Bonjour !

Voilà enfin la rencontre entre Zelena et Regina...

Marie : c'est vrai que je ne les ai pas épargnés... le choix du Phénix a son importance et prendra tout son sens plus tard ;).


Pandémonium

Chapitre 6

"How weak a thing

The heart of a woman is!"

"La faible chose

Que le cœur d'une femme !"

Jules César, acte II, scène IV

oOo

Regina, nerveuse, se préparait pour retrouver Zelena aux écuries. Même si elle était contente de pouvoir passer du temps avec sa sœur, elle ne savait guère quoi espérer de cette rencontre : Hadès lui avait clairement fait comprendre que le moindre faux pas de sa part aurait des répercussions sur Emma. Celle-ci la regardait s'activer sans mot dire, les lèvres pincées.

« Ça ne me plaît pas, » répéta t-elle pour la dixième fois.

« Tout ira bien, » la rassura t-elle. « Nous allons juste monter à cheval. Rien ne se passera. »

Intérieurement, elle n'était guère rassurée non plus, mais le montrer éveillerait trop les soupçons de son amie.

« Si vous ne revenez pas, je viendrai vous chercher, » dit-elle, mi-sérieuse mi-amusée.

« Je n'en doute pas, » s'esclaffa Regina.

Cette promesse lui réchauffa étrangement le cœur.

« Vous vous rappelez du petit étang où Henry vous avez amenée, une fois ? »

Regina acquiesça.

« Que diriez-vous de m'y retrouver tout à l'heure ? »

Emma avait visiblement une idée derrière la tête vu le petit sourire en coin qu'elle arborait.

« Bien sûr. »

Sa réponse sembla la réjouir. Elle se leva alors et l'entraîna dehors.

« Allez-y. Il ne faudrait pas que vous soyez en retard ! »

Venant d'Emma, dont la ponctualité n'avait jamais été le fort, c'était plutôt amusant.

« Comptez sur moi ! »

Henry était parti avant elle retrouver Fantasia, elle se rendit donc à la Ruche seule. Les conséquences de l'attentat raté du Cercle d'Odysseus sur Hadès se faisaient sentir : presque personne ne se risquait à l'extérieur, et les quelques rares habitants qui étaient dehors en raison de leur travail avaient la tête baissée.

A deux rues de la Ruche, elle fut arrêtée par deux Serpents qu'elle n'identifia pas à cause de leur armure.

« On ne passe pas, » aboya le premier, qu'elle reconnut comme étant Rumple. « Ordres du Roi. Plus personne, sauf exception, n'est autorisé à s'approcher du palais royal. »

« Attends, » l'interrompit l'autre. « Je la connais. »

August.

« La Reine l'attend. Elle peut y aller. »

Contrarié, Rumple ne s'opposa pas à son passage mais fit part de son mécontentement à voix haute. Regina l'ignora superbement et poursuivit sa route.

Devant la Ruche, elle fut de nouveau arrêtée par deux autres Serpents. Si George, fidèle au poste, la foudroya du regard, Jefferson lui fit signe de passer d'un geste ennuyé.

« Je ne comprends pas pourquoi le Roi insiste pour que nous soyons deux, » l'entendit-elle dire. « Cet endroit est mieux protégé qu'une forteresse. »

« Ce sont les ordres, ce n'est pas à toi de les discuter ! »

« ...je dis simplement que je préférerais passer un peu plus de temps avec ma fille plutôt que de rester planté là toute la journée... »

Les sons de leur altercation s'évanouirent tandis qu'elle s'approchait des écuries.

Elle ne vit pas Henry, qui devait être dans les jardins. En revanche, Zelena était là, en train de panser Edelweiss. Lorsqu'elle l'aperçut, elle lui fit signe de la rejoindre.

« Votre Majesté, » dit-elle en s'inclinant.

« Juste Zelena, » la contredit-elle en souriant.

« Bien... Zelena. »

Avoir l'autorisation de l'appeler par son prénom la réjouissait et l'inquiétait en même temps. Que penserait Hadès de cette familiarité ? Si le Roi-Serpent n'était pas dans les parages, elle se rendit vite compte qu'elles n'étaient pas seules : Arthur était posté un peu plus loin, les observant l'air de rien. Se sentir surveillée l'agaçait au plus haut point.

« Ne faites pas attention, » lui dit Zelena en suivant son regard. « Mon mari a insisté pour qu'un de ses soldats assure notre protection... il ne nous dérangera pas. »

Zelena était bien naïve pour avoir accepté une excuse aussi douteuse. La confiance qu'elle avait en Hadès était pour ainsi dire totale. Jamais il ne lui viendrait à l'esprit que son mari était un despote qui lui mentait depuis des années...

« Commençons par vous trouver un cheval, » lança sa sœur en l'entraînant vers les boxes.

Regina prit le temps d'observer chaque monture avant de s'arrêter devant un étalon à la robe bai qui ressemblait beaucoup à Rocinante, son défunt compagnon. Elle lui flatta distraitement l'encolure.

« Il s'appelle Horus, » lui apprit Zelena. « Le courant passe bien, on dirait... »

« Oui, c'est vrai... »

Dix minutes plus tard, quand leurs montures furent sellées, elles s'éloignèrent des écuries au pas, toujours suivies par Arthur à une distance respectable. Horus hennit en passant devant le box de Seth, le cheval qu'Hadès avait monté lors du défilé quelques jours plus tôt.

« Ils ne s'aiment pas beaucoup, » révéla Zelena.

Il était ironique de voir que sa rivalité avec Hadès se ressentait jusque chez leurs montures.

Après quelques minutes de silence, Zelena reprit la parole :

« Je sais ce que vous pensez de lui. »

« Pardon ? »

« Le Roi. Hadès. »

« ... »

« Vous ne l'aimez pas... comme la plupart des habitants de Pandémonium. »

« Je ne... »

Elle s'interrompit. A quoi bon nier ? Elle n'aimait pas Hadès et avait fait une erreur en conseillant à Zelena d'aller vers lui aux Enfers. Sans ça, ils seraient encore tous en sécurité à Storybrooke.

« Je sais qu'il ne paraît pas très sympathique au premier abord... mais c'est un bon père et un mari aimant. Je sais qu'il fait son possible pour nous sortir d'ici... il passe ses journées enfermé dans l'Observatoire à la recherche d'une solution. »

Ça, c'est ce qu'il te raconte...

« Sans lui, je ne sais pas ce que j'aurais fait après la mort de Rigel... »

Regina fut surprise qu'elle mentionne d'elle-même son fils disparu.

« Il me manque un peu plus chaque jour... » soupira t-elle.

Elle revit le jeune Prince aux cheveux d'or argenté sur le portrait et lui offrit un sourire compatissant.

« J'aurais aimé le connaître... »

« Vous l'auriez adoré, j'en suis sûre... comme tout le monde. »

Le ton de sa voix devint plus inquiet.

« Hadès refuse de m'en dire trop, mais je sens que les choses changent par ici. Snow et les éclaireuses ne me disent pas tout mais je sais que quelque chose se trame. Le sabotage du chariot de ravitaillement... l'explosion... je sens que tout est lié. »

Une vague de culpabilité la submergea. Si elle n'avait pas poussé Lyra à temps... si elle s'était tenue ne serait-ce que cinq mètres plus loin...

Et maintenant, elle avait accepté de rejoindre l'organisation qui avait presque causé la mort de sa nièce. Il allait falloir qu'elle veille à ce qu'un drame de ce type ne se reproduise pas. Arrêter Hadès était une chose, toutefois elle voulait à tout prix éviter les dommages collatéraux.

Après cela, elle prit soin d'éviter les sujets délicats avec Zelena.

« Ça ne vous fait rien, de ne pas vieillir ? » demanda t-elle.

« Pas vraiment, » répondit sa sœur. « C'est mieux ainsi. Je n'aimerais pas vieillir et mourir ici, sans avoir retrouvé notre royaume d'origine. »

« Vous ne vous en rappelez pas du tout ? »

« Non. Comme tout le monde, je me suis réveillée ici il y a seize ans, auprès d'Hadès, sans me souvenir de rien. Lui avait quelques bribes de souvenir... »

Comme c'est pratique.

« La vie ici n'est pas tellement désagréable... mais j'aimerais que nous partions malgré tout. »

C'était déjà un bon point. Zelena voulait partir... le moment voulu – si jamais il se présentait – Regina pourrait peut-être la convaincre de l'aider.

« Savez-vous comment va Fantasia, la jument d'Henry ? » s'enquit Regina tandis qu'elles longeaient les champs où s'activait la moitié de la population.

« Son état s'est aggravé dans la nuit... ses blessures ont fini par s'infecter. Elle ne sera sans doute plus parmi nous ce soir. »

Regina baissa la tête.

« Henry va être dévasté... »

Même si elle n'était pas là depuis bien longtemps, elle avait pu constater l'attachement que son fils éprouvait pour sa jument.

« Oui, c'est vrai... » soupira Zelena, songeuse.

Elle semblait sincèrement triste mais avait visiblement une idée derrière la tête, dont elle ne fit pas part à Regina.

La balade prit fin avec leur retour aux écuries.

« C'était un bon moment, » lança Zelena en mettant pied à terre. « Peut-être pourrions nous remettre ça ? Disons, la semaine prochaine ? »

« Avec plaisir. »

Elle jubilait intérieurement. Zelena semblait l'apprécier. Du coin de l'œil, elle vit Arthur retourner à l'intérieur de la Ruche. Elle était persuadée qu'Hadès l'attendait de pied ferme, impatient de savoir si elle avait oui ou non tenu parole.

Après s'être inclinée en guise d'au-revoir, elle regagna la rue.

Il était temps de retrouver Emma.

Cette pensée la rendait étonnamment joyeuse.

oOo

Hadès, assis sur son trône, écoutait distraitement Arthur lui faire un rapport. Fort heureusement, Regina avait su tenir sa langue, même si elle se montrait un peu trop curieuse à son goût. En revanche, le fait que Zelena remarque que quelque chose se tramait à Pandémonium lui déplaisait. Il faisait tout son possible pour la garder dans l'ignorance afin de la protéger au maximum mais force était de constater que cela ne suffisait plus.

« Votre Majesté ? »

Arthur quitta la pièce et Jefferson s'avança.

« Oui ? Qui y a t-il ? »

Jefferson était chargé de surveiller l'entrée du palais aujourd'hui, une tâche des plus simples, et Hadès voyait mal ce qu'il pouvait lui demander.

« Hmm... et bien... j'aimerais avoir l'autorisation de passer la journée avec ma fille, demain... cela fait des mois que nous avons passé une journée entière ensemble. »

Hadès eut l'intention de refuser directement. Avec le vent de révolte qui soufflait ces derniers temps, il avait besoin de tous ses soldats à chaque instant.

Toutefois, il voyait bien que Jefferson était mécontent, et ce depuis quelque temps déjà... garder ses soldats satisfaits était le meilleur moyen de s'assurer de leur fidélité.

Il en vint à le soupçonner d'avoir dérobé la bombe qui avait failli coûter la vie à Lyra. Depuis, il n'avait cessé d'observer discrètement chaque habitant de son palais, mais l'identité du coupable restait toujours un mystère, à son grand agacement.

« Bien... accordé. »

Jefferson, qui n'en croyait pas ses oreilles, balbutia des remerciements et quitta la pièce en vitesse. Hadès n'eut cependant guère le temps de se réjouir : Zelena fit irruption dans la salle et se jeta presque dans ses bras.

Heureusement qu'elle était là... sans elle, il aurait été incapable de maîtriser sa colère et aurait mis son propre royaume à feu et à sang il y a bien longtemps.

« Alors, cette balade ? » demanda t-il, feignant l'ignorance.

« C'était bien... très bien, même. J'aime beaucoup Regina. Je pense que nous pourrions être amies. »

« Ah... bien, bien... »

En réalité, il ne trouvait pas ça bien du tout : il n'aimait pas savoir qu'elle se rapprochait de sa sœur. Même s'il avait obtenu d'elle l'assurance de son silence, il savait que Regina n'était pas du genre à renoncer si facilement.

« Et... j'ai quelque chose à te demander. »

« Tout ce que tu voudras, » assura t-il en caressant ses boucles rousses.

« C'est à propos de Fantasia... tu sais, la jument d'Henry. »

Bien sûr qu'il savait. Même s'il feignait le désintérêt le plus total vis-à-vis des chevaux, il connaissait le nom et l'apparence de toutes les montures de Pandémonium.

« C'est dramatique, » reconnut-il. « Elle n'en a sans doute plus que pour quelques heures. »

« ...est-ce que tu pourrais faire quelque chose pour elle ? »

« Comment ça ? »

Il fit mine de ne pas avoir compris, mais en réalité il avait parfaitement saisi ce que Zelena voulait.

« La soigner avec tes pouvoirs. Je sais que tu évites de t'en servir autant que possible mais... j'apprécie vraiment Henry. Il est un des seuls habitants à ne pas m'éviter... et j'ai vu à quel point il aime Fantasia. »

« Hmm... »

Il était vrai qu'il cachait ses pouvoirs magiques autant que possible. A Pandémonium, certains estimaient même qu'il n'en avait aucuns et que c'était une légende. Une guérison miraculeuse attirerait l'attention sur lui, car il était certain que le jeune Henry le crierait sous tous les toits.

Mais malheureusement pour lui... il n'avait jamais rien pu refuser à Zelena.

« Je vais voir ce que je peux faire. »

oOo

Henry observait Graham examiner Fantasia, écrasé sous le poids de son inquiétude. Le Serpent se releva, une expression compatissante sur le visage.

« Je suis désolé, Henry... j'ai fait tout ce que j'ai pu, mais ses blessures sont trop importantes et dépassent mes compétences. »

Les larmes lui montèrent aussitôt aux yeux. Il ne voulait pas pleurer... pas maintenant... Fantasia n'était pas encore morte, un miracle était encore possible...

« Je vais vous laisser lui dire au revoir... »

Lyra, qui s'était tenue en retrait jusqu'à lors, fondit en larmes et se jeta dans ses bras.

« Tout est de ma faute... je suis désolée, Henry... »

Henry accepta son étreinte réconfortante sans répondre. Elle se sentait si coupable que rien de ce qu'il pourrait dire n'y changerait quelque chose.

« Tu te souviens de la première fois où tu m'as laissée la monter ? » demanda t-elle dans un souffle.

« Bien sûr. »

Lyra avait six ans, à l'époque, et sa mère l'avait emmenée aux écuries pour la première fois avec Rigel. Amusé par son air courageux et décidé, il s'était approché d'elle avec Fantasia. Il se rappelait encore de son expression admirative et de sa joie quand il l'avait installée sur la selle.

Les années avaient passé. Lyra avait monté tous les chevaux mais avait toujours gardé une préférence pour Fantasia, peut-être en souvenir de ce jour.

« C'est grâce à elle que nous sommes devenus amis, » remarqua t-elle.

« Oui, c'est vrai... »

Depuis la mort de Rigel, elle évitait les écuries, tout comme Grace. Violet y venait toujours, mais c'était surtout pour veiller sur Adonis en mémoire du Prince-Lumière. Il ne se souvenait pas l'avoir vue remonter à cheval depuis.

La respiration de Fantasia était désormais presque imperceptible.

« Viens, Henry... nous ne pouvons plus rien faire pour elle... » murmura Lyra.

« Non, » protesta Henry. « Je veux être avec elle... personne ne devrait mourir seul... »

Lyra comprit et resta à ses côtés. Il lui en fut extrêmement reconnaissant.

Fantasia allait s'éteindre, et une part de lui avec elle.

oOo

Comme elle le lui avait dit, Emma attendait Regina près du petit étang. Allongée dans l'herbe, elle dégustait un sandwich.

« Tenez, » lui dit-elle en lui en tendant un autre. « Je suis passée par le restaurant avant de venir ici. Lily et Maleficient devraient nous rejoindre un peu plus tard. »

« Merci. »

Tout en mangeant, Regina lui raconta sa promenade avec Zelena.

« Hmm... vous devriez vous méfier, » dit Emma. « Même si vous pensez pouvoir lui faire confiance, n'oubliez pas que ce que vous lui direz remontera aux oreilles du Roi ! »

« Je sais, » répondit-elle avec patience. « N'empêche que je l'aime bien. Je pense que nous pourrions bien nous entendre. »

Emma haussa les épaules, bougonne. Regina ne voyait pas très bien pourquoi le fait qu'elle passe du temps avec Zelena l'agaçait autant mais ne dit rien pour ne pas l'énerver davantage. Peut-être était-elle juste préoccupée par les prochains projets du Cercle d'Odysseus, après tout.

Un chat gris-bleu sortit des buissons et sauta sur les genoux d'Emma en ronronnant. Regina reconnut immédiatement le matou pour l'avoir aperçu à plusieurs reprises en ville.

« Salut, Pito, » s'amusa la blonde en lui grattant la tête.

« Vous avez un chat ? » s'étonna Regina.

« Oh, il n'est pas à moi. Remarquez, rien ne nous appartient vraiment ici, tout est la propriété du Roi... Bref, c'est juste un chat qui traîne partout en ville. Il vient souvent me demander de la nourriture ou des caresses.

Elle lui donna le reste de son sandwich. Il la remercia en ronronnant de plus belle.

« Pourquoi Pito ? » l'interrogea t-elle, trouvant ce nom inhabituel.

« C'est une idée d'Henry. Le chat-Pito. Chapiteau. Vous saisissez ? »

Emma éclata de rire devant sa propre plaisanterie. Regina sourit avec indulgence. C'était tellement rare de la voir rire que cela la remplit de joie elle aussi. Dans ces moments, elle avait vraiment l'impression de retrouver la Emma de Storybrooke. Son amie.

Comme conscient qu'on se moquait de lui, Pito se détourna et fila ventre à terre sans demander son reste.

« Bon, » lança Emma en reprenant contenance. « J'ai quelque chose pour vous. »

En s'assurant que personne ne les observait dans l'ombre, elle sortit un masque de son sac de toile.

« Le Bélier l'a fait pour vous ce matin, » lui apprit-elle.

Regina l'observa avec admiration. Le masque imitait la forme d'un phénix de face en plein vol, avec la tête à l'emplacement de son front et les ailes recouvrant ses yeux.

« C'est superbe ! »

Elle se demanda qui le Bélier pouvait bien être.

« Vous pourrez le porter demain soir, » annonça Emma. « Nous avons une réunion de prévue pour faire le bilan des derniers événements et planifier nos prochaines actions. J'espère que tout le monde sera là... ça va être compliqué, avec tous les Serpents qui patrouillent en ville. »

Un frisson d'excitation la parcourut. Elle allait enfin être au cœur de l'action et avoir la sensation de faire quelque chose pour s'opposer à Hadès.

« Il va falloir qu'on soit plus prudents, » marmonna la blonde. « Hors de question de mettre la Princesse-Étoile en danger une nouvelle fois, ou même la Reine-Abeille. Le Roi nous réduirait tous en cendres. »

Regina avait la sensation qu'elle se parlait à elle-même.

« Parfois, j'ai l'impression que ce que nous faisons est inutile, » confia t-elle. « Une de nos missions est un succès, une autre échoue lamentablement... »

« Pourquoi continuez-vous, alors ? »

Emma soupira.

« Ça fait plus de seize ans que nous sommes coincés ici. Pandémonium n'est pas exactement un endroit où il fait bon vivre... nous voulons être libres de faire ce que nous voulons. Retourner d'où nous venons, même si aucun de nous ne se rappelle de cet endroit... »

Elle lui fit tant de peine que Regina eut envie de la prendre dans ses bras. Emma semblait si fragile et si démunie... toutefois, elle se contenta de lui prendre la main et de la presser amicalement.

« Vous êtes forte, Emma. Vous pouvez surmonter n'importe quelle épreuve, j'en suis persuadée. »

Gênée, elle baissa la tête.

« Je l'espère, Regina. Je l'espère vraiment... »

Leur petit intermède fut interrompu par l'arrivée de Lily et Maleficient.

« Vous avez des nouvelles d'Henry ? » s'enquit cette dernière.

« Nope, » répondit Emma en retrouvant son entrain habituel. « Il est sûrement avec Fantasia et Lyra. »

« On dirait que ces deux-là se sont rabibochés, » s'esclaffa Lily en se laissant lourdement tomber sur le sol.

Elle s'empara du sac que Maleficient avait posé par terre et en sortit un muffin qu'elle mordit à pleines dents, ignorant le regard agacé de la femme dragon.

« Comment ça ? » interrogea Regina, n'étant pas sûre de comprendre ce que Lily voulait dire par rabibochés.

« Tout le monde était persuadé qu'ils sortaient ensemble avant l'incident. On ne l'a jamais su étant donné qu'ils se sont beaucoup éloignés après... » répondit Emma à la place de la brune, celle-ci ayant la bouche pleine.

Éprouvant une aversion particulière pour tout ce qui touchait de près ou de loin au Roi-Serpent, cette perspective ne la réjouissait pas vraiment. Regina partageait son avis mais pour des raisons différentes : Lyra et Henry étaient cousins, même s'ils l'ignoraient. Certes, ils ne partageaient pas le même sang, mais quand même... c'était un peu étrange.

« Je pense qu'ils n'ont pas voulu faire de peine à cette pauvre Violet en fricotant sous ses yeux... »

« Lily ! » s'offusqua Maleficient.

« Quoi ? » rétorqua t-elle. « C'est la vérité, non ? Tout le monde à Pandémonium savait que Rigel était son dieu vivant... ils n'étaient pas vraiment discrets ! »

C'était donc le Prince-Lumière que Violet avait aimé, songea Regina en repensant à une remarque qu'Henry lui avait faite.

Violet... Violet aimait quelqu'un d'autre.

« Peu importe, » coupa Emma. « Nous devrions éviter ce genre de sujets... et nous concentrer sur ce qui est vraiment important. »

« En parlant de ça, » intervint Maleficient. « Où étais-tu cette nuit, Lily ? Je t'ai entendue partir. »

Pour la première fois, Lily perdit contenance.

« Ça ne te regarde pas, » marmonna t-elle, les bras croisés sur sa poitrine.

Si Maleficient échangea un regard lourd de sens avec Emma, Regina se sentit perdue.

Que pouvait bien cacher Lily ?

« Allez, partons, » soupira Emma. « Voyons si nous pouvons trouver Henry. »

Elle tendit sa main à Regina pour l'aider à se relever.

« Que se passe t-il avec Lily ? » l'interrogea t-elle à voix basse.

« Oh... vous vous en apercevrez vite demain... » s'agaça la blonde. « D'ici là... »

Emma s'assura que Lily et Maleficient ne les écoutaient pas et chuchota :

« Une cargaison de bouteilles doit partir pour la Ruche tout à l'heure. Je vais aller me servir avant qu'il ne soit trop tard. Vous m'accompagnez ? »

Regina sourit malicieusement en guise de réponse.

Bien sûr qu'elle l'accompagnait.

oOo

Il faisait nuit.

Hadès, s'assurant que personne ne l'observait, s'aventura dans les jardins du palais, plus silencieux qu'une ombre. Quand il avait réparti les tours de garde à ses soldats, il s'était assuré que personne ne soit dans les parages à cette heure ci pour être certain de ne pas être vu.

Le Roi de Pandémonium arriva vite à sa destination et s'agenouilla près de Fantasia, la jument agonisante.

« Tout doux, ma belle... »

Elle ne réagit pas à sa présence. Il le sentait, elle n'en avait plus que pour quelques minutes.

Il n'aurait jamais pris l'initiative de la soigner lui-même, mais puisque Zelena le lui avait demandé... et cela ferait plaisir à Lyra, qu'il savait attachée à la jument.

Hadès allait peut-être s'attirer davantage d'ennuis, il le savait.

Pourtant, il passa sa main au dessus du corps meurtri de Fantasia. Les plaies se refermèrent instantanément.

Satisfait, il se releva et disparût dans la nuit.


Horus et Seth sont deux Dieux rivaux de la mythologie Égyptienne.