Le second cauchemar de Mme Bennet

Mme Bennet rêvait. Du moins, c'était ce qu'elle croyait car son rêve allait bientôt se transformer en cauchemar.

Elle voyait une jeune fille qu'elle avait connue autrefois et qui se prénommait Sarah. Elle avait très souvent dansé avec l'un des officiers de la milice. Mme Bennet était certaine qu'ils n'allaient pas tarder à annoncer leurs fiançailles. Malheureusement, cela ne s'était pas produit. Non. Il s'était passé autre chose de bien pire. Sarah s'était enfuie avec l'officier. Pourquoi ? Elle n'en savait rien. Mais le pire était à venir.

Il avait fallut longtemps avant de retrouver la trace de la malheureuse. Car les choses ne s'étaient pas produites comme l'avaient prévue Sarah. Au lieu de l'emmener à Gretna Green, son séducteur l'avait emmené à Londres. Et après l'avoir fait patienter pendant plusieurs semaines, tout en profitant d'elle, il avait fini par se lasser d'elle et de ses plaintes et l'avait vendu dans un bordel.

Ce fut le début d'un véritable calvaire pour la pauvre Sarah. Livrée à des hommes sans scrupules, battue par ceux qui la retenaient prisonnière lorsqu'elle refusait d'obéir, elle avait eu tout le temps de regretter de s'être enfuie avec un homme qui lui avait menti.

Puis, le rêve changea. Mme Bennet vit Lydia à Brighton, entourée d'officiers à un bal où elle dansait joyeusement. Ensuite, elle vit sa fille en train de parler à un homme dans la nuit, puis plus tard, sortir de la maison, habillée et portant un sac de voyage. Elle rejoignait un homme qui la conduisait à une voiture et se permettait toutes sortes de privautés sur elle.

Horrifiée, elle vit Lydia abandonner sa vertu à l'homme. Puis, celui-ci l'emmena à Londres, profitant d'elle sans la moindre gêne. Elle le vit parler à une femme d'un certain âge, puis recevoir une bourse. Peu de temps après, un homme entrait dans la chambre et emportait une Lydia endormie avec ses affaires dans une voiture et elle se retrouvait enfermée dans une chambre inconnue. Et Mme Bennet vit Lydia subir le même sort que Sarah et finir à Bedlham, elle aussi.

Mme Bennet se réveilla en sursaut, horrifiée par son rêve. Elle essaya de contrôler les battements de son cœur qui battait trop vite. Comment une telle chose pourrait-elle arriver ? Sa chère Lydia n'était pas Sarah. Elle ne ferait jamais une chose pareille, n'est-ce pas ?

Elle fut obligée de réfléchir, une chose à laquelle elle n'était pas habituée. Elle se rappela les nombreuses mises en garde de Lizzie sur le danger du comportement indécent de Lydia. Elle lui avait dit carrément qu'elle se conduisait comme une fille publique et non comme une jeune fille respectable et qu'elle finirait par ruiner leur famille si elle la laissait faire. Et elle en serait responsable même si elle pleurnicherait en accusant les autres.

Ce cauchemar effraya tellement Mme Bennet que lorsque Lydia fut invitée à aller à Brighton par Mme Forster, elle refusa de donner sa permission. Lydia piqua une crise de colère. Lizzie fut stupéfaite que sa mère refuse une telle chose à sa favorite. Cela l'amena à réfléchir et elle comprit qu'elle devait faire quelque chose concernant Wickham. L'homme pouvait faire beaucoup de mal à d'autres personnes. Il ne fallait pas lui laisser la possibilité de nuire.

Elle parla aux commerçants, leur demandant, sans en avoir l'air, si tous les officiers avaient payé leur dû. Cela provoqua une réaction en chaîne. Les commerçants découvrirent que Mr Wickham devait beaucoup d'argent, les officiers aussi. Comme il ne pouvait pas payer, il fut arrêté, dut vendre sa commission et fut jeté en prison pour dettes. On l'envoya dans les colonies pour y travailler. Il ne devait jamais revenir en Angleterre.

Lydia fut absolument furieuse de ce fait. Mais elle ne put rien y changer. D'autres évènements se produisirent. Mr Bingley revint dans le Hertfordshire. Il eut une longue conversation avec Jane et les malentendus ayant été aplanis, ils se fiancèrent. Lizzie vit que miss Bingley était furieuse. Pas seulement que son frère se soit finalement fiancé à Jane, mais que sa décision allait l'empêcher de se rendre à Pemberley.

Lizzie partit avec son oncle et sa tante, rassurée sur le bonheur de sa sœur et comprenant que Mr Darcy n'y était pas étranger. Elle fut heureuse de découvrir qu'il était capable de corriger ses erreurs.

D'autres évènements devaient survenir.

Lizzie rencontra Mr Darcy à Pemberley et elle en fut très gênée. Lui en fut bouleversé. Les jours suivants furent pourtant merveilleux pour les deux jeunes gens qui eurent le temps de faire disparaître tous les malentendus. Lorsque Lizzie revint à Longbourn, elle était fiancée. Cela choqua énormément sa mère et rendit sa sœur cadette folle de rage, mais personne ne s'en soucia. Mme Bennet ne permit plus jamais à Lydia de n'en faire qu'à sa tête et elle n'hésita pas à la punir chaque fois qu'elle cherchait à faire des caprices. Ce n'est qu'après avoir vue ses quatre sœurs se marier alors que les hommes se détournaient d'elle alors qu'elle cherchait constamment à forcer leur attention que Lydia comprit qu'elle risquait de finir vieille fille. Elle jugea opportun de changer son comportement et fut bien inspirée.

Des années plus tard, Lydia découvrit quel avait été le sort de Mr Wickham. Il avait tenté de s'en prendre à une jeune fille respectable en s'introduisant dans sa maison dans le but de la déshonorer et de forcer le père à le marier avec elle. Le gardien le prit pour un voleur et lui tira dessus. Il s'enfuit gravement blessé. Son corps fut retrouvé deux jours plus tard dans un bois où il avait dû se réfugier. Il avait été à moitié dévoré par des animaux. Son visage exprimait une totale épouvante.

Lydia comprit alors qu'elle avait commis une grave erreur en accordant sa confiance à Mr Wickham. Il l'aurait sans doute déshonorée avant de l'abandonner sans le moindre scrupule comme il avait déjà dû le faire pour d'autres malheureuses. Elle fut toujours reconnaissante à sa mère de l'avoir sauvée d'un tel sort même si elle ne connut jamais la raison pour laquelle elle refusa de la laisser aller à Brighton.

Mme Bennet ne voulut pas parler de son cauchemar. Il lui avait causé une telle peur qu'elle avait eu la possibilité de réfléchir à la façon dont elle avait éduqué ses filles. Elle comprit que laisser l'une d'elles faire tout ce qu'elle voulait était une erreur qui pourrait coûter très cher. Elle veilla donc à ce que ses petites-filles se conduisent convenablement et refusa de les gâter sans discernement. Elle savait que son mari était, par sa négligence, en grande partie responsable de ce qui aurait pu se produire. Désormais, elle apprit à riposter à ses plaisanteries, à tel point qu'il cessa de se moquer d'elle et il se décida à la traiter enfin avec le respect qu'il lui devait. Ce qui, après tout, n'était pas si mal.

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