées. Il exudait la prestance, plus rien à voir avec le garçonnet chétif et inquiet d'antan. A la place, avait éclos une magnifique dionée à l'aspect virginal mais aux pièges assassins. L'extérieur tranchait net avec l'intérieur.

Cenzo eut un mouvement de recul, stupéfait il ne dit rien, se contentant d'observer son ami revenu du royaume des Morts. En vérité il n'était jamais parti là-bas, le Cancer se donna une claque mentale. Le second attaqua.

— Et alors... Tu ne viens pas me féliciter pour ma victoire ? J'ai décroché mon armure bien avant toi.

Un sourire de complaisance s'effilait sur la bouche peinte d'Aphrodite.

— Mais... Tu... Mais... Tu n'es pas mort !? Comment ça avant moi ? De quoi tu parles ? se reprit l'italien.

— Cela fait déjà cinq mois que je suis revenu, bien avant toi. Par conséquent je suis le vainqueur, rit le bleuté raffiné.

— Comment le vainqueur ? Le vainqueur de quoi ? On n'a jamais décidé ce genre de défi avant de partir !

Pendant que le chevalier des Poissons riait narquoisement, l'autre observait son ami dans les moindres détails. Vraiment il n'avait plus rien à voir avec le garçon d'autrefois, cependant quelque chose le définissant subsitait en lui. Aphrodite resterait éternellement Aphrodite. Cenzo retrouva ses esprit l'étonnement passé, puis railla haut et fort.

— Mais mon épreuve fut plus dure que la tienne ! J'en mettrais ma main au feu. Alors... Tu en dis quoi ? Quelle était la tienne Aph'?

Le nordiste écarquilla ses yeux, fit la moue de dédain et replaça d'un mouvement de nuque ses mèches azurines.

— Je n'ai pas à te le raconter. Tu sais bien que tout ce qui concerne nos entrainements doivent rester connus de nous seuls. Donc... Cela ne te regarde pas Cenz.

— Masque de mort.

— Pardon ?

— Masque de mort. Maintenant je me fais appeller comme ça.

Aphrodite rit de plus belle en se moquant ouvertement de son ami le plus cher. Il décocha sa rose qui fut prise au vol par le Cancer.

— Tu me surprendras toujours Cenz. Allons, pas de ça avec moi... Si tu veux en publique je t'appelerais Masque de mort mais pas entre nous. Tiens... Petit cadeau pour ton accession au titre de chevalier du Cancer...

Il amorça son départ quand le suédois se stoppa puis enchaina d'un ton mielleux.

— On se retrouve ce soir pour dîner ensemble. A plus tard "Masque"...

Puis il disparut dans l'ombre du couloir.

Innocenzo porta la fleur à son nez pour en respirer le parfum capiteux. Il vit bien que son précieux avait changé, mais qu'importe la raison après tout. Il devinait que son épreuve n'eut été facile également, normal qu'il s'endurcisse. Au contraire, il fut ravi de le voir aussi empli d'assurance et de charisme. Aphrodite n'incarnait certes pas la force brute d'apesct extérieur comme lui, mais on se doutait que sous ses airs maniérés se cachait un adversaire hors du commun... Une autre forme de force, plus subtile... Il plaça la rose dans un vase et partit prendre une bonne douche réparatrice. Maintenant ce temple lui appartenait comme la manière dont il mènerait sa vie. Et le plus important, son pilier l'attendait et jamais plus il ne le quitterait.

(suite...)


(1) adieu. Adieu mon unique ami. L'unique, le seul. Je ne t'oublierai jamais.